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ARTICLES PUBLIÉS PAR XAVIER FONTANET


La chronique de Xavier Fontanet dans les Échos Jeudi 3 avril 2014

Décentralisation : la méthode suisse

Nos politiques concoctent entre eux une loi sur la décentralisation. C’est, dans cette période de mondialisation, une décision de la plus haute importance qui va affecter le fonctionnement de la sphère publique, l’attractivité de notre pays, les coûts de l’Etat et les conditions de travail de nos entreprises. Il y a peu de temps, la presse suisse bruissait de débats autour de la décision d’Ernesto Bertarelli, grand industriel et vainqueur de la Coupe de l’America, de déménager de Nyon à Saanen. Pour la faire courte, les impôts étaient trop élevés à Nyon et, vu le poids personnel du personnage et celui de ses entreprises, sa décision obligeait la ville qui le perdait à revoir ses budgets de fonctionnement à la baisse et permettait à celle qui l’accueillait de baisser ses impôts. Nos parlementaires devraient étudier la Constitution suisse, exemplaire en matière de contrôle des coûts. Celle-ci définit très précisément les responsabilités laissées au fédéral (monnaie, armée et affaires étrangères) et celles qui sont confiées aux 26 cantons et à leurs villes (justice, police, éducation, transports…). L’Etat suisse régalien, largement décentralisé et constitutionnellement sans doublon, coûte en consolidé 25 % de moins que le nôtre. La majorité de la dépense publique suisse est fermement contrôlée par l’intense concurrence sur les implantations que se jouent les cantons. Dès que les élus font trop grimper les coûts et les impôts, ils sont rappelés à l’ordre par des déménagements ou des votations cantonales. Cette compétitivité de la sphère publique dope celle – déjà exceptionnelle – des entreprises et améliore l’attractivité des régions. L’exemple de notre voisin suisse doit inspirer une réforme qui peut à la fois dynamiser les régions, réduire les dépenses publique et doper nos entreprises.

Jeudi 27 mars 2014 Un grand besoin de réalisme

En marge des négociations sur le pacte de responsabilité, on a encore eu droit, la semaine dernière, à des déclarations dans la presse des dirigeants de la CGT du style « les patrons sont des assistés » ou « les entreprises bénéficient d’allégements de 200 milliards d’euros par an ». Vu la qualité des journaux qui relatent ces interviews, on est forcé de prendre ces déclarations au sérieux. Ces dirigeants syndicaux connaissent-ils les résultats des nombreuses études mondiales qui, toutes sans exception, montrent que les entreprises françaises sont parmi les plus imposées du monde ? Un autre travail d’Eurostat met en regard, pour les dix plus grands pays européens, les marges des entreprises et la part sur les prélèvements fiscaux et sociaux totaux qu’elles payent. Le résultat est flagrant. Les trois Etats qui chargent le moins les entreprises (Autriche, Pays-Bas et Allemagne) ont les entreprises les plus rentables, les françaises qui sont les plus chargées ont des marges 30 % plus faibles ; quand on est presque 100 % plus taxé et 30 % moins rentable, on investit dans le meilleur des cas 50 % de moins. Pourquoi ce syndicat est-il anti-entreprise au point d’encourager des politiques qui cassent les marges des entreprises, leurs investissements et donc l’emploi ? Ce n’est pas le patron qui fait la paye, mais le client qui donne à l’entreprise la plus performante les moyens de bien traiter tout le monde. Andreas Schmal, secrétaire du DGB régional de l’Oberpfalz, le plus grand syndicat allemand, disait : « Le temps de la lutte des classes est fini, ce qui compte est une politique économique réaliste. » On pourrait faire deux propositions : organiser pour la CGT des séminaires d’économie ou lui suggérer d’aller visiter ses collègues étrangers, notamment allemands, japonais et américains.


Jeudi 20 mars 2014 Une évolution à contre-courant

Une étude du cabinet KPMG vient de mesurer les évolutions sur sept ans (2006-2013), dans tous les pays du monde, des impôts sur les bénéfices : la moyenne mondiale passe de 27,5 % à 24 %. L’Amérique du Nord a certes les taux les plus élevés, mais la chute y est la plus forte (de 38 % à 33 %), l’Europe est la plus compétitive (de 23,7 % à 20,7 %), l’Asie est entre les deux (de 29 % à 22 %). La France est le seul pays qui monte son taux, comme à l’époque de Colbert quand il n’y avait pas de concurrence : 38 % pour les grosses entreprises. Notre cuisine et notre vin, aussi excellents soient-ils, auront du mal à rattraper ce mauvais coup porté à nos entreprises et à notre image mondiale. A faire de la fiscalité le pivot d’une politique de répartition, on oublie qu’un impôt, c’est un prix de marché, et que les pays sont devenus des zones industrielles en concurrence. Cette rapacité fiscale renforce l’idée qu’il est impossible de rentabiliser ses actifs en France - normal que les investissements de l’étranger chez nous s’effondrent de 77 %. On reçoit les grands patrons étrangers pour leur expliquer que, désormais, on aime les entreprises, mais à peine ont-ils pris l’avion que l’on vote la loi dite « Florange », directement dirigée contre elles. Un ministre, et non des moindres, interfère ouvertement dans la vente d’une grosse affaire sur le marché de Paris et, pour tout arranger, nous sommes placés sous surveillance par nos amis européens. On se met tout le monde à dos en deux mois et on décrédibilise l’amorce du changement positif à l’égard des entreprises initié en janvier. Aux grands maux les grands remèdes : un taux d’impôt unique et compétitif de 20 % pour les entreprises grandes et petites, françaises et mondiales : la motivation des entrepreneurs et l’investissement international pourront alors revenir.

Jeudi 13 mars

Compétitivité publique

A l’heure de la mondialisation, la compétitivité d’un pays n’est pas seulement celle de ses entreprises. Elle dépend aussi de l’efficacité de sa sphère publique. C’est un fait nouveau, car il y a trente ans, la concurrence entre les entreprises de différents pays était bien moindre et les sphères publiques beaucoup plus petites : les sphères publiques doivent maintenant viser l’efficacité comme les entreprises. En 1973, la nôtre représentait 27 % du PIB, aujourd’hui, elle dépasse les 57 %. En 2013, la sphère publique allemande, qui a le même périmètre, est beaucoup moins coûteuse, elle pèse 45 % du PIB. Pour faire simple, le cheval allemand pèse 55 et porte un jockey de 45, le cheval français pèse 43, alors que son jockey pèse 57. Une simple règle de trois démontre que le cheval français est 63 % plus chargé que son collègue allemand. On n’a jamais vu, que je sache, un jockey grassouillet gagner le Prix de l’Arc de triomphe. Le monde entier a compris que c’est une mauvaise politique d’affamer le cheval pour gaver le jockey, alors qu’on continue à le faire chez nous. La sphère allemande représentait 55 % du PIB en 2003, elle a décru de 10 points en dix ans. Il y a trois grandes leçons à en tirer : Il est possible d’économiser 10 % du PIB, soit 200 milliards d’euros à notre échelle, sur la sphère publique. Quand la sphère publique a un coût raisonnable, on n’a pas besoin d’une hyperfiscalité qui tue les entreprises. Si les entreprises allemandes marchent fort, c’est qu’elles et leurs actionnaires ne sont pas écrasés d’impôt. Les gens ne sont pas idiots, quand la stratégie est bonne l’économie repart. Les Français sont intelligents, ils savent qu’on leur raconte des carabistouilles. Quand on leur tiendra un discours de vérité, comme l’a fait Gerhard Schröder en son temps, la confiance reviendra.


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