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Treasures from French Safety Posters Edited by

Cizo & Felder


trésors de l’institut national de recherche et de sécurité Cizo Felder

Préface de l’INRS

Before an accident happens… Think about the pain and remorse Someone could easily get a broken arm Jean Desaleux – 1952


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Parents… Never stop repeating it Charles Le Guillerm – 1952

Big or small… Be careful! Michel Trochon – 1955

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PRÉFACE

de Stéphane Pimbert Directeur général de l’

L

orsqu’elles ont eu accès à notre catalogue, les éditions Les Requins Marteaux sont tombées sous le charme des affiches réalisées par l’INS puis l’INRS depuis 1949. Offrir une visibilité nouvelle à ce patrimoine, qui contribua grandement à la notoriété de L’INRS dans le monde du travail, prolonge et rappelle l’origine de notre mission : la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. Cette richesse graphique ne constitue pas, évidemment, le seul intérêt de ces affiches, mais sert le but que nous nous sommes toujours fixé, c’est-à-dire, de diffuser à ceux qui sont au contact du danger des messages de sensibilisation. À sa création, l’INS a pour objectif de faire évoluer les comportements. Elle investit même les écoles pour sensibiliser dès le plus jeune âge et n’oublie pas que les travailleurs sont avant tout des citoyens qui, comme chacun, aiment se distraire… L’Institut utilisera la caravane du Tour de France pour continuer de faire passer son message même en période estivale ! Avec le temps, l’information deviendra plus technique, soutenue par les études et les recherches menées par l’Institut, mais les affiches resteront toujours un support de communication cher à notre institution. En promenant son regard de la fin des années 1940 aux années 1990, c’est-à-dire sur près de cinquante ans de production, le lecteur retiendra deux grandes caractéristiques. D’une part les graphistes ne s’adressent pas de la même façon aux travailleurs. Les messages et la tonalité évoluent au fil des années. L’après-guerre porte encore des messages culpabilisateurs, la responsabilité du salarié est engagée vis-à-vis de lui-même, de ses collègues et même de sa famille. Le dessin se veut réaliste, l’accident est montré. Mais une approche plus globale de la sécurité, une incitation à la réflexion, une abstraction tant du message que du graphisme gagne du terrain au fil des années. Le risque à éviter est évoqué de préférence à l’accident.

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They are expecting you… Be careful Max Dufour – 1954

INRS

Le graphiste fait confiance à celui qui regardera l’affiche pour s’interroger et décider du comportement à adopter. D’autre part, les sujets évoluent au même rythme que le monde du travail. Des risques nouveaux émergent, la prévalence des différents dangers est modifiée. Certains sujets demeurent néanmoins présents au fil des années : la protection des yeux et des mains par exemple. C’est dire que, malgré toutes les actions menées, pour proposer aux entreprises des moyens de protection collective, le travail reste potentiellement dangereux et la protection individuelle est parfois indispensable. D’autres, comme les risques liés à l’amiante, aux produits chimiques dangereux vont devenir plus prégnants. Aujourd’hui, les risques liés à l’activité physique et les risques psychosociaux sont les thèmes d’une riche production qui fera sûrement un jour l’objet d’une édition sur nos créations depuis 1994. Le regard historique complète ainsi le regard artistique pour mettre en valeur l’évolution d’un demi-siècle d’actions en faveur de la santé et du bien-être au travail. Tâche plus ambitieuse et bien plus riche que l’hygiène et la sécurité des années 1950 ou bien encore la maîtrise des risques dans les années 1980… J’espère que le lecteur trouvera plaisir et intérêt à cet ouvrage, autant que celui que j’ai eu à revisiter cette période de notre histoire. Il n’y a pas plus belle occasion de saluer le formidable travail des graphistes et des éditeurs de l’INRS qui ont et qui continuent toujours, avec la même passion, de transmettre nos convictions, notre message.

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PREFACE

Stéphane Pimbert

INRS’Director-General

W

hen given access to our catalog, the publisher from Les Requins Marteaux fell in love with the posters designed by INS (INRS since 1949). By offering new visibility to this heritage, which widely contributed to INRS’ fame in the working world, it will extend this heritage, and remind everyone of the origin of our mission: the prevention of accidents and occupational health hazards in the work place. Of course, the graphic richness of these posters is not their only interest, but it well serves their intended purpose; namely, to project messages of awareness to those who are in contact with the dangers they outline. Once created, the INS collection is provided to schools to help cultivate awareness from an early age, and remind us that its workers are, first and foremost, fellow citizens who also like to be entertained. The Institute will use the Tour de France publicity to keep spreading its messages even during the summer months! As time goes on, information will become more and more technical, supported by studies and research conducted by the Institute, but posters will always remain a favourite medium for communication. Looking back through the years, from the 1940s through the 1990s - almost fifty years of production- readers will notice two main characteristics.

On the other hand, topics evolve as the working world changes. New risks emerge; greater priority is given to new types of dangers. Nevertheless, some topics remain the same throughout. For example, the protection of eyes and hands. This means that, in spite of all the actions taken to offer companies better means of collective protection, work is still potentially dangerous, and personal protection is sometimes mandatory. Other warnings, such as risks of exposure to asbestos, or dangerous chemicals, become more significant. Today, the risks of certain forms of physical activity and psychosocial risks are significantly covered topics, which will probably be the subject of a book about our work dating after 1994. The historical view, in connection with the artistic view, highlights the evolution of a half-century of action taken to promote health and well being at work. A more ambitious and weighty task to undertake than, say, only the consideration of health and safety in the 1950s, or risk control in the 1980s… I hope readers will enjoy this book, as much I have enjoyed revisiting this period of our history. There is no better occasion to acknowledge the great work of INRS’graphic designers and publishers, who have been projecting, always with passion, our convictions, our message.

On the one hand, graphic designers have a very specific way of addressing workers. Even though the messages and tone have evolved over time. The post-war era still carries messages of guilt; an employee’s sense of responsibility to himself, his colleagues and even his family. Drawings are realistic, accidents are shown. But over the years, a more generalized approach to security, an invitation to reflect, an abstraction of the message, as well as the graphic design, develops. Risks to be avoided are called to mind, rather than accidents. Graphic designers trust the worker seeing the poster to question and decide which behavior to use.

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Bernard Chadebec – 1989

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Bernard Chadebec

“J’ai choisi de faire un métier où je ne m’ennuierais jamais et je ne me suis pas ennuyé.”

M

onsieur Chadebec a réalisé une grande partie des œuvres reproduites dans cet ouvrage. Au-delà de l’efficacité redoutable de son travail c’est surtout son extraordinaire puissance graphique qui est remise aujourd’hui en lumière. Nous avons eu la chance de nous entretenir avec lui au sujet de sa carrière à l’INRS.

— Vous avez suivi une formation ? Je suis diplômé des Arts Appliqués à l’Industrie. L’INRS m’a contacté dès que j’en suis sorti pour un poste d’affichiste. — Pourquoi vous a t-on choisi ? J’ai présenté mon diplôme, et j’ai été choisi. — Vous avez fait cette formation parce que vous vouliez devenir affichiste ?

— À quel âge êtes vous entré à l’INRS en tant qu’illustrateur ? J’avais 23 ans. Mais pas en tant qu’illustrateur, j’y suis entré en tant qu’affichiste. — Quelle est la différence ? Un illustrateur fournit le dessin alors que l’affichiste fait le travail complet ? Une affiche, c’est un produit qui se regarde de loin. On n’emploie pas du tout les mêmes méthodes pour faire une affiche que pour faire une illustration. J’aurais tendance à dire que c’est presque un autre métier.

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Safety… Don’t just talk about it Bernard Chadebec – 1979

Je voulais avoir un cursus général sur les techniques de fabrication des objets, objets usuels, ou objets d’art. Aux Arts Appliqués, on passe d’atelier en atelier, d’une technique à l’autre, et ensuite vous vous spécialisez. Par goût j’ai choisi la publicité. Ce qui m’intéressait, c’était de comprendre ce qu’on pouvait faire avec le dessin, la couleur, la typographie, comment ces éléments de langage pouvaient s’exprimer dans l’espace à travers un média comme l’affiche. — À l’époque, vous vous percevez comme un artiste ? Comme un artisan, un professionnel. Ce qu’on m’a appris aux Arts Appliqués, c’est comment faire pour qu’une affiche ait

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Count on the fingers of your hand

Safety is a matter of everyone

Bernard Chadebec – 1994

Bernard Chadebec – 1971

de la présence, qu’elle soit lisible, et vite comprise. Une affiche, ce n’est pas quelque chose de bavard. — Vous n’avez travaillé que pour l’INRS ? Oui, j’y suis resté fidèle, j’y étais très bien, ça m’amusait beaucoup. — Vous y travailliez sur place ? Il y avait un atelier de création graphique qui employait jusqu’à 7 personnes. — Vous étiez en concurrence ? Non. Chacun proposait ses projets. — Justement, vous fonctionniez avec quel mode opératoire ? La commande était formulée sous forme de cahier des charges, où était défini le public à cibler et les objectifs de communication. Venait ensuite le temps de la recherche documentaire (photos, articles, visites d’entreprises). Nous consultions aussi des chercheurs, des ingénieurs, des médecins… On pouvait alors réaliser une maquette pour validation.

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— C’était des décisions sans appel ou vous pouviez vous défendre ?

— Avez-vous eu des frustrations dans votre travail à l’INRS ?

Comment aurais-je été crédible si je ne m’étais pas défendu? Vous êtes payé pour faire quelque chose, si on vous explique que ce quelque chose ne va pas, je pense que vous pouvez au moins vous défendre. C’est ça la crédibilité. Si vous avez des arguments…

Non. Les affiches c’est compliqué à faire. Souvent vous avez beau vous tordre les méninges et la solution tarde à venir. Parfois tout est simple : vous êtes assis dans le métro devant une dame dont les gants ont les doigts de toutes les couleurs et l’affiche est faite (page 37). Le processus de création est différent à chaque fois. Il faut observer, être à l’écoute de ce que vous pensez, et mettre tout ça en ordre.

— Sur quoi portaient les objections ? Elles pouvaient être d’ordre esthétique ou concernaient-elles seulement le contenu du message ? Oui, sur le contenu du message ou sur l’esthétique. J’ai toujours considéré que si je devais répondre au cahier des charges, j’étais également payé pour être original. Mais une touche d’originalité peut aussi déclencher de véhémentes critiques ! — Vous aviez des influences ? Oui, à l’époque on regardait beaucoup les affiches de l’école polonaise. On regardait Savignac, Auriac, Hervé Morvan, tous ces artistes dont les affiches parsemaient les villes.

— Quand on voit vos affiches, on ne peut pas s’empêcher des les regarder  … La question qui me taraudait c’était comment faire que l’affiche ait de la présence dans l’environnement généralement confus de l’atelier ou du chantier. Il fallait jouer avec des couleurs vives et des formes simples. Pour ce qui concernait le sens, je ne partais pas de la réalité vécue par l’opérateur, je ne voulais pas d’une « photographie » de sa réalité (il la connaissait mieux que moi) j’employais la métaphore et très vite (souvent par le texte) je revenais à la réalité. En interpellant l’opérateur de cette façon, je pensais que je pouvais peut-être le surprendre, l’intéresser d’une manière originale à ce que j’avais à lui dire.

— En le divertissant… Oui, ou en lui faisant peur. J’employais aussi l’humour, le drame… Tous les scénarios étaient possibles.

— Ce qui se dégage de votre travail c’est la simplicité, voire le minimalisme. Oui mais pas forcément pour des raisons esthétiques. Je devais faire un travail, mes goûts n’entraient pas forcément en ligne de compte. Je le répète, il fallait être vu, être lu, être compris très vite.

— Avez-vous un conseil pour les générations futures ? Madame de Sévigné a dit : “ Quand je n’écoute que moi, je fais des merveilles”.

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Bernard Chadebec

“I chose a job where I would never be bored and I have not been.”

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r Bernard Chadebec designed the majority of posters reissued in this book. As well as the very able efficiency of his work, it is the extraordinary graphic strength that still rings true today. We had the fortunate opportunity of meeting with Mr. Chadebec and interviewing him about his life and career with INRS.

— What is your background? I studied at the École des Arts Appliqués à l’Industrie (Industrial Arts School). When I graduated, INRS contacted me and offered me a job as a poster designer. — How did they choose you? I presented them with my diploma and portfolio and they chose me. — Did you attend industrial arts school because you planned to be a poster designer?

— How old were you when you started to work at INRS as an illustrator? I was 23. But I didn’t begin as an illustrator, I worked as a poster designer. — What is the difference? Does the illustrator provide only the drawing, whereas the poster designer makes the whole work? A poster is a product that is seen from far away. The methods used to design a poster are very different from those used to make an illustration. I would say it is almost a completely different job.

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Inevitability ?… No! Bernard Chadebec – 1977

I wanted to have a general background in the technical production of both utilitarian objects and artistic ones. At the aptly named École des Arts Appliqués students go from one workshop to another, from one technique to another until they choose their specialty. My personal taste led me to advertising. I wanted to learn how to work with drawing, color and letterpress; how to use these language elements to express ideas through a medium like a poster. — At that time, did you consider yourself an artist? I considered myself a craftsman, as well as a professional. At Arts Appliqués, I was taught

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No more headaches

Never drive like this

Bernard Chadebec – 1976

Bernard Chadebec – 1994

how to make strong, legible posters that could be quickly understood. A poster is nothing wordy. — Did you work only at INRS? Yes, I have been faithful to them. I was happy there, and it was very entertaining. — Did you work at their location? Yes, there was a studio dedicated to graphic creation that had up to 7 graphic artists working at a time. — Did you all work together on the same projects? No, each person worked on his own project. — What was the general procedure? An order was formulated using specifications regarding the intended audience and communication goals. The next step was to document any necessary research (pictures, company visits, articles). We also consulted researchers, engineers, and doctors. Finally, we would design a layout that then had to be validated.

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— Could decisions be discussed or was it final? How can one be credible if not? I was paid to do a job. If someone said that job was not well done, I had the right to defend myself. That is credibility. In some cases… — What were the objections about? Would they be aesthetic or only about the message? Yes, about both the content of the message or the aesthetic quality. I always took into consideration that I had to follow the specifications, but I was also paid to be original. But a touch of originality can also trigger heavy criticism. — Did you have influences? Yes, at that time we were looking towards the Polish school of posters. We were influenced by Savignac, Auriac, Hervé Morvan; these artists had posters all over the cities. — Have you been frustrated by your work at INRS? No. Designing posters is something complicated. Sometimes as hard you try, inspiration does not come. Sometimes, it’s simple: you are on the subway sitting in front of a woman wearing gloves with multi-colored fingers,

and The One and

there you go, the poster is done (p.37). creative process is different each time. has to observe, listen to oneself, then organise it all.

— It’s difficult not to stare at your posters… I was obsessed with this question: how to make my posters stand out in the generally confused workshop and yard environments. We had to play with vivid colours and simple forms. As far as meaning was concerned, I wouldn’t start from the operator’s reality; I didn’t want to make a photograph of his reality (he knew it better than I did). I used metaphors, and very quickly (often through the text) I would come to the reality. In calling the operator out that way, I thought I would surprise him, and thereby interest him in what we had to say in an original way.

I was hired to do a job; my personal tastes were not especially taken into account. Again, it had to be seen, read, and understood right away. — Do you have any advice for the next generation ? Madame de Sévigné said:“ When I listen to only myself, I accomplish marvels.”

— By entertaining him… Yes, or frightening him. I also used humour, drama… all scenarios were possible. — What emerges from your work is simplicity, almost minimalism… Right, but not especially for aesthetic reasons.

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For the sake of my back I adjust my seat Jean–Claude Bauer – 1998

Pipe down decibels! Jean–Claude Bauer – 1994

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On the move, or at a stop, stay alert

A beastly product To tame it read the label

An accident… It can happen so fast!

Bernard Chadebec – 1994

Jean–Claude Bauer – 1994

Bernard Chadebec – 1974

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Bernard Chadebec – 1973

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Tools on ground … Danger! Bernard Chadebec – 1973

Listen up… Charles Le Guillerm – 1965

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Before assembling grinds check them and make them ring Bernard Chadebec – 1972

Don’t pull it push it Bernard Chadebec – 1971

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Long load … Move carefully! Bernard Chadebec – 1970

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For heavy lifting use correct position Charles Gautier – 1964

Don’t stand under heavy loads! Seyl – 1950

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Trésors de l'INRS / Cizo & Felder  

Disponible en librairie le 22 mars 2012

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