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« TOUTE PERSONNE QUI PENSE FORTEMENT FAIT SCANDALE » BALZAC

LE MAGAZINE DES ETUDIANTS LILLOIS

MÉDIAS :

LA FACE CACHÉE WWW.LESCANDALEUXMAG.FR

NE PAS JETER SUR LA VOIE PUBLIQUE

#9 - PRINTEMPS 2010


#9/ PRINTEMPS 10

L’

information. En lisant ces lignes, vous y êtes déjà sensible. Dangereusement. Vous avez passé sans encombres une terrible pandémie de grippe A ? Vous êtes chanceux. Sans vaccin ? Vous êtes miraculé. L’information. La violence dans les lycées explose. Le bus de l’équipe du Togo est mitraillé avant la CAN. Un bébé enlevé puis retrouvé fait la une. Et on démine une bombe de 500 kilos à Caen. Voilà. La vraie? Vous l’aurez voulu. La médiatisation incessante de la violence à l’école prépare un sauvetage policier à coups de portiques et de Taser. Si, c’est écrit. Entre les lignes de tous les journaux. En revanche, ce qui n’est pas écrit, tout juste dit, c’est la décision de notre sainte F.F.F de suspendre toute attribution de première licence à un mineur étranger, sauf s’il réside depuis plus de 5 ans en France. Et hop, on surveille la situation des parents, et on se tait pour ne pas appuyer sur l’écharde « identité nationale ». Mieux qu’Hortefeux et son Loppsi 2. L’information. Le Scandaleux, avec l’aide de Daniel Schneidermann, lui consacre un dossier. Pour mieux l’appréhender, ou moins la subir. Avec l’envie de se dire que le libre-arbitre existe encore. Et la ferme volonté de se nourrir d’un peu de « vrai ».

LE SCANDALEUX MAG’ #9 - PRINTEMPS 2010 DIRECTEUR DE L A PUBLICATION : JEAN-THOMAS PRADILLON ; REDACTEUR EN CHEF : CLÉMENT LAMBERT ; RESPONSABLE COMMUNICATION : BENOÎT LIMARE ; RESPONSABLE DEMARCHAGE : MICHAEL BANON ; RESPONSABLE MISE EN PAGE : CLÉMENT LAMBERT N° SIREN : 519318745 DEPÔT LÉGAL : W595008653 ISSN 1961 - 0262

EN BREF

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LILLE

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INTERNATIONAL

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Le Vieux-Lille, quartier d’art, d’histoire et de prostitution

Douch froid

SOCIÉTÉ

Ce qu’on ne vous dit pas sur l’écologie

DOSSIER

LA FACE CACHÉE DES MÉDIAS La sclérose

INTERVIEW : DANIEL SCHNEIDERMANN Blogmania, une pandémie Photoshop Disaster « Miroirs déformants »

CULTURE

> MUSIQUE Revolver : One Gun, Three Shots

// Caravan Palace : quand la caravane passe > LITTÉRATURE Le Loup Bleu : un loup sans ennemi n’est pas un loup

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MODE

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ÉVASION

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RECETTE

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Le Geek est chic !

Si Liverpool m’était contée... Mille-feuille glamour

DIVERTISSEMENT Mots croisés... de l’impossible ?

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creativecommons by n-c - diogene.ch

Mr CRU et la Cruauté

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LE SCANDALEUX MAG’ - N°9 - PRINTEMPS 2010


EN BREF

En BREF. > C’EST UN FAIT, LE VIEUX LILLE EST DEPUIS DE NOMBREUSES ANNÉES LE « TERRITOIRE PROSTITUTIONNEL » DE LILLE.

LILLE P.6

> Armée de ses prophètes et de ses apôtres, l’écologie, nouvelle religion, nous impose la vision du monde qui est la sienne. INTERNATIONAL P.8

« LA PRESSE POPULAIRE NAÎT DANS L’ANTICHAMBRE DES PRINCES. ELLE EST FINANCÉE PAR LA COUR DES PRINCES, QUI Y VOIT UN INSTRUMENT DE MANIPULATION, D’INFLUENCE... ELLE SORT DE LA CUISSE DU POLITIQUE. » DANIEL SCHNEIDERMANN DOSSIER P.12

« REVOLVER… un nom qui fait écho au fameux album

des Beatles dont ils revendiquent l’héritage avec élégance, non contents de nous rappeler Elliott Smith, les Byrds ou encore les Kinks. ». CULTURE P.20

«

Déchirés par les luttes tribales, les clans mongols violent et pillent dans une sombre et farouche atmosphère » Le Loup bleu, Yasushi INOUE

> LIVERPOOL: PÈLERINAGE EN CE LIEU OÙ FOOTBALL ET MUSIQUE RAISONNENT DIFFÉREMMENT.

CULTURE P.22 LE SCANDALEUX MAG’ - N°9 - PRINTEMPS 2010

ÉVASION P.24

> TROUVER SUR UN BLOG UNE CITATION DE ROUSSEAU ENTRE DEUX COMMENTAIRES SUR UNE SOIRÉE LAMENTABLE A DE QUOI LAISSER PERPLEXE. DOSSIER P.17

> LE GEEK EST IN, LE GEEK NE FAIT PLUS PEUR AUX FILLES, LE GEEK EST CHIC !

MODE P.23 5


LILLE 

Le Vieux-Lille, quartier d’art, d’histoire et de prostitution Vieux Lille, le quartier historique de Lille, ses boutiques de luxe, ses joailleries, ses restaurants gastronomiques… et ses prostituées. Oui, la vie nocturne du quartier vient obscurcir la carte postale idéale vendue par la ville et son office de tourisme.

C’

EST UN FAIT, le Vieux Lille elle, elle interpelle des CRS postés à est depuis de nombreuses quelques pas seulement des prostiannées Le « territoire prosti- tuées. « Il y a quand même pas mal de tutionnel » de Lille. La pros- prostituées dans le quartier », « oui aptitution qui jusqu’à il y a peu paremment » ironise l’agent. Oui, perse cantonnait aux abords de l’Avenue sonne n’ignore leur présence dans du peuple belge tend le VL, on les croise soupeu à peu à se diffuvent en groupe ou seules ser dans tout le quarà l’affût de visiteurs du « IL Y A QUAND tier historique. La si- MÊME PAS MAL DE soir qu’elles arrêtent d’un tuation de Lille a cela signe de la main. Parmi les d’original : la prosti- PROSTITUÉES DANS rues et boulevards investution n’est pas reje- LE QUARTIER », « OUI tis par les prostituées, le tée à la périphérie de APPAREMMENT » territoire le plus inattenla ville, non, les fleurs du est sans doute celui se IRONISE L’AGENT de macadam poussituant entre un commissent au sein même sariat et le palais de jusdu quartier le plus huppé de Lille. tice ! Les soirs de pluie on peut même les croiser sous l’abribus « Palais de Les habitants du quartier en ont justice » attendant leurs compagnons l’habitude. Seringues, préservatifs d’un soir. Ironique, sans doute. usagés… chaque matin le trottoir se souvient d’elles. Croisée rue de l’EntreMalgré les interpellations polipôt, une nouvelle venue dans le quar- cières, elles reviennent toujours vers le tier s’étonne du fait que les prostituées VL et ce n’est pas sans raison. Les prospuissent exercer aux vues de tous sans tituées se sentent plus en sécurité dans être inquiétées. Un soir rentrant chez ce cadre résidentiel et commerçant

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qu’ailleurs. Selon les associations venant en aide aux prostituées, ce qu’elles redoutent plus que tout c’est, comme le souhaitent certains riverains, la relégation de la prostitution à la périphérie de la ville, dans des terrains vagues isolés ou dans le « Bois de Boulogne ». Ce n’est pas le bois parisien mais bien un parc lillois dont la réputation n’a rien à envier à son homologue de la capitale. Repaire des dealers, des toxicomanes et autres marginaux, les prostituées du Vieux-Lille le redoutent plus que tout. Une réponse au problème ne risque pas d’être trouvée du jour au lendemain, mais il est sûr que cacher la prostitution ou la rejeter pour ne pas ternir l’image d’un quartier n’est certainement pas une solution.

MERYEM M.

LE SCANDALEUX MAG’ - N°9 - PRINTEMPS 2010


INTERNATIONAL

DOUCH FROID Le massacre cambodgien des années soixante-dix est méconnu. A la tête des opérations, Kang Kech Leu, alias camarade Douch.

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UE SAIT-ON DU massacre cambodgien ? Sur les 7,7 millions d’habitants en 1970, entre 20% et 25% auront disparu à la fin du régime des khmers rouges. Nombreux sont morts de faim, beaucoup ont été fusillés arbitrairement mais derrière ces meurtres de « bonne guerre », se cache l’une des plus inhumaines machines à mort : le centre S-21. Le camarade Douch, son administrateur, comparait aujourd’hui devant les tribunaux

« Accusé levez-vous ». Kang Kech Leu, alias camarade Douch, s’exécute. Il n’a rien du Goebbels qu’on pourrait imaginer. La soixantaine bien entamée, il a la silhouette fine et l’expression chaleureuse d’un « papy gâteau ». D’ailleurs qui pourrait voir un criminel dans ce chrétien pratiquant retrouvé dans une association humanitaire d’aide aux sinistrés ? Le verdict va tomber. Douch ne s’attend pas à un miracle. Il avait reconnu sa faute dès le début, il s’était même repenti : « j’ai commis de très mauvaises choses auLE SCANDALEUX MAG’ - N°9 - PRINTEMPS 2010

paravant dans ma vie. Mon unique faute est de ne pas avoir servi Dieu. J’ai servi les hommes, j’ai servi le communisme. » Le juge annonce : « 40 ans ».

y ont séjourné étaient des agriculteurs, des ouvriers, des enfants. Douch administrait le centre avec une rigueur de chirurgien. Le détenu amené était d’abord photographié puis entassé par A presque 68 ans, une condam- terre le long d’autres prisonniers. Il nation de 40 ans n’avait pas le droit de de prison est une bouger, de parler. Il LE CENTRE S-21 AVAIT peine à perpétuise contentait de huit té. Pourtant, 40 ÉTÉ MIS EN PLACE DURANT cuillères de bouillie ans c’est symboli- LE RÉGIME COMMUNISTE DE de riz par jour pour quement peu. Julie POL POT, ENTRE 1975 ET se nourrir. Puis veAmero, une instinait la torture : tout tutrice américaine, 1979. IL AVAIT POUR BUT suspect est coupable a été condamnée DE SUPPRIMER LES TRAÎTRES pour les khmers et à une peine de pri- DU PEUPLE le centre est là pour son de 40 ans pour fournir des preuves. avoir montré des On avoue n’imimages pornographiques à des enfants. porte quoi pour faire cesser le supLe Douch, lui, est responsable de la mort plice. Douch notait les aveux sans état d’entre 16 000 et 20 000 innocents. d’âme. Et clôturait le dossier par une photo du prisonnier mis à mort. Seuls Le centre S-21 avait été mis en les dossiers de sept survivants n’ont place durant le régime communiste pas été bouclés. Alors, au regard de de Pol Pot, entre 1975 et 1979. Il avait l’histoire, 40 ans c’est peut-être court. pour but de supprimer les traîtres du ■ EDGAR M. peuple : les intellectuels, les espions, les fascistes… Mais les personnes qui

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SOCIÉTÉ 

Ce qu’on ne vous dit pas sur l’écologie A mesure que l’hystérie médiatique autour du réchauffement climatique grandit , le débat qui y pour verser dans le dogmatisme des plus fanatiques. Mais à qui profite le crime ?

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VACUONS D’EMBLÉE TOUTE suspicion : il est indispensable qu’une coopération d’ordre environnementale soit mise en place entre les pays, et ce afin de préserver notre planète.

Mais loin de constituer une simple inquiétude face à un danger potentiel, l’écologisme né au tournant des années 2000 entend passer à la vitesse supérieure : armée de ses prophètes et de ses apôtres, cette nouvelle religion nous impose la vision du monde qui est la sienne.

balayées d’un revers de main comme donnant dans la « théorie du complot », tandis que des dissidents sont régulièrement châtiés par l’Inquisition de la Pensée Unique. Le problème c’est que cette démarche entend sauver nos petits-petits-petits enfants en offrant nos libertés en sacrifice au grand dieu Klimha. Car personne n’est dupe, les mesures qui seront prises dans les mois ou années à venir ne déboucheront que sur des nouvelles taxes, de nouveaux interdits. Le contribuable-consommateur occidental, accablé par sa culpabilité, n’aura pas d’autre choix que celui de passer à la caisse afin d’aller sauver le tiers monde, enrichissant un peu plus au passage les dictateurs locaux.

Son dogme ? Celui de l’action dévastatrice de l’homme (occidental de préférence, question d’habitude) sur son environnement qui s’apparente de plus en plus à un péché originel. La prétendue imminence du danger per- Mais pourquoi une telle machination ? met désormais d’asséner cette hypo- Je dirais tout d’abord que l’hystérie clithèse comme une vérité absolue, mato-écoloalors qu’aucun fait scientifique gique permet CETTE DÉMARCHE ENsérieux ne vient l’appuyer. On de ne pas poest bien entré dans le domaine TEND SAUVER NOS PEser le prode la foi, de la croyance, et tout TITS-PETITS-PETITS ENblème tabou avis contraire est aussitôt consi- FANTS EN OFFRANT NOS de la surpodéré comme hérétique et traité pulation LIBERTÉS EN SACRIFICE comme tel. Les récentes révélamondiale. tions du Wall Street Journal ré- AU GRAND DIEU KLIMHA. 7 milliard vélant des manipulations au sein d’habitants de l’Université d’East Anglia visant à en 2010, 9 milliard en 2050, c’est cersoutenir la thèse officielle ont ainsi été tainement beaucoup trop pour notre

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planète qui commence à saturer. Dans ce domaine, des résultats sont possibles à des échéances brèves, sans avoir à se projeter dans un futur que personne ne pourra voir se réaliser (là réside peut-être le problème), comme le révèlent les Nations Unies dans un rapport émanant de son fonds pour la population, le UNFPA. La malnutrition, l’éducation des femmes, la limitation des naissances sont des problèmes concrets ne semblant pourtant pas intéresser nos dirigeants puisqu’aucun d’eux ne s’est rendu au dernier sommet sur l’alimentation en novembre dernier à Rome.

On peut également considérer que cette menace agitée au niveau global permet de nous détourner de nos problèmes bassement nationaux, tout en allant dans le sens de la conception de l’être humain comme « citoyen du monde », détaché de toute identité. Essayer de protéger sa région ou son pays sera immanquablement vu comme un égoïsme des plus primaires dès lors que c’est la survie de l’espèce humaine qui est mise dans la balance . Cette propagande a enfin un but d’ordre commercial basé sur le binôme peur-culpabilisation. L’homme occidental, montré du doigt pour avoir poussé le monde à la catastrophe, qui LE SCANDALEUX MAG’ - N°9 - PRINTEMPS 2010


est lié s’éloigne de la raison est le seul à avoir la possibilité de consommer, se voit proposer une nouvelle génération de produits lui permettant de continuer à profiter de son pouvoir d’achat, tout en soulageant sa conscience. De nombreuses multinationales ne se privent pas d’actionner ces leviers pour vous filer une nouvelle voiture « propre» ou des voyages « ecofriendly » qui sont, soit dit en passant , les premières choses auxquelles il faudrait renoncer si une volonté sérieuse de sauver quoi que se soit existait vraiment. Il apparaît assez clairement pour qui veut bien ouvrir les yeux que le fantasme de l’auto-éradication de l’espèce humaine, sorte de jugement dernier des temps modernes, n’est qu’une illusion de plus destinée à maintenir l’occidental dans sa condition de consommateur docile , à l’heure où la mondialisation à marche forcée tend à le tiers-mondiser. Cela fait 30 ans que nous n’en avons plus que pour 10 ans, et on peut rester rêveur quant à l’espérance de vie de la combine, chaque évènement naturel spectaculaire étant l’occasion d’agiter le chiffon rouge du réchauffement climatique, comme si l’on redécouvrait chaque année les cyclones, la sécheresse ou même la chaleur en été ! D’ailleurs vous n’avez pas un peu chaud là ?

MATHIEU K.

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DOSSIER

LA FACE CACHÉE

DES MÉDIAS La sclérose

L

E 23 OCTOBRE 2009, Axel Duroux annonce sa démission de la direction générale de TF1, cinq semaines seulement après sa nomination. Pourquoi un homme de talent (la façon avec laquelle il a redressé RTL entre 2005 et 2009 le prouve) est-il parti si vite ?

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La presse (Le Monde, 24 octobre) évoque les différends avec le P.-D.G., Nonce Paolini. Ceux-ci ont certainement joué, mais à la marge. Dans le fond, Duroux a été victime de l’incapacité des grands médias à se renouveler, à retrouver une ambition. Ceux-ci souffrent d’une véritable

sclérose.

Aseptisation et recyclage Première tendance : l’aseptisation. Poils à gratter de toutes sortes ont été évincés. Place au lisse, au consensuel. L’exemple le plus flagrant est certainement Charlie Hebdo. Temple historique LE SCANDALEUX MAG’ - N°9 - PRINTEMPS 2010


LA FACE CACHÉE DES MÉDIAS de la satire et du mauvais goût, cet hebdomadaire ouvre aujourd’hui volontiers ses colonnes à Bernard-Henry Lévy. Dans un autre registre, Le Monde, “quotidien de référence”, pour qui tout changement est vécu dans la douleur de ses dirigeants, a bien entrepris de limoger ses éléments perturbateurs (Daniel Schneidermann, en 2003).

- DOSSIER

di de Canal+, Dassault édite Le Figaro de TF1, estimait que “le métier de TF1, et la moitié de la presse locale, Lagar- c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à dère contrôle Europe 1, Paris Match, vendre son produit”. Cette phrase, aussi et est actionnaire du Monde à hauteur cynique soit-elle, a le mérite de la clarde 20%, Rothschild a té et ne trompe racheté Libération... personne. Il LA PRÉCARITÉ DE L’EMPLOI Même L’Humanité est faut plaire à la DES PROFESSIONS DU JOURfinancé par Bouygues “ménagère de et Lagardère ! Hyper- NALISME, ET DE L’AUDIOVImoins de 50 présentes dans les SUEL EN PARTICULIER, ENans” et rendre La télévision n’est pas en reste. À grandes sphères écoTRAÎNE NÉCESSAIREMENT UNE son cerveau la tête des journaux du service public, nomiques, en lien per“disponible” Bruno Masure, Claude Sérillon et Au- manent avec le pou- “PROPENSION AU CONFORpour qu’elle drey Pulvar, qui présentaient un sem- voir politique, ces MISME” soit réceptive blant d’impertinence, ont été rempla- grandes entreprises aux messages cés par David Pujadas et Marie Drucker, cadenassent la direcp u b l i c i t a i re s plus consensuels et à la plastique “zéro tion éditoriale de leurs diffusés pendéfaut”. À Arrêt sur images (France 5) médias. Pas d’enquêtes dérangeantes, dant les programmes. a succédé Médias, le magazine, animé pas de programme “novateur”, où les par le bien lisse Thomas Hugues. dérapages pourraient avoir lieu : tout Il est difficile de nommer expresséest contrôlé jusqu’au bout des ongles. ment un (ou des) responsable(s). C’est Autre phénomène d’ampleur, qui un ensemble d’éléments qui provoque symbolise mieux encore cette paralyLa structure sociale de ces médias cette sclérose, cet immobilisme. Néansie : le recyclage. Un bref coup d’oeil ne fait qu’aggraver cette situation : la moins, on peut estimer que le “quaaux “nouveautés” de TF1 suffit à s’en précarité de l’emploi des professions trième pouvoir”, comme est parfois persuader : La Roue de la fortune, Le du journalisme, et de l’audiovisuel en surnommé le milieu médiatique, est Juste Prix et Tournez Manèges ! Belle particulier, entraîne nécessairement de fait muselé. Alors, à qui profite le ambition. Pour se transformer, la une “propension au conformisme”, crime ? Les hautes sphères politiques presse écrite lance des suppléments pour reprendre les mots de Pierre et économiques sont plutôt satisfaites novateurs : Libération lance NEXT, Bourdieu (Sur la télévision, 1996). de cette situation : les médias rendent “magazine tendance” et joli catalogue L’idée, c’est que “si vous ne correspon- compte de leurs faits et gestes sans les de pubs. Mais le meilleur reste à ve- dez pas à ce qu’on attend de vous, beau- analyser, ni les critiquer. nir : L’Humanité lance... L’Humanité-Di- coup de gens sont prêts à prendre votre manche ! Oui, comme le place”. C’est Mais attention, cette sclérose ne desupplément des années le principe de vient dangereuse pour les grands méPAS D’ENQUÊTES DÉRAN60. Au moins, les nos“l’armée de ré- dias que lorsque des concurrents, plus talgiques seront ravis. GEANTES, PAS DE PROserve”, et celui- souples, entrent en scène. Les chaînes Prise de risque nulle. GRAMME “NOVATEUR”, OÙ ci est appliqué de la TNT n’ont pas besoin d’être talenEnfin, les jeunes jour- LES DÉRAPAGES POURRAIENT à plein dans tueuses pour tailler des croupières aux nalistes ne sont quale monde mé- chaînes historiques : celles-ci se laisAVOIR LIEU : TOUT EST siment jamais mis en diatique. Ainsi, sent faire. Pourtant, un véritable renouavant : Alain Duhamel, CONTRÔLÉ JUSQU’AU BOUT cette fameuse veau médiatique a lieu sur Internet : toujours éditorialiste DES ONGLES. “ a u to c e n s u re ” Rue89, Mediapart, @rrêt sur images politique sur RTL, se des journa- profitent d’un lectorat insatisfait des gausse d’avoir chronilistes, produc- médias traditionnels. Mais le problème qué toutes les élections teurs et direc- de cette nouvelle presse est financier : présidentielles depuis 1965. teurs de chaîne est une réalité, et ses quasiment tous déficitaires, ces nouconséquences touchent l’ensemble des veaux médias ne sont pas encore parConflits d’intérêt et “armée de ré- grands médias, d’où la sclérose. venus à trouver un modèle éconoserve” mique viable. Il reste donc du chemin Les raisons de cet immobilisme ? Dernière pression : la publicité. à parcourir avant d’accomplir cette La première est évidente, mais se doit C’est l’unique source de financement grande réforme médiatique. Espérons d’être rappelée : c’est la question des pour bon nombre de médias (tous seulement qu’elle soit en marche. conflits d’intérêt. Tout grand média est les gratuits). Ainsi, les différents insdétenu ou, au moins, financé par des truments médiatiques suivent les ■ VALENTIN F. grands groupes multinationaux : Bou- consignes implicites des diffuseurs de ygues est propriétaire de TF1, Viven- publicité. Patrick Le Lay, ex-Président

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DOSSIER - LA FACE CACHÉE DES MÉDIAS  INTERVIEW :

Daniel

SCHNEIDERMANN Journaliste, chroniqueur, animateur de télévision et écrivain, Daniel Schneidermann ne vous est certainement pas inconnu. Né en 1958, il débute au Monde en 1979, où il est entré après un passage au Centre de Formation des Journalistes de Paris. Il est devenu grand reporter en 1983, puis chroniqueur médias, toujours dans le “quotidien de référence”. En 1994, il lance Arrêt sur images sur La Cinquième, émission de décryptage des mécanismes télévisuels, supprimée avec fracas en 2007. Il a depuis lancé son site Internet, @rrêtsurimages.net, qui reprend le concept de l’émission. Il est l’un des grands spécialistes du fonctionnement des médias en France, et a écrit de nombreux livres à ce propos, notamment Le Cauchemar médiatique. Dans le cadre de son dossier sur les médias, Le Scandaleux Mag’ a souhaité le rencontrer. À propos de votre parcours, qu’est- Donc j’ai effectivement sauté dans le ce que le travail de journaliste premier avion, je suis arrivé en Nouau Monde a pu vous apprendre ? velle-Calédonie, à Nouméa et là, je vais Ce que ça m’a appris ? Le métier, et aus- voir mes contacts et leur demande : si la manière dont l’information est fa- “Alors, comment ça va, après ces briquée, si vous voulez. C’est parce que émeutes terribles qui se sont passées il j’ai d’abord été reporter, c’est-à-dire y a trois jours ?”. Et les gens me disent : que j’ai participé à la fabrication de “Mais quelles émeutes ?”. Effectivel’information, dans un grand journal, ment, ce qui avait été vu en métropole que j’ai eu ensuite envie d’en faire mon champ d’étude : étudier la manière dont l’information se fabriquait. comme des émeutes absolument terribles à cause du pouvoir grossissant C’est à ce moment que vous deve- de la télévision, avait été vécu sur place nez chroniqueur médias au Monde... comme des incidents banals. Du coup, Oui, exactement, je suis chroniqueur ça m’a fait réfléchir à la manière dont médias parce que je suis d’abord de- une scène relativement anodine et bavenu reporter. C’est même né d’une nale, quand elle passe à travers le filtre expérience très précise : je couvrais des médias, et notamment à travers ceà l’époque la Nouvelle-Calédonie, un lui du journal télévisé, peut être extrêterritoire français du Pacifique. Au dé- mement exagérée et vécue comme un but des années 1980, ce territoire était événement très important. C’est cela en proie à des troubles, des émeutes. qui m’a donné envie d’explorer ce qu’il Donc j’y allais régulièrement. Et un jour, y avait “entre les deux”, entre la scène j’étais en métropole, la rédaction en et sa représentation médiatique. C’est chef m’appelle et me dit : “Il faut abso- une des choses qui ont fait que je suis lument que tu retournes en Nouvelle- devenu ensuite chroniqueur télé. Calédonie, tu prends le premier avion, il y a eu des émeutes absolument ter- Par la suite, vous décidez de traribles, les images à la télévision sont vailler à la télévision, celle que terribles, on a vu des policiers frapper vous analysez dans Le Monde. Un des manifestants noirs, des femmes, dernier mot sur votre parcours : des enfants, c’est absolument horrible, ces treize ans d’expérience téléviil faut que tu y repartes tout de suite.” suelle, qu’ont-ils apporté de neuf ?

Une expérience totalement schizophrène, puisqu’on se retrouvait à analyser l’image de télé en produisant nousmêmes des images de télé. Quand on fait une émission de plateau où on discute avec des gens, on produit une image de télé. Le fait d’analyser la télé à la télé a été à la fois la limite de l’expérience, parce que nous nous sommes heurtés aux contraintes du média, de la même manière que les journalistes du journal télévisé de France 2 se heurtent aux contraintes. Il fallait faire vite, on avait un délai ; il fallait faire tenir l’émission dans un temps réglementaire, c’était 52 minutes, ça ne pouvait pas être 53. Il fallait trouver des invités, chaque semaine, différents si possible. Donc on s’est à la fois heurté aux contraintes du média, ça a été notre limite, et en même temps, le fait de s’y heurter a aussi enrichi notre travail d’analyse, parce qu’on n’est plus seu-

« J’ai voulu étudier la manière dont l’information se fabriquait »

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« CE QUI AVAIT ÉTÉ VU EN MÉTROPOLE COMME DES ÉMEUTES ABSOLUMENT TERRIBLES À CAUSE DU POUVOIR GROSSISSANT DE LA TÉLÉVISION, AVAIT ÉTÉ VÉCU SUR PLACE COMME DES INCIDENTS BANALS »

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DOSSIER

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DOSSIER - LA FACE CACHÉE DES MÉDIAS  lement analysé de l’extérieur, mais de l’intérieur. On a vu de l’intérieur à quoi ressemblaient les rouages de la machine.

Comment avez-vous eu l’idée de continuer l’aventure d’Arrêt sur images sur le Net ? Ce n’est pas moi qui en ait eu l’idée, ce sont les internautes. Quand l’émission a été supprimée à la télévision, je me suis dit que le système médiatique n’en voulait plus. Honnêtement, je ne voyais pas très bien comment continuer... Je n’avais pas spontanément pensé à

Certains grands médias, et je pense à la revue de presse de France Inter, refusent de citer des sites Internet tels que Bakchich. Qu’en pensez-vous ? Ils sont plus impertinents, plus virulents, ou est-ce la nouveauté qui fait peur ? Je ne sais pas s’ils ne sont pas sérieux : en général – on est bien placé ici, puisqu’on observe tout ça –, quand une énorme connerie est dite, elle est plutôt dite dans un média traditionnel que dans un nouveau média. On a plus souvent pointé des grosses erreurs dans des médias traditionnels : l’annonce à

« Les émissions qui sont censées critiquer la télévision sont faites par des gens qui ont baigné dans le système médiatique... » Internet, parce que je ne voyais pas très bien quel pouvait être le modèle économique. À l’époque, il n’y en avait pas et c’est toujours très difficile aujourd’hui, mais à l’époque il y en avait encore moins. Et il y a eu une pétition, lancée par des internautes, que je ne connaissais absolument pas. Je l’ai vu recueillir 50 000, 100 000, 150 000, 180 000 signatures : là, je me suis dit que tout ce monde-là pouvait être le socle d’une base d’abonnés pour un éventuel site, qui reprendrait le travail de l’émission. Finalement, c’est l’élan des internautes eux-mêmes qui m’a fait penser que le coup pouvait être joué.

tort de la mort d’un enfant, ou d’une personnalité. On a plus souvent, malheureusement, ce genre de bavures dans les radios traditionnelles...

Vous faites référence à l’annonce de la mort de Pascal Sevran, sur Europe 1... Sevran sur Europe 1, l’annonce à tort de la mort d’un enfant sur TF1, ce genre de choses. Il y en a en permanence. S’il y en avait sur Bakchich, ou Rue89, on les signalerait aussi, nous. On n’est pas lié par une solidarité corporatiste avec les nouveaux médias.

Au début, à Arrêt sur images, vous aviez décidé de critiquer la télévision à la télévision. Est-il encore possible de le faire aujourd’hui ? Techniquement, oui. De fait, non, puisque ça ne se fait pas. Les émissions qui sont censées le faire sont faites par des gens qui ont baigné dans le système médiatique... Vous faites référence à quelles émissions ? Par exemple, Thomas Hugues, Médias, le magazine, sur France 5. C’est un très bon journaliste, mais qui a été joker du 20 heures de TF1, qui a présenté Sept à huit, qui a baigné dans le système audiovisuel et qui, en outre, y baigne encore économiquement, puisqu’il est patron d’une boîte de production, qui produit pour les chaînes de télévision [StoryBox Press, NDLR]. Il paraît évident qu’il ne peut pas trop se fâcher avec ses commanditaires. Est-ce qu’aujourd’hui, vous voyez Internet comme une bulle qui supervise les médias, et qui permet d’en faire une critique externe ? Quand on est sur Internet, on n’est pas dans le système médiatique traditionnel, c’est sûr. Interne ou externe ? On est interne dans la mesure où on est journaliste – je suis journaliste, j’ai une carte de presse, les gens qui travaillent ici sont journalistes, ils ont une carte de presse. Ils ont tous travaillé dans des médias plus ou moins traditionnels – bien que ça dépende des parcours, ils sont encore assez jeunes. Ils sont internes, dans cette mesure, à la logique journalistique. Cela dit, sur un site comme le nôtre, on est pour le coup totalement extérieur au système, puisqu’on n’est lié à personne, à aucun journal, à aucun groupe. Nos seules ressources, ce sont les abonnements. Tout-à-l’heure, je vous disais que sur France 5, on était dans le système mais on critiquait le système, on était un peu schizo ; là, on est totalement en dehors du système des médias traditionnels... Je vais maintenant faire référence à une vieille affaire, qui vous est peut-être douloureuse, celle de votre controverse avec Pierre Bourdieu. Je rappelle les faits : en décembre 1995, lors des grèves des cheminots contre la réforme des re-

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« Le journalisme d’opinion, c’est une grande tradition française. C’est comme ça depuis le XIXe siècle. » traites “Juppé”, Bourdieu prend officiellement position en faveur des grévistes. Il est invité sur le plateau de La Marche du siècle, émission de Jean-Marie Cavada, directeur de La Cinquième à l’époque. Bourdieu estime qu’il n’a pas eu suffisamment de temps de parole ou que le dispositif ne lui était pas favorable. Vous l’invitez au mois de janvier 1996, en compagnie, notamment, de JeanMarie Cavada. Vous avez été très critiqué, notamment par Bourdieu, qui a là aussi estimé que le dispositif d’Arrêt sur images ne lui était pas favorable. Treize ans après cette affaire, avec le recul, l’expérience supplémentaire que vous avez acquis, est-ce que votre position a changé, notamment sur le fait que la télévision n’était pas capable de critiquer la télévision ? Non : je l’ai fait pendant treize ans ! Si j’avais estimé que ce n’est pas possible, je pense que je m’en serais aperçu et que je l’aurais arrêté avant. Je pense que c’était possible, avec les liLE SCANDALEUX MAG’ - N°9 - PRINTEMPS 2010

mites que je vous ai dites. On connaît les mêmes contraintes – pas tout-àfait les mêmes, parce qu’il y a aussi des contraintes qu’on se met, des contraintes qu’on ne se met pas –, des contraintes comparables à ceux qui font le 20 heures de TF1 ou France 2. Je suis désolé, mais treize ans après, je persiste et signe, la télévision est un outil possible pour critiquer la télé. Il a des limites – mais tous les outils ont des limites. La presse écrite a des limites, Internet a des limites. (…) Bourdieu a dit : “Je n’ai pas pu parler”. En tant qu’animateur, je réponds que j’estime qu’il a pu parler autant qu’il a sou haité parler. Après, c’est à chaque télés pectateur de se faire son opinion.

N’avez-vous pas eu, malgré tout, à ce moment, l’impression d’avoir été grisé par cette appartenance au monde audiovisuel ? Non.

Non, jamais ? C’est quoi, le “monde audiovisuel” ? (silence)

Comment le définir ? L’ensemble des gens qui travaillent à la télévision, en quelque sorte. Vous n’avez pas l’impression que ça formait un ensemble cohérent ? Si, il y a des éléments de cohérence très forts. Ce sont souvent des gens qui pensent de la même manière, des gens qui se fréquentent, en dehors du boulot. Si on faisait un peu de sociologie à la Bourdieu, on pourrait dire qu’ils ont les mêmes loisirs, qu’on les retrouve souvent dans les mêmes restaurants, qu’ils habitent les mêmes quartiers. On pourrait dire tout ça. Moi, je ne vais jamais dans les restaurants où ils vont, je n’habite pas les quartiers où ils habitent... Estimez-vous qu’il y a encore des espaces de liberté importants sur les médias traditionnels ? Le service public, notamment. Non. Aujourd’hui, en tant que consommateur de médias, lecteur, téléspectateur, en tant que consommateur d’information, j’ai quand même basculé. C’est-à-dire que s’il fallait faire une es-

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DOSSIER  timation au poids, je dirais que je m’in- typique : le départ de Françoise Deforme pour 70% dans les nouveaux gois, journaliste politique, pour aller médias (sur les sites, sur les blogs, travailler avec Ségolène Royal en nodans les forums...) et pour 30% dans vembre 2009. Elle était journaliste les médias traditionnels (lecture du politique à Inter pendant de longues journal, 20 heures...). années, elle Il n’y a pas photo. « FAIRE DU JOURNALISME OU était chargée J’apprends mille fois du PS, elle a plus de choses dans S’ENGAGER POLITIQUEMENT, par ailleurs les nouveaux médias, C’ÉTAIT LA MÊME CHOSE » co-écrit un je les apprends plus livre avec Sévite, elles sont dites golène Royal avec un ton plus libre que dans les mé- il y a un an ou deux... Je trouve que dias traditionnels. c’est une information extrêmement gênante pour la rédaction de France InMais vous n’avez pas l’impression ter. C’est l’aveu rétrospectif que la jourd’avoir du journalisme d’opinion naliste qui s’occupait du PS à France sur Internet ? Inter était totalement de parti pris. Si, beaucoup. C’est même la domi- Qui traite ça à la matinale de France nante. Il y a bien plus de journalisme Inter ? Stéphane Guillon. Comme si d’opinion que de journalisme de fait. c’était un truc rigolo. Mais c’est pas Mais le journalisme d’opinion, c’est un truc rigolo ! Enfin, ça peut être une grande tradition française. C’est un truc rigolo mais ça ne l’est pas : comme ça depuis le XIXe siècle. ça pose un problème d’impartialité journalistique, ça pose plein de quesSeulement une tradition française ? tions qui ne sont pas des questions Oui, parce que je m’oppose au journa- rigolotes ! En même temps, on comlisme anglo-saxon qui est bien davan- prend bien l’embarras des journalistes tage un journalisme de fait. Il y a, en de France Inter, tout le monde regarde tout cas, un culte du fait, qui n’effleure ses chaussures... Mais enfin, pourquoi pas le journalisme latin, et notamment confier ça à l’humoriste ? français. Ce n’est pas mon préféré, le journalisme d’opinion. Je trouve que ce Pourtant, le fait de “franchir la ligne qui manque, surtout, au journalisme jaune”, de passer du monde jourfrançais, ce sont des faits. Mais on ne nalistique au monde politique, est le refera pas, le journalisme français, courant. Dès l’élection de Nicolas c’est pour beaucoup un journalisme Sarkozy, Catherine Pégard, alors d’opinion. Et aujourd’hui, ce journa- chroniqueuse politique au Point, a lisme d’opinion, il est sur Internet. On intégré le cabinet de Nicolas Sarkoa des blogs... Ce qui est marrant, c’est zy, où elle travaille toujours. Vous en de voir la manière dont ça s’influence receviez trois sur votre plateau le 24 et dont ça déteint. Un des interviewers novembre 2009. Qu’est-ce que ça répolitiques vedettes aujourd’hui, Jean- vèle, chez les journalistes ? Michel Aphatie, se lâche plus, je trouve, Ce que je vous disais : la force de la tramême dans ses interviews tradition- dition française du journalisme d’opinelles. Il joue moins la fausse neutrali- nion. J’étais très frappé par l’interventé, il laisse plus transparaître ses opi- tion de Thierry Pfister, qui était sur ce nions – parce qu’il a des opinions très plateau, qui a été un des grands jourtranchées... nalistes politiques des années 1960 et 1970, qui a été un des journalistes L’impertinence à la télévision, dans de référence sur le PS. Il nous disait les grands médias, qui en est en que, finalement, faire du journalisme charge aujourd’hui ? ou s’engager politiquement, c’était la Qui devrait l’être ? Tout le monde. Qui même chose : c’est essayer de contril’est ? C’est souvent délégué aux humo- buer à améliorer les choses dans la ristes. Quand il y a un truc emmerdant, cité, c’est vouloir participer à la vie une information un peu gênante, c’est de la cité... Je suis en désaccord comquand même souvent délégué aux hu- plet avec ça. Je pense que ce n’est pas moristes. Vous preniez l’exemple de la du tout la même chose. Je pense que matinale d’Inter : prenons un exemple ce sont vraiment deux métiers totale-

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ment distincts – et qui doivent le rester. Mais je suis bien obligé de constater la force de cette tradition française.

Pour vous, ça s’explique par une tradition historique et culturelle. Oui, bien sûr. Ça s’explique par le fait que, quand la presse populaire naît au XIXe siècle, elle naît dans l’antichambre des Princes. Elle est financée par la cour des Princes, qui y voit un instrument de manipulation, d’influence... Elle sort de la cuisse du politique. À la différence de la presse américaine qui est financée par les capitalistes. Mais qui n’est pas moins subjective... Différemment : elle est en tout cas beaucoup moins consanguine avec le pouvoir politique.

■ PROPOS RECUEILLIS PAR VALENTIN F.

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LA FACE CACHÉE DES MÉDIAS

- DOSSIER

Blogmania, une pandémie La blogmania, véritable phénomène, rassemble exhibisionnistes et voyeurs du net. Elle nous offre un bien triste spectacle « culturel ».

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LLE TOUCHE TOUTES les couches de la société, de l’entreprise multinationale à l’écologiste militant en passant par l’individu lambda. Généralement utilisé pour partager des expériences, mettre à disposition des recettes, dévoiler la vérité sur certains sujets, le blog s’est ancré progressivement dans la société. Je me suis intéressé par-dessus tout aux blogs écrits par des individus, âgés entre 12 et 30 ans, dont le seul but est de parler d’eux. Ceux-ci sont à mes yeux les créatures les plus intrigantes que la Terre ait créées. Ce nouveau phénomène à la mode qu’est le journal intime diffusé sur le net et accessible pour des millions de personnes attire mon attention. En effet, ce qui me surprend c’est la double tendance qui s’entretient dans ce mouvement. D’un côté, des personnes qui n’auraient jamais eu l’opportunité d’écrire se jettent à corps perdu dans l’histoire de leur vie. Des moments inintéressants, des citations LE SCANDALEUX MAG’ - N°9 - PRINTEMPS 2010

d’auteurs célèbres déposées sans au- rien d’extraordinaire. En enlevant les cune réelle réflexion, des photos qui ne faits superficiels et inutiles qui jonconcernent qu’eux… Ces gens-là sont chent le blog, on obtient une vie qui a tout bonnement des exconnu tout au plus quelques hibitionnistes. Ils ont ce « RÉSUMER UNE jours de plaisir voire de bonbesoin incessant de se heur pour les plus chanceux. montrer aux autres, de se VIE EN QUELQUES Une telle supercherie pavaner afin de recueillir PAGES N’A RIEN me laisse de marbre. Ne une reconnaissance, qui D’EXTRAORDIvoyez-vous pas ici la calomsoit dit en passant ne nie ? Ce n’est pas une déNAIRE.» sera qu’éphémère. Mais mocratisation mais seulele caractère malsain n’a pas encore at- ment une libération désordonnée et teint son paroxysme. En effet, de l’autre incontrôlée d’un bien précieux qu’est côté, les voyeurs se révèlent… Ces in- l’écriture. Laissez donc aux écrivains dividus qui restent cloués devant leur cette tâche qui leur incombe, et arrêécran d’ordinateur pour admirer et se tons là le massacre de notre si belle délecter de photos durant des heures. langue. Trouver une citation de RousJe me demande simplement ce qui peut seau entre deux commentaires émis pousser la société à de telles incongrui- à propos d’une soirée lamentable me tés. Je vois déjà ce jeune homme tota- laisse perplexe. On se demande bien lement ébahi devant un tel spectacle ensuite pourquoi certains déclarent cherchant tant bien que mal à s’appro- outre-atlantique la mort de la culture prier une vie qui n’est pas la sienne. française. Il est évident qu’entre la suMais qu’est-ce que ces blogs ont de prématie de la pseudo-culture amérisi génial pour qu’un tas d’inconscients caine dans notre pays et la dégradas’y intéresse ? Il ne faut pas oublier que tion de notre patrimoine au travers résumer une vie en quelques pages n’a des blogs nous ne sommes pas aidés…

ADRIEN M.

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DOSSIER 

Photoshop Disaster Citoyenneté, dignité, mode et politique : quand le net lance le débat.

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L Y A quelques mois de cela, nos cours douteux et plein de bons senélus, Valérie Boyer en tête (UMP), timents pour ne se contenter que de s’agitaient autour de la question l’évidence de l’image. Oui, en effet, au du modèle de maigreur imposé delà des erreurs absurdes d’un cheaux jeunes filles par les images val à huit pattes ou d’un mauvais republicitaires. L’absence de certitudes flet, quelques constantes se détachent : quant aux causes de un mannequin de Ralph l’anorexie mentale Lauren, Filippa HamilÀ TRAVERS TOUTES (sachant que le phéton, amaigri et difforme, nomène date du XIXème CES IMAGES, SE DESWhitney Houston et Masiècle, alors que l’idéal SINE UN BIEN VILAIN donna retrouvant le corps féminin était tout en PORTRAIT DE NOTRE de rêve de leur prime jeurondeur) a malheunesse, ou encore Microreusement transfor- SOCIÉTÉ. soft qui «blanchit» les mé cette question de Afro-américains dans ses société en un débat publicités polonaises… d’intuitions. Ils ont pris en cela le relais Constantes qui mettent mal à l’aise et des mouvements féministes, d’artistes interrogent. Photoshopdisasters lance comme Oliviero Toscani (photographe les pavés dans la mare. Attention cede Benetton et Nolita), mais aussi pendant à ne pas le croire plus implide sites dits «de salubrité publique» qué qu’il ne l’est vraiment… Il lance la comme Photoshopdisasters. polémique, mais il est à la charge des internautes de prendre le relais ; n’ouPhotoshopdisasters : rendez vous blions pas que le site est hébergé par de geeks plutôt sympathique qui Google (Blogspot), qui supprime systourne au ridicule les équipes de pub tématiquement tout contenu faisant de grandes marques et les stars qui se l’objet d’une procédure DMCA (Digital réinventent une silhouette, ce site a Millennium Copyright Act) -ce fut nol’avantage de nous épargner tout dis- tamment le cas pour les photos non re-

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touchées du dernier album de Madonna et des publicités de Ralph Lauren.

On ne peut pourtant lui retirer ce mérite : à travers toutes ces images, se dessine un bien vilain portrait de notre société. Une vérité toute nue, qui se passe des nuances et atténuations du langage, et qui nous renvoie à nos travers. Car à n’en point douter, si les pays industrialisés se targuent d’être les libérateurs de la femme moderne, ils n’en sont pas moins ceux qui entretiennent cette image d’éternelle jeunesse, d’éternelle maigreur, au mépris de la dignité et de la santé même. Mais aussi pertinente que puisse être l’intuition de Mme Boyer, légiférer n’est peut être pas la solution la plus efficace, comme en témoigne le bannissement par la RATP de l’affiche du film «Gainsbourg, vie héroïque», bel exemple de dérive de la lutte contre le tabagisme.

MANDELA G.

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LA FACE CACHÉE DES MÉDIAS

- DOSSIER

« Miroirs déformants »

Les hommes sont corrompus, la justice est vénale ; qu’importe, la caricature préfère en rire !

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U PLUS FORT de la crise, elle peindra le drame avec les couleurs du grotesque. Avec peu de mots et une déconcertante économie de moyens la caricature grave dans les esprits le portrait distordu du politique (personnage qu’elle épingle le plus volontiers) pris en faute. Impitoyable, elle exagère les défauts pour mieux accuser. Arme redoutable, elle est paradoxale ; grossière, c’est sans tact qu’elle pointe un doigt dénonciateur ; naïve, elle fait fi de tout artifice diplomatique ; subtile, c’est avec perspicacité qu’elle dresse le tableau des torts de l’homme publique. Usant de symboles et codes évidents la caricature adore les stéréotypes car elle est partisane, et si son évolution est tributaire de l’essor de l’imprimerie, les traits caricaturés, eux, restent les mêmes : injustices, manipulations, incohérences, népotisme... et tous ces petits travers qui nous rendent gais même les politiques les plus fades et les plus soporifiques.

Dès l’origine, elle a une portée sociale LE SCANDALEUX MAG’ - N°9 - PRINTEMPS 2010

et contestataire : elle est un des fers de interdit. Une rumeur voudrait que la lance des Républicains au XIXème siècle une du 16 novembre 1970 de l’hebavec Daumier, des partisans de la laïcité, domadaire Hara-Kiri, « Bal tragique ou encore de l’anticléricalisme qui met à Colombey : un mort », en référence volontiers en scène au décès du général de les débauches, l’obscuGaulle par le biais d’une ALORS PEUT-ON rantisme ou la stupidiparodie d’un fait divers, té supposés du clergé. RIRE DE TOUT ? OUI, ne soit pas sanctionné. Cependant elle servira MAIS PAS AVEC TOUT On se souvient également aussi à défendre des du tollé provoqué par les positions antisé- LE MONDE, COMME LE fameuses « caricatures mites lors de l’Affaire REMARQUE PIERRE de Mahomet » parues en Dreyfus... Alors peut- DESPROGES 2005 dans le journal daon rire de tout ? Oui nois Jyllands-Post, ainsi mais pas avec tout le monde comme le que les menaces de morts visant les caremarque Pierre Desproges. C’est pour ricaturistes... cela qu’en période de censure, comme au 17ème siècle, la caricature use d’un Il n’est jamais très plaisant d’être langage codé truffé de métaphores et de caricaturé mais par renversement, jeux de mots latins opaques aux yeux l’homme public en mal de reconnaisdes profanes... sance se réjouira malgré tout. Quoi de plus promoteur que le tapage pour une Cependant, les journaux satiriques font carrière ? Tant que l’on fait un peu atsouvent les frais de leur témérité : l’heb- tention à moi... domadaire « La Caricature » crée par Charles Philippon et Balzac dans les années 1830 eut sept procès et risqua ■ ANGELA F. quatre condamnations, pour enfin être

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CULTURE 

REVOLVER : One Gun, Three Shots «Revolver» : « Get around town gentlemen. It’s the bodies count down, the body counts down...» cela vous dit sûrement quelque chose !

C’

EST DE LEUR voix d’ange musique baroque et d’un folk pop. qu’Ambroise, Christophe et Jérémie, membres du La légèreté de leur répertoire ne groupe Revolver, signent laisse pas indifférent les amateurs de leur dernier album « Music musique instrumentale ; le violoncelle for a while ». Même s’ils sont pari- et la guitare subliment chaque moment siens, c’est la fluidité de la langue de de la partition et nous rappellent qu’au Shakespeare qu’ont choisi nos jeunes départ le trio se concentre sur ses perhommes pour exprimer l’émotion de formances acoustiques. Il y a quelque leur « pop de chambre », chose de prégnant du nom de leur predans cette muCES CHANTEURS ONT mier EP sorti en 2008. sique de jour de Revolver… un nom qui DÉBUTÉ AVEC LE CHANT pluie un peu sufait écho au fameux al- LYRIQUE, SACRÉ OU PROrannée, qu’on a bum des Beatles dont du mal à oublier. ils revendiquent l’hé- FANE, ET NE CRAIGNENT Preuve à l’appui, le ritage avec élégance, PAS LE MÉLANGE AUDApuissant morceau non contents de nous CIEUX D’UNE MUSIQUE « Do you have a rappeler Elliott Smith, gun » qui grave BAROQUE ET D’UN FOLK les Byrds ou encore dans les esprits un les Kinks. Mais il n’est POP. air vibrant, mystépas nécessaire d’être rieux et profond : un fan de Paul McCar« As a bird she tney pour être séduit. Nous sommes came / couldn’t forget her name / ici à un carrefour musical puisque nos J-U-L-I-A used to hate cocaïne… ». chanteurs ont débuté avec le chant lyrique, sacré ou profane, et ne craiCependant, le groupe déborde largnent pas le mélange audacieux d’une gement du cadre du spleen roman-

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tique parisien comme l’exprime le dynamique « Get around town », morceau qui consacre leur succès, le très frais « Balulalow » (composé en 2 heures avant un spectacle), ou le dansant « Untitled # 1». En clair, un album harmonieux et trois « gentlemen » décontractés dont la jeunesse contrasterait presque avec la surprenante maturité de leur ouvrage : dès le lycée leur passion musicale commence à prendre forme, pour s’affermir ensuite avec une formation reçue à La Maitrise Notre-Dame de Paris, établissement qui assure un enseignement de qualité dans le domaine du chant. Quelques mauvaises langues diront que chanter en anglais pour des Français a quelque chose de paradoxal qui fait on ne peut plus bobo, mais il serait presque indécent de s’arrêter là. Les membres du groupe, habitués des représentations en petit comité, sont d’ailleurs les premiers à s’étonner de leur ascension et pensent déjà à une évolution afin de répondre à l’attente d’un public toujours plus nombreux. Patience…

ANGELA F.

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CULTURE

CARAVAN PALACE : Quand la caravane passe Caravan Palace, un groupe pas comme les autres qui est parvenu à mêler jazz manouche et électro.

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N PEU ÉNERVÉ par le fait musique surprenante, ils font preuve d’avoir manqué l’imman- d’une prestance qui soulève les foules quable concert de Caravan à chacune de leurs apparitions. Cette Palace, je décide de bercer bande composée de six personnes a mes oreilles avec le doux son révélé au grand public une artiste exde « Suzy ». Ce morceau entraînant in- ceptionnelle en la personne de Zoé Cocarne à la perfection la lotis. Chanteuse du joie de vivre propre à ces groupe, son chaDEPUIS SA CRÉATION risme et sa voix en jeunes délurés admirateurs invétérés de Django EN 2005, CETTE TROUPE surprendront plus Reinhardt. Par leur mu- D’HURLUBERLUS AVAIT d’un. Les cinq gars sique, on perçoit aisément qui l’accompagnent une volonté de partager ÉVOLUÉ SANS SORTIR sont quant à eux leur passion pour un style AUCUN ALBUM des musiciens hors totalement unique, créé pair, pratiquant des de toutes pièces par leurs soins. instruments tels que la contrebasse, la clarinette ou encore le violon. Ils donEn effet, ces individus bourrés de créa- nent à leurs morceaux une musicalité tivité et d’imagination ont réussi par enchanteresse. je ne sais quel miracle à mélanger deux styles antagoniques, le Jazz ma- Leur premier album sorti en octobre nouche et l’électro. A travers ce mou- 2008 a fait des heureux. Il faut dire vement musical inédit, ils donnent que depuis sa création en 2005, cette un réel coup de jeune à Django et ses troupe d’hurluberlus avait évolué sans confrères, ce qui est à mes yeux l’une sortir aucun album. Cette vie faite de des raisons principales de leur suc- concerts à la pelle à travers l’Europe cès. Ils parviennent ainsi à réconcilier leur a permis d’acquérir en très peu de amateurs d’électro et inconditionnels temps une renommée dans le milieu. de musique manouche. Outre cette Ils sont en outre régulièrement conviés

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au Festival de Dour, réputé pour inviter de jeunes artistes de talent, aux Francofolies ou encore aux Solidays. Ils ont aussi été nommés aux victoires de la musique 2009.

Reste encore que ce groupe ne correspond pas à la norme fixée actuellement entre la petite lolita et le minet avec des paroles aussi profondes que subtiles... Notre époque est certainement celle durant laquelle le plus de navets ont vu le jour. Eh oui, un travail assidu, une musique entraînante et des paroles recherchées ne font pas tout apparemment... Soit dit en passant, nous avons décidé, à l’inverse de nos pères, de laisser parler l’artiste qui est en chacun de nous. A mon grand dam, ont la parole ceux qui devraient se taire... Pour sortir du pessimisme qui serait de mise dans une telle situation, je décide à présent d’écouter « Jolie Coquine ». Et pour dire vrai c’est un excellent remède ! Quoiqu’il en soit ce groupe mérite le succès qu’il rencontre actuellement.

ADRIEN M.

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CULTURE 

Un loup sans ennemi n’est pas un loup... Dans son livre Le Loup Bleu, Yasushi Inoué nous livre le portrait de Gengis-Khan. Le lecteur découvre l’homme, au-delà de l’image du conquérant sanguinaire.

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ÉCHIRÉS PAR LES luttes nent frères pour mieux se trahir un tribales, les clans mongols jour, Temüjin sait qu’il verra un jour violent et pillent dans une ses « loups » franchir les obstacles et sombre et farouche atmos- conquérir ce pays tant désiré par-delà phère, qui ne dissimule pour- la Grande Muraille. tant pas la misère dans laquelle ils vivent. A l’ombre de la Grande Muraille, Sous la plume simple mais sublime protégeant de ses hauts remparts le de Yasushi INOUE, le lecteur découvre riche et prospère peuple de Qin, éter- le portrait de l’homme derrière l’image nel ennemi des Mondu conquérant gols, et à la lueur sanguinaire. Plus GENGIS-KHAN EST DE des veillées, le jeune qu’un fin stratège, Temüjin écoute les lé- CES HOMMES QUI FONT Gengis-Khan se régendes des glorieuses RÊVER PAR LA DÉMESURE vèle fin adminisconquêtes de ses aïeux. trateur et législaTaciturne, il écoute et DE SES AMBITIONS ET DES teur, régulant point comprend que l’autori- LIMITES DE SON EMPIRE par point la vie té de son père ne vaut des guerriers et de rien pour les autres trileurs familles, gébus, et que ce manque d’autorité cen- néreux dans ses récompenses, et impitrale pourrait être fatal à son peuple. toyable envers ses ennemis; mais petit Hanté par le fantôme de la bâtardise, à petit, au fil des pages, des pans cachés Temüjin n’a de cesse de faire recon- de l’histoire se soulèvent pour révénaître son autorité par toutes les tri- ler un homme sans cesse rongé par le bus nomades qui peuplent cette terre, doute, se demandant si la simple domiqu’elles soient mongoles, tatares ou nation des peuples vaincus peut suffire tayichi’ut ou qin. Dans ce monde fa- à les unifier. Chaque combat nous en rouche où les chefs de tribu devien- apprend un peu plus sur son désir in-

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fini de conquête, sur ses rêves à la fois clairs et confus, mais aussi sur sa solitude. Gengis-khan est de ces hommes qui font rêver par la démesure de ses ambitions et des limites de son empire ; et Yasushi INOUE fait jaillir une étincelle qui nous pousse à parcourir toujours plus loin les aventures des fils du Loup bleu et de la Biche blanche, en compagnie des hordes mongoles en terre d’Islam, au-delà de la Grande Muraille, afin de saisir un fil du mystère Gengis-Khan. Le Loup Bleu, Yasushi INOUE, éditions Picquier poche.

AMANDINE S.

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MODE

Le GEEK est CHIC ! La planète fashion en a décidé ainsi : être ringard n’est plus ringard. Non, être ringard c’est précisément terriblement dans le coup.

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INI LE TEMPS où l’on pou- lunette pare-brise - verres larges, monvait se moquer allégrement tures épaisses, de quoi faire pâlir d’ende l’intello coincé aux tenues vie Nana Mouskouri. Ne lésinez pas bizarres. Vous savez celui qui sur leur taille : plus elles prendront nous montrait sa figurine de de place sur votre visage et mieux ce Dark Maul à la résera. Bien sûr adopcréation en nous LE GEEK EST IN, LE GEEK tez le look geek, c’est arrosant des pos- NE FAIT PLUS PEUR AUX aussi adopter le chetillons qui parveveu gras, des tenues naient à dépasser FILLES, LE GEEK EST CHIC ! savamment négligées… la barrière métalbref vous l’aurez comlique de son appapris le geek est le petit reil dentaire. Le geek est in, le geek ne frère asocial et malodorant du Bobo… fait plus peur aux filles, le geek est chic ! Tenez vous bien, l’outcast d’hier pour- Le look intello s’impose et se décline rait bien être le modèle d’aujourd’hui. même au féminin. Car oui notre ami, Preuve s’il en est de la naissance d’un hier bête solitaire, s’est trouvé une penouveau modèle, la mode geek s’im- tite amie : la geekette ! Elles sont rares pose même chez les stars les plus hypes mais existent aussi ! Les filles adoptent du moment. Parmi elles, l’autoprocla- les codes vestimentaires du nerd ; leur mé nouveau roi de la pop, j’ai nommé modèle : Chloé Sévigny. Cette New-YorMonsieur Kanye West, un habitué des kaise au look ultra-branché, pas premiers rangs des plus grands défi- spécialement jolie mais toujours à la lés qui est devenu un véritable Steve pointe de la tendance, est devenue la Urkel des temps modernes. Chez lui papesse du look intello. Lunettes larges, comme chez d’autres, la mode bigleux look masculin-féminin, cravates, on ous’impose. Sachez-le, les lunettes font le blie de se coiffer et voilà ! geek. L’aspirant geek doit privilégier la A noter aussi, la culture geek fait de plus

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en plus d’émules ! Le succès de la série TV The Bing Bang Theory, série star de CBS, prouve que le succès de la nerd-attitude se confirme. Les héros de la série ne sont ni des médecins sexys ni des lycéens au physique de jeunes premiers mais une bande de scientifiques déjantés au physique ingrat. Soirées Halo, marathon Superman et jeux de rôles sur internet remplissent le quotidien des quatre geeks. L a série s’impose et parvient même à détrôner How I met your mother, l’autre série star de CBS. Qu’on le veuille ou non, le geek est définitivement in !

MERYEM M.

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EVASION 

Si Liverpool m’était contée... Liverpool, ses Beatles, son stade légendaire. Pour celui qui n’y est jamais allé, les jeux sont déjà faits. Liverpool est LA ville du rock anglais et du football de haut niveau. Concédons-le, le cliché n’est en lui-même pas très éloigné de la réalité tant l’âme de la ville (la 5ÈME d’Angleterre par sa population) semble graviter autour du « Beatles Story » et d’ «Anfield Road ».

22h15

ARRIVÉE À L’A É R O P O R T John Lennon. 22h30, sortie de l’aéroport. La température chute de 15 degrés. Nous courons prendre le bus et nous dirigeons vers la station Lime Street, en centre ville. A la fenêtre, nous voyons défiler les maisons so british en briques rouges, les monuments historiques de la ville, les bars branchés, les jeunes Anglaises aux jupes (très) courtes et à l’embonpoint tout à fait assumé. Bienvenue chez les…Liverpuldiens.

La ville

Faisons plaisir aux amateurs de préjugés bienveillants. A bien des égards, Liverpool est une ville typiquement anglaise. Le climat y est désastreux en octobre

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(sainte conjugaison de froid, de vent Street. L’ambiance est extra : les clients et de pluie) et les looks affriolants. Il y se relayent sur le podium pour entona un fast-food pour 10 habitants (d’où ner des chansons british avec un ta« l’embonpoint », paragraphe précé- lent fou ! Tout le monde (sauf…nous) dent !). connaît les paroles sur le bout des Première particularité locale, le doigts et les chansons des Beatles renson « s » est procontrent naturellenoncé « ch ». ment le plus de sucL’AMBIANCE EST EXTRA : A Liverpool, vous LES CLIENTS SE RELAYENT SUR cès. prendrez donc le « chubway » s’il vous LE PODIUM POUR ENTONNER Le lendemain, il prend l’envie de goû- DES CHANSONS BRITISH AVEC en fallait plus qu’une ter au plat local, le UN TALENT FOU ! pluie battante pour « Scouse », (un ragoût empêcher nos rede viande) dans un bon restaurant. No- porters de sillonner la ville. Notre tons ici que le coût de la vie (restau- quartier préféré fut sans nul doute cerants, bars, auberges de jeunesse) est lui du Pier Head qui compte les « Three largement à la portée d’un budget étu- Graces » (trois bâtiments juxtaposés diant moyen. somptueux), situé sur les bords de la Mersey (le fleuve traversant la ville) Le Scandaleux Mag’ se mêle enfin à tandis que nous passions notre soirée la population locale au O’Neill, un pub dans le Merseyside, quartier festif dans irlandais de la très fréquentée Wood lequel la bière coule à flot.

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EVASION  sionne.

Les Beatles

On pourra s’imprégner un peu plus du « Beatles Spirit » en enfilant, à la fin de la visite, les costumes de Paul, John, George ou Ringo !

C’est au bord de la Mersey que débute notre pèlerinage Beatles. « Any train, two stops » nous annonce-t-on WELCOME TO THE à Lime Street Station ; easy ! Nous débarquons à STORY OF THE BEST James Street Station, direction BAND IN THE WORLD, « The Beatles Story ». EVER »

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« Welcome to the story of the best band in the world, ever » prévient un panneau dès notre arrivée ; le ton est donné. On traverse alors les époques : des Quarrymen aux Beatles, de leurs débuts à Hambourg à l’explosion de la Beatlemania. Photos, vidéos, objets et autres reconstitutions nous permettent de nous plonger dans l’ambiance des sixties. Avec 12 albums sortis entre 1962 et 1970 et plus d’un milliard de disques vendus à travers le monde, la carrière du groupe impres-

L’ e x p é r i e n c e se poursuit avec le Fab4D, court film en 3D où l’on Mais une fois subis les contrôles suit les tribula- draconiens de sécurité, qui font pastions amoureuses ser les mesures prises autour des d’un jeune homme, stades français pour d’aimables atrythmées par la musique… des Beat- touchements, nous faisons notre enles of course. Lunettes 3D vissées sur trée dans l’arène. Un rectangle vert, le nez, ceinture bouclée, l’aventure 4 tribunes, 22 acteurs, 45000 supcommence : sièges animés, éclabous- porters, et rien d’autre. Cinq minutes sements, fumée, on en voit de toutes avant le match, le stade tout entier les couleurs ! L’animation est amu- entonne le mondialement célèbre sante, mais on regrettera sa courte « You’ll Never Walk Alone ». Un insdurée (une dizaine de minutes seule- tant magique et inoubliable pour les ment). profanes que nous sommes, et à côté duquel la diffusion dans la foulée de Qu’importe, nous nous conso- l’hymne de la Ligue des Champions, lons en nous dirigeant vers Matthew qui prend pourtant ici un sens partiStreet pour visiter la Caverne, le club culier, fait bien pâle figure. mythique qui a vu les Beatles exploser. Ensuite, eh bien plus grand-chose : Dans les années soixante, il a accueilli la lutte contre le hooliganisme menée d’autres groupes mydans les années thiques tels que les 90, et qui a surLE STADE TOUT ENTIER EN- tout consisté en Rolling Stones, les Kinks, The Who… La TONNE LE MONDIALEMENT une multiplicaCaverne porte bien son CÉLÈBRE «YOU’LL NEVER tion par 10 ou nom : c’est par un long 20 du prix des escalier qu’on accède WALK ALONE». UN INSTANT billets, a remplaà l’antre. Des briques MAGIQUE ET INOUBLIABLE cé les fans inconrouges, des arcades, POUR LES PROFANES QUE ditionnels par une petite scène : on des spectateurs NOUS SOMMES. se plait à imaginer la fortunés, daifoule s’amassant ici il y a quarante gnant de temps en temps donner de ans. En remontant, on salue la sta- la voix. Quand en plus la physionomie tue de John Lennon, adossée au Wall du match pousse les 3000 supporters of Fame de Liverpool. Sur ce mur, les adverses présents ce jour là à prendre Beatles tiennent, bien entendu, une nettement le dessus, le mythe en place de choix. prend un coup, mais qu’importe !

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Le football

LE SCANDALEUX MAG’ - N°9 - PRINTEMPS 2010

rivés. Le premier contact avec Anfield Road est surprenant, tant sa configuration « à l’anglaise » fait se fondre l’édifice dans ce quartier résidentiel de la banlieue de Liverpool et nous donne l’impression de pénétrer dans un immeuble de bureaux.

Autre star de la ville : le football. « Anfield Road », ce nom sonne différemment pour tout fan qui se respecte, comme un nirvana inaccessible, qui emporte avec lui l’homme pour ne laisser exister que le supporter. L’affairement en centre ville est grand, mais nul n’est dupe : c’est « jour de match ». Nous nous dirigeons rapidement vers le stade, pressés d’en découdre avec le mythe. Depuis la gare de Lime Street, ligne 17D, 20 minutes de trajet, et nous voilà ar-

A notre sortie du Stade, nous croisons des supporters des Reds, mais aussi des Toffees d’Everton - le club rival du Liverpool FC dont l’antre n’est qu’à quelques pubs de là - qui jubilent d’avoir vu leurs ennemis de toujours rossés sur leur terrain.

Nous repartons des rêves plein la tête, convaincus d’avoir vécu une expérience unique, comme un pèlerinage en ce lieu où football et musique raisonnent différemment. Une dernière veillée à l’aéroport, et notre avion s’envole pour la France, au petit matin.

JAMES T.

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RECETTE

MILLE-FEUILLE GLAMOUR INGRÉDIENTS (POUR 3 PERSONNES) 150g de fraises (mara des bois) 150g de framboises (en hiver, possibilité de prendre des fruits au sirop..) Pour les tuiles : 13g de farine ; 1 oeuf 27g de beurre ; 40g d’amandes effilées ; 50g de sucre glace Pour la chantilly : 250ml de crème liquide très froide ; 15g de sucre glace

PRÉPARATION

Faites fondre le beurre à feu doux. Laissez-le reposer. Fouettez les oeufs, et ajoutez délicatement et en remuant bien la farine, les amandes effilées, et le sucre glace. Ajoutez le beurre. Laissez 30 minutes au frais. Préchauffez le four à 220°. Sur du papier sulfurisé, disposez un peu de pâte et aplatissez-la à l’aide d’une fourchette trempée dans l’eau froide. Enfournez et faites cuire environ 6 minutes. Laissez refroidir. Montez la crème liquide en chantilly à l’aide d’un batteur électrique. Quand la crème commence à se transformer en «mousse», ajoutez délicatement le sucre en glace, et continuez à fouetter jusqu’à l’obtention d’une crème chantilly ferme. Coupez les fraises lavées et équeutées en lamelles. Passez rapidement les framboises à l’eau claire. Pour monter les mille-feuilles c’est très simple : sur une assiette, déposez une tuile, ajoutez dessus une cuillère à soupe de crème chantilly (si vous avez un siphon c’est encore mieux!), disposez quelques lamelles de fraises et quelques framboises, et ajoutez à nouveau une tuile, et ainsi de suite! Terminez par une tuile. Disposez sur l’assiette quelques fraises coupées en morceau, une fraise entière et quelques framboises. Saupoudrez de sucre glace.

N O S

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P A R T E N A I RE S

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DIVERTISSEMENT

MOTS CROISÉS... de L’IMPOSSIBLE ? Verticalement A. Imitée. B. C’est de la bombe ! Inspire Baudelaire. C. Début pour lui. Composé organique. D. Un chef d’œuvre du XXème, pour Goncourt. E.Technique rhétorique. En Chine, entre les Salar et les Sui. F. Donne peau rouge. Pour l’anglais, avant le sandwich. G. Adepte des nuits noires. H. Méthode d’animation. Banque du Nord. I. Pour Monoï. Qu’il attaquât l’élagage.

A

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I

Horizontalement 1. Pour ascète. 2. Qu’il fit l’Oblomov. 3. C’est son truc. Dawn, pour cinéphile. 4. Tergiverse. 5. Nécessaire à connexion. Pour échanger des mots et débats. 6. De grâce ! Pour Alamein. 7. Ils errent. Evite de défroquer le nippon. 8. Sortit des griffes. 9. Façon Danton, entre autres.

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La solution sur www.lescandaleuxmag.fr

HOROSCOPE BÉLIER

Ne mélangez pas la cuisine et le jardinage, vous risqueriez de couper des nouilles aux sécateurs.

TAUREAU

Vous trouverez le grand amour qui dure sans fin ni cesse du 13 février au 21 mars. Vous avez le choix dans la date.

LION

Changez d’air : la coupe du monde de football serait l’occasion pour vous d’aller admirer les populations du Cap.

VIERGE

Vous avez du tracas jusqu’au cou, vous auriez dû vous méfier des dons coûteux.

GÉMEAUX

BALANCE

CANCER

SCORPION

Un voyage s’impose, pensez au sud : l’Afrique est si bonne hôtesse !

Est-ce un feu de poutre qui brûle votre cœur ? Vous trouverez réconfort en tournant votre peine vers les livres. LE SCANDALEUX MAG’ - N°9 - PRINTEMPS 2010

Si vous n’avez que des petits pois pour dîner, alors dînez en pensant.

Investissez prudemment : les mouvements réitérés des fonds multiplient les mouvements de caisse.

SAGITTAIRE

Moins de rigueur s’impose, même si vous n’aimez pas qu’on chipote quand vous triez. Et apprenez à céder, surtout quand personne n’est jamais fort pour ce calcul.

CAPRICORNE

Gardez patience et soyez ferme car il faut du courage pour arriver à son but.

VERSEAU

Mars a vu passer la belle Jupiter : gardez votre emploi, il n’y a pas de cesse dans cette profession.

POISSON

Un petit dîner en amoureux vous fera du bien car il faut être peu pour bien dîner.

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