Page 1

La Phénoménologie Critique "O wüsst ich doch den Weg zurück." (Johannes Brahms, Op. 63, No. 8) "Ah! Je suis las de cette errance!" (Goethe, Wanderers Nachlied I) S'il est une seule chose à retenir de cette trop brève, de cette galopante introduction au discours de la méthode phénoménologique critique - que la studiosité du grand public accueille ce médiocre exposé des principes -, c'est que nous, hommes, ne pensons plus. Nous ne pensons plus: ce grave constat ordonne la plus intime urgence d'un retour à la pensée. La phénoménologie critique, en tant que discipline de fond, se révèle voie d'accès vers ce paradis perdu de la pensée et voie d'échappée hors du bavardage. Par la mise en jeu de modes d'exposition et de réflexion tout à fait inhabituels, par le déplacement du lieu de productivité théorique vers l'objet et hors - en une mouvance d'éduction progressive - de la métaphysique moderne de la subjectivité, un chemin - celui de la phénoménologie critique - en ces pages s'ouvre pour l'homme, et dès lors se fait jour la possibilité d'un sauvetage de la pensée, d'une rédemption de la vérité, d'une "Parole". La phénoménologie critique est ce qui redonne à la pensée, en tant qu'appétition pour le vrai, son Avenir, sa Présence futurante. ... L'aisance dans le parler pavane et s'affirme bien souvent, sans honte, en tant qu'aisance de qui n'a pas grand chose à Dire. Ce


Intoccabile parler aisé se démultiplie en syntagmes indigents et par là se pose et s'impose comme bavardage. Au contraire, celui qui véritablement a quelque chose à Dire parle peu, et bienheureux celui qui aura réussi à lui soutirer quelques mots gros de la substance de son silence. Ce silence n'est pas celui qui installe les convives, à bouts de sujets, dans un embarras qui ne sera brisé que par l'irruption dans le champ de l'attention momentanée d'un nouvel objet d'actualité dont ils se saisiront toutes griffes dehors, avec force soupirs de soulagement. Ce silence est d'une nature telle que les bavards peinent à le concevoir: ce silence, qui précède et clôt l'immanence du Dire, est le fracas du concept, le Penser figé en un effort nerveux soutenu, dans l'effort de réflexion le plus exigeant. Ce Penser se tient comme compact en lui-même - et c'est pourquoi le plus souvent il se refuse à la parole -, les gesticulations du nonpenser qui par principe interne se retournent en bavardage lui sont étrangères. Ce Penser est le bloc de marbre qui ne vacille jamais, le Prométhée qui de ses yeux durs fixe le bavard et l'intime à la paix. Ce Penser est perfection immobile, ataraxie. Lorsque le phénoménologue parle, lorsqu'il consent à se poser en face de son haeccitas et à briser son silence pour Dire les choses telles qu'elles sont et par-là même nous convier en un chemin de pensée, nous pouvons être sûrs que l'heure est au plus grave. ... La mouture initiale de cet important ouvrage de jeunesse - le plus important peut-être -, ouvrage rédigé dans les pires conditions et publié à la diable l'été de nos vingt ans, s'est avéré être un confus


La Phénoménologie Critique désastre éditorial, tant au point de vue de la présentation que de la matière. Mais qu'importe. Cette édition nouvelle et augmentée, qu'humblement nous présentons à un public qui au cours des ans s'est avéré compréhensif, et combien, se veut définitive. Nous tentions à l'origine, par le biais d'un Dire rigoureux, clair, précis dans son univocité et surtout circonspect, de poser les fondements d'un régime de connaissance nouveau (que nous opposions jadis de façon sommaire à celui qui procède de la métaphysique moderne de la subjectivité) au sein duquel notre rapport problématique aux objets, donc à nous-mêmes, serait à même d'être sursumé. Cet ouvrage est toujours d'actualité. Il n'est qu'à survoler les grands quotidiens ou à compulser la presse spécialisée, voir universitaire, pour se convaincre de ce que nous entretenons et trop souvent nous satisfaisons d'un commerce douteux et embarrassé avec les objets du monde de la vie (Lebenswelt). La résolution du plus important problème méthodologique, soit celui de la position d'un fondement absolu sur lequel puissent être érigées la Vérité et les Sciences, les Sciences dans leur vérité et surtout véridicité - celles-ci sont actuellement engagées sur le chemin du Doute (Zweifel) et du Désespoir (Verzweiflung) -, définies selon leur position, leur fonction dans l'édifice de la science, leur région d'objet et leurs formes de judication (Quid Juris?), telle est la tâche de cet ouvrage. Un certain nombre d'idées fortes, telles l'autonomie ontologique absolue de l'être-en-soi du Réel et la prééminence du Réel, de l'objet, au sein des procès de constitution du percept et du concept, ont été précisées. Le chercheur, le philosophe de profession, ne trouveront certes pas en ces modestes pages un ouvrage d'érudition. Que l'estimable studiosité du public daigne accueillir encore une fois les très maigres efforts d'un penser continuellement soucieux de se rendre moins odieux par des oeuvres utiles quoique


Intoccabile trop timides en leurs médiocres avancées. "Suscipiat ergo studiositas tua praesentis expositionis munus exiguum, ex quo si profeceris, provocare me poteris ad maiora." ... 1. Exigence de clarté Un ouvrage scientifique obscur, hermétique, à la fois aux niveaux conceptuel et discursif, est et demeurera à jamais un ouvrage scientifique négligé, et conséquence immédiate et à vrai dire nécessaire, non-discuté. Nous désirons, bien évidemment, que cet ouvrage de science philosophique soit lu, et non simplement "parcouru" pour ainsi dire "en vitesse", par nos savants collègues et devienne dans la sphère publique d'appropriation et de réappropriation objet de discussion. Objet de discussion et non de bavardage: le plaisant, brillant verbiage qui prendrait pour cible, pour objet cet ouvrage nous ferait assurément, amèrement, regretter des années de patient et silencieux labeur. Dès lors s'imposait à nous un devoir, le plus haut: celui de rédiger le tout en une langue claire - d'éviter à tout prix l'envie de cuisiner à petit feu, à coup de terminologie incompréhensible le lecteur, de lui donner l'envie irrépressible de disparaître sous la table ou derrière les rideaux. Le plus grand tort des philosophes, il est vrai, est de croire que les ouvrages de philosophie sont destinés à d'autres philosophes, ce qui est bien évidemment faux. Nous avons mis de côté le flou (Verschwommenheit), l'orgueil et les figures complexes qui ne font qu'obscurcir le propos et rendent tumultueuse la lecture, nous avons développé nos arguments en délaissant le ton, le style, la magie verbale voire la profondeur d'un Hegel - par exemple -, profondeur en tant qu'immense nuit du pur sombrer dans l'abîme langagier, pour adopter un autre ton, celui, réservé, modeste, serein et prudent, à vrai dire Kantien, de la Raison sûre mais nom imbue


La Phénoménologie Critique d'elle-même et de ses moyens, celui de la raison avant tout désireuse de rendre compte de ses transparents desseins. Nos fidèles lecteurs se réjouiront de la clarté de la présente édition, à tous égards. S'il est quelque difficulté, elle tiendra à la matière ellemême, et non à la manière. Que l'on prenne pour exemple notre esquisse analytique de l'imagination, un travail préparatoire en vue d'une théorie à venir, à joindre en une synthèse constructive au tout de la phénoménologie critique. L'exposition claire de la formation d'une variante imaginative (ou autrement et peut-être mieux dit, d'une imaginification: le suffixe est un renvoi vers le caractère de procès de la formation des variantes imaginatives) ne saurait rien changer au fait qu'il s'agit là d'un problème des plus épineux, difficile à saisir. Additions: I. Une erreur de méthode répandue que celle qui consiste à installer sur une chaise le conceptuel, ce qui relève de la pensée, et sur une autre chaise le discursif, ce qui relève de l'expression. O ludicram doctrinam, aedificantem simul et demolientem! La seule approche valable, en ce qui concerne l'usage de ces concepts, est une approche dialectique, dialogique et non antagonique: ces deux termes qu'un dualisme irréfléchi aimerait préserver purs et définir comme pôles à sursumer en une unité plus substantielle, soit "la pensée exprimée par ou dans le discours", se médiatisent l'un l'autre sans jamais se confondre. Le conceptuel n'est que par le discursif, et inversement. Ce en quoi ces termes peuvent être dits, suivant l'usage de cette vieillle scolastique aux yeux perçants, syncatégorématiques. Ni l'un ni l'autre ne sauraient prétendre à quelque auto-stance (Hegel) que ce soit. Vaut tout aussi bien la proposition selon laquelle ni l'un ni l'autre ne sauraient être tout simplement et sans autre forme de procès confondus. Nous n'affirmons là rien de nouveau: les littérateurs, les poétologues en particulier, insistent depuis belle lurette - mais bien évidemment


Intoccabile personne ne leur prête attention, à ces croûtes - sur l'unité, tendue entre ses moments, de ce que nous devrons dans cet ouvrage nous résoudre à nommer forme et fond. Ce que nous avançons au sujet du caractère syncatégorématique de ces notions rejoint la critique, toujours actuelle, qu'Adorno ("L'essai comme forme', in ADORNO, Wisengrund Theodor. Notes sur la Littérature. France, Flammarion, collection Champs, 1984, p.8) adresse aux positivistes quant à leur doctrine de la séparation protocolaire, à saveur vaguement administrative, du fond et de la forme: "Selon l'usage positiviste, le fond, une fois fixé selon le protocole du modèle primitif, doit être indifférent par rapport à sa présentation; celle-ci doit être conventionnelle et non pas résulter d'une exigence propre à la chose, et, pour l'instinct du purisme scientifique, tout mouvement expressif de la présentation menace l'objectivité qui surgirait brusquement, une fois le sujet éliminé, et du même coup la solidité de la chose, qui serait d'autant plus établie qu'elle compterait moins sur l'appui de la forme, bien que celle-ci ait précisément pour norme de donner la chose purement et sans rien y ajouter. Par son allergie aux formes, qu'il considère comme de simples accidents, l'esprit scientiste est proche de l'esprit dogmatique borné." II. Un ouvrage ne peut être dit scientifique, au sens le plus prégnant, qu'en tant qu'il appelle l'interprétation et la discussion. À ce sujet, voir: KOSIK, Karl. Die Dialektik des konkreten [La dialectique du concret]. Paris, F. Maspero, traduit de l'allemand par Roger Dangeville, 1978, p. 138-139. III. Walther Bulst a dit fameusement: "[...] jamais aucun texte n'a été écrit pour être lu et interprété philologiquement par des philologues." (Bedenkens eines Philologen [Les inquiétudes d'un philologue], in Studium Generale, 7, p. 321-323. IV. Hüsserl écrit au sujet de la profondeur d'expression: "La


La Phénoménologie Critique profondeur est le symptôme d'un chaos que la vraie science veut tranformer en un cosmos, en un ordre analysé, simple, absolument clair. La vraie science, aussi loin que s'étende sa doctrine effective, ignore la profondeur" (HÜSSERL, Edmund. Philosophie als strenge Wissenshcaft [La philosophie comme science rigoureuse], Paris, Presses Universitaires de France, collection Épiméthée, traduit de l'allemand par Marc B. de Launay, 1998, p.83. V. Au sujet de l'opposition entre matière et mode d'écriture: l'opposition entre les deux ne saurait être rigide. Il s'agit à chaque fois de recréer de façon dynamique le sens de cette opposition. ... 2. Exigence d'univocité Une certaine clarté dans les ordres du concept et du discours, personne ne le niera, est une condition nécessaire à l'intelligibilité d'un ouvrage tel que celui-ci qui se pique, peut-être à tort, de scientificité. Mais il s'en faut de loin qu'elle en soit la condition suffisante. Un effort supplémentaire est requis du philosophe, en tant qu'il désire se faire lire et - véritable luxe à l'ère de l'esthétique anything goes (broche-à-foin), de l'orthographe simplifiée et du cellulaire intelligent - se faire comprendre. Ce dernier veillera, quant à l'usage des concepts, à maintenir des significations univoques. Une fois un concept posé et défini en tant qu'unité d'idéation, le philosophe veillera au maintien de l'ipséité du concept de manière à ce que ce concept, saisi ou itéré en un contexte discursif ou un autre possède la même compréhension. Un concept ne pourra posséder un sens en un endroit du texte, et un autre sens ailleurs. D'une multiplicité de significations assignées à un seul et même concept (la sémantique du bon plaisir), nous le savons, procèdent confusion et même non-sens. Le maintien des concepts au sein d'une univocité salutaire est la marque du sérieux


Intoccabile scientifique en acte. Additions: I. La clarté, certes, est chose désirable. Par contre, l'on apprendra à se méfier de ces ouvrages trop clairs qui, charriant une matière indigente, ou charriant sans esprit une matière surabondante, ne donnent pas à penser. L'intelligibilité de tels ouvrages est un renvoi vers la pauvreté d'auteurs assimilant clarté et vide de pensée. ... 3. Exigence de circonspection Clarté conceptuelle, discursive et univocité des concepts sont choses souhaitables et même nécessaires en ces temps de détresse intellectuelle sans précédent, en ces temps de troubles, lesquels rendent possible et donnent suite au trouble, au nébuleux dans la sphère de l'Esprit. Lorsque s'y lie d'amour dame circonspection, il est permis d'espérer de bien grandes choses. Le phénoménologue est infiniment circonspect. La circonspection - le naturel, la conversation, les fréquentations recommandables n'y ont pas peu de part -, vertu morne et sombre, est un gage de véracité de la parole et de la conduite scientifiques. Ne rien avancer qui n'ait de fondement en raison et dans l'empirie. refuser de suivre le fil, ce qui serait véritablement perdre le fil, d'opinions extravagantes quoique sensées et piquantes, ces marchandises prohibées. Une attention soutenue au contenu de la pensée tout autant qu'à sa forme. Des considérations d'ordre éminemment phénoménologiques, telles celles abordées dans le


La Phénoménologie Critique présent ouvrage, imposent une certaine cruauté envers soi, une ascèse, une véritable constance dans l'abnégation, dans la retenue et dans la juste et amoureuse administration de mortifications bien assaisonnées, bref, une discipline sévère qui ne pardonne aucun écart. Beaucoup de plaintes se sont élevées, tant de larmes ont été versées, au sujet d'une certaine perte de tension, de rigueur, de la pensée philosophique contemporaine, qui trop souvent verse dans le radotage en charriant derrière elle les lieux communs nigauds d'une certaine philosophie spontanée, bonhomme guimauve de la pensée auquel notre astucieuse, entreprenante et toujours perspicace philosophie universitaire croit échapper par des excès de pédanterie qui, en bout de ligne, la couvrent de ridicule. Cette perte de tension - il s'agit là d'une hypothèse - ne pourrait-elle pas être attribuée à un défaut de circonspection, de discipline, bref, à une perte du sens de la vérité en tant que visée d'un impardonnable travail sur soi-même? Lorsqu'un exposé scientifique se révèle n'être pas rigoureusement conséquent, mais tout simplement honnête, lorsqu'au sein de cet exposé, par exemple, des considérations purement hypothétiques se voient mélangées - suivant le bon plaisir de l'auteur - à des considérations apodictiques et se prévalent sans rougir du même statut, bref, lorsqu'un exposé manque de circonspection, de retenue, alors il est permis d'affirmer que l'auteur d'un tel exposé n'aura pas su assez souffrir. Additions: I. Certains préféreront au terme de circonspection celui de prudence (Klugheit) ou de perspicacité (Schafsinn). II. Le manque de circonspection dans l'ordre de la théorie est ce que l'on nomme communément ratiocination (Räsonieren).


Intoccabile III. La circonspection se nourrit d'entretiens soutenus avec des esprits sains et réglés: "Comme nostre esprit se fortifie par la communication des esprits vigroureux et reiglez, il ne se peut dire combien il perd et s'abastardit par le continuel commerce et fréquentation que nous avons avec les esprits bas et maladifs." ("De l'art de conférer", in MONTAIGNE, Michel de. Essais. Livre 3. Paris, Garnier-Flammarion, 1979, Chapitre VIII, p. 137). IV. Régis Jolivet écrit au sujet de l'ascèse requise du philosophe: "On voit ainsi que l'oeuvre philosophique, surtout quand elle est proprement métaphysique, requiert une technique de l'intelligence rigoureuse et difficile à acquérir. Il y faut un effort persévérant et une pénible abnégation à l'égard du matériel imaginatif, une sorte d'ascèse intellectuelle. Cela est nécessairement rare, comme tout ce qui est difficile. Et de là vient que, faute de cette longue et dure préparation, les certitudes philosophiques et métaphysiques sont sans force sur beaucoup d'intelligences. (JOLIVET, Régis. Traité de philosophie. Paris, Emmanuel Vitte, 1955, Tome I, p. 34). ... 4. Du mode d'exposition dit parataxique Cet ouvrage - un ouvrage tel qu'il n'aurait pu être pondu par l'un de ces maudits intellectuels - a en commun avec les précédents son mode d'exposition dit parataxique - lequel est un renvoi vers la totalité fragmentée. Parataxique? Qu'entendons-nous par là? Il partage avec les ouvrages pris au sens traditionnel du terme - ce qu'il n'est assurément pas - une entrée en matière, une introduction. Mais il élude et contourne, tourne autour de (para-) l'obligation d'une transition vers un développement et une inévitable conclusion. Et c'est la raison pour laquelle certains soupireront, rouleront des yeux et claqueront de la langue, en exigeant du dissident anti-intellectuel que nous prétendons être un mode


La Phénoménologie Critique d'exposition moins dépaysant, plus conforme, pour ainsi dire, aux normes hypostasiées du bon goùt littéraire, du bien comme il faut, sauvagement pris à partie par les innombrables avant-gardes du vingtième siècle, que l'on s'efforce d'oublier les dents serrées et avec la force du dernier désespoir. Le mode d'exposition parataxique se veut tout simplement la disposition autour d'un centre, d'un noyau dur, de fragments, de miettes. Le noyau dur (Kerngehalt), l'étymon (lexie que nous empruntons au Leo Spitzer des Stilstudien mais qui dénote dans le contexte de cet ouvrage une réalité toute autre), est la substance même du propos et ces fragments se veulent des vecteurs, des points d'entrée vers ce noyau dur et vers les autres fragments. Le lecteur se saisit de ces fragments et procède à la constitution, à la création continuée durant le procès de lecture de la substance du propos et des autres fragments, lesquels sont autant d'autres voies vers le centre. Tel est le mode d'exposition parataxique, qui exige une participation et une attention d'autant plus intenses de la part du lecteur que la trame du texte est relâchée, brisée, en morceaux. L'on se reportera avec profit aux obsolètes Mélanges et aux Scories pour de plus amples précisions sur ce mode formel d'exposition, qui a choqué et su faire s'hérisser le poil sur tant de têtes de poules universitaires. Additions: I. Le détestable intellectuel se tient en retrait du monde, donc en retrait du matériau et de la structure intentionnelle de la Pensée qui est Pensée du matériau. L'intellectuel est cette complaisance infinie dans le royaume de l'esprit, de l'abstrait. Paul Valery, dans Rhumbs, a bien vu le caractère abstrait du faire intellectuel: "Le métier des intellectuels est de remuer toutes choses sous leurs signes, noms ou symboles, sans le contrepoids des actes réels. Il en résulte que leurs propos sont étonnants, leur politique dangereuse, leurs plaisirs superficiels. Ce sont des excitants sociaux avec les avantages et les périls des excitants en général."


Intoccabile II. Sur le caractère de renvoi du mode d'exposition parataxique: "Il est fort probable qu'en cette étape de l'exposé le lecteur nourisse de sérieux doutes quant à notre capacité réelle à pondre un texte dans les règles: les fragments et les textes courts qui à leur propre manière constituent la partie principale de notre exposé n'ont pas été réunis en un tout linéaire. Crimen laesae majestatis... La trame est molle, lâche, elle nous lâche. Encore une fois n'allons-nous pas justifier cette incapacité par l'exigence parataxique? Deux Ex Machina! Nous répondons que la fragmentation de l'espace scriptural est un choix, et non une nécessité dont la détermination concrète serait inscrite en nos capacités en apparence limitées. Nous ne croyons plus réellement à la possibilité d'une totalité, et ceci n'est pas sans incidences sur ce que nous devrons nous résoudre à nommer, non sans amertume et agacement, contenu et forme. Contenu: fragmentation de l'argumentation; forme: fragmentation de l'espace graphique. Et bien évidemment, l'un renvoie à l'autre. Nous avons le sentiment que toute autre façon de procéder nous mettrait hors mesure, hors de l'en-mesure, de dire ce qui se doit d'être dit, la Vérité de et dans la brisure du contexte d'énonciation. Cette poétique, cette pure fantaisie issue d'un esprit qui se croit apparemment libre de toutes règles, réaction formelle et adolescente à un académisme étouffant, la société et l'état des forces productives esthétiques nous l'ordonnent. Ceci dit, le choix se retourne en nécessité." (Jean-Smaille Germeil, Scories). III. Les ennemis du mode d'exposition parataxique se donneront beaucoup de mal pour nous dire de grandes sottises, "Noe iste magno conatu magnas nugas dixerit." (Térence, Heantontimoroumenos, III, V, 8). IV. Au sujet de la notion de Kerngehalt, mentionnée plus haut, nous renvoyons à: HÜSSERL, Edmund. Logische Untersuchungen. Zweiter band. Untersuchungen zur Phänomenologie une Theorie des Erkenntnis [recherches logiques


La Phénoménologie Critique 2. recherches pour la phénoménologie et la théorie de la connaissance. Première partie (recherches I et II)]. France, Presses universitaires de France, collection Épiméthée, traduit de l'allemand par Hubert Élie, Arion L. Kelkel et René Schérer, 2005, p. 212. V. Au sujet de la notion d'étymon, mentionnée plus haut, nous renvoyons à: SPITZER, Leo. Stilstudien [Études de Style]. Paris, Gallimard, collection Bibliothéque des Idées, traduit de l'anglais et de l'allemand par Alain Coulon, Michel Foucault et Éliane Kaufholz, précédé de Leo Spitzer et la lecture stylistique par Jean Starobinski, 1970, 536 pages. VI. Constitution a ici la même teneur que concrétisation au sens que lui donne Roman Ingarden dans sa phénoménologie de l'expérience littéraire (Vom Erkennen des literarischen Kunstwerks). VII. Le lecteur remarquera avec le sourire narquois de celui qui en a vu d'autres que refus et volonté de sortie du système se résolvent ici en système. L'inéluctable systématisation de toute tentative de sortie du système! ... 5. Élucidation du pourquoi de l'ouvrage Référons-nous au titre, quelque peu arrogant - il s'en faut de peu que les caractères d'imprimerie ne rougissent de tant d'impudence - : "La Phénoménologie critique en tant que fondement des sciences". Rien de plus clair: l'auteur de ces lignes cherche à poser la phénoménologie critique en tant que sol, doctrine, fondement des sciences - il aurait fallu écrire: de toute science possible.


Intoccabile Quelques précisions s'imposent quant à la nature de cet ouvrage, de ce projet. Il ne s'agit pas d'un exposé systématique de la phénoménologie critique et de ses ambitions, parataxis oblige, mais plutôt de la position de fragments, d'idées directrices, de principes, devant mener droit à la phénoménologie en tant que fond. Cet ouvrage assume en outre le rôle d'une propédeutique philosophique: il introduit et déblaie, prépare le terrain en vue d'un exposé plus systématique. Cet ouvrage possède, finalement, un caractère programmatique, puisqu'il contient, sous forme de programme - le programme des tâches futures, très nombreuses, de la phénoménologie critique en tant que fond - notre doctrine en son entier. Répétons-le: il ne s'agit pas de l'exposé systématique de la phénoménologie en tant que fondement des sciences; et encore moins d'un exposé systématique de l'organon (le complexe des sciences pures éidétiques et empiriques) qui doit en procéder. Nous dessinons à même le cadre de ces pages les contours du canon de toute science possible. Mais pourquoi donc vouloir poser les idées directrices d'une discipline rectrice telle que la phénoménologie critique en tant que fond, en tant que chemin vers le fond? À quelle fin? N'avons-nous rien de mieux à faire? Assurément il est des tâches plus urgentes? Nous sommes pressés de nous justifier. Voudrions-nous, verrue universitaire, croûte intellectuelle anti-intellectuelle que nous sommes et ne cesserons jamais d'être, à coups d'éclairs de pensée élevés et d'idées graves et géniales, refonder les sciences par la voie phénoménologique - et que l'on prenne la mesure de l'énormité de cette prétention - pour le simple plaisir de les refonder, par pur caprice sceptique? Avons-nous cette prétention? Mais quelle est donc cette lubie! Les sciences constituées ne sont-elles pas "assez fondées" et


La Phénoménologie Critique "assurées" en leur état actuel? Avons-nous la prétention, en tant que nous désirons fonder encore une fois le système des sciences constituées, d'être plus "scientifiques" que la science elle-même? Le sublime intellectuel anti-intellectuel que nous prétendons être semble avoir poussé trop loin l'audace. Qu'il nous soit permis de procéder en quelques lignes à l'élucidation du pourquoi de l'ouvrage. Et nous ne pourrons répondre à cette question qu'en procédant ici même à une série de prolepses, d'anticipations. ... Il semble que nous ayons perdu tout rapport concret avec les objets du monde de la vie, avec le digne de question: das Fragwürdige. Nous ne sommes plus en mesure de nous rapporter concrètement à ou vers ce qui est digne de question dans le divers de ses apparitions: in das Fragwürdige seiner Offenbarkeit. Notre Parole continuellement élude la nécessité d'une rétroversion vers le réel dans sa concrétude, sa densité, sa consistance objective. Nous sommes hors d'une quelconque entente. Ce que sont les objets en eux-mêmes se révèle être pour nous hors de portée. Les objets sont hors de portée puisqu'il s'avère que nous les acceptons immédiatement à partir de l'à-peu-près intelligible que l'intelligibilité habituelle ou autrement dit, l'être-dans-la-moyenne de notre propre langue leur prête à l'avance. Combien il serait utile ici de procéder à une description sommaire, en termes phénoménologiques et psycho-systématiques, de ce progressif détachement des représentations, de ce mouvement d'éduction (é-duction, littéralement: sortir de). La parole, nonancrée dans le réel en sa consistance objective, arrachée, se tourne finalement vers elle-même, tourne en rond autour d'elle-même: le


Intoccabile viser soi-même de la parole, quelle qu'elle soit, féministe, transgenre, nationaliste, raciste, procède d'un solennel "manque de base". Nous sommes entourés d'objets mais ne saurions affirmer avec certitude que nous sommes au fait de ce qui nous entoure. Il ressort du fait que nous ne sommes pas ou plus en phase avec l'entour que nous entretenons - et le plus souvent nous nous en satisfaisons une relation ignorante, faussée aux objets. Cette relation ignorante, faussée, cette déchéance ou chute au sein des objets (Verfall), suite nécessaire d'un oubli de la vérité des objets au profit d'une inversion métaphysique et d'une invasion de l'entour non pensé dans son essence, est aujourd'hui notre vérité. Cette idée de la vérité est un vivant témoignage des ténèbres qui caractérisent cette époque de détresse intellectuelle éclairée au néon, cette époque trouble en jeggings et aux dents trop blanches. Du fait que nous ne sommes pas ou plus en termes, bons ou mauvais, qu'importe, avec l'entour, du fait de l'absence d'un rapport véritable et concret aux choses, du fait que notre monde se résout ultimement en inconnues, en indéterminités, du fait que nos idées n'adhèrent plus, ne "collent plus" au monde de la vie (Lebenswelt) ou, comme l'affirmait Antonin Artaud, "à la Vie" (Le théâtre et son double), nous nous révélons être des "étrangers" parmis des objets présupposés connus mais non connus, devenus pour nous familièrement étranges, des apatrides, des sans patrie exclus du sein de ce qui nous est le plus proche, le plus propre. Exilés de la vérité de l'être: ausgestossen aus der Warheit des Seins. Mais il faut comprendre qu'être ici n'est pas un concept métaphysique ou une notion existentiale mais un concept d'ontologie matérielle. Hors de la patrie, du Vaterland, nous ne saurions même affirmer avec un degré de certitude suffisant ce qu'est un objet. Voilà aujourd'hui où nous en sommes. Poussons: hors de la vérité des objets en tant que quidditas sensibilis (Saint


La Phénoménologie Critique Thomas), c'est le sujet lui-même qui s'avère problématique, si l'on suppose avec Platon qu'une âme qui ne comprend pas ou plus la vérité en général ne peut prendre figure humaine, c'est-à-dire se constituer en tant qu'ipséité: "Car une âme qui n'a jamais vu la vérité, c'est-à-dire qui ne comprend pas la vérité en général et comme telle, ne pourra jamais prendre figure humaine, car l'homme doit, conformément à son mode d'être comprendre l'étant en l'abordant dans l'optique de l'essence." La pensée, et au premier plan l'entreprenante pensée scientifique, constamment préoccupée de s'ôter à elle-même, avec le succès que l'on sait, toute possibilité d'accès à la Pensée, se fourvoie constamment dans l'erreur et l'illusion. Certaines sciences, purs produits d'une naïveté de niveau supérieur, ne sont que des modes ou actualisations de ce fourvoiement dans l'erreur et l'illusion, de cette errance. C'est bien la raison pour laquelle, actuellement, une inquiétude étrange parcourt les sciences. Cet exil (l'absence d'un rapport véritable, sain et concret aux choses) est le seuil au-delà duquel la science dégénère en logique de l'apparence, entendue comme art sophistique de donner à son ignorance, et même aussi à ses illusions (Blendwerken) préméditées, l'apparence de la vérité, en imitant la méthode de profondeur que prescrit la logique en général et en se servant de la topique de cette science pour colorer les plus vaines allégations. Mais cette profonde ignorance quant à la nature de l'entour, des objets, ne semble pas poser problème. Bien au contraire. Le pensiero debole contemporain s'en accomode avec un sourire. Cette ignorance, laquelle donne suite au chuter au sein des objets (cette ignorance ne serait-elle pas le Verfallen même?), se voit hissée au rang de savoir: ne nous prouve-t-elle pas par là à quel point elle s'ignore en tant qu'ignorance? Cette ignorance qui


Intoccabile s'ignore, en tant qu'elle n'est pas source de désarroi pour nous, se révèle être le plus grand désarroi de la Science. Pour maints exilés, cette ignorance bien spécifique, prodigue en phrasés bestiaux, donc tout à fait adaptés à l'esprit du temps, se renverse en source de distinctions, de joies inépuisables. C'est sur le sol de cette ignorance inavouable que nous osons bavarder, c'est-à-dire ne rien dire, ne rien dire sans fin et sans jamais rougir au sujet de la totalité des objets du monde connaissable, au moyen d'une langue qui, ayant subi les sévices administratifs du pédantisme grossier des sciences de la communication et lancée tête première à travers le moulin des procédés de la communication scientifique, en est venue à sonner creux, et avec laquelle - là aussi - il est devenu impossible d'entretenir un rapport concret. Tout Verbe qui d'un "Dehors" chercherait à mettre en doute les sublimes prétentions du bavardage scientifique est déclaré d'avance suspect et non avenu. Bref, nous bavardons au sujet de l'étant au "moyen" d'une langue, aujourd'hui réduite à sa dimension strictement instrumentale, que nous ne maîtrisons pas ou plus. Aveugles et sourds face aux objets du monde de la vie, loin de la Patrie d'Hölderlin, nous, modernes, noyés dans notre cynisme et notre orgueil, avons perdu la Parole. ... Nous ne saurions être plus éloignés de quelque chose comme une Parole sur les objets du monde de la vie. Et en effet, la plupart du temps, rien n'est Dit à leur sujet. L'ignorant, le perdu, l'exilé, l'apatride, ne saurait rien Dire au sujet de l'entour. Il n'est pas a priori exclu que certains fruits de ce bavardage aux gros sabots, de ce rien-dire incessant sur l'étant puissent faire partie, comme par hasard - on n'aura pas fait exprès -, de la sphère de l'explication totale ou partielle d'une région d'objet particulière et puissent servir de matériau en vue de la constitution d'une véritable scientia de omnii rei scibilis (science de la totalité des choses connaissables). Nous constatons que, le plus souvent, les fruits de ce bavardage


La Phénoménologie Critique n'ont, pas aucune valeur significative ou mieux dit, aucune validité, mais simplement une validité limitée. Toute science digne de ce nom, toute science en tant qu'elle est science, et non Dire creux et vide, enthousiasme en tant qu'intuition intellectuelle de l'entour et saisie directe de l'absolu (Schwärmerei), tarte à la crème, plaisanterie ou pantalonnade (Spiegelfechterei), mauvaise blague se donnant des airs d'importance par voie de systématisation pédante, cherche, subséquemment à la mise en question du sens et de la validité de toute production théorique non fondée sur une saisie rigoureuse de ses objets et concepts, modes de judication et des méthodes nécessaires à une entente de ces objets, à poser des jugements à l'épreuve des bombes sous forme de propositions d'extension universelle, valant une fois pour toutes (le principe de validité absolue) et pour lesquels il s'avère possible de fournir des déductions garantissant leur légitimité dans la sphère intersubjective: "Conformément à l'essence de la science, il appartient donc au rôle de ses fonctionnaires d'exiger en permanence ou d'avoir la certitude personnelle que tout ce qui est porté par eux à l'énonciation scientifique soit dit une fois pour toutes, que cela soit établi, indéfiniment reproductible dans l'identité, utilisable dans l'évidence et à des fins théorétiques et pratiques ultérieures." C'est le propre de la science d'être un titre pour des valeurs absolues intemporelles, pour des vérités absolument nécessaires, pour des vérités qui ne sont pas seulement dites, pensées, affirmées, ainsi que l'avance Hüsserl dans son Introduction à la Logique et à la Théorie de la Connaissance. Au nom de la science et peut-être contre la science, pour le plus grand bien de la science, l'amorce d'une sortie hors du rien-dire


Intoccabile scientifique, qui n'est qu'un mode parmi tant d'autres du bavardage considéré en sa pure généralité, vers un autre régime de connaissance, revêt un caractère d'urgence. L'urgence de la situation requiert rigueur et attention à la "Parole". Qui ne ressent la nécessité d'un changement de régime de connaissance, au sein duquel les phénomènes s'offriraient tels qu'ils se trouvent à être réellement, au sein duquel notre ignorance se retournerait en connaissance, au sein duquel notre bavardage se retournerait en Parole et le Verfall en Assomption? La phénoménologie critique, qui n'est pas sortie toute armée et casquée du cerveau de quelque verrue de faculté bossant seul dans son coin, nous précipite vers, ou plutôt, nous installe en cet autre régime de connaissance, que nous avons baptisé dans les Scories et ailleurs: objectiviste. La phénoménologie critique en tant que canon ou propédeutique à la science - puisqu'elle n'est pas le système déployé de la science lui-même - nous donne accès à un monde par-delà notre monde: elle est une "apocalypse de la nature" (Thomas Carlyle), une subversion totale, l'ouverture d'horizons inédits, non ourdis: une révélation du secret - mais il s'avère que le secret n'en est pas tout à fait un. La fin, le pourquoi de cet ouvrage est la position d'idées directrices, de principes, lesquels nous donneront enfin les moyens d'accéder, par la voie insigne d'une phénoménologie bien entendue, au seul régime de connaissance acceptable. Le seul régime de connaissance acceptable, disonsnous, car nous, amis de la science et ennemis du bavardage, ne saurions nous contenter de moins: une moindre bien compterait ici pour un mal - Minus bonum habet rationem mali. Au sein de ce régime de connaissance il s'avère possible de porter au langage (zur sprache bringen) les choses en leur essence ou quiddité sensible (St-Thomas), de mettre fin au Verfallen en tant que condition inéluctable d'une humanité qui tourne en rond autour d'elle-même. Par voie de conséquence, cette phénoménologie critique, qui dépasse les cheveux dans le vent les intentions naïves


La Phénoménologie Critique de cette simple ontologie de l'étant là devant, en tant qu'elle nous fait ou laisse accéder au régime de connaissance au sein duquel les phénomènes peuvent être saisis dans leur essence même, en leur concrétude, au seul régime de connaissance acceptable, se révèle être la doctrine fondementielle par excellence, la propédeutique à toute science comprise au sens prégnant du terme et c'est bien pourquoi, en tant qu'elle fonde et rend possible quelque chose comme la scientificité, elle s'avère plus scientifique que la science elle-même. À nous, et à nous seuls phénoménologues, revient la tâche d'arracher nos contemporains, en un effort zélé et presque exalté, au chuter au sein des objets, à l'abîmement dans le "rien-dire scientifique", au Verfall, et d'orienter leur regard vers les étoiles. Le phénoménologue en tant que fonctionnaire d'une humanité exilée, prend sur lui la responsabilité écrasante du mandat de l'être. C'est en pantoufles et en robe de chambre que se parcourt le sentier de terre battue qui mène à la science (au rien-dire scientifique) telle que l'entendent intellectuels et têtes de poules universitaires, c'està-dire au Verfall (chute) en tant qu'événement silencieux (Stilles Eiregnis) et désastreux par excellence; c'est en vêtements cléricaux que tranquillement s'avance le solitaire Auklärer vers l'essence et par l'essence, vers le système de la science absolument déployée en son fondement. Additions: I. Nous laissons entendre très clairement, par l'usage du procédé énumératif, qu'il y aurait identité de compréhension entre "fragments", "idées directrices" et "principes". Qu'entendons-nous précisément par principes? Une élucidation sommaire de la lexie ne manquera pas de jeter un éclairage bienvenu sur les deux autres moments du triangle. Principe procède de principium, le


Intoccabile commencement. Principium: cela même à partir de quoi "quelque chose" se détermine quant à ce qu'il est. Quel est donc ce quelque chose? La phénoménoplogie critique même. Principe: le fondement sur lequel quelque chose se tient, proposition fondamentale. Position de principes: position de l'ensemble des propositions fondementielles sur lesquelles repose la phénoménologie critique en tant que fondement des sciences. II. Le réel s'avère être hors de portée. Nous devons taire pour l'instant l'articulation de l'être-hors-de-portée (Abhandenheit) à la problématique de la temporalité. Voir à ce sujet: HEIDEGGER, Martin. Die Grundproblem der Phänomenologie [Les problèmes fondamentaux de la phénoménologie]. Paris, Gallimard, collection Bibliothèque de philosophie, traduit de l'allemand par JeanFrançois Courtine, 1985, 410 pages. III. Sur le problème de l'abstraction croissante des représentations, du détachement croissant des représentations de leur fondement réique, voir le Cours de linguistique de Gustave Guillaume, année 1938-1939. On y trouve des perles telles que celle-ci: "Or cette impulsion subductive, ainsi que d'une manière générale, tous les faits d'entendement de ce genre, n'est pas quelque chose de limité, d'arrêté, mais quelque chose qui tend à se développer à l'extrême, jusqu'à l'ultime possibilité." Ou encore: "Quand la subduction s'est ainsi intériorisée, le sens en devient proportionnellement impénétrable: on ne saurait, en termes de langage, définir exactement le sens d'un auxiliaire." IV. Le Monde: la totalité des objets en tant qu'ils s'avèrent exprimables selon leur être et leur être-tel (ens in quidditate sensibili existens). V. L'homme n'est plus chez lui, il est étranger. En tant qu'étranger littéralement jeté en un monde devenu étrange, il n'est plus libre.


La Phénoménologie Critique Notons qu'Hegel, dans son cours d'Esthétique, établit un lien entre l'être chez soi et la liberté: "La loi générale [...] est que l'homme doit être comme chez lui dans le monde qui l'entoure, et que l'individualité doit apparaître comme acclimatée dans la nature et dans l'ensemble de sa situation extérieure, et donc comme libre." VI. Les objets qui nous entourent sont présupposés connus, et c'est la raison pour laquelle ils s'avèrent être parfaitement inconnus et étranges. Les objets, en tant qu'ils possèdent un "caractère de connu" (Charakter der Bekannheit, voir RIEHL, Der philosophische Kritizismus, T.II, première partie), une "Qualité de connu" (Bekannheitsqualität, voir HÖFFDING, Ueber Wiedererkennen Assoziation und psychische Aktivität, Vierteljahrsschrift für wissenschaftliche Philos., T. XIII, p. 425), en tant qu'ils sont "dits" connus, ne le sont pas. La présupposition du connu a le caractère d'une Deckbild (représentation-écran: à ce sujet voir ADORNO, Wiesengrund Theodor. Jargon der Eigentlichkeit [Jargon de l'authenticité], Paris, Payot, collection critique de la politique Payot, traduit de l'Allemand par Eliane Escoubas, 1989, 198 pages) voilant le réel qu'il s'agit d'appréhender et de porter à "stance" dans la Parole. VII. Martin Heidegger (dans: Über den Humanismus) se prononce sur l'absence de patrie qui caractérise notre époque: "L'absence de patrie qui reste ainsi à penser repose dans l'abandon de l'être [...] Elle est le signe de l'oubli de l'être. Par suite de cet oubli, la vérité de l'être demeure impensée." [Die so zu denkende Heimatlosigkeit beruht in der Seinverlassenheit des Seienden. Sie ist das zeichen der Seinsvergessenheit. Die ser zufolge bleibt die Warheit des Seins ungedacht.] VIII. Les Mathématiques et ses sciences subordonnées, dont le point de départ et leur base positive, la relation d'identité, constitue un terme premier, au mauvais sens du terme, un moment immédiat,


Intoccabile sa satisfont de ce point de départ irréfléchi accepté aveuglément. IX. Que l'on considère l'histoire de l'Art, ou encore la situation plutôt ringarde voire désespérante de l'Esthétique ou de la Christologie. Cette dernière, malgré les efforts de générations de chercheurs, n'a pas réussi à se constituer en science véritable. Il n'est pas certain qu'elle le puisse. Bien sûr, l'on retrouve le terme "science" dans les énoncés de titres de monographies et d'articles "scientifiques" intéressant la Christologie, mais une analyse sommaire de l'usage de la lexie montrerait qu'il s'agit là de simples intentions programmatiques et non de l'énoncé d'un état de faits, à savoir que l'on aurait affaire à de la "science": la science christologique demeure un souhait. Étant donné l'échec de l'entreprise christologique, de son incohérence patente, tous les efforts en vue d'accroître la connaissance christologique devraient être suspendus mais non pas brutalement ignorés en une manière d'épochè jusqu'à la résolution du problème fondamental, celui de la détermination de la possibilité intrinsèque d'une chose telle que la Christologie, problème qui est lui lié à celui de la déterminabilité d'un objet tel que le Christ. La situation est d'un ridicule. Combien distingue-t-on de christologies aujourd'hui? J. Hadot (La formation du dogme chrétien des origines à la fin du IVè siècle) en dénombre sept, soit trois christologies d'en-bas (royale, prophétique, sacerdotale) et quatre christologies d'en-haut (Fils de l'homme, Christ au-dessus de tous les anges, Fils de Dieu, verbe de Dieu). Il en est assurément d'autres: christologies féministes, asiatiques... Ce serait faire preuve d'une impardonnable candeur théorique que de vouloir lier l'ensemble de ces "points de vue" en une synthèse substantielle et bien nourissante, sous prétexte que ces points de vue sont partiels - donc partiellement valides - et ne sauraient nous livrer la totalité de l'objet - donc prétendre à une validité absolue -. L'histoire de l'Art, l'Esthétique, la Christologie - lesquelles ne donnent pas à l'esprit une pleine satisfaction, faute de procurer une évidence rationnelle, c'est-à-dire fondée en la saisie intuitive de


La Phénoménologie Critique l'être et de ses lois absolues -, du fait de leur incapacité à réfléchir sérieusement la relation du sujet à l'objectivité, du fait de leur incapacité à poser leur objet même, s'enfoncent en palabres, pourparlers et en redites, ces derniers pouvant être définis sommairement comme être-pour-autrui de l'erreur et de l'illusion. Ces "péripéties" de la science contemporaine font songer au mot savoureux de Kant sur les difficultés qu'éprouvaient les juristes de son temps à définir leur objet, ou encore aux railleries d'un Schopenhaueur sur le manque de fondement de l'éthique, situation qui perdure d'ailleurs: "Sans doute, il est décourageant de songer que l'éthique, une science qui intéresse directement notre vie, ait eut un sort aussi malheureux que la métaphysique même, cette science abstruse, et qu'après les bases posées par Socrate, après tant de travaux incessants, elle en soit encore à chercher son premier principe [...] Et c'est bien pour cela que les gros livres, les doctrines et les leçons de morale, sont aussi inutiles qu'ennuyeux." X. L'inquiétude dans les sciences dépasse de beaucoup la simple incertitude de leurs concepts fondamentaux. On est "inquiet" dans les sciences. Pourtant, l'on ne peut pas dire pour quelle raison ni à quel sujet, en dépit des multiples "discussions" sur les sciences. À ce sujet, voir: HEIDEGGER, Martin. Science et Méditation, dans Essais et Conférences [Vorträge und Aufsätze]. Paris, Gallimard, collection Tel, traduit de l'Allemand par André préau, 1980, 349 pages. XI. Heidegger, sur l'être-livré du langage: "Le langage se livre bien plutôt à notre pur vouloir et à notre activité comme un instrument de domination sur l'étant." [Die Sprache überlässt sich vielmehr unserem blossen Wollen und Betreiben als ein Instrument der Herrschaft überdas Seiende.]. D'où la nécessité de faire sauter la langue (Scories), l'exigence d'un parler du dehors. Parler du dehors reviendrait en quelque sorte à délier, à libérer la langue en vue d'une articulation plus rigoureuse de la pensée.


Intoccabile XII. Essence et quiddité sensible (quiditas sensibilis) sont identifiés dans cet ouvrage. À ce sujet, D'AQUIN, St-Thomas. De Ente et Essentia, c.I: "Comme par ailleurs ce par quoi la chose est déterminée à son genre et à son espèce propre est ce que l'on signifie par la définition qui indique ce qu'est (quid) la chose, il en résulte que le terme d'essence est muté par les philosophes en celui de quiddité, quidditas [quidditas sensibilis]; c'est aussi ce qu'Aristote appelle souvent le quod quid erat esse, c'est-à-dire "ce qui fait qu'une chose soit ce qu'elle est." XIII. Hüsserl, dans Introduction à la Logique et à la Théorie de la Connaissance: "La science ne fait pas qu'affirmer, la science veut convaincre; mais elle ne veut pas persuader, elle veut convaincre au moyen de fondements. La science n'avance rien au hasard, la science fonde." XIV. En arrachant les hommes au chuter au sein des objets (Verfall) et en posant cet arrachement en tant que tâche morale, le phénoménologue du même coup proclame son être-au-monde, qu'il est lié et pour le monde. Le phénoménologue, celui qui Dit les choses telles qu'elles sont, est joyeux dans la foule des hommes, se révèle lié à eux du fait de cette tâche morale, il est "amis de tous": "Car l'hymne un jour est né sur les lèvres humaines / D'un souffle de paix, notre chant s'est prodigué, / Dans l'heur et le malheur réjouissant / le coeur de l'homme et depuis lors / Nous aimons, chantres du peuple, être auprès des vivants / Joyeux dans leur foule assemblée, amis de tous, / Ouverts à tous." (Hölderlin, Timidité) XV. Entité judicative: la phénoménologie critique possède un pouvoir d'appréciation ou de jugement vis-à-vis des sciences inférieures, subordonnées; non seulement d'appréciation, mais aussi de régence. En tant que régente des sciences inférieures, qu'elle fonde, elle possède un caractère pratique, ce qui finit de problématiser sa subsomption sous le type de science spéculative-


La Phénoménologie Critique théorétique, traditionellement, naïvement défini en opposition au type pratique. XVI. Hegel s'avère instructif au sujet du mauvais infini, dans: HEGEL, Georg Whilhelm Friedrich. Wissenschaft der Logik [Science de la Logique], Paris, Aubier Montaigne, collection Bibliothèque de philosophie, traduit de l'allemand par Pierre-Jean Labarrière et Gwendolyne Jarczyk, 172, tome I, livre I. ... 6. Phénoménologie critique et Verfall Nous sommes, au terme de ces considérations liminaires, au fait du pourquoi de l'ouvrage. Cet ouvrage, n'est-ce pas, a été mis en train afin de mettre un frein au Verfall en tant que condition inéluctable d'une humanité qui, en exil hors de l'être, hors de toute possibilité d'entente concrète, hors de toute entente quelle qu'elle soit, tourne en rond autour d'elle-même. Cet ouvrage, en tant qu'intervention et interpellation, en tant que juste dis-position de principes devant mener à une sursomption du régime de connaissance actuel (passage du régime subjectiviste, lequel procède de cette diadokè de l'erreur que nous avons cru bon nommer métaphysique moderne de la subjectivité, au régime objectiviste), ou en d'autres termes, à une discipline telle que la phénoménologie critique, répond au fait que nous ne pensons plus, ne savons plus penser. Nous devrons réapprendre la Pensée. En tant que discipline de fond, en tant que fonds essentiel, la phénoménologie critique, le type même de toute philosophie scientifique aujourd'hui, se révèle voie d'accès vers ce paradis perdu de la pensée et voie d'échappée hors du bavardage, du Verfall. En ces pages, se fait jour pour l'homme la possibilité d'un sauvetage de la pensée, d'une rédemption de la vérité. La phénoménologie critique, entité judicative (pars iudicativa) de l'édifice des sciences puisque son jugement sur les sciences qui lui


Intoccabile sont subordonnées - qu'elle fonde - comporte lui-même la certitude de la science (certitudine scientiae), redonne à la pensée, denrée rare qui aujourd'hui rougit de n'être pas universellement effective, un avenir; gravement, elle montre du doigt son triomphe et sa gloire futurs. La réaction au demeurant combien éclairante de l'intellectuel au Verfall en tant que suite d'une ignorance bien spécifique intéressant les objets du monde de la vie - que l'on mesure par là la médiocrité, la petitesse de la figure de l'intellectuel - sera d'amasser, en une injustifiable frénésie, connaissances sur connaissances, de se complaire dans cet infini amasser qui n'est qu'une itération de la vacuité, et de croire qu'au bout du tunnel de cet infini amasser un antidote au Verfall surgirait du néant. Au contraire, c'est seulement dans cet acte d'abandon de l'amasser vide des connaissances, du mauvais infini des connaissances abstraites, ou autrement dit, dans l'anti-intellectualisme - mais cet anti-intellectualisme, qui tourne la tête en douce pour nous glisser un clin d'oeil, est en fait un intellectualisme anti-intellectuel -, que la Connaissance, qu'un authentique antidote au Verfall s'offre à la vue de qui aspire véritablement savoir. La situation présente, celle d'une humanité bornée au bord du gouffre d'un âge noir, ordonne non pas l'amasser vide et sans limites de l'intellectuel collectionneur de papillons que l'attention soutenue à la Pensée et au langage. Moins de connaissances, plus de Pensée: tel devrait être le mot d'ordre. L'amasser de l'intellectuel, amassser que nous désignerons à partir de maintenant par le terme d'intellectualisme, ce voir rien que pour voir, ce repoussant repoussement infiniment réitéré de la limite, de la satiété, est un dérangement d'esprit et un néant qui ne saurait avoir de terme, car en tant que visée de l'infini, il se poursuit à l'infini. L'intellectuel, dans l'exercise infiniment réitéré de cette visée de l'infini, ou autrement et peut-être mieux dit, du néant, réitère infiniment la médiocrité de son geste. Cet amasser qui vise l'infini des connaissances, le non-réalisable, vise le rien, et


La Phénoménologie Critique l'intellectuel, en tant que prisonnier de sa curiosité proprement insatiable et de son amasser vide, n'est rien. L'intellectuel a ceci en commun avec le scepticisme tel que défini par Hegel qu'il finit avec l'abstraction du néant ou de la vacuité et qu'il lui faut attendre "si et quoi d'aventure s'offre à lui comme nouveau, pour le jeter dans ce même abîme vide". L'intellectualisme, ce dérangement d'esprit, ce rêve - le rêve d'en savoir toujours plus, rien que pour savoir, et pourquoi? Parce que. - au sein duquel est poursuivi ce long chemin, toujours plus loin et plus loin, à perte de vue, est la grande affection d'une génération absolument perdue pour la Pensée, d'une époque en jeggings qui, iPhone en main, évolue toujours plus loin de l'Esprit et toujours plus profondément au sein d'un Verfall auquel elle croit échapper en se repaissant de la nourriture douteuse de connaissances livrées en ballots dociles. ... 7. La Phénoménologie Critique, glorieux chemin de croix La phénoménologie critique en tant que Wissehschaftlehre (littéralement: doctrine de la science) et non Wissenschaftleere (absence de science), entendue comme arrêt de mort du Verfall, rédemption et culte continuel de la vérité, saint transport en un régime de connaissance au nadir duquel l'entour s'offre tel qu'il est, fait figure pour nous, modernes, en tant que nous désirons être en termes, bons ou mauvais, qu'importe, avec l'environnant (et être au fait de l'environnant), et en tant que nous désirons être libres, libres du chuter au sein des objets, de nécessité. Cette nécessité est pour nous riante liberté. La sapientia phénoménologique, par contre, n'est pas donnée à quiconque la désire tout simplement. La phénoménologie critique est une maîtresse sévère qui ordonne ce long et pénible chemin de croix - le travail de la culture phénoménologique lui-même - à travers le désert glacial de la spéculation philosophique; une maîtresse combien généreuse à qui


Intoccabile sait se montrer à la hauteur de ses attentes vertigineuses. Qui saura rendre justice au sirénique appel des choses encore à Dire? Seul saurait y parvenir celui qui, calme et fier, sacrifie sur l'autel du dieu Pensée heures, plaisirs, amis et même avenir pour faire sien le joug de la riche indigence du solitaire Diseur. Seul saurait y parvenir celui qui, contre les tendances lourdes de cette époque de parfaite culpabilité scientifique, radicalement se refuse à la paresse de la vie, à l'embourgeoisement et à l'empâtement, pour se dresser - le dresser est ici un s'adresser mais sur un mode antagoniste -, raide et vigroureux, et par la Pensée, en regard du Verfall. ... 8. Sources philosophiques La phénoménologie critique n'émerge pas, tel un éléphant blanc, d'un inconcevable et invraisemblable vide théorique. Comme l'affirme Jean Starobinski dans sa préface à l'esthétique de la réception d'Hans Robert Jauss: tout théoricien aujourd'hui se doit d'être averti contre le dogmatisme clos des systèmes qui sortent tout armés de la tête d'inventeurs solitaires, superbement ignorants de ce qui a été pensé en d'autres lieux ou d'autres temps. Bien au contraire, la phénoménologie critique se constitue en un dialogue vivant et toujours renouvelé avec certains grands courants de la tradition. Elle procède, entre autres, des acquis, on s'en doutait, de la phénoménologie: en Allemagne, Edmund Hüsserl ainsi que ses nombreux collègues de travail et disciples, Eugen Fink, Roman Ingarden, Martin Heidegger; en France: Maurice Merleau-Ponty, Paul Ricoeur, Mikel Dufrenne. Elle procède en outre de la déjà ancienne - en effet, il nous faut avouer qu'elle n'a plus la fraîcheur du matin - Gestalttheorie ou Gestaltpsychologie (psychologie de la Forme) telle qu'exposée dans le maître ouvrage de Wolfgang


La Phénoménologie Critique Köhler (aussi: Koffka, Perception. An Introduction to the Gestalttheory et Principles of Gestalt Psychology). La Rezeptionsästhetik (esthétique de la réception) telle qu'elle prit forme naguère dans les écrits de: Wolfgang Iser, Roman Ingarden, Hans Robert Jauss, Rainer Warning, Jurij Striedter, Wolfgang Presendanz, Manfred Fuhrman, Karlheinz Stierle, sans oublier leurs collègues et disciples du département de Science Littéraire de l'université de Constance, travaille la phénoménologie critique en son fonds. Finalement, la phénoménologie critique emprunte, avec des effets plus ou moins heureux, certains concepts fondamentaux à l'inévitable analytique existentiale heideggerienne - qui se situe aux antipodes des phrases ronflantes, involontairement comiques sans être très drôles, d'un existentialisme aux gros sabots du style: l'existence précède l'essence. L'existentialisme, doctrine infecte et pour ainsi dire, tirée par les cheveux, s'avère être philosophiquement intenable et d'un point de vue strictement épistémologique, insoutenable. Elle emprunte aussi aux nombreux et combien heureux prolongements herméneutiques que l'analytique existentiale trouve chez Gadamer (Vérité et Méthode).

La Phénoménologie Critique en tant que fondement des Sciences - Introduction to the new Edition  
La Phénoménologie Critique en tant que fondement des Sciences - Introduction to the new Edition  

This is the Introduction to the updated edition of "La Phénoménologie Critique en tant que fondement des Sciences", last published in 2014.

Advertisement