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SCANDALEUX

LE

LE MAGAZINE DES ETUDIANTS LILLOIS #7 - MAI 2009

GRATUIT

DOSSIER

L’ALCOOL ACULÉ LE GOUVERNEMENT ATTAQUE INTERNATIONAL

TRADER TRAQUÉ INTERVIEW : LE MASQUE TOMBE

SPORT

MOTS DITS FOOT! DYSLEXIE DANS LES STADES

BOB DYLAN RETOUR SUR UN MYTHE WWW.LESCANDALEUX.FR

NE PAS JETER SUR LA VOIE PUBLIQUE


L’ÉDITO DU PRÉSIDENT PAR DAMIEN LAULER V

otre fanzine préféré joue l’usure. Loin de rendre notre dernier souffle, nous avons pour le coup quitté nos poisseuses pénates le temps d’un numéro pour vous donner ce que vous méritez : le meilleur. Faisant fi de ses répugnantes manies, nous sommes passés à la douche, avons sortis nos costumes d’apparat, avons travaillé nos ports de tête et la souplesse de nos levers auriculaires…et sommes allés interviewer la sénatrice Madame Payet sur l’alcoolisme, un sujet qui lui tient à cœur. Nous avons ensuite profité d’être en tenue pour nous accorder une petite escapade culturelle à La Condition Publique de Roubaix. Compte rendu page 6. Continuant sur notre élan, nous sommes allés jusqu’à nous élever en chantres de l’art classique en rédigeant « Un clip vaut Molière ». C’est alors que nous trouvons nos limites. Non rompus à ce genre d’exercice, l’équilibre de certains d’entre nous passait par l’écriture compulsive d’un papier sur Dylan, par la création de cet instrument de torture qu’est aujourd’hui devenu notre mots croisés, par l’étude des relations entre les Schtroumpfs et le royalisme…et merde. Ou plutôt non : d’où serait venu ce désormais si cher fumet de sous-Voici de province si nous avions renoncé à nos vieux démons?

LE SCANDALEUX SOMMAIRE

VIE ÉTUDIANTE L’alcoolisme

_ 4

LILLE Ici Berlin

_ 6

SOCIÉTÉ _ Perfide Albion 8 Un clip vaut Molière 9 Quand on sera grands 10 À l’insu de notre plein gré 11

_ 12 13 14

INTERNATIONAL Interview : Trader traqué Israël Insolites : les micronations

16

PORTRAIT Dylan, le mythe

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MUSIQUE The Cure

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SPORT Le «Parler-Foot»

_ 22 22

DIVERTISSEMENT Jeux Horoscope

4

12 16 20


VIE ÉTUDIANTE

L’ALCOOLISME

ALCOOL. JEUNES. UN COCKTAIL EXPLOSIF EN LIGNE DE MIRE DU GOUVERNEMENT.

Avez-vous lu en détail le projet de loi HPST (Hôpitaux, patients et santé publique), voté par le Parlement le 18 mars dernier ? Non ? Vous devriez. J’en suis sûr, deux petits articles auraient retenu votre attention… L’article 23, tout d’abord : « La vente des boissons alcooliques à des mineurs est interdite. La personne qui délivre la boisson peut exiger du client qu’il établisse la preuve de sa majorité. » Jusqu’ici, il n’y a pas matière à s’inquiéter : majeurs et vaccinés, nous avons laissé loin derrière nous l’époque où apporter une bouteille de Despé en boum relevait du travail d’Hercule.

Ensuite, l’article 24 : « Il est interdit d’offrir gratuitement à volonté des boissons alcooliques dans un but promotionnel, ou de les vendre au forfait. » Mmmh… Autrement dit, les open bars et les « dégustations » promotionnelles (Pop, Smirnoff Ice, Ricard…) deviennent hors-la-loi, ce qui entérine

légalement les règlementations internes de la plupart des Ecoles. Fâcheux, me direzvous… Une mouche bizarre aurait-elle donc piqué les pouvoirs publics ? La France est le pays du terroir, du bon vin et du saucisson. Mais à l’image de ses consœurs nordiques, elle est désormais terre d’accueil du binge drinking (dans la langue de Molière, « biture expresse »). On distingue en effet deux modes de consommation d’alcool en Europe : la méridionale et la septentrionale. Autrefois, privilégiant une consommation régulière, mais modérée, d’un alcool fixe (le pastis à l’apéritif, le ballon de rouge au déjeuner, la Chartreuse en pousse-café) les Français s’apparentaient à leurs voisins du Sud. Mais depuis quelques années, la consommation d’alcool, notamment chez les jeunes, tend à devenir plus épisodique et surtout plus massive. La France, en cela, tend à imiter ses voisins de Grande-Bretagne ou de Scandinavie, inventeurs et praticiens réguliers de la biture expresse. Peu de chiffres mesurent avec efficacité la gravité de ce problème. Car indépendamment des accidents de la route dont les statistiques terribles sont connues de tous,

INTERVIEW ANNE-MARIE PAYET, SÉNATRICE DE LA RÉUNION, A ACCEPTÉ DE RÉPONDRE À NOS QUESTIONS.

l’alcool cause chaque année des milliers de drames qui ne sont pas forcément comptabilisés. Pancréatites, cirrhoses, accidents divers et violences causés par l’alcool sont pourtant un problème de société bien réel !

Et un problème qui touche énormément les jeunes. Les causes en sont multiples : rites d’intégration, mal-être, phénomène de mode ou encore stratégie des alcooliers. Nous avons tous en tête une (ou plusieurs !) anecdote comique d’amis (ou de nousmêmes…) ayant escaladé des murs, chevauché des caddies dans la rue ou commis toutes sortes d’incongruités sous les effets de l’alcool. Mais ces anecdotes peuvent rapidement passer du comique au tragique et conduire, comme pour ce jeune de Centrale Paris en 2005, à un drame qui n’a rien de shakespearien. Alors, quelle conduite tenir ? Sans parler d’abstinence totale, il serait toutefois possible d’envisager une pratique saine, mais conviviale et agréable, de la consommation d’alcool. Moins de pastis dans notre eau, moins de whisky dans notre coca, moins de bière dans notre choppe… Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour la sobriété.

Anne-Marie PAYET

Madame la Sénatrice, vous n’êtes pas sans savoir qu’on constate une forte augmentation de la consommation d’alcool chez les jeunes et cela, de plus en plus tôt. Quelles en sont les causes les plus évidentes ?

qu’en dehors du conducteur, tout le monde peut s’enivrer.

Une enquête a montré la stabilisation de la quantité d’alcool consommée en France. En revanche, on constate une hausse de 15% de la consommation épisodique et dangereuse d’alcool, ce qui est très inquiétant. Les causes en sont tout d’abord la peur de l’avenir qui caractérise la jeunesse actuelle. Les études durent de plus en plus longtemps sans pour autant permettre de trouver un travail, alors qu’avant on pouvait s’en sortir avec un simple baccalauréat. Ensuite, un facteur très important sont les pratiques commerciales des groupes alcooliers : open-bars, happy hours, publicité agressive et incitative… Même le slogan « Celui qui conduit c’est celui qui ne boit pas » a des effets pervers, puisqu’il suggère

Si, cela est possible. Mais j’ai souvent entendu l’argument qui consistait à dire que la consommation d’alcool des seuls jeunes immigrés était excessive, étant donné que leur culture ne les y avait pas habitués. Je ne peux pas accepter d’entendre cela. Tout le monde boit, et les jeunes sont particulièrement influencés par les alcooliers.

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Mais dans le cas précis de la prévention routière, n’y a-t-il pas une responsabilité partagée de l’Etat et des alcooliers ?

On constate une hausse de la pratique du « binge drinking » (biture expresse) en France, mais également dans l’Europe du Nord et en particulier dans les pays scandinaves. Est-ce le symptôme d’un mal-être de toutes les jeunesses ? Oui, très certainement. Mais c’est égale-


VIE ÉTUDIANTE ment la faute des alcooliers, qui cherchent à tout prix à fidéliser leur clientèle.

Y a-t-il une mutation des types d’alcools consommés (plus d’alcools forts) ? Avant, on s’accordait à dire que les alcools les plus prisés par les jeunes étaient la bière ou encore le whisky-coca. Désormais, les jeunes consomment plus d’alcools purs, ou d’alcools mélangés entre eux. C’est le cas du TGV, le téquila-gin-vodka. Le vin ne favorise pas vraiment cette pratique de l’alcoolisme. En revanche, il ne faut pas oublier que les deux tiers des décès liés à l’alcool sont causés par le vin. Il y a donc une grande responsabilité du vin dont personne ne parle, car il représente beaucoup de choses dans ce pays.

Je compte par ailleurs déposer un amendement à la loi HPST (Hôpitaux, Patients et Santé publique) visant à interdire la consommation d’alcool dans l’entreprise. Aujourd’hui, une grande partie des accidents du travail sont liés à la consommation d’alcool dans l’enceinte de l’entreprise. J’ai moi-même décoré de la médaille du Sénat un entrepreneur qui avait interdit toute consommation d’alcool dans son entreprise, sans exception. Sur ce sujet, un décret existe déjà, mais il limite l’interdiction à certains alcools et non au vin, à la bière, etc. J’avais déjà proposé un amendement à la Loi de Modernisation de l’Economie, qui avait été refusé. Cette fois-ci, je compte proposer l’attribution de bénéfices fiscaux aux entreprises interdisant la consommation de tous alcools dans leurs locaux. Et je m’attends à une féroce opposition… Un autre problème est posé par le concept de « modération », qui figure sur les emballages d’alcool, et qui est beaucoup trop vague. Je souhaiterais que des indications plus précises et surtout chiffrées soit inscrites. N’y a-t-il pas une indulgence toute française vis-à-vis de la consommation d’alcool ? On constate effectivement une certaine indulgence, surtout à l’égard du vin. Un sénateur d’une région viticole a même proposé d’initier les Français au vin dès la maternelle ! On m’a souvent accusée de vouloir instaurer la Prohibition, expliqué que le vin n’était pas de l’alcool. En outre, il y a une grande symbolique attachée au vin : il est la boisson des dieux, le sang du Christ, et ses bienfaits médicaux seraient même prouvés par des études. Ces études reposent-elles sur de véri-

tables fondements scientifiques ? Il est à noter qu’elles ont toutes été réalisées dans la région bordelaise… et bien souvent financées par des viticulteurs. Mais un spécialiste suédois les a contestées, en prouvant que les prétendus effets bienfaiteurs du vin n’étaient dus qu’au raisin, et qu’ils se retrouvaient donc aussi dans le jus de raisin. Par ailleurs, ils sont tout à fait minimes. Les campagnes de publicité préventive ont-elles un réel impact ? Ne sontelles pas trop centrées sur la sécurité routière, et non sur d’autres problèmes posés par l’alcoolisme (troubles de santé, actes inconscients et dangereux, violences) ?

L’impact de ces campagnes est bien réel, mais il doit découler d’une œuvre de longue haleine. La prévention doit commencer dès le plus jeune âge, dès la primaire. J’étais auparavant directrice d’une école primaire, et j’en ai profité pour faire de petites actions préventives. Par exemple, lors d’une expérience sur la germination des graines de plantes, je faisais arroser les plantes par les élèves avec du rhum ou de la bière, pour qu’ils constatent l’effet dévastateur. En outre, certaines plantes avaient des réactions différentes : certaines résistaient, d’autres mourraient tout de suite. Les enfants comprenaient donc que, comme les plantes, les hommes étaient inégaux face à l’alcool. Ce type d’actions permet de sensibiliser très tôt les enfants, avec des exemples qu’ils peuvent comprendre. C’est une œuvre de longue haleine. Concernant les campagnes de prévention, elles ont eu effectivement un impact sur la sécurité routière, mais pas sur l’alcoolisme ou la violence. Je pense que la prévention doit être faite par des professionnels et non plus par des bénévoles. Je pense aux médecins, aux alcoologues. Mais je pense également à d’anciennes victimes. Par exemple, j’ai fait témoigner des mamans qui avaient accouché d’enfants victimes d’une alcoolisation fœtale. Elles racontaient leur expérience, toutes les étapes franchies pour s’en sortir. Nous avons invité la Commission des Affaires sociales du Sénat à les écouter, et les membres de la Commission ont été très émus par ces témoignages.

Le projet de loi HPST, adopté il y a peu, comporte en particulier deux mesures visant directement à limiter l’alcoolisation des jeunes. Il s’agit de l’interdiction de la vente d’alcools de tous types aux mineurs, et de l’interdiction de la distribution d’alcool au forfait (notamment

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dans les « open bars »). Aura-t-elle un réel impact ? Je pense que ces articles auront un réel impact, notamment avec l’interdiction des open-bars. Mais ces mesures doivent être complétées par des amendements. Je pense notamment à l’interdiction de vendre de l’alcool dans les stations service. Celle-ci doit être effective durant toute la journée, et non plus sur un créneau horaire restrictif. Le débat sur l’alcoolisme fait-il l’unanimité parmi les divers courants politiques, ou les partis ont-ils des lignes idéologiques sur ce sujet aussi ? Dans mon groupe politique, l’Union Centriste, j’ai toujours joui d’une grande liberté, même si les amendements que je proposais ne faisaient pas l’unanimité. Sans citer de nom, je peux assurer que ça ne se passe pas comme ça dans certains groupes…

Il faut également savoir qu’il existe chez les parlementaires un groupe d’étude sur les vignes, très influent, qui examine chaque projet de loi pour s’assurer qu’il ne nuise pas à l’industrie viticole. Lorsque j’ai présenté mon amendement destiné à prévenir les femmes enceintes contre l’alcoolisation fœtale directement sur les étiquettes des bouteilles, j’ai dû affronter une sévère opposition. Tout reste donc encore à faire pour que les mentalités évoluent. Mais il faut persévérer… « Les jeunes peuvent boire. Mais il ne faut pas que ça devienne une habitude ! »

■ NICOLAS DE CHAMISSO


LILLE

ACHTUNG! TOUSS LE MUND IL EST BERLINER. YA WOLL!

V

ous en avez déjà assez du remue-ménage médiatique de Lille 3000 ? La portée conceptuelle des statues de la rue Faidherbe vous dépasse ? Et, d’une manière générale, vous comptez n’être présent à aucun des rendez-vous du calendrier d’Europe XXL ? Fi de cette mentalité élitiste et rétrograde, car une exposition au moins vaut la peine d’être vécue. Sans doute, la Condition publique de Roubaix n’évoque pour vous qu’un bâtiment au style néo-prolétarien, planté au milieu d’une ville qui vous rappelle surtout les chansons de Pierre Bachelet. Mais l’exposition Ici Berlin, installée dans les vastes salles de cet ancien centre de contrôle textile, déroutera vos habitudes culturelles et artistiques d’une manière étonnante.

Sur une surface de 3500 m², à travers une folle richesse de supports (toiles, vidéos, sculptures, textes, objets…), une vingtaine d’artistes de la scène berlinoise, vingt ans après la chute du Mur, exposent leurs créations inattendues et géniales. Loin de l’attitude contemplative et sérieuse qui serait de rigueur au Musée des BeauxArts, c’est surtout le rire et l’étonnement qui prévalent face aux œuvres exposées à la Condition publique. Finalement, on se rend compte que cette exposition reflète parfaitement l’esprit d’un Berlin underground et créatif, le Berlin du XXIe siècle, qui, après Vienne, Paris ou New York, est peut-être parti pour devenir la nouvelle capitale culturelle du monde ! Pour vous, les reporters du Scandaleux se sont intéressés à quelques unes des œuvres les plus significatives…

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LILLE

Les cow-boys Réalisation vidéo. Cette œuvre, encore une fois, est complètement décalée. Face à un cow-boy qui exécute une chorégraphie sur un air de Terri Clarck (« You’re easy on the eyes »), la première réaction est le rire. Mais finalement, voir un cow-boy qui danse, n’est-ce pas le symbole de la société dans laquelle nous vivons, une société qui mélange les genres ? Une société dans laquelle les hommes dansent comme les femmes et les femmes s’habillent comme les hommes ?

Un artiste inconnu Montage en bois, de forme indéfinissable. L’œuvre est uniquement destinée à un lieu (la Condition publique) et à une exposition (Ici Berlin). Ce n’est pas une réalisation préconçue. Elle est complètement spontanée. L’œuvre s’adapte au lieu et non le contraire. On ne comprend pas trop pourquoi l’artiste a fait ça, pourquoi il s’est donné tant de mal à créer cette pièce composée d’innombrables morceaux de bois et qui n’est faite pour aller nulle part ailleurs. Et peut-être l’art, finalement, n’est que cela : créer une œuvre éphémère, susciter l’étonnement, l’admiration ou le dégoût puis disparaître… Enfin, c’est à discuter.

Stoll et Wachall Réalisation vidéo. Avez-vous déjà vu deux femmes parler la tête dans un sac à main doré ? Les artistes Stoll et Wachall s’y sont risqués pour notre plus grand plaisir. Même si à première vue, on reste un peu perplexe, se demandant où elles veulent en venir, on se laisse vite prendre au jeu. Côté dialogues, une fois de plus, on n’est pas déçus ! Ceux-ci, à la limite de l’absurde, nous font vite arrêter de chercher une raison à tout cela pour nous laisser emporter dans un univers non maîtrisé ; et cela nous plaît…

Any, Ring ring ring Installation matérielle et technique. On y découvre un vieux pylône mourant, qui dans son agonie a encore des soubresauts de vie. Il ne faut pas chercher à surinterpréter cette œuvre mais elle est intrigante : ce vieux pylône issu des campagnes émet de véritables rayons laser ! On est ici à la croisée du passé et du futur.

Britta Lumer Je m’approche lentement d’une des œuvres de Britta Lumer et soudain, le flou de l’image se met à prendre des contours. Une histoire se dessine. Une situation se révèle. J’ai l’impression de voir les vitrines des grands magasins illuminées par les feux de noël. Des personnes semblent se presser pour acheter les derniers cadeaux et faire les derniers préparatifs. On a l’impression d’une vie qui grouille sous cette image immobile. Je lis la plaque de présentation et découvre que les oeuvres de cette artiste sont censées représenter l’angoisse humaine qui nous ronge. Cela me semble étrange mais finalement, l’angoisse n’est elle pas le fait de ne jamais bien savoir ce qu’on a en face de nous ? De ne jamais réellement connaître les choses qui nous entourent, de ne jamais être sûr de la réalité que l’on voit ?

Leslie Huppert Installation vidéo et plastique confrontant, sur plusieurs écrans, des scènes diverses de la vie quotidienne. Comment l’angoisse de l’être humain peut-elle être représentée en image ? Tout simplement en filmant ces scènes d’une manière psychotique. Enfin, c’est ce que cherche à nous montrer Leslie Huppert.

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ICI BERLIN ! Du 19/03 au 12/07 Dans le cadre de lille3000 5, 3 euros, gratuit avec le pass lille3000 et pass journée, et les 1ers dimanches de chaque mois

Les bonshommes noirs de Heather Allen D’étranges petites figurines en résine noire sont disposées au hasard sur des échafaudages en bois. Au hasard ? pas tant que ça… Ces petits bonshommes sont très expressifs, chacun a une pose, une attitude qui laissent à penser qu’il est fait pour être là. C’est une scène muette, mais qui pourtant parle beaucoup. On croirait entendre les discussions de ces petits êtres noirs.

Maintenant, à vous de vous faire votre propre opinion : foncez à la station de métro la plus proche, prenez un aller-retour Lille Roubaix et faites-vous plaisir le temps d’une expo ! ■ CLAIRE MARTINEAU


SOCIÉTÉ

PERFIDE ALBION «D

id you mean : french military defeats ? Your search – French military victories – did not match any documents. » Voilà ce que vous aurez la surprise – et le déplaisir – de lire si d’aventure vous tapez « french military victories » sur l’onglet « J’ai de la chance » du moteur de recherche Google.

Azincourt, Crécy, Waterloo, mai 40, sont autant de soufflets cuisants assénés à notre fierté. Loin de la France invincible et éternelle de Romain Gary, force est de constater que notre supériorité n’est pas celle des armes, ce que nos voisins anglosaxons ne manquent pas de nous rappeler à l’occasion (cf. Google). Et pourtant, ce n’est pas faute de patriotisme. La fibre gauloise qui vibre en chacun de nous chaque fois que l’honneur national est en jeu dans un match de foot ou de rugby, notre empressement à défendre la culture française, Paris ou le bon vin, nous le montrent bien. Alors quoi ? Serions-nous, dans le fond, des défaitistes en puissance ? Je dis en puissance, mais de la puissance à l’acte, il n’y a qu’un pas. Ou plutôt une ligne, qui s’appellerait Maginot. Prenons cet exemple comme la trame historique de nos échecs, l’allégorie d’une illusion toute française. A l’époque,

notre état-major avait établi une ligne de défense, dont le non moindre défaut était d’être aisément contournable. En Maginot s’incarnait l’invincibilité de l’Hexagone, et hormis quelques trouble-fête (dont un certain colonel de Gaulle), tous louaient l’ingéniosité de nos stratèges. Le résultat, nous le savons à présent, est que la France fut vaincue en l’espace de deux mois.

Sur le plan sportif, la France subit encore cette « malédiction Maginot ». Les sportifs dont la victoire paraît acquise au pays tout entier, que la presse érige déjà en héros alors que le plus dur (ou le plus simple) reste encore à faire, se plantent quasiment à chaque fois. Nous en faisons l’amer constat avec le football, le tennis, l’athlétisme, le rugby, et plus généralement les Jeux Olympiques. Et le plus inquiétant, c’est que la gueule de bois qui touche le pays a chaque fois la même intensité qu’en 1940.

Alors, que faire ? Le Français a besoin de croire à la supériorité de son pays et cela sur tous les plans : militaire (nous avons le char Leclerc et le Rafale), culturel (nous avons Versailles et Chateaubriand), géographique (nous avons les Alpes et les corons) et sportif (nous avons Domenech…). Mais peut-être qu’un peu de modestie lui éviterait de tant souffrir dès que son rêve s’effondre. Peut-être nos intel-

FÉVRIER MARS 2009 - LE SCANDALEUX 8

lectuels, nos journalistes et nos politiciens devraient-ils cesser de construire des châteaux en Espagne. Et peut-être que nous aussi, nous devrions renoncer à certains rêves d’enfants…

Mais peut-être pas. Il se pourrait aussi que la supériorité de la France résidât dans cet enthousiasme toujours renouvelé, dans cette confiance étonnante en ses propres forces, en sa capacité d’avoir des héros et de croire en eux et enfin, en son pouvoir de régénérescence. Car c’est quand elle était dos au mur et acculée de toutes parts que notre nation a sorti ses plus belles victoires. La France meurtrie de 93 a donné Bonaparte, Sedan a donné la IIIème République, la Libération a donné son formidable lot de progrès social et, face à la meilleure équipe du monde, les Bleus nous ont donné la plus belle des victoires un certain 12 juillet…

Alors, à vous de choisir entre complexe de supériorité franco-français, démenti par le cours même de l’Histoire, et complexe face à la supériorité anglo-saxonne, démentie par nos plus profondes convictions. Et quant aux calomnies d’outreManche, il est une anecdote qui devrait y mettre fin. Le genre d’anecdotes qui fait mal au patriotisme. Car saviez-vous que c’est la fistule anale de Louis XIV qui est à l’origine directe de l’hymne God Save The Queen ? …

Mesquin, me direz-vous ? Certes. Mais jouissif… ■ NICOLAS DE CHAMISSO


SOCIÉTÉ

UN CLIP VAUT MOLiÈRE J

e la revois, là, devant moi, cette jeune fille d’une vingtaine d’années, posant la question fatidique à l’éminent conférencier venu nous parler d’égalité des chances : « Pourquoi les arts de rue comme le slam ou le breakdance ne sont pas totalement intégrés à la culture selon-vous ? ». Et le conférencier, qui avait pourtant dû s’émerveiller devant Fred Astaire et admirer Aznavour, de partager son désarroi dans un silence quasi sépulcral. Ô rage, ô désespoir, cette interrogation n’était pas celle d’une génération mais se faisait la voix d’un nouveau relativisme culturel.

La culture assassinée. Certes, aujourd’hui, plus personne n’aurait l’idée de sortir son revolver lorsque résonne le mot culture. Mais ils sont nombreux ceux qui, après avoir lu, admiré ou écouté le dernier produit en vogue, se délectent d’avoir partagé un formidable moment de « culture ». « Toutes les cultures se valent et tout est culturel » scandent à l’unisson les progressistes et, ce faisant, galvaudent « ce qui a fait de l’homme autre chose qu’un

accident de l’univers » comme la définissait Malraux. Pour eux, la culture se conçoit plus comme une formidable machine à s’adapter aux mœurs de l’époque (sans distinction aucune) que comme l’héritage des siècles passés. Honni soit qui mal y pense. Avez-vous le malheur d’être récalcitrant ? Vous ne seriez qu’un rétrograde de plus.

Pourtant, la culture, c’est la vie édifiée par la pensée, c’est ce qui fait l’âme d’une nation, d’une civilisation. Plus prosaïquement, la culture est le domaine au sein duquel l’homme met à contribution son intelligence et sa créativité. Elle est par essence, et c’est là toute sa grandeur, hiérarchisée. Au pays de Balzac et de Monet, plus qu’ailleurs, culture ne vaut pas « sous-culture ». Car mélange des genres est synonyme de déclin. Un exemplaire du Time Magazine paru en novembre 2007 fait l’amer constat d’une culture française dévastée dans un article retentissant intitulé « The Death of French Culture ». Que faire pour contrer l’ascension de

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cette pédagogie du relativisme ? Il nous faudra, amis contemporains, réapprendre à oser. Oser affirmer qu’un tag ne remplacera jamais un tableau impressionniste. Oser défendre l’idée que Marc Levy n’est pas le Flaubert des temps modernes. Oser réagir si une voix s’élève pour clamer que Grand Corps Malade est le Brassens des temps modernes. Les débats seront âpres à n’en pas douter. Gageons que nous aurons le fin mot de l’histoire lorsque nous répondrons à ces pédagogues : « Un clip ne vaut pas Molière. » ■ MICHAEL BANON


SOCIÉTÉ

QUAND ON SERA GRAND J

’aurai une belle maison, un beau jardin, une grosse voiture, je ferai plein de voyages et je me donnerai l’illusion que je sais beaucoup de trucs. J’aurai des enfants (deux…), une femme (deux !), un héritage (de ?). Un monde à part, où je vivrai ma vie et croquerai à pleines dents dedans. Indéniablement, vous êtes prêt à jouer dans un film amateur tourné par la plupart des gens que vous croisez : mon voisin est un beauf.

Le voisin c’est vous. Allons, allons. Il faut le reconnaître. Nous baignons dans une illusion grassouillette, mais que nous refusons d’abandonner. Vous aurez un jardin dont vous ne profiterez pas, vos rhododendrons vont tous mourir, tout comme votre basilic en pot que vous rachèterez parce que cela remplace les coloquintes, qui ne sont plus tendance, et impressionnera les « femmes de » qui viendront réduire en poussière vos vendredi soir. « Mazette depuis combien de temps tu l’as ? Combien de fois tu l’arroses ? Oh nous on a acheté un bonzaï… Qu’est-ce que c’est dur d’entretien !! ».

Si vous vous dites que vous assumerez pleinement, et que l’imbécile qui écrit ça ne se rend pas compte de la chance que vous aurez, alors vous héritez définitivement le premier rôle. Vous avez dit héritage ? Ce mot résonne en espèce sonnantes et trébuchantes. En effet, oubliez le mariage par amour. C’est éculé. Tentez plutôt le mariage à une dot. Ça c’est du solide ! Et puis au moins vous êtes sûr de tout faire pour ne pas faire exploser le couple : des petits plats, le repassage, « oui ma doudounette d’amour » à qui mieux-mieux, et le pire, des enfants. Môman. Vous venez de faire la plus grosse erreur de votre vie. Ce journaliste de pacotille ne vous apprend rien. Mais POURQUOI ? Parce que vos chérubins vont être le reflet de votre beaufitude, et donc de votre illusion notoire. Gâtés, prétentieux, Blonds façon Gad Elmaleh, en échec. Ou pire, qui réussissent tout sans que vous ne disiez rien… « Oh nous Antoine de tout façon il a 19 de moyenne en Terminale S,

et veut faire Prépa. Mais nous ne lui avons rien dit, c’est lui qui fait tout tout seul. C’est un élève brillant que voulez-vous… ». Beauf élevé en plein air. Stop. Rien à faire. Stop. Over. Ainsi donc vous êtes menacés. Parce que votre condition d ‘étudiant vous donne le droit, le devoir parfois, de rêver. Vous voulez passer votre crise de quarantaine en achetant une grosse Harley, ou pour ces demoiselles en faisant l’acquisition de la panoplie de casserole Geneviève Lethu. Et enquiquiner tous ceux qui penseront que vous vous faites du vent sous la queue. Ils n’y connaissent rien aux success story. C’est pas la Star Ac ici, Môssieur.

Diantre. Quand vous vous dites que la moitié de ceux que vous côtoyez va finir dans cet état. « Brisons-là, de toute façon je ferai partie de l’autre moitié ». Vous avez surement raison. L’autre moitié, elle est illustrée par Monsieur Binet, Robert et Raymonde Bidochon. Au choix. Quelle que soit la bêtise dans laquelle vous souhaitez vivre, puissiez-vous être heureux et mourir tranquille… Amen. ■ JT PRADILLON

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SOCIÉTÉ

A L’INSU

DE NOTRE PLEIN GRÉ I

ls sont gentils, ils sont trop mignons, ils sauvent le monde : nos personnages de dessin animé favoris ont bercé notre enfance et représentent aujourd’hui l’innocence d’une époque révolue que nous regardons avec nostalgie (qui ne connait pas par cœur au moins un Walt Disney ?). Pourtant, en les regardant de plus près, nos héros préférés et leur personnalité n’étaient pas dénués de toute signification politique… Le Scandaleux a mené l’enquête !

Nos plus jeunes années ont d’abord été marquées par une remise en question constante de l’autorité : tel Aladdin, le personnage central passe souvent outre toutes les conventions, tous les codes de normalité, pour permettre la réalisation de son « destin », quitte à chambouler complètement un ordre établi. Tout devient donc possible indépendamment de toute tradition et quiconque s’y oppose est cantonné au rôle du « méchant », l’autorité en général étant souvent associée au mal, à ce qui interdit et dont il faut se débarrasser pour s’épanouir (la belle mère de Cendrillon, les adultes dans Peter Pan, le Roi Triton ). On peut ensuite s’interroger sur une apologie du féminin faite par ces contes

pour enfants. Lorsque le héros est humain, il s’agit très souvent d’une femme (Cendrillon, Esméralda, Arielle, Pocahontas, Mulan). Plus généralement, la virilité est souvent l’apanage du « méchant » (Gaston, Jafar), qui doit s’effacer devant des personnages plus féminisés tels Aladdin ou Eric de La Petite Sirène, à côté desquels Laurent Ruquier a l’air d’un hétéro endurci.

Ces même dessins animés étaient également très marqués par l’idéologie de gauche qui décrit la richesse comme une chose néfaste à l’existence, et qui presque à chaque fois pervertit les hommes (Pocahontas, Robin des Bois). A ce sujet, examinons le cas particulier des Schtroumpfs : ils sont tous identiques, ont tous le même statut social et travaillent gratuitement pour la communauté. Il est également intéressant de remarquer que toute tentative individualiste ou capitaliste est fortement rejetée par leur communauté (voir Le Schtroumpf financier). Enfin, le fait que l’ennemi numéro un des Schtroumpfs soit un homme cupide et attiré par l’argent, dont le Chat s’appelle Azraël n’est pas anodin non plus… ça ne vous rappelle rien ? Vous l’aurez donc compris, notre enfance a été bercée par un gauchisme

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très imprégné des idées nées en mai 68. Le Scandaleux réclame donc, au titre de l’égalité du temps de parole, que les Studio Disney ressortent des versions alternatives de ces chefs-d’œuvre. Nous exigeons que Jasmine envoie bouler Aladin parce qu’elle s’est trouvé un mec plus riche et mieux gaulé, que la petite Sirène se prenne une grande tatane dans la gueule, ça lui apprendra à aller racoler à la surface, et que le village des Schtroumpfs devienne une multinationale côtée en Bourse exportatrice de salsepareille. La prochaine fois, Le Scandaleux vous expliquera comment se cachaient, dans les blagues carambars, des messages subliminaux envoyés par les Chinois du FBI.

■ MATHIEU KLINGER

Tu t’ennuies ? Colorie Ariel, la petite sirène !


INTERNATIONAL

L’INTERVIEW (DÉ)CALÉE DE

BOB

DANS CHAQUE NUMÉRO DU SCANDALEUX, BOB NOUS PRÉSENTE UN MÉTIER QUI FAIT RÊVER LES ÉTUDIANTS QUE NOUS SOMMES À TRAVERS L’INTERVIEW D’UN PROFESSIONNEL. CETTE FOIS C’EST LAURENT K., TRADER CHEZ NATOXIC , QUI PASSE FACE À BOB. Salut Laurent ! Pour nos lecteurs pourrais-tu expliquer en quoi consiste le métier de trader ?

Calme-toi Laurent ! Ca va bien finir par repartir ! D’ailleurs tu cherches pas un placement ? J’ai des supers produits sur l’Euro Stoxx 50 en ce moment et avec…

Le terme de trader recouvre en fait des fonctions différentes. Certains ont en charge la couverture d’un portefeuille de sous-jacents homogènes, d’autres arbitrent entre…

Sans façon, merci. Garde ta salive pour l’agent de l’ANPE. Et sinon comment tu vis le fait que les traders soient les personnes les plus détestées au monde en ce moment ?

Bon ok, on a compris ! Ce qui intéresse vraiment nos lecteurs c’est plutôt le salaire que tu touches.

M’en parle pas ! J’ai fait Polytechnique et ma mère raconte à ses amies que je travaille au SAV de Darty.

Tu sais Bob, le salaire dépend principalement des performances du trader. Plus il rapporte d’argent à son employeur et mieux il est payé.

Elle est plutôt visionnaire ta mère !

Mais tu peux pas nous donner un chiffre, histoire de nous faire rêver un peu ?

Pour finir est-ce que tu aurais un tuyau pour tous nos lecteurs boursicoteurs ?

Normalement ce sont des choses qui ne se disent pas. Pour te donner un ordre d’idée, j’ai reçu un bonus à cinq zéros en 2007.

Personnellement, j’ai misé tout ce qu’il me restait sur l’industrie automobile. En période de crise les gens perdent leur emploi et sont contraints de vendre leur maison. Comme ils doivent dormir dans leur voiture, ils flambent leurs dernières économies dans un monospace pour que les enfants ne soient pas trop serrés à l’arrière. CQFD.

Et en 2008 ?

(Hésitation puis sanglots étouffés) C’était une année difficile… comment dire… les marchés sont pas allés dans le bon sens… et il y a eu l’affaire Kerviel… QUOI ? Me dis-pas que t’as pas eu de bonus quand même !

(Laurent hésite encore, fond en larme et se lance) C’est atroce ! On a reçu pour seul bonus une dizaine d’actions Fortis. On m’a retiré mon American Express et j’ai du résilier mon abonnement au club de squash. Et pire que tout, j’ai du déménager à Issy-lesMoulineaux. Tu te rends compte ! J’habite en banlieue maintenant ! Mes enfants sont scolarisés dans le public et vont devoir aller à la fac. Ma femme a pris deux kilos et s’est fait virer de son agence de mannequinat. Et pour couronner le tout, j’ai revendu mon Aston Martin pour acheter une Twingo. La fin du monde j’te dis…

Merci Laurent pour ce témoignage sincère sur le formidable métier de trader. Je pense que nos lecteurs comprennent mieux l’aspect vital de ta fonction à présent et mon petit doigt me dit que tu as suscité des vocations... A la prochaine pour une nouvelle interview (dé)calée !

■ MATHIEU KLINGER

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INTERNATIONAL

ISRAËL/GAZA LE SILENCE DES OCCIDENTAUX D

epuis qu’Israël mène son offensive sur la bande de Gaza, l’ensemble de la communauté internationale ne lève que timidement la voix pour protester, alors qu’il est plus que probable que si la situation avait été inverse, elle aurait réagi. Pourquoi ? Traduire ce que pensent les dirigeants occidentaux n’est pas aisé. On peut néanmoins en tracer quelques lignes directrices. Voici les raisons pour lesquelles, à mon sens, la communauté internationale peine à sanctionner Israël.

Le premier aspect, c’est qu’Israël est avant tout vu par eux comme une « promesse » et un idéal. Le peuple juif est marqué par son histoire, une histoire de malheurs, de persécution, d’exil, d’attente et d’espoir. Un peuple dispersé qui a su garder son unité, une même espérance, de mêmes coutumes. Et tous les juifs, depuis la dispersion, se transmettent de génération en génération depuis 19 siècles, la promesse de revenir sur la terre où ils sont nés, Israël. Ceci force le respect d’un certain nombre de dirigeants, qui admirent cette transmission d’héritage unique au monde. La création d’Israël répondait aussi à un idéal, comme symbole de la victoire des forces de la pensée sur la barbarie : la victoire du peuple juif sur l’horreur des camps de concentration, et sur toute l’histoire des persécutions qui lui ont été faites. Peuple juif qui à cela opposait sa culture, son esprit, en apportant, reconnaissons-le, beaucoup à l’humanité (Spinoza, Freud,

Einstein, Marx….). A sa création, Israël se fondait sur des valeurs universelles (liberté de culte, égalité des sexes, des races…) comme une réponse aux injustices subies par les juifs, injustices que l’occident a souvent interprétées comme un défi lancé à la conscience universelle. La fondation d’Israël suscita donc énormément d’espoirs, plus que la création de tout autre Etat au monde, après la barbarie de la 2e guerre, ou même de nombreuses affaires comme en France l’affaire Dreyfus. La conséquence d’une telle vision des choses, pour les dirigeants occidentaux, c’est qu’on ne peut pas « lâcher » Israël. Et ce d’autant plus que cet Etat est aujourd’hui pour beaucoup, - et la ministre des affaires étrangères israélienne (Tzipi Livni) le rappelait lors de sa venue récente à Paris, - vu comme une « frontière » entre le monde occidental et le terrorisme, - car bien que ce dernier ne connaisse pas de limite à son action, l’Etat d’Israël reste une cible privilégiée du terrorisme musulman, - et comme une « avancée », une intrusion, du monde occidental sur le monde oriental (d’où vient, ne soyons pas hypocrites, l’essence du terrorisme). Donc, l’Etat d’Israël, frontière du monde occidental. Frontière pour ne pas dire avant-poste. Les fameux tirs continuels ou presque de roquettes lancées de la bande de Gaza en seraient l’illustration. Lâcher Israël, même si elle mène un combat disproportionné, c’est (pour les présidents occidentaux) laisser les loups entrer dans le jardin occidental. Et ça, les

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dirigeants de nos pays n’en veulent pas. Lâcher Israël, alors que beaucoup de nos chefs d’Etat estiment que ce pays travaille pour nous en matière de lutte antiterrorisme, c’est se tirer une balle dans le pied. Voilà ce que pensent – peut être à juste titre ! - un grand nombre de dirigeants occidentaux.

Nos dirigeants sont donc pris dans une impasse. Soit, pour satisfaire une partie de l’opinion publique (ou peut-être par conviction, pourquoi pas), ils se mettent en porte-à-faux avec Israël, soit ils caressent dans le sens du poil un allié, et Israël en est un en matière de lutte anti-terrorisme, et ferment les yeux sur ce qu’il fait à Gaza.

Avant de clore ce dossier et de tourner la page, notons tout de même que s’ils ne faisaient pas attention à causer le moins de dégâts civils possible (dans la limite de « l’efficacité » exigée de leurs raids militaires) les soldats israéliens auraient déjà fait beaucoup plus de victimes. Ensuite, et là je m’adresse à ceux qui disent que le Hamas a été élu, je leur demande juste de se rappeler que l’élection n’est pas la garantie contre la sauvagerie, la terreur, et l’animalité, et de se rappeler de ces noms d’hommes élus qu’on aurait dû museler, le mot est faible, pendant qu’il en était encore temps : nous les avons laissé grandir, par faiblesse, démagogie, ou pacifisme exacerbé ; peut être faudrait-il penser à ne pas répéter l’erreur ?

■ LOUIS BRUNET LECOMTE


INTERNATIONAL

DE LA SUBJECTIVITÉ DU CONCEPT DE NATION

QUI N’A JAMAIS RÉVÉ DE POSSÉDER SON PROPRE PAYS ? LE SCANDALEUX VOUS EMMÈNE SUR LES TRACES DES MICRONATIONS , CES TERRITOIRES CLANDESTINS AU SEIN DE NOS ETATS SOUVERAINS.

S

eborga, Hutt River, Sealand, ces noms ne vous disent probablement rien. Pourtant, ce sont des entités revendiquant une souveraineté sur le plan international et disposant des attributs classiques de l’Etat indépendant (gouvernement, monnaie, capitale). L’absence totale de reconnaissance dont elles font l’objet les condamne à n’exister que sur le papier et à n’être considérées que comme des tentatives folkloriques. Mais quels enjeux se cachent derrière ces micronations ? Quelles problématiques en découlent ? Il faut tout d’abord distinguer la micronation du micro-Etat. Monaco, le Vatican ou encore San Marin sont des Etats dont la taille et la population est inférieure à certaines micronations mais à la différence de ces dernières, ils sont pleinement reconnus par la communauté internationale. Il est difficile de savoir combien de micronations existent à la surface du globe. On peut cependant estimer, grâce à internet (qui constitue souvent leur seul espace d’expression), que plusieurs dizaines de ces entités sont réparties aux quatre coins du globe. Il faut en distinguer deux types : celles dont l’existence est très sérieuse et correspond à une volonté plus ou moins légitime de reconnaissance de ses habitants, en temps que peuple souverain (Seborga en Italie, Hutt River en Australie) et celles dont le but est de permettre à ses fondateurs d’échapper au droit international et donc de faciliter une entreprise criminelle (en 1999 , une affaire de trafic de faux documents officiels émanant de la principauté de Sealand, au large du RoyaumeUni, a éclaté).

Afin de mieux comprendre ce qu’est une micronation, prenons l’exemple de la République du Saugeais qui occupe une surface de 125 km² en plein cœur du HautDoubs, avec Montbenoit pour capitale. Fondée en 1947 lorsque Georges Pourchet

Armoiries de la Principauté de Seborga. (Italie)

est nommé « président de la République libre du Saugeais » par le préfet du Doubs, cet Etat dispose de sa propre chaine de télévision, d’un drapeau, d’un hymne et d’une monnaie très recherchée par les numismates. Il est intéressant de remarquer qu’à la tête de cette République ont succédé au « Président Pourchet » sa femme puis sa fille en 2006 . La micronation ne doit cependant pas être réduite à une bande d’illuminés soidisant souverains mais dont le pouvoir ne dépassera jamais le cadre ultra local. L’exemple du royaume Xhosa de Tembu est à ce titre révélateur. En effet, cette nation compte pas moins de 2 millions d’individus avec à leur tête Rolihlahla Mand’ela plus connu sous le nom de… Nelson Mandela, prix Nobel de la Paix en 1993. En quoi cette nation qui n’a plus aucune existence officielle depuis 1885 et la colonisation est-elle moins légitime que Monaco ou encore le Vatican, alors même qu’ils ne disposent pas d’une langue propre ? On touche ici du doigt la contradiction du concept de nation qui n’existe concrètement que par la reconnaissance des peuples qui lui sont étrangers, sans laquelle elle ne peut exercer sa souveraineté.

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Pour bien comprendre qu’une nation au sens de l’ONU (qui confond l’Etat et la nation) n’a rien d’objectif mais n’est autre que le fait des volontés politiques de quelque pays dominant l’échiquier diplomatique, on peut se demander ce que deviendra Taïwan, aujourd’hui nation indépendante reconnue, lorsque la Chine aura fini de convaincre à coup de millions de dollars les vingt-trois derniers Etats reconnaissant le gouvernement de Taipei (dont ne font partie aucun des Etats occidentaux se posant avec tant de sincérité en défenseurs des droits de l’homme)

Cette hypocrisie consistant à accorder à certains pays plus ou moins artificiels une reconnaissance à but politique tout en la refusant à des peuples comptant parfois des millions d’habitant (Catalans, Palestiniens, Kurdes, à peu près tous les royaumes africains traditionnels) pour des motifs du même ordre est assez répugnante. Dans le même temps, et sans que la contradiction n’étonne personne, on nous sert des droits de l’homme à toute les sauces, au détail près que ces droits-là ne concernent plus les peuples et leur lutte pour la reconnaissance, mais constituent seulement une doctrine permettant à n’importe quelle minorité réelle ou fantasmée de crier au fascisme à tout bout de champ, ce qui témoigne bien de l’époque dans laquelle nous vivons. Ainsi les droits de l’individu ont remplacé les droits des nations, qui doivent accepter d’être manipulées par les intérêts supérieurs de l’ultralibéralisme sans pouvoir esquisser le moindre geste sous peine de se voir opposer la doxa droit-del’hommiste. La charte des Nations Unies pose en principe le « respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes ». Ca doit faire une belle jambe a certains…

■ MATHIEU KLINGER


FAITES-VOUS DU MAL

écrivez pour le Scandaleux.

Tu es le Bobby de la plume ? Tu es le Schtroumpf du journalisme ? Tu es le Bidochon de la chronique ? Tu es le fidèle supporter du reportage ? (Ou tout simplement tu as envie d’écrire, de partager ton point de vue, de raconter tes histoires ou celles des autres, de crier haut et fort tes opinions, de coucher ton vécu sur le papier, de remplir des pages et des pages avec ton écriture pattes de mouche, ou de remplir les poches du concepteur de Word, cinquième fortune mondiale ?) Pas de problème. Envoie-nous tes articles (500/900mots). À cette adresse : contact@lescandaleux.fr Nous te publierons avec grand plaisir. Alors n’hésite plus et fais-toi bien mal.

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63-66 : LES ANNÉES FURIEUSES

«N

on, non, non ». Amsterdam, 1966. Dylan, premier sacrifié sur le grand autel folk de la contestation hippy des sixties, s’entête derrière ses Ray Ban désormais cultes. Entre deux clopes et trois acides, la bête traquée qu’il est devenu presque par hasard cherche désespérément la sortie. Starifié malgré lui par une jeunesse revendicatrice, Dylan vit mal les contraintes de la célébrité. Epuisé par trois semaines de nuits blanches mais sombres, il tente dans un ultime effort de clarté de discréditer cette étiquette branlante de petit génie de la chanson engagée. « Non, non, non…Je n’ai pas voulu révolutionner l’écriture des chansons, pas plus que la société d’ailleurs. Et non, l’étude de mes albums ne permettra à aucun artiste, jeune ou vieux, de perfectionner son art ». Amen. La messe est dite. Chant du cygne avant l’heure, la tournée européenne entamée avec les Hawks au mois d’avril prend des allures de chemin de croix, et s’achève dans la débâcle et les cris du Royal Albert Hall. Dylan, crucifié, refuse les concessions et hurle à la face d’un public déjà bien chaud son dédain et son mépris des conventions. 29 juillet 1966, Woodstock. Bobby loupe un virage et envoie sa moto et sa carrière dans les

choux. Le souvenir encore brûlant de James Dean, autre victime de cette fureur de mourir très rock’n’rollienne, plane tragiquement au-dessus des brushings peace & love d’une génération qui se cherche. Fin de la pièce ? Loin s’en faut. Seulement celle de l’acte I. Bienvenue dans l’histoire tragi-comique de Bob Dylan, alias Robert Allen Zimmerman. Notre héros poussa sa première chansonnette le 24 mai 1941 dans une petite bourgade sans histoire (donc terriblement ennuyeuse, cela va de soi !) du Minnesota. En 1955, il décide de se faire les dents sur un vieux piano pourri au sein des Golden Chords, gentil groupe de prépubères dont le répertoire ne doit pas dépasser les trois standards ricains du moment. Il troque rapidement son huit octaves pour une six cordes acoustique qui l’accompagne lors de prestations fumeuses dans les cafés miteux de Minneapolis. A l’été 1960, c’est la révélation. Le jeune Zimmerman est frappé par la grâce d’un de ces poètes obscurs tombés pour que dalle si ce n’est pour la gloire de leurs disciples, Woody Guthrie. Même après toutes ces années, son regard continue de briller à l’évocation de Guthrie, ce poète des « boules de poussière », dont quelques chansons, comme « This land Is

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Your Land », évoque avec une éloquence rare le gouffre qui sépare les idéaux américains de la réalité. A l’automne, il apprend l’harmonica et en décembre, il débarque avec sa guitare et son sac dans le froid hivernal qui secoue les fêtes de fin d’année new-yorkaises. Pas con pour un sou, notre songwritter décide de prendre ses quartiers à Greenwich Village, sorte d’enclave fashion-bobo érigée en chef lieu artistique de la Beat Generation, cette génération de branleurs qui, entre deux bédos bien tassés, rêve de transgressions et de nouveaux chemins pour atteindre des concepts pas bien originaux genre fraternité et création, mais sous une forme originale et inédite. Cette « Bite » Generation tenta de réveiller le corps et l’esprit: voyager sous tous les cieux, boire, se droguer, appeler Dieu ou le rejeter, abolir toutes les conventions, toutes les traditions, partir seul ou à plusieurs, rêver sa solitude, vivre son enthousiasme aussi bien que sa dépression, brûler sa vie jusqu’à se détruire. «Les seuls gens vrais pour moi sont les fous, ceux qui sont fous d’envie de vivre, fous d’envie de parler, d’être sauvés, fous de désir pour tout à la fois, ceux qui ne baillent jamais et qui ne disent jamais de banalités, mais qui brûlent, brûlent, comme des feux d’artifice extraordinaires qui explosent comme des araignées dans


PORTRAIT les étoiles, et en leur centre on peut voir la lueur bleue qui éclate et tout le monde fait «Waou !». Tels sont les mots du prince déchu de la Beat Generation, Jack Kerouac.

Que recouvre au juste la notion de beat que tout le monde connaît (c’est à la mode) mais que personne ne comprend (c’est plus commode) ? La question a été posée des centaines de fois à son inventeur. Au point qu’il a fini par s’essayer lui-même au jeu des définitions. Trois textes, publiés coup sur coup à la fin des années 50, reviennent sur ce qualificatif incertain et ses innombrables dérives sémantiques. Kerouac commence par taper sur la table : «La Beat Generation n’est pas une bande de voyous, de culs-terreux, d’irresponsables et de déracinés», clame-t-il dans un article publié en février 1958. Avant de poursuivre : «Beat ne veut pas tant dire fatigué, ou éreinté, que beato, béatifique en italien : être dans un état de béatitude. Comment cela peut-il se faire dans notre monde moderne délirant? En pratiquant un peu la solitude, en partant tout seul de temps en temps pour engranger l’or le plus précieux : les vibrations de la sincérité.» Mais au petit jour, rattrapées par une matutinale gueule de bois, les idées s’embrouillent et la tentative de définition s’achève sur des propos qui, déjà, annoncent la fin dérisoire d’une époque. «Malheur à ceux qui crachent sur la Beat Generation, le vent le leur renverra!» Trop tard : le vent a tourné; sur le petit écran on diffuse ad nauseam des numéros beatniks. Cruelle consécration…Comme le sera celle de notre trublion quelques années plus

en refusant de se produire au Ed Sullivan Show, passage télé alors obligé pour tout rebelle en quête de reconnaissance. Dandy corrompu par l’arrogance des génies consacrés trop jeunes, il n’est pas un chanteur à populace. Non, monsieur ne prostituera pas son âme d’élite aux plaisirs prosaïques du showbiz ; il préfère remettre la patte à l’étrier. Nous sommes en mai 1963 et Dylan, du haut de sa candide insolence, vient de pondre son premier chef d’œuvre : « Freewheelin’ ». L’album s’ouvre par « Blowin’ in the Wind », classique déjà célébré par Peter, Paul & Mary et qui, à la crête du mouvement pour les droits civiques, résumait les passions et les questions du temps. On nage en plein trip Easy Rider, genre road movie et compagnie… Tout le monde plane complet, par delà les paradis artificiels et acidifiés des prémices du power flower. On trouve aussi sur « The Freewheelin’ » d’autres pépites comme « Girl Of The North Country » ou encore le très beau « Masters Of War », véritable brûlot qui possède encore une puissance sidérante, sans parler de la violence du ton. Qui ne voudrait pas aujourd’hui rester debout près de la tombe de Mr. Cheney et son pantin de président ? « Pour être sûr que vous soyez mort.» Personne n’écrit plus des choses pareilles. Si « Freewheelin » offre à Dylan sa première intronisation dans le petit monde underground du folk, la parution de « The Times They Are A Changin’ » en janvier 1964 l’envoie tout droit côtoyer les étoiles filantes de la célébrité. Hymne de la jeunesse sixties d’une Amérique contestée dans son impérialisme capitaliste qui l’a clouée dans le bourbier Viêt-Cong, la chanson à laquelle

de ses narines poudrées comme un sapin de Noël, il enchaîne acides et compositions et met en boîte, en deux petites années, pas moins de quatre albums tous plus brillants les uns que les autres. Le Grand Chelem s’ouvre en 1964 avec « Another Side of Bob Dylan » -ça respire déjà la mégalomanie, se poursuit en 1965 avec « Bringin’ It All Back Home », atteint des sommets six mois plus tard avec « Highway 61 Revisited », et touche carrément le ciel le 16 mai 1966 quand paraît le très célèbre « Blonde On Blonde ». Bob Dylan est désormais, n’en déplaise à notre jacky national Johnny Halliday, l’idole des jeunes. Il s’encanaille avec les Hawks, futurs The Band, groupuscule musical obscur détruit par ses trop grandes mais non moins géniales ambitions, et part prêcher la bonne musique à travers les Etats-Unis, l’Europe et l’Angleterre surtout…

l’album doit son titre caresse, par son imagerie simple et ses nombreux vers à consonance biblique, l’utopie naissante d’un monde meilleur pour les enfants de la guerre. Le fait est que quarante ans après, les temps n’ont pas changé… Mais qu’importe, on pardonne, juste pour la nostalgie. Pour ce petit goût d’anarchie dont on ne peut que rêver à défaut d’autre chose.

dans le conformisme et certains de ses textes, bien qu’il s’en défende, témoignent d’un léger esprit soixante-huitard, mais quand même : Bob Dylan n’est pas celui qu’on veut qu’il soit. Enigmatique, froid et hautain, le petit prince du folk crache dans la soupe plus qu’il ne faudrait. «Je n’ai jamais eu l’intention d’écrire sur la politique. Je ne voulais pas être un moraliste politique. Il y avait des gens pour faire ça. Phil Ochs se concentrait sur tous ces sujets politiques. Il y a tant de facettes en nous, et ce sont elles que je voulais explorer. On peut se sentir si généreux un jour et si égoïste l’heure d’après ». Et qu’à cela ne tienne, Dylan enfonce le clou par

En ce mois de mai 1966, Dylan a peur. Il n’est pas le messie. Il n’en veut pas de cette etiquette contestatrice et revendicatrice qu’on lui colle sur le dos. Y’a déjà Lennon et sa crevette asiatique aux yeux plus gros que le ventre sur le créneau. Enfin pas encore mais il anticipe. On le sait, c’est chose connue, Dylan ne jouissait pas du talent commercial des Korn, Limp Bizkit et autre Linkin Park pour s’adresser aux « kids » comme dit ce gros bœuf de Fred Durst qui pousse le ridicule de son éclatante connerie jusqu’à se faire tatouer Kurt Cobain et Elvis Presley sur ses pectoraux junkfoodiens. Autant dire que ces frêles épaules ne sont pas taillées pour supporter le poids de cette frénésie midsixties qu’on lui offre. Certes, il n’a jamais fait

Enigmatique, froid et hautain, le petit prince du folk crache dans la soupe plus qu’il ne faudrait. [...] « On peut se sentir si généreux un jour et si égoïste l’heure d’après » tard. Tout vient à point pour qui sait attendre…

Et en attendant justement, Robert rentre en studio en Novembre 1961 pour l’enregistrement de son premier album sobrement intitulé « Bob Dylan ». Peu après, Robert Allen Zimmerman abandonne son joli nom qui sent bon la terre promise pour celui plus trendy de Bob Dylan. Un anonyme disparaît, une légende est née. L’année 63 est celle de tous les succès. Bobby, encore traumatisé par sa rencontre avec Guthrie, clodo lessivé par la vie et la misère des grandeurs, enchaîne les concerts et déjà développe le sens commercial qu’on lui connaît

Jusqu’à ce jour fatidique du 29 juillet 1966 (vous vous rappelez, Bobby, sa moto, les choux, le décor…), Dylan n’arrête pas une seconde. Le jeune prodige est même complètement flippé à la seule idée de dormir. Parano jusqu’au bout

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le dédain affiché de ses prestations scéniques plus que provocantes de mutisme et d’insolence. C’est pour ça qu’on l’aime notre Bobby, pour son intégrité artistique presque rustique mais tellement pure. Pas de froid calcul commercial, it’s only folk’n’roll…Mais à trop jouer avec le feu, Dylan se crame aussi vite que ses petits neurones déjà bien embrouillés par sa paranoïa cocaïnique. Icare des temps modernes, ses ailes fondent à une vitesse vertigineuse sous les projecteurs ardents de la célébrité ; la chute est imminente. Mesdames et Messieurs, veuillez attacher vos ceintures de sécurité, le spectacle va s’achever…

FILMS

ALBUMS 63-66

Il est bientôt 21h00 quand Dylan rentre dans l’arène électrisée du Royal Albert Hall de Manchester en ce soir de mai 1966. Depuis trois semaines éprouvantes d’une des tournées les plus controversées de l’histoire du rock, notre gladiateur enchaîne les combats avec une rage impressionnante. Mais on ne peut gagner à tous les coups. Il le sait. Ce soir, les lions sont trop nombreux, trop vifs, et l’odeur du rock les excite. Le premier set, acoustique, essentiellement composé des titres de «Highway 61 Revisited» et de « Blonde on Blonde », les maintient à distance. Quelques applaudissements saluent même respectueusement le travail de l’artiste.

Mais les choses se gâtent dans la deuxième partie. Dylan, présomptueux comme jamais, s’accroche à ce qu’il reste du navire et ordonne à son équipage de circonstance, les Hawks, d’augmenter les coups de rame. C’est donc avec les potards à 11 que le groupe attaque le sublime « Tell Me Momma » avant d’enchaîner sur un «Baby Let Me Follow You Down» prémonitoire et on ne peut mieux choisi. T’inquiète Bob, non seulement tu vas plonger avec eux, mais ils vont te noyer. En effet, le public est debout et réclame, les deux pouces vers le bas, la mise à mort. Chacune des notes que balancent les Hawks sont autant de balles qui déchirent la tension asphyxiante de la situation. Et au milieu de l’orage, seul, impérial, meurtri, Dylan qui hurle ses dernières volontés. « Judas ! » crie l’un des détracteurs perdu dans la foule déchaînée. « I don’t believe you » répond le chanteur. Il se tourne vers son groupe : « play fucking loud ! ». Les Hawks s’élancent alors dans une version monolithique -la plus belle et la plus dangereuse- du chef d’œuvre rock des sixties : « Like a Rolling Stone ». Ironie du sort, Dylan, qui s’est battu depuis le début pour démolir l’étiquette de prophète contestataire qu’on lui avait immédiatement collé sur le nez, vient de tomber en martyr. Deux mois plus tard, Bobby loupe un virage, etc., etc.…. Plus rien ne sera

1963 The Freewheelin’ Bob Dylan

1964 Another Side Of Bob Dylan

1964 The Times They Are a-Changin’

1965 Bringing It All Back Home

1967 Dont Look Back par D.A. Pennebaker

2005 No Direction Home par Martin Scorsese

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comme avant. Certes, la musique ne se perdra jamais dans les facilités de la médiocrité racoleuse comme dans le cas de Bowie, Lou Reed ou Iggy Pop (« China girl », quel supplice !) pour atteindre même fréquemment des sommets peu accessibles (« Knockin’ on Heaven’s door », « Things have Changed », « Hurricane » et tant d’autres), mais la magie, elle, ne survivra pas aux années Reagan, tombeau du rock et de ses derniers apôtres.

«Je n’ai jamais voulu être ni un prophète ni un sauveur. Elvis peut-être. Je me voyais bien devenir comme lui. Mais prophète? Non.», dit le chanteur, aujourd’hui âgé de 67 ans… Dylan s’est brûlé à trop vouloir rester sincère. «C’était comme entrer dans une histoire d’Edgar Allan Poe. On n’est tout simplement pas la personne que tout le monde pense que l’on est…Mon truc ... c’était les chansons … Ce n’était pas des sermons», ajoute-t-il. «Si on examine les chansons, je ne pense pas qu’on y trouve quoi que ce soit qui montre que je suis le porteparole de quiconque ou de quelle cause que ce soit». Ceux qui pensent comme ça «ne doivent pas avoir entendu les chansons». Comme ça c’est dit. Et fini aussi. RENAUD CAMBUZAT

1965 Highway 61 Revisited

1966 Blonde On Blonde

2007 I’m Not There par Todd Haynes


T

he Cure, ce n’est pas qu’un groupe, c’est un monument. Présents dans les Charts depuis plus de trente ans, on les a vu muter et évoluer au fil des albums, et surtout au bon gré des humeurs changeantes de leur leader charismatique, Robert Smith. Souvent imité mais jamais égalé, ce dernier fut l’initiateur du mouvement de musique « Cold Wave », base sur laquelle nombre d’excroissances gothiques ont pris appui pour se créer une identité.

Robert Smith, c’est une coupe de cheveux travaillée au Bison 5, et une tronche fardée à la truelle : rouge à lèvres dégoulinant et maquillage si pâle qu’on croirait avoir à faire à un sidaïque en phase terminale. En gros, « The Crow » a dû passer chez Robert pour un relooking total à ses débuts… Le look Robert Smith sera également adopté par toute une flopée de fans qui, lors de festivals musicaux comme celui des Eurockéennes de Belfort, purent regretter l’adoption d’une telle apparence lorsque la chaleur trop élevée obligea les organisateurs à arroser la foule aux tuyaux d’arrosage. On vous laisse imaginer la gueule du maquillage après ça… La force de « The Cure », c’est d’avoir su créer des tubes dans des registres musicaux aux antipodes les uns des autres. Après les succès de morceaux comme « Boys don’t cry » ou « Killing an Arab », plutôt pop, on entre réellement dans l’univers particulièrement sombre de la période

MUSIQUE glauque et claustrophobe de The Cure avec les albums « Seventeen Seconds », « Faith » et « Pornography » (1979-1982). Les paroles parlent de suicide, sont profondément noires et désespérées, et la recette se vend comme des petits pains. Suite à cela et après un petit break, The Cure changent littéralement de cap et sortent des albums à la pop résolument plus joyeuse et festive, intégrant trompettes et autres cuivres. Durant cette période qui durera de 1983 à 1988, The Cure devient un succès mondial, et sort des morceaux qui constitueront parmi les plus grands tubes du groupes: « Let’s go to bed », « Close to me », « The lovecats », etc.

1989 marquera une rupture et un retour au style glacial et caverneux des Cure : c’est la sortie de l’album « Disintegration ». Pour beaucoup, il s’agit là du meilleur album du groupe. Le retour au style Cold Wave combiné à la maturité musicale de Smith génèrent un chef-d’œuvre, qui restera l’album le plus vendu des Cure. Durant l’écriture de l’album, la tension au sein du groupe est insoutenable : Lol Tolhurst est viré pour de lourds problèmes d’alcoolisme tandis que Robert Smith, en profond délire dépressif, se bourre de LSD et autres drogues aux effets psychédéliques. Les membres du groupe se voient alors retiré le droit de rire en la présence de Smith qui restait enfermé jour et nuit dans son bureau à lire des ouvrages de psychologie. L’album s’avère être bien plus accessible que le dernier dans le genre (« Pornography »), et produira quelques Hits (« Love-

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song », ou « Lullaby » dont le clip montre Smith paralysé sur son lit et chuchotant les paroles de la chanson pendant que des araignées tissent des toiles autour de son visage…). La voix tremblante de Smith est amenée par le son cristallin des guitares lancinantes de Porl Thompson, et l’efficacité de la section rythmique composée par Simon Gallup aux envahissantes lignes de basse et Boris Williams à la batterie. Ce savoureux mélange saura séduire tous ceux d’entre vous qui viennent de se faire lourder par l’amour de leur vie.

Pour la suite, les Cure sortiront deux albums au cours des années 90 : « Wish » (qui se vendra très bien) et « Wild Mood Swings » (qui se vendra très mal…), et quelques changements auront lieu au niveau de la formation. Le style des albums est moins marqué, et plus éclectique, ce qui a probablement causé la déception des fans. Les années 2000 débutent avec la sortie de « Bloodflowers » qui bénéficiera d’un accueil plus chaleureux, suivi d’un album éponyme en 2004. A côté de cela, les Cure ont multiplié les éditions remasterisées, compilations et autres Best-Of, qui malgré l’activité toujours existante du groupe sont perçus comme des signes avant-coureurs de la fin de vie du groupe. Le 13ème album des Cure est cependant sorti en Octobre 2008 (« 4 :13 Dream »), et il semblerait qu’il ne faut jamais vendre la peau de Robert Smith avant de l’avoir tué car ce dernier s’avère être une perle, alors courez l’acheter !!

■ STEPHANE RUMMELHARD


SPORT

LE «PARLER FOOT » CÔTÉ

JOUEURS

Règle n°1 : Analyser la situation dès la première question. Journaliste : « Alors Karim, votre sentiment sur ce match ? » Toi : « Je crois qu’on a assisté à un bon match de football, avec deux équipes qui ont joué au ballon du début à la fin et qui ont montré de l’envie. Il y a eu de l’agressivité dans le bon sens du terme. A partir de là je crois que bon, on a pu faire des passes, des tirs, on s’est créé des occasions, c’est bien pour le jeu, c’est bien pour les spectateurs. » C’est clair, concis, journaliste et téléspectateurs seront conquis. Règle n°2 : Savoir s’adapter.

En cas de victoire : Journaliste : « Satisfait de la victoire j’imagine ? » Toi : « Oui, c’est sûr que ça fait toujours plaisir de gagner ; trois points de plus au compteur, c’est une bonne opération compte tenu de la physionomie du match et ça récompense le travail de toute l’équipe. On a su faire abstraction du contexte ; il y a des jours comme ça où tout vous réussit ! Après, faut relativiser, c’est qu’une victoire pour une saison qui est encore longue et bon, on prend les matchs les uns après les autres et faut déjà qu’on se reconcentre pour le match de Coupe de France de mardi contre Brive-la-Gaillarde qui s’annonce difficile.» En cas de défaite : Journaliste : « Pas trop déçu de repartir vaincu ? » Toi : « Oui, c’est sûr que c’est jamais

JEUNE FOOTBALLEUR, TU VEUX TOI AUSSI PARLER COMME LES PROS ? SUIS LE GUIDE POUR RÉPONDRE À UNE INTERVIEW... CE N’EST PAS SI COMPLIQUÉ !

agréable de perdre ; le compteur reste bloqué à zéro, c’est une mauvaise opération compte tenu de la physionomie du match et le travail de toute l’équipe n’a pas été récompensé. On n’a pas su faire abstraction du contexte ; il y a des jours comme ça où ça passe pas ! Après, faut relativiser, c’est qu’une défaite pour une saison qui est encore longue et bon, on prend les matchs les uns après les autres et faut déjà qu’on se reconcentre pour le match de Coupe de France de mardi contre Brive-la-Gaillarde qui s’annonce difficile.» En cas de match nul : Journaliste : « Match nul ce soir, satisfait ou pas ? » Toi : « Bah, c’est sûr que ça fait toujours plaisir de gagner et c’est jamais agréable de perdre, donc là ça fait un point de plus au compteur, c’est une opération mitigée compte tenu de la physionomie du match et le travail de toute l’équipe a été en partie récompensé. On n’a pas su bien appréhender le contexte ; il y a des jours comme ça où aucune des deux équipes n’arrive à faire la différence ! Après, faut relativiser, c’est qu’un match nul pour une saison qui est encore longue et bon, on prend les matchs les uns après les autres et faut déjà qu’on se reconcentre pour le match de Coupe de France de mardi contre Brive-la-Gaillarde qui s’annonce difficile.»

Tu vois, le footballeur est capable d’adapter son discours en toutes circonstances tout en faisant preuve d’originalité. Règle n°3 : HU-MI-LI-TÉ !

Journaliste : « Karim, vous marquez 9 buts ce soir, dont un coup-franc de 75 mètres,

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c’est extraordinaire ! » Toi : « Oui je marque, c’est bien, mais bon, le plus important c’est l’équipe. Ce soir c’est d’abord la victoire du collectif ; si derrière on me fait pas la bonne passe au bon moment, j’aurais pas marqué autant de buts, et puis j’ai eu beaucoup de réussite… La semaine dernière on a péché dans le dernier geste et on a payé nos erreurs cash, ce soir on a su provoquer la chance. Tout va très vite dans le football vous savez !». Et oui, on les aime ces champions qui savent rester humbles…

Règle n°4 : n’utiliser ni subjonctif, ni langage soutenu ! Ne dis pas : « Il ne me semble pas en effet que nous ayons commis beaucoup de bévues en 2ème mi-temps étant donné l’opiniâtreté de l’équipe adverse qui s’est ruée sur le référentiel bondissant tel un animal affamé ». Préfère plutôt : « Bah c’est vrai que je crois pas qu’on a fait tant d’erreurs que ça en 2ème mi-temps vu que en face ils ont bien joué physique et ils couraient sur tous les ballons comme Speedy Gonzales mort de faim ». C’est quand même bien plus clair ainsi, non ?

Si tu maîtrises ces règles d’or, alors peutêtre un jour deviendras-tu le nouveau Ballon d’Or. Un mot de journaliste – ou plutôt trois – pour terminer, « à ciao bonsoir » !

■ CLEMENT L


CÔTÉ

SUPPORTERS

Règle n°1 : Rester objectif en toute circonstance. Le bon supporter reste détaché et assez peu partisan, car au delà de la victoire ou de la défaite, le vrai vainqueur c’est le football et un stade doit rester un lieu de fête. La citation : «Arbitre enculé ! »

Règle n°2 : Garder le sens de la mesure. Le bon supporter ne se laisse jamais envahir par sa passion et reste lucide sur les performances de son équipe.

La citation : « Putainngggg on aurait du gagner au moins 12-0, dommage qu’on ait perdu » Règle n°3 : Analyser la situation avec finesse

Le bon supporter arrive à considérer une situation avec clairvoyance, et fait souvent profiter ses voisins de son opinion, afin qu’un dialogue constructif s’installe. La citation : « BAAAAAAAAAAAAAAAH !»

TU RESTES ASSIS TOUT LE MATCH ? TU N’INSULTES JAMAIS L’ADVERSAIRE ? ...TU N’AS DONC RIEN COMPRIS AU FOOTBALL ! VOICI LES RÈGLES DU BON SUPPORTER.

ça non vraiment je comprend pas, moi je fais pareil pour 20 fois moins !!» Règle n°5 : Etre fidèle.

Le bon supporter ne se laisse jamais abattre et supporte son équipe inconditionnellement.

La citation : « Nous on partira 5 minutes avant sinon il y aura trop de monde au métro, de toute manière je sens qu’on va encore perdre et je veux pas louper la rediffusion de la Nouvelle Star » Règle n°6 : Etre un peu poète.

Le bon supporter a une créativité et une sensibilité à faire passer Jean Jacques Goldman pour un membre des 2be3 lorsqu’il entonne ses chants favoris.   La citation : « Les Wallons sont du caca » Tu l’auras compris , avoir la classe et passer pour un connaisseur du ballon rond c’est pas compliqué et c’est surtout une affaire de volonté, alors merci qui ?

■ MATHIEU KLINGER

Règle n°4 : Ne jamais se contredire.

Le bon supporter arrive à faire le lien entre l’évènement A « je donne la moitié de mon salaire à mon club entre l’abonnement, les droits télé et les produits dérivés » et l’événement B « Un illettré notoire touche 100 fois le smic en tapant dans une balle ». La citation : « J’arrive pas à comprendre comment on peut payer autant un mec qui arrive même pas à tirer dans les buts, alors

Tu t’ennuies toujours ? Colorie Baloo le petit ballon !

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HOROSCOPE & JEUX

MOTS CROISÉS MISSION IMPOSSIBLE Verticalement A) Région paradoxalement rugueuse. B) If latin. Faiseur et briseur de ménages. C) Damné, juré voire tenu. Un avoir « vieille France ». D) Un néant dénombrable. E) Patrons d’hôtel, pour le petit peuple. F) De Cheick, en ce moment. Une masculinité écourtée. Dedans. G) Un don d’Isis, ce prénom ! H) Ninon, pour Brassens. I) Influence le glaive et la balance.

A

B

C

D

E

F

G

H

1

I

Horizontalement 1) Dessina des séquelles. 2) Prenais l’ultime échappatoire. 3) Pas unis, mais pour le meilleur et le pire quand même. 4) Hachesse. Divinité lunaire. Ville de buveur. 5) Mettons le feu. 6) Petit maître. Unissent Michel et les plantes. 7) Révolte d’un autre temps. Un des quatre de Vivaldi. 8) La fin d’une opération qui barbe… 9) Poursuivi, pour les puristes. N’opine pas du chef.

2 3 4 5 6 7 8 9

L’HOROSCOPE du Divin Marcel BÉLIER

Belle hier, habile habillée, vous déliez lentement les limbes de l’être allié. Brillez belle rebelle.

TAUREAU

Rature rutilante et ruminante. Ne soyez pas retors, tout vous donne tort. Trop tard tare...

LION

On lit que la lie de vos ultimes liaisons sonne l’hallali qui alite vos limites. Militez !

VIERGE

Un virage émerge, la rage germe et gère mégères et grives, égéries régies par le mirage de votre vie.

SAGITTAIRE

Ça gîte terriblement, vous taire mettrait votre tête en terre, gisante entière. Sachez l’agiter !

CAPRICORNE

Encore en panique, un corps empathique écornera vos caprices, ornera vos pratiques.

BALANCE

VERSEAU

Les mots tus tuent les maux. Mais motus. Usez des maudits mots avec parcimonie.

Les bras ballants lacérés par la lance élancée de votre silence, rassemblez vos sens et lancez-vous.

CANCER

SCORPION

POISSON

GÉMEAUX

Cancre las, à cran, créez l’écrin qui vous crie combien votre cœur est rance et acerbe.

Les pires scories accourent et crépissent votre corps pilonné par le sort. Prions !

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En vrai sot, le cerveau sevré, asservi, vous déverserez sang et eau pour assouvir vos envies de vices.

Polisson ! La poisse et son poids sapent pistes et pistons. Pensez à placer vos pions sans pioncer !


LE

SCANDALEUX

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#7 - MAI 2009 - LE SCANDALEUX

Directeur de la publication : Damien LAULER Secrétaire Général : Pierrick CAMBUZAT Rédacteur en chef : Nicolas de CHAMISSO Responsable sponsors : Mathieu OLIVEIRA Responsable Communication : Marie AZAMBRE Mise en page : Pierrick CAMBUZAT & Clément LAMBERT Site internet : Benoît LIMARE

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