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Chronique

politique

Contes merveilleux

139 pages – 15 euros Éditions Via Romana : 5 rue du Maréchal Joffre 78000 Versailles

René Bazin est un auteur qui sent bon les greniers d’antan. Ce chantre d’une France rurale et pétrie de traditions populaires a aujourd’hui bien disparu des mémoires. Pourtant, ses livres « La terre qui meurt » ou « Le blé qui lève » ont enchanté la génération de l’immédiat avant-guerre de 14, ainsi que celle de l’entredeux-guerres. C’est donc une heureuse surprise de voir la réédition d’un recueil peu connu de ce poète, des contes merveilleux dans lesquels les légendes de l’Anjou se mêlent à la réalité…

es récentes grèves à la SNCF ou dans l’Éducation nationale ont mis en évidence un phénomène que l’on sentait sourdre depuis des années, mais dont la « grande presse » se fait enfin l’écho. Ce phénomène est simple : plus personne dans la population française ne se sent solidaire des grévistes. Le mythe savamment entretenu des fonctionnaires « faisant grève pour nous », pauvres agents du secteur privé, ne tient plus. Au passage, je signale que, durant tout le temps où ce mythe a dominé le débat public, nous n’avons jamais pu savoir avec précision si ces braves gens « faisaient grève pour nous », parce qu’empêtrés dans des « rapports de production » iniques, nous n’avions pas les moyens de le faire. Ou, si nous n’avions simplement pas l’intelligence de « savoir » que nous aurions dû faire grève avec eux. Compte tenu de l’idéologie marxisteléniniste largement hégémonique dans le monde syndical français, ce qui est certain, c’est ceci : les syndicats de la fonction publique, avant-

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<gdethieulloy@les4verites.com> Guillaume de Thieulloy, 35 ans

Vers un front commun des preneurs de risques

René Bazin

Via Romana

Guillaume de Thieulloy

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garde éclairée du prolétariat, savaient naturellement mieux que nous ce qui était bon pour nous ! En tout cas, le mythe ne tient plus. Plus personne ne croit que les fonctionnaires ou les agents de la SNCF font grève « pour nous ». Tout le monde critique, au contraire, les grévistes pour les problèmes qu’ils rajoutent à notre vie quotidienne. Plusieurs supports de la « grande presse » se sont fait l’écho de cette réalité, ces derniers jours. On lisait, ou on entendait, des grévistes s’étonner que la France entière ne les soutienne pas. Et même déplorer que les Français ne se préoccupent que de l’organisation de leur vie quotidienne et non du « vrai sujet » : le motif de la grève. Tiens, au fait, c’est vrai, ça ! Pourquoi faisaient-ils grève ? Bonne question, dont la réponse n’est pas simple à donner, puisque, selon les grévistes interrogés, on passait d’un sujet à l’autre avec une facilité déconcertante. Ce qui laisse un petit doute s’installer : et s’il n’y avait pas d’autre motif à ces grèves que de montrer au gouvernement la puissance de feu des syndicats révolutionnaires ? Toujours est-il que le principe de réalité s’impose : nul dans la population ne se sent plus de « solidarité de classe » avec les syndiqués de SudRail. Je puis bien avouer que cela ne me fait pas de peine : je ne me suis jamais senti solidaire avec eux. Et quand, par impossible, j’avais l’impression qu’ils disaient une chose de bon sens, il m’a toujours suffi d’aller creuser un peu pour découvrir que soit les journalistes avaient mal retranscrit leurs propos, soit leur slogan était un pur mensonge tactique. Il reste que la situation est nouvelle. Ce ne sont plus seulement les anticommunistes primaires comme votre serviteur qui ne se sentent pas solidaires de Sud-Rail et de leurs petits camarades de jeu, c’est la quasi totalité des Français.

Mieux encore : à la place de cette prétendue « solidarité de classe » qui n’a jamais existé que dans l’imagination des personnes intoxiquées de marxisme, commence à transparaître une autre forme de solidarité, autrement plus « subversive ». La solidarité de ceux qui risquent quelque chose : leur emploi, leur capital… Les PDG du CAC 40, selon l’indépassable modèle Messier, ne risquent pas leur propre argent quand ils font des acquisitions aventureuses. Les agents de Sud-Rail ne risquent pas de perdre leur emploi quand ils immobilisent le reste de la population. Face à ces catégories de « sansrisques », la plupart d’entre nous sommes soumis aux aléas de la vie : nous pouvons perdre nos emplois, notre argent ou nos entreprises par suite d’une crise financière dans laquelle nous n’avons été strictement pour rien. Sinon que beaucoup d’entre nous n’ont cessé de crier « cassecou » dans les mois qui ont précédé l’éclatement de la bulle. Sans mérite particulier d’ailleurs : il n’est pas besoin d’être spécialement génial pour savoir qu’une hausse du SMIC sans hausse de la production entraîne une hausse de l’inflation, ou que prêter de l’argent que l’on n’a pas à des débiteurs insolvables n’est pas une opération avisée ! Si la convergence des intérêts de ceux qui prennent des risques et créent de la richesse devait se concrétiser, nous tiendrions là un axe politique majeur. Tout le contraire d’une lutte des classes, mais une véritable lutte entre une économie de propriétaires et une économie accaparée, entre nantis et preneurs de risques. La droite politique aurait intérêt à suivre cette affaire et à soutenir fortement l’économie de propriété et de preneurs de risques, au lieu de paraître, comme elle le fait trop souvent, s’allier à des spéculateurs qui jouent avec l’argent des autres ! 

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ÉDITORIAL L’obole de Rumigny et la faillite de l’État ien que le spectacle que donne le PS ces jours-ci soit des plus instructifs, à beaucoup de points de vue (qu’il s’agisse de l’indigence des débats idéologiques, des querelles d’ego, ou des sourires gourmands de Besancenot…), il faut nous résoudre à l’abandonner, le temps de laisser à cette grotesque survivance de l’époque brejnévienne la possibilité de se choisir un chef ! En attendant, des nouvelles préoccupantes nous rappellent à la réalité. Lundi 24 novembre, la radio d’État « France info », pourtant peu suspecte de relayer les inquiétudes légitimes des contribuables, publiait un reportage sur le petit village de Rumigny dans la Somme (un peu plus de 550 habitants). Le conseil municipal de ce village vient en effet de décider d’attribuer une subvention exceptionnelle à la brigade de gendarmerie de Saint-Sauflieu, dont dépend Rumigny. Le problème est qu’il ne s’agit pas d’une subvention pour les étrennes, mais d’un petit coup de pouce pour maintenir la brigade en état de marche. Car, depuis plusieurs mois, restriction budgétaire oblige, ladite brigade, pourtant distante de 5 kilomètres a reçu l’ordre de limiter ses déplacements en voiture. Les riverains étant inquiets pour leur sécurité, le conseil munici-

B Dessin de MIÈGE

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LES 4 VÉRITÉS 2008 © Publication hebdomadaire (CPPAP N° 1109, I 82 712) Tél. : 06 26 99 56 89 (port. G. de Thieulloy) < redaction@les4verites.com > < http://www.les4verites.com >

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Siège : 25, rue des Bas 92600 Asnières – (EEC, SAS de presse) Abonnements : 4 Vérités-DIP 18 à 24, quai de la Marne 75164 Paris Cedex 19 01 44 84 85 48 (Dominique <dominique.varenguin@dipinfo.fr>) ou http://www.les4verites.com Gérant : Guillaume de Thieulloy Responsable éditorial : Alain Dumait Rédaction : Jean Rouxel (rédacteur en chef) Le numéro 1,20€ Abonnement 50 numéros 60€ TTC Abonnement de soutien à partir de 100€ Personnes morales (entreprises ou administrations) : 200€, TVA à 2,10 % en sus Imprimerie : Delcambre, Pantin (93) Également disponible en format numérique (nous consulter) Fichiers déclarés à la CNIL (N° 672024) Exemplaire gratuit sur simple demande écrite



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Jean Rouxel

pal a donné son accord pour une subvention de 100 euros (qui sera prélevée sur les indemnités du maire). L’histoire serait touchante, si elle n’était révélatrice. La réalité, c’est que l’État français est en faillite. À force de s’occuper de domaines dans lesquels il est parfaitement incompétent (de l’éducation au commerce extérieur, en passant par le tourisme, la politique sanitaire ou le renflouement des banques), il n’a plus un sou à consacrer à ses missions prioritaires. Cette faillite est la seule justification d’une décentralisation très mal menée depuis 1982 : ce n’est pas une meilleure gestion qui est visée (sinon la fonction publique d’État diminuerait parallèlement à l’augmentation de la fonction publique territoriale). Ce n’est pas non plus le principe de subsidiarité qui est en cause (sinon la « décentralisation » ne partirait pas du sommet de l’État, mais des collectivités elles-mêmes). Non, la seule justification, c’est que l’État n’est plus capable de remplir les missions qu’il s’est attribuées. Au lieu de remettre les choses à plat, il préfère s’en défausser sur les collectivités territoriales. Mais cela ne fait que masquer la misère. Il est grand temps que l’État se recentre sur ses missions régaliennes et abandonne tout le reste ! 

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Il est dans la nature humaine de penser sagement et d’agir d’une façon absurde ! Anatole France

SOMMAIRE

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Bonne et mauvaise politique de relance par Bernard Trémeau

Chiffres Significatifs Sarkozy et le monde post-américain par Nicolas Bonnal

Divers faits Votre opinion nous intéresse Le courrier des lecteurs

C’est quoi le peuple? par J.-P. Pagès-Schweitzer

La récession vaccinatoire par Pierre Lance

Communication

Le spectre de la grande dépression par Guy Millière

Sic

La chronique politique de Guillaume de Thieulloy

Rappel : La nouvelle adresse des 4 Vérités est : 25, rue des Bas 92600 Asnières


Chiffres Significatifs

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INFLATION > Les prix des produits de grande consommation ont augmenté de 4,7 % sur les douze derniers mois !

Économie Économie

CENTENAIRES > On estime que le nombre de centenaires devrait dépasser la barre des 60 000 personnes en France en 2050 ! INFRACTIONS > Sur les neuf premiers mois de l’année, 4 404 502 infractions au code de la route ont été relevées par les forces de l’ordre ! SCOLARISATION > Le taux de scolarisation des enfants de moins de trois ans était de 20,9 % en 2007 (contre 35,3 % en 2000). PIB > La Banque de France anticipe une baisse de 0,5 % du PIB de notre pays au quatrième trimestre 2008… LOGEMENT > Au troisième trimestre 2008, le prix médian (c’est-à-dire tel que 50 % sont plus chers et 50 % moins chers) d’un logement ancien aux États-Unis était de 200 000 dollars, soit 159 000 euros, soit une baisse de 9 % par rapport en 2007. CADRES > Près de quatre cadres sur dix travaillent en région parisienne et un sur dix travaille en région RhôneAlpes. INTERNET > Au premier semestre 2008, le chiffre d’affaires de la vente sur internet en France s’est élevé à 10 milliards d’euros (en hausse de 30 %), après une hausse de 34 % sur l’ensemble de l’année 2007 et avant une hausse de 27 % au troisième trimestre 2008 ! DÉFICIT > Le déficit budgétaire français s’établit, après le vote de l’Assemblée nationale, à 51,4 milliards d’euros, contre « seulement » 38,4 milliards en 2007 !

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Bernard Trémeau <tremeau.bernard@wanadoo.fr>

Non à la relance keynésienne ! ous sommes inondés d’informations nous annonçant une crise économique avec une augmentation massive du chômage. Tous les responsables politiques parlent bien évidemment de relancer l’économie. Malheureusement, 95 % des mesures proposées sont de type keynésien ou marxiste. Il faut augmenter le pouvoir d’achat des consommateurs. Les entreprises doivent augmenter les salaires et réduire leurs bénéfices. La Sécurité sociale doit augmenter ses retraites. Le gouvernement doit augmenter ses fonctionnaires et embaucher de nouveaux agents. Le gouvernement doit construire des lignes de TGV et embaucher des chômeurs. Etc, etc, etc. Dans un tel type de relance, les apparences sont trompeuses. En effet, immédiatement, le chauffeur de la SNCF qui voit son salaire passer de 1 000 euros à 1 100 euros profite d’une augmentation de revenus de 100 euros. Les keynésiens ont donc raison. Mais, si la SNCF met à sa disposition le même train, le chauffeur ne transportera pas un passager de plus pendant son temps de travail. Le prix des billets va donc augmenter. Le chauffeur va pouvoir consommer plus. Mais, si la production du pays n’a pas augmenté d’un kilo de pain, les prix vont automatiquement augmenter. Car la demande est devenue supérieure à l’offre. Et l’inflation rétablit automatiquement l’équilibre. Au bout de quelques mois, à cause de l’inflation, l’augmentation de salaires du chauffeur ne

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relance plus la demande. Car elle a relancé l’inflation qui a réduit le pouvoir d’achat de tous de 100 euros. Mais le chauffeur conserve une augmentation un peu inférieure à 100 euros. Le chauffeur perçoit son augmentation de salaire. Il ne perçoit pratiquement pas l’inflation dont cette augmentation est responsable. Ceci le poussera à se mettre en grève une autre fois pour obtenir une nouvelle augmentation de salaire. Finalement, il ne s’agit pas d’une augmentation du pouvoir d’achat global. Il n’y a qu’un transfert de pouvoir d’achat. Plus le nombre des personnes qui disposent d’une augmentation de leurs revenus est grand, plus l’inflation augmente sans relance de l’économie. C’est la « stagflation ». Les électeurs français, les énarques français, les responsables médiatiques français et les responsables politiques français sont persuadés que la relance de type keynésien est efficace. Et, depuis 1970, chaque nouveau ministre des finances a mis en place sa propre relance keynésienne. Une quinzaine de relances ont été effectuées. Le chômage n’a pas diminué. Le monopole de l’Éducation nationale semble responsable de cet état de fait. On n’y enseigne pas ce qu’est une entreprise, avec son compte d’exploitation et son bilan. Ce qu’est la concurrence. Marx et Keynes sont les inspirateurs de notre enseignement et des livres qui sont mis à la disposition de nos élèves. Milton Friedman n’existe pas. Il est donc tout à fait nor-

mal que l’opinion publique et ses représentants croient à l’efficacité de la relance keynésienne. Il n’y a qu’un seul moyen de relancer l’économie. Il faut que la SNCF offre à ses chauffeurs des trains qui transportent plus de passagers. Des trains qui lui permettent de payer tous ses chauffeurs cent euros de plus, tout en augmentant en même temps ses bénéfices. Car la SNCF, comme toutes les entreprises, n’a pas de fonds secrets. Elle doit prévoir l’avenir et disposer d’argent pour financer de nouveaux investissements, de nouvelles améliorations de la productivité. Si une entreprise ne fait pas de bénéfices, les banques ne lui prêteront pas d’argent… Il est difficile de situer Nicolas Sarkozy. Ses mesures de relance sont parfois keynésiennes, parfois monétaristes. Par contre, Martine Aubry est une pure marxo-keynésienne, donc ce qu’elle propose aggravera le mal. Il est difficile de situer Obama. Il semble cependant moins keynésien que Nicolas Sarkozy. Tant mieux pour la France qui profitera de la bonne politique de relance des USA ! 

Banques « Sarkozy vient de sauver celles et ceux à qui il doit sa carrière politique. C’est l’exemple le plus emblématique d’une socialisation des pertes. On efface la dette de jeu des banquiers en les laissant spéculer comme avant en toute impunité! » Benoît Hamon, député européen PS

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Politique Politique

Nicolas Bonnal <nbionnal@yahoo.es>

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e dois dire que Nicolas Sarkozy ne cesse de nous surprendre sur la durée et même sur l’espace. Ses réformes marcheront sur la durée, les Français n’ayant pas le choix, même s’il était peutêtre mieux fait pour être président d’une Europe responsable et réveillée que d’une France, tout de même en train de se débarrasser de ses oripeaux socialistes, de son social-corporatisme et de sa culture de l’aigreur. Mais au niveau de l’Europe ? Nous nous étions habitués à la voir insultée par les Américains et les néocons, depuis un peu calmés par leur faillite financière et l’Obamania qu’ils ont déclenchée par leurs mauvaises manières, non pas en France ou en Chine, mais en Ohio ou au Colorado… Nous nous étions habitués à n’avoir qu’une Europe bureaucratique, distribuant prébendes et subventions aux quatre coins de son petit cap de l’Asie, et compliquant à souhait notre vie quotidienne. Or, cet été, Nicolas Sarkozy, à qui l’on a tout reproché, moi le premier, ramage, plumage, style de vie, ray-ban, gourmettes, pillage du PS, j’en passe et des meilleures, a montré qu’il était un homme d’État de dimension continentale, un visionnaire de la taille d’un Bismarck. Car c’est bien Bismarck, l’unificateur de l’Allemagne, qui avait compris avant de Gaulle, qu’on ne ferait l’Europe QUE de l’Atlantique à l’Oural, et qu’il faudrait ménager les susceptibilités de l’ours russe humilié sous Eltsine et les oligarques apatrides pour mieux l’intégrer dans

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Sarkozy : naissance d’un homme d’État notre espace continental, à la fois sur le plan économique et culturel. Il serait catastrophique que la Tchéquie chaotique défasse ce que le président a fait cet été et cet automne. Car Sarkozy a donné enfin un sens à l’Europe : elle n’est un plus un château d’une trentaine de cartes brouillées, mais une entité réelle capable de remplacer les USA quand ceux-ci, pas encore réveillés de leur « post-binge », comme dit Friedman, se rendront compte qu’ils ne doivent plus jouer aux faux riches ou aux gendarmes butors aux frais de la planète entière. Le plus fort, chez Sarkozy, c’est qu’il ne fait ni ne conçoit pas une Europe contre le reste du monde. Au contraire : il s’est fait élire sur une image courageusement pro-américaine et proisraélienne, qui rompait avec quarante ans de dissidence française à ce sujet. Dans le même temps, contrairement à ce que l’on nous dit, l’opinion française n’est plus aussi hostile qu’avant aux USA ou à Israël. Le déclin de la gauche dure et de la droite nationale en témoigne. Et tout en nous rapprochant de l’Amérique et d’Israël, Sarkozy visite la Syrie, reçoit Khadafi, et veut édifier un grand espace méditerranéen. Il a tout à fait raison, agissant d’ailleurs comme Berlusconi à qui on le compare souvent : il ne s’agit pas de créer une Europe unie volontaire et motivée CONTRE, mais POUR. Et il vaut mieux que l’Ukraine fasse partie de l’Europe avec la Russie plutôt que de l’OTAN contre la Russie. Il vaut mieux que l’Europe ait de bonnes rela-

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tions avec le Maghreb que contre le monde arabe, qui se transforme bien plus vite que ne le pensent les islamophobes de tout poil. Je ne sais pas comment cela finira. Nicolas Sarkozy est censé remettre dans un mois l’autorité européenne à la Tchéquie, petit état mafieux et antirusse, qui n’avait même pas su voir venir l’indépendance slovaque. Il est aussi jalousé, à l’évidence, par Angela Merkel et par beaucoup d’autres qui méprisaient la France chiraquienne et voyaient dans ses interventions métapolitiques une gesticulation blingbling. Mais je parie que, si les Tchèques font n’importe quoi (dans Courrier international, on les voit affirmer qu’ils traiteront mieux le problème russe que les Français ou les Allemands… Ah bon ?), l’Europe devra prendre, avec Sarkozy à sa tête, de tout autres mesures pour s’affirmer sur le champ international. À l’aube du monde post-américain, il est temps que nous nous y mettions. Un politique paradoxal : voilà ce qu’est Sarkozy, et c’est pourquoi nous avons été si nombreux à nous tromper lorsque nous l’analysions. On pourrait dire aussi oxymorique : tout comme Hugo parle de soleil noir, il nous a imposé l’idée de laïcité positive ou d’une identité métisse et volontaire. Comme disait Spengler dans Années décisives, ce qui importe dans une race (il parlait de la Prusse ; nous parlons de l’Europe), ce n’est pas sa pureté, c’est son élan créateur. Eh bien ! pour une fois nous avons un chef d’orchestre… 

ESCROQUERIES > Les escroqueries et autres infractions financières ont augmenté de plus de 10 % depuis un an, pour atteindre le chiffre de 380 000 sur l’année 2008 (estimation du ministère de l’Intérieur). Mieux encore : les escroqueries sur internet ont presque doublé dans le même temps pour atteindre 8 000 en 2008… SÉNAT > Après le renouvellement triennal de cet automne, le Sénat compte 22 % de femmes, contre 18 % avant… et seulement 5 % dix ans plus tôt ! PERMIS > On estime que 100 000 permis de conduire auront été invalidés au cours de l’année 2008, contre 89 000 en 2007, soit une hausse de 11 % ! DÉCORATIONS > L’État français remet environ 13 000 décorations chaque année ! PRIVÉ > Au premier semestre 2008, 3,2 millions de cadres étaient en activité dans le secteur privé, avec un taux de chômage de 3,8 %… AVORTEMENT > Au total, les débats entre les deux principaux candidats à l’élection présidentielle américaine au sujet de l’avortement n’ont occupé que 1 % des articles consacrés par la presse à cette élection… OBÉSITÉ > 400 millions d’adultes dans le monde sont obèses au sens de l’OMS (indice de masse corporelle supérieur à 30, quand la « norme » est de 18,5 à 25). D’ici 2015, l’OMS estime que 700 millions d’adultes seront obèses et 2,3 milliards en « surpoids » (IMC compris entre 25 et 30) ACHAT EN LIGNE > Malgré la crise, le panier moyen d’achat en ligne des Français, à la veille de Noël, reste stable à 94 euros.

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Divers faits

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Votre opinion nous intéresse

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» Courrier des lecteurs Nous écrire, c’est courir le risque d’être publié…

Opposition

Royal

’ego des éléphants est tel qu’ils ont refusé de voir l’essentiel : le PS ne dépasse jamais à lui seul le seuil des 30 à 35 % des électeurs, car sa clientèle est surtout assise sur la masse des fonctionnaires ou assimilés. Tout refus d’accord préalable avec des alliés potentiels l’amène à privilégier l’idée d’imposer sa ligne en cas de succès sur la droite. Seul François Mitterrand le fit avec les communistes par le programme commun et réussit à en faire un parti de gouvernement. Depuis, ses successeurs à la tête du PS ont tous échoué et ont fait du PS un parti d’opposition systématique. Et qu’un Delanoë se soit allié aux éléphants pour faire chuter Ségolène Royal ne surprendra que ceux qui croient voir en lui un idéaliste !

e suis un électeur de droite qui n’éprouve pas de sympathie particulière pour Ségolène Royal, mais je dois dire que son courage et sa ténacité, dans son combat seule contre tous, méritent d’être soulignés. Et la façon dont on l’a privée de la direction du PS, avec seulement 42 voix d’écart, laisse perplexe. Cette élection ne grandit pas notre démocratie, laquelle mérite mieux qu’une opposition décomposée.

«

L

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René Crignola Orry-la-Ville (60)

«

J

»

Jacques Guillemain Versailles (78)

Télévision

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remier axiome : une télévision de qualité n’est pas compatible avec la publicité trop dépendante de l’audimat, c’est-à-dire des incultes qui préfèrent les séries américaines. Deuxième axiome : le financement

de la qualité ne peut être assuré que par la redevance qui sera augmentée. Autrement dit, la majorité qui ne regarde pas le service public doit participer à son financement au profit de l’élite intellectuelle. Belle leçon de démocratie des bobos intellos de gauche !

»

Albert Bonnenfant <albert-bonnenfant@orange.fr>

PS

«A

ubry et Royal se haïssent et emportent le PS dans une division fratricide. Voilà ce qui arrive lorsque deux médiocrités veulent succéder à une médiocrité. Entre une idéologue sectaire et une opportuniste populiste, le choix n’était pas facile. L’UMP est le grand vainqueur et je m’en réjouis !

»

Philippe Brouard

Retards de paiement

«

l y a une solution très simple pour éviter que la crise ne massacre les petites entreprises : le paiement à réception de facture. La tendance, depuis de nombreuses décennies, est de faire sa trésorerie sur le dos des autres… Qui a pu mettre une telle aberration économique en place ? Comme les gouvernements successifs ferment les yeux sur ce problème, les entreprises ont pris l’habitude de demander un soutien à leur banquier. Nous avons récemment eu l’occasion de réaliser que les banquiers n’étaient pas les bons notables que nous pensions… Le fait est que les retards de paiement leur ont toujours profité. Si le gouvernement légiférait en ce sens et imposait aux entreprises une bonne fois de payer à réception de facture, les PME ne déposeraient pas leur bilan à la pelle…

I

»

Bourges (18)

Maryline Mahieu Paris (75)

Lu pour vous : Charles Journet. 1891-1975

Crise

e cardinal Journet est aujourd’hui bien oublié. Verbe incarné », qui vient d’être rééditée par les En dehors de quelques théologiens, plus grand éditions St-Augustin (prélude à la publication des monde ne se préoccupe de lire ses œuvres. œuvres complètes). Pourtant, ce frêle prêtre suisse a été l’un des plus En remerciement de ce travail théologique, Paul VI, importants théologiens du XXe siècle. qui l’appréciait beaucoup, l’a nommé Spécialiste de l’Église, Charles Journet cardinal en 1965. Il est par la suite Guy Boissard a été aussi un « militant ». En particuintervenu à quelques reprises dans les lier, avec son ami Jacques Maritain, il a débats de Vatican II, en particulier Charles Journet été l’un des principaux penseurs cathopour présenter une vision de la liberté 1891-1975 liques s’opposant aux deux totalitarisreligieuse (l’un des dossiers les plus mes du siècle : le national-socialisme et épineux du concile) enracinée dans la le marxisme-léninisme. Ses « Destinées Tradition et, tout spécialement, dans Salvator d’Israël » et le recueil d’éditoriaux la pensée de saint Thomas d’Aquin. parus (ou censurés !) durant les années C’est une excellente initiative que 604 pages – 29,90 euros d’occupation dans Nova et Vetera, la vient de prendre Guy Boissard, l’un revue doctrinale que Journet avait fondes principaux animateurs de la revue dée et publiés sous le titre « Exigences chrétiennes Nova et Vetera, naguère fondée par Journet, d’éen politique » sont, en particulier, des chefs-d’œu- crire cette biographie d’une figure attachante et vre de courage et de rigueur doctrinale. trop méconnue.  Dans son domaine de compétence propre, l’eccléGuillaume de Thieulloy siologie, Journet est l’auteur d’une somme impo<gdethieulloy@les4verites.com> sante et malheureusement inachevée : « L’Église du

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a crise économique n’est due ni au pétrole cher, ni à la monnaie forte, mais aux politiques désastreuses d’endettement menées par presque tous les gouvernements de la planète, à l’exception des pays émergents (Chine, Russie…). Presque toutes les nations en voie de désindustrialisation ont des dettes abyssales qui mobilisent stérilement des sommes énormes d’argent réel placées en bons du trésor. Elles résultent non pas de dépenses d’investissement, mais bien de fonctionnement, avec souvent une dégradation des infrastructures !

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»

Francois Schoenfelder Paris (75)

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Sur le blog-notes de JPPS : Pour en finir avec le populisme a plupart des auteurs qui traitent de la question « populiste » s’intéressent généralement aux « mouvements » populistes : Boulanger, Déroulède, Poujade… Aujourd’hui, le « Parti Populiste » de Christian Perez et Franck Timmermans. Cela ne sera pas mon propos. En effet, on n’en « finira » jamais avec les mouvements populistes ! Ils continueront à réapparaître, périodiquement, sur la scène politique de notre malheureux pays jusqu’à la fin des temps. J’essaierai simplement, ici, d’en rechercher les origines et surtout d’en démontrer le caractère aberrant. S.P.Q.R. : Senatus Populusque Romanus (le Sénat et le Peuple Romain). Judicieusement inscrite sur toutes les bouches d’égouts de Rome, cette devise symbolise bien l’universalité de la démagogie (gr. agogueus : guide, führer et dêmos/lat. plebs : la plèbe), comme caractéristique des « politiciens » – c’est-àdire de ceux qui se sont donnés comme « mission » de gérer la cité (polis). Tous, sans exception, font appel au sacro-saint « peuple », afin d’être élus ; ensuite ils parleront « en son nom »… Les Bolcheviks, en 1917, introduisent une nuance : le Parti communiste et ses apparatchiks parlent au nom du « prolétariat » (la bourgeoisie, et a fortiori l’aristocratie, ne pouvant être considérées comme faisant partie du peuple russe…). En fait, tout le monde parle au nom du Peuple : même l’exécuteur des arrêts criminels coupait les têtes (jusqu’en 1981) « au nom du peuple français » (ce qui ne m’empêche pas, soit dit en passant, d’être pour le rétablissement de la peine de mort). Mais qui est donc ce fameux « peuple » ? Quels sont les critères objectifs qui permettraient à un tribunal de décider si une personne appartient ou non au « peuple français » ? (Pour les marxistes-lénisnistes-trotskistes, à partir de quel salaire peut-on considérer qu’une personne appartient au « prolétariat » ?). En réalité, ce concept échappe à toute définition rationnelle. Il n’est du ressort ni du juriste, ni du spécialiste des sciences politiques. Seules les sciences religieuses ont peut-être quelque chose à dire à ce sujet. Tous les politiciens, disais-je, font appel au « peuple » ; mais pas à n’importe quel peuple ! C’est au « vrai » peuple qu’ils s’adressent : celui de la « vraie » France, de la France « profonde », de la France « éternelle ». Ce qui laisse déjà entendre qu’il existe un « autre » peuple, dont ils n’attendent rien. Chez les marxistes, les choses étaient originellement plus simples : il y avait deux « classes sociales », les (méchants) bourgeois et les (gentils) prolétaires. Malheureusement, en 1848, peu de temps après la publication du « Manifeste », un empêcheur-de-penseren-rond, Louis-Antoine Garnier-Pagès, maire de Paris, eut la malencontreuse idée de créer les gardes mobiles : des jeunes « prolétai-

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res » qui, au cours des « Journées de Juin », tirèrent sans état d’âme sur leurs « frères de classe », pendant la répression des émeutes. Marx et Engels, qui observaient ces « luttes de classes en France », faillirent avaler leur bière de travers : « Qui sont ces prolétaires qui tirent sur d’autres prolétaires ? » s’indignaient-ils. Y avait-il finalement des bons et des mauvais prolétaires ? Le concept de « Lumpen » (all. « haillons ») était né. En vérité, on n’avait pas attendu les co-auteurs de « L’Idéologie allemande » (1846), pour montrer du doigt le « dêmos », la « plèbe », ou la « canaille » – ancêtre de la « racaille » (avec ou sans kärcher). Disons les choses très simplement : le « peuple », ce sont ceux qui sont d’accord avec moi ; les autres, c’est la plèbe, la populace, le « lumpen ». Si l’on veut rechercher les « origines » du populisme, on ne peut faire l’économie des travaux d’Alain Pessin et en particulier de son ouvrage « Le Mythe du Peuple ». Pessin, tout en admettant le caractère irrationnel de ce concept, ne pouvait se résoudre à le disqualifier totalement, et à l’envoyer rejoindre la longue liste des aberrations humaines, comme le mythe du « bon sauvage » ou les prédictions de Michel de Notre-Dame. Pour Pessin, le « peuple » est bien un mythe – qui ressortit à la pensée « utopique » du XIXe siècle – mais, en tant que tel, « il apporterait une contribution non négligeable à l’élaboration d’un éventuel projet politique » (de gauche, bien entendu…). Nous devons le néologisme « utopie » à saint Thomas More (chancelier d’Henri VIII), qui publia au XVIe siècle « Utopia » (du grec Utopos : nul endroit). Mais l’âge d’or de la littérature utopique fut le XIXe siècle. Marx parlera de « socialisme utopique », par opposition à son « socialisme scientifique ». C’est le comte de Saint-Simon (1760-1825) qui inspira le Père Enfantin, entre autres. C’est Charles Fourier (1772-1837) qui conçut une « cité harmonieuse », le « phalanstère », où l’homme s’épanouirait « par le travail ». C’est encore Étienne Cabet (1788-1856), auteur de « Voyage en Icarie » (1840) et fondateur de la Communauté « Nauvoo », d’abord au Texas, puis dans l’Illinois et, bien sûr, Jean-Baptiste Godin (1817-1888), dont les bâtiments du « familistère » qu’il créa à Guise, sont toujours « habités ». Conçue dans une perspective « collectiviste », l’architecture du familistère n’est pas sans rappeler le « Panoptique », la prison « modèle » de Jeremy Bentham (1791) : on n’est pas surveillé par « Big brother », mais on se surveille les uns les autres… Contrairement aux Français, les Britanniques ont rapidement compris l’absurdité de telles entreprises (littéraires ou réelles) et les « utopies » d’outre-manche devinrent très tôt des « contre-utopies ». C’est le cas des

« Voyages de Gulliver » de Swift (1726) ou, en 1872, de l’« Erewhon » de Butler (où l’on fouette les malades, afin qu’ils ne trouvent pas trop « d’avantages secondaires » dans leur état et guérissent plus vite…). Le XXe siècle portera un coup fatal à ce genre littéraire et aux idées qu’il propageait. Aldous Huxley, dans son « meilleur des mondes », en 1932, et George Orwell, en 1945, avec « Animal farm » et, en 1949, avec « 1984 », démontrèrent brillamment que les idées utopistes étaient non seulement naïves et irréalisables – car elles ne prenaient pas en compte la « véritable » nature de l’homme (elles étaient fondées sur le concept rousseauiste de sa soi-disant « perfectibilité ») –, mais surtout elles étaient dangereuses. Les utopies sont dangereuses, car elles postulent la bonté intrinsèque de l’homme et du peuple. « Ô Peuple, que tu es fort, puisque tu es si bon », écrivait George Sand, qui fut la maîtresse (entre autres) du Saint-Simonien Pierre Leroux (que le sénateur socialiste V. Hugo appelait « le filousophe ») et avec qui elle avait fondé, en 1843, une « utopie », la « Colonie agricole et typographique ». La « Baronne rouge » (elle avait épousé le Baron Dudevant et fut la première à revendiquer le titre de « communiste ») partageait avec Marx et Engels ce culte du « peuple ». Ce n’est plus le messie, c’est le peuple qui devait réaliser la prophétie du onzième chapitre d’Esaïe, en instaurant une société où « le loup habitera avec l’agneau » ! Le populisme peut donc être considéré comme un détournement du mythe messianique judéochrétien. Dans sa version marxiste, le Messie n’est plus un homme tout à fait exceptionnel, c’est une « classe sociale ». Comme le dit l’Internationale (du communard Eugène Pottier) : « Producteurs, sauvons-nous nousmêmes, décrétons le salut commun ». Oui, le salut viendra du peuple, ce bon peuple dont les femmes tricotaient, en assistant, le 16 octobre 1793, au martyre de la reine Marie-Antoinette ; ce bon peuple qui tua Mgr Affre, archevêque de Paris, qui s’était rendu à la barricade Saint-Antoine, espérant éviter un bain de sang ; ce bon peuple qui, en 1871, récidive et fusille Mgr Darboy… Enfin, plus près de nous, c’est toujours ce bon peuple qui, entre 1943 et 1946, devait « tondre » et maltraiter environ 20 000 femmes, accusées (à tort ou à raison) de collaboration « horizontale ». Ce bon peuple de Paris, qui, au printemps 1944, se pressait, par milliers, pour acclamer le Maréchal Pétain, et qui, à l’automne de la même année, se retrouvait tout aussi nombreux, pour acclamer le Général De Gaulle. C.Q.F.D. ?  Jean-Pierre Pagès-Schweitzer

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Communication

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FR3 > Le 4 novembre, la série « Plus belle la vie », diffusée tous les soirs à 20 h 20 sur FR3, a battu son record historique, avec 6,64 millions de téléspectateurs, soit 24,8 % de parts d’audience, loin de la première diffusion, quatre ans plus tôt : 1,5 million de spectateurs pour 5,6 % de parts d’audience ! ORANGE > La contribution d’Orange au financement du cinéma devrait se situer entre 2,64 et 3,12 euros audelà de 3 millions d’abonnés. SUD-OUEST > La diffusion payée du quotidien « SudOuest » s’est élevée en moyenne à 310 526 exemplaires par jour sur la période allant de juillet 2007 à juin 2008, ce qui en fait le deuxième titre de la presse quotidienne régionale, derrière « Ouest-France ». L’ÉQUIPE > Malgré la concurrence de deux nouveaux quotidiens sportifs (« Le 10 Sport » et « Aujourd’hui Sport »), « L’Équipe » a connu durant la première semaine de novembre une diffusion payée de 301 450 exemplaires, soit une hausse de 1,3 % par rapport à la même période de 2007. BOURSE > Trois principaux titres se partagent l’information boursière : « Le Revenu » (109 451 exemplaires), « Investir », propriété de LVMH (79 484 exemplaires) et « Le Journal des finances », propriété du « Figaro » (70 639 exemplaires). MILAN > Le groupe de presse et d’édition pour la jeunesse Milan, filiale du groupe Bayard, se restructure. Cela occasionnera notamment la suppression de 32 postes d’ici la fin de l’année sur les 420 que comptait le groupe, ainsi que la disparition du titre « Les clés de l’actualité ».

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Société Société Pierre Lance

La crise : une bénédiction !

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es chefs de gouvernement des vingt États les plus importants du globe viennent de se réunir à Washington, grâce aux initiatives du Président Sarkozy, pour s’entendre sur les moyens d’atténuer les effets de la crise financière et économique mondiale. De bonnes résolutions ont été unanimement adoptées, mais des mesures concrètes ne pouvaient être prises avant l’entrée en fonction du Président Obama. À la suite de mon précédent article, j’ai reçu par Internet beaucoup de messages de lecteurs, les uns étant inquiets et les autres sceptiques. Mais presque tous ont ceci en commun : ils ne prendront pas la peine de lire l’ouvrage de Richard Heinberg « Pétrole : la fête est finie ! » (Éditions DemiLune), que je considère comme le livre le plus important pour l’avenir de l’humanité qui ait été publié depuis quarante ans. Les Français sont étonnants : ils veulent tout savoir sans avoir rien lu. Nous sommes le peuple d’Europe occidentale qui lit le moins de livres, très loin derrière les Allemands, les Hollandais, les Anglais, les Belges, les Suisses et les Italiens. Comme s’il était possible de comprendre l’évolution du monde seulement à travers les journaux et les télévisions ! Cette ignorance volontaire et cette paresse intellectuelle me sidèrent, de la part d’un peuple qui se place volontiers au rang des plus cultivés. Je tiens donc à rappeler que la plupart de mes articles reposent

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sur la lecture des ouvrages les plus sérieux, dont je ne puis évidemment n’offrir qu’un rapide survol dans ces trois petites colonnes. Je lis en moyenne deux livres par semaine, un crayon à la main. Cela fait partie de mon métier, et je ne demande pas que chacun en fasse autant. Mais une personne intelligente ou se croyant telle qui ne lit pas au moins un livre sérieux par mois avance dans la vie à l’aveuglette et au ras des pâquerettes, complètement dépendante des politiciens, journalistes, avocats, médecins, prêtres, professeurs et autres beaux parleurs qui font profession de penser à sa place, même si elle les critique férocement et les accuse de tous ses maux, à seule fin de nourrir l’illusion qu’elle pense par elle-même.

La vraie crise est devant nous ! Ce qui ressort du livre de Richard Heinberg, c’est que la vraie crise est devant nous. Aussi doit-on considérer la crise actuelle comme une bénédiction, un avertissement utile et je dirais même une sorte de vaccin. Car c’est exactement le rôle que remplit la crise du moment, grâce à laquelle, si nous ne nous conduisons pas trop sottement, nous allons pouvoir nous préserver, au moins partiellement, de la crise ravageuse du pic pétrolier, qui s’approche rapidement, mais dont presque personne ne parle. Or, force est de constater que la récession dans laquelle nous

<pierre.lance@wanadoo.fr> Site Internet : http://assoc.wanadoo.fr/lerenouvelle/pub

entrons (la plupart des pays européens seront en 2009 à la croissance zéro), et dont l’industrie automobile est aujourd’hui la première victime, est une dernière chance qui nous est accordée, car elle va entraîner une baisse sensible de la consommation de pétrole et de gaz naturel. Et cela peut nous offrir un sursis inespéré, en repoussant de quatre ou cinq ans la survenue du pic pétrolier, sursis que nous devons mettre à profit pour lancer sur une grande échelle l’exploitation des énergies renouvelables. Mais, si nous laissons passer cette dernière chance, se sauve qui pourra !  PS : Craignant que le livre de Richard Heinberg ne soit pas assez lu, j’ai décidé de lui consacrer en grande partie le prochain numéro de ma revue « L’Ère nouvelle » (qui sera le n° 188 de janvier-février 2009), et de lui donner une diffusion plus étendue. Ceux des lecteurs des « 4 Vérités » qui voudraient le recevoir et le communiquer doivent adresser à « L’Ère nouvelle » (BP 171 – 06407 Cannes cedex) un chèque de 10 euros pour 3 exemplaires ou de 22 euros pour 9 exemplaires. Ceci s’adresse également aux abonnés à « L’Ère nouvelle » qui le sont aussi aux « 4 Vérités », afin qu’ils n’attendent pas la parution de « L’Ère nouvelle » (aux environs du 15 janvier) pour commander des exemplaires, le tirage devant être déterminé avant le 22 décembre en fonction des commandes reçues.

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International International Guy Millière <MGuymilliere@aol.com>

La machine à créer des pauvres est en marche ! omment régler les problèmes créés par l’interventionnisme étatique ? Par davantage d’interventionnisme étatique, bien sûr ! Si vous n’y aviez pas pensé, la plupart des dirigeants du monde y ont pensé pour vous. Et, comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, on peut s’attendre à ce que la récession économique qui commence dure et persiste jusqu’au moment où elle aura produit toutes les dévastations qu’elle porte en germe. Qui osera rappeler que l’enclenchement de tout cela est venu d’un ensemble de décisions ineptes et de bricolages dangereux ? Qui osera dire que les lois dites « sociales » sont, le plus souvent, intrinsèquement perverses et produisent en général tôt ou tard l’inverse de l’effet qu’elles sont censées produire ? La lutte contre la pauvreté fait proliférer les pauvres. Le socialisme, écrivais-je voici quelques années, commence avec la promesse de la multiplication des pains et des brioches et s’achève avec la multiplication des indigents et des sans-abris. Vous voulez obtenir la situation présente ? Votez une loi socialisante aux États-Unis appelée le Community Reinvestment Act et veillez à ce que cette loi oblige les banques à accorder des prêts immobiliers à des gens insolvables. Ajoutez des agences paraétatiques, Fannie Mae et Freddie Mac, aux fins de garantir les prêts immobiliers douteux. Demandez à la Réserve Fédérale de fixer ses taux d’intérêt en dessous du taux de l’inflation

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pour être sûr que la pâte monte bien. Attendez que les banques intègrent les prêts ainsi consentis à des produits financiers et les revendent sur toute la planète. Comptez sur l’effet d’imitation et de contamination. Attendez les résultats. Quand les prix de l’immobilier, après avoir été artificiellement gonflés par une demande survitaminée, s’effondrent et que les produits financiers qui ont été créés perdent l’essentiel de leur valeur et deviennent invendables, vous touchez au but. Après quelques faillites bancaires et une défiance généralisée qui paralyse l’activité économique, dites que tout cela, c’est la faute au « capitalisme sauvage » et au « libéralisme ». Soyez certains que les idiots, les opportunistes, ceux qui n’ont jamais rien compris à ce que Friedrich Hayek appelait l’ordre spontané évoqueront la nécessité de « mettre de l’ordre » en ajoutant de fortes doses de rigidité et de stérilisation. Quand les idiots, les opportunistes et ceux qui ne comprennent rien sont assez nombreux, donnezleur la parole abondamment dans les médias. Certains hommes politiques ne tarderont pas à leur emboîter le pas. Ils pourront se faire élire à la Maison Blanche. Ils pourront aussi parler depuis l’Élysée et appeler à une réunion planétaire de chefs d’États. Et ne vous étonnez pas si la situation passe du quasiment catastrophique au très catastrophique. Aujourd’hui, nous en sommes là. Si Obama applique le programme sur lequel il a été élu, et s’il

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fait du Roosevelt ou du Keynes, comme il semble en avoir l’intention, le chômage aux ÉtatsUnis montera vers la barre des 10 %, le spectre de la grande dépression se profilera. L’Europe incluant plusieurs pays qui sont dans une situation financière bien plus préoccupante que les États-Unis, la dépression y sera plus forte encore. Si nous n’entrons pas dans une période de déflation et de protectionnismes en cascade, c’est que nous entrerons dans une phase de stagflation et de planisme planétaire sous l’égide de technocrates à la bruxelloise. Ce qu’on peut souhaiter à l’heure actuelle est que cela ne débouche sur aucune guerre et aucun aventurisme politique, mais ce genre de souhait est rarement exaucé. Tôt ou tard, un assainissement se fera. On envisagera de rebâtir. On reparlera du libre marché et de ses vertus. Cela s’achève toujours ainsi. Ce que Sarkozy et ses comparses n’ont pas compris est que, lorsqu’on détraque le marché, il y a des conséquences et que, quand on détraque encore davantage le marché, les conséquences sont plus douloureuses encore. Je ne suis pas sûr qu’ils comprendront un jour. Ce qui est triste est que des millions de gens vont souffrir et que, pendant quelque temps, lorsqu’ils chercheront à comprendre pourquoi ils souffrent, les explications viendront de charlatans. Lorsqu’ils chercheront une issue, on leur offrira des impasses. La connaissance économique existe : elle est scandaleusement inutilisée. 

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RÉFORME Les réformes fiscales sans progression des ressources sont toujours difficiles… YANNICK PATERNOTTE, DÉPUTÉ UMP

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BOUCLIER La France a besoin d’un bouclier social pour amortir les effets de la crise financière ! BENOÎT HAMON, DÉPUTÉ EUROPÉEN PS

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FIN DE L’HISTOIRE Dans son effort pour transcender les États-nations et remplacer les pouvoirs politiques par des règlements et des lois, l’Europe s’approche plus d’une réelle fin de l’histoire que les États-Unis… FRANCIS FUKUYAMA, ESSAYISTE

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VENDÉE Il est probable qu’un jour un président français vienne rendre hommage aux Vendéens exterminés en 1793. PHILIPPE DE VILLIERS

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LIBÉRALISME Le libéralisme se caractérise par l’alliance indissociable du droit et de la liberté, dans le domaine économique comme dans le domaine politique. HERVÉ NOVELLI, SEC. D’ÉTAT

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PARADOXE ? Paradoxalement, je pense que lorsqu’on est de droite, on doit être encore plus pour la morale que n’importe qui. JACQUES MARSEILLE, ÉCONOMISTE

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RÉVOLUTION Révolutionnaire doit rimer avec réaliste, et non avec utopiste ! B. LANCAR, PDT JEUNES POPULAIRES

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RÉGULATION Plus personne n’assume vraiment une économie de marché régulée. Même le président de la République ne la défend plus. Ce vide amène la radicalité. FRANÇOIS CHÉRÈQUE, SEC. GAL CFDT

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MULTICULTURALISME Le multiculturalisme est aussi absurde qu’un jeu auquel chacun prétendrait jouer avec ses propres règles ! PHILIPPE NEMO, PHILOSOPHE

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