__MAIN_TEXT__

Page 1

% #

$! '

!! "

!"


2


Aux habitants de MonĂŞtier Allemont

3


ISBN 978-2-918043-00-0 © Commune de Monêtier Allemont 2016 Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2) et 3) a), d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou de ses ayants cause est illicite » ( art. L. 122-4 ). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

4


Monêtier Allemont un pays de passage où il fait bon rester Récolte Olivier Dalmon

LES ECRICULTEURS

5


Table des matières introduction la chanson du Monêtier alabon, alamonte, alamontes... le moyen-âge blason & château eau, rivière, digues & canaux routes & transports village mairie & quartiers église école, classe de Mr Felix & colonie de l’abbé bertoni cave cooperative cultures & entreprises motocross & loisirs au village dires & parler gavot illustrations


Introduction A mi-chemin entre Gap et Sisteron, sur la frontière entre le département des Hautes-Alpes et celui des Alpes-de-Haute-Provence, le village de Monêtier Allemont est situé entre la Durance et la route Napoléon à une altitude de 530 m. Il est bâti sur l'emplacement d'un ancien site gallo-romain dont les fouilles effectuées lors de la construction de l'autoroute A51 ont démontré l'importance. Le patrimoine du village, qui compte 303 habitants, comprend l'ancien château reconverti en logements communaux, les vestiges d'une tour et la coopérative viticole. La vie du bourg est active. Les principales entreprises du village sont des exploitations agricoles tournées vers l'arboriculture, principalement les poires et les pommes. La vie du village est animée par quelques associations dont les principales manifestations sont la fête patronale, les concours de boules et de pêche à la carpe et les animations d ela Basse-cour. Nous avons eu la chance de receuillir les souvenirs et impressions de Mesdames Poincelet (née Amat) et Christophe (Née Marrou) et de Messieurs Mevolhon, Gra, Jaume et Armand. Ce projet a pu être réalisé grace à l’intérêt de Mr Robert, maire, et de Mme Olive, adjointe au maire. Merci à eux. Les Ecriculteurs racontent la grande histoire par la mise en valeurs de celles, plus petites, des hommes et des femmes qui l’ont vécu. Ce livre retrace une partie de l’histoire d’un village des Hautes -Alpes des


origines à aujourd’hui. Il est le fruit d’une récolte de mots et d’images réalisée en 2016 par Olivier Dalmon pour Les Ecriculteurs qui donnent à la parole récoltée la forme necessaire à une diffusion accessible à tous dans les librairies et sur internet. Comme beaucoup de ruraux, les Monêtiards et Monêtiardes sont passés en une cinquantaine d’années, d’un après-guerre encore traditionnel... à la vie numérique, voiturisée et quelque peu solitaire de ce début de XXIème siècle. Les temps ont changé avec une rapidité inconnue jusqu’alors : ponts, routes, canal, autoroute, moyens de transports, travail, organisation sociale, scolarité, moyens de communication, loisirs... Nous avons été particulièrement touché par le vécu des générations nées avant et après-guerre (39-45), qui ont vu leur quotidien bouleversé par les changements sociétaux d’un pays et d’une Communauté Européenne vivant, pour la première fois dans leur histoire, une période de paix durable. Les Ecriculteurs Qu’est-ce qui définit un village ? Son emplacement territorial, ses habitants, son histoire... sans doute un peu de tout ça. Avant de tenter de répondre à cette question, écoutons la chanson de Denise Poincelet (dite « Nini ») qui résume avec gaïté ce qui peutêtre fait la spécificité du Monêtier : un pays de passage où il fait bon rester !

8


La chanson de Denise Air : Sous les ponts de Paris

Fête de l’Amitié – GAP 19 juin 1995

Le Monétier Au fond d’une vallée Là, deux cent cinquante âmes Vivent toute l’année Cœurs plein d’ardeur, cultivateurs Dans tous les vergers se démènent Pour sulfater, tailler, cueillir, Mais le dimanche en fin d’semaine Refrain Autour de leur clocher Les gens du Monétier Vivent heureux entre Crigne et Durance Avec au cœur une grande espérance Si vous venez un jour Faire un p’tit tour chez nous Vous s’rez ravis et n’aurez qu’un désir, Celui d’y revenir II . Nous récoltons des pommes En grande quantité Mais aussi bien des poires De bonne qualité Tous ces vergers si bien tenus Nous font un écrin de verdure Et c’est pourquoi le Monétier Est tel, un bijou de parure. 9


Monêtier Allemont, une histoire.

III . Quelques uns jouent aux boules Histoire de s’amuser Parfois, on se dispute Autour du cochonnet Mais l’amitié reprend le pas Et quand la soirée se termine C’est au bistrot, le plus souvent, Que nous retrouvons le sourire. IV . Nous avons notre école Avec beaucoup d’enfants Voir grandir tous ces gosses Est pour nous rassurant Chacun de nous essaie partout De fleurir au mieux sa demeure Pour que les gens nous visitant Trouvent le village accueillant V. Si vous aimez la pêche Vous pouvez y aller Car dans le lac, on pèche La truite et le brochet Quand vient l’été, Août et Juillet, C’est le plaisir de la baignade Aussi, j’ vous dis à vous mes amis C’est un vrai pays de cocagne.

10


Monêtier Allemont, une histoire.

Alabon, Alamonte, Alamontes... Lors des deux dernières grandes glaciations, la glaciation de Riss et la glaciation de Würm, le glacier de la Durance s’avance jusqu’àu Poët et Sisteron. Le glacier rissien franchit la cluse et ses eaux de fonte donnent naissance à la Durance entre le Montgervis et la montagne de Briasc. Les premières occupations territoriales datent de l’Âge de fer. Les principaux sites celtiques (gaulois) fournissent des armes, des objets de parure (Torques, colliers, bagues, bracelets), des accessoires de vêtements ou de mobiliers funéraires. La nécropole tumulaire de Ventavon, en bordure de la Durance, a fourni une épée qui appartient au groupe des épées ornées de Cowen proche du type Forel, Bronze final III, et des fibules. Plusieurs sarcophages en pierre creusée, sans couvercle, sont trouvés. L’un d’entre eux servira longtemps de cachette aux enfants du village, avant de finir en... jardinière. La période préhistorique a livré sur le premier plateau et sur les premières pentes des collines du matériel lithique remontant au plus

11


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

tard à l’époque néolithique qui débute en Provence vers - 6000 ans. C’est l’époque des premiers agriculteurs et pasteurs, avec l’apparition de la poterie modelée. les habitants sont encore chasseurs et cueilleurs, la Durance offrant quantité de poissons et les forêts autant de gibiers. On découvre des silex, isolés, et des stations de taille livrant des déchets. Le matériau utilisé ne provient pas de la région. Il était importé brut et taillé sur place, ce qui indique des échanges interrégionaux... La période antique est par contre mieux documentée avec quelques gisements de l’Age du fer et surtout de l’époque romaine. Tout le territoire a livré des indices, principalement des tegulae (tuiles plates à rebords), des fragments de céramique, des tombes sous tuiles et quelques inscriptions lapidaires. Nous les énumérerons pour chaque commune. Si le premier plateau de la Durance a fourni de nombreux sites, les collines et les petits plateaux intercalés entre eux et la montagne en ont livré également. L’occupation du territoire apparaît beaucoup plus dense qu’à la période précédente. Monêtier Allemont qui se nommait alors Alabons ou Alamons était chef-lieu de Pagus (Circonscription territoriale rurale à l'époque galloromaine) et était doté d'un Macellum, marché qui se présentait sous la forme d'un espace clos avec une entrée unique, des d'emplacements

12


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

et des étals en pierre pour présenter les marchandises. Son existence favorisait la vie urbaine en organisant le commerce. Le macellum disposait d'étalons de mesure, que l'on a retrouvés gravés dans la pierre. En-dehors du bourg actuel, deux autres sites étaient construits à l'époque gallo-romaine à Saint-Ariès et à Notre-Dame-des-Rousses. Le lieu-dit des Rousses a livré aux archéologues un site chalcolithique. Il semble que le site de Monêtier Allemont soit, avec Mons Seleucus (La Bâtie Monsaléon) un des lieux de vie (Vicus) identifiés de l’aristocratie Voconce. Trois sites ont donc été certifiés : Saint-Ariès, le Grand BéalNotre-Dame et Saint Clément. Le premier site, Saint-Ariès, est sur la commune de Ventavon : il s'agit d'une grande villa, de 2 600 m2, des IIe-IIIe siècles et faisait partie de l'agglomération lâche, ou « bourg éclaté » d'Alamons. Sur le second site, une grande villa a fait l'objet de multiples fouilles. Elle a été occupée aux Ier-IIIe siècles et faisait elle aussi partie du « bourg éclaté » d'Alamons. Cette présence gallo-romaine a laissé des vestiges, comme des blocs monumentaux remployés dans les constructions médiévales, des inscriptions, dont l’épitaphe d’un puissant personnage Quintus Caetonius Titulus, curateur des jeux de la ville de Die, dont la tombe se trouve chez Mr de Ventavon, et deux trésors monétaires : en 1346, des pièces d’or et en 1908, 1200 monnaies de bronze dont des monnaies de Constance II et de Julien l’Apostolat (Musée Dauphinois). En 1565, on a trouvé dans des champs du Monêtier, une urne

13


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

enterrée de la grandeur d'un homme fermée par une grille de fer. A l’ouverture de cette grille, une boîte de plomb était enfermé avec une bouteille de verre trés épais dans laquelle il y avait coton qui exhalait une odeur agréable. La charrue d’un agriculteur, rencontra en 1677 prés du village, une pierre pourtant une exclu une inscription votive qui prouvera le culte du dieu Sylvain. Mais, la plus belle découverte dans les champs de Monêtier Allemont reste celle du tombeau Quintus C. Titulus à ne pas confondre avec Quintus L. Catulus, consul de Rome en -78 et adversaire de César. À l’époque romaine, Alamonte, station sur la voie domitienne, est notée sur l'itinéraire d'Antonin. Alabontem est présente sur un des gobelets de Vicarello. Ces Quatre gobelets d’argent qui dateraient du Ier siècle ap. J-C. sont conservés à Rome au musée des Thermes de Dioclétien (Palazzo Massimo). Ils énumèrent sur quatre colonnes les étapes et les distances d’un itinéraire allant de Gadès (l’actuelle Cadix, en Espagne) à Rome en passant par le sud de la Gaule et le col de Montgenèvre. C’est la voie Domitia (Domitienne). On sait depuis longtemps que la Durance a constitué une voie de pénétration primordiale depuis l’Antiquité et sans doute déjà auparavant. La voie romaine franchissait le Rhône aux abords de Beaucaire et de

14


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

Tarascon, passait à Saint-Rémy-de-Provence (Glanum), Cavaillon (Cabellio), Apt (Apta Julia), à Céreste (Catuiacia), au sud de Forcalquier à Notre-Dame des Anges (Alaunium) pour parvenir à Sisteron (Segustero). A cette station, la voie Domitia était rejointe par deux autres provenant du littoral méditerranéen, une venant de Fréjus par Draguignan et Riez, l’autre venant de Nice-Cimiez par Vence, Castellane, Senez et Digne. Sur la carte ou Table de Puttinger, nous retrouvons Alabons qui est une mutatio entre Vapincum (Gap) et Segusteronem (Sisteron). Cette carte est une copie du XIIIe siècle d'une ancienne carte romaine où figurent les routes et les villes principales de l'Empire romain qui constituaient le cursus publicus. Cette portion de la voie a été appelée l'« ancienne route de Provence ». Les avis divergent quand à la taille d’Alamons et sa fonction de « Mansio » ou de « Mutatio ». Dans l'Antiquité, une mutatio est un relais routier sur les voies romaines. Distantes de 10 à 15 kilomètres, les Mutationes permettaient de s'abreuver ou de changer de monture. Toutes les trois Mutationes, soit environ tous les 30 à 45 km, on trouvait une Mansio, lieu d'étape bien équipé et permettant éventuellement d'y passer la nuit. On y trouvait une auberge pour le repas, un service d'écuries – le stabulum - pour le repos des montures, un maréchalferrant, voire un charron chargé de l'entretien des véhicules. En résumé, pour ce qui concerne les Hautes Alpes, et celà souligne l’importance historique de Monêtier Allemont, la Via Domitia prend en

15


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

compte les relais suivants: Segusteronem (Sisteron), Alabontem (Alamont), Vapincum (Gap), Caturigas (Chorges), Eburodunum (Embrun), Rama (La Roche de Rame), Brigantium (Briançon), pour parvenir au Mont Genèvre (Druantium), le col le moins élevé des Alpes, à 1854 m. C’était ensuite Suse et Turin. Lors de travaux de terrasssements pour l’autoroute A51, les murs d’une Villa romaine sont mis à jours ainsi qu’une mosaïque et des morceaux de remparts. Au Monêtier, les restes d’un pont romain existent au lieu-dit SaintAries sur le torrent dit Torrent de Pont Frache. Il subsiste une masse importante de 3,70 m de longueur sur 1,50 m de largeur et sur une hauteur moyenne de 1,40 m. Elle est formée de galets agglomérés dans un mortier gris, très dur. Quelques galets taillés forment le parement. D’autres débris du pont, plus petits, gisent à proximité immédiate. Le toponyme frache, signifie rompu, brisé. Enfin, ont été découvert à Mônetier (ainsi qu’à Laragne) de petits parcs... à huîtres où sur plusieurs épaisseurs étaient amassées les restes de mollusques ayant parfois encore les valves en connection. Ce qui indique à la fois les traces d’un commerce bien organisé depuis la côte Ligure et les connaissances des romains pour la conservation des coquillages.

16


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

Nous conclurons ce chapitre avec les propos du préfet Ladoucette : « Alarante ou Alamonte ? Nous trouvons ici de nouvelles preuves que beaucoup d’erreurs se sont glissés dans les itinéraires relatifs à l’antiquité.. /..L’itinéraire d’Antonin n’avait mentionné entre Vapincum et Segustero qu’Alabonte. La table Théodosienne ne parle pas d’Alamonte mais d’Alarante.. / .. l’un et l’autre à même distance .. / .. dans un autre ouvrage, nous avons noté qu’Ala s’appliquait à un détachement de cavalerie.. » Monêtier Allemeont conservera finalement une certaine « versatilité » dans son nom, avec des terminaisons en Allemont, Allemons ou Allemond, alternativement utilisées jusqu’à l’entre-deux guerres et même après.

17


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

LE MOYEN-ÂGE La carte dite de Peutinger est une copie faite au Moyen Age d’une carte établie au Haut Empire et perdue. Le manuscrit est généralement daté du XIIIe siècle. Il serait l’œuvre d’un moine copiste anonyme de Colmar qui aurait reproduit vers 1265 un document plus ancien. La table est composée de onze parchemins conservés ; le plus à l’ouest étant perdu. Ceux-ci sont assemblés pour former une bande de 6,82 msur 0,34 m. Elle montre 200 000 km de routes, mais aussi l’emplacement de villes, mers, fleuves, forêts, chaînes de montagnes. La table montre la totalité de l’Empire romain, le Proche-Orient et l’Inde, indiquant le Gangeet Sri Lanka (Insula Taprobane), et même la Chine. Sur le terrain, des bornes milliaires implantées tous les 1 480 mètres (mille romains) dont quelques-unes ont été retrouvées, valide le traçé de la Voie Domitia. Il était jalonné de stations routières, mansiones, établies tous les 30 KM, avec auberges et relais pour les chevaux. Une partie d’entre elles a été localisée. Cette Voie Domitia a continué sa vocation de route internationale au Moyen Age, non seulement pour les voyageurs et les commerçants, mais aussi pour les

18


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

pèlerins allant à Rome ou à Saint-Jacques de Compostelle. Dans les affouagements des XVIIe et XVIIIe siècles, la voie Domitia est qualifiée de Chemin de Viguerie, c’est-à-dire pour nous aujourd’hui une route départementale. Elle est à la charge de la viguerie de Sisteron. Un texte des archives de la commune de Claret l’appelle le Grand Chemin. Elle est aussi dite iter regium quo iter Sistaricensium (chemin royal qui va à Sisteron), ainsi que via publica. Ces trois appellations font référence à une voie médiévale superposée à une ancienne voie romaine. La carte de Cassini, qui dâte de la fin du XVIIIe siècle, la signale de Sisteron à Claret, mais ensuite jusqu’audelà de Curbans, il n’existe aucun tracé. Il est probable qu’elle avait alors perdu de son importance. Pourtant lorsque l’Agent voyer vient l’examiner en 1863 il constate qu’elle est en bon état et accessible au roulage sur tout son parcours. Elle a seulement besoin d’être élargie de 3 à 5 mètres et seulement rectifiée en quatre endroits seulement. Depuis l’Antiquité, le fleuve Durance est cependant le moyen principal de déplacement des marchandises. C’est par lui que se faisait le maximum d’échanges des produits de la montagne et de la mer. Le trafic est attesté au temps des Romains et au Moyen Age par plusieurs textes explicites. On y transportait par radeaux le sel de la mer, essentiel pour les hommes et les nombreux troupeaux. De la montagne descendaient les marbres, les minéraux précieux, les produits

19


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

de l’élevage et les céréales. Par flottage, d’immenses trains de bois de charpente allaient vers les villes de la côte pour la construction navale et les habitations. Pour les moines chalaisiens de Boscodon et ceux de Prads par la Bléone, ce trafic était l’une de leurs principales activités. Au milieu du village se trouve un château. Le village groupé, le château et la paroisse vont constituer désormais l’entité administrative et religieuse des communes. Les fondations monastiques perdureront plus ou moins longtemps dans le temps. La Révolution fera disparaître celles qui subsistaient encore. L’église de Chane, dont il ne reste qu’un fragment est devenu une porcherie. Saint-Benoît à Sigoyer ne présente plus que quelques murs. A Claret, on ne sait où la situer. Seules, subsistent celles de Curbans et des Tourniaires. Il reste également le cas de certaines chapelles comme celles de Saint-Marcellin à Vaumeilh, de Saint-Cézaire à Sigoyer, de Notre-Dame du Pin à Curbans et de Notre-Dame des Roches à Claret pour lesquelles nous ne possédons aucune source fiable.

20


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

BLASON ET CHÂTEAU

Blason de Monêtier Allemont

« D'or aux trois arbres rangés et terrassés de sinople; au chef d'argent chargé d'une étoile d'azur accostée de deux tourteaux de gueule. » Une bulle de Luce III, en 1183, appelle Allemont « ville forte, oppidum ». 1193, un contrat de mariage entre Ildefons II, comte de Provence et Garsende, petite fille de Guillaume, Comte de Forcalquier, cite le chateau d’Allemont (castrum alamonis), ceux de Ventavon, Upaix, Lazer et Pugeto comme réservé par Guillaume. Allemont n’est

21


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

plus qu’un «pauvre village de 170 habitants où l’on trouve à l’entour journellement des fondations, des débris, des lampes, des médailles d’or, d’argent et de bronze, des armes, des tuiles romaines dites improprement sarrazzines...» (Ladoucette). En 1215, Tibour et Raymbaud d’ORANGE donnent toutes les biens possédés au Monêtier à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem qui les transmet à l’ordre de Saint-Antoine en viennois. En 1338, l’ordre les échange contre l’église de Saint-Pierre d’Esparron dans la vallée de Vitrolles. Durant plusieurs siècles, les co-seigneurs de Monêtier sont les mêmes que ceux de Ventavon : les Moustiers, les Agoult et les Oraison auquels on peut ajouter les seigneurs de Beaujeu, dont Gaspard de Perrinet. Ils possèdent sur ce village une juridiction seigneuriale particulière qui s’exerçait avec appel au vibaillage de Gap. Le Monêtier fait alors partie de l’élection et de la subdélégation de cette ville. En 1346, Arnaud de FLOTTE, seigneur de Montmaur, ayant appris la présence d’un des deux trésors, fait l’acquisition du Monêtier pour 1200 florins qu’il compte au Dauphin (les Papes en ont déboursé 50.000 à la Reine Jeanne pour Avignon...). FLOTTE se livre alors aux plus grandes cruautés pour se faire restituer, par les habitants, le prétendu butin. Une plainte est déposé à l’administrateur du Dauphiné Henri de Villars. Arnaud de FLOTTE, seigneur de Montmaur, et perd son titre de Bailli du Gapençais et les 1200 florins...

22


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

En 1550, François d’HUGUES est le coseigneur du Monêtier. Il prête hommage au Comte de Provence auquel les habitants payent à cette époque une émine d’avoine (30 livres, soit environ 20 litres) par feu pour droits de sauvegarde. Les MOUTIERS demeurent coseigneurs de Monêtier jusqu’à la fin du XVIe siècle, puis vendent les terres aux TOSCAN. Jacques TOSCAN est né le 23 décembre 1669 à Ventavon et décédé le 30 mars 1758. La famille TOSCAN a pris le nom TOSCAN D'ALLEMONT après l'achat de Monêtier-Allemont, vers 1745. Jacques TOSCAN DU PLANTIER a probablement pris ce nom après l'achat personnel d'un fief nommé Plantier. Les TOSCAN DU PLANTIER font également l’acquisition du Château du Terrail à Montmaur. La famille TOSCAN D'ALLEMONT aurait été anoblie vers 1788 par une charge de conseiller à la chambre des comptes. La commune reprendra les armes de TOSCAN. Jacques TOSCAN DU PLANTIER D’ALLEMONT est l’arrière-grandpère de Pierre Alexis Joseph Ferdinand PONSON DU TERRAIL, romancier célèbre, père de Rocambole. Il est également l’ancêtre de Daniel TOSCAN DU PLANTIER, producteur de cinéma. Les communs du Château sont vendus à la famille Marrou (acte de vente de 1780 en pages photos). Un souterrain reliant le château arrivait dans la maison des Marrou, ancêtres de Mme Christophe. A la fin des années 90, la commune a acheté le château, avec 23


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

l’intention de le réhabiliter en logements communaux. Longtemps abandonné, au centre bourg, le corps de bâtiment principal est constitué d’un oratoire du XIVe siècle, surmonté d’une demi-coupole et inscrit dans une façade courbe, auquel des extensions ont été ajoutées au fil du temps. C’est un bâtiment en pierres de galets à l’aspect massif et puissant. Le programme prévoyait la réalisation de cinq logements sociaux pour dynamiser le village et rendre une fonction à ce bâtiment patrimonial. L’enjeu de cette opération était d’inscrire des logements, confortables, largement éclairés, avec des vues et orientations diverses dans un bâtiment profond et dans la complexité de ses espaces voûtés. Le budget restreint impliquait l’usage de toutes les ressources existantes du bâtiment. D’anciennes fenêtres sont débouchées ou réutilisées, certaines créées si nécessaire. L’aspect en pierre massive des façades est conservé. La modernité du projet est d’apporter des éléments très contemporains, qui révèlent, par contraste, les qualités de l’existant. Dans le spectaculaire appartement en duplex situé dans l’ancien oratoire, les pièces ont été rassemblées et placées sur deux niveaux, dans une structure de métal, de verre et de bois dont le dessin est aussi précis que celui d’un meuble. Placée en arrière de la demi coupole, ce « meuble » de services, laisse intact le volume voûté en pierres apparentes, désormais dévolu

24


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

au séjour. Le couple visuel séjour/cuisine, offre une vue traversante, qui ouvre sur le village d’un coté et sur la nature et les vergers de l’autre. Les détails sont ponctuels mais particulièrement soignés. Le sol est en carreaux ciment de Romans, en pose jointive. Des dessins au sol évoquent des signes mystérieux. Un vaste dessin en croix, au sol, au centre du séjour, rappelle l’ancienne destination de l’oratoire. Les logements ont été livrés en 1999, pour une surface de de 340 m² SU et un budget de plus de 300.000 euros porté par la commune.

25


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

EAU, RIVIERE, DIGUES & CANAUX En 1904, pour alimenter le village, l’eau d’une source est captée à Crigne, magnifique belvédère au dessus du Val de Durance. A l’aide d’un assemblage de 3750 tuyaux d’argile cuite de 80 cm de long, tous « fait main », l’eau arrive au cœur du village au lavoir face à la route de Claret et à un autre, plus récent, sur la place de l’église. Une autre source alimente les villageois, celle de « La petite fontaine ». L’eau courante ne sera mise en place dans le village qu’aprèsguerre (39-45). Jusqu’alors, les travaux nécessitant de l’eau, notamment ceux des restaurants et du village, se faisaient avec les aller-retours incessants des enfants, chargés de cette corvée. La petite Nini Amat se disait sans arrêt : «Mais qu’est ce qu’elle en fait de toute cette eau ma mère ! ». L’eau pour la vaisselle était chauffée et, à part un peu de savon de Marseille, aucun produit ménager ne souillait la manœuvre. Ainsi, cette eau « grasse », accommodée d’un peu de farine et d’épluchures de légumes, allait directement aux cochons. Un cycle complet qui, in

26


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

fine, rendait le cochon bien engraissé... aux clients du restaurant ! A l’origine, les sources présentent sur la commune de MônétierAllemont pouvaient couvrir les besoins en eau d’environ 800 personnes. C’est actuellement plus difficile. La capacité de la station d’épuration a, quand à elle, une capacité pour 400 personnes. La rivière 800 ans avant JC, les Grecs de Rhôdes utilisaient la Basse Durance pour la navigation commerciale. Cette activité se développa plus précisément avec les Romains, 200 ans après JC. Pendant 1 500 ans, il exista un groupement professionnel sur la Durance, ancêtres directs des radeliers. La navigation était un moyen de transport indispensable aux contrées alpines. La chute de l'empire romain freina l'activité jusqu'à l'agonie. La Durance prend ses sources vers 2 390 mètres d'altitude, au pré de Gondran, sur les pentes du sommet des Anges. Les sources se trouvent en contrebas de l’ancien fort du Gondran , sur la commune de Montgenèvre, près de la frontière italienne. Elle se jette dans le Rhône à quelques kilomètres au sud-ouest d'Avignon, entre le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône dont elle matérialise la limite. Son affluent , la Clarée, prend sa source sur les pentes du mont Thabor (3 178 m), au Seuil des Rochilles, à 2 450 m d’altitude,

27


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

également dans les Hautes-Alpes. Elle emprunte la vallée de Clarée et, après un cours de 28 km, rejoint la Durance. 12 millions d’années avant notre ère, la Durance bifurquait vers le sud entre la chaîne des Côtes et les Alpilles, passait le seuil de Lamanon, et allait se jeter directement dans la Méditerranée, faisant un large delta dont l'étang de Berre et la Crau sont des restes. Cet itinéraire est d'ailleurs grosso modo celui emprunté aujourd'hui par le grand canal EDF, qui se jette dans l'étang de Berre. Pendant la glaciation de Riss, la Durance prenait sa source aux environs de Sisteron, où se terminait la calotte glaciaire recouvrant les Alpes. C’est à dire, quasiment dans les environs de Monêtier-Allemont. C’est une hypothèse plausible. Rivière dite « capricieuse » et autrefois redoutée pour ses crues aussi bien que pour ses étiages, la Durance est une rivière à la fois alpine et méditerranéenne à la morphologie bien particulière. Elle était appelée « le 3e fléau de la Provence », la tradition provençale disant que les deux premiers étaient le mistral et le Parlement d'Aix représentation du pouvoir Royal en Provence où siègeait le Gouverneur. Depuis toujours, franchir la rivière est un exercice délicat. Des ponts sont construit (Pont romain à Misssissipi), des bacs mis en fonction ( il s’agit de bacs à traille équipés d’un mât qui s’appuie sur un

28


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

câble, la traille, tendu entre les deux rives du cours principal).... un temps pendant lequel les Radeliers descendent la rivière en laissant parfois quelques pièces de mélèze au Monêtier. De belles poutres du village sont arrivées ainsi... "La Durance, durant de longs siècles, a été le véritable cordon ombilical entre mer et montagne. Du Moyen-âge au XIXe siècle, l'impétueuse rivière était en effet le seul et unique moyen pour faire transiter par flottage les lourdes et volumineuses pièces de bois nécessaires à la construction maritime en Méditerranée. De même, sapins et mélèzes haut-alpins ont été largement utilisés dans l'édification des maisons et bâtiments des cités provençales.Les pièces de bois, ainsi flottées sous forme de radeaux, étaient liées les unes aux autres par les "réortes" (mot provençal qui signifie une façon de travailler des liens végétaux pour les rendre plus souples). Les radeliers, pour guider leurs radeaux entre écueils et haut fonds fréquents sur la Durance, utilisaient des rames fixées à l'avant et l'arrière des radeaux. Les plus gros d'entre eux (15 à 20 tonnes) étaient descendus à la faveur des grosses crues. Au 17ème siècle, la Durance était la plus longue des rivières françaises à être classée flottable avec 256km ouverts aux radeaux. Il y eu des abus tant les besoins réels étaient disproportionnés par rapport au règlement. L'état de dégradation des forêts est évocateur. Pour exemple, la forêt de Boscodon qui au 17ème siècle connut une

29


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

disproportion démesurée. En l'espace d'une dizaine d'années plus de 60 000 pièces de bois ont été coupées et transportées par flottage vers la Méditerranée alors que le règlement n'en autorisait la coupe de seulement 4 000 dans le même laps de temps.Les radeaux cessèrent de naviguer sur la Durance peu avant la guerre de 1914." (Association des Radeliers de la Durance). Au 15ème siècle, lors de la destruction de Marseille par les troupes aragonaises, la Reine Yolande autorisa les Marseillais à couper tout le bois dont ils avaient besoin dans la forêt de Boscodon. A la même époque les chantiers navals de la Méditerranée avaient une forte demande de bois haut-alpin. Le département des Hautes-Alpes, par ses forêts de Boscodon et de Durbon, fournissait le sapin pour la mâture et les gréements. Le Grand Embrunais et le Queyras avec l'Ubaye assuraient la fourniture de nombreux mélèzes pour la fabrication des bordées et ponts de vaisseaux, mais aussi pour la réalisation de rames de galères. Monêtier Allemont est alors un des dix péages établis sur les 300 km du cours d’eau avec Savines, La Bréole, Monêtier-Allemont, Le Poët, Sisteron, Les Mées, La Brillanne, Saint-Paul, Mallemort et Orgon. En 1587, le prix du bois est ainsi multiplié par quinze entre son lieu d’abattage, à Boscodon par exemple, et Marseille ! L’avènement du transport sur Rail mis fin au Radeliers. L’utilisation

30


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

de la Durance comme voie de transport décroît avec la concurrence de la route, et cesse en effet définitivement avec celle du chemin de fer. Il ne reste que 10 radeliers en 1896, un seul en 1908. Pourtant les radeaux avaient navigué sur la Durance depuis le Moyen-Age, transportant par flottage sur 260 km, des marchandises, parfois des passagers, mais surtout le bois nécessaire pour la construction maritime de la Marine Royale notamment de Toulon / Marseille (mâts, bordées et ponts de vaisseaux, rames de galère, etc.). Il leur fallait 3 à 4 jours pour rallier la Provence (Arles notamment). Ces bois, le Mélèze du Queyras, le sapin de la forêt de Boscodon, le noisetier, était trés réputés. Le train met fin aux radeaux, mais malgré un projet de liaison Sisteron/Gap, c’est par Veynes, grâce à l’ingénieur et homme politique buëchois Adrien Ruelle que les locomotives à vapeurs amènent la prospérité et le progrés. Pour le Monêtier, il faudra attendre les canaux et l’arrivée de l’aspersion. Pour l’heure, il faut contenir la rivière et on entreprend la construction de digues. L’accès au gravier est autorisé et chacun a sa «butte». Les tombereaux sortent du gravier de la Durance en permanence. Les travaux des principales digues sont confiés à Castagnetti, entreprise gapençaise. La montagne de Crigne fourni les pierres à tailler pour la construction des ouvrages. Longtemps, il est resté

31


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

quelques blocs au pied du château, pas très loin d’un des camions ayant servi au chantier : « Le vieux Berliez avec des roues à bandages, les enfants s’en étaient fait une distraction : Vient on va conduire ! » raconte Mr Hubert Armand. On imagine mal l’ampleur des travaux qui à l’époque étaient réalisés à la main. Jusqu’à 5000 personnes travaillaient aux travaux avec des pics, des pioches et des vagonnets pour transporter les gravats. Les gens du village louaient des mulets aux entrepreneurs, ce qui représentait une bonne rentrée financière. Parfois, ça se passe moins bien le cheval de Mr Amat tombe dans un trou creusé lors de l’édification de la cave coopérative... et non comblé ! Le canal gravitaire, premier canal de Ventavon En 1852, Casimir Tournu de Ventavon (fils du dernier seigneur de Ventavon, avocat et sénateur des Hautes-Alpes) reprend l'idée d'un de ses ancêtres et fait accepter aux pouvoirs publics l'élaboration d'un projet de canal ayant sa prise à Remollon et comportant une branche principale de 55 Kms de longueur pouvant irriguer 5000 ha par gravitation avec un débit de 5m3/sec. Le projet a eu du mal à se mettre en place et en 1880, un arrêté préfectoral permet la constitution du "Canal de Ventavon" et l'autorise à prélever un débit de 2,5m3/sec. En 1883, jusqu’en 1924, il y aura 1

32


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

700 ha de terres irriguées. Il n’existe plus, en 2004, que 110 ha encore irrigués gravitairement. Le grand Béal ou Canal Chabrand Pour la construction du Grand Béal, le canal EDF ou « Aux passage des lièvres », en 1901, toujours pas de voitures et le Pont roulant arriva de Grenoble... tiré par des chevaux. Les ponts étaient plus bas, le canal plus haut. L’hiver, il chariait de la glace. Parfois l’eau débordait malgrè le déversoir. Construction, tentative de sabotage, garage à charettes... Bien sur la construction du barrage de Serres-Ponçon va tout changer. En 1955, Electricité de France fut chargée de l’exécution d’un projet associant la production d’électricité à l’irrigation des terres agricoles de la Provence. Le chantier du barrage a duré 54 mois. Le remplissage du réservoir d’eau, entamé le 16 novembre 1959, fut terminé le 18 mai 1961. La côte 780 était atteinte. Réalisé en matériaux alluvionnaires, extraits du lit de la Durance, Serre-Ponçon est le plus grand barrage en terre d’Europe. Sa construction nécessita le déplacement des populations et la destruction de villages. Seule la commune de Savines fut reconstruite et porte aujourd’hui le nom de Savines-le-Lac. Aujourd'hui, le barrage de Serre-Ponçon représente la plus importante

33


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

retenue d’eau en France, avec 1,2 milliards de m3 d’eau. Il est le site de référence en matière de gestion multi-usage de l’eau : production d’énergie, « château d’eau » de la Provence avec 200 millions de m3 dédiés à l’agriculture, à l’alimentation en eau potable, lieux d’activités nautiques, gestion du territoire et des crues… La navigation sur La Durance, du barrage d'Espinasses jusqu'au barrage de Cadarache, est réglementée par secteur, par les arrêtés préfectoraux en vigueur. EDF recommande la plus grande prudence à tous les usagers de la rivière. Si le barrage de Serre-Ponçon cédait, l’État indique dans un Plan particulier d’intervention (PPI), qu’au final, tous les territoires en aval de Serre-Ponçon seraient ravagés par les eaux. L’onde mettrait un quart d’heure à une demi-heure pour toucher Monêtier Allemont et atteindrait à son maximum, 35 mètres de haut. Tallard serait frappé au bout d’une heure par une vague pouvant atteindre jusqu’à 32 mètres alors que Sisteron aurait plus de deux heures pour évacuer et éviter une onde de 53 mètres… L’impact d’une rupture du barrage de Serre-Ponçon serait colossal. Les eaux déferleraient dans la Durance jusque dans les Bouches-duRhône. Le moindre « laché » d’eau attire d’ailleurs en nombre la venue de touriste, comme celui 28 mai 2008 où suite aux intempéries du printemps, EDF a ouvert l'évacuateur de crues du barrage de

34


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

Serre-ponçon. Des millions de m2 d’eau se sont déversés dans la Durance, créant quelques dégats aux Trois lacs du Vivas... L’aspersion est une idée qui à pris corps aprés-guerre dans la tête du président de l’ASA de l’époque. Né alors le « Petit canal de Ventavon » qui passe aux Rousses. C’est le premier réseau collectif d’irrigation de ce type en Europe, on l’appelle « La pluie artificielle ». Le canal EDF La construction du canal usinier d’EDF, en 1970, va permettre d’étendre le système d’irrigation par aspersion sur l'ensemble du périmètre. En 2004, 3600 ha sont irrigués représentant 10 à 12 millions de m3/an et 1000 utilisateurs. L’aspersion assure des « tours » d’eau d’un débit de 35 litres/sec. et de 6 heures/hectare par borne enterrée pour chaque aspergé. La gestion de l’eau a été, est et sera un des postes principaux de la commune de Monêtier Allemont. On trouve, par exemple, aux archives départementales des Hautes-Alpes les documents rélatifs aux travaux suivants : « Projet de grosses réparations à la digue du village et à la digue de la pallud (1948). projet de réparations des avaries (1951) (calamités publiques de novembre 1951) par le syndicat des digues et canaux de Monetier-Allemont. » Quoi qu’il en soit, ce n’est pas l’ « Or blanc » (la neige), mais la 35


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

« Houille blanche » (l’hydro-électricité) qui a apporté au Monêtier confort et prospérité. A l’heure du réchauffement climatique et de la fin programmée des énergies fossiles, ce choix du hasard apparait comme une vrai chance d’avenir et de continuité.

36


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

LES ROUTES L'autoroute a pris l'emplacement du vieux canal le Grand Béal. La A 51, cet ensemble, couramment appelé Autoroute du Val de Durance, s'arrête à 14 kilomètres au sud de Gap. Ni Digne, ni Barcelonnette ni Briançon ne sont directement desservis par l'A51. Cependant elle facilite l'accès de l'agglomération marseillaise aux stations des Alpesde-Haute-Provence et des Hautes-Alpes, ainsi qu'aux grands cols des Alpes du Sud (col de Larche, col de Montgenèvre). La route des Fruits et des Vins passe par Monêtier. Dans les Hautes-Alpes, la route des fruits et des vins est une invitation originale et gourmande à la découverte des productions fruitières et viticoles, gorgées de saveurs et d'arômes des Pays du Buëch aux vallées de la Durance et de l'Avance. La Production fruitière est très ancienne puisque l'on a retrouvé des documents concernant des transactions de fruits datant de 1358. Le véritable essor a débuté à partir de 1930 et s'est fortement développé au début des années 60 avec la mise en place de nouveaux réseaux d'irrigation grâce notamment à la construction

37


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

du barrage de Serre-Ponçon. Le lac ainsi formé, la première grande retenue artificielle en terre d'Europe, est un réservoir d'eau permettant l'irrigation de la Vallée de la Durance. Le sud des Hautes-Alpes bénéficie d'un ensoleillement exceptionnel qui convient particulièrement aux vergers et vignes jalonnant cet itinéraire touristique. On découvre le long de l'itinéraire des producteurs locaux ainsi que des restaurateurs, et de nombreux villages perchés, le château de Tallard, entre les vignes de la plaine de Théüs et les vergers du Val de Durance qui produisent des fruits renommés : la « poire de Gap » connue depuis François 1er, la Passe Crassane, la Golden Delicious. Le Conservatoire Botanique National de Gap Charance conserve de très anciennes variétés de pommes et de poires. Le département mise ensuite sur une route...des cadrans solaires ! Témoins d'une tradition ancestrale remontant au XVIIIe siècle, les cadrans solaires des Hautes-Alpes, qu'ils soient anciens ou contemporains, sont omniprésents. Ces superbes instruments de mesure du temps ornent en effet un grand nombre de façades de monuments, édifices publics ou maisons de villes et villages des Hautes-Alpes. Agrémentés de devises et sentences religieuses, les cadrans solaires se présentent ici sous forme de fresques ou de sculptures. Avec plus de 400 cadrans solaires, dont plus de la moitié date des XVIIIe, XIXe et début XXe siècles, le département des Hautes-Alpes est le département français qui possède le plus de cadrans solaires peints ! A Monêtier Allemont

38


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

vous devrez partir en quête de la corne d’abondance… et retrouver le cadran solaire pas très loin de la superette, sur le fronton de la coopérative... La Route Napoléon, est créée en 1932. Longue de 328 km, elle est le trajet emprunté par l’Empereur en mars 1815. Afin de reconquérir la France, il lui fallut rejoindre la capitale, tout en déjouant la surveillance de ses ennemis. Son épopée fantastique débute à Portoferraio sur l’île d’Elbe ; il débarqua, accompagné de 1028 hommes, à Golfe Juan et poursuivit son chemin en direction de Grenoble. Ces 6 jours de traversée audacieuse suffirent à faire de la Route Napoléon un itinéraire mythique. Après son passage dans l’après-midi du 5 mars sur le pont du Beynon et pour bloquer les troupes royalistes, Napoléon tenta de le faire disparaître. Celui-ci ne bougea pas d’un millimètre. La réaction de l’empereur ne se fit pas attendre, devant sa solidité, il s’adressa directement au pont : « Je t’aurais cru en or massif. Et tu n’es qu’en pierre ! ». Afin d’éviter le Baron de Vitrolles, royaliste et ministre de Louis XVIII, Napoléon prend la direction de Monêtier-Allemont avant de rejoindre Gap dans la nuit. Il s’arrête à la Maison Poincelet, relaispostal à Rourebeau, pour changer les chevaux et se reposer au coin d’un feu... Un gobelet sera conservé précieusement : l’empereur y aurait bu quelques breuvages ! C’est la Route touristique la plus ancienne du département si on

39


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

omet de citer la Via Domitia qui, bien sur, a tracé la voie de toutes les autres. Les « routes » surfent sur le « tout-voiture » cher à la fin du 20ème siècle et les projets se succèdent. Quelle différence avec les années 50 où, avec celles des Philip, Jaume ou Audibert, l’on comptait moins de 5 voitures au Monêtier Allemont ! Entre de l’eau et des routes, il faut bien sur quelques ponts. Celui de « Napoléon » est encore visible sous le nouveau pont du Beynon. Celui sur Claret fut renové et inauguré notament par Mme Evelyne Faure, maire de Claret et Mr Mevolhon, maire de Monêtier Allemont. Le vieux pont, trop étroit et limitéen tonnage est remplacé par le nouveau, plus large et permettant le passage des camions. Quand au vieux pont sur la Durance, il fût dynamité par la résistance à la fin de la guerre de 39-45... nous y reviendront.

40


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

LES TRANSPORTS Le projet de train Sisteron/Gap ne verra jamais le jour. A légal du projet vers Barcelonette et de celui vers Grenoble par le Champsaur, il sera victime d’hommes politiques influant ou du temps de construction rendant obsolète le train face à la route. Le Conseiller Général Adrien Ruelle obtient donc le passage du PLM à Veynes. Le Monêtier devra se passer du train. Le train qui signe paradoxallement aussi la fin des radeliers de la Durance. Les « barquières» des soeurs d’origine italienne, font, elles, toujours passer la Durance en bac. Avant et pendant la guerre le paysage est jalonné de bus et de camions qui marchent au Gazo, un gaz chauffé dans des marmites par un feu de bois ou de charbon ! Le car de la SATA fait Gap-Marseille par Barcelonnette et Sisteron. Les passagers arrivés en avance, gardaient précieusement leur place, au risque d’être intoxiqués. Il ne reste souvent que des places en remorque ou sur l’impériale. Parfois, on arrive à s’accrocher au car pour faire une partie du trajet en vélo. Une station service voit le jour, avec pompe à main et ballon de verre où l’essence arrive en bouillonnant. C’est Mr Louis Audibert qui

41


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

l’exploite déjà avant la guerre. Très peu de voitures, cependant, sont en possession des villageois. Les déplacements, comme pour les enfants et leurs parents aller au cirque à Sisteron, se font par la « Boulangère », une camionette bachée. Les autocars sont bondés. Parfois, on voyage sur le toit ou accroché à l’échelle arrière, comme le jeune Henri Mevolhon qui fit ainsi le voyage d’Orange à Avignon !

42


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

LE VILLAGE Le village de Mônétier-Allemont s’est intallé le long d’une voie importante actuellement l’autoroute A51, et anciennement la Route de Gap. Il est depuis toujours un village traversé par des voyageurs et des commerçants... Le village est perché au dessus du lit de La Durance. On constate que les constructions se font en suivant la courbe d’un talus. Talus surement dû à l’érosion provoquée par la présence de la Durance, ce qui donne au village sa forme urbaine si particulière en forme de fer à cheval. L’élevage et l’agriculture étaient donc les premières sources de revenus dans cette zone là. On observe que les prés se situaient plutôt le long des berges de La Durance, de manière a avoir de l’eau pour les troupeaux. L’agriculture, notamment les vignes, se trouvaient sur le bas des versants des rousses, ainsi les champs étaient à l’abri d’innondations mais étaient irrigués par l’eau descendant des montagnes. La radio locale, c’était le lavoir où arrivait directement l’eau de Crigne ! On réservait sa place pour le rendez-vous du lundi matin...

43


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

même celles qui confiaient le linge à laver à d’autres... ne manquaient pour rien au monde les anecdoctes de la semaine ou du dimanche, encore moins celles du bal du samedi soir ! L’usine du Bénon construite par les italiens portant la taïolle, fournissait de nombreux visiteurs venant se reposer d’un chantier où une seule machine à vapeur était visible à la tâche. Le blé s'échangeait directement contre du pain 110kg contre 100 kg. Il n’y avait pas de frigo. On achetait des pains de glace à la Maison Bouchet à Gap que l’on déposait dans les cuviers. On faisait beaucoup de troc avec les commerçants ambulants, animaux vivants et peaux : lapins, renards... quand c’était pas le Pachäire qui les achetait. Le sucre ne se trouvait plus en « pain », comme avant la guerre de 14, mais on consommait encore la chair de blaireau, surtout celle du « Nez de cochon » meilleure que celle du « Nez de chien ». Les forains allaient aux hérissons et récupéraient les tripes de poulet... Traditionnellement, on faisait « les lèques », des pièges pour les grives et les merles avec deux pierres plates et un bout de bois... C’était un droit seigneurial et celà pouvait représenter la prise de plusieurs centaines d’oiseaux par jour nourris exclusivement aux baies de genévrier sauvage, comme l’attestait la veine de leur gorge d’un ton noirâtre ! Les renards étaient également consommés, après un passage prolongé dans l’eau pour enlever à la viande le goût de la « sauvagine ».

44


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon resterAutrefois, la Durance.

La glandée (amener les porcs dans les chêneraies) était autorisée et réservée aux plus modestes. Un cabanon des « pauvres » était accessible aux passants sur la route de Claret, avant le pont. Les domestiques agricoles s’activaient dans les fermes. Le rocher de quatre heure donnait l’heure à Crigne et une queue de renard se négociait 5000 francs. Le Monêtier et la Saulce ont été les premiers villages électrifiés et après-guerre, quand enfin les eaux usées ne stagnaient plus au milieu des rues, les foires, celles du 18 avril et 11 septembre : fruits, vin, animaux, vêtements... et les fêtes, duraient jusqu’à la nuit. « Les paysans venaient y vendre leur bétail ou en acheter, surtout des cochons que l’on engraissait pour l’hiver, nous dit Denise Poincelet. Beaucoup de plants se vendaient. Venaient aussi des camelots : vêtements de travail, linge de maison, chaussures, cordes, petits outillages. A l’époque, les gens ne se déplaçaient pas aussi facilement que maintenant. Je me souviens qu’à la foire d’automne, Bardonnenche du Poët déversait un tombereau de melons dont une certaine qualité se conservait dans le blé pour se manger à Noël. Après une interruption pendant la guerre, ces foires ont repris quelques temps en 46 puis ont cessé complètement. »

45


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

Le confort et les moyens financiers étaient moindres, mais la solidarité entre villageois plus présente qu’aujourd’hui, moins d’individualisme et d’isolement... Comme partout, l’arrivée des premières télévisions et des premières voitures à transformer le paysage d’un village où les veillées ont progressivement disparues, même si dans un premier temps elles s’organisaient encore chez ceux qui avaient acquis la fameuse lucarne magique ! Enfin, les premiers enfants devenus presque adultes partaient faire des études supérieures à Aix-en-Provence, là où siègeait le Parlement de Provence, jadis... ou à Marseille, la nouvelle capitale régionale. Une « modernité » raisonnable s’est ensuite mis en place. grace aux actions des différents maires, Albert Philippe, Pierre Vollaire ou Henri Mevolhon. Le village a acquis des biens communaux : salle des fêtes, coopérative, château... créé des lottissements, un plan d’eau, sous la mandature de Pierre Volaire en bonne entente avec les communes voisines de Claret et Vitrolles (dans le site d’une ancienne carrière) et 10 logements communaux, rénové la promenade, la place, les lavoirs et la promenade sious le village. En 1989, l’arbre de la liberté fut planté en hommage au Bicentenaire

46


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

de la Révolution. La photo de l’an 2000 attira tous les villageois et en 2009, à la Sainte Agathe, ce fût la fête des femmes. Les femmes qui voient, après-guerre, arriver avec méfiance... les allocations familliales ! C’est en Janvier 1929 que le groupe des démocrates populaires et syndicalistes chrétiens dépose une proposition de loi élaborée par la CFTC. Transformée en projet de loi par Loucheur, ministre du Travail dans le gouvernement Poincaré (1929) elle est votée et promulguée sous le gouvernement Tardieu le 11 mars 1932. Les allocations familiales se généralisent pour les salariés de l’industrie et du commerce lorsqu’ils ont au minimum deux enfants. Le secteur agricole est le seul à ne pas bénéficier de ce nouveau système. Progressivement les aides familiales continuent à s’étendre. A la libération elles concerneront notamment les agriculteurs, les chômeurs, les assurés sociaux malades ou invalides et travailleurs âgés, puis la quasi-totalité de la population avec la loi du 22 août 1946. De Gaulle met en place la sécu, des primes et un trousseau offerts à la naissance : « J’ai de l’argent pour vous », disait le facteur. On n’osait pas y toucher. Dans le village, tout le monde avait des bêtes : cochons dans les cochoniers, chevaux aux écuries... des animaux sur pieds au sous-sol des maisons, par exemple à l’hôtel Amat.

47


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

Quand un client voulait du poulet, on partait chercher un poulet... ou alors, on le prennait au Cacalo, l’épicier ambulant. L’oncle Roustan, forgeron, dit « Pitchounet », passait 350 kg de clous dans l’année. Tous les mercredi, à Melve, il ferrait jusqu’à 28 chevaux par jour. Il avait une Renault bachée et savait fabriquer une charrue de A à Z. Les jours de pluie, les enfants et certains adultes allaient le voir, c’était l’attraction ! Les villageois récoltaient le tilleul doré sur le bord des routes avec une autorisation préfectorale, et s’en allaient le vendre à la Foire de Séderon. Les abeilles luttaient aussi pour le tilleul. Les apiculteurs montaient leurs ruches de Riez... un jour, Raymond Bonnot, curieux, voulu regarder par le trou d’une vitre cassée et se fit piquer le bout du nez ! La tuberculose était fréquente et les malades vivaient avec la maladie pendant des années. Souvent, le traitement nécessitait la vente de meubles, d’un bout de terre ou d’un bien...

48


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester L’ HÉRITAGE

MAIRIE & QUARTIERS La topographie est une donnée importante pour Mônétier-Allemont. Le village s’est urbanisé le long d’une courbe de niveau existante, et au fur à mesure l’extension s’est faite sur les flancs de ce petit relief qui descend progressivement vers la Durance. L’entrée de village ainsi que la zone de l’autoroute et de la voie Napoléon sont situées entre 560m et 565m. La partie la plus ancienne et la plus urbanisée du village se situe dans les courbes entre 553m et 558m. Au niveau des courbes de 547m on trouve quelques jardins potagés privés et habitations un peu plus dispersées. Les quartiers du village sont les suivants : Centre ville, Mississipi, Notre Dame, Crigne, la Haute Crigne, le Forest, Petite et Grande Queylane... Citons aussi « La Barque », près de Ventavon où se trouvait la barque pour faire traverser la durance et « La Plage », un endroit pendant la guerre où on faisait des Gabions.

49


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

Sur la carte du cadastre napoléonien (1812), on observe que la voirie a une forme particulière liée à la courbe que forme la Durance. La voirie principale a un tracé souple et le centre village se concentre en partie sud-est. La place de village est très perceptible, abritée par le bâti qui la protège à l’est. Aujourd’hui, l’urbanisation en courbe du XIXème s’estompe pour laisser place à une succession de maisons détachées les unes des autres le long de la voie nouvelle (D 312). On perd la continuité bâtie pour une urbanisation plus diffuse. Le bâti agricole de grande taille apparaît au nord et au sud du village ce qui modifie considérablement l’équilibre bâti du village. « On observe que l’orientation des bâtiments à travers différents points du village est très similaire. Les constructions sont implantées sur un axe Nord-Est/SudOuest. Les bâtiments sont donc orientés en grande majorité Est/Ouest, ce qui permet de profiter de la lumière du matin et de l’après-midi tout en s’abritant du Mistral, venant du Nord/Nord-Ouest. Les typologies de toitures sont une forte caractéristique de l’identité de Mônétier. La plupart sont à deux pans, dont un généralement plus long que l’autre.» (Communauté de Communes du Laragnais - diagnostic - MonetierAllemont septembre 2011). Ballade au Pic de Crigne Depuis Sisteron suivre l'ancienne RN85 actuellement RD1085 en 50


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

direction de Gap jusqu'à Monêtier-Allemont (ne pas rentrer dans le village) rester sur la RD1085 en direction de Gap, passer les deux premiers carrefours successif à droite qui conduisent au village (RD 312 et 942). Après le carrefour avec la RD312 continuer sur la RD1085 sur 450 mètres, au niveau du panneau de signalisation routière « Soyez Vigilent » prendre la petite route qui part à gauche, elle fait un S enjambe l'autoroute et le canal. A la sortie du pont du canal prendre le chemin goudronné en face en direction de la « Petite Queylane » suivre ce chemin jusqu'à son extrémité, puis monter le petit raidillon en terre légèrement sur la gauche, qui permet d'accéder à une plateforme de stationnement pour environ 10 véhicules. Du sommet, vous pouvez observer le village qui s’étend entre la Durance et les vergers de pommiers. Un des plus beau point de vue du sud des Hautes-Alpes. Avec beaucoup d’acuité (!) on pourrait se retourner et lire sur la plaque de cheminée du relais de poste appartenant à Mr Gra : « Eteignons le feu de la discorde, Queylane 1750 ».

51


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

L’EGLISE Avant 960, il n’y a pas de paroisse au Monêtier, seulement une chapelle dédiée à Saint-Martin (cella sancti Martini dicta). L’impératrice Alix, soeur du roi Conrad le Pacifique, la donna à l’abbaye de Montmajour qui y créa une paroisse et un prieuré sous le vocable de Saint-Martin. . En 1086, les moines de Montmajour se plaignent au Pape que l’abbaye de l’Ile-Barbe s’est emparée de cette possession. C’est en 971 que l’évêque de Gap, Hugues, donne l’Ile Barbe, dans la Durance, aux bénédictins de Cluny qui y fondent le monastère d’Allemont (monasterii alamonis). L’Abbé de l’Ile Barbe fut, jusqu’à la Révolution, collateur du village. Le collateur ou patron était le voué, le protecteur de la paroisse : il avait le devoir de la défendre, de veiller à la conservation de ses terres et de ses revenus, de pourvoir à son entretien, en cas de détresse. Il en était aussi le « décimateur ». Le décimateur avait le droit de lever la dîme, impôt en nature prélevé par l'Église sur les productions agricoles de la paroisse.

52


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

Les moines Bénédictins de l’ordre de Cluny, fondent un prieuré au Monêtier. En 1209, outre l’église paroissiale, on trouve une église Notre Dame des Marches (de Gadibus), avec un cimétière. En 1708, les chapelles sont au nombre de quatre : Notre Dame de Consolation, Notre Dame de Pitié, Saint Catherine et Onze Milles Vierges. Quand les Hospitaliers s’installent à Saint-Gilles au début du XIIe siècle, leur vocation les pousse à fonder des maisons le long de la Durance. Aussi, ils créent une première commanderie à Manosque en 1149 et immédiatement après une autre à Claret, puis à Tallard en 1215 avec un membre à Venterol aux Tourniaires. Leur vocation de protéger et d’accueillir les pèlerins se fixe sur un passage où ils transitent. A Claret, ils fondent ensuite deux membres, l’un à Vaumeilh, l’autre à Clamensane. Ce dernier établissement était situé au lieu-dit La Clastre près du torrent des Naisses qui se jette dans la Sasse. Ils y avaient construit une église sous le titre de Notre-Dame d’Alamond. Il ne reste plus aucune trace de l’édifice, mais la tradition orale ne l’a pas oublié, les habitants y ont élevé en 1863 une croix en souvenir des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem portant une inscription et une croix de Malte. Les Hospitaliers ont donc transféré le vocable Alamon/Alabons à Clamensane. De Sisteron, en remontant par la rive gauche de la Durance, la voie est jalonnée de prieurés. On rencontre d’abord celui de Saint-Didier

53 53


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

entre Sisteron et Valernes appartenant à l’abbaye d’Aniane à qui il faut associer celui de Saint-Marcellin. Valernes est aux mains de SaintVictor. Puis c’est le prieuré de Chane sur la commune de Vaumeilh fondé par l’abbaye d’Aniane et sa succursale de Saint-Benoït à Sigoyer. A Thèze, ce sont les moines de Cluny avec un prieuré à Théze et un autre à Sigoyer. Ensuite on rencontre donc la commanderie des Hospitaliers à Claret qui essaimera à Vaumeilh et Clamensane. Puis l’abbaye de Psalmody au Rousset, les Bénédictins de l’Ile Barbe à Saint-Pierre de Curbans et enfin de nouveau les Hospitaliers aux Tourniaires. Ces monastères sont implantés sur le premier plateau dominant la Durance tout le long de la voie. Ils investissent cette longue bande de terre qu’ils mettent en culture pour leur profit. La voie leur donne un accès aisé tant au nord qu’au sud. Ils peuvent même contrôler le passage des voyageurs et des marchandises et prélever des taxes aux péages. Un de ceux-ci est attesté sur la commune de Vaumeilh tenu par les moines de Chane. Des bacs permettaient de passer sur la rive droite. Celui de Thèze est encore en la possession de l’abbaye de Cluny en 1728 : il y a un bac sur la rivière Durance qui appartient au prieur. Les habitants sont obligés lors que l’on fait faire une corde de lui fournir 4 livres de chanvre par maison, moyennant quoi ils ne doivent aucun droit en passant ledit bac. Celui de Claret fonctionnera jusqu’à la création d’un pont.

54


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

L’église actuelle est dédié à Saint Martin de Tours construite sur des bases du XVème siècle et les fondations romaines. Les principaux curés de l’actuelle paroisse fûrent les pères Thiers, Jantric, Imbert, Fournier, Kelkens et Tran. Mais, un des plus aimé fût Mr Bars, le Père Joseph, grace à qui le village pût enfin honorer son église d’une deuxième cloche, comme l’emplacement le prévoyait. Les cloches sonnaient toutes les demi-heures et 2 fois toutes les heures. Elles s’arrêtent aujourd’hui de 22 heures à 8 heures. La cure a été vendue à Mr Eynaud domestique chez Mr Amat. A coté de l’église on découvre également... un énorme chaudron de cuivre, jadis utilisé pour chauffer le lait nécessaire à la fabrication du fromage. Originaire du Jura, il fût prété par la commune de Rambaud pour le corso de Gap, puis finalement acheté et conservé et transformé en jardinière.

55


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

L’ECOLE, CLASSE DE MR FELIX & LA COLONIE DE L’ABBÉ BERTONI En 1937, l’école occupe le bâtiment de la mairie actuelle. Mr Armand et Mme Poincelet se souviennent y avoir été scolarisés. Mme Jausserand sera, pendant 30 ans, la fidèle institutrice du village. C’est une classe unique. « Dans quelques heures, ses poux, ils seront arrières grands pères ! » disait le père Amat en observant les enfants qui secouaient leur tête sur un linge en rentrant de l'école. Alors, on allumait une cartouche de souffre et la tête sous un drap on avait droit à l’épouillement « scientifique ». Ensuite, les collégiens allaient en pension à Gap, comme Denise Amat qui retrouve la grand-tante, « Soeur Séraphine », mère de la Providence. Les enfants ne rentrent plus alors que trois fois par an dans la famille : à Noël, à Pâques et pour les grandes vacances. Aujourd’hui, le scolarisation au village est une des réussites des différents élus de la municipalité, mettant en valeurs les liens qui ont toujours unis Monetier Allemont, Claret et Ventavon. L’école fait en 56


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

effet partie du Groupement scolaire de 5 classes : deux à Claret, une à Ventavon et deux au Monêtier, plus la maternelle. Pendant la deuxième guerre mondiale, Mr Felix un insituteur de Cannes La Bocca, qui avait des attaches au Monêtier, décida d’y rapatrier toute sa classe. Ainsi, une trentaine d’enfants venus de la côte arriva dans le village... où pratiquement chaque foyer se retrouve à loger un ou plusieurs d’entre-eux. Certains sont ensuite revenus au village, ont gardé des liens... L’Abbé Bertoni était en poste à Marseille, au quartier d’Endoume quand il décida d’accueillir au Monêtier les enfants de couples séparés. Il y possédait une maison qu’il transforma donc en colonnie avec cour et réfectoire. Il fit réaliser la plantation de platanes sur l’esplanade. Des caveaux gaulois, fûrent « encore » mis à jour à cette occasion... La colonnie était chaque été une source d’activité et de vitalité pour le village. Un cinéma en plein air était organisé... Les enfants arrivaient pour tout l’été et profitaient du climat... L’abbé Bertoni dira dans une lettre à Mr Marrou : « Faîtes instruire vos enfants. Partout où il y des imbéciles, il y a du danger ! » Quand il prend sa retraite au Monastère de Cisco, en corse, en invitant tous les Monetiards à venir le visiter, l’abbé Bertoni vend la colonie à l’ancien maire Albert Philippe, qui la cède lui-même à la commune. C’est aujourd’hui la salle des fêtes.

57


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

LA CAVE COOPERATIVE La première coopérative a été constuite de 1932 à 1936 par l'entrepreneur Peller, puis agrandie en 1941, en 1952 et en 1961 par l'entrepreneur Ragoucy. Elle aménage un caveau de dégustation en 1989. Depuis 1986, la mairie en a fait l’acquisition et loue un local occupé par une supérette. Elle est inscrite à l’inventaire général du patrimoine culturel, époque : 2ème quart 20 ème siècle. L’objectif des coopérants, qui disposent encore de beaucoup de vignes sur le territoire, est l’amélioration et l’unification du vin par coupe de différents cépages avec du vin alpin, plus léger. La coopérative réunit les viticulteurs de Plan de Vitrolles, Upaix, Ventavon, Lardier, Claret et Monêtier. Elle est confiée à un cavistegérant. Le prelmier sera Fernand Imbard, puis il y aura Favier natif de Ventavon, Imbert d’Arzelier, Cointe de Coréo... La coopérative sert aussi de point de vente aux maraîchers : betteraves fourragères, oignons, poireaux, tomates... 58


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

C’est une époque ou beaucoup de particuliers ont droit à des alambics et possèdent leurs propres tonneaux, dont le nettoyage est assuré par les enfants. Ils y entrent par la petite porte du bas, ça sent le souffre et la fiente de pigeon, mais c’est un petit boulot... Le remplacement des vignes par les fruitiers, signera en 1994 la fin de la coopérative et sa vente à la commune. Celle-ci aura donc l’intelligence d’en faire l’acquisition et d’y implanter un commerce et des services.

59


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

CULTURES & ENTREPRISES Pendant la guerre, les mobilisés vont travailler à l’usine de Chateau Arnoux Saint Auban : aluminium, amiante et gaz sarin ! Beaucoup de petits élevages de vers à soie sont toujours en fonction dans le village et aux alentours. Les cocons formés dans les genets ou les feuilles de muriers sont vendus à la magnanerie de Sisteron. Les temps sont difficiles. A Claret le dentiste arrache les dents avec une tenaille. Le père de Mr Mévolhon est muletier dans l’aviation car la majorité du personnel ne « vole » pas. L’ancienne Durance protége de la grèle. Les cerises Burlat arrivent avant juillet, elles sont exemptes de vers. On fait de la cueillette (Epinards sauvages ou oreilles d'âne) et du troc avec les marchands ambulants ou les restaurants : des œufs contre un lapin, des légumes contre du pain. Le tilleul doré, au bord des routes, est récolté avec autorisation par les habitants, et certains arrivent à en faire commerce à la Foire de Séderon. Les cultures sont céréalières, et la vigne est encore très

60


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

présente. Mais, petit à petit, on plante des poiriers, et surtout, des pommiers... L’aspersion n’est pas encore à l’ordre du jour. La qualité de ces pommes est liée à leur terroir, et en particulier au climat de la Haute-Durance avec plus de 300 jours d'ensoleillement par an. Le froid nocturne qui règne lors de la maturation des pommes empêche la dégradation des acides, tandis que la forte amplitude thermique diurne permet leur jaunissement, et même leur rosissement. Entre deux guerres, plusieurs établissements sont créés pour répondre à la demande des voyageurs et des villageois. - Le bar-Restaurant de Monêtier est créé par Charles Amat, natif de Saint-Bonnet. Après avoir été tailleur de vignes et colporteur de cinéma ambulant où il montrait « Jésus et Charlot » dans les villages du Champsaur, du Devoluy et du Valgaudemar..., Mr Amat, père de Mme Poincelet, s’installe au Monêtier dans les années 20. L’hôtel compte 5 chambres et en loue d’autres au coup par coup chez l’habitant lors des fêtes ou foires du village, une douche payante utilisée par beaucoup de gens du village et une salle de 70 couverts/jour avec aucun reste ! - Le bar-restaurant-boucherie de Celestin Lagarde qui deviendra ensuite uniquement boucherie avec les Truphème, Chevalier, Garcin... - L’épicerie-maraichage « Petit Casino » créé par les Armand, famille de Mr Hubert Armand, qui aujourd’hui habite l’officine. - L’épicerie « Papillon bleu » (une marque de flans instantanés) qui disposait aussi d’un camion pour les tournées. 61


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

- L’épicerie Lucien « Le courageux » qui lui aussi faisait les tournées et qui rejoindra ensuite une PME de plus de 30 camions à Sisteron. - L’épicerie de Angèle Garcin, dite « Nenette ». - Mr Figarella ouvre un petit local d’épicier et possède aussi un camion. - La boulangerie, propriété de Mr Camille Amat, est loué au boulanger Gauthier. Viennent ensuite Maurice et Albert Philippe, Rosa, Démé, Boni, Bonnard et enfin Boé, père de l’actuel artisan. Le village compte encore une coopérative forestière, puis des coopératives agricoles et une cave vinicole. Au début, les poires Crassanes ou Louise-bonne sont vendues à des entreprises des halles de Toulon. Elles partent par le train dans des wagons réfrigérés par pains de glace ! Le village possède aujourd’hui une boulangerie, une supérette, un bar, une annexe de la poste, un ostéopathe, un podologue et un camping, mais surtout des arboriculteurs regroupés en coopératives ou indépendants. La superette a été installé dans le pôle Coopérative qui récoit aussi l’osthéopathe. La poste est dans la mairie... Le bar-hôtel Amat est le seul toujours en activité. En face, la boulangerie où Mr Boé fils, Alain, a pris le relais de son père François, le boulanger « Rossignol », 98 ans, doyen actuel du

62


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

village, qui dès 5 heures du matin réveillait toute la place de ses sifflements caractéristiques. On compte également l’entreprise de travaux publics Figarella, père et fils. Au début du XIXe siècle, dans le département, l'agriculture était le premier secteur économique du département ; l'élevage, mais aussi la culture du froment, de la vigne, du chanvre, du lin et de la pomme de terre représentaient l'essentiel de l'activité agricole. Le climat et la faible superficie des terres cultivées favorise ensuite la double activité des populations rurales qui ont abondamment pratiqué le colportage à échelle nationale et internationale, et ont servi de maind'œuvre à l'industrie métallique avec l'extraction du plomb, du cuivre et de l'argent exploitée dès l'époque romaine, et qui s'épanouirent de 1850 à 1920 environ. Le tourisme devient enfin au cours du XXe siècle la principale activité économique, avec l'arrivée du ski en 1900 à Montgenèvre lancé par les chasseurs alpins de Briançon et en 1907 les premières compétitions internationales. Le cas du Monêtier est un peu à part. Encore une fois, il tire partie de sa spécificité de lieu de passage et des flux qui le traversent. C’est un pays de passage où il fait bon prospérer.

63


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

MOTOCROSS & LOISIRS AU VILLAGE A la fin des années 60, les jeunes du village et des alentours souhaitent développer un projet à eux : construire et exploiter une piste de Moto-Cross. Le projet est accepté par le conseil municipal et tout le village se retrouve de «corvée» pour la création d’un parc fermé. Le Moto-Cross va motiver et sceller les habitants du Monêtier autour d’un objectif commun et festif. Ils en gardent tous un formidable souvenir. Même Mme Poincelet, qui devait, les soirs de compétition, rentrer chez elle encadrée par les gendarmes afin de protéger l’importante recette ! Mais, grace aux entrées et à la dite recette, l’évènement est auto-financé ! Une leçon pour aujourd’hui. Plusieurs épreuves du Championnat de France junior, puis adulte, seront programmés. La corvée est devenu un plaisir. Des échanges ont lieu avec les villes et les épreuves similaires de Pernes les Fontaine et de l’Isle sur la Sorgue dans le Vaucluse créant un réseau actif et annuel. Le Moto-Cross, se developpera durant toutes les années 70,

64


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

avant de s’endormir pour une vingtaine d’années.... Grace à une nouvelle équipe extérieure au village, l’an 2000 voit la naissance de la seule piste privée de Moto-Cross homologuée du département des Hautes-Alpes : 1500 mètres de circuit bosselé et tortueux à souhait, arrosé par aspersion pour éviter les poussières, typé 3/4 cross et 1/4 enduro. Il est entièrement clôturé, possède des cabanes de repos et surtout il est sans nuisance pour le voisinage ! Adoubé par la Préfecture et la Fédération française de moto, il accueille les pilotes licenciés. Il est situé au lieu dit Pont Frache. Cette tradition mécanique est complétée par les courses qui périodiquement, en regard de son emplacement stratégique au coeur de la vallée ne peuvent éviter de passer au Monêtier : tour de France cycliste, Rallye de Monte-Carlo ou Course du Col Bayard Auto. Les associations sont présentes avec la Société de pêche, la Boule Monetiarde, le Comité des Fêtes ou la Basse-cour. On peut également solliciter un guide de randonnée. A proximité enfin, la Durance et le plan d’eau appellé « Les Trois Lacs du Vivas » qui attirent les pêcheurs avec une diversité piscicole rare sur le département (Chevesne, Rotengle, Gardon, Ablette, Tanche, Vairon, Carpe, Brochet et Black -Bass), sur une dizaine d’hectares. Le plus grand des lacs est en secteur carpe de nuit, un autre est destiné au Black Bass.

65


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

DIRES, PARLER GAVOT & SURNOMS Le Pachaîre : marchand qui achetait des peaux de lapin séchées. Une Aassa ou Aiassa. : c’est une pie. Faire Barbichon : boire à l’assiette du lait frais de chèvre... Se mettre perdable : un excés de fatigue ou d’alcool... La « pisse » de Crigne : renseigne sur la sécheresse « Si la pisse mouille. C’est qu’il va pleuvoir ! » « La Lombarde (venue d’italie) empêche le gel ! » La Lombarde : empèche le gel Les trois trésors de Monêtier : pièces de bronze, pièces d’or « Fi lou pan gro, lou fricot es davant » : Fait gros le pain, petit le fricot... « Si l'arguéu aviet des oéu Et la chirua den dessu Tout lo mondo sarit perdu » Si l'orvet avait des yeux et la chèvre dents dessus, Tout le monde serait perdu « Bona meinageiri Vat una vercheiri » Bonne ménagère vaut un grand nombre de brebis.

66


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

Le vivaro-alpin a longtemps été considéré comme un sous-dialecte du provençal, sous l'appellation provençal alpin voire nord-provençal. Son extension dans le Sud du Dauphiné lui a aussi valu l'appellation de « Dauphinois ». L'UNESCO le classe « en danger » dans son Atlas des langues en danger dans le monde. Les parlers vivaro-alpins des Alpes-Maritimes, des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes sont traditionnellement appelés « gavot ». Quelques surnoms : - Le père Amat dit « La cagade » - Henri Grimaud dit « Fricasson » - Louis Espitalier dit « Passeron » - Jean Montès dit « Espagne » - Martial Richaud dit «Le Marquis des Chênes » - Roustand dit « Pitchounet » - Léon Queyrel dit « L’aîné » - Albert Tourès dit « Arthur » - Gabriel Armand dit « Toine » - Cléris Flour dit « Trompette » Voilà, c’est en souhaitant au lecteur d’avoir le « blanc du poireau », qu’arrive ici le mot...

FIN !

67


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

Avant de profiter des nombreuses images qui suivent et pour finir comme nous avons commencé, nous ajouterons ici quelques mots de Denise Poincelet, la petite « Nini » que « Tata Ja » appellait le matin pour faire « barbichon » en buvant le lait de chèvre à peine tiré à même l’assiette... Les gens de mon village Je revois leurs visages, non sans émotion. Nous avions Reynier, qui pour avoir chaud, sortait de chez lui avec deux ronds de poêles retenus par une ficelle, l'un sur la poitrine, l'autre dans le dos. Puis César, qui toujours pour la même raison, remplissait sa cheminée avec de la laine brute de mouton. Puis, nous avions Martial, surnommé le marquis des chênes, parce qu'autour de sa ferme poussaient des chênes majestueux. Et encore, Anna, pour ses réparties qui nous faisaient sourire. Lorsque le temps était nuageux, elle sortait se promener avec un parapluie. « - Alors Anna, vous allez promener avec le parapluie ? - Hé, par les temps qui courent, on n'a plus besoin d'un parapluie que d’un curé ! »

68


Monêtier Allemont, un pays de passage où il fait bon rester

Nous avions le maréchal-ferrant dit « Pitchounet », qui était fort utile. Les paysans venaient des villages voisins faire ferrer leurs chevaux. Je sens encore l'odeur de la corne brûlée lorsqu'il appliquait le fer. Quelquefois il m'embauchait, pour chasser les mouches qui harcelait les bêtes et les rendaient nerveuses. On se rappelle aussi Louis Baldanza, « L'homme à tout faire » : menuisier, électricien, matelassier, coiffeur, barbier… toujours actif, ne ménageant pas sa peine. Le dimanche matin, il avait beaucoup de clients qui venaient se faire couper les cheveux. Le bistro d'à côté l’hôtel de mon père servait de salle d'attente. Bien avant encore, je me souviens de Joseph Marrou. Il avait l’habitude d'acheter à l'automne quelques brebis, des « berques », dont les dents étaient usées à force de manger les genêts. Il les gardait dans un local de la vieille rue, les engraissait pendant l'hiver et les revendait au printemps avec un petit bénéfice. Un jour, il dit à mon père : « Charles, vem veire, mei fécis an deja profitar ! Viens voir, mes brébis, elle ont déjà profité ! » Ils les avaient acheté la veille…

69


Gobelet de Vicarello

Table de Peutinger et la vallĂŠe de la Durance 70


Mosaïque trouvée lors des travaux de l’autoroute A51 71


Cartes des établissements religieux

Via Domitia

« Le Monetier Allemont ». La carte de Cassini ou carte de l'Académie est la première carte topographique et géométrique établie à l'échelle du royaume de France dans son ensemble. Il serait plus approprié de parler de carte des Cassini, car elle a été dressée par la famille Cassini, principalement César-François Cassini (Cassini III) et son fils Jean-Dominique Cassini (Cassini IV) au XVIIIe siècle. 72


Mai 1785. Acte de vente de la maison de Mme Marrou, dans laquelle arrivait le souterrain du château. 73


1867. Police d’assurance de Mr Jean Louis Marrou, propriétaire vigneron. (Documents Mme Christophe, née Marrou.)

1884. Un des deux lavoirs du village ou arrive la source de Crigne. 74


Place de l’église, entre-deux guerres. 75


La place dans les années 30.

Rénovations à la coopérative 76


Tata Ja et sa chèvre.

Le village dans les annĂŠes 60. 77


L’école, année scolaire 1954-1955.

L’école, année scolaire 1956-1957. 78


L’école, année scolaire 1959-1960.

L’école, année scolaire 1966-1967. 79


Lettre de l’Abbé Bertoni, initiateur de la colonie pour enfants de couples séparés. Il prit sa retraite au Manoir Sainte-Catherine de Sisco dont il était propriétaire, et qu’il refusa de vendre à l’artiste de music-hall Sacha Distel.

Carte postale Monêtier Allemont, années 50.

80


Le château rénové.

Le château de Monêtier Allemont, acquis par la commune et tranformé en logements communaux. 81


Deuxième canal dit Canal « Canal EDF » au pont du Grand Béal.

Le canal EDF, aujourd’hui sous l’autoroute A51 La Saulce-Sisteron. 82


Le Moto-cross, un évènement qui a créé, durant les années 70/80, une grande connivence entre les habitants du village. 83


Années 70. Visite des enfants à la Coopérative Vinicole, inscrite à l’inventaire général des monuments culturels.

84


La fameuse « Pisse de Crigne », dont le débit et l’humidité alentour indique l’arrivée de la pluie. Et ci-dessous, le pont de Claret.

85


1989. Célébration du Bicentenaire de la Révolution.

Plantation de l’arbre de la liberté. 86


Photo de l’an 2000 avec tous les habitants du village.

Réunion pour la Journée de la femme. Salle des fêtes, février 2009. 87


Les fruitiers au pied de Crigne

Le sommet de Crigne 88


La Durance au pied du village

La Durance en crue, 1993. 89


Renovations du village. La petite fontaine, avant/après. 90


Le premier Monumment aux morts est en l’honneur aux morts de 14-18. Il se trouvait initialement devant l’école, actuellement la mairie. Il a été transféré derrière l’église avec un parterre de rosiers. Le second pour rappeler les trois morts au village, le 24 août 1944. « C’est ce jour-là que les maquisards ont attaqué à l’explosif, un convoi de ravitaillement allemand qui remontait de Marseille, au lieu dit « La Pradelle ». Auparavant, ils avaient fait sauter le pont de la Durance reliant les Hautes et Basses Alpes. Au mois d’août, traverser la Durance était un jeu d’enfants pour les chars et les blindés. Les maquisards s’étant regroupés sur Crigne, c’est vers ce point que les Allemands tiraient. Quelques balles sifflaient au village et la maison des Marrou a gardé longtemps l’impact des balles sur sa façade. Monsieur Falconnet de Toulon s’était réfugié au Monétier prés de son fils. Dessous le château, il avait récupéré un soldat allemand dont il ne savait trop que faire. Deux hommes venaient eux de Laragne. Monsieur Simon apportait de la farine à la boulangerie. Il était accompagné d’un garçon de 17 ans, Robert Chevallier, qui profitait de l’occasion pour rendre visite à ses sœurs mariées au Monétier. A Valenty, on a essayé de les dissuader de venir au Monétier, mais ils ne voyaient pas pourquoi ils risquaient quelque chose. Tous les trois ont été fusillés en représailles au pont d’Audibert. Ce n’est que le 25 que les gens sont allés les reconnaître. C’est pourquoi un petit monument a été érigé non loin de là, à l’intersection du chemin qui va vers le Forest. Non contents d’avoir fusillé ces 3 hommes, les Allemands ont fait sauter la maison où logeait Monsieur Falconnet. » Récit de Denise Poincelet. 91


Pont du Beynon, dit Pont NapolĂŠon.

La Mairie, ancienne ĂŠcole. 92


La canal EDF

L’Eglise Saint Martin 93


Monêtier Allemont en 2016, entre montagne, route, autoroute, canal et rivière, un village qui depuis les premiers temps se developpe et prospère grace aux passages et aux flux.

Mme Denise Poincelet, née Amat et Mr Henri Mevolhon, lors des réunions de préparation du présent ouvrage. 94


www.lesecriculteurs.org lesecriculteurs@gmail.com # 03 dépôt légal à parution imprimé en france


#

$!

%

!!

'

"

!"

% &('- , %% &('- 8- .' , )+#' #) % , 4- ) , % (# (&#-# '' # (&#-# /(# +(& #' (',-+.#- 2 ) +-#+ / )(.+ + %# + %9 - %# 2 % )4'#',.% 4+#*. ' -+ / +, '- % .% ' + ('' #, ('6-# + % (' ,-5+ ,9 $(.- .0 - &), , (,)#- %# +, - , 4'4 # -#', )(.+ '(&& + % (.+! *.# ,9(+! '#, .-(.+ . "3- . - , %# .0 + %#!# .0 4+#- % )4 ! '-+ &('- !' - .+ ' % /#%% ! ,- .' %# . ) ,, ! (7 % ! ,-#(' , %.0 - , &(1 ', -+ ',)(+-, +1-"& , % /# , # 4+ '- , 4)(*. , , +(.- , ).#, % , ' .0 /('- . #% . - &), &4- &(+)"(, + % /# , " #- '-, . 5& ,#5 % (&& . (.) +.+ .0 % , ('6-# + , - ('6-# + , /('- ) ,,4, 9.' )+5, !. ++ ' (+ -+ #-#('' % 2 %95+ '.&4+#*. /(#-.+#,4 - *. %*. ) . ,(%#- #+ 4 .5& ,#5 % (., /(', 4-4 ) +-# .%#5+ & '- -(. "4 ) + % /4 . , !4'4+ -#(', '4 , ) ' '- -- )4+#( *.# ('- /. % .+ *.(-# # ' (.% / +,4 ) + % , " '! & '-, ,( #4- .0 . , #' 9.' ) 1, - 9.' (&&.' .-4 .+()4 '' /#/ '- )(.+ % )+ &#5+ (#, ', % .+ "#,-(#+ .' )4+#( ) #0 .+ % ,

+# .%- .+,

Profile for Les Ecriculteurs

ECRI2016-03 Monetier Allemont " Un pays de passage où il fait bon rester ! "  

Un pays de passage où il fait bon rester !

ECRI2016-03 Monetier Allemont " Un pays de passage où il fait bon rester ! "  

Un pays de passage où il fait bon rester !

Advertisement