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Chronique

politique

Henri Amouroux

Trois fins de règne Éditions Jean-Claude Lattès

597 pages – 23 euros Henri Amouroux pose son regard aiguisé de chroniqueur et d’historien sur les fins de règne des trois seuls présidents de la République à avoir été réélus : Charles de Gaulle, François Mitterrand, Jacques Chirac. Ils « régnèrent » sur la France respectivement onze, quatorze et douze ans. De Gaulle, le plus grand, partit sans un mot en 1969 après la victoire du non au référendum. Mitterrand, miné par les affaires et le cancer, fut salué pour son courage face à la maladie. Le départ de Chirac, coupable de bien des abdications, perclus d’affaires lui aussi, guetté par la justice, est le moins glorieux.

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arturduplessis@les4verites.com Laurent Artur du Plessis, 55 ans

Sarkozy a fait accéder de nouvelles élites au pouvoir

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igne des temps, le gouvernement Fillon ne compte que deux énarques : Alain Juppé et Valérie Pécresse. Mais on peut ne pas être énarque et ne savoir faire que de la politique, comme Nicolas Sarkozy et François Fillon : ils n’ont jamais exercé d’autre métier, tout au moins durablement. Sarkozy fut embauché par l’avocat Guy Danet, puis est devenu associé du cabinet d’avocats parisien « Leibovici Claude - Sarkozy », spécialisé dans le droit immobilier. Le métier d’avocat étant incompatible avec tout autre activité, il n’eut que rarement l’occasion de l’exercer, ayant été happé par la politique. Fillon n’a fait que de la politique. Mais Sarkozy et Fillon ne s’y sont pas parachutés à partir des grands corps de l’État, tels l’Inspection des finances, le Conseil d’État ou la Cour des comptes. Ils viennent de la base. Sarkozy milita dans la section RPR de Neuilly. Fillon fut attaché parlementaire de feu Joël Le Theule, un enseignant d’origine

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Laurent Artur du Plessis

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modeste, auquel il a succédé à la maire de Sablé-sur-Sarthe et à la députation de la Sarthe. Xavier Bertrand, ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité, fut agent d’assurance. Et il entra en politique par le bas, militant dès 16 ans au RPR. Il besogna, de 1997 à 2002, comme assistant parlementaire de Jacques Braconnier, sénateur de l’Aisne. Certains membres de ce gouvernement réussirent brillamment dans le privé. Exemple : Jean-Louis Borloo, ministre de l’Économie, des Finances et de l’Emploi. Nommé avocat au barreau de Paris au début des années quatre-vingt, il fonda un cabinet, d’abord spécialisé dans l’entreprise en difficulté puis dans la transmission, l’implantation d’entreprises, le marché financier, les fusions et acquisitions. Devenant l’un des conseils externes les plus recherchés par les grandes entreprises, il fut classé par Forbes parmi les avocats les mieux payés au monde. Bernard Tapie fut l’un de ses clients. Borloo enseigna l’analyse financière à HEC Paris. En 1986, il accéda à la présidence de l’USVA (Union Sportive ValenciennesAnzin), qu’il assuma jusqu’en 1991. En 1989, il fit une entrée fracassante en politique : il fut élu maire de Valenciennes, sans investiture politique, avec plus de 76 % des voix, au second tour. Autre exemple qui mérite qu’on s’y attarde : Christine Lagarde, ministre de l’Agriculture et de la Pêche. Cette ex-membre de l’équipe de France de natation synchronisée entra, en 1981, chez l’Américain Baker & McKenzie, un des premiers cabinets d’avocats mondiaux. Elle en gravit tous les échelons jusqu’au poste de présidente. Sous sa présidence, Baker & Mckenzie augmenta son chiffre d’affaires de 50 %. Elle fut élue 5e femme d’affaires européenne par le Wall Street Journal Europe. En avril 2005, elle entra au Conseil de

surveillance de la multinationale néerlandaise ING Group, une des principales sociétés financières au monde. Femme d’influence, elle fut membre du Center for Strategic & International Studies (CSIS), un think tank, au sein duquel elle co-présidait avec Zbigniew Brzezinski la commission Action USA/UE/Pologne (où elle défendait les intérêts US) et suivait plus particulièrement le groupe de travail Industries de défense USAPologne (1995-2002) et les questions liées à la libéralisation des échanges polonais. En 2003, Christine Lagarde devint membre, toujours au sein du CSIS, de la Commission pour l’élargissement de la communauté euro-atlantique. En 2006, elle fut classée comme la 30e femme la plus puissante au monde par le magazine Forbes. Elle a vécu à Chicago jusqu’à sa nomination comme ministre déléguée au Commerce extérieur du gouvernement Villepin, en 2005. Les journalistes sont fortement représentés dans les allées du pouvoir : Catherine Pégard, rédactrice en chef au service politique du « Point », a été nommée conseillère politique de Sarkozy, et Georges-Marc Benamou, journaliste à Nice-Matin et écrivain, conseiller culturel du nouveau président. Myriam Lévy, journaliste au « Figaro », est devenue conseillère en communication de Fillon. L’emprise de la communication sur la politique se confirme. Les IEP (Instituts d’Études politiques) en ont pris acte, qui proposent une section communication. L’époque de l’énarchie triomphante semble révolue. Sortir de l’ENA, de préférence dans la « botte », c’est-àdire dans les premiers, comme Giscard, Chirac, Juppé, Balladur, Fabius, Hollande, était la voie royale menant aux plus hautes destinées politiques. L’ouverture sarkozyenne à la société civile rapproche la Ve République de la IIIe. ■

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VÉRITÉS 4

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La publication anti bourrage de crâne

ÉDITORIAL

HEBDO

Jean Rouxel

Les Français apprécient le style présidentiel de Sarkozy out nouveau président de la République bénéficie d’un état de grâce, qui peut durer quelques mois… Celui de Nicolas Sarkozy est particulièrement intense, comme l’atteste une récente enquête réalisée par OpinionWay pour « Le Figaro » et LCI. 87 % des sondés jugent son style « différent » de celui de ses prédécesseurs, et ça leur plaît beaucoup : 70 % estiment que « la manière dont Nicolas Sarkozy exerce sa fonction correspond bien » à leurs attentes. 69 % des électeurs de François Bayrou sont du même avis. Pourtant, leur candidat n’a cessé de critiquer les façons de faire de Sarkozy. À celui-ci, les sondés attribuent toutes les qualités : 91 % d’entre eux le jugent « dynamique » ; 85 % le trouvent « moderne » ; 75 % le disent « décontracté », lui à qui l’on reprochait d’être trop nerveux. Les sondés d’OpinionWay sont sensibles à ses attitudes simples, directes et familières. Ils ont apprécié sa visite d’un hôpital à Dunkerque, et son déjeuner à la cantine d’EADS, avec les salariés de l’entreprise. Ils sont émus de voir le président mettre les mains dans le pétrin, plutôt que de rester dans sa tour d’ivoire. Si 52 % des sondés jugent, gentiment, son style un peu « tapeà-l’œil » - avec ses montres, par exemple - les vacances maltaises

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Dessin de MIÈGE

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LES 4 VÉRITÉS 2007 © Publication hebdomadaire (CPPAP N° 0208 I 82 712) Tél. : 01 56 81 00 30 Fax : 01 40 46 00 27 < 4verites@wanadoo.fr > < http./www.les4verites.com > (webmaster : Aléric Brei-Lefebvre) Siège social : 65, rue Claude Bernard 75005 Paris – (EEC, Sarl de presse) Abonnements : 4 Vérités-DIP 18 à 24, quai de la Marne 75164 Paris Cedex 19 01 44 84 85 48 (Dominique <dominique.varenguin@dipinfo.fr>) ou http://www.les4verites.com Directeur, responsable de la publication : Alain Dumait Rédaction : Jean Rouxel (rédacteur en chef), Laurent Artur du Plessis Le numéro 1,20€ Abonnement 50 numéros 60€ TTC Abonnement de soutien à partir de 100€ Personnes morales (entreprises ou administrations) : 200€, TVA à 2,10 % en sus Imprimerie : Delcambre, Pantin (93) Également disponible en format numérique (nous consulter) Fichiers déclarés à la CNIL (N° 672024) Exemplaire gratuit sur simple demande écrite

laissent indifférents 58 % d’entre eux, quand 10 % les approuvent carrément. Cela donne raison à David Martinon, porte-parole de l’Élysée : « Il considère que les Français n’attendent pas de lui qu’il dise qu’il mange des carottes râpées. Il aime ce qui est beau, ce qui est bon, et même s’il est beaucoup moins riche que ses prédécesseurs, il a envie de remettre la réussite à la mode. » Si les sondés plébiscitent le style de Sarkozy, que pensent-ils de son programme politique ? 67 % approuvent sa volonté de « mener toutes les réformes en même temps ». Cette opinion est même partagée par 40 % des électeurs de Ségolène Royal. Cela, tout comme la participation massive, lors des deux tours de l’élection présidentielle, témoigne d’une soif de changement qui dépasse les clivages politiques. Sarkozy sait que l’état de grâce ne durera pas. Et qu’il ne faut pas heurter l’opinion jusqu’au second tour des législatives, le 17 juin. Ensuite, il restera peu de temps pour faire voter les projets de loi par le Parlement réuni en session extraordinaire. En septembre, les syndicats de la fonction publique voudront reprendre la main. C’est à ce moment-là que Sarkozy aura le plus grand besoin du soutien de l’opinion publique. ■

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C’est dans le moule de l’action que notre intelligence a été coulée. Henri Bergson

SOMMAIRE

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La compétitivité selon Sarkozy par Bernard Trémeau

Chiffres Significatifs

Syndicats : l’épreuve de force aura lieu par Drieu Godefridi

Divers faits Votre opinion nous intéresse Le courrier des lecteurs

Sarkozy face à l’inertie des directions administratives par Christian Lambert

L’écologie entre gauche et droite par Pierre Lance

Communication

Europe et États-Unis : rapprochement par Guy Millière

Sic

La chronique politique de Laurent Artur du Plessis

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Chiffres Significatifs

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À-VALOIR > Ségolène Royal s’est engagée à rembourser aux éditions Flammarion l’à-valoir de 20 000 euros perçu pour un livre qu’elle devait écrire avec la journaliste Pascale Amaudric : elle a renoncé à publier le manuscrit, qui était achevé, quelques semaines avant le scrutin, préférant signer un recueil d’entretiens avec une autre journaliste, Marie-Françoise Colombani, chez Hachette. BULLE > En Chine, l’engouement pour la Bourse atteint des sommets : les particuliers ouvrent 300 000 comptes titres par semaine. EXIL > Le nombre de Français partant vivre leur retraite à l’étranger s’est accru de 13 % durant les cinq dernières années. LE SHÉRIF > Les enlèvements par les FARC, en Colombie, sont passés de 3 000 par an en 2000, à 300 en 2006, grâce à la politique musclée du président Alvaro Uribe, surnommé le « Shérif », qui règle ses comptes avec les assassins de son père. CYBER-ATTAQUE > Les autorités estoniennes ayant déplacé un monument à la gloire des soldats de l’exURSS, la Russie inflige un piratage informatique à grande échelle à l’Estonie : plus de 2 000 intrusions par seconde – au lieu d’un millier de visites par jour – sur les réseaux de la police, du Parlement, ou du ministère des Finances, pour les « griller » temporairement. IMMOBILIER > Paris est la 2e ville la plus chère d’Europe, et la 10e dans le monde : y louer un appartement coûte en moyenne 1 500 euros par mois. C’est 50 % de plus à Londres. FRANCOPHONIE > Israël compte quelque 500 000 francophones.

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Économie Économie

Bernard Trémeau

< tremeau.bernard@wanadoo.fr >

Les premiers choix de Nicolas Sarkozy icolas Sarkozy a montré, dès le premier jour de son installation, un choix fondamental : il est allé à Berlin pour bien nous montrer qu’il veut que la France reste dans le Marché commun. Il a donc choisi de ne pas isoler le marché français du marché européen. Ce choix est essentiel. Car plus le marché dans lequel nous vivons est vaste, plus notre richesse est grande. Les prix baissent, tandis que la qualité et la diversité des produits proposés augmentent. Les consommateurs français sont les grands bénéficiaires de cet élargissement de la concurrence. En revanche, ce choix a une conséquence immédiate normale. Les entreprises françaises sont mises en concurrence avec toutes les entreprises européennes. C’est pour avoir ignoré pendant des années cette notion de simple bon sens que Jacques Chirac a détruit l’économie française. Il semble que Nicolas Sarkozy ait compris qu’il fallait rendre nos entreprises compétitives. Et c’est probablement là où se situe la fameuse rupture. Deux questions préalables doivent cependant être posées. - D’immenses secteurs de l’économie française, comme l’Éducation nationale ou la Santé, sont étatisés. Ces services publics resteront-ils en dehors de toute concurrence ? Nous continuerons alors à avoir beaucoup d’enfants sortant de l’école sans savoir lire ou écrire et des hôpitaux publics coûtant deux fois plus cher que les cliniques privées.

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- De grandes entreprises françaises sont malmenées par la concurrence. Nicolas Sarkozy est allé à Toulouse pour dire à leurs salariés qu’on ne les oubliera pas. Est-ce un retour au « nationalisme économique » ou est-ce une prise en charge efficace de leur reconversion ? Du fait que les entreprises françaises ne sont plus compétitives, l’entrée de la France dans le Marché commun est devenue source de chômage, de précarité, et de pauvreté. Car les Français continuent d’acheter, mais ils achètent étranger : notre balance commerciale se détériore. Les entreprises françaises vendent de moins en moins à l’étranger : la France perd des parts de marché. Comme les Français et les Européens préfèrent les produits étrangers, les entreprises françaises ont de moins en moins de clients : pour essayer de rester compétitives, elles n’embauchent plus, réduisent le plus possible les salaires de leurs employés, puis licencient. Finalement, elles délocalisent de plus en plus ou ferment. Nicolas Sarkozy veut rendre nos entreprises compétitives. Il annonce différentes mesures pour y parvenir. - Il remplace les charges sociales payées par l’entreprise par un impôt sur la consommation, la TVA sociale. Ainsi, quand le prix de revient d’un produit fabriqué en France diminue de 5 euros, le prix d’achat du même produit importé augmente de 5 euros. Il est difficile de trouver une réforme aussi simple et astucieuse pour rendre nos entreprises plus

compétitives. Bravo. Copions l’Allemagne. - Il modifie les conditions de paiement des heures supplémentaires. Pour permettre de travailler plus de 35 heures, sans réduire la compétitivité de l’entreprise, on maintient les 35 heures payées comme 39 ; on maintient l’augmentation de 25 % du salaire perçu par le salarié pour les heures supplémentaires ; on supprime les charges correspondantes payées par l’entreprise (40 % du salaire perçu) ; et finalement on exonère d’impôt le revenu issu des heures supplémentaires… Le système est très astucieux, il fallait y penser et tout le monde est gagnant : le salarié qui touche ses heures supplémentaires majorées et défiscalisées, l’employeur qui ne paye plus de charges sociales sur ces heures et l’État qui récupère une heure de production supplémentaire. C’est une reprise de l’économie. Mais une telle usine à gaz augmente de façon fantastique le travail et le pouvoir de l’administration. Elle est digne d’un énarque. - Il annonce aussi que le taux d’imposition des entreprises françaises sera abaissé au taux européen. ■

Vulnérabilité Les simulations ont montré que les porte-avions américains - peu manœuvrables dans le détroit d’Ormuz, au large des côtes méridionales de l’Iran seraient vulnérables à une attaque simultanée, lancée par un grand nombre de petits bateaux saturant leurs défenses.

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Politique Politique

Drieu Godefridi >

Directeur de l’institut Hayek <info@notisumus.com>

’élection de Nicolas Sarkozy referme la parenthèse ouverte en mai 68. Le plus à gauche des hommes de droite, Jacques Chirac, ne fut, en somme, que le modeste continuateur du plus à droite des hommes de gauche, François Mitterrand. L’univers des références de Nicolas Sarkozy diverge de celui de ses deux prédécesseurs. D’instinct, il est libéral, viscéralement attaché à l’initiative, au travail et à la responsabilité, conscient de l’importance de l’économie et de la nécessité de réaffirmer l’autorité de l’État dans ses missions fondamentales. Il souhaite faire de la France une démocratie moderne, réactive, prospère, tournée vers l’avenir, qui offre autre chose à ses jeunes les moins favorisés que le chômage et des mots et qui exporte des biens et des services plutôt que ses citoyens fortunés et ses jeunes entrepreneurs. L’objectif est réaliste. Il nécessite des réformes de bon sens dans le domaine de l’éducation et de la fonction publique, de la représentativité syndicale, de la fiscalité, des retraites et, surtout, de l’assouplissement du droit du travail. Reste l’obstacle. Victime de ce que Pascal Bruckner appelle son « surmoi gauchisant », une partie de la gauche française n’est pas disposée à accepter ces réformes, et le fait régulièrement savoir, depuis vingt-cinq ans, dans les urnes ou dans la rue, sous la bannière syndicale. La seule pédagogie gouvernementale, couplée aux vacances d’été ne suffira pas à convaincre les syndicats de la

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Sarkozy et les syndicats : vers une confrontation nécessité des réformes. Quand les syndicats « mettent en garde » le président nouvellement élu contre toute velléité de « passage en force » - curieuse démocratie où le président élu par 53 % des Français est aussitôt rappelé à l’ordre par des organisations qui représentent 8 % des Français - il faut comprendre qu’ils s’opposeront à certaines réformes, par tous les moyens, y compris cette violence qui est, en France, un mode d’expression syndical. C’est qu’à l’instar de leurs cousins britanniques et américains au début des années quatrevingt, les syndicats français (et leurs relais trotskistes, altermondialistes, etc.) n’admettent pas que dans une démocratie où règne le droit, en cas de désaccord persistant entre les institutions de la République et la « rue », ce soient les institutions de la République qui ont le dernier mot, ni que la grève n’est un droit qu’aussi longtemps qu’il s’exerce dans le respect de la loi, des prérogatives de la puissance publique et des droits fondamentaux (de travailler, de circuler) d’autrui. Il n’y a qu’en France que le concept de « grève légale » passe pour une contradiction dans les termes. Margaret Thatcher raconte dans ses Mémoires : « De 1972 à 1985, la traditionnelle sagesse voulut que la Grande-Bretagne ne pût être gouvernée sans le consentement des syndicats. Aucun gouvernement ne pouvait vraiment résister à une grande grève, (…) et encore moins la faire échouer. (…) Notre détermination à résister à la grève incita les syndiqués ordinaires à oser tenir tête aux

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activistes. Ce que cette défaite établit fut qu’il n’était plus question de laisser la gauche fasciste faire de la GrandeBretagne un pays ingouvernable. » Lorsqu’en septembre 2005, nous avons publié, dans « Les Échos », une tribune intitulée « L’inéluctable moment Thatcher-Reagan des démocraties européennes », pour dire la nécessité de ramener les contestations syndicales dans les limites de la légalité, au besoin par le recours à la force publique, nous reçûmes un abondant courrier nous expliquant (en résumé) que les méthodes reagano-thatchériennes, certes adéquates aux brutes anglo-saxonnes, ne pourraient jamais être appliquées à un peuple aussi à la pointe des raffinements de la vraie civilisation démocratique que le peuple français. Cent mille voitures brûlées plus tard, l’activisme anti-gouvernemental des syndicats a trouvé un renfort de poids dans l’agitation des banlieues (cfr. les manifestations anti-CPE, mêlant étudiants « syndiqués », syndicats d’enseignants et jeunes des banlieues), la chienlit menace et l’alternative paraît désormais entre Thatcher la légaliste et Gallifet le sanguinaire de la Commune. Seul le premier choix de l’alternative nous préservera du second. La confrontation entre l’administration Sarkozy et les syndicats aura bien lieu. Qu’il cède, et M. Sarkozy ne sera, au bilan, qu’un autre Chirac. Qu’il maintienne, et il entrera tout droit au Panthéon des hommes d’État. Et la France sera sauvée. ■

NOAH > Il y a un an, dans une interview accordée à « Paris Match », Yannick Noah dit : « Si Sarkozy passe, je me casse ». Il reçoit chaque jour deux ou trois lettres l’invitant à tenir sa promesse… TUTELLE > Bernard Kouchner découvre qu’il ne peut nommer un ambassadeur ou un directeur sans l’aval de Jean-David Levitte, conseiller diplomatique de Sarkozy. RAFALE > La France vient de signer un contrat de vente de 14 avions Rafale au Maroc, payés par l’Arabie Saoudite, via un prêt à Rabat. HORS CONTRÔLE > Après avoir fait sécession du groupe pro-syrien Fatah alIntifada, dans le camp de réfugiés de Nahr al-Bared, dans le nord du Liban, le groupe extrémiste sunnite Fatah al-Islam - actuellement aux prises avec l’armée libanaise - reçut des armes et de l’argent du gouvernement libanais, pour contrebalancer le Hezbollah chiite. FAUX-PASSEPORT > Le chanteur Cheb Mami, touché par un mandat d’arrêt international à la suite de violences contre son ex-petite amie, s’est embarqué d’Alicante en Espagne pour l’Algérie avec un faux passeport. COUP DE THÉÂTRE > Mohammed El-Baradei, directeur de l’AIEA, a scandalisé les États-Unis et les Européens en disant que la capacité de l’Iran à enrichir de l’uranium étant irréversible, ce pays doit être autorisé à enrichir des quantités limitées d’uranium. ÉCOLOGIE > Le maire de New York a annoncé que les 13 000 taxis jaunes de la ville seront tous hybrides, miélectrique mi-essence, d’ici 2012.

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Votre opinion nous intéresse

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» Courrier des lecteurs Nous écrire, c’est courir le risque d’être publié…

Tempête

Argent

Guy Môcquet

Victoire syndicale

l me semble que l’aspect le plus difficile des projets de Nicolas Sarkozy, sera la nécessité de faire face aux syndicats et aux “forces de gauche” qui vont se mettre en travers de son chemin. La tranquillité actuelle est trompeuse. La gauche ne croit pas à un sursaut en sa faveur pour les législatives, mais elle est obligée de faire semblant. Après cette échéance, il faudra jouer serré pour engager très rapidement des réformes trop longtemps remises à plus tard, sans donner l’impression au Français de vouloir passer en force. Il ne faudra pas laisser les syndicats reprendre d’une main ce qu’ils cèdent de l’autre.

haque année, à l’époque du festival de Cannes, certains esprits chagrins s’interrogent sur le bien fondé des millions versés à nos stars. Lorsqu’on est capable de créer un impact artistique sur des millions de personnes, on ne vole pas son argent ! Divisez un million d’euros gagnés par trois millions de spectateurs ; vous obtenez 0,33 euro versé par chaque spectateur pour avoir le plaisir de vibrer à un film joué par un acteur au sommet de son art. Si vous êtes capables de créer un impact positif sur plusieurs millions de personnes, vous deviendrez riches à votre tour. Et probablement plus riches que beaucoup de nos artistes.

a lettre du jeune résistant Guy Môcquet sera lue dans les lycées à partir de la rentrée, sur décision de M. Sarkozy. C’est une très bonne idée d’édifier nos jeunes par l’image de la noblesse et du courage. On devrait aussi donner à lire à chaque enfant scolarisé un code de moralité. Inculquer le sens des vraies valeurs, aujourd’hui perdues, donne un but et du bon sens pour être heureux. Tout comme on ne peut pas écrire sans connaître les règles de grammaire, on ne peut pas être heureux sans connaître les règles de la vie. La lettre de ce jeune homme de 17 ans à la veille de son exécution est une formidable leçon d’humilité pour nous tous.

a FSU (SNES) syndiquant les personnels enseignants des lycées et collèges, peut se targuer d’avoir obtenu une belle victoire, sans même avoir mobilisé la rue. Dans toutes les professions, les heures supplémentaires sont rémunérées quand elles sont effectivement réalisées. Les professeurs faisaient exception à la règle, puisque les heures supplémentaires étaient payées sur 9 mois, incluant les petites vacances. Au vu de cette bizarrerie, le ministre Claude Allègre avait réduit leur taux de 17 %. Il dut démissionner. Il y a 35 ans, une décharge de service d’une heure a été accordée pour préparer les élèves à la première partie du baccalauréat, supprimée depuis longtemps. Gilles de Robien y avait mis fin. Le nouveau ministre vient de donner des garanties aux syndicats sur le retour à la situation antérieure, au nom des avantages acquis. Bien sûr, plus aucune remise en cause (les 35 heures de présence !) des statuts archaïques reposant sur la transmission directe des connaissances de bouche à oreille et leur transcription manuscrite. Peu importe si les prises de notes s’effectuent, pour les plus faibles, avec de nombreuses fautes d’orthographe et d’autres, plus graves encore. L’invention de Gutenberg est toujours ignorée à l’heure des DVD et de l’informatique, dans le meilleur des cas transformés en gadgets pour préserver les 15 ou 18 heures hebdomadaires de présence sur une moitié d’année travaillée. Pouvait-on attendre un autre comportement de la part d’un ancien bras droit de François Bayrou qui fut lui-même l’homme lige de Monique Vueillat, secrétaire générale d’un syndicat toujours très marxiste n’ayant qu’un objectif : toujours plus de postes ? Quand

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Pierre Laroche

Thierry Huz

La Rochelle (17)

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Oscar Dulac Paris (75)

La franchise ne comblera pas le déficit de la Sécu a « franchise » médicale annoncée n’est certainement pas le moyen de rétablir les comptes de la Sécu. Le « trou » traditionnel de la Sécu (de 11 milliards d’euros paraît-il) est dû pour l’essentiel à l’État, qui doit 6 à 7 milliards de cotisations impayées. Ces impayés étant eux-mêmes, en partie, des sommes dues au titre des cotisations prise en charge par l’État à la place des entreprises, dans le cadre des 35 heures payées 39. Ce trou dû à l’État mauvais payeur augmente chaque année, sans que les assurés-payeurs de cotisations y soient pour quelque chose. Mais c’est toujours à eux qu’on demande de se serrer la ceinture. Les assurés qui paient les cotisations sur leurs salaires et leurs retraites ne sont pas

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responsables du « trou », car ils commettent bien moins « d’abus » qu’on ne le prétend pour les « culpabiliser ». Et il existe déjà de nombreuses « franchises » : la liste des médicaments non remboursés ne cesse de s’allonger, un euro par consultation n’est pas remboursé, deux euros ne sont pas remboursés en cas de « parcours non-coordonné », les prothèses dentaires et les lunettes sont très peu remboursées, y compris par les mutuelles… Le forfait hospitalier est réclamé à un patient qui quitte l’hôpital à 10 heures du matin alors qu’il n’a pris aucun repas pour la journée. Et c’est pareil quand il arrive à 16 heures, le premier jour, et qu’il doit se présenter à jeun, en raison d’une opération ou d’un examen qu’il doit subir le

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lendemain… Pourquoi la Sécu ne dit-elle jamais rien pour faire cesser ces abus ? La CMU et l’AME, créées par le gouvernement Jospin, n’ont pas été supprimées par Raffarin et Villepin. Boulets de plus en plus lourds aux pieds des assurés, elles bénéficient à 7 millions de personnes, en majeure partie étrangères, qui ne versent aucune cotisation, coûtent plusieurs milliards d’euros. Encore des charges indues, qui creusent le trou de la Sécu, et entraînent de nombreux abus, commis par ces bénéficiaires. Le nouveau gouvernement n’a rien prévu pour remettre de l’ordre dans ces différentes causes de déficit… ■ P. Martins

<janpol.martins@wanadoo.fr>

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Monsieur le Président, c’est une révolution qu’il faut faire ! i l’affaire n’était pas aussi sérieuse, on pourrait en rire, à tout le moins en sourire. Voilà donc que le nouveau président de la République, à peine élu, a tout résolu. Nous sommes sauvés pour les cinq ans qui viennent. Que dis-je ? pour les dix ans… Nicolas, c’est Astérix et la potion magique. Aussi étonnante et piquante qu’elle soit, cette euphorie s’explique aisément. Les électeurs du nouveau Président ont tellement redouté et à juste titre, de voir élire Mme Royal dont l’incompétence dogmatique aurait été dévastatrice, qu’ils sont tombés dans une sorte d’idolâtrie. Il faut tout de même raison garder. Nous n’en sommes encore qu’aux discours, aux promesses, aux images. Le gouvernement n’est pas encore complètement formé. Une demi-douzaine de secrétaires d’État devraient être nommés au lendemain des législatives. On sait bien que ce qui compte, ce sont les actes et, pour l’essentiel, les actes ne peuvent résulter que de lois qui seront votées par le Parlement au plus tôt en juillet. Encore faut-il savoir qu’une loi, une fois votée, peut ne pas être appliquée. On en connaît de multiples exemples. Parfois même les décrets d’application ne sont même pas rédigés. Mais cela, la plupart des électeurs l’ignorent. Il faut savoir aussi que derrière le gouvernement, les maîtres de l’image agissent dans l’ombre d’une administration toute puissante. Les membres des cabinets ministériels

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l’Éducation nationale devrait être à la pointe du progrès, elle est à la traîne avec un budget délirant pour le second degré.

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Jean Meyer Paris (75)

Mauvais perdants

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’entends tous les jours des commentaires plutôt aigris de responsables du PS à propos de l’ouverture du gouvernement de M. Fillon à des personnalités de gauche, ouverture qui aurait comme seul et unique objectif, selon eux, d’affaiblir le PS, de le déstabiliser. Qu’auraient dit ces mêmes responsables si cette ouverture n’avait pas eu lieu ? Que Nicolas Sarkozy était bien le représentant d’une droite dure ?

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Marie-Christine Arnaud Asnières (92)

sont souvent les mêmes pendant des années. Ils supervisent les directions administratives, le plus souvent immuables, qui détiennent le vrai pouvoir. Comment voulezvous qu’un ministre puisse, par exemple, façonner une loi de finances dont la complexité est inouïe ? Les textes lui sont présentés par les « services » comme on dit, et il n’a plus qu’à les signer. L’idéal, bien sûr, serait que le nouveau chef de l’exécutif procède aux trois grandes suppressions qui feraient de la France un pays normal, moderne, libéral et efficace : la suppression des 35 heures, la suppression de l’ISF et la suppression de toute immigration. Ce serait possible. Plus aucune opposition ne peut gêner le nouveau pouvoir. La gauche est en ruine et le mode de scrutin fera sans doute qu’aucun candidat de la droite authentique ne sera élu. Et pourtant, je crains que rien ne soit supprimé. Des réformes assurément seront faites, mais à la marge, dans un esprit électoraliste. D’une certaine façon la campagne pour la présidentielle de 2012 a déjà commencé. Il faut donc être prudent. En attendant, je note qu’on ne parle plus de la dette colossale de l’État… Pour autant, pas de procès d’intention, aussi peu acceptable que l’excès d’optimisme. Aussi bien peut-on objectivement avancer que dans un domaine qui échappe à la loi, celui de la diplomatie, quelques points ont été marqués. Il sera mis fin à l’hostilité mili-

Effet de serre

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’effet de serre est parfaitement mesurable et expliqué. Les accords de Kyoto fondés sur les émissions de gaz carbonique sont des extrapolations à partir d’ordinateurs et d’une modélisation mathématique, à propos d’un phénomène climatique très complexe. Sans dioxyde de carbone, la planète ne serait pas verte, mais désertique. La bonne écologie consisterait dans la multiplication des espaces verts, qui créent l’oxygène dont nos poumons ont besoin. Certes, il faut économiser l’énergie - notamment fossile – qui est limitée. Mais il ne faut pas exciper de faux prétextes pour le faire, en occultant les causes de la pollution : les rejets de dioxyde de soufre, de microparticules… Une saine économie peut être fondée sur l’amélioration de notre environnement et la recherche de nouvelles sources d’énergie, notamment nucléaire, avec les surgénérateurs,

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tante contre les États-Unis qui, chez Jacques Chirac, se doublait d’une profonde affection pour l’ex-Union Soviétique et son chef, lieutenant-colonel du KGB. Autre point positif : Sarkozy s’est prononcé contre l’admission de la Turquie dans l’Union européenne. Cependant, tout n’est pas parfaitement net en cette affaire. La Turquie devant rester en Asie, il serait logique d’interrompre définitivement les négociations d’admission avec Ankara, mais il semble qu’elles vont malgré tout se poursuivre. Dans quel but ? Par ailleurs, l’Union méditerranéenne, idée nouvelle du nouveau Président, suscite quelques interrogations. Il s’agirait d’une Union avec qui ? L’Afrique du Nord ? Et pour quoi ? Pour une distribution supplémentaire de visas ? Là aussi, attendons. Je terminerai sur une réflexion relative à la vie privée. Elle doit être scrupuleusement respectée, tout le monde en convient. Mais les hommes politiques sont des acteurs publics. Plus que d’autres, ils doivent veiller à leur comportement. Le droit de cuissage est aboli depuis des siècles. À ma connaissance, il n’a pas été rétabli et la polygamie est interdite en France, du moins pour les Français. Le bon peuple de France aime bien les comédies de boulevard, mais peut-être pas à tous les niveaux. ■ Christian Lambert

Ancien Ambassadeur de France

et à long terme la fusion, source du rayonnement solaire. Espérons que M. Juppé ne cédera pas à ce que M. Allègre appelle la “secte verte”, prônant des taxations étatiques sous couvert d’écologie.

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Albert Kuhlmann <albertkuhlmann@gmail.com>

Ouverture

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our François Bayrou l’ouverture de “rassemblement” comme il la souhaite est une excellente chose. Mais l’ouverture de “ralliements” telle que la pratique Nicolas Sarkozy est vouée à l’échec. Autrement dit, un rassemblement hétéroclite sans majorité c’est bien, mais une forte majorité avec ralliement des bonnes volontés c’est mal.

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Jacques Guillemain Versailles (78)

Politique

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es accords de Kyoto sur les gaz à effet de serre sont politiques, idéologiques, et pas du tout scientifiques, comme le montre Claude Allègre. Il s’agit de mesures punitives qui ralentiront la croissance mondiale, et feront, par conséquent, des milliers de victimes dans les pays en voie de développement. Ces derniers s’islamiseront encore davantage, faisant du terrorisme l’outil de leur libération spirituelle. Décidément, le capitalisme est l’ennemi juré de nos télévisions et de la bien-pensance qui les anime. M. Sarkozy serait bien inspiré d’imiter M. Mitterrand qui avait purgé l’ORTF. Il faut aujourd’hui en faire de même avec nos soixante-huitards attardés !

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Jean-Marc Schuller Paris (75)

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Communication

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« LE MONDE » ❯ JeanMarie Colombani quittera la direction du « Monde » à la fin juin. Les journalistes de la société des rédacteurs discutent du nom de son successeur, en accord avec le conseil de surveillance. FranzOlivier Giesbert, directeur du « Point », a fait acte de candidature, avec l’assentiment d’Alain Minc, président du conseil de surveillance du « Monde ». Deux noms sont souvent cités : Pierre Jeantet, directeur général du groupe et ancien journaliste, et Philippe Thureau-Dangin, directeur de la rédaction de « Courrier International ». Prochaine réunion du conseil de surveillance : le 4 juin. CAPITAL ❯ Le site web de Capital, <www.capital.fr>, a enregistré 501 000 visiteurs uniques en avril 2007. Soit une progression de 291 % par rapport au même mois de 2006 et de 25 % par rapport à mars 2007. Le site propose des services pratiques et des informations exclusives sur les entreprises, la haute administration et les décideurs politiques, largement relayées par les autres médias. « VSD »❯ Récemment, « VSD » fit sa couverture sur « l’énigme Cécilia ». VSD appartient à Prisma Presse, filiale française de Bertelsmann, tout comme Capital, dont le site Internet avait révélé l’escapade maltaise du président élu. Les indiscrétions people du groupe allemand, à la manière des tabloïds anglais, agacent Sarkozy. INTERNET❯ Les sites Internet des grands médias ont aussi profité de l’effet élection présidentielle. Certains, selon l’OJD, ont connu des pics de fréquentation à + 215 %, la hausse moyenne s’établissant à 120 %. GRATUITÉ ❯ 53 % des Français pensent qu’à l’avenir, toute l’information dont ils ont besoin sera accessible gratuitement.

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Écologie Écologie Pierre Lance

Écologie : à droite, toute ! i quelque chose aujourd’hui peut me rendre optimiste, c’est bien le fait que notre nouveau Président ait intronisé comme N° 2 du gouvernement le Ministre de l’Écologie et de l’Environnement. Certes, j’ai été surpris de voir M. Alain Juppé hériter de ce poste, car rien ne laissait prévoir que cet énarque pur sucre puisse se passionner pour l’écologie. Mais il paraît que M. Juppé a tiré profit de son « exil » doré au Québec pour nourrir de saines réflexions sur le devenir de la planète. Après tout, pourquoi pas ? Tout homme intelligent est capable d’évoluer, pour peu qu’il ne fige pas son esprit dans des principes archaïques. Et nul n’a jamais mis en doute l’intelligence d’Alain Juppé, même si elle apparaissait un peu trop formatée par l’étatisme. On peut également concevoir qu’en nommant à ce poste un homme politique de premier plan, grand fidèle de Jacques Chirac, MM. Sarkozy et Fillon aient ainsi voulu marquer l’importance qu’ils attachent à une évolution résolument écologiste de notre gouvernance. Nous allons maintenant observer dans les faits comment les choses se passent. Accordons à Alain Juppé le même délai de grâce qu’à ses deux mentors. En tout cas, il faut se réjouir de voir la droite s’emparer enfin des problèmes écologiques, qu’elle avait jusqu’alors stupidement abandonnés à la gauche, voire à l’extrême-gauche. À cause de cette erreur monumentale que je dénonce depuis

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pierre.lance@wanadoo.fr Site Internet : http://assoc.wanadoo.fr/lerenouvelle/pub

vingt ans, les Verts « pastèque » ont pu s’approprier pendant quelques années le monopole de ce qui devait être et devient enfin la préoccupation prioritaire de notre pays. Que de temps perdu avec cet écologisme politisé dans le giron socialiste ! Et combien de gens de droite un peu myopes ironisaient sur l’écologie, partant du principe que du moment qu’elle était à gauche, elle ne valait pas qu’on s’y intéresse. Et les Verts de répéter à tout bout de champ que la droite était incapable d’être écologiste. Or, comme le disait Paul Valéry : « Le grand triomphe de l’adversaire est de vous faire croire ce qu’il dit de vous ».

Des écologistes authentiques à droite Enfin, heureusement, ces temps sont révolus, ce qui a été confirmé par la belle gifle électorale encaissée par Dominique Voynet. Et grâce, pour une large part, à l’action mobilisatrice de Nicolas Hulot durant la campagne présidentielle, la droite française a enfin pris conscience qu’il était de son devoir national de prendre à bras-le-corps le devenir de l’écologie. La droite américaine, elle, ne veut toujours rien entendre et reste attachée au productivisme à tout prix (encore que de nombreux élus républicains, tel le gouverneur Arnold Schwarzenhegger, se distinguent par leurs actions écologistes résolues). Mais comme l’administration Bush est en train de sombrer dans le discrédit (et pas seulement à

cause de l’Irak), on peut espérer que le prochain Président des États-Unis, quel que soit le parti dont il sera issu, comprenne enfin le rôle majeur et moteur que doit tenir la première puissance mondiale dans l’urgent sauvetage de notre planète. Je crois que l’on pourra compter sur Nicolas Sarkozy pour le rappeler opportunément à nos amis américains. Quelles que soient les attitudes à cet égard des appareils politiques et des gouvernements, il y a une chose que je sais depuis longtemps : il y a beaucoup plus d’écologistes authentiques à droite qu’à gauche. Et cela dans toutes les droites. En France notamment, j’en veux pour preuves l’excellent livre de Philippe de Villiers pour la défense des abeilles ou encore la non moins excellente publication des militants du Front National : « FÉE - France Écologie Environnement » (BP 54, 27340 Pont de l’Arche - <franceecologie@free.fr>). Discutant récemment avec un militant écologiste quelque peu socialiste, je lui affirmai que la droite comptait davantage d’écologistes que la gauche. Après un instant d’hésitation, il reconnut que les électeurs de droite appartenant statistiquement à un niveau socioculturel supérieur à la moyenne nationale, et sachant que les écologistes convaincus sont généralement plus instruits et mieux informés que l’ensemble de la population, il était logique qu’on en trouve plus à droite. J’ai salué cette belle objectivité. ■

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Civilisation Civilisation Guy Millière MGuymilliere@aol.com Président de l’Institut Turgot <www.turgot.org>

ous entrons en France, et peut-être en Europe, dans une nouvelle ère. Le redressement économique de ce pays sera difficile à mener à bien, mais, avec de la volonté, de l’opiniâtreté et de l’audace, il n’est pas impossible, d’autant que le communisme est mort, que le gauchisme ne se porte pas très bien, et que le parti socialiste est en crise. Le fait que, parallèlement, l’altermondialisme façon José Bové et son frère ennemi, l’antimondialisme façon Le Pen ne sont plus ce qu’ils étaient, constitue un double atout supplémentaire. Une chance existe que les Français voient enfin le monde tel qu’il est, que la prospérité dépend de la créativité, et que la démocratie et la liberté doivent être affirmées partout sur terre si on veut que l’une et l’autre survivent. Une chance existe aussi qu’on redécouvre ce qui constitue l’unité essentielle de la civilisation occidentale et l’évidence que, face à un Occident uni, généreux et intransigeant, l’islam radical incarne une nuisance malsaine qu’on peut terrasser. Qu’à Washington, Berlin, Paris et Londres, on parle désormais d’une même voix dans un dossier comme celui du nucléaire iranien est encourageant. Et mieux vaut tard que jamais : dans toute l’Europe, on commence à comprendre que la guerre contre le terrorisme dont parle George Bush depuis 2001 est effectivement une guerre qu’il nous faut gagner. Dans

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SARKOZY Reconnaissons lui tout de même une dimension exceptionnelle, sous-tendue par une formidable ambition personnelle. JEAN-MARIE LE PEN

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Un néo-conservatisme au cœur de l’Europe toute l’Europe, on commence à voir que l’islamisme n’est pas une menace inventée par des conspirateurs réunis à la Maison Blanche, mais un danger réel qui prend des visages différents selon qu’il s’incarne à Madrid ou Rotterdam, chez les terroristes palestiniens, chez les néonazis du Hezbollah ou chez le petit Hitler de Téhéran, mais qui n’en est pas moins LE danger majeur de ce temps. On commence à comprendre aussi que ce qui risquait d’arriver à l’Europe était, qu’aux États-Unis, on prenne les récriminations antiaméricaines de trop d’Européens au pied de la lettre, on glisse vers l’isolationnisme, et on fasse son deuil du devenir d’un vieux continent devenu décidément trop vieux. On redécouvre en Europe les vertus de l’Alliance atlantique, même si on ne le dit pas toujours haut et fort. On constate que les pays européens ont fort peu dépensé pour leur défense depuis plusieurs décennies. On retrouve des vertus au fait d’avoir à sa disposition une armée américaine opérationnelle et fiable. Et on discerne qu’on pourrait en avoir besoin très bientôt si, comme cela risque fort d’être le cas, Ahmadinejad et ses barbus ne se calment pas. Il restera un peu de chemin à faire pour qu’on déchiffre pleinement, en Europe, le sens du renversement de Saddam Hussein, le rôle clé d’Israël au Proche-Orient, mais aussi le fait qu’au sein de la force révolutionnaire qu’incarne l’Occident uni, le moteur du dynamisme n’est plus de ce

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côté-ci de l’Atlantique, et que la chance des Européens de compter encore, plus tard dans le XXIe siècle, tient à l’existence de ce prolongement de l’Europe qui a sa capitale à Washington, mais je ne veux pas douter que cela viendra. Nombre de jeunes Européens vivent déjà l’évidence que la seule culture vivante qu’ils ont en commun, de la Scandinavie à l’Italie, de l’Espagne à la Pologne est la culture américaine, et ils vivent l’évidence aussi que la culture américaine occupe ce rôle parce qu’elle est métissée et incarne désormais la culture populaire de la planète. Nombre de jeunes Européens savent, sans qu’il soit besoin de leur expliquer, que la langue qui joue en notre époque le rôle joué autrefois par le latin, est l’anglais en sa version américaine. Nombre de jeunes Européens ont assimilé qu’à l’heure d’internet et des technologies nées dans la Silicon Valley, il y a, sur la planète, les citoyens de l’ouverture qui, de Los Angeles à Jérusalem, de Paris à Varsovie ont des rêves en commun qu’ils sont prêts à partager avec d’autres citoyens de l’ouverture sur les cinq continents, mais qu’il faut d’abord faire reculer le fanatisme, et aussi, loin des dogmes collectivistes, retrouver les valeurs fécondes nées en Europe et préservées outre-Atlantique. Un commentateur a écrit que la victoire de Sarkozy était le signe de l’émergence possible d’un néoconservatisme au cœur de l’Europe. J’espère que les faits vont lui donner raison. ■

ÉLYSÉE Je veux ouvrir cette maison. C’est étouffant. Je veux prendre l’air. NICOLAS SARKOZY

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KOUCHNER Bernard a toujours eu un faible pour l’appel des caméras. MARTINE AUBRY

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BAYROU Il avait décidé seul, sans le moindre débat, de passer un accord avec le PS et de transformer les députés UDF en chair à canon dans leurs circonscriptions. HERVÉ MORIN, MINISTRE DE LA DÉFENSE

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JUSQU’AU-BOUTISME Ni la carotte ni le bâton ne pourront influer sur l’Iran. Il cherche le conflit. ALEXANDRE KONOVALOV, INSTITUT RUSSE D’ANALYSE STRATÉGIQUE

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LÉGITIMITÉ Dans mon esprit, le Premier ministre ne peut être qu’un élu du peuple. La morale et le courage politique me l’imposent. FRANÇOIS FILLON

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OUVERTURE Bayrou l’avait promise, Ségolène en rêvait et Sarko l’a faite. Résultat, on ne peut plus faire campagne sur le thème Sarko = facho. CLAUDE BARTOLONE, FABUSIEN

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JUSTICE Quand il [Chirac] n’est plus président de la République, c’est un citoyen comme les autres. ALAIN JUPPÉ

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SÉGOLÈNE Il faut la voir, devant deux ou trois ahuris de banlieue, tatoués et encapuchonnés, genre “nique ta mère”, leur annoncer d’un ton angélique : “Vous n’êtes pas un problème, vous êtes une partie de la solution”. XAVIER DARCOS, MINISTRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE

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