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Michel Leiris et Carl Einstein

témoignage

/ l’article

Au début de mes recherches sur Carl Einstein, dans les années 1970, j’eus la chance d’être reçue à Paris par ses derniers contemporains et amis, parmi lesquels Daniel-Henry Kahnweiler, Louise et Michel Leiris, Maria Jolas, Clara Malraux… Ma première rencontre avec Michel Leiris eut lieu dans son bureau au Musée de l’Homme et la conversation s’attacha essentiellement à Negerplastik (1915), cet essai de Carl Einstein aussi bref que magistral sur la « sculpture nègre ». Il s’agit de la première analyse formelle de l’art africain, que Jean Laude venait de me demander de traduire1 en français pour son centre de recherches de Paris I-Sorbonne et que, bien sûr, Leiris cite et commente à plusieurs reprises dans ses propres écrits sur l’Afrique. Puis Michel Leiris me reçut chez lui, Quai des Grands-Augustins, et me parla alors des années de Documents, de ses rapports avec Carl Einstein, m’apportant maintes informations inédites et utiles. Il me rendit aussi possible l’approche d’autres contemporains de Carl Einstein, par exemple celle de Georges Henri Rivière et de Gaston-Louis Roux. Nous nous croisâmes ensuite souvent à la Galerie Louise Leiris où je préparais mes contributions au catalogue Daniel-Henry Kahnweiler marchand, éditeur, écrivain (1984), puis, plus tard, l’édition de l’ensemble de la correspondance2 entre Einstein et Kahnweiler que Louise Leiris m’avait généreusement autorisée à réaliser — autorisation que Michel Leiris confirma après le décès de son épouse — et qui sortit en 1993. D’une exquise politesse, très intéressé par l’avancement de mes propres travaux, attentif et distancé, il m’a laissé le souvenir impressionnant d’une icône des avant-gardes, bienveillante et vigilante. J’ai rapporté dans l’introduction à mon édition des textes de Carl Einstein pour Documents3 les souvenirs de Michel Leiris concernant le rôle de C. Einstein au sein de la revue. Si Einstein et Kahnweiler étaient de la même génération, de la même origine judéo-allemande, liés par une amitié déjà ancienne et à toute épreuve, il n’en était pas de même pour Michel Leiris, bien plus jeune, marqué par le surréalisme et beaucoup plus proche de Georges Bataille. Comme le soulignait Leiris, Einstein était resté étranger au surréalisme et à ses querelles intestines, mais il apportait à l’équipe de Documents la riche expérience acquise en Allemagne, d’abord dans le cercle de Die Aktion — la revue expressionniste de son beau-frère Franz Pfemfert — puis dans celui de revues éditées par ses soins, notamment Der Blutige Ernst, en collaboration 1 Cf. La Sculpture nègre. 2 Correspondance C.Einstein -D.-H. Kahnweiler 1921-1939. 3 éthnographie de l’art moderne.

Cahiers Leiris n°2  

Editions les Cahiers Dépot légal : aout 2009 ISBN : 978-2-9534806-0-3 16,5x24 cm 368 pages 35 euros

Cahiers Leiris n°2  

Editions les Cahiers Dépot légal : aout 2009 ISBN : 978-2-9534806-0-3 16,5x24 cm 368 pages 35 euros

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