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Chronique

politique

Alain Dumait alain.dumait@les4verites.com Alain Dumait, 61 ans

Dominique de Villepin n’est pas défendable !

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e reviens d’un court séjour dans un pays où le visiteur est d’emblée frappé par la multiplication des panneaux portant la mention « nous embauchons » apposés sur la plupart des vitrines des boutiques ou à la porte des entreprises. Cela se passe au Canada. Sur l’autoroute qui va de l’aéroport au centre-ville de Montréal, on trouve même d’immenses panneaux publicitaires avec les adresses Internet des services de recrutement des grandes entreprises. Au Canada donc, les entreprises se battent pour recruter, et les jeunes qui cherchent du boulot, un petit boulot pour l’été, ou un vrai pour commencer sérieusement dans la vie, n’ont que l’embarras du choix. Là-bas, partout, et pas seulement dans les provinces riches en hydrocarbures comme l’Alberta, la croissance économique est forte, supérieure à 4 % par an. La principale

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BON À RETOURNER

La publication anti bourrage de crâne

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93, LES 4 VÉRITÉS HEBDO N° 536 VENDREDI 24 MARS 2006

raison de cette bonne santé économique, de l’avis unanime des observateurs, réside dans la bonne gestion des finances publiques : il y a une dizaine d’années, le gouvernement d’Ottawa, « libéral » (au sens anglo-saxon, c’est-à-dire « socialiste »), a décidé d’opérer un basculement fondamental en passant d’une culture du déficit public à une culture inverse, celle des excédents budgétaires. Et toutes les provinces canadiennes ont également renversé la vapeur. Chaque année, la dette publique diminue. La charge annuelle du remboursement de la dette pèse de moins en moins lourd. Bien sûr, il a fallu tailler dans les effectifs de l’administration et fermer un grand nombre d’agences et de services publics. Leurs taches furent aussitôt prises en charge et assumées très correctement par des entreprises privées. L’État fédéral, comme les gouvernements des provinces, demeurent largement des États providence, où la santé et l’éducation sont collectivisées, à peu près comme chez nous. Mais, grâce à une gestion sérieuse des finances publiques, le pays a retrouvé le chemin du dynamisme. Dans ces conditions, puisque le pays manque de main-d’œuvre qualifiée, on augmente sensiblement les quotas d’immigration, dans le cadre d’un système de sélection, avec une grille de points, qui donne toute satisfaction, et qui a d’ailleurs été repris par plusieurs autres pays, tels l’Australie et la Nouvelle-Zélande. On dit que Nicolas Sarkozy est très intéressé par le système canadien de sélection des immigrés, mais le contexte économique général des deux pays est très différent, hélas ! à notre détriment. Chez nous, l’immigra-

tion choisie ne ferait que s’ajouter à l’immigration subie (voir page 3)… Au Canada, on regarde la France et les manifestations violentes contre le Contrat nouvelle embauche, avec des yeux ronds. Un tel contrat de travail, spécifique aux jeunes de moins de 26 ans, n’existe évidemment pas. S’il était mis en œuvre chez nous, nous serions le seul pays au monde à avoir un tel dispositif ! D’autre part, comme dans tous les pays civilisés, les seules manifestations qu’il est possible d’observer dans la rue sont à la fois très rares, plutôt modestes, et organisées de telle façon qu’elles n’entravent jamais la liberté d’aller et de venir de tout un chacun. Que l’on puisse brûler des voitures, hier dans les banlieues, aujourd’hui sur l’esplanade des Invalides (à deux pas de l’Assemblée Nationale…) — et, en vérité, chaque nuit, un peu partout en France, pour des dizaines ou des centaines de faits – est, dans le monde entier, un sujet de grand étonnement. Pour s’opposer aux tyranneauxsyndicalistes, qui manipulent des millions de jeunes Français, qui font fermer les lycées et les facs par l’intimidation violente, et appellent la racaille black des banlieues à venir casser et voler pour faire peur aux citoyens normaux, on aimerait pouvoir soutenir le Premier ministre qui, jusqu’à présent, a montré au moins un certain cran. Ce n’est évidemment pas son entêtement qui pose problème. Mais plutôt, hélas ! cette incapacité à gouverner correctement notre pays, qu’il a déjà à plusieurs reprises démontré, et qu’il partage entièrement avec son maître, dont il fut longtemps, à l’Élysée, le plus funeste conseiller. ■

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VÉRITÉS 4

VENDREDI 31 MARS 2006

N° 537

LES

La publication anti bourrage de crâne

ÉDITORIAL

HEBDO

Jean Rouxel

Grave crise de l’islam de France… au pire moment ! eaucoup d’observateurs ont rapproché la levée de boucliers antiCPE de l’embrasement des banlieues à l’automne dernier. De fait, le caractère largement incontrôlable de ces deux « mouvements », où une frange de la jeunesse, sous l’influence de groupuscules radicaux, s’est insurgée, avant le moindre mot d’ordre syndical ou d’un parti de gauche, rend la comparaison particulièrement éclairante. Pour le moment cependant, les banlieues restent silencieuses dans cette nouvelle « insurrection » (à l’exception de quelques casseurs !). Mais, une étincelle pourrait bien remettre le feu aux poudres : l’islam. Chacun a pu voir, avec l’affaire des caricatures de Mahomet, que le feu couve sous la cendre. À cette occasion, nous avons, en particulier, pu constater que les défenseurs de l’islam modéré n’étaient pas les moins actifs. La notion de musulman modéré devrait s’en trouver éclairée d’un jour nouveau ! En tout cas, compter sur un islam modéré pour appeler au calme est un pari fort aventureux. Mais, surtout, les pouvoirs publics se reposent, pour discuter avec l’islam, sur une représentation fallacieuse : le CFCM. Il a été suffisamment dit que la constitution de cet organisme posait de nombreux problèmes,

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Dessin de MIÈGE

4VÉRITÉS

LES

La publication anti bourrage de crâne

HEBDO

LES 4 VÉRITÉS 2006 © Publication hebdomadaire (CPPAP N° 0208 I 82 712) Tél. : 01 56 81 00 30 Fax : 01 40 46 00 27 < 4verites@wanadoo.fr > < http./www.les4verites.com > (webmaster : Aléric Brei-Lefebvre) Siège social : 65, rue Claude Bernard 75005 Paris — SARL de presse Abonnements : 4 Vérités-DIP 18 à 24, quai de la Marne 75164 Paris Cedex 19 01 44 84 85 48 (Dominique) ou http://www.les4verites.com Directeur-gérant responsable de la publication : Alain Dumait Rédaction : Jean Rouxel (rédacteur en chef) Guillaume de Thieulloy Pierre Baudouin Le numéro 1,14€ Abonnement 48 numéros 54€ TTC Abonnement de soutien à partir de 100€ Personnes morales (entreprises ou administrations) : 200€, TVA à 2,10 % en sus Imprimerie : Delcambre, Pantin (93) Fichiers déclarés à la CNIL (N° 672024) Exemplaire gratuit sur simple demande écrite

allant de la naissance d’une sorte de religion d’État à la majoration indue du poids des plus radicaux. Mais cet organisme présente aussi, et peut-être surtout, un problème de représentativité : faute de clergé universellement reconnu dans l’islam, le CFCM s’est contenté de juxtaposer des tendances disparates (frères musulmans, islam marocain, islam algérien…) faisant une sorte de communautarisme interne ! Et, aujourd’hui, cette représentativité explose : la fédération des musulmans de France (FNMF), pro-marocaine, avait élu Abdallah Boussouf au CFCM. Or, après coup, Mohamed Bechari, président de la FNMF, qui n’avait pas participé aux élections, a évincé son rival, avec l’aide de Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris. Conséquence : la FNMF explose. Et la Grande Mosquée de Paris comme la FNMF veulent suspendre leur participation au CFCM, entraînant sa propre explosion… Comme toujours dans ces cas-là, la situation risque d’être pire que si rien n’avait été fait et Nicolas Sarkozy est d’ores et déjà accusé d’insulter l’islam… Dans le contexte tendu où nous sommes, de telles accusations et de telles explosions internes à la communauté musulmane de France ne risquent pas de contribuer à la paix civile ! ■

«

La liberté, c’est un cadeau qu’on se fait à soi-même. Louis Gauthier

»

SOMMAIRE

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Les vraies réformes à mener pour l’emploi par Bernard Tremeau

➥ Chiffres Significatifs

3

L’immigration choisie s’ajoute à l’immigration subie! par Philippe Hartemann

➥ Divers faits

4 6➥ 7

Votre opinion nous intéresse Le courrier des lecteurs

Nostalgie soixantehuitarde par Pierre Lance

Communication

Entre islamisme et Occident, il faut choisir son camp ! par Guy Millière

➥ Sic

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La chronique politique d’Alain Dumait

Faîtes connaître autour de vous

LES 4 VÉRITÉS HEBDO. Si vous pensez que cette publication antibourrage de crâne est susceptible d’intéresser tel ou tel de vos amis, parents ou relations, indiquez-nous leurs coordonnées. Nous nous ferons un plaisir de leur adresser, gratuitement les 4 prochains numéros.


Chiffres Significatifs

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LIVRET A ❯ 46 millions de Français sont titulaires d’un livret A, dont 24,5 millions à la Caisse d’Épargne.

Économie Économie

PRÉRETRAITE ❯ Le nombre d’allocataires des Assedic en préretraite a chuté de 24,6 % entre janvier 2005 et janvier 2006, pour descendre à 52 600… EMPLOI ❯ 142 500 nouveaux emplois ont vu le jour en 2005. RACISME ❯ En 2005, 434 peines ont été prononcées pour actes racistes et antisémites. Le nombre de condamnations a doublé en cinq ans… DÉFICIT ❯ La balance des paiements américaine (balance commerciale + balance des capitaux) a atteint en 2005 un déficit record de 804,9 milliards de dollars, soit 6,4 % du PIB américain. CUIVRE ❯ La tonne de cuivre a atteint le 21 mars le prix de 5 186 dollars. C’est son cours le plus élevé depuis le début de sa cotation en 1870 ! PATRIMOINE ❯ 4,5 millions de Français ont entre 100 000 et 500 000 euros d’avoirs financiers. AMENDE ❯ L’UE réclame 57 millions d’euros par semestre à la France pour non-respect des règles communautaires sur la pêche. DÉVELOPPEMENT ❯ 50 % des crédits du ministère des Affaires étrangères sont consacrés au développement. MÉDECINE ❯ Avec 1 419 étudiants affectés en 20042005, la médecine générale représente le premier choix des étudiants de médecine (37 % des affectations). Mais seulement 60 % des postes ouverts dans cette discipline se trouvent ainsi pourvus…

2

Bernard Tremeau

CPE, CNE et lutte contre le chômage a priorité annoncée par le gouvernement de Dominique de Villepin est de s’opposer au chômage. Une des causes du chômage français est la protection trop forte donnée à celui qui a un emploi. Les salariés de l’État, une fois titularisés, ont un emploi à vie. Les salariés du privé, une fois embauchés, devraient aussi l’être à vie et après une courte période d’essai, ils sont protégés par un contrat à durée indéterminée (CDI). Au fil des ans, un tel contrat rend de plus en plus difficile et coûteux le renvoi d’un titulaire de CDI. Une multitude de textes législatifs, parfois contradictoires, réglemente le licenciement. Les responsables de grosses entreprises, disposant d’un nombre important de salariés et d’une équipe de spécialistes du droit du travail, ne sont pas trop gênés par le CDI et la législation pléthorique qui l’accompagne. Ils ont une marge de manœuvre avec les emplois par intérim. Par contre, les PME, beaucoup plus sensibles aux variations de la conjoncture économique, et ne disposant pas de juristes, trop coûteux, hésitent à embaucher un salarié supplémentaire qu’elles pourraient difficilement licencier plus tard. Notre Premier ministre, conscient de ces difficultés, a donc proposé, pour s’opposer au chômage, le CNE (contrat nouvelle embauche) pour les entreprises de moins de vingt salariés et le CPE (contrat première embauche) pour les jeunes de moins de 26 ans.

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Ces contrats à durée déterminée permettent aux entreprises de prendre moins de risques financiers en embauchant un chômeur ; mais ils touchent au droit du travail, laborieuse « conquête » des salariés. Le CNE, ne concernant que les salariés des petites entreprises, est passé pratiquement sans problèmes particuliers. Les salariés des PME ne sont pas syndicalisés.

Les vraies réformes Par contre, le CPE, touchant la jeunesse, a immédiatement mobilisé contre lui les étudiants des universités, entraînés par des syndicats gauchistes et violents. Ils ne veulent pas voir que le CPE est mis en place pour essayer de donner un emploi à ceux qui n’ont pas de diplôme. Ils accusent le CPE d’introduire la « précarité » dans le travail, mobilisant derrière ce slogan les futurs diplômés. Ils n’hésitent pas à utiliser des moyens non démocratiques : blocage de leur propre université, ou occupation d’établissements ne faisant pas la grève. Leurs manifestations sont enfin utilisées par les plus violents d’entre eux pour saccager les locaux ou « casser du flic ». Les syndicats et les partis de gauche se refont une santé derrière la « dynamique » des étudiants. Plus de 1 250 textes réglementeraient actuellement le travail dans les entreprises. En ajouter deux de plus, assouplissant le droit du travail, ne changera malheureusement pas grandchose. Pour s’opposer au chômage, il faut supprimer les lois qui s’opposent à une activité

< tremeau.bernard@wanadoo.fr >

normale des entreprises. Citons quelques exemples phares : – Plusieurs études montrent qu’une augmentation du SMIC de 1 % crée plus de 30 000 chômeurs supplémentaires. Organisons sur ce thème un grand débat et supprimons le SMIC. – Les impositions du capital (impôt sur les successions, impôt sur les plus-values et impôt sur la fortune) font fuir de France ceux qui ont des capitaux et les entreprises ne disposent plus des capitaux dont elles ont besoin pour innover ou investir. Arrêtons de faire fuir les capitaux. – Les impôts sur les entreprises poussent les étrangers à s’installer hors de France et les entreprises françaises à délocaliser. Arrêtons d’imposer les entreprises. Arrêtons de prendre de l’argent à tous ceux qui travaillent et produisent des richesses pour le donner à ceux qui ne produisent rien. Une telle politique ne peut être qu’inflationniste. Or, avec l’euro, nous ne pouvons plus dévaluer pour rendre nos entreprises compétitives : le chômage rééquilibre obligatoirement l’offre et la demande. Un merveilleux rêve pour conclure. Actuellement, dans de nombreuses villes des EtatsUnis, ou d’Irlande, le chômage a disparu et les demandes d’emploi sont inférieures à 3 %. Les salariés devenant rares, les salaires grimpent. On manque dangereusement de main-d’œuvre. Rien, absolument rien, ne nous empêche de copier la politique économique des USA ou de l’Irlande. ■

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Politique Politique

Philippe Hartemann Martel (46)

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ourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il mis sous le coude le rapport édifiant de Richard Castera, Inspecteur Général de l’Administration, sur une mission d’évaluation des « capacités d’accueil de la France et de ses besoins », réalisée de septembre 2005 à février 2006 ? Ce rapport remis récemment au ministre de l’Intérieur concluait entre autres que « les immigrés choisis ne se substitueront pas aux immigrés subis, ils s’y ajouteront ». Le rapporteur précise, en outre, que « la France n’a plus, dans l’état actuel de son économie, les moyens d’accueillir des immigrants. Elle risque donc de créer une vague supplémentaire d’entrée d’immigrés qui ne seront, bien entendu, pas à l’abri du chômage endémique du pays. Si elle ne réduit pas de manière drastique l’entrée de son territoire pendant plusieurs années, la France s’exposerait à de nouvelles explosions comme celle de novembre 2005 dans les banlieues ». Chaque année, le flux migratoire, en constante augmentation, est de plus de 160 000 personnes (chiffre quasi officiel pour 2004 qui ne prend pas en compte un nombre sans doute équivalent de clandestins). Cet afflux cause de graves problèmes dans le domaine du logement, de l’emploi, de l’éducation… Chaque année, plus de 100 000 étrangers se présentent sur un marché du travail déjà très encombré de chômeurs où les postes pas ou peu qualifiés sont rares, avant-gardes de familles entières qui débarquent en

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Immigration choisie et immigration subie France en foules compactes au nom du regroupement familial. Le secteur privé, le seul accessible à ces populations, ne crée pas suffisamment d’emplois pour satisfaire les demandes : il n’y en eut que 86 000 en 2004. Le rapporteur conclut logiquement que « les capacités d’accueil des populations immigrées sont donc totalement saturées, et les premières victimes de cette réalité en sont les étrangers eux-mêmes ». Cette constatation est confirmée par le taux de chômage de cette catégorie qui est de 17,6 %, alors que la moyenne française est de seulement 9,7 % : soit près de deux fois moins ! En contredisant l’opinion habituelle sur l’importance du vieillissement de la population française et sur le départ à la retraite des enfants du babyboom nés après la Libération, nous obligeant à recourir à une entrée massive d’immigrés, Richard Castera explique que : « Le chômage et le sous-emploi ainsi que la faiblesse du taux d’activité de certaines catégories de personnes (seniors, femmes, jeunes) offrent des gisements considérables de maind’œuvre française. Des politiques actives d’emploi et de formation professionnelle peuvent permettre d’ajuster l’offre à la demande si des besoins sectoriels ou spécialisés se font sentir. Si des emplois sont à pourvoir, la priorité doit être impérativement accordée à la réduction du chômage en France, et notamment celui des immigrés déjà présents sur le territoire ». Il est curieux de noter que ce

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rapport accablant pour les perspectives envisagées par le ministre de l’Intérieur pour une « immigration choisie » est antérieur à sa prise de position. On comprend aisément pourquoi il a préféré l’enterrer ! Ce n’est pas tout : le Premier ministre envisage de porter le problème au niveau européen. Au cours d’une réunion préparatoire, le 13 mars dernier, du Comité Interministériel mensuel sur l’Europe, il a décidé le « principe d’une ouverture progressive » des frontières qui commencera dans « les métiers où il y a besoin de main-d’œuvre ». Le problème est considérable pour l’avenir de la France, compte tenu du fait qu’une large majorité des immigrés, choisis ou non, viennent de pays de culture et de religions musulmanes, qui n’ont aucune envie de rentrer dans leurs pays d’origine (ni eux, ni toutes leurs nombreuses familles) pour participer au développement de leurs pays respectifs, à l’issue de leur formation ou à l’expiration de leur hypothétique contrat de travail. Quelles ruines allons-nous laisser à nos successeurs ? ■

Outreau L’audition des journalistes par la Commission parlementaire chargée de l’affaire d’Outreau fait apparaître un travers bien connu des médias. Certains journalistes vont vite au sensationnel, sans distanciation. Espérons que les médias prendront ainsi conscience que l’on compte sur eux pour ne pas relayer légèrement les abus de pouvoir de toutes sortes… Pascale Blain – Levallois (92)

SÉCU ❯ Le déficit de la branche maladie de la Sécu est passé de 11,6 milliards à huit milliards d’euros en 2005. Toutefois, le déficit global de la Sécu n’a guère baissé, puisqu’il est passé de 11,9 à 11,6 milliards d’euros… FREE ❯ Le fournisseur d’accès à internet Free a conquis 531 000 nouveaux clients en 2005, pour un coût de 40,90 euros par abonné. Il fait ainsi bien mieux que Wanadoo (68,60 euros par abonné recruté), Neuf Cegetel (221,90), Alice (407) et Club Internet (440) ! ASILE ❯ 5 000 Américains ont signé une pétition visant à offrir l’asile politique aux Juifs de France aux EtatsUnis. RAÉLIEN ❯ Michel Onfray, philosophe qui s’est fait connaître par son « Traité d’athéologie », a été fait (contre son gré) « raélien d’honneur » par Claude Varilhon, gourou de cette organisation religieuse athée, au motif que, comme les Raéliens, Onfray prône l’hédonisme, se révolte contre tout dogmatisme, défend l’athéisme et s’oppose à tous les monothéismes… MEXIQUE ❯ Les émigrés mexicains envoyaient en 2005 vingt milliards de dollars à leur patrie d’origine, contre 3,7 milliards dix ans plus tôt… DETTE US ❯ Le sénat américain a relevé, le 16 mars dernier, le plafond de la dette à 8,965 milliards de dollars. À noter : actuellement 2 200 milliards de dollars de la dette américaine sont dus à des créanciers étrangers… ROUTARD ❯ Environ 4,5 millions d’exemplaires du « Guide du Routard » sont vendus chaque année. DOUANES ❯ La France compte 19 000 douaniers.

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Divers faits

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Votre opinion nous intéresse Relance

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i l’actuelle majorité veut avoir la moindre chance de conserver sa place à l’Assemblée nationale, au gouvernement et à la Présidence de la République en 2007, elle doit d’urgence relancer la croissance en impliquant le plus de personnes possible dans le succès économique. La privatisation d’AREVA, leader mondial du nucléaire, s’impose de toute urgence, ainsi que la poursuite de celle d’EDF et de GDF, avec à la clé un triple avantage. Apporter de l’argent dans les caisses de l’État fortement endetté sans augmentation d’impôts ; privilégier l’actionnariat populaire ; et privilégier l’épargne de précaution (perte momentanée de ressources et consolidation des retraites). Mais cela ne suffira pas. Il faut aussi rendre chaque Français propriétaire de son logement en favorisant

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» Courrier des lecteurs Nous écrire, c’est courir le risque être publié…

le crédit, comme c’est le cas en Angleterre par exemple. Si l’actuel gouvernement ne fait pas cette politique, la gauche réaliste la fera, sûrement avec plus de pédagogie. Ségolène Royal lorgne déjà sur Tony Blair et le système anglo-saxon producteur de richesses, de bien-être, et favorisant le plein emploi, le tout avec une réelle égalité des chances tout au long de la vie et une protection sociale tout à fait raisonnable…

»

J. Schoenfelder Paris (75)

Désespérant

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ntre une droite qui souhaite réformer mais se retrouve systématiquement dans l’impasse faute d’une communication suffisante, et une gauche qui n’a aucun programme mais possè-

de un fort pouvoir de nuisance et de blocage grâce à ses relais syndicaux, la France est devenue un pays désespérant où tous les problèmes de société, absolument tous, se sont aggravés depuis trente ans. Dans ces conditions, à quoi bon voter, puisque c’est la rue qui décide et que rien ne change ? Le pays glisse vers la ruine et la balkanisation dans l’inconscience générale. C’est le suicide collectif sous anesthésie. De toute façon, il est déjà trop tard. Les milliers de jeunes diplômés qui quittent chaque année le pays l’ont bien compris. Pour construire sa vie et celle de ses enfants, il faut choisir un pays qui suscite l’espoir, ce qui n’est pas le cas de la France qui croule sous les dettes et sombre de plus en plus dans la violence sans réagir…

»

Jacques Guillemain Versailles (75)

Lutte contre le cancer lors que s’ouvre « la semaine du cancer », je souhaiterais que l’on m’explique comment il se fait que, depuis plus de cinquante ans, de l’argent est demandé à la population par les différentes associations de lutte contre cette maladie, sans que, pour autant, la maladie, malgré des progrès partiels et très appréciables, ait été, dans sa globalité, quelque peu enrayée. L’information que les autorités sur le sujet ont essayé, sans succès, de faire passer pour une « bonne nouvelle », a consisté à annoncer que le cancer va devenir une « maladie chronique ». Pour chacun d’entre nous, et nous sommes nombreux, qui vivons ou avons vécu le cancer de près, avec les souffrances physiques et morales qu’il engendre, nous savons bien que nous ne voulons pas d’un « cancer chronique » ! Dans le même temps, une pleine page du journal Le Monde titre, sans scrupule, que la médicamentation contre le cancer va assurer la « bonne santé » financière de l’industrie pharmaceutique pour les années à venir. Dans ce contexte, une demande d’explications paraît légitime. D’autant plus qu’à cela s’ajoute le malaise qu’a

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créé ce que l’on peut sans abus appeler la lutte acharnée des instances officielles contre les voix multiples qui, depuis trente ans au moins, ont pointé les sources extérieures de la maladie : les carences alimentaires, la pauvreté de notre nourriture, la pollution ambiante, l’envahissement de l’environnement public et privé par les molécules chimiques d’origine industrielle (pesticides, produits ménagers, amalgame dentaire, amiante…). La fermeture obstinée de la médecine officielle à toute expérience réussie qui ne vient pas d’elle n’est pas non plus pour nous rassurer. Alors qu’un Institut national du cancer vient d’être créé, il est déjà secoué par les polémiques internes et les luttes de pouvoir. Plus que de nouvelles instances et commissions, nous voulons une complète transparence sur le sujet et l’alliance, sans préjugés, de tous les efforts positifs qui tracent une voie de sortie. ■

La France soviétique

«

es remarques intéressantes ont été faites au cours de l’émission « Ripostes » sur Arte par les divers interlocuteurs. Pour N. Domenach, de l’hebdomadaire Marianne, ce seraient ceux qui ont la plus grande sécurité de l’emploi, qui exigeraient le plus de précarité pour les autres. Tout le monde aura compris qu’il s’agit des fonctionnaires, car dans une entreprise toutes les personnes sont précaires, y compris l’entreprise elle-même qui peut faire faillite du jour au lendemain. Il aurait ainsi fallu imposer le CPE, d’abord aux moins mobiles. Appliqué aux enseignants, il aurait sûrement déjà permis un meilleur recrutement, évitant ainsi que 150 000 jeunes quittent le système éducatif sans aucune qualification et le double avec des diplômes inexploitables, et cela malgré une débauche de moyens. Mais quel gouvernement osera proposer une réforme globale du code du travail débouchant sur un statut identique pour tous, avec le même devoir de mobilité ? Au lieu de moins d’un million de manifestants dans la rue, il y en aurait alors six millions, ou même le double si l’on y inclut les conjoints et les enfants. Les manifestations et grèves du secteur public au sujet du CPE ne sont que de la comédie débouchant sur des journées de congés supplémentaires. À moins qu’elles aient un effet de dissuasion préventive. Aussi la France demeurera encore longtemps coupée en deux moitiés. L’une vivant selon le modèle soviétique et l’autre suivant le modèle capitaliste qui n’est pas prêt à disparaître !

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Maryvonne Legoux

Planaz (74)

Jean-Michel Schwartz Par courriel

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Pétainisme et déclinisme e culot des politiciens – de « droite », comme de gauche –, qui refusent toujours de reconnaître leurs responsabilités dans la situation désastreuse où ils ont, d’alternance en alternance, plongé la France, me paraît dépassé par Denis Jeambar. Le directeur de L’Express, dans un article du 16 mars, attribue en effet le désastre annoncé à « ce pétainisme qui gagne la France, spirale du renoncement et de l’abaissement [nota : Guy Millière, lui, parle de « spirale du déclin »], dans laquelle sont emportés le goût de l’effort, la prise de risques et nos principes fondamentaux » [nota : l’auteur n’ose préciser « républicains »]. De qui se moque Denis Jeambar ? Quels que soient les reproches que l’on peut faire à Philippe Pétain, outre qu’il n’était pas responsable de la débâcle, n’avait-il pas redonné aux Français assommés (après avoir

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été endormis par leurs dirigeants, ceux de la « semaine des quarante heures » !) le goût du travail et des véritables valeurs qui avaient fait la France ? C’est ce que rappelait le « Travail-FamillePatrie », dont se gaussent méchamment les « issus » de la « Libération » qui ont chaussé les bottes de leurs prédécesseurs d’avantguerre. Des dirigeants qui n’ont cessé de laisser la prétendue Éducation nationale (truffée de marxistes) dénigrer le travail (particulièrement manuel), tout en se montrant incapable d’enseigner correctement la lecture, l’écriture, le français, de donner « une formation préparant au marché du travail », comme l’a reconnu lui-même Jean-Robert Pitte, président de la Sorbonne sur RTL (25 mars). Les dirigeants de l’UMPS (UMP + PS) qui ont multiplié les RMI, les aides sociales en tous genres, incitations à la paresse, tandis qu’ils

ont accablé les entreprises sous des charges de plus en plus lourdes et des réglementations de plus en plus tatillonnes, ont ainsi découragé les entrepreneurs, les cerveaux et les véritables chercheurs (pas les fonctionnaires du CNRS), qui ont préféré émigrer. Dans le même temps, ils ouvraient largement les portes (ouvertes par des traités internationaux signés par des incompétents doublés d’imprévoyants) à une concurrence de produits fabriqués à bas prix, par une main d’œuvre travailleuse et mal payée, et à une immigration qui, elle, se moque du « goût de l’effort, de la prise de risque et des principes fondateurs » – toutes choses qu’on est incapable de lui apprendre à l’École ! ■ Jean-Claude Lahitte

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Le spectre de 68

Ne pas céder

Connaître ses erreurs

es mouvements sociaux actuels amènent beaucoup d’observateurs à la comparaison avec mai 68. La plupart souligne une différence fondamentale : les jeunes de mai 68 voulaient changer la société, ceux d’aujourd’hui ne désirent que s’y intégrer et ont peur de ne pas pouvoir le faire. On pourrait ajouter que ce désir d’intégration explique également en partie les émeutes des banlieues, particulièrement pour les jeunes issus de l’immigration. Pourtant le spectre de mai 68 est bien présent ; car la société que tous ces jeunes désirent intégrer n’est pas la société réelle. C’est celle qui leur a été décrite par une Éducation nationale contrôlée par une grande majorité de soixantehuitards qui n’ont pas abandonné leurs utopies. Non seulement ce n’est pas la société réelle française – celle des entrepreneurs, de ceux qui investissent et qui prennent des risques –, mais ce n’est surtout pas la société qui permet aux autres pays d’afficher des chiffres de croissance, d’emplois et d’investissements bien meilleurs que les nôtres. Tant que ce gigantesque malentendu ne sera pas dissipé, nous aurons d’autres clones de mai 68.

epuis plus de trente ans, les gouvernements français cèdent systématiquement aux revendications des syndicats. Ne pas céder, voilà ce à quoi les politiques français doivent se préparer. Et cela pour trois raisons décisives. Primo, dans une démocratie où règne la loi, il appartient au Parlement et aux juges de dire le droit. Pas à la rue. Lorsqu’un gouvernement, reflétant une majorité démocratiquement élue, décide de réformer tel système de protection sociale ou telle entreprise publique, aucune vocifération, si bruyante soit-elle, ne devrait le conduire à retirer sa réforme. Ou alors la démocratie n’est plus qu’un mot et le règne de la loi disparaît. Secundo, il faut jeter les fondements de la renaissance économique de notre pays en ramenant à la légalité ces syndicats corporatistes. Aussi longtemps que l’État est à la merci d’un groupe organisé et juridiquement irresponsable qui exige toujours plus d’argent, de monopoles et de privilèges, l’économie est condamnée à subir des charges toujours plus asphyxiantes. Tertio, le droit de grève n’a jamais été remis en cause, seule la liberté du travail doit être rétablie.

’est en faisant des erreurs que l’on progresse. Encore faut-il que ces erreurs soient connues et comprises. Imaginez le désarroi d’un élève dont la copie comporterait une note globale, mais sans le détail des erreurs faites. Il n’aurait aucune chance de s’améliorer. De la même façon, un jeune travailleur à qui on n’expliquerait pas ses erreurs et qui serait ensuite « remercié » sans justification pourrait légitimement éprouver un sentiment de révolte. La notion même de contrat, qui implique une certaine réciprocité, serait alors violée. Un salarié peut faire des erreurs. S’il les comprend et ne les reproduit plus, il a montré à son patron une capacité d’adaptation et ne devrait pas être licencié, mais au contraire félicité. Avec une telle approche, le CPE pourrait être vécu avec un peu plus de sérénité.

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Roger Saint-Pierre La Rochelle (17)

Gérard Gele < Gele.gerard@wanadoo.fr >

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Rémy Gigos Besoncourt (90)

Changer d’équipe

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etraité après 43 ans de carrière dans la banque, je ne saurais dire le nombre de patrons d’entreprises que j’ai rencontrés. Mais, jamais, je n’ai vu un de ceux-ci se réjouir quand il devait licencier un personnel qui apportait entière satisfaction, mais

il s’agissait d’une question de survie de l’entreprise. Les politiciens et syndicalistes qui essaient de faire croire le contraire, sans rien connaître de la gestion d’une entreprise, devraient avoir honte et j’avoue leur souhaiter de payer un jour ou l’autre leur turpitude. Quant aux étudiants qui sont nés avec une cuillère d’argent dans la bouche et qui poursuivent des études (en espérant pour certains ne jamais les rattraper !), comment peuvent-ils parler de ce qu’ils ne connaissent pas ou si peu. N’est ce pas une preuve qu’il ne faut pas confondre instruction et intelligence ? Si j’étais à la recherche d’un emploi, entre un CDD et un CPE, mon choix irait vers le CPE et je ferais le maximum pour m’intégrer, afin qu’il se transforme en CDI. Mais voilà, je suis presque septuagénaire. À l’heure actuelle, c’est plutôt « Moins j’en fais, mieux je me porte à condition que ça paie bien ». Chapeau, Messieurs les démagogues de tous bords pour ce que vous inculquez ! N’oubliez pas quand même que, tôt ou tard, il faudra payer au prix fort votre mauvaise foi et que vos enfants qui paieront cette note ne seront pas fiers de vous. Mais vous vous en moquez sans doute éperdument !

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Bernard Brenet < bernardbrenet@free.fr >

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Communication

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SOURDS ❯ Les télévisions prennent des dispositions pour faciliter l’accès des personnes sourdes ou malentendantes, soit en soustitrant, soit en doublant l’émission en langage des signes. En 2004, FR2 a diffusé 2602 h 37 de programmes sous-titrés, FR3 2296 h 21, TF1 1845 heures, FR5 1794 h 58 et M6 69 heures. Pour les programmes doublés en langage des signes, ils ont représenté 92 heures sur FR3, 24 heures sur FR5 et 15 h 33 sur FR2… HERTZIEN ❯ Entre juin 2004 et décembre 2005, pour la première fois, on a repéré une hausse des parts d’audience des chaînes hertziennes par rapport aux chaînes du câble et du satellite. TF1 et FR3 en sont les principales bénéficiaires (+ 1 point et + 0,7 point d’audience), tandis que M6 reculait de 0,8 point… FRANCE TV ❯ L’inspection générale des finances estime que France Télévisions devrait supprimer 200 postes par an pendant cinq ans, sur le total de 11 000 salariés du groupe… RADIO ❯ Suite à la réorganisation des fréquences radio, qui devrait aboutir en 2006, le CSA estime que l’on gagnera 10 % de fréquences supplémentaires, soit 600 nouvelles fréquences. QUOTIDIEN ❯ « L’Équipe » reste le quotidien le plus lu avec 2,422 millions de lecteurs, devant « Le Parisien – Aujourd’hui en France » (2,194 millions), « Le Monde » (1,899 million), « 20 Minutes » (1,885 million), « Métro » (1,33 million), « Le Figaro » (1,225 million), « Libération » (879 000), « Les Échos » (553 000), « L’Humanité » (393000), « La Croix » (381000), « La Tribune » (372 000), et « France Soir » (344 000)… GRATUIT ❯ On estime que le lancement d’un quotidien gratuit représente un investissement de 25 millions d’euros environ.

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Société Société

Pierre Lance

La révolution impossible epuis quelques années, notre pays est dans une situation pré-révolutionnaire. Et si l’on compare la France de Chirac à celle de Louis XVI, on ne peut manquer d’être frappé par des ressemblances socio-politiques que le progrès technologique ne parvient pas à masquer, si même il ne les souligne pas. Énumérons les principales : un « souverain » en fin de règne qui voudrait faire des réformes mais n’a pas la force de caractère nécessaire pour les imposer aux privilégiés du régime (jadis les aristocrates, les évêques, les fermiers généraux, aujourd’hui les énarques, les syndicalistes, les fonctionnaires), une classe politique discréditée et complètement coupée des aspirations du peuple, une fiscalité écrasante nourrissant une bureaucratie formaliste et tatillonne qui paralyse les forces vives de la nation, une énorme dette publique et un État qui dilapide ses ressources toujours insuffisantes, une agriculture sinistrée et endettée qui subit de plein fouet les catastrophes naturelles ou les épidémies et dont le pouvoir d’achat se dégrade, un peuple désenchanté qui voit son horizon se couvrir de menaces… Mais alors, pourquoi la révolution n’éclate-t-elle pas ? Pour deux raisons essentiellement : La première, c’est qu’une révolution ne peut éclater que si un danger menace la survie même d’une partie importante de la population. (Ce fut jadis le terrible hiver 1788/89 qui gela la Seine de Paris jusqu’au Havre et

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pierre.lance@wanadoo.fr

qui répandit la famine). Ce danger ne peut pas exister aujourd’hui, quoique le chômage endémique pourrait en tenir lieu s’il n’était amorti par le traitement social. À moins qu’une épidémie catastrophique ne vienne semer les cadavres à profusion (grippe aviaire ?). La seconde raison, c’est que la société française est aujourd’hui confrontée à un phénomène sans précédent : l’immigration massive et l’inassimilation d’une jeunesse déracinée qui est bien, elle, à deux doigts de faire une révolution, mais une révolution qui serait inacceptable pour les Français de souche et qui les pousserait à faire bloc derrière le pouvoir afin de la juguler. Cette analyse me semble largement confirmée par la crise estudiantine actuelle déclenchée par le CPE (initiative pourtant louable qui mériterait au moins d’être essayée). Les révolutions se font toujours par la jeunesse, et plus particulièrement par la jeunesse étudiante, parce que cette dernière ajoute à la fougue irréfléchie de l’adolescence la maîtrise du langage subversif, ainsi que l’ivresse présomptueuse de faire trembler ses aînés et le pouvoir en place. Freud n’aurait pu manquer d’y voir un désir inconscient de « meurtre du père ». Il est d’ailleurs évident que les jeunes qui se révoltent contre le CPE, sans l’avoir vraiment examiné, sont avant tout motivés par des intentions politiques et par la grande nostalgie de mai 68. Or, au beau milieu de leurs défilés, voici que surgit une autre

jeunesse, celle des casseurs de banlieue qui ont vraiment « la rage » et qui déstabilisent et désarçonnent les gentils étudiants bcbg gavés de « socialisme bourgeois », car ceux-ci rêvaient d’un grand chahutdéfouloir et non pas d’une émeute destructrice et pillarde. Une révolution débouche généralement sur une guerre civile entre deux parties antagonistes d’une population, entre lesquelles chacun est amené à choisir son camp, pour des raisons économiques ou idéologiques. Mais dans la France d’aujourd’hui, minée par les conséquences d’une politique immigrationniste totalement aberrante, une révolution ne verrait pas s’affronter deux camps, mais trois, sinon quatre. Ce serait un chaos inimaginable que personne ne peut souhaiter, sauf les désespérés enragés qui se voient dans une situation sans issue et pensent n’avoir plus rien à perdre. Il est grand temps que les hommes politiques de tous bords aient le courage de regarder la réalité en face et cessent de se payer de mots et de vœux pieux. La nation est en péril. Il est indispensable que le flux migratoire africano-musulman soit non seulement stoppé mais inversé, avec toutes les précautions et générosités humanistes que l’on voudra, mais avec persévérance et fermeté. Il faut imaginer des plans et des procédures respectueuses à la fois des droits des individus et des droits des nations. C’est le grand défi incontournable du siècle ! ■

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International International Guy Millière MGuymilliere@aol.com

Irak : toujours l’aveuglement volontaire

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NÉGOCIATION Je ne comprends pas ce que veut dire inflexible en démocratie… LIONEL JOSPIN

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PRÉCAUTION Avec la loi sur les OGM actuellement en discussion au Parlement, on bafoue le principe de précaution. Ce n’était pas la peine d’inscrire ce droit fondamental dans la constitution si on ne l’applique pas ! NICOLAS HULOT

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lus rien ne m’étonne en ce pays. Des étudiants qui manifestent pour détruire leur propre avenir : pas étonnant. Un parti socialiste qui, après avoir créé la retraite à 25 ans en créant le Rmi propose aujourd’hui la retraite à 18 ans avec une sorte de Rmi jeune : pas étonnant, là encore. La quasi-absence d’un discours économique complet et sensé sur la réalité de la situation de ce pays : pas étonnant, toujours. Je ne puis donc m’étonner de la façon dont la quasi-totalité des médias français a rendu compte du troisième anniversaire du déclenchement de l’opération de libération de l’Irak. Chaos, bourbier, guerre civile sont les mots les plus entendus. Un commentateur s’est risqué à clamer : « Ils ne sont pas capables de former un gouvernement ». On ne parle plus de résistants, mais d’« insurgés », sans préciser contre quoi ces « insurgés » sont « insurgés » : contre des enfants qui se rendent à l’école ? contre des femmes qui vont au marché ? Quels glorieux insurgés ! Parce qu’il reste en Europe quelques poignées de crétins lobotomisés par la lecture des œuvres de Lénine prêts à faire la cour à Ben Laden et Zarqawi, on nous montre des manifestations de « pacifistes » : cessera-t-on un jour d’accepter que le mot « paix » soit ainsi confondu avec la collaboration active aux actions totalitaires d’assassins sans scrupules ? Je ne puis m’étonner, non. Mais je puis m’indigner. Je sais qu’on

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déteste ici les Etats-Unis d’Amérique : à un point tel que, comme me l’a fait remarquer mon ami Erik Svane, auteur d’un remarquable livre sur l’antiaméricanisme français (« La bannière étalée », éditions Underbahn), on pourrait reprendre des textes antisémites des années trente et remplacer le mot « juif » par le mot « américain » pour obtenir des textes tout à fait acceptables en France aujourd’hui. Comme l’a déclaré le grand écrivain Tom Wolfe, dire un mot positif concernant George W. Bush dans les salons parisiens vous vaut des regards aussi horrifiés que si vous aviez dit : « Je suis pédophile ». Je sais qu’on aime, dans les milieux « politiquement corrects », les Arabes seulement si on peut les affubler du rôle de bon sauvage tueur de Juifs et d’Américains au Proche-Orient, et juste bons à être gouvernés par la trique ou à ramasser les poubelles en banlieue avant de rentrer dans leur HLM. Mais tout de même ! C’est une insulte aux millions d’hommes et de femmes qui constituent 95 % de la population irakienne que de penser qu’ils ne peuvent aspirer à la paix, au droit et à la démocratie. Les Irakiens ont voté trois fois en un an, avec des taux de participation importants et croissants. L’Irak est aujourd’hui le pays le plus démocratique du monde arabe. C’est une insulte à tous ceux qui ont été massacrés sous Saddam Hussein que de sous-entendre que c’était mieux avant et de regarder les violences subies par une popu-

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lation qui n’a que trop souffert avec l’œil blasé de celui qui ricane dans les cimetières. Toutes les informations sur la situation réelle en Irak sont disponibles et permettent d’avoir un regard plus nuancé, plus scrupuleux, plus respectueux de la vérité et de l’être humain. On peut savoir où en est aujourd’hui l’économie irakienne, ce qu’est le niveau de vie des Irakiens, ce qu’est la presse irakienne, ce que sont les espérances des Irakiens. On peut savoir qui voudrait la guerre civile et qui agit pour qu’elle n’ait pas lieu. On peut savoir qui construit et qui détruit. Le fait qu’on puisse savoir et qu’on ne sache pas ou qu’on ne fasse pas savoir porte un nom : l’aveuglement volontaire. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que les haines idéologiques conduisent à ce genre d’attitudes. Mais, ici, la haine idéologique a des conséquences. Ceux qui, par haine de l’Amérique et mépris des Arabes excusent le terrorisme islamiste devraient discerner que les islamistes sanglants de Bagdad ou de Gaza sont les mêmes que ceux des banlieues européennes. Certains journalistes souhaitent, par haine de l’Occident, la victoire de l’islam radical, je sais. Mais tous ceux qui les suivent et qui acceptent passivement de se faire laver le cerveau devraient prendre garde à ce qu’ils souhaitent et à ce que pourraient être les conséquences de l’intoxication dont ils se font, volontairement ou non, les complices… ■

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JEUNES Les jeunes disaient à leurs parents, le 21 avril 2002 : « Nous n’avons jamais voté et vous nous laissez Le Pen en héritage. » Ils disent aujourd’hui : « Nous n’avons jamais travaillé et vous nous laissez le chômage en héritage. » ERWAN LECOEUR, SOCIOLOGUE

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MODÈLE SOCIAL L’originalité du modèle social européen réside dans la capacité de négocier avec les partenaires sociaux. Or, sur le CPE, il n’y a justement pas eu de négociations… JOHN MONKS, SEC. GÉNÉRAL DE LA CONFÉDÉRATION EUR. DES SYNDICATS

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BLONDE Bien sûr que je suis contre le CPE. Même si je suis blonde, ou peut-être parce que je suis blonde, je me bats pour des choses évidentes… SHARON STONE, ACTRICE AMÉRICAINE

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RMI PLANÉTAIRE Le conseiller spécial de Le Pen, Martinez, est un homme très drôle, mais quand il veut créer une TVA de l’espace pour financer un RMI planétaire, je trouve qu’on est en plein délire ! MARIE-CHRISTINE BIGNON, MAIRE DE CHAUFFAILLES ET TRANSFUGE DU FN

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CONTESTATION La culture de la contestation aggrave les inégalités au lieu de les corriger, car l’État reste sourd aux problèmes de ceux qui n’ont pas de pouvoir de nuisance. PATRICE GUENIFFEY, DIRECTEUR D’ÉTUDES À L’EHESS

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