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LES HALLES DE SCHAERBEEK MARDI 17 > SAMEDI 28.04.2018

Le sacré, On ferme ? Rencontres, échanges, expérimentations   : pendant 15 jours, 60 étudiants, 17 jeunes artistes ainsi que 20 intervenants et penseurs se retrouvent pour explorer leur sacré et le partager avec vous.


Photo de couverture : © Amélie Derlon Cordina

17 artistes, 60 étudiants et futurs artistes de 6 nationalités vous offrent chaque soir deux heures de propositions artistiques. ET C’EST EN ENTRÉE LIBRE !

Retrouvez d’autres textes, et l’intégralité du programme de l’assemblée d’avril sur halles.be


LE SACRÉ ? ON FERME ! Le totalitarisme ne tend pas vers un règne despotique sur les hommes, mais vers un système dans lequel les hommes sont superflus.  Hannah Arendt Si Hannah Arendt a raison, alors nous sommes entrés pour de bon dans le moment totalitaire. Sur notre terre errent des dizaines de millions de déplacés, que l’économie planétaire tolère plus ou moins, en attendant qu’ils se décident à disparaître enfin, car elle n’en a aucun besoin. Des dizaines de millions de cols blancs les rejoindront bientôt, remplacés plus utilement et à moindre coût par des intelligences artificielles. Dans nos démocraties mêmes, les citoyens sentent qu’ils perdent prise sur un système qui auto-génère ses règles dans une splendide autarcie à laquelle ils n’auront jamais part. Un individu ne vaut rien, ne pèse rien. Les

dérèglements du règne de l’anthropocène font comprendre au contraire que, pour survivre, non seulement les hommes sont superflus, mais que le monde irait mieux s’ils étaient moins nombreux, beaucoup moins nombreux. La part de l’humanité la plus riche et technologiquement la plus avancée s’apprête déjà à quitter le monde dont font partie l’immense majorité des superflus : les flux financiers échappent dans des paradis fiscaux, les plans d’îles artificielles déterritorialisées sont déjà prêts, les fusées se construisent, la terraformation se prépare. Aux superflus, on laissera la terre, dévastée. Reste-t-il quoi que ce soit de sacré, à opposer à cette dévastation ? Et s’il restait quelque chose que nous puissions déclarer sacré, y croirions-nous vraiment ? Ou nous dirions-nous, dans notre for intérieur, que ce n’est malgré tout qu’une fiction plus ou moins partagée ? Ou que ce noyau sacré ne l’est qu’à titre provisoire ? Demeure partiel, subjectif, personnel, en aucun cas universel et donc, au fond, frappé d’invalidité. Mais, inversement, comment en sommesnous arrivés à considérer comme sans valeur ce qui est subjectif, personnel, ce qui fonde notre individualité, notre rapport intime aux communautés, au monde ? Comment en sommes-nous venus à nous désacraliser ? Qu’adoronsnous qui nous demande de renoncer à nous ? Autour de ces questions, les Halles rassemblent 90 jeunes artistes, étudiants et intervenants, issus de 5 pays, pour quinze jours de pensée en action, de prises de parole, de débats, de mises en jeu. Préparées pendant deux mois, en lien avec des habitants et des amateurs de Bruxelles, par 17 jeunes artistes ces soirées sont toutes en entrée libre. Du 17 au 28/04, pour le sacré, les Halles sont grandes ouvertes !

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ÉPERDUMENT

Il est courant d’opposer la foi et la raison, l’une tirant vers l’obscurantisme et le délire fanatique, l’autre vers le progrès et le bonheur civilisationnel. Il est presque aussi courant de chercher à montrer qu’elles sont conciliables, qu’elles entretiennent l’une et l’autre un dialogue multiséculaire, que leur harmonie est la condition de notre équilibre. Il est beaucoup plus rare de les renvoyer dos à dos, comme deux puissances pareillement aliénantes. Si, pour Annie Le Brun « la foi est une perversion mortifère » et qu’elle fait sienne la déclaration de Sade : « Dieu est le seul tort que je ne pardonne pas à l’homme », elle rejette tout autant l’idéologie du progrès et sa confiance dans une raison qui promet de délivrer l’homme de sa part obscure. Son incroyance est radicale, des deux côtés. Si la croyance religieuse naît de notre effroi devant l’inacceptable de la condition humaine, Annie Le Brun assume cet effroi sans fermer les yeux ou se bercer d’illusion. Et l’assume comme insurpassable, soluble par nulle magie technologique, jamais. Sauf à renoncer à notre individualité incarnée et à laisser la société technoindustrielle ravager nos mondes concrets comme sensibles. Assumer la part sombre sans chercher à la «guérir», affirmer un soleil noir mais l’affirmer sans mélancolie, c’est aussi résister à la désublimation répressive qui prive chacun de sa part de mystère, au prétexte qu’informer en toute transparence sur ses besoins permettra de les combler mieux et plus vite.

Qu’il s’agisse des êtres ou de ce qu’ils produisent, on n’aime vraiment que ce qui n’en finit pas de se clore sur sa propre énigme. Annie Le Brun 4

Mais le désir n’est pas le besoin. Et ce qui ne s’échange à aucun prix fonde autant un individu, une société, que sa capacité à entrer en échange. Ce qui échappe à tout échange, la part sacrée, la part secrète, comment la vivre, comment la rencontrer, lorsqu’on est radicalement incroyant ? Par effraction, éperdument.


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De gauche à droite : © D.R., © D.R, © Wellcomeimages


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De gauche à droite : © D.R., © D.R, © Gerry Lauzon


DIEUX MIS À PRIX L’homme areligieux à l’état pur est un phénomène plutôt rare, même dans la plus désacralisée des sociétés modernes. La majorité des sans-religion se comportent encore religieusement, à leur insu. Mircea Eliade

Qu’y a t-il de sacré dans notre société dite civilisée ? Avons-nous perdu le sacré ou s’est-il transformé comme le suggère Eliade ? Je ne vais pas à l’église. Je ne vais pas à la mosquée. Je ne vais pas à la synagogue. Noël, c’est pour renflouer les caisses. La religion, c’est dépassée. Juste un réflexe archaïque que tout homme de savoir et d’intelligence doit pouvoir laisser derrière lui. En somme, je ne crois pas à tout ça. Mais je vis dans un monde où l’argent est au dessus de tout, où la dette est une culpabilité nécessaire, où la crise est une apocalypse et le chômage un enfer. Je suis un fan/intégriste de mon téléphone, je me rends au centre commercial toutes les semaines (parfois le dimanche). Je spécule sur de l’invisible, je prie pour que les marchés repartent à la hausse et je place même mon argent dans des paradis fiscaux. À ce moment de l’histoire, nous appartenons à une civilisation qui se caractérise par la propriété privée des moyens de production et leur mise en œuvre par des travailleurs qui n’en sont pas propriétaires. C’est un système de production dont les fondements sont l’entreprise privée et l’économie de marché. Dans ce monde globalisé, nous baignons tout entier dans cette logique capitaliste, nous et tous les autres, sans exception : que ce soit par ce nous y sommes inclus ou parce que nous y sommes exclus. Ce système conditionne notre rapport au monde. Il influe sur notre rapport à l’espace, au temps, à l’autre, au réel, à l’imaginaire et nécessairement, au sacré. Le capitalisme ne serait-il pas devenu un sacré inédit avec sa religion, ses dogmes et ses croyants ? Un dieu et ses églises ? Dans un monde de production, de marchandisation, de valeur ajoutée, d’investissement et de spéculation est-ce que tout est monnayable, marchandable, financiarisable ? Comment notre rapport matérialiste au monde influe-t-il sur

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Bruxelles est au cœur de l’Europe comme Marrakech au cœur de l’Afrique. La tradition commerciale de ces deux villes est à la hauteur de leurs réputations. Nous irons à la rencontre des vendeurs de la Médina comme des lobbyistes du quartier européen. Nous irons également interroger les consommateurs afin de recueillir leurs états d’âme quant à acheter l’invendable. Par exemple nous pourrions organiser l’expérience imaginaire d’un grand marché de l’invisible et de l’impalpable : un commercial se charge de vendre tout ce à quoi nous refusons encore de mettre un prix : la mort, dieu, la beauté, l’amour, le silence.

17 jeunes artistes travaillent depuis février autour du sacré. Rémi Faure est l’un d’eux.

notre rapport au sacré, à l’indicible, à l’impalpable ? Que serait un monde où la part de sacré dont nous avons hérité de nos ancêtres serait aussi soumise à la loi du marché ?

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© D.R.

17 jeunes artistes travaillent depuis février autour du sacré. Amélie Derlon Cordina tourne, en partie au Centre Psychothérapeuthique de jour Ennassim du CHU Mohammed VI à Marrakech, un court métrage autour de la figure d’Abbès Saladi.

ABBÈS SALADI

Epileptique et atteint de troubles psychiques, Abbès Saladi doit interrompre à 27 ans ses études de philosophie. Depuis l’enfance, il a la manie de gribouiller partout et sans arrêt. Interné lors d’une crise, il se voit confier du matériel de dessin par un psychiatre intrigué par cette manie, et se consacre ensuite à la peinture. Autodidacte, il ne se considérait pas comme un peintre mais comme un poète transcrivant ses sensations, les vibrations de l’instant, par des graphismes que ses doigts tracent sans but précis, mus par une force intérieure contrôlée d’une manière inconsciente par son imagination. Il est profondément lié à sa ville, Marrakech, et l’on considère parfois que son inspiration provient souterrainement des mages populaires que l’on trouvait sur la place Jamaa El Fnaa, et qui auraient imprégné sa petite enfance avant que le décès de son père n’oblige sa mère à l’envoyer chez son oncle, à Casablanca : il avait 4 ans. C’est sur cette même place que sa mère venait vendre aux passants les premières peintures de son fils, des scènes de rue, pour gagner un peu d’argent. Son style s’est rapidement transformé, éloigné du quotidien pour aboutir à ces images foisonnantes de détails, jouant de l’hybridation et de la métamorphose, pour ouvrir sur un monde fantasmagorique, souvent rapproché d’un idéal de paradis chimérique – qu’il peignait entre deux crises.

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PARTAGER LE SECRET Notre cause est un secret dans un secret, le secret de quelque chose qui reste voilé, un secret que seul un autre secret peut enseigner   ; c’est un secret sur un secret qui est voilé par un autre secret. Notre cause est la vérité, et la vérité de la vérité   ; c’est l’exotérique, et c’est l’ésotérique de l’exotérique, et c’est l’ésotérique de l’ésotérique. 10

Ja’far Sâddiq

La foi dans les méthodes d’enseignement moderne repose sur la croyance qu’enseigner, c’est transmettre des informations complètes, et suppose qu’on puisse aller du plus simple au plus complexe par des voies transparentes, des processus de clarification et de vérification de la bonne transmission des données entre l’enseignant et l’élève : à chaque élève doit être transmis le même corpus de données, et cela suffit à organiser la passation du savoir, dont chacun, pris indifféremment, doit pouvoir faire identiquement l’usage, pour des buts clairement identifiables. L’enseignement sacré cache, voile, au contraire son but comme son chemin ; la transparence de l’information lui répugne, et il ne se transmet que dans un rapport d’élection entre maître et disciple. On peut supposer que ce culte du secret sert à protéger des intérêts occultes, la pérennité d’une caste gardienne du secret, asseoir un pouvoir et se réserver un savoir ; on peut supposer aussi que le recours au mystère, l’organisation du secret, est un instrument fait pour fasciner et dominer les crédules, les esprits faibles, en mal de merveilleux ou d’épouvante. Pourtant l’information ouverte et transparente, vérifiable et contrôlable, le transfert de corpus de données accessibles et transmissibles à tous par tous est loin de pouvoir tout enseigner. Qu’on songe aux arts de l’interprétation, à l’existence même de l’interprétation musicale, par exemple. Un pianiste ne devient pas un grand interprète en appliquant, à une partition donnée, un réglage mécanique précis de ses attaques, calculé par ordinateur en fonction d’un impact et un poids précis à atteindre sur une suite de touches, en un temps donné et moyennant une pondération tenant compte des différences de squelettes et masses corporelles entre les individus, et le volume comme la composition matérielle de la salle où il joue. L’art de l’interprétation ne s’enseigne pas par la transmission d’un corpus complexe


L’interprétation musicale ne s’apprend pas indépendamment du fait de jouer, ou postérieurement au fait de jouer, mais à l’intérieur même du jeu : en pratiquant, pas en théorisant, ou plus exactement pratique incarnée et vision mentale croissent ensemble, indissolubles. Ce qui libère l’art de l’interprétation, et fait lien entre pratique incarnée et vision mentale, ce ne sont pas des informations universellement valides, mais des images frappant l’affect de l’interprète, et qui souvent se passent de mots parce qu’elles passent par le corps. Le maître peut entourer une oeuvre d’un ensemble de commentaires, mais il se contente souvent d’images allusives, ou bien tout simplement joue à son tour la même œuvre. Dans tous les cas – commentaires, images allusives, jeu – le transfert de savoir passe par la mise en mouvement, chez le disciple, de son propre fonds psychique. C’est pourquoi l’art de l’interprétation ne peut pas se transmettre,

indifféremment, de n’importe quel ainé à n’importe quel jeune : il faut que se soit rencontrées préalablement des affinités psychiques. Comme le dit la sentence : « quand le disciple est prêt, le maître est prêt ». L’interprétation du maître et celle de l’élève ne seront pas identiques : mais elles puisent à un fonds psychique partiellement commun, qu’elles actualisent, individualisent, en laissant l’histoire personnelle de chacun la transir. Dans les arts martiaux « internes », il n’y a pas de partition, pas de texte à interpréter. Il y a une succession de mouvements physiques ( qui peuvent inclure la respiration ) à répéter, intégrer. Pourtant, là non plus, le disciple ne devient pas maître parce qu’il fait exactement la même chose que le maître. Il invente un style, qui puise à la même source que celle du maître, mais actualisé par une identité différente. Et dans ces arts internes, la puissance imaginatrice est convoquée en permanence, les exercices physiques étant couplés à des exercices de méditation, intégrés au mouvement même dans les pratiques avancées.

De gauche à droite : © D.R., © D.R

de données identifiables et répétables, dont chacun peut faire identiquement usage. A cette aune, l’art de l’interprétation relève du mystère, et son enseignement davantage encore. Et pourtant, d’une génération de musiciens à une autre, de maître à disciple, l’art se transmet.

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Après ce double détour par la musique et les arts martiaux internes, venons-en aux enseignements sacrés qui passent seulement par les textes, mots, et non pas par une partition.

bienséantes des malséantes. Elle laisse jouer au contraire à plein les contradictions, les lacunes et les inadéquations, pour mettre en tension les affects de l’interprète, et le lancer dans un voyage sans terme.

Le pianiste ou le moine taoïste ont une pratique indissociable de leur art. Il est difficile d’identifier une « pratique » propre liée aux mots mêmes : psalmodie, chant, hurlement seraient du côté de la musique. Et d’autre part, les mots sont immédiatement vecteurs d’information. On ne voit pas immédiatement quelles pratiques pourraient en naître, à part la rêverie poétique – qui n’est pas vraiment une pratique.

Quant à dévoiler le principe et les effets de ce voyage, il y faudrait une poétesse : Touria Ikbal par exemple.

Cette pratique, sacrée, existe pourtant ; mais il est difficile de la saisir. Elle s’appelle : l’exégèse. L’exégèse, c’est l’art même de l’interprétation. Mais il est difficile de saisir l’exégèse comme pratique en soi, car elle a justement pour matière les mots. Et il est courant de penser qu’interpréter des mots, cela signifie chercher leur signification exacte, leur sens littéral. Les textes sacrés (en particulier, Bible, Coran, Talmud…) foisonnent de contradictions, de lacunes, d’images déplacées, inadéquates, ou blasphématoires (ainsi, dit le PseudoDenys l’Aréopagite, puisque tout dans la Bible est figure de Dieu, et puisqu’il y a des courtisanes, alors n’est-il pas vrai de dire que Dieu est une pute ?). Bref, autant de signes qui doivent être déchiffrés, mis à plat, pour accéder à la vérité cachée, à l’enseignement secret, sacré. Notre manie à vouloir déchiffrer les symboles pour accéder à l’information qu’ils sont censés révéler nous empêche de saisir l’exégèse comme pratique en soi. Les mots ne sont pas que des vecteurs d’information, ils sont aussi des « accroche-affects ». L’exégèse consiste non pas à aplatir les symboles, mais à charger d’affects des blocs d’images ; elle ne vise pas à résoudre les lacunes, les contradictions, à trier les images

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Touria Ikbal sera présente lors de L’assemblée d’avril le 18/04 à 18h30


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De gauche à droite : © Creative Commons CC0, © Amélie Derlon Cordina, © Creative Commons CC0


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De gauche à droite : © Creative Commons CC0, © Creative Commons CC0, © Amélie Derlon Cordina


UN TAPIS POUR RE.TISSER LES LIENS Algéro-Français, Salim Djaferi a étudié le théâtre à Liège et réside à Bruxelles. Pour les Halles, il crée un entrelacs de tapis de prières et d’histoires liées à ces tapis, récoltées auprès de personnes de confession musulmane et portant sur leur relation à cet objet intime. Non pas à la façon d’un patchwork — « cela fait couverture » — mais bien comme une œuvre immersive, une invitation au partage.

À travers votre projet, quelle est votre démarche ? Ma recherche porte sur les populations déplacées, immigrées ou issues de l’immigration d’Afrique du Nord. Je m’interroge sur la nécessité qu’elles éprouvent de dessiner un ailleurs. Nécessité qui me touche également car mon biculturalisme m’y expose, m’y rend sensible. J’aborde cette question par le prisme d’un objet, en l’occurrence le tapis de prière dans la tradition musulmane. C’est un objet particulier, très codifié dans ses motifs et son utilisation. Il n’est pas luimême sacré mais il délimite un espace sacré, transportable et personnel, au sein de l’espace quotidien. Il permet de se déplacer et d’accéder, n’importe où, à une spiritualité. La valeur symbolique du tapis de prière m’intéresse d’autant plus qu’il n’a presque aucune valeur monétaire, qu’il est souvent industriel et en théorie remplaçable – il se dit même qu’il suffirait de dessiner un carré au sol. Dans les faits, il devient indispensable à tout pratiquant. Ce tapis est un objet transitionnel, à la fois banal et précieux, à mi-chemin entre ici et ailleurs. Et c’est cette fonction que je cherche à interroger et à mettre en commun. Ce projet a germé après avoir pris part à plusieurs évènements familiaux, heureux et malheureux, qui m’ont conduit à participer en acteur et non pas en spectateur à des rites – religieux, familiaux, sociaux – auxquels j’étais jusque-là étranger. En me trouvant exposé à cette culture musulmane, dont j’ignorais jusque-là la beauté, je me suis également interrogé sur la discrétion qui entoure cette culture. En Europe occidentale, en France, en Belgique, elle s’expose finalement le moins possible et reste très cloisonnée. Mon but n’est pas non plus de faire une ode à la religion – je ne suis pas du tout pratiquant musulman, mais bien d’ouvrir un espace de partage. Il m’arrive

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régulièrement d’aller dans une église : c’est un endroit clos, reposant, enclin à réfléchir sur soi. J’ignore combien de personnes, à Bruxelles, franchissent le seuil d’une mosquée – lieu pourtant magnifique. J’aimerais aller vers une exposition, un partage de cette culture musulmane que je trouve importante et qui fait partie intégrante de Bruxelles. Peut-on déjà vous demander de nous en dire plus sur le projet ? Il est probable que la forme finale soit une installation immersive. L’idée est de confectionné un grand tapis à partir des tapis récoltés. De couleurs et d’usures différentes, ceux-ci sont uniques et ont chacun leur histoire. Ces histoires, cette intimité, le public pourra les découvrir grâce à des enregistrements audios. L’installation permettra de créer à la fois un espace où soit éprouvée cette sensation d’être ailleurs, et le besoin qu’on peut ressentir pour une certaine forme de spiritualité. Ce qui est important c’est de recréer, au sein de la ville, un espace inspiré par la tradition musulmane et qui en rend sensible la quintessence : une invitation à se retrouver soi-même. Par ailleurs, je mènerai cette même démarche au Maroc, auprès de ceux qui ne sont pas partis. Ces personnes pourraient être réfractaires à l’idée de donner leur tapis compte tenu de l’usage auquel vous les destinez ? Ces tapis ne coûtent pas cher et s’usent vite. De fait, les pratiquants en changent assez régulièrement. Ce qui amènera des questions intéressantes : pourquoi me donner tel tapis et pas un autre à ce moment-là. Mais certainement, je serai amené à des refus symboliques : « c’est mon tapis que j’utilise en ce moment et je n’ai pas envie de te le donner » ; et à des refus liés à des réticences quant à l’utilisation que je pourrais en faire. Ce sera donc

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L’assemblée d’avril deuxième édition, c’est   : 90 futurs artistes, artistes, penseurs et intervenants 6 pays d’Europe et d’Afrique. Plus de 4 heures de manifestation chaque soir 11 soirées en entrée libre.

LE SACRÉ, ON OUVRE !


MICHELLE KOKOSOWSKI

Maître de conférences à l’Université Paris VIII, à l’origine du Festival de Nancy et de l’Académie expérimentale du théâtre. Disciple de Grotowski, elle est la mémoire vivante d’un pan essentiel de l’histoire du théâtre.

20h30 Soirée artistique

18h30 Rencontre avec SOPHIE PÈNE

Sociolinguiste et anthropologue des pratiques digitales, elle a été vice-présidente du Conseil du Numérique. Professeur à l’université Paris V-Descartes, elle co-dirige le CRI (Centre de Recherche Interdisciplinaires), l’OpenLab et le master Ed Tech.

20h30 Soirée artistique

MERCREDI 18/04

SAMEDI 21/04

18h30 Rencontre avec

LUNDI 23/04

Écrivaine et poétesse française. Elle s’associe au mouvement surréasliste des années 60. Spécialiste du Marquis de Sade. Son prochain livre sortira le 5 mai aux éditions Stock.

18h30 Rencontre avec

18h30 Rencontre avec

TOURIA IKBAL

Poétesse, spécialiste du soufisme, elle est grandement inspirée par les écrits d’Ibn Arabi (théologien et penseur du XIIIè siècle).

20h30 Soirée artistique

PAUL DE HERT

Professeur à la VUB et codirecteur du groupe de recherche Law Science Technology and Society (LSTS), directeur du groupe de recherche Human Rights (HUMR) et du groupe de recherche du Department of Interdisciplinary Studies of Law (Metajuridics).

20h30 Soirée artistique

VENDREDI 27/04

MARDI 17/04

ANNIE LE BRUN

20h30 Soirée artistique

JEUDI 26/04

Pro gra me

18h30 Rencontre avec

18h30 Rencontre avec INVITÉ.E SURPRISE

20h30 Soirée artistique


Professeure adjoint à l’École de philosophie et d’éthique publique de l’Université Saint-Paul à Ottawa. Elle est spécialiste passionnelle de Pasolini.

VENDREDI 20/04

JULIE PAQUETTE (à confirmer)

18h30 Rencontre avec SONIA DAYAN-HERZBRUN Sociologue et philosophe française, professeure émérite à l’université Denis Diderot. En 1992, elle crée la revue Tumultes, dont elle assure depuis la direction.

20h30 Soirée artistique

20h30 Soirée artistique

18h30 Rencontre avec

18h30 Rencontre avec

CHRISTINE BLUARD

Historienne d’art, muséologue en charge du programme des résidences d’artistes au Musée royal d’Afrique Centrale.

20h30 Soirée artistique

MERCREDI 25/04

MARDI 24/04

JEUDI 19/04

o am e 18h30 Rencontre avec

MAÏTÉ MASKENS Maître de conférence à l’ULB et chercheuse au Laboratoire d’Anthropologie des Mondes Contemporains (LAMC). Elle a orienté une partie de ses recherches sur l’anthropologie religieuse, principalement sur le pentecôtisme en Europe.

SAMEDI 28/04

20h30 Soirée artistique

18h30 Rituels pour l’adieu

17 artistes, 60 étudiants et futurs artistes de 6 nationalités vous offrent chaque soir deux heures de propositions artistiques. ET C’EST EN ENTRÉE LIBRE ! Info sur Halles.be ou au 02/218.21.07


INSTITUTIONS PARTICIPANTES  : L’école de la Comédie de Saint-Etienne est l’une des six écoles nationales supérieures d’Art dramatique en France à être installée au coeur d’un théâtre de création : le Centre Dramatique national de Saint-Etienne. Poursuivant un programme « égalité des chances », elle est tournée vers l’international avec des partenariats aux États-Unis, en Afrique et en Europe. Composante du Conservatoire royal de Liège, l’école Supérieure d’Acteurs de Liège considère que les arts de la représentation expriment toujours une vision du monde. Rendre les étudiants attentifs aux enjeux de la représentation, les éveiller à la conscience de leurs responsabilités est donc un axe central de la philosophie de l’école. École nationale supérieure de cinéma et du Multimédia implantée à Lyon, La Cinéfabrique forme 30 élèves à parité homme-femme, avec

un souci de mixité sociale selon une pédagogie expérimentale et innovante. École de la pratique, elle est aussi une école du « faire-ensemble ». Lieu d’apprentissage de tous les métiers du cinéma, l’Institut Imagine (Ouagadougou) transmet autant un savoir–faire qu’un savoir. Communiquer la passion de l’invention de l’histoire et des arts du récit est un enjeu central pour faire éclore et stimuler des talents. S’appuyant sur la tradition française d’excellence des écoles normales supérieures, l’ENS de Lyon est dotée d’un département Arts et encourage les projets de formation à même de donner une plus grande intelligibilité aux enjeux actuels. Forte de ses valeurs d’humanisme et de service public, elle s’engage pour une plus grande égalité des chances. Regroupant cinq compagnies pour assumer un ensemble de missions, dont le festival des Récréâtrales est la manifestation la plus visible, Le Cartel (Ouagadougou) développe également une formation à l’ensemble des arts du théâtre et de la parole abordant tous les aspects des métiers, de l’interprétation à la production et au développement de projets. Gérée par Wesley Ruzibiza et initiée par le Centre d’Arts dramatiques de l’Université de Butare, la compagnie Amizero organise chaque année à Kigali le festival international de dance EANT (The East African Nights of Tolerance). L’objectif du festival est d’établir une communauté de danseurs professionnels de qualité et d’habituer le public rwandais à la danse contemporaine. Fondée par la metteur en scène Hope Azeda, Mashirika est une compagnie dont le nom en swahili signifie « mettre en commun les efforts de chacun ». La première représentation de Mashirika remonte à 1998, lors d’une pièce de théâtre écrite par Hope Azeda sur la réconciliation, un thème incontournable à l’époque. Depuis 2015, Mashirika organise également l’Ubumuntu arts festival – festival prenant place à Kigali. L’École Supérieure des Arts Visuels de Marrakech forme aux métiers du cinéma, de la télévision et de la communication visuelle. École ouverte à l’international, elle incarne une volonté et un esprit de mixité culturelle et sociale et met en œuvre cette politique.


éventuellement laborieux mais cela transformera les quelques dons en quelque chose d’autant plus intéressant et de plus beau. Vous évoquez une action similaire au Maroc. Quelles pourraient être les différences majeures entre les deux groupes ? Il y a une différence de base. Par exemple, ma tante, au moment de faire la prière, a le sentiment de faire quelque chose qui doit rester un peu caché. La grande différence avec le Maroc, c’est qu’il y a un appel à la prière diffusé dans toute la ville. Et d’un coup, les gens se mettent à prier – ce qui est perçu positivement là-bas. En France ou en Belgique, ça l’est beaucoup moins. Le tapis de ma tante lui permet d’être à nouveau là-bas. C’est un espace qu’elle délimite au sol et qui lui donne un sentiment de légitimité dans sa pratique. Je pense qu’au Maroc, ce sentiment n’a pas à être conquis. Ce projet se concentre sur les populations déplacées à Bruxelles, pas seulement sur les Marocains. Le lien se perd peut-être entre les deux communautés. Or plus on est « ghettoïsé » ici, et plus on veut créer du lien avec nos origines. Et je préfère que ce lien se fasse à travers un dispositif artistique, et laïque au sens où il invite à partager un espace et un sentiment spirituel, mais hors du champ des pratiques religieuses codifiées. Touria Ikbal poétesse, traductrice et spécialiste du soufisme, m’a expliqué que le mot prière aurait la même racine que le mot lien : salat, la prière et wa salat, le lien. La prière est la tentative de créer un lien vertical, ésotérique. Et sans doute suis-je en train d’essayer de retisser un lien horizontal et concret : relier des tapis entre eux venant de deux pays. D’où l’importance du lien et de les relier d’une manière visible. Il me semble donc nécessaire de mettre en parallèle, en résonance, en relief. Et utile de re.tisser un lien. ©Salim Djaferi

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17 jeunes artistes travaillent depuis février autour du sacré. Myriam Pruvot, vocaliste, travaille à transposer des textes francophones dans une forme musicale marocaine traditionnelle, liée au sacré et à la transe.


Quand le père du père de mon père avait une tâche difficile à accomplir, il se rendait à un certain endroit dans la forêt, allumait un feu et il se plongeait dans une prière silencieuse. Et ce qu’il avait à accomplir se réalisait. Quand, plus tard, le père de mon père se trouva confronté à la même tâche, il se rendit à ce même endroit dans la forêt et dit : « nous ne savons plus allumer le feu mais nous savons encore dire la prière ». Et ce qu’il avait à accomplir se réalisa. Plus tard, mon père (…) lui aussi alla dans la forêt et dit : « nous ne savons plus allumer le feu, nous ne connaissons plus les mystères de la prière mais nous connaissons encore l’endroit précis dans la forêt ou cela se passait et cela doit suffire ». Et cela fut suffisant (…) Mais quand, à mon tour, j’eus à faire face à la même tâche, je suis resté à la maison et j’ai dit : « nous ne savons plus allumer le feu, nous ne savons plus dire les prières, nous ne connaissons même plus l’endroit dans la forêt - mais nous savons encore raconter l’histoire. » D’après Godard, Hélas pour moi

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De gauche à droite : © Creative Commons CC0, © Amélie Derlon Cordina, © D.R.


SACRÉ THÉÂTRE À plus ou moins juste titre, le fait théâtral se suppose une filiation d’origine sacrée, via les cultes des mystères ou la figure de Dionysos et les spéculations qui lui sont liées. Cette affirmation d’une origine sacrée est solidaire d’un désir : que le théâtre ne soit pas un simple espace de représentation, une fiction détachée de la vie, mais qu’il y participe, qu’il soit la vie même ou mieux encore, qu’il contamine la vie pour la magnifier, la rendre exaltante. Ce n’est sans doute pas un hasard si cette quête d’un théâtre sacré, bouleversant – qui finit par hurler à travers Artaud – surgit au moment où le développement industriel et technique tout à la fois appauvrit le substrat de vie de pans entiers de la société (condamnant les ouvriers à servir la machine) et renvoie l’art à une occupation dont la prise sur le monde est de plus en plus ténue.

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L’étrange est que ces préoccupations, incandescentes entre les années 50 et les années 80 (pour simplifier), aient plus ou moins disparu du champ théâtral, remplacées peut-être par la dimension de la performance, ou d’un certain théâtre politique. Le Living Theatre, Grotowski, Kantor, ont été des figures emblématiques de ce désir d’un théâtre excédant le théâtre. Cherchant à repenser le rapport entre théâtre et vie, fiction et réalité, le Living Theatre commence par mêler, sur le plateau, non pas des amateurs et des professionnels, mais des acteurs qui jouent des rôles et des personnes réelles qui n’ont pas à jouer ces rôles, car elles vivent ainsi : vrais et faux drogués se retrouvent sur la même scène, laissant le spectateur incapable de cerner ce qui relève de la fable et ce qui relève du réel. Le Living évolue ensuite, sous l’influence d’Artaud et de son «Théâtre de la Cruauté», mais également en radicalisant sa dimension anarchique pour effacer la frontière entre acteurs et spectateurs, ouvrant sur des improvisations et des happenings qui entraînent le spectateur hors de sa position passive. Paradise Now, qui a marqué une génération, invitait les spectateurs à se mêler aux acteurs sur scène, lesquels pouvaient vivre des rapports sexuels. Lors d’une représentation mythique à Avignon, à la suite d’une intervention enflammée du Living, le public et les acteurs surgissent ensemble du Cloître des Célestins, et envahissent les rues, dans un défilé improvisé. Tout autre est l’approche de Grotowski. Très peu de spectateurs. Décor, lumière, costumes, réduits idéalement à rien. Une proximité maximale entre acteur (au singulier, pourquoi pas…) et spectateurs qui partagent le même espace. Dans les années 70, il cherche à inventer des moments d’action collective, effaçant la figure du spectateur comme le fait le Living, mais il prend une autre direction à mesure


qu’il met l’accent sur l’intensification de la présence de l’acteur. Son intérêt pour les rituels, les techniques d’ascèse, les transes contrôlées lui font explorer – comme d’autres à la même époque mais avec d’autres buts – les traditions de toutes les cultures, du vaudou en particulier, mais aussi de pratiques expérimentées en Inde, en Amérique centrale, en Afrique... Il en résulte des rencontres (à peine peut-on les appeler spectacles) où des acteurs-chamans inventent une forme d’art où le théâtre n’est plus séparable du rituel spirituel. Kantor, autre artiste polonais, emprunte une direction différente. Mémoire et légende du théâtre, Michelle Kokosowki, fondatrice de l’Académie expérimentale du théâtre, les a tous longuement côtoyés, au festival de Nancy qu’elle dirigeait, au festival d’Avignon et sur les scènes du monde.

©D.R. Living Theatre, présentée aux Halles de Schaerbeek en 1977 à l’invitation de Jo Dekmine

Samedi 21/04, elle nous mènera à leur rencontre.

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28 ©D.R. La Classe Morte, présentée aux Halles de Schaerbeek à l’invitation de Jo Dekmine


Mon père, instituteur à l’école, n’est pas revenu de la guerre. Ma mère, ma soeur et moi, nous sommes allés chez le frère de notre grand-mère. C’est là que nous nous sommes élevés. Il était curé. Donc le presbytère. L’église était une sorte de théâtre. On allait à la messe pour assister au spectacle. Pour Noël, on construisait à l’église une crèche avec diverses figurines, pour Pâques une grotte avec des décors en coulisses, où se dressaient debout de vrais pompiers porteurs de casques d’or.

Je suis né le 6 avril 1915 à l’est de la Pologne dans un petit bourg qui avait une place de marché et quelques petites ruelles minables. Sur la place du marché se dressaient une petite chapelle qui abritait la statue d’un saint à l’usage des catholiques et un puits auprès duquel se déroulaient, au clair de lune, des noces juives. D’un côté, une église, un presbytère et un cimetière, de l’autre, une synagogue, d’étroites ruelles juives et encore un cimetière, mais un cimetière différent. Les deux parties vivaient en parfaite harmonie. Des cérémonies catholiques spectaculaires, des processions, des drapeaux, des costumes folkloriques hauts en couleur, des paysans. De l’autre côté de la place du Marché, des rites mystérieux, des chants fanatiques et des prières, des bonnets de renard, des chandeliers, des rabbins, des cris d’enfants.

J’imitais tout cela, dans des dimensions plus petites. J’ai confondu le théâtre avec le chemin de fer que j’ai vu, pour la première fois, après avoir fait un long voyage en break. De boîtes à chaussures vides, j’ai construit les différentes scènes. Chaque boîte formait une autre scène. Je les liais comme des wagons avec une ficelle. Puis je les faisais passer à travers un grand carton avec une ouverture (qu’on pourrait dire scénique) : j’obtenais ainsi des changements de scène. A mon avis, ce fut mon plus grand succès de théâtre. Extrait de notes inédites écrites par Tadeusz Kantor pour la préparation du Théâtre de la mort , textes réunis et présentés par Denis Bablet (L’Age d’homme, 1985).

Au-delà de la vie quotidienne, ce bourg silencieux était tourné vers l’éternité. Bien sûr, il y avait un médecin, un pharmacien, un instituteur, un curé, un chef de la police. La mode datait de l’avant-guerre [la première guerre mondiale]. En quittant la grand-place on pénétrait dans les champs, champs de blé, collines, ensuite les forêts, et plus loin encore, quelque part, il y avait un chemin de fer.

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De gauche à droite : © Vania Teofilo, © D.R., © D.R., © Malcom Browne


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LE SACRÉ 2.0


On considère couramment que l’importance accordée aux temps modernes à la personne, et à l’individualité, est à relier à l’essor du monothéisme, de la croyance en un dieu personnel, et de la culture de la subjectivité qui en est née, avec notamment la notion de for intérieur. Le droit de nos sociétés s’est construit sur cet héritage, même dans le traitement de la responsabilité et des peines, de la reconnaissance du caractère sacré de la personne. Aujourd’hui pourtant, des pans de plus en plus grands et complets de nos subjectivités et de nos vies personnelles deviennent, à travers la collecte des « données privées » à l’ère du Big Data, une simple matière à concaténer et à tracer une mine de renseignements économiques, dont même la propriété échappe aux individus, et le traitement confié à des algorithmes plutôt qu’à des prêtres. Est-ce à dire que la « personne » n’est plus sacrée ? Ou que les algorithmes, qui brassent les données personnelles pour en extraire la quintessence, et prennent de plus en plus de décisions ayant un impact direct sur nos vies, sont désormais plus centraux, plus sacrés que les personnes ? Comment se fait-il que des États imaginent aujourd’hui de conférer la nationalité et la citoyenneté à des algorithmes ou des intelligences artificielles. Juriste et fondateur du CPDP qui rassemble autour de la notion de « privacy » l’ensemble des acteurs du numérique – des GAFA à leurs opposants – Paul de Hert donnera la juste mesure d’enjeux cruciaux pour notre futur, à partir de cas ancrés dans notre tout récent passé. Il sera présent le lundi 23/04 à 18h30 à l’assemblée d’avril

De gauche à droite : © D.R., © D.R.

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Région de Bruxelles-Capitale. Depuis des années, des activistes religieux opèrent sur la région. Discrètement, insensiblement, ils tentent de convertir les mécréants, et de purifier les mœurs féminines. Malgré l’accent qui marque leur origine émigrée, ils n’hésitent pas à tenter de convertir les populations locales… à l’évangile. Qu’est-ce qui explique la dynamique du mouvement… pentecôtiste sur notre région ? A quoi ressemblent les campagnes de conversion ? A qui s’adressent-elles précisément ?

De gauche à droite : © Amélie Derlon Cordina, © D.R., © Amélie Derlon Cordina

Maïté Maskens évoquera ces questions, et bien d’autres, le mercredi 25/04.

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17 artistes, 60 étudiants et futurs artistes de 6 nationalités vous offrent chaque soir deux heures de propositions artistiques. ET C’EST EN ENTRÉE LIBRE !

Retrouvez d’autres textes, et l’intégralité du programme de l’assemblée d’avril sur halles.be


22A, RUE ROYALE SAINTE-MARIE - 1030 BRUXELLES RENSEIGNEMENTS     : HALLES.BE OU AU 02/218.21.07

(ÉCOLE SUPERIEURE D’ART DRAMATIQUE)

Éditeur responsable : Christophe Galent - 20, rue de la Constitution - 1030 Bruxelles

Avec le soutien du Ministère de la Promotion de Bruxelles

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Le sacré, on ferme ? Magazine de l'asssemblée d'avril  

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