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ISSN 0151-2439

VÉRITÉS 4

VENDREDI 22 OCTOBRE 2010

N° 763

LES

La publication anti bourrage de crâne

HEBDO

ÉDITORIAL n Jean Rouxel Le débat sur les retraites : un théâtre d’ombres ans ce débat sur la réforme des retraites, tout est décidément réduit au théâtre d’ombres politicomédiatique. Gouvernement et opposition font semblant de croire qu’il s’agit d’une réforme « ultra-libérale ». Aucun média ne semble vouloir les détromper. Mais c’est absurde. Il s’agit d’une simple réformette qui, dans le meilleur des cas, donnera un sursis de 3 ou 4 ans à un système à bout de souffle. Rien dans la réforme n’apporte une quelconque ouverture en direction de la retraite à points ou de la retraite par capitalisation. Nous restons dans l’enfer collectiviste, sans la moindre perspective de sortie. Le PS prétend qu’il abrogera cette loi s’il revient au pouvoir en 2012. Mais chacun sait que c’est une promesse fumeuse. Le PS sera bien trop content que l’UMP ait fait à sa place le sale boulot pour « sauver la répartition ». Les syndicats prétendent défendre les intérêts des salariés, mais ils ne défendent qu’une poignée de privilégiés. L’immense majorité des personnes qui défilent dans les rues n’est d’ailleurs pas concernée par la réforme en cours de discussion, puisqu’elle est composée des syndicalistes d’EDF, de la SNCF… qui bénéficient des régimes spéciaux.

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Dessin de MIÈGE

4VÉRITÉS

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La publication anti bourrage de crâne

HEBDO

LES 4 VÉRITÉS 2010 © Publication hebdomadaire (CPPAP N° 1114, I 82 712) Tél. : 01 46 88 09 78 < redaction@les4verites.com > < http://www.les4verites.com >

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Siège : 25, rue des Bas 92 600 Asnières – (GT Éditions SARL) Abonnements : 4 Vérités-DIP 18 à 24, quai de la Marne 75 164 Paris Cedex 19 01 44 84 85 48 (Dominique <dominique.varenguin@dipinfo.fr>) ou http://www.les4verites.com Directeur de la publication : Guillaume de Thieulloy Responsable éditorial : Alain Dumait Rédaction : Jean Rouxel (rédacteur en chef) Le numéro 1,20€ Abonnement 50 numéros 60€ TTC Abonnement de soutien à partir de 100€ Personnes morales (entreprises ou administrations) : 200€, TVA à 2,10 % en sus Imprimerie : Delcambre, Pantin (93) Également disponible en format numérique (nous consulter) Fichiers déclarés à la CNIL (N° 672024) Exemplaire gratuit sur simple demande écrite

Enfin, les lycéens n’ont manifestement rien compris au débat, puisqu’on les voit défiler contre une réforme qui tente (en vain) de sauver leur retraite. Il est clair que, si tout reste en l’état, non seulement ces lycéens seront des vaches à lait devant assurer plus de 20 ans de retraite aux générations précédentes, mais encore les mêmes lycéens, qui auront été surtaxés durant leur vie active, ont toute chance de n’avoir aucune retraite. On imagine mal que, sachant cela, ils aient pourtant délibérément choisi de « sécher » les cours pour prêter main-forte à ceux qui veulent leur interdire l’accès à la retraite ! En réalité, la France meurt du discours démagogique que les « élites » politiques sont tenues d’offrir à leurs électeurs (les trop fameuses « promesses électorales » auxquelles plus personne ne croit). La majorité doit faire semblant de « tenir » face aux syndicats. L’opposition doit faire semblant de croire que la réforme met en péril la justice, la liberté et l’égalité dans notre pays. Et les médias font mine d’accepter ce discours pour argent comptant. Compte tenu de la situation de notre pauvre pays, ne serait-il pas temps de sortir de cette démagogie et des réflexes pavloviens de la majorité, de l’opposition et des syndicats ? n

«

»

On n’a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent. Amélie Nothomb

SOMMAIRE

2Â 3Â 4 5 6Â 7Â 8

Pourquoi il faut réévaluer le yuan par Bernard Trémeau

Chiffres Significatifs Contre le danger islamique, je vote Marine

par J.-P. Pagès-Schweitzer

Divers faits Votre opinion nous intéresse Le courrier des lecteurs

Une politique fiscale désastreuse

par Christian Lambert

Hommage à Maurice Allais

par Gaël Nofri

Communication

Liu Xiaobo : un autre visage de la Chine par Guy Millière

Sic

La chronique politique

d’Alain Dumait

Faites connaître autour de vous

LES 4 VÉRITÉS HEBDO ! Si vous pensez que cette publication anti-bourrage de crâne peut intéresser un de vos proches, indiquez-nous ses coordonnées. Nous nous ferons un plaisir de lui adresser, gratuitement les 4 prochains numéros.


Chiffres Significatifs

PARTICULIERS > En 2008, 3,5 millions de particuliers ont employé 1,7 million de salariés, pour un total de 563 millions d’heures travaillées et 10 milliards d’euros de masse salariale !

Économie Économie Bernard Trémeau

ALZHEIMER > La France compte quelque 800 000 personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. ROUTE > La France compte 11 100 kilomètres d’autoroute, 9 100 km de routes nationales, 377 000 km de routes départementales et 630 000 km de routes communales et rues… ALIMENTATION > 66 % du chiffre d’affaires de la filière alimentation française sont réalisés dans les enseignes de la grande distribution. SOLDES > En 2009, les soldes ont représenté 44,9 % des ventes d’habits. ACCIDENTS > Le nombre d’accidents du travail a baissé de 7,5 % en 2009, pour s’établir à 651453, minimum historique. HÉBERGEMENT > Fin 2008, la France disposait de 85 400 places d’hébergement pour les adultes et familles en difficulté sociale. INFIRMIERS > Début 2009, la France comptait 2 095 services de soins infirmiers à domicile, prenant en charge 98 000 personnes, et employant 33 000 personnes. URGENCES > En 2008, 15 millions de patients se sont rendus dans l’un des 625 services d’urgence en France. À comparer aux 7 millions d’admissions dans les mêmes services d’urgence en 1990 ! DÉFICIT > En août, le déficit commercial de la France s’est élevé à 4,932 milliards d’euros (34,1 milliards d’euros d’exportation et 39 milliards d’importation).

2

La Chine va-t-elle réévaluer le yuan ?

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ans une économie mondialisée, les problèmes monétaires sont devenus d’une extrême complexité. Voici présentés très schématiquement et uniquement les problèmes liant le dollar américain et le yuan chinois Le déficit de la balance commerciale donne aux observateurs et aux responsables politiques une information précise : les habitants d’un pays achètent plus qu’ils ne vendent dans l’autre pays. Ce déficit est connu par produit. À qualité égale, les Français achètent plus de chemises chinoises qu’ils n’en vendent à la Chine. Un ordinateur fabriqué en Corée du Sud vaut bien moins cher que le même ordinateur fabriqué en France. Le charbon produit au Chili est bien moins cher que le charbon produit en Allemagne. On ne produit plus de charbon en France depuis 1984, car le salaire d’un mineur chilien est 3 fois moins élevé que le SMIC français. Ce comportement des consommateurs est parfaitement logique. Le déficit est aussi connu pour l’ensemble de tous les produits échangés. Tant qu’un pays ne sait pas fabriquer des avions, il suffit de lui vendre un seul avion pour pouvoir lui acheter des milliers de chemises sans avoir de déficit. En 1981, une parité fixe (un dollar pour 1,51 yuan) a lié le dollar américain au yuan chinois. Le gouvernement communiste chinois a imposé facilement cette parité fixe au gouvernement libéral américain. Ce qui a permis aux entreprises américaines

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de s’installer en Chine et d’y réaliser de solides bénéfices. Puis, de 1981 à 1993, la banque populaire chinoise a imposé à la banque centrale américaine une succession de dévaluations très compétitives, trop compétitives. En 1993, le dollar valait 8,77 yuans. Les entreprises américaines installées en Chine ont fait d’énormes bénéfices. Mais le déficit de la balance commerciale américaine est devenu un gouffre et le chômage s’est développé. La Chine a ainsi emmagasiné dans ses coffres des centaines de milliards de dollars avec lesquels elle achète aujourd’hui tout ce qu’elle veut dans le monde entier. À partir de 1993, et devant cet immense déficit de leur balance commerciale, les gouvernements américains ont changé de politique monétaire. Ils ont décidé de ne plus autoriser la Chine à procéder à de nouvelles dévaluations compétitives. Et de 1993 à 2006, la parité entre le dollar et le yuan est restée stable. Les Américains sont même arrivés à faire remonter la parité du yuan de 8,77 à 8,07 dollars. Puis, de 2006 à 2009, le déficit de la balance commerciale augmentant encore, les Américains ont obtenu des Chinois une réévaluation de leur monnaie. Le dollar est passé de 8,07 yuans à 6,82 yuans. Malgré cette importante réévaluation du yuan, le déficit de la balance commerciale américaine persiste. Les Chinois doivent donc accepter une nouvelle et importante réévaluation du yuan. Lors du dernier G20, la France et l’Europe ont soutenu

<tremeau.bernard@ wanadoo.fr>

la politique monétaire américaine et demandé aussi à la Chine de réévaluer sa monnaie. Si la Chine réévalue de 20 % sa monnaie, nous paierons ses chemises 20 % plus cher. Mais les entreprises fabriquant des chemises et installées en Champagne ne fermeront plus et n’iront plus fabriquer leurs chemises en Chine. Le déficit de notre balance commerciale et le nombre de nos chômeurs vont diminuer. Un déficit persistant d’une balance commerciale indique toujours à deux gouvernements qu’il existe une mauvaise parité liant leurs deux monnaies. Et la parité décidée en 1999 liant le mark au franc doit aussi être modifiée : il y a un important déficit commercial entre la France et l’Allemagne… n

Pouvoir d’achat Voici deux méthodes pour améliorer son pouvoir d’achat. La méthode en vigueur sur la planète consiste à acquérir de nouvelles qualifications, à prendre le risque de monter une entreprise ou à obtenir des résultats qui vous valent une promotion. La méthode exclusivement française consiste à défiler sur l’air des lampions, jusqu’à forcer le gouvernement à vous verser de l’argent. Argent qu’il prendra dans la poche des personnes ayant adopté la première méthode. Répétez l’opération aussi souvent que nécessaire. Quand la première catégorie aura disparu, le pays sera aussi compétitif qu’un rat mort ! Dimitri Lioff <dlioff@yahoo. fr>

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Jean-Pierre Pagès-Schweitzer <cafephilodedroite. blogspot.com>

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a succession s’avère difficile : les prophètes, les futurologues et les « bookmakers » de tout poil, ne manquent jamais de vous glisser leur pronostic, à la sortie de St-Nic ou dans les arrière-boutiques des librairies nationalistes. En réalité, il ne fait aucun doute que Marine succédera à son père – ne serait-ce que pour se faire remettre le numéro du compte « irakien » (voir mon article du n° 396 : « SOS Enfants du Soudan »). Le FN n’a jamais été un parti démocratique. Pourquoi le deviendrait-il à l’occasion du XIVe Congrès ? Même si les jeux sont faits, la campagne peut être – et même doit être – l’occasion d’un débat de fond, qui ne manquera pas d’avoir une incidence sur les futures options politiques du principal parti de la droite nationale. Les deux candidats étant obligés de se démarquer, il est légitime d’essayer de faire pression sur eux, afin qu’ils prennent certains engagements (qu’ils tiendront… ou ne tiendront pas). Ce serait quand même quelque chose de nouveau, puisqu’aussi bien, en 53 ans (le Front National des Combattants fut fondé en 1957 – j’y étais), personne n’a jamais réussi à infléchir les prises de position du vieux chef. La presque totalité (moi excepté) des hommes politiques de la droite nationale avançant masquée, il est indispensable de décrypter les discours. Pour prendre un exemple typique, lorsque Bruno Gollnisch déclare : « Je laisse le soin aux historiens de se prononcer sur

Pourquoi je voterai pour Marine Le Pen l’existence des chambres à gaz », il faut lire : « Moi, personnellement, je n’y crois pas. » Officiellement, les adversaires de Marine lui reprochent de vouloir trop « moderniser » le Front, voire de lorgner en direction d’un éventuel maroquin sarkozien. Toujours officiellement, les gollnischiens se présentent comme les gardiens des « fondamentaux » de la droite nationale, qui remonteraient à l’émergence de cette mouvance politique, dans les dernières décennies du XIXe siècle. En vérité, mais ils ne l’avoueront que sous la torture, c’est à « l’Affaire Dreyfus » qu’il faut remonter. Le plus fondamental des fondamentaux, c’est en effet l’antisémitisme. L’homophobie venant immédiatement après… Ce que les anciens reprochent à Marine, c’est de ne pas montrer patte blanche ; d’éviter les outrances de son père, de vouloir même s’en démarquer. Cela signifie simplement qu’elle est consciente du fait que la situation de la France d’aujourd’hui est sans commune mesure avec celle des années trente. Elle réalise pleinement que, n’en déplaise aux tenants des fondamentaux, le péril aujourd’hui n’est pas juif, il est arabe et que, si complot il y a, il n’est pas fomenté par les Sages de Sion, mais par les sectateurs du nouveau califat. Peu de Français, malheureusement, sont aujourd’hui conscients de l’importance du danger islamique. Il faut dire qu’ils sont encouragés dans cette attitude par ceux que, pour plus de clarté, je qualifierai d’Ultra-Droite.

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Une ultra-droite « colallahborationniste », comme disait Serge de Beketch, et dont le chef de file pourrait être Christian Bouchet ; suivi de très près par Alain Soral. Très exceptionnellement, j’ai fait mien un proverbe arabe : « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. » Je pense, évidemment, aux Israéliens, qu’il ne faut pas confondre avec les Juifs de France – qui soutiennent globalement les Arabo-musulmans, en vertu d’un raisonnement débile, qui consiste à penser que, si l’on interdit la burqa, on finira par interdire la kippa, et que rien ne différencie la viande hallal de la viande kasher. Une nouvelle extrême-droite pro-sioniste a donc fait son apparition, avec la parution de « La nouvelle question juive » de Guillaume Faye (immédiatement voué aux gémonies par les « fondamentalistes »). Depuis, d’autres ont suivi – dont votre serviteur. Dans les circonstances actuelles, une attitude pragmatique (et non dogmatique) s’impose. C’est pourquoi, le 16 janvier 2011, je voterai pour Marine Le Pen. n

Suicide Les routiers entrent en guérilla contre le reste du pays. Qui va être touché par ces pénuries d’essence ? Les gros patrons, les gouvernants ? Non ! Ceux qui ne peuvent se passer d’un jour de travail. Ces transporteurs vont blesser, voire tuer, leurs clients, lesquels ne pourront plus recourir à leurs services. Ils creusent leur propre tombe… Kevin Placet <kplacet@yahoo.fr>

LUMBAGO > Environ 2 500 cas de lombalgie entraînent chaque année des arrêts maladie d’une durée moyenne de 50 jours. OCÉANS > On estime que les océans abritent 230 000 espèces d’animaux, principalement des crustacés et des mollusques. JEUX > Les mises enregistrées par la Française des jeux se sont élevées à 9 997 millions d’euros en 2009, dont 6 312 millions ont été redistribués aux joueurs et 2 572 millions ont bénéficié à l’État (le reste étant utilisé pour l’organisation des jeux) ! BNF > La Bibliothèque nationale de France a numérisé 1,2 million d’œuvres, dont 198 000 livres et près de 800 000 journaux et revues, sur son serveur de téléchargement gratuit, Gallica ! PAUVRETÉ > Le nombre de personnes reçues en consultation dans les 21 centres (gratuits) de Médecins du monde en France a augmenté de 12 % en 2009, après une hausse de 8 % en 2008. Il s’est élevé à 25 863 en 2009. NOTAIRE > En moyenne, un notaire gagne 250 000 euros par an. Pour les 25 % les plus aisés, ce chiffre monte à 460 000 euros par an. BLAIR > Tony Blair, ancien Premier ministre travailliste de Grande-Bretagne, a reçu 4,6 millions de livres sterling (5,6 millions d’euros) en avance sur droits d’auteur pour la publication de ses mémoires!

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Divers faits

Politique Politique

CABINET > Les trois membres les mieux payés du cabinet de François Baroin, ministre du Budget, touchent en moyenne un salaire net de 15 117 euros (soit presque deux fois plus que les trois collaborateurs les mieux payés du ministre des Affaires étrangères : 8 822 euros nets par mois)…


Votre opinion nous intéresse

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» Courrier des lecteurs Nous écrire, c’est courir le risque d’être publié…

Pédophilie politique

Démographie

«

e tract distribué par le PS en préparation de la dernière manifestation contre la réforme des retraites comporte cinq propositions dont l’une laisse rêveur : « Prise en compte par des mesures démographiques de l’allongement de la durée de vie ». Quelles mesures démographiques pourraient éviter cet allongement ? On frémit rien que d’y penser !

L

»

Pierre Laroche La Rochelle (17)

Jeunes

«

a pédophilie consiste à abuser sexuellement de mineurs. La pédophilie politique consiste à en abuser politiquement. Cette dernière pédophilie est pratiquée sans aucun scrupule par la gauche et les syndicats. Ceci faisant, ils condamnent ces jeunes à la double peine : payer encore plus lourdement pour les privilèges de la fonction publique, puis, quand leur tour de prendre leur retraite viendra, se trouver devant des caisses vides. Ce détournement de mineurs, particulièrement odieux, n’est de surcroît qu’une politique de très court terme.

L

»

«L

a question qu’il faut se poser c’est : « Quels jeunes ? » Quand, à la télé, on écoute la dialectique des meneurs, force est de constater qu’ils ont été élevés au lait de la contestation. Ils sont donc enfants de syndicalistes. On trouve également une majorité de cancres qui profitent de la moindre occasion pour se dispenser de cours. Dans les cortèges, les forts en thème, de même que les casseurs pour le moment, sont exceptionnels. Il faut aussi noter un effet pervers de la suppression du paiement des jours de grève. On manifeste par procuration en poussant ses enfants dans la rue.

»

Guy Michel

<jean.claude.lambert.3@cegetel.net>

«

l’initiative d’Eurostar, l’ICE (TGV de la Deutsche Bahn) a effectué cette semaine des essais techniques dans le tunnel sous la Manche. C’est une première brèche dans le monopole du transport ferroviaire dans notre pays, et une lueur d’espoir afin que cette initiative s’étende à l’ensemble du réseau national afin de, un jour, pouvoir enfin choisir sa compagnie de transport, ce qu’autorisent les directives européennes depuis le 1er janvier 2010. De quoi, en ces temps de grève, donner à méditer aux Français otages des syndicats de transports « publics » s’appuyant sur un monopole d’État.

À

»

Paris (75)

Emmanuel Sala <emmanuel.sala@p-l-d.fr>

Miviludes

«

a Miviludes se fait fort de prouver que 50 000 enfants courent un danger « sectaire ». Sauf qu’une commission d’enquête officielle n’a relevé qu’une poignée de cas. La Miviludes tente de survivre à grands coups de « scoops », en dénonçant toutes les tentatives que mènent les Français, traditionnellement créatifs en la matière, pour sortir de l’orthodoxie officielle.

L

»

Jean-Claude Lambert

Privilégiés

Monopole

Laurent Marnin <lmarnin@gmail.com>

Syndicats

«

ans de nombreuses entreprises privées, les DRH sont actuellement dans leur entreprise dès 4 heures du matin pour empêcher les syndicats d’interdire l’accès à ceux qui veulent travailler. Qu’attend l’État donc pour supprimer les subventions aux syndicats qui représentent maximum 8 % des salariés ?

D

»

Charles- Bernard de Préval Dijon (21)

La partialité des médias amedi 16 octobre à 19 heures, sur France 5, passait l’émission « Revu et corrigé » présentée par Paul Amar. Un jeune agitateur professionnel était confronté à un jeune partisan de l’ordre sur le thème : les jeunes dans la rue. La caméra et le micro sont généreusement braqués sur l’agitateur et bien peu sur le jeune sensé et prometteur qui, me semble-t-il, tient des propos fort intéressants. De plus, l’agitateur lui coupe la parole à tout

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moment et, dans ce cas, la caméra et le micro montrent les deux ensemble. Où est alors l’arbitre présentateur ? De fait, nous avons à peu près l’équation : 2/3 de temps de parole pour le professionnel de la vocifération et 1/3 pour le bon sens. Une fois de plus… Navrant ! n Claude Gardiol

«

vez-vous remarqué que, dans le conflit sur les retraites, ce sont principalement les employés de la SNCF, de la RATP, d’EDF, etc., qui sont en grève ? Alors qu’ils ne sont pas concernés par la réforme ! Il eût été plus conforme à l’égalité de passer d’abord ces braves gens à une retraite à 60 ans, plutôt que de « taper » encore une fois sur les salariés du privé.

A

»

Jean-Ebles d’Ussel <jean-ebles_dussel@orange.fr>

Calcul

«

l me paraît utile de donner aux syndicats une notion élémentaire d’arithmétique. Ma génération a cotisé pendant 40 ans*49 semaines*48 heures = 94 080 heures au total. Maintenant, les salariés (sauf les privilégiés) travaillent 47 semaines *35 heures = 1 645 h par an. Divisons donc 94 080 par 1645, on obtient 57 ans de cotisation !

I

»

Raymond Wels <raymond.wels3@orange.fr>

Sabotage

«

’objectif d’un mouvement comme la CGT consiste à créer le plus de perturbations avec le moins d’effectifs possible. L’idée était de bloquer le pays en cas de guerre avec l’ex-URSS. Ces techniques de sabotage perdurent dans la culture de la CGT, en guerre contre ceux qui ne partagent pas son point de vue. La punition comme mode de persuasion idéologique. Parfaitement démocratique!

L

»

Antoine Ferria <aferria@gmail.com>

<les-cros@hotmail.fr> Reproduction intégrale vivement conseillée avec mention d’origine


Messieurs, arrêtez donc de tourmenter les Français ! ’est une prière que j’adresse à ceux qui nous gouvernent aujourd’hui. Sans doute ont-ils hérité d’une situation difficile, mais ils ne cessent de l’aggraver. Soyons réalistes et concrets. Laissons de côté un instant les médias et surtout la télévision, ce nouvel opium du peuple, pour évoquer ce qu’est désormais la vie quotidienne du Français honnête homme, ce que j’ai déjà tenté de faire dans le n° 740 de mai dernier. Commençons par la fiscalité, dont le Premier ministre, François Fillon, a enfin reconnu publiquement, le 5 octobre, et sans atermoiements cette fois-ci, qu’elle était la plus lourde du monde et j’ajoute : probablement la plus contraignante et la plus menaçante pour le contribuable. Dès le mois de février arrive le premier tiers provisionnel de l’impôt sur le revenu. Au mois de mars, c’est la déclaration de ce même impôt, même si on n’a aucun revenu. Puis, c’est le deuxième tiers, puis pour ceux qui y sont assujettis, l’impôt sur la fortune. Il suffit d’être propriétaire d’un trois pièces cuisine bien situé et c’est l’ISF. Ou d’être artisan pécheur propriétaire d’un terrain à l’île de Ré et il faut envoyer son chèque le 15 juin, avec je ne sais combien de papiers. Il faut remplir des douzaines et des douzaines de rubriques et faire fonctionner à fond la photocopieuse… s’il s’agit d’une déclaration « simplifiée » ! Si elle ne l’est pas, il faut appeler un fiscaliste, quand on en a les moyens, qui pourra s’y reconnaître dans les milliers d’articles des deux codes des impôts, autant dire les hiéroglyphes de la cinquième dynastie ou les caractères chinois archaïques du temps des Song du Nord (980 avant JC). Puis, après une accalmie en juillet, arrivent les impôts fonciers, la taxe d’habitation, la CSG, etc. On en a ainsi jusqu’à Noël. Puis, c’est la chasse au lapin-contribuable, avec le coup de fusil-redressement de 100 000 chasseurs, c’est-à-dire les agents du fisc. Et je crois savoir, en outre, qu’il se mijote un impôt européen… Pour les entrepreneurs, surtout des PME, c’est l’enfer où l’on relève, suivez-moi, bien, 214 taxes et impôts différents, qui ramassent un pactole de 792,5 milliards d’euros (dont un peu moins de 500 milliards d’impôts), ce qui paralyse et a ruiné la France, une liste ubuesque où figurent les « taxes professionnelles au profit de l’association dite société nationale interprofessionnelle de la tomate » (sic), la « taxe sur les mutations de jouissance » (?), la « taxe pour nonraccordement à l’égout »… Anecdote significative à ce sujet : m’étant rendu dans un grand magasin, j’ai eu le plus grand mal à trouver un vendeur. Ayant eu l’occasion d’en parler au « patron », celui-ci m’a rappelé qu’en raison de l’impôt, un employé payé 1 500 euros par mois coûtait en réalité le double à l’entreprise et que, dans ces conditions, il veillait à avoir le

C

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moins de personnel possible. « Alors, lui ai-je dit, la fiscalité alimente le chômage ? – Évidemment oui, m’a-t-il répondu, l’État est contre la France où, le bouclier fiscal supprimé, on trouvera normal de prélever la totalité du revenu, voire plus, des plus riches. » Je rappellerai, à cette occasion, que, lorsque notre pays était une grande puissance, riche en francs-or, l’impôt sur le revenu n’existait pas. Il a été créé en 1917 à hauteur de 2 % ; le taux marginal est maintenant à 50 % pour beaucoup. Les socialistes, qui peuvent retrouver le pouvoir en 2012, prévoient déjà d’augmenter encore les impôts pour arriver à la paupérisation générale du pays, à un chômage accru, à la diminution du pouvoir d’achat pour tous. En ce domaine, ils ont montré ce qu’ils savaient faire : toujours plus de fonctionnaires, toujours plus de dépenses publiques. La fuite des patrimoines Impôt sur le revenu, impôt sur le patrimoine, une seule solution pour y échapper : se délocaliser. Un important patrimoine émigre à l’étranger chaque jour et ceci depuis des années. On jugera de l’effet produit sur l’économie du pays où la balance commerciale est constamment négative. Sur les douze derniers mois, le déficit commercial de la France est de 48,6 milliards d’euros. En Allemagne, où l’économie affiche une santé remarquable, c’est l’inverse. Pour le seul mois de juin, les entreprises allemandes ont vendu pour 86,5 milliards d’euros de biens à l’étranger. Mais, en Allemagne, on n’a pas les 35 heures, on n’a pas l’ISF, et on est beaucoup plus compétitif qu’en France. Il faut aussi dire un mot de notre « chère Sécurité sociale que le monde entier nous envie ». Son budget dépasse même le budget de l’État. Le budget de la Sécurité sociale, qui soigne en priorité les étrangers, sans parler des fraudes gigantesques, se chiffre en effet à 360 milliards d’euros pour le seul régime général, avec à ce jour 130 milliards de déficit cumulé, dont 29,2 milliards pour 2010 et 34,3 milliards prévus pour 2011. Tout cela étant alimenté par les contributions sociales, en réalité un très lourd impôt supplémentaire. Qui va rembourser ? Le petit Jésus ! Voilà ce qu’est la réalité – et, croyez-moi, je pourrais en dire bien davantage – dans un pays ultra-imposé envahi chaque jour par toute la misère du monde, ultra-endetté, dont la dette après 30 ans d’une gouvernance déplorable est telle que chaque Français, du nouveau-né au vieillard, doit 24 000 euros à un État en faillite. Tout cela ne faisant qu’empirer. Durant le seul deuxième trimestre, la dette publique (l’État, la Sécu et les collectivités territoriales) s’est creusée de 50 milliards d’euros. Le coût annuel des seuls intérêts versés sur les emprunts lancés chaque semaine de Bercy s’élève à 45,4 milliards d’euros et sera de 56 milliards

en 2013. Le projet de budget pour 2011 prévoit d’ailleurs une augmentation constante des « prélèvements obligatoires » au moins jusqu’en 2014 et malgré ce racket qui aurait dû donner à l’État de larges moyens, notre pays est en plein désordre (grèves, manifestations…), avec surtout une délinquance qui crée la peur dans de nombreuses zones urbaines – 12 fusillades ont eu lieu entre bandes d’immigrés à Villiers-le-Bel (Val d’Oise) depuis juin – et de plus en plus dans les zones rurales, cette délinquance qui, avec le vandalisme, coûte au contribuable 115 milliards d’euros par an. Bref, entre la menace d’un coup de couteau et la feuille d’impôt à répétition, il n’y a plus guère d’espace en France pour le bien-vivre, du moins pour les Français. Et vous voudriez, messieurs, que l’on vote pour vous ? Eh bien je vais vous confier ce que les braves gens pensent dans leur for intérieur, sans pour autant tomber dans l’anti-sarkozisme systématique, ce qui est déplacé, déplaisant et contre-productif : vous avez échoué sur toute la ligne par démagogie. On ne fait plus confiance, ni à la gauche, ni à la droite socialiste. Retirez-vous et avec vous le système. Laissez la place à des non-politiciens honnêtes, compétents, courageux qui prendront les mesures qu’exige la situation sans prononcer des discours tous les jours et parmi ces mesures, on peut en citer quelques unes prioritaires : le regroupement familial nordsud, c’est-à-dire le renvoi chez eux des 500 000 clandestins qui vivent aux crochets de la communauté nationale, l’interdiction de nouvelles arrivées (200 000 à 300 000 par an), l’arrêt immédiat du versement des subventions aux milliers d’associations politiques, culturelles, journalistiques, et souvent ridicules, soit des dizaines de milliards d’euros ; l’arrêt immédiat aussi de l’aide au développement des pays du tiers-monde – des milliards – c’est-à-dire l’aide à la corruption, avec retour sur investissement… Vous limiterez le pouvoir des syndicats politisés et subventionnés qui se sont constitués en contre-gouvernement chargé d’emm… au maximum les Français. Vous refonderez la fiscalité devenue folle et vous imposerez en matière fiscale la simplicité, la clarté et le bon sens. Des centaines de milliards alors, peu à peu, rentreront en France, le chômage diminuera, et l’on pourra ressembler à la Suisse, qui n’est pas un territoire peuplé d’exra-terrestres mais simplement notre voisin, ou simplement à Singapour, la ville la plus libérale et l’une des plus riches du monde et où, de surcroît, comme en Suisse, on sait ce qu’est la propreté. On aura enfin bonne réputation, on finira par nous prendre au sérieux et les Français seront plus heureux. Ceci dit, hélas, sans illusion aucune ! n Christian Lambert

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Communication

ARTE > La chaîne francoallemande reçoit 242 millions d’euros par an des contribuables français, dont 123 millions financent les programmes. Sur ces 123 millions, 63 millions financent la production d’œuvres (dont 20 millions pour la fiction française). FRANCE 24 > Depuis le 12 octobre, France 24 (la fameuse « CNN à la française ») émet 24 heures sur 24 en arabe (au lieu de 10 heures par jour comme précédemment) ! TÉLÉVISION > En 2009, chaque résident de France métropolitaine vivant dans un foyer équipé d’au moins un téléviseur a regardé en moyenne 3 h 25 la télévision chaque jour (une minute de plus qu’en 2008) : 3 h 22 pour les hommes et 3 h 51 pour les femmes. CADRES > En France, les cadres écoutent plus la radio que les autres catégories socio-professionnelles : 90,7 % d’entre eux l’écoutent chaque jour, contre 81,4 % pour l’ensemble de la population. L’écart est particulièrement net pour les programmes thématiques, écoutés chaque jour par 23 % des cadres contre 12,9 % de la population, et pour les programmes généralistes écoutés chaque jour par 49,9 % des cadres contre 38,6 % de la population… FRANCE SOIR > Depuis son rachat par le Russe Alexandre Pugachev au début de l’année 2009, « France Soir » a connu une progression spectaculaire, passant de 22 000 exemplaires vendus chaque jour à 66 000. ÉTAT > En 2010, l’État devrait investir 107 millions d’euros dans la publicité, au cours d’environ 110 campagnes : 37 millions pour la télévision et 24 millions pour la presse !

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Culture Culture Maurice Allais, un grand résistant

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aradoxe français, Maurice Allais était le seul économiste français à avoir reçu le prix Nobel d’économie, mais aussi le seul dont aucun de nos dirigeants politico-médiatiques n’ait jamais voulu écouter les analyses et les réflexions. C’est que, n’appartenant à aucune famille politique, l’homme n’hésitait pas à prendre des positions iconoclastes, au risque de choquer par la liberté de ses analyses : il s’était notamment exprimé en faveur de la défense de l’agriculture française par la mise en place d’une « préférence locale », ou encore pour la préservation de l’industrie nationale par une politique protectionniste qu’il jugeait « non seulement justifiée, mais absolument nécessaire ». Cet intellectuel qui, quoique se définissant lui-même comme libéral, n’était donc pas un adversaire acharné de la notion même de frontière, dénotait dans le paysage français. Loin de l’idée largement répandue par les adeptes de la « bien-pensance » selon laquelle l’idée nationale, la protection des économies et le maintien des frontières seraient l’apanage des sous-diplômés, alcooliques, ignares et limités, le personnage de Maurice Allais rassurait. Il rassurait tous les Français qui pensent que la zone euro, la construction européenne sans cesse élargie et la mondialisation sans frontière n’étaient pas des choix économiques pertinents. Résistant, mais terroriste aux yeux des élites médiatico-finan-

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cières, Maurice Allais avait été condamné par les gardiens vigilants des dogmes mondialistes. Car, dans le monde qui nous dirige, et la crise récente l’a encore prouvé, nul ne cherche à écouter des économistes qui « raisonnent juste ». Ce que l’on exige, ce sont des théoriciens qui aillent dans « le bon sens »… Qu’importe l’erreur, et même si le système s’effondre, on prend les mêmes et l’on recommence, comme si de rien était, comme si les réalités vécues ne comp-

Gaël Nofri <www.gael-nofri.com>

taient pas et que seule importait la chimère des lendemains sans frontière, d’un monde apatride et donc forcément plus heureux… Que l’on soit totalement, partiellement, ou pas du tout d’accord avec lui, Maurice Allais était un grand Français qui eut, outre sa réflexion et son Nobel, l’immense mérite de nous rappeler qu’une contestation est toujours possible et que les schémas que l’on nous impose peuvent, et méritent, d’être remis en cause. n

Résorber le chômage À la fin du 2e trimestre 2010, les chômeurs (personnes sans travail, en âge de travailler, et désirant le faire) étaient, en France, 2,3 millions sur 26,9 millions d’actifs (9,3 %). Les gouvernements ne peuvent pas s’opposer au chômage par décret. Par ailleurs, il ne faut jamais corriger les effets indésirables, mais les causes qui les provoquent. La concurrence est souhaitable, et même indispensable, au progrès technique et économique. Mais la situation créée artificiellement en Europe par la décision d’abolir les barrières douanières sans aucun pouvoir sur les parités de change, a mis nos entreprises en compétition avec d’autres, aussi bien équipées et gérées, qui ne paient que 7 à 10 % des salaires européens. Un smicard coûte un peu plus de 2 500 euros, un ouvrier roumain environ 200… Le projet de garder les produits à haute valeur ajoutée et de laisser la production des autres aux pays émergents était un leurre, aujourd’hui évident. Certaines entreprises délocalisent. Elles sont alors très compétitives : tant mieux pour leurs actionnaires, tant pis pour les chômeurs et les contribuables qui les paient. Cette situation dure depuis 35 ans, et les interventions étatiques ont été sans effet, sauf négatif. En France, les 35 heures n’ont fait qu’aggraver la situation. En Europe, l’euro nous a en plus privés du contrôle de la valeur internationale de nos monnaies : son taux de change est fixé entre la Chine et les USA. Nous étions déjà menottés ; nous avons donné les clés des menottes à nos adversaires ! Rétablissons une situation de compétition normale et le problème du chômage se réglera de lui-même. Cela ne peut prendre que trois formes conjointes : la réduction drastique des budgets publics, le rétablissement de droits de douanes et le retour à des parités de change réalistes. Jean-Pierre Delmau <jean-pierre.delmau@wanadoo.fr> Reproduction intégrale vivement conseillée avec mention d’origine


Guy Milliere <mguymilliere@aol.com>

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e n’ai aucune sympathie pour les institutions qui décernent le prix Nobel de la paix. Elles ont choisi comme lauréat, ces dernières années, une telle quantité d’imposteurs et de criminels qu’elles ont procédé à leur propre dégradation morale. Un prix décerné à Mohamed El Baradei, Al Gore, Wangari Muta Maathai, Jimmy Carter, Yasser Arafat, Rigoberta Menchu, Mikhaïl Gorbatchev ou Barack Obama, peut difficilement être pris au sérieux. Comme les horloges brisées qui donnent l’heure exacte deux fois par jour, il arrive néanmoins que le choix semble justifié. En ce cas, le prix Nobel de la paix se réhabilite un peu et place sous les projecteurs de l’actualité une cause légitime : c’est arrivé avec Lech Walesa en 1983, avec Aung San Suu Kyi en 1991, plus anciennement avec Mère Teresa, Elie Wiesel, Norman Borlaug, le père de la vraie « révolution verte », ou avec Carl von Ossietzky, résistant allemand sous Hitler dès 1935. C’est ce qui se passe cette année avec Liu Xiaobo. Le prix ne peut briser les murs d’une prison. Il ne peut arrêter la main des bourreaux. Il ne peut pas arrêter une machine de guerre et de génocide lorsque ses rouages sont enclenchés (Ossietsky est mort dans un camp de concentration deux ans après le prix). Il ne peut pas susciter un changement de régime (Aung San Suu Kyi est toujours en résidence surveillée et la junte birmane est toujours au pouvoir). Il peut, parfois, contribuer à un

Liu Xiaobo : un prix Nobel légitime ébranlement ou l’accompagner (exemple : Lech Walesa). Nul ne peut encore savoir ce que sera l’effet du choix de Liu Xiaobo. Pour l’heure, celui-ci est incarcéré. Son épouse a été ellemême placée en réclusion. Mais le gouvernement communiste chinois ne peut rester insensible au message ainsi envoyé. La dissidence chinoise ne peut que se sentir encouragée. Dans une société fonctionnant sur la base de la honte, et non sur celle de la culpabilité, cela crée inéluctablement un malaise et va conduire les autorités à considérer qu’elles ont perdu la face devant leur propre population et devant le monde. Alors que certains regardent vers Pékin et voient d’un œil embué la mise en place d’un modèle chinois de « capitalisme stable » grâce à un parti unique clairvoyant, cela rappelle que le régime est essentiellement et criminellement liberticide. Cela rappelle aussi qu’il existe en Chine des aspirations à la démocratie, à la liberté de parler, de s’informer et d’informer. Cela peut conduire à s’intéresser de plus près au mouvement pour les droits humains qui a commencé à s’exprimer en Chine dès 1989, et qui, malgré la répression, n’a jamais disparu. La Chine, depuis 1989, c’est le choix d’un développement économique accéléré qui fait l’impasse sur les droits les plus élémentaires des femmes et des hommes, et qui tente de fonctionner sur un mode militariste, autoritaire, nationaliste. C’est un fascisme asiatique à tonalités mandarinales confucéennes, et le

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sacrifice des campagnes au nom de la croissance urbaine. C’est un fonctionnement financier opaque, des droits de propriété qui peuvent ressembler à la prise d’otage, une attitude prédatrice vis-à-vis de la créativité occidentale qui va de pair avec une stérilisation de la créativité pour le peuple chinois. C’est une prétention à devenir une puissance dominante contre le libre marché et le libre choix. C’est un pays graduellement confronté à diverses impasses : problèmes graves de pollution, baisse de la natalité, vieillissement accéléré de la population, supériorité du nombre d’hommes par rapport au nombre de femmes en raison de la mise à mort de nouveaux-nés de sexe féminin. C’est un allié des principales dictatures de la planète, de la Corée du Nord à l’Iran, de la Russie au Venezuela. Ce qu’incarne Liu Xiaobo, c’est la possibilité d’une autre Chine, c’est une fissure dans l’édifice monolithique. C’est la charte 08, promulguée en 2008, et qui a recueilli plusieurs milliers de signatures dans un contexte étouffant de censure omniprésente. Et la charte 08, conçue sur le modèle de la charte 77 en Tchécoslovaquie communiste, renvoie à tous les textes fondateurs des idées de droit dans le monde moderne. La Chine libre n’est pas pour demain, je le crains, mais la fissure est là, et défendre Liu Xiaobo, parler de la Charte 08, c’est aussi défendre la liberté de tous sur terre, et donner une chance à un futur plus ouvert et plus fécond. n

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DROIT Un pays qui ne fait pas respecter le droit se met dans une situation intenable ouvrant la voie à toutes les dérives. BERNARD ACCOYER, PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE

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ÉGLISE L’Église n’est pas une cover-girl. Elle ne vit pas à partir de son image dans les médias ! FABRICE HADJADJ, PHILOSOPHE

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POLITIQUES Je ne suis pas dans le côté « Tous pourris ». On a des hommes politiques qui sont plutôt brillants et c’est d’autant plus jouissif de s’en moquer. LAURENT GERRA, HUMORISTE

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ROMS Expulser quelques Roms, c’est notre droit ; ils sont en situation irrégulière ! CHARLES PASQUA, SÉNATEUR UMP

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KERVIEL La Société générale doit rembourser les Français ; le contribuable n’a pas à payer les risques de la spéculation financière ! NICOLAS DUPONT-AIGNAN, DÉPUTÉ

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NATIONALITÉ Le fondement de la nationalité, c’est la volonté exprimée et assumée : la nationalité française, il faut la vouloir ! CHRISTIAN VANNESTE, DÉPUTÉ UMP

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MENSONGE Michel Rocard promettait le « parler vrai ». Aujourd’hui, Jean-François Copé promet dans un livre d’« en finir avec la langue de bois ». Mais c’est le paradoxe du menteur qui vous dit qu’il ne va plus mentir. Cela implique qu’il mentait avant et qu’il ne mentira plus maintenant. Mais à partir de quand doit-on commencer à le croire ? JEAN VÉRONIS, LINGUISTE

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Sic

International International

«

WOERTH En matière de retraite, on peut accorder autant de crédit à Éric Woerth qu’en matière de démarches pour la Légion d’Honneur ! LAURENT FABIUS, ANCIEN PREMIER MINISTRE


Chronique Raoul Rouot La pensée brute

politique

Muller édition

Alain Dumait <www.dumait.fr> Alain Dumait 66 ans

La réforme ou la faillite

149 pages – 18 €

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En ces temps de grèves, voici un excellent petit roman. La trame, c’est l’idylle naissante entre une militante révolutionnaire (naturellement née dans les beaux quartiers !) et un jeune cadre d’entreprise, attaché aux libertés économiques. La « pensée brute », c’est ce qui fait croire qu’en diminuant le travail, on diminue le chômage. Sans voir que l’on diminue d’abord la richesse, donc l’investissement, donc l’emploi ! Les discussions politiques entre les deux héros sont suffisamment bien amenées pour ne pas gâter l’intrigue. Mais elles prennent en ce moment une saveur nouvelle… À lire sur notre blog <www.les4veritesislam.fr> un article sur l’application de la charia en Allemagne.

n déclarant le mercredi 13 octobre 2010 que le « bouclier fiscal » était « un symbole d’injustice », François Baroin, ministre du Budget, apporte une contribution significative au discrédit du gouvernement auquel il appartient… Il est vrai que le Président de la République, la veille, recevant quelques parlementaires, avait cru bon de lâcher sur cet engagement solennel qui fut le sien, dans le seul but de gagner du temps et de reporter une soi-disant réforme fiscale à l’été 2011, après un rapport de la Cour des comptes, attendu telle une bulle pontificale… Le « bouclier fiscal », contrairement à ce que son appellation donne à penser, n’est pas tant une arme mise à la disposition des riches pour se défendre des excès du fisc, mais le simple remboursement d’un trop-perçu, en application du fait qu’au-delà de 50 % de prélèvements sur les revenus, il y a lieu de parler de spoliation fiscale. Car on sait bien que les très riches ont depuis longtemps quitté

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l’hexagone. Et l’on n’ignore pas qu’en Allemagne, ce plafond de 50 % est d’ordre constitutionnel ! Nicolas Sarkozy, n’ayant pas voulu supprimer l’ISF en 2007, avait donc trouvé ce moyen (inventé par Michel Rocard en 1988…) pour freiner la fuite des fortunes, des talents et des cerveaux vers d’autres cieux moins oppresseurs pour les meilleurs créateurs de richesses. On objectera qu’il est question, après l’amendement Piron signé par 117 députés UMP, de supprimer à la fois le bouclier et l’ISF. Mais à quoi cela rime-t-il si c’est pour remplacer ce sinistre attelage par un autre, comportant quatre mesures susceptibles, par la création d’une nouvelle tranche de l’impôt sur le revenu et la majoration de trois autres prélèvements, de faire en sorte que la confiscation soit strictement identique ? Car ce n’est pas tant l’ISF qui est absurde, que l’addition d’un impôt sur le revenu très progressif, de cotisations sociales décourageantes, d’impôts sur les plus-values décourageantes, avec en plus une taxation du capital, quand bien même celui-ci, pour se constituer, a déjà payé l’impôt !… On peut comprendre que le PS veuille la suppression du « bouclier fiscal » et le maintien de l’ISF. On ne comprend pas qu’une majorité de droite, favorable à la libération des énergies entrepreneuriales, ne défende pas la position inverse : le « bouclier fiscal », sans l’ISF ! On répondra peut-être que l’ISF fait quand même rentrer 3 milliards d’euros dans les caisses de l’État. C’est ce qu’on voit. Mais il faut tenir compte aussi de ce que l’on ne voit pas : l’argent qui fuit, les entreprises découragées, les emplois et les richesses non créées… Il ne peut pas y avoir de réforme fiscale sans réformes profondes de la sphère publique.

Le choix n’est pas entre l’augmentation des prélèvements ou la réduction des prestations de l’État-providence. Car il y aune troisième solution : la mise en concurrence de tout ou partie de nos systèmes publics qui, ainsi, en sortant du champ de la dépense publique, par l’application des règles de concurrence du marché, deviendraient les acteurs de leur propre transformation/modernisation. Il eût été possible d’introduire un peu de liberté et de concurrence dans le système de financement des retraites. En favorisant l’épargne individuelle et les fonds de pension. Il est possible de faire jouer la concurrence pour la gestion des hôpitaux. Pour les universités, les écoles… Il est parfaitement possible de laisser l’initiative privée gérer les ports. Comment tolérer que 40 grutiers paralysent à eux seuls le port pétrolier de Marseille et menacent d’asphyxier tout un pays ? Comment tolérer plus longtemps que quelques centaines de contrôleurs aériens menacent en permanence de prendre des milliers de passagers en otages ? Comment accepter que des entreprises de transport public, dont les salariés ne sont pas concernés par la réforme des retraites, cherchent sans cesse à paralyser le pays ? Comme le dit Alain Madelin, hier le choix était soit de réformer, soit de s’endetter. Aujourd’hui, le choix est de réformer ou de faire faillite… Au train où vont les choses, il est à craindre que, la fausse droite n’ayant pas su réformer, il revienne en 2012 à la gauche de gérer la cessation de paiement de la France. Avec Martine Aubry à l’Élysée, peutêtre Laurent Fabius à Matignon, pourquoi pas François Hollande aux Finances. Et Dominique StraussKahn, maintenu dans son rôle de directeur général du FMI, organisme de tutelle des États en faillite… n

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