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‘ ramène ta paume ‘

Le p’tit Buvard Journal étudiant littéraire et créatif de la faculté du Mirail

#8 Janvier / Février 2012 — édition #8 Journal mensuel gratuit


couverture Ilustration de

sommaire

Lise Armand

Le p’tit Buvard #8 Jan. / Fév. 2012 édito

...à voir

société ‘Droit de réponse’ par Arno Richet illustration ‘La biche ’ par Clément Marty

...à lire

nouvelle ’Winston Cloche’, par Nicolas Pleyell nouvelle ’Contre le vent’ par Arno Richet dossier ’Le hochet’ par Anouchka Milk voyage ’Tel Aviv’ par Lauranne Caro voyage ’Territoires Palestiniens’ par Lauranne Caro BD ’La magie de Noël’ par Thitaume et Pujol illustration de Mélanie Montesanto texte ‘Apologie de la femme’ par Jeanne Demondevoir

...à faire

débats ‘Le jeudi, Je dis...‘ propagande ’Uncle Sam’ recettes Menu ‘Mardi Gras‘ blagues

remerciements

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04 - 05 - 04 - 05 06 - 29 - 06 - 10 - 12 - 18 - 22 - 26 - 28 - 29 30 - 34 - 30 - 31 - 32 - 34 - 35

Directeurs de publication : Julie Dagut et Arno Richet Création graphique : Marina Costanzo — http://marina.costanzo.free.fr/ Impression : imprimerie de l’Université Toulouse II — Le Mirail


3 édito

#8

édit

ion

Buvariens,

à vos plumes !

L

e p'tit Buvard recrute ! Avec nous, pas besoin de donner son corps à la patrie, ou son argent à des banquiers. Ce que l'on recherche, simplement quelques volontaires pour apporter leurs idées créatrices. Nouvelles, poésie, article, coup de gueule, coup de cœur, association à promouvoir... Nous invitons tous les chers citoyens de notre goddamn university à participer au projet. Pour un journal étudiant libre et créatif, rejoignez-nous ! Envoyez-nous vos oeuvres par mail : leptitbuvard@gmail.com Plus informations à la M.I.E (Maison des Initiatives étudiantes)

La direction.


4 ...à voir

société

‘Droit de réponse’ — par Arno Richet

Le Bon, la brute et le truand En novembre 2011, l’émission de France 2 Complément d’enquête avait suscité l’émoi dans le monde universitaire en qualifiant le Mirail de « Fac poubelle », à l’appui d’images de locaux dégradés et de formations sans débouchés professionnels. Les réactions par la suite pour condamner un tel déballage d’inepties ont eu le mérite de prouver l’attachement que nous, étudiants, portons à l’enseignement supérieur en général, et au Mirail en particulier. Il est important de revenir ici sur un débat plus large, car « l’affaire de la Fac poubelle » semble être au confluent d’un divorce entre l’université, les médias et l'État. La Brute journaliste « Respecter la vérité, et ce en raison du droit que le public a de connaître la vérité » constitue le premier devoir de la charte de Munich, bible éthique du journaliste. À bien des égards, on s’interroge sur les vertus d’objectivité et d’information de ce Complément d’enquête qui n’a d’enquête que le nom, puisque strictement tous les atouts de l’université ont été galvaudés, mis de côté, afin de mieux construire une « mauvaise image ». Dans quel intérêt, se demande-t-on. La « Fac poubelle » n’est qu’un épisode émaillé dans la lente évolution des médias, du journalisme vers ce qui s’apparente à un culte au scandale, une industrie du spectacle. Sujet à la concurrence

en terme d’audience, le produit journalistique s’émousse sur cette injonction de réussite. Rien d’étonnant à retrouver une mise en scène du sensationnel, voire putassier pour satisfaire « le client ». Il est impératif de retrouver des programmes de qualité dans la sphère médiatique, bien trop encline à cette fuite en avant orchestrée par la politique du chiffre. Le chiffre justement, instauré grand promoteur de l’égalité des chances par la doxa néolibérale, devient ici l’artisan du malheur. L'État truand 2007. La Loi LRU , dite loi Pécresse prévoit l’autonomie et la responsabilité des facultés dans l’enseignement supérieur. En clair : le budget, le personnel, le patrimoine sont sous la responsabilité de l’université et de son président. Objectif avoué, relancer la compétitivité des facultés en arguant la « pression créatrice » de cette mise en compétition et responsabilisation dans l’enseignement supérieur. Que l’on soit pour ou contre cette réforme, la loi LRU soulève de nombreuses questions. Ainsi, l’introduction du « management » dans l’enseignement public semble aboutir sur un changement dans les représentations de « l’école républicaine », où médias et société civile n’hésitent plus à comparer, classer les universités entre elles. Qui sera le bon ou le mauvais élève, avec quel jugement de valeur ? La sphère privée peut-elle jouer un rôle dans l'enseignement supérieur. Le débat est – malheureusement – ouvert.


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Les Bons sentiments Parce que nous sommes fiers et heureux de pouvoir étudier à l’université du Mirail, parce que nous saluons le travail des enseignants, parce que l’on préfère une culture non-préfabriquée à des nouveaux « préfabriqués », défendons ensemble les valeurs du Mirail, symbole de la mixité sociale, et de l’université française, laïque et critique, afin de promouvoir un enseignement public de qualité. La Fac, tu l’aimes et tu la kiffes ! A.R

Clément Marty


6 ...à lire

nouvelle

‘Winston Cloche’ Par Nicolas Peyell — Part. 1

F

uzda-la-Poupette, ville internationale de passage franco-russo-cubo-sinnopoivrot, quelque part dans les Terres du Nord. Ici, il fait froid, les dômes russes gravitent au dessus des toits, l’architecture ferrailleuse tisse un réseau de ponts, parcs, monuments, centres commerciaux, et usines; autour des immeubles colorés, charpentés et toujours debouts. Les écureuils des neiges, les loups de Sibérie et les chèvres des montagnes arpentent la ville et rencontrent l’Homme entre les rues. Quelques caribous parfois y font escale et le chat, maître des lieux, se glisse partout. La population est terne et ne se réveille que dans les beuveries et les salons de thé; ses pupilles hertziennes ne filtrent que les différents tons du blanc, le gris du ciel, le cristal beige des toits, la boue sur les pavés, et ignorent les quelques couleurs qui s’y perdent : le bleu marine d’un rideau, les écritures rouges d’une fiche, les traces des murs joliment jaunis, le vert d’un bandeau. Ce bandeau vert, c’est celui de Winston Cloche, qui marchait rapidement dans Fuzda. Les courses allaient commencer et il ne devait surtout pas gâcher le tuyau qu’on lui avait refourgué sur le numéro cinq. Il courait à présent en direction du PMU le plus proche, à deux pas de là, esquivant un chat et manquant de tomber. Il serait à l’heure, voir assez en avance pour pouvoir se prendre une pinte au final. Il stoppa sa course quelques pas avant le PMU et sortit de son sac à dos sa pipe. Il la fumait tout en reprenant son souffle, en la bourrant du tabac ramassé sur les mégots des environs. Il avançait avec allure, locomotive

clocharde, tapotant de petits rythmes sur ses cuisses, bougeant frénétiquement la tête. Il se posta devant la vitre du bar et vit qu’il y avait du monde, que les paris étaient en train d’être pris. Il entra. La patronne fut charmée par son jeune âge et sa belle gueule. Cela lui fit repenser aux courtes études qu’elle avait une fois entrepris, aux poètes maudits, aux jeunes hommes sales sur eux mais furieux au lit, à la sauvagerie pleine de caresse que seul ce jeune âge peu s’octroyer avec tant de naturel. Elle repensait à Kerouac le déraisonnable, Rimbaud l’envoûtant, Gorki le courageux… – Vous désirez monsieur ? – Vous ? Monsieur ? se répétèrent les habitués du bar, étonnés par tant de courtoisie. Cette marque claire d’affection rendit déjà à leurs yeux Winston détestable. Tous fantasmaient depuis belles lurettes sur le décolleté de la gérante, et son coté « femme bien en chair, coquine et goulue ». Ils le regardaient, condamnant ses cheveux milongs que remontait aux oreilles ce bandeau vert aux motifs indiens ; son pantalon noir piqué sur un smoking et sa veste en cuir bleu marine. Ses yeux noirs, ses joues bien rasées, son cul ferme et remonté. Tous lorgnèrent quelques secondes sur un petit triangle en métal qu’il avait accroché à sa taille. Winston Cloche prit sa pinte et les paris alors que la course, sur la TV à l’écran propre (et c’était bien la seule chose dans ce rade), commençait. Les ronchons s’étaient passés le mot qu’il avait


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connaît rien dit Maurice, 52 ans, carreleur ; à Phil, 47 ans, nettoyeur de chats. – C’est une petite bite surtout, une tata, ça se voit avec son bandeau. – Ah, la tata bleue, conclu Maurice. – Ahah, la tata bleue passe sous la tableuh. – Ahah, ça te dérangerais pas hein Phil ? – Ta gueule toi, c’est pas toi qu’aime les doigts dans le cul non ? Tu l’as dit à tout le monde lundi, avec même ta femme à coté. – Ta gueule charogne, c’est pas pareil, c’est sexuel ! – Non, un doigt c’est un doigt, un cul pour un mec ça sert à chier et c’est tout. Les femmes, c’est les seules qui doivent prendre quelque chose dedans, c’est fait pour ça. Y’a que les tatas qui se laissent tripoter par là, c’est pour ça que c’est comme des gonzesses ! – Tu me les casse menues toi, connard. Tu fermes ta gueule sinon… – Bouges ton cul Mimosa de mes couilles ! cria soudain Winston. Les deux amis s’interrompirent et le regardèrent s’exciter devant le poste TV. – Cours bordel ! T’es une jument pour manège ou quoi ? J’ai mis tout mon fric sur toi, MERDE ! Oui, OUI, NOOON ! Mais te laisse pas distancer comme ça ! Allez le numéro 5 ! Je vais t’étriper Petit mimosa, je vais prendre tes fers et te les mettre profond, je vais te découper les pattes, t’arracher les oreilles, te bourrer les naseaux ! JE VAIS TE DÉFONCER ! – Oh, mais ferme ta gueule toi ! dit Gérard, 47 ans, chômeur. Winston n’entendait pas et continuait de s’em-

porter, alors que la course n’en était qu’à la moitié. – Je vais t’en faire baver, prendre tes tresses et me les mettre entre les fesses. ÉCOUTES MOI BIEN NUMÉRO 5 ! J’ai eu une journée de merde, j’ai mis tout ce qui me restait sur toi, j’ai plus un rond et j’ai la dalle. J’veux aller aux putes et m’en mettre jusque là. Alors bouge ton gros cul PETIT MIMOZA ! – Mais tu vas te la fermer, merde ? dit en se levant Maurice, qui le prit à l’épaule et l’amena vers lui. « Écoutes, maintenant tu vas te taire et te barrer du bar, sinon j’te déchire la gueule. Winston Cloche sortit de sa folie et mit un instant à revenir à la réalité. – Tu veux qu’on se la donne papy ? dit-il avec un sourire nargueur. Et « BOUM », le coup partit de Maurice et surprit Winston qui prit en pleine poire la belle pêche. Sonné, mais encore grisé par son excitation, il riposta d’un coup dans le ventre. Maurice cracha les cacahuètes qu’il avait dans la bouche et commença à s’écrouler. Winston ne le lui en laissant pas le temps : il le saisit au col et lui asséna un, deux, trois ; quatre coups de poings ! Tous regardaient autour, médusés. Et la course se finissait. Maurice, à son tour excitait par l’adrénaline et la bière, se remit en garde et frappa dans la tempe Winston. Celui-ci prit une chaise tout en encaissant le coup, et se jeta sur lui avec. Les deux roulèrent par terre. Tout les résidents du PMU les entourèrent alors et crièrent « Les paris, les paris ! ». Leurs regards plein de joie se tournèrent vers la


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Lise Armand


‘Winston Cloche’

Par Nicolas Peyell — part. 1

patronne, qui les fixait d’un air félin et décontenancé. C’était ça qu’ils aimaient les habitués du PMU chez elle, cette supériorité qu’elle mettait entre eux et elle. Son côté mature, qui peut vous prendre main si besoin est. - Bon, z’êtes sûres mes agneaux ? - Les paris ! Les paris ! - …OK PARI TENU ! « Et Petit Mimosa finit 4e, ah quelle désillusion ». Zoom sur la cloche derrière le comptoir : BING ! – Paris ouverts ! – Ouaiiiis ! acclamèrent les poivrots ivres de joie. – Vas-y la chiure, 20 euros sur le jeunot. – Allez Riri, 30 sur Riri ! – Allez les tatas ! – Le doigt dans l’cul Maurice ! – Ahahahaha ! rirent-ils tous ensemble. Winston, plus vif et plus jeune, plus malin et habile, arrivait à se détacher de l’emprise de Maurice sur ses bouclettes. Les deux commençaient à fatiguer et ce serait à présent l’iniative qui l’emporterait. Elle vint de Winston : il le frappa avec un des pieds de la chaise maintenant cassée qu’il su saisir avec vitesse, ce fût un revers si fulgurant que Maurice ne bougea plus une fois parterre. Son adversaire était vaincu. Winston, assit sur son ventre, le regardait inconscient, avec le bras tendu en arrière, prêt à lancer le coup de grâce. « Coup de grâce… » Il s’arrêta là, malgré l’encouragement de l’assemblée. Il se releva, chercha son triangle par terre, le ramassa baignant dans le sang de Maurice. – Le gamin est déclaré vainqueur, proclama la gérante, après avoir compté dix secondes au dessus de Maurice. Tout le monde applaudit dans le bar. – Bravo gamin, t’es pas une tata, lui dit Phil en lui serrant la main. – Tu m’as fait gagner un bon pactole. Winston

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n’écoutait pas, il se massait la mâchoire, fouillait dans sa bouche voir s’il n’avait perdu aucune dents. Il cachait ses mains en regardant tout le monde s’attrouper vers lui, elles tremblaient. La patronne vint, dandinant sa grosse taille, toute émoustillée et pleine d’audace après ce qu’elle venait de voir. – Tiens beau brun, c’est ta part sur le combat. C’est pas beaucoup, mais c’est d’ja ça. Tu peux avoir un bonus si tu reviens ce soir, lui dit-elle en malaxant ses lèvres près de sa joue. Winston prit l’argent, et tout le monde lui tapota le haut du corps, en signe d’accord. – C’est ma tournée, dit la patronne, très chauffée à présent. La bonne ambiance régnait au PMU. Winston Cloche remit son bandeau et noua mieux son triangle à la ceinture. Personne n’avait touché à son sac-à-dos pendant la bagarre, sa pipe était toujours là. Comptant ses billets en attendant qu’on lui donne son verre, il lança un regard sur le postérieur de la gérante et se dit en lui-même : « Y’a pas à dire, on est bien en famille », et il sourit.


10 nouvelle

‘Contre le vent’ Par Arno Richet

C

e soir là , j'étais perdu quelque part autour de la latitude 34° Nord . Mes amis s'étaient carapatés quelques heures plutôt pour aller applaudir un certain Béchamel . Je n'aimais pas trop ça. Béchamel animait de grandes conférences où il était question du monde et du beau-monde, mais il ne parlait jamais du tiers-monde. On pouvait assister à son laïus à peu près partout où le développement était assez avancé pour fournir autoroute, salle climatisée, champagne, et pute de luxe. Le protocole était le suivant : Béchamel entrait dans une salve d'applaudissements, le discours commençait par une prière pour le néo-libéralisme, ensuite venait l'énoncé des vertus d'être riche et bien-pensant. De temps en temps, des snipers postés dans des corniches au-dessus de l'auditoire abattaient les badauds qui ne parraissaient pas emplis d'allégresse, ou qui faisaient la moue. En définitive, je n'aimais pas trop ça. Déambulant seul dans une ville dont je ne connaissais pas le nom, je me suis débrouillé pour trouver un bar. A l'intérieur, il y avait seulement une dizaine de clients épars qui se contentait d'écluser leurs liqueurs. J'me suis assis sur un tabouret à côté d'un type bedonnant au cheveu gras et j'ai commandé une absinthe. Le silence était vraiment pesant. Au bout d'une vingtaine de minutes, le gros type s'est retourné vers moi. Il avait des sillons énormes sur le visage et une barbe crasseuse.

« Comment ça va , petit ? – Pardon ? – J'ai dit : comment ça va ? – Heu, je sais pas vraiment vous répondre …. Physiquement, je suis en bonne santé. Mais j'me rend bien compte que c'est pas très évocateur. – Ouais, tu l'as dit. Dis-moi ton nom. – Je m'appelle Arno. – Enchanté, Henri Chinaski. – Henri Chinaski, vous vous foutez de moi. Je suis en train de parler à l'alias de Charles Bukowski ? Le type est mort. – Il paraît. Mais qu'est-ce que ça peut bien foutre. Tu te pintes avec moi où tu souhaites partir dans un raisonnement métaphysique ? – Ça se tient ». Là dessus, on a ergoté deux bonnes heures dans le bar. Il m'a demandé comment le monde tournait depuis qu'il était mort et je lui ai répondu qu'il avait rien a regretter. Je lui ai fait l'histoire sommaire des vingt dernières années et il s'est bien marré pour Bush et la Guerre en Irak. Il a dit : « Bah, c'est pas les premiers Américains qui meurent pour rien, l'Histoire s'en fout, je m'en fous ». On a quitté le bar et on s'est cherché un coin tranquille pour descendre une bouteille de whisky. Il l'avait sorti d'une main experte de sa gabardine. La plage était à quelques kilomètres et on était partants pour un peu d'air iodé. Le Vieux Dégueulasse se traînait vraiment, il avait une jambe qui semblait bouffée par les vers. Ça lui donnait un air d'outre-tombe. Cependant,


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ses yeux émeraudes étaient bien vivants et changeaient de nuance à mesure qu'il devenait saoul. La plage. Chinasky s'allongea dans le sable et baragouina quelque chose dans un souffle aigre. Avec le bruit du vent et des vagues, je ne recevais que quelques bribes. Bière.....doigta.....chevaux....brave. C'était vraiment sympathique. Le sable roulait sur la grève et on observait les embruns qui venaient mourir à nos pieds. On est resté comme cela, indolents, sous le soleil de minuit. Est-ce qu'il valait mieux vivre et mourir ou ne rien faire du tout ? Lorsque je m'apprêtai à lui faire part de cette réflexion, il s'est levé pour aller pisser. Il pissait incessamment. Les vers avaient dû avoir raison aussi de ses reins. Il traîna sa carcasse jusqu'à ce que l'eau monte à ses genoux. Il sortit l'engin, son maître-phallus qui avait, pour ainsi dire, orienté toute sa vie. Je ne voulais pas offrir à mes yeux ce spectacle et j'ai détourné le regard. Une vague passa, puis deux. Le vent n'en finissait plus de battre le continent. J'me suis retourné, le vieil homme était parti.

* Mes amis m'ont retrouvé le lendemain. Ils étaient au complet. Ils ont raconté combien Béchamel avait été exceptionnel, qu'il fallait vraiment que je vienne l'entendre, que c'était la marche à suivre. La semaine suivante, Béchamel donna

une nouvelle conférence. Je m'y suis rendu dévotement. L'ambiance était électrique dans la salle ; quelques intellectuels subversifs gisaient, pendus au plafond, et le public, facétieux, leur jetait des boulettes de papier. Béchamel entra. Selon les dires, le Président en personne était présent parmi les flagorneurs attroupés autour de lui. Le discours commença. Comme prévu, c'était à chier. Au bout de quelques minutes, un éclair traversa la salle pour se fendre sur mon crâne. La balle fit mouche. Je suis tombé sans un applaudissement.


12 dossier

histoire

Le hochet, objet d’orfèvrerie au XVIIIème siècle Par anouchka Milk

« On ne sait plus être simple de rien, pas même autour des enfants. Des grelots d’argent et d’or, du corail, des cristaux à facettes, des hochets à tout prix et de toute espèce : que d’apprêts inutiles et pernicieux ! Rien de tout cela ; point de grelots, point de hochets ; de petites branches d’arbre avec leurs fruits et leurs feuilles, une tête de pavot dans laquelle on entend sonner les graines, un bâton de réglisse que l’enfant peut sucer et mâcher, l’amuseront autant que ces magnifiques colifichets, et n’auront pas l’inconvénient de l’accoutumer au luxe dès sa naissance ». Jean Jacques Rousseau, Traité de l'Éducation, 1762.

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Jean-François Salettes, Hochet Argent. Toulouse, 1772.

Inv. 11524, Ancienne collection Paul Dupuy.

Quels renseignements nous apporte l’objet dans un premier temps ? Ce hochet a été réalisé en argent. Son manche occupe moins d’un tiers de la longueur du jouet. Au niveau médian, la manche est surmontée de huit grelots. Il témoigne d’un certain luxe étant donné le matériau. De plus il s’agit d’un hochet et le fait qu’il soit en argent nous amène à se demander s’il est adapté à sa fonction ? Et finalement quelle fonction a-t-il ? Est-ce uniquement pour amuser l’enfant ou favoriser la poussée de ces dents ? N’y a-t-il pas d’autres facteurs

qui entrent en compte, telle que la représentation sociale ? Nous tenterons de répondre à ces questions dans les parties suivantes, par le biais des sources qui permettent une approche critique et sociale de la société d’Ancien régime et qui inscrivent le hochet dans une réalité historique. Cet objet, plus particulièrement, est placé dans la nouvelle salle du musée Paul Dupuy intitulée « Arts et vie quotidienne au XVIIIème et XIXème siècle ». On y retrouve des instruments


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de musique, des bijoux, des accessoires, des petites boites, ainsi que quelques hochets. À Toulouse, l’activité des orfèvres est grande, il apparaît que la plupart sont établis dans les quartiers proches de la place du Salin. L’orfèvrerie toulousaine est considérée comme l’une des plus belles de la production provinciale. L’orfèvre ayant réalisé cet objet se nomme Jean François Salettes (né en 1738, mort en 1799), selon la légende du musée Paul Dupuy, correspondant à l’objet. On sait, selon le catalogue appartenant au musée, qui s’intitule Orfèvrerie au XVIIIème, que le père de cet orfèvre était marchand. Jean François Salettes aurait été en apprentissage pendant sept années chez un prénommé Jean Olivier. Il est également reçu « maître » en 1767. De plus ses confrères l’élisent garde de la communauté en 1775, 1781 et 1786. En 1768, il se marie avec la fille d’un bourgeois et aura trois enfants dont un qui deviendra orfèvre par la suite. On sait qu’en 1799, Salettes travaille à Toulouse ; il est effectivement présent sur la liste des trente-sept orfèvres de la ville. C’est Paul Dupuy – à l’origine du musée actuel, issu d’une famille de grands négociants d’épices, né le 10 janvier 1867 qui, dans un premier temps achète l’hôtel de Pierre Besson, puis entreprend ensuite de le restaurer. Il a ainsi pu recevoir des collections importantes au point qu’on a pu parler de ce musée comme du « Cluny de la ville rose ». Paul Dupuy a fait des études importantes pour devenir ingénieur civil de l’école centrale. Sa fortune lui a permis de se consacrer à ses goûts et à ses passions sans avoir connu le souci de la difficulté matérielle. Il est finalement mort en 1944, et a légué l’Hôtel à l'État.

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Quelles sont les sources relatives aux jouets ? Il faut attendre le XVIème pour voir le premier portrait d’un enfant royal avec une gravure de James Blamé représentant la fille d’Henri IV, posant en robe à panier, un hochet à la main. Cependant, dans la France de l’Ancien Régime, les portraits restent conventionnels et nous renseignent mal sur les jouets des enfants. Au niveau des sources écrites, un document intéressant concernant l’enfance d’un prince est un journal, celui de Jean Héroard, médecin du futur Louis XIII. Les premiers jouets mentionnés par le médecin sont les hochets, destinés à favoriser la sortie de la première dentition. À l’époque moderne, des documents renseignent sur la diversité des jouets que possèdent les petits princes : soldats, petits chevaux, poupées ou encore armes miniatures. A la fin du XVIIème, la demande croissante en jouets conduit à l’éclatement des corporations. Le jouet, dès lors occupe une place très importante dans la vie quotidienne. Selon Henry René d’Allemagne, le hochet, à la fin du XVIIème s’apparente à une tige de cristal de roche munie d’une monture en orfèvrerie où était ménagé un sifflet et des grelots fixés tout le long du manche. Cependant, ce n’est que lentement que le jouet va être considéré comme moyen d’éducation, il faut attendre le milieu du XVIème pour que le mot apparaisse et le début du XVII ème pour qu’il entre dans les dictionnaires. Henry René d’Allemagne distingue le jeu du jouet ; le premier étant plutôt destiné à l’instruction ou au développement physique alors que le second répond à des fonctions divertissantes. Ainsi, le hochet serait à la fois un jeu et un jouet. (Lié à la dentition du nourrisson mais aussi à l’amuse-


Dossier 'Le Hochet'

Par Anouchka Milk

ment par l’aspect musical). Au XVIIIème le jouet est enfin admis comme auxiliaire pédagogique, plusieurs éducateurs s’intéressent à l’enfant. Alors que Diderot recommande l’usage du jeu, Rousseau manifeste une méfiance à l’égard des jouets. Ainsi dans L’émile, il conseille de remplacer le hochet, qui facilite la sortie des premières dents, par un bâton de réglisse. Selon Fauchard cependant, le hochet « calme la douleur et modère l’inflammation ». Le jouet est reconnu au XVIIIème comme moyen d’éducation. Les hochets ont souvent été des objets de grand luxe ou de grandes pièces d’orfèvrerie. Pendant le XVIIIème, on importe des jouets de l’Allemagne, des « bimbeloteries en bois », des poupées à ressort. Cependant, concernant les objets de goût, dès qu’il s’agit de jouets gracieux, jolis, fins, nouveaux, « Paris l’emporte sur tous ses rivaux ». Il ne faut pas oublier la suppression des corporations depuis la fin du XVIIème dû à la demande croissante en jouets.

~ En quoi l’historiographie du hochet témoigne de facteurs sociaux non négligeables et amène à de plus amples réflexions quant à la société de l’Ancien Régime ? Le hochet est un des plus vieux jouets au monde. Son nom même permet de le définir, il s’agit de hocher un jouet, de le secouer, de le remuer, de l’agiter d’une direction à l’autre. Il aurait été inventé par un célèbre savant dès l’Antiquité. Il se présente à cette époque sous forme de petit vase d’argile résonnant comme un grelot quand on l’agite mais peut aussi prendre la forme d’un animal ou d’un personnage. Sa fonction réside dans la croyance en son pouvoir de repousser la mal. Cet objet

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nous est aussi connu au Moyen-Age par des sources iconographiques telles que l’enluminure. Au XVème, alors destiné au fils d’artisans et de bourgeois, il peut être en corail, de couleur rouge et dispose d’une dent de loup qui chasserait l’esprit malin. Le hochet médiéval nous apparaît ainsi comme un objet magique, visant à protéger l’enfant de la mort ou de la maladie. D’un autre côté, des inventaires royaux témoignent la présence de hochets précieux dans des familles princières. Le hochet constitue alors un véritable objet d’orfèvrerie. Pendant la Renaissance, le hochet se distingue également par sa luxuosité et a pour fonction de protéger les enfants. C’est au XVIIème siècle que Jean Jacques Rousseau va témoigner de son désaccord vis-à-vis du hochet, qui selon lui habitue l’enfant au luxe dès sa naissance. De plus, alors que certains savant et médecins de l’époque pense le hochet comme un moyen de faciliter la poussée des dents, l’auteur ne l’entends pas cette façon : « On pense faciliter l’opération en lui donnant pour hochet quelque corps dur, comme l’ivoire ou la dent de loup. Je crois qu’on se trompe. Ces corps durs appliqués sur les gencives, loin de les ramollir, les rendent calleuses, les endurcissent, préparent un déchirement plus pénible et plus douloureux. » (émile ou de l'Éducation, 1657). Il va falloir attendre le XIXème siècle pour voir ce jouet se démocratiser, et être accessible aux enfants n’ayant pas un titre de naissance. Jusqu’à la fin du XVIIIème, le hochet conserve un caractère ostentatoire et luxueux. Il appartient ainsi aux enfants issus de grandes familles. Et, en quelque sorte, il habitue l’enfant au luxe dès sa naissance. On sait pourtant que la fonction nourricière se répand au XVIII ème dans l’ensemble du corps social. Ainsi, outre les aristocrates, les professions indépendantes ou les artisans placent leurs nouveau-né en nourrice


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; il est peut être juste de penser à la nourrice –issue, elle, d’un milieu plus modeste- amuser l’enfant avec un hochet par exemple. Sous l’Ancien régime, plus précisément au XVIIème et durant la moitié du XVIIIème, l’enfant semble gêner, il y a comme un refus maternel de l’allaiter. Il apparaît, selon Phillippe Ariès, que plus l’origine sociale de l’enfant est modeste, plus éloigné de ses parents sera l’enfant. Il apparaît ambitieux mais peut-être judicieux de voir l’enfant lui-même comme « un jouet ». En effet, en 1722, on peut lire dans le Traité de l’éducation de l’enfant, de Crousaz : « Vous traitez vos enfants comme eux-mêmes traitent leur poupée. Vous vous amusez d’eux tant qu’ils sont drôles, naïfs et disent des petits choses amusantes. Mais dès qu’ils prennent de l’âge et du sérieux, ils ne vous intéressent plus. Vous les abandonnez comme on jette des poupées ». L’enfant est dès lors synonyme de « poupart », il est considéré comme un être sans personnalité, un jeu, il distrait. Peut – on émettre l’idée d’un enfant – machine. C’est cette pensée négative liée à l’enfant qui est à même d’expliquer l’inexistence d’une médecine infantile, et peut-être le fait que le hochet soit finalement inadapté, pour ce qui touche à la dentition. Selon Elisabeth Badinter, le sentiment maternel est un sentiment moderne, l’instinct maternel serait un mythe construit socialement avec le temps. Les enfants, envoyés en nourrice, loin de leurs parents, étaient traités avec une certaine négligence. Le refus maternel de donner le sein signale un rejet de l’enfant. Aussi, on sait que les garçons héritiers étaient plus privilégiés que les filles, qui « coûtaient » une dot. Ce désintéressement qui se poursuit jusque vers le milieu du XVIIIème touche toutes les classes de la société. Ainsi, quel qui soit, se baser sur l’étude d’un objet, à priori particulier, limité à un domaine, amène vers de plus amples

réflexions touchant à l’histoire en général, au contexte social, mais témoigne aussi de l’état d’esprit, des mentalités de l’Ancien Régime.

~ En quoi les sources écrites permettent de penser l’objet replacé dans son contexte, et participent d’une évolution quant à la considération du jouet et de l’éducation plus généralement ? Dès le XVIIème, le hochet est considéré comme un jouet, cela se vérifie dans les dictionnaires. « On le pend au cou d’un enfant au maillot pour le divertir et l’amuser », dit Richelet, tandis que l’Académie le voit comme une « sorte de jouet d’enfant ». C’est Richelet qui considère le premier le mot « jouet » d’entrer dans le dictionnaire en 1680. En 1694, l’Académie admet enfin le mot. Pour Richelet, le hochet est « un morceau d’argent gros comme le doigt, et deux fois aussi grand, au bout duquel on enchâsse une dent d’ivoire ou de verre, qu’on garnit de trois ou quatre petites sonnettes ». Pour Furetière, le hochet a « plusieurs sonnettes, et un bout de corail et d’ivoire. » Quant à l’Académie, plus familière des jouets de luxe, parle de « hochet d’argent » et de « hochet de vermeil doré. » Un peu plus tard, un nommé Comenius, dans son traité L’école de l’enfance, donne une image positive de l’enfant et reconnaît le rôle que peuvent avoir les jouets sonores dans l’éveil musical des enfants. L’enfant peut de cette manière apprendre à maîtriser l’univers sonore : « La musique de l’extérieur ravit les enfants dès l’âge de deux ans, il faut donc les inciter à chanter, à jouer du hochet, de la crécelle. » (L’école de l’enfance, Chapitre VII). Comenius veut ainsi que les enfants tirent du plaisir et de la joie des


Dossier 'Le Hochet'

Par Anouchka Milk

jeux : « Tout les parents doivent être attentifs à ce que leurs enfants s’amusent. Par exemple, à un an, il faut stimuler leur esprit en les balançant dans leur berceau, en agitant leurs mains, en chantant, en faisant retentir les hochets. » (Chap. V). De cette façon les hochets entrent dans un programme éducatif. Alors que des philosophes et des pédagogues débattent de l’utilité des jouets à des fins éducatives, une image exubérante de l’enfance associée à des plaisirs innocents se met en place sous Louis XIV. Cependant, les jouets disparaissent quasiment des œuvres d’art, comme si les artistes ne les jugeaient pas dignes de les figurer. Au XVIIIème, Rousseau joue un rôle important à cette époque, pour lui, s’il regrette le caractère ostentatoire du hochet, il sait aussi que l’enfant ne doit pas s’habituer à quelconque objet : « La seule habitude qu’on doit laisser prendre à l’enfant est de n’en contracter aucune. » Ainsi il importe de mettre du choix « dans les objets qu’on lui montre », c’est-à-dire de la variété choisie. Or les nourrissons biens nés voient comme premier objets « des grelots d’argents et d’or, du corail, des cristaux à facettes (…) que d’apprêts inutiles et pernicieux. » C’est avec L’émile, que naît l’idée de la famille moderne, d’une famille fondé sur le sentiment maternel. Dès 1760, l’image de la mère va changer et la survie de l’enfant va devenir un nouvel impératif. Le bébé est alors considéré comme objet privilégié de l’attention maternelle. Dix ans après L’émile, le médecin du Roi, Joseph Raulin approuve Rousseau : « C’est un abus aussi préjudiciable aux enfants de se servir du hochet dans la vue de favoriser la sortie des dents ; ils durcissent au contraire les gencives. » De cette façon, on voit que l’objet, ici le jouet, peut s’avérer « inadapté ». Dans ce cas, le hochet au XVIIIème comme le décrit Rousseau

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semble être inapproprié pour ce qui concerne la poussée des dents. Bien qu’il ait une autre fonction, celle de distraire. Ainsi, peut-être est-il juste de penser que le hochet ne remplit pas sa double fonction. Cependant, si fin XVIIIème, le statut de l’enfant va changer. (La santé et l’éducation de l’enfant vont devenir des préoccupations importantes, notamment par le biais des jeux, comme l’explique Philippe Ariès.), il n’en demeure pas moins que le XVIIIème siècle manifeste un goût pour le luxe, pour une « somptuosité excessive » (Dictionnaire de l’Académie Française, 1694) dans tout ce qui touche au décor, mais aussi en lien avec les jouets. Apparaît ainsi une contradiction qui dénote bien le caractère lié à la hiérarchie sociale sous l’Ancien Régime : Le jouet, cette « petite bagatelle que l’on donne aux enfants pour les amuser » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762) ne semble pas correspondre au caractère luxueux du hochet, dont on s’est chargé précédemment d’en montrer son aspect étonnamment « noble » pour un jouet d’enfant, et où il apparaît en plus qu’il s’avère inadapté à sa fonction médicinale. Finalement, étudier un objet revient à se renseigner sur sa nature, l’exécutant (ici, l’orfèvre), ainsi que la mise en contexte muséale. Puis, il apparaît ensuite utile d’engager des recherches quant aux sources relatives du domaine auquel appartient l’objet (les jouets, ce qui a fait l’objet de la deuxième interrogation). Il est ensuite devenu judicieux de se pencher sur l’objet propre qu’est le hochet en relatant son histoire ; cela nous a amenés à élargir la recherche sur la société d’Ancien Régime, puis en se limitant aux sources écrites, j’ai cru intéressant de révéler par là une certaine évolution de l’éducation et de la considération des jouets.


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BIBLIOGRAPHIE > Henry René d’Allemagne, Histoire des jouets, Hachette, 1902, 316p. > Claude Lamboley, Les jouets des enfants de France, Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, 2004. > Michel Manson, Jouets de toujours, Fayard, 2001, 382p. > Jean Jacques Rousseau, L’émile, 1762 > Elisabeth Badinter, L’amour en plus : histoire de l’amour maternel, XVIIème – XXème, Paris, Flammarion, 1980, 372p. > Philippe Ariès, L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Seuil, 1975, 316p.

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18 around the world!

voyage

’TeL Aviv, un mois après’ Hello à tous ! Voici un mois que je suis à Tel Aviv en Israël. L'adaptation se fait plutôt bien. J'ai passé les 3 1ères semaines chez Sarah, une collègue de l'ambassade, de mon âge, prof de français. Je dormais sur son canapé. C'était parfois un peu pénible de ne pas avoir d'intimité, et puis Sarah est super sympa mais un peu difficile à vivre au quotidien (elle est épuisante!). Par contre elle m'a fait découvrir plein d'endroits sympas et grâce à elle (et à mon super sens de l'orientation combiné à ma mémoire) j'ai su assez vite me repérer en ville. Pour vous la situer mieux, c'est une petite nana rondelette hyper-dynamique (trop!), souriante, qui parle à tout le monde, passionnée par les langues, mais qui a tendance à ne pas écouter quand on lui parle et/ou à couper la parole et parler plus fort que toi. Elle a aussi un certain sans-gêne. Enfin c'est un personnage, il faut s'habituer! La ville elle-même est cool, assez bordélique et bruyante, un mix entre moyen-orient et occident. Un mélange de moderne et de vieux. Les trottoirs sont défoncés. Il fait chaud (j'adore!). Il y a beaucoup de cafards dans la rue. Les voitures conduisent autant à la signalisation qu'au klaxon. Les grandes surfaces n'existent pas, il y a un tas de petits commerçants partout, ou bien les marchés. Il y a quand même de grand centres commerciaux qui regroupent beaucoup de boutiques. Il y a énormément de boutiques

de fringues. Les Tel Aviviens sont assez m'as-tuvu, et adorent les trucs qui brillent. Ils sont assez décontractés mais font quand même attention à leur look. Les manucures sont très courantes, toutes les nanas ou presque ont les ongles vernis et ne le font pas elle-même. Il y a des gardiens à l'entrée de chaque grand truc, qui vérifient les sacs à mains, généralement sans trop de zèle. Les gens ne sont pas farouches. Si tu essayes une paire de chaussures, ils n'hésitent pas à s'arrêter devant la vitrine de la boutique pour te faire un signe d'approbation sur ton choix par exemple. Ils parlent très facilement. La plupart parlent plus ou moins bien anglais. Il y a partout des échoppes avec des fruits. Le principe : tu choisis tes fruits, le mec te fait un jus. Délicieux! Ils sont très portés sur la carotte dans leurs jus. Le gingembre aussi. Et bien sûr un tas de fruits du soleil comme mangue, goyave, fruit de la passion, pomme-grenade etc. Ils sont fans de sushis aussi. Tout est très cher. Plus cher qu'à Toulouse, on est plutôt au niveau des prix de Paris. D'où les grosses manifestations récentes (il y avait encore des tentes plantées le long des grosses avenues, pour symboliser la chèreté des loyers lorsque je suis arrivée). Ca n'a pas beaucoup fait évoluer les choses. Du coup les gens vivent à plusieurs. Faire de la colloque à 50 ans ici c'est


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normal. Les gens s'entassent dans les appart'. Souvent, la pièce qui sert de salon est transformée en chambre. C'est le cas dans mon appart'. Les cuisines sont minuscules (moins que la taille légale d'une pièce, pour être considérées comme placard à balai et faire baisser les prix) et ne donnent pas envie de cuisiner (toute façon y'a pas la place!). Les finitions des appart' c'est pas une spécialité. Tout passe : les sons, à la lumière, le froid (oui en hiver il va faire froid quand même). Mais rien n'est grave, rien n'est urgent ici. Il y a de grandes avenues avec des arbres, des allées piétonnes. Aller au boulot sousle soleil et les palmiers, c'est cool! Et puis il y a la plage! Elle est magnifique, sans délimitations par des bouées toutes pourries qui te gâchent l'horizon. Tel Aviv est une ville toute en longueur sur la côte. La mer est propre et super chaude (enfin de mon point de vue). On y rentre comme dans un bain! Un vrai bonheur! Par contre les Tel Aviviens sont dégueu'. Peut-être est-ce parce qu'ils savent que la plage sera nettoyéele soir, mais ils laissent un tas de déchets crados derrière eux, allant du mégot de cigarette aux papiers gras de bouffe et de canettes. En tout cas se balader sur la plage en début de soirée, prendre un verre sur des fauteuils bas, les pieds dans le sable, face au coucher de soleil, c'est juste super. Les vacances au milieu de l'année! Sur la promenade le long de la mer, on peut voir de nombreuses personnes faisant leur footing, du vieillard à la mère de famille. Comme je l'ai dit, ils font attention à leur look, et donc à leur corps, c'est une ville assez sportive. La jeunesse sort le jeudi, puisqu'ici le we c'est vendredi et samedi (= shabbat). Nous on a le we français, ce qui est assez cool, puisque tu peux caler tous tes rendez-vous (esthéticienne, coiffeur, banque, courses etc) le dimanche! Où tout est ouvert (c'est leur lundi à eux). De manière générale il y a tout le temps de la vie,

même le soir, la nuit, il y a du monde dans les rues (comme je l'ai dit, c'est une petite ville avec beaucoup de gens). Comme Tel Aviv est une ville moderne dans l'esprit, même pour shabbat (samedi) il y a des cafés et restau ouverts. Ils sont très portés sur le brunch du shabbat, ce que je trouve assez chouette. Des commerces ouverts le samedi, c'est plus difficile à trouver dans des villes plus religieuses comme Jérusalem, où tu as plutôt intérêt à ne pas utiliser ta voiture, et ne même pas te balader dans la rue avec un portable ou un ipod un jour de shabbat sous peine de te faire lincher par les ultra-orthodoxes. Ici, il y a même une des plus grosses communauté gay du monde. C'est très open-mind. (Fax tu viens quand? ;) ) C'est aussi très safe, Pas de problème pour une fille seule de se balader en mini-short et débardeur, avec plein de bijoux, seule à 3h du mat'. Je m'attendais à manger plus de houmous que ça. En fait ce qu'on trouve surtout dans les restau' c'est la tahina, une sauce à base de sésame, qui entre dans la composition du houmous. Elle vaut son pesant de cacahuètes en goût, mais aussi en calories! Bien sûr, j'ai goûté quelques spécialités locales comme les falafels (encore un truc à base de pois chiches =p ), les pains pita fourrés à tout et n'importe quoi, et la sakshoukah (je crois...) une espèce de ratatouille absolument délicieuse!! On en trouve de plusieurs sortes. Au niveau sucré, je pensais trouver des trucs genre pâtisseries arabes. Tout faux! Ils préfèrent plutôt les viennoiseries, héritées des immigrants autrichiens, mais accommodées façon locale, c'est-à-dire en excès (comme toute leur bouffe de manière générale, ils ont du mal à faire dans le goût subtil, ils connaissent pas) : ce sont de délicieuses viennoiseries néanmoins, recouvertes de sucre, fourrées au chocolat, aux amandes ou à la pâte de dattes, aromatisées à la cannelle etc. Pour le vin, pouah! bah! beurk! horrib'! Pas


Voyage 'Tel Aviv'

Par Lauranne Caro

buvable! Pourtant il paraît qu'il y a de très bons vins israéliens. De toute façon les israélien ont un peu une mentalité de "on est les meilleurs en tout, on le sait, les autres aussi, et quand ils ne le savent pas, on est des incompris". Du coup, si ils font du vin, c'est qu'il est bon! En tout cas c'est un peu comme ça qu'on pense à Tel Aviv. Ca ne se fait pas trop ici de critiquer Israël. Pourtant c'est une démocratie et certains (peu nombreux) ouvrent leur gueule. Bref, pour en revenir au vin, il doit falloir aller carrément chez un caviste pour en trouver du bon. Du coup je tourne au vin pétillant importé d'Espagne (cava), ou d'Italie (lambrusco). Mais au final je ne bois presque plus d'alcool, et beaucoup plus de jus de fruits et de capuccinos (ils les font aussi bons que les italiens!) Au point de vue boulot, hé bien j'ai dû rentrer dans le bain assez vite puisque je suis arrivée au bureau en période d'intense activité. Mes deux collègues, Dafna (mère de famille, la quarantaine, secrétaire de l'attaché scientifique) et Marianne (25 ans, VI comme moi) étaient très contentes de me voir arriver! Elles sont toutes les deux super sympas et on s'entend très bien. On rigole et on se soutient face à la quantité de travail et les réactions désespérantes des gens. En ce moment on organise un colloque sur les nanotechnologies appliquées aux sciences de la vie, qui aura lieu en novembre. Un bon gros bordel le machin! En parallèle, on a eu récemment la visite d'une délégation de l'INSERM. Le ministre des affaires européennes, M. Léonetti viendra bientôt en Israël, et vu qu'il est médecin, il souhaite rencontrer des scientifiques, visiter des labos. On s'en occupe aussi. Mme Catherine Bréchignac s'apprête à recevoir un prix de femme chercheuse en Israël, et elle s'attend à être prise en charge de A à Z par nos soins... En permanence on reçoit des demandes de support financier pour des projets. On envoie des étudiants israéliens en doctorat ou postdoc' en France via un système de bourses, et on reçoit des étudiants français dans le même cadre. Je m'occupe du journal scientifique de

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l'ambassade : le Daguesh, en français et en hébreu (langue que je commencerai à étudier bientôt! pour l'instant ici c'est les fêtes, le nouvel an juif (rosh hashana), les vacances, kippour. Bref c'est mort. Vous voyez un mois d'août en France...?). Hier je suis allée visiter avec ma collègue Marianne, le directeur de la mission économique et un de ses employés, une usine de dessalement d'eau de mer. Une technologie dans laquelle les israéliens sont champions, et qu'il est nécessaire de développer au moyenorient car la question de l'eau y est sensible. C'était passionnant! Aujourd'hui un scientifique du Technion (gros institut scientifique national, un peu l'équivalent du MIT), impliqué dans des projets de coopération avec la France, a reçu le prix nobel de chimie. Du coup, rédaction par les petites VI d'une lettre de félicitations en mode léchage-de-cul pour le compte de l'ambassadeur, qui va à peine la lire avant de la faire envoyer par sa secrétaire (comment ça je suis déjà blasée? bah c'est le milieu, c'est vraiment comme ça que ça se passe, je vous passe les épouses de directeurs d'INSERM qui se font payer des vacances en Israël, visites et restau' compris, aux frais du contribuable et qui s'attendent en plus à ce qu'on les emmène faire du shopping pendant que monsieur s'entretient avec les gros bonnets!). J'aurais sans doute l'occasion de représenter l'attaché scientifique quand son agenda ne lui permettra pas de se rendre à une réunion importante (enfin tout ce qu'il fait est important, alors...) ou un congrès (ou qu'il aura tout simplement pas envie d'y aller). Ca me donnera l'occasion de parler en son nom, et au nom de l'ambassade, pour l'ouverture d'un colloque par exemple!! La classe non?? [Petit détail, pour ceux qui le connaissent, mon boss me fait énormément penser à Philippe Mazella!!!! ;) vous voyez la galère? ] Enfin en tout cas j'aime beaucoup mon boulot, j'ai pas le temps de m'ennuyer, et l'abondance de problèmes à résoudre me permet de m'adonner à mon activité favorite : le râlage! Le tout avec le sourire bien sûr!


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J'ai eu l'occasion aussi d'assister au vernissage d'une expo de Robert Doisneau (thème vu et revu) à l'institut français, en présence de toute la jet set française de Tel Aviv. Personne ne faisait vraiment attention aux photos, c'était beaucoup de people et de représentation. Imaginez moi au milieu de tout ce beau monde en robe de soirée noire, ma pochette-portefeuille sous le bras ;) Double-classe non?? C'était marrant. Je suppose qu'on s'en lasse. Pour l'instant c'est pas le cas, et j'ai hâte de participer à une réception chez l'ambassadeur!! Il y en a tout le temps, d'ailleurs j'en organise plusieurs en ce moment. J'ai rencontré énormément de gens, même si j'ai créé assez peu de contacts solides. Suffisamment en tout cas pour ne pas m'ennuyer le week-end! Sarah ,qui est toujours au top de l'information et a un carnet d'adresse très fourni (sinon en qualité au moins en quantité!!) me refile toujours des plans soirées.

Voilà, j'espère que vous avez apprécié ce petit tour dans mon nouveau monde, et que vous avez commencé à en sentir la saveur! Et que ce long mail rattrapera ce mois entier où je n'ai donné de nouvelles qu'à très peu de gens. Maintenant, j'ai mon appart' avec ma chambre perso, en colloque avec 2 israéliens (après moultes aventures durant lesquelles je me suis retrouvée chez une ville fille à chats de 22 ans qui m'a sur-gonflée). J'ai un grand lit et un canapé qui fait lit double voire triple! Donc vous êtes les bienvenus si vous décidez de venir faire un petit tour par ici!! Pas tous en même temps par contre ^^. Ca me ferait vraiment plaisir d'avoir de la visite et de vous montrer tout ça! Avis aux motivés. Plein de gros bisous et à bientôt!! Lauranne


22 around the world!

’Mon voyage dans

les territoires palestiniens’ Après un départ organisé à la dernière minute (on avait prévu d’aller en Galilée mais c’est tombé à l’eau), donc dans la plus grande illégalité (oui parce que travaillant pour l’ambassade de France, on est tenus de les informer dès qu’on quitte le territoire français ou israélien, là c’était trop short), et après avoir attendu 45 min ma pote Sarah qui est pas foutue d’être à l’heure même pour partir en voyage, nous voilà dans le shirout* direction Jérusalem ! (*Shirouts = taxis collectifs, donc moins chers, très usités dans les villes et entre les villes.)

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uis de Jérusalem, un 2 ème direction Ramallah dans les territoires. Même pas de contrôle à la « frontière », entrer en Cisjordanie, c’est facile ! Ramallah est une petite ville palestinienne, 50% chrétienne 50% musulmane parait-il (j’ai pas trop vu les chrétiens), où il y a eu un boom économique ces 10 dernières années. On avait prévu la tenue : pantalon, décolletés planqués, pareil pour les épaules et les bras. N’empêche : deux nanas seules, en pantalon, avec des tronches d’européennes, un vendredi (le vendredi est l’équivalent du dimanche pour les musulmans > on était les seules filles dans la rue ce jour-là !)… tout le monde (les hommes donc) nous regardaient comme des bêtes curieuses. Sensation bizarre. La ville était calme, bien sûr on est dimanche ! euh vendredi … mais c’est pareil ! Au kébab où on décide de manger (un vrai !! un bon !!) c’est un sketch. La communication avec

voyage

les deux jeunes arabes qui tiennent le truc est compliquée mais très marrante (bien sûr ils ne parlent qu’un demi mot d’anglais et nous encore moins d’arabe). Après le repas, on demande combien on doit. Le mec nous fait comprendre « attends je te dis ça dans 5 min ». Ah bon ? Tu sens venir l’arnaque du mec qui a vu ta tronche de française et qui va te faire taxer. Son copain revient, on les voit s’entretenir. On est mortes de rire, on a vu juste. On ne comprend pas leur conversation mais on la devine. D’ailleurs ils nous ont calculées, ils rigolent aussi. On a préparé notre gamme de prix, on est prêtes à négocier notre kébab ! Puis finalement, ils nous proposent un prix pas trop abusé. Bon… c’était super bon, ils étaient sympas… allez ! Roulez jeunesse ! On retrouve Mickael, le coach surfer chez qui on va dormir. Coach surfing = en voyage, aller dormir sur le canapé des gens, en principe gratuitement, et héberger des gens de passage dans votre ville sur votre canapé, via le site coachsurfing. Ca économise l’hôtel !! Il nous présente Julie, sa toute nouvelle petite amie danoise, une fille super sympa qui nous fait visiter Ramallah ! Y'a pas tant d’étrangers que ça là-bas, du coup elle est contente d’avoir des conversations de filles avec des européennes ! J’ai vu la tombe de Yasser Arafat (c’est une tombe quoi. Très classe, mais ça reste une tombe) ; le Q.G de l’actuelle autorité palestinienne ; une « place » (un immense terrain vague en fait) avec les drapeaux de tous les pays qui sont prêts à accepter la Palestine comme un état à part entière ; la vieille ville de Ramallah et ses quartiers chics (ben oui, c’est comme partout, y'a des gens plus riches que d’autres…). Après toute cette marche, on a bien mérité une pause. J’ai bu le meilleur café glacé de ma vie !!! Dans un petit café très


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chouette dont j’ai complètement oublié le nom, assez fréquentés par les étrangers. Puis on a assisté avec plus ou moins d’attention à une partie de street hockey à laquelle participait Mick. Complètement par hasard, on tombe sur une française, correspondante dans les territoires de plusieurs radios et journaux français, qui nous apprend qu’il y a une conférence sur le boom économique de Ramallah à l’Institut français local. On a donc décidé d’y assister. Après la conf', petit restau' sans prétentions, pendant lequel Mick, un passionné de la question, nous parle (en anglais bien sûr) du conflit israélo-palestinien. Je comprends un peu mieux le nœud du problème. Et… ça paraît assez insoluble ! Le plus intéressant reste le bar dans lequel on a fini la soirée. Immense, avec une salle (plutôt un genre de hangar) où pendaient au plafond des parapluies ouverts et retournés… marrant ! Comme digestif, on n’avait pas

envie d’alcool. C’est pas grave, vive le thé à la menthe !! et pour couronner le tout, un petit narguilé !! Le serveur était sympa, il venait nous demander des mots en français. De manière générale, j’ai trouvé les gens vraiment très gentils et serviables en Palestine. Le lendemain, on passait un peu plus inaperçues puisque les commerces avaient rouvert, que les femmes étaient de nouveau dans les rues. On en a vu beaucoup sans voile et/ou maquillées. La ville est devenue un joyeux bordel, pleine de vie, de bruits, de couleurs ! Shirout jusqu’à Naplouse (ou Nablus, comme c’est traduit de l’arabe, ils se sont pas bien mis d’accord sur l’orthographe…). De chaque côté de la route tu as des villages : colons israéliens d’un côté, locaux de l’autre. Je vous passe les histoires de bagarre et de massacre que j’ai pu entendre. La différence entre les maisons se remarque en tout cas.


Voyage 'Ramallah-Naplouse'

Par Lauranne Caro

Naplouse est une beaucoup plus grande ville que Ramallah !! Par contre, quasi 100% musulmane. On n’y trouve pas une seule femme non voilée !! A part nous (et les petites filles)… Toutes les femmes sont en jupe longue sauf les jeunes filles qui osent le pantalon (ou sont encore autorisées). En fait ça ne se fait pas chez ici de montrer son corps. Même si beau-

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coup d’hommes sont quand même en tee-shirt, aucun n’est en short et la plupart portent des manches. Et ici, pas un seul touriste et très très peu d’étrangers ! On a voulu de l’authentique, on est servies. On choisit un point stratégique pour boire notre café : un endroit en terrasse au 1er étage d’un immeuble sur une grande place, à l’intersec-


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tion de grands axes, très fréquentée, et d’où on peut voir les montagnes ! Je n’avais jamais vu de café plus crade !! (J’y ai remédié dans l’après-midi, on en a trouvé un encore pire !) (je vous parle pas des toilettes…) Enfin, le thé était bon et le café au marc aussi !! Faut juste pas se demander dans quel état était le verre avant qu’il y verse du thé, et dans quel état et la théière et … etc ! Du bruit, du bordel, des gens, de la vie, de la bonne humeur !! Et beaucoup de couleurs ! Voilà ce que j’en retiens. La vieille ville de Naplouse est un shouk immense !! On y trouve de tout : du poulet vivant (et pas très beau à voir) aux bonbons en passant par les clés à molette et toute la bouffe dont on pourrait avoir besoin !! On n’avait pas mangé, on s’est pris une part chacune de kenafe : un truc sucré à base de fromage, terminé en pâtisserie arabe dégoulinante de sirop, le tout servi chaud ou tiède. Pas mal ! Par contre on a mangé pour la journée ! Et encore une fois, les gens sont vraiment très gentils. On attend Bonnie, une américaine qu’on a connue à Tel Aviv quand elle est venue « coach surfer » chez Sarah à l’époque où elle m’hébergeait encore. Bonnie était de passage à Tel Aviv avant de partir pour les territoires en tant que prof de piano dans une école de musique. Un vieux qui nous a saluées lorsqu’on s’est assises, nous offre une poignée de graines à grignoter… Sarah refuse, je les mange en tâchant d’ignorer la couleur de ses doigts et de ses ongles… :p Bonnie nous emmène dans son école de musique, un endroit magnifique, probablement une ancienne petite église reconvertie. On y rencontre un australien et un syro-palestinien élevé en Amérique, les deux très cools, et qui prévoient de passer nous voir à Tel Aviv. On va ensuite prendre un thé avec Bonnie dans la vieille ville. Plus typique tu meurs. Encore une fois ne pas regarder la couleur de la table, ni celle des chaises quand on s’assoit. Ignorer les 38 ans de crasse accumulée sur les murs, et surtout ne pas se demander où était rangé le verre avant que le mec légèrement édenté mais vraiment adorable t’apporte ton thé !

Sur le retour, on ne peut pas s’empêcher d’acheter des pâtisseries arabes délicieuses dans l’une des 10 000 boutiques qui en proposent… Ils ne nous aident pas, dès que tu t’approches d’un stand ils te font goûter. Quelques petites complications pour trouver la station de shirouts qui nous ramènera à Ramallah et de là à Jéru puis à Tel Aviv. Ici, on parle arabe, pas anglais ! On galère juste ce qu’il faut pour que ce soit « l’aventure » sans être trop pénible. Finalement on trouve un bus. La particularité de ce genre de transport intervilles : tu ne pars pas tant que ce n’est pas plein ! (faut bien rentabiliser l’essence). On finit par démarrer. Ce coup-ci, on passera pas comme ça ! Au checkpoint de Kalandia (le plus gros sur la « frontière »), Tsahal veille. Tsahal = armée palestinienne. Tous les jeunes sont tenus de faire 2 ans de service militaire, même les filles. Toute la génération de nos parents y est passée ! De nos jours, beaucoup essaient d’y échapper, et pas mal réussissent. Tous les palestiniens descendent, ils vont subir pas mal de contrôles. Nous on reste dans le bus. Des militaires israéliens montent avec leurs mitraillettes. Ils contrôlent tout : ton passeport, ton visa, ton ID. Tu finis par repartir. Tu re-rempli le bus auparavant avec des palestiniens fraîchement sortis des contrôles. Ils sont trop nombreux, le chauffeur en accepte pas mal (ils payent !), ils feront le reste du trajet debout. À Jérusalem, petit arrêt dans un café moderne et propre (enfin !) pour boire un très bon chocolat avec une mousse de lait (le petit jésus en culotte de velours !) comme je n’en ai bu qu’en Israël ou en Italie avec les capuccinos ! Je ne connais pas encore Jérusalem, mais ce que j’en ai vu me donne envie de revenir !

Par Lauranne Caro

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‘La magie de NoËL’

BD


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ScĂŠnario : Thitaume Dessin : Romain Pujol http://dailyrarium.over-blog.com/


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MĂŠlanie Montesanto


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‘APOLOGIE DE LA FEMME’ Par Jeanne Demondevoir

C

omme un grand philosophe visionnaire et content pour rien a dit : " T’es la plus bonne de la plus bonne de tes copines ! " La femme parfaite est une hyperactive qui sait tout combiner, qualité que l’on n’attribue qu’aux femmes d’ailleurs car elles seules sont capables de dissocier leurs attentions afin de répondre aux besoins du lave vaisselle tout en changeant le bébé, parallèlement à son travail qui lui prend quand même 45h par semaine, les quelques heures restantes étant dédiées à sculpter parfaitement son corps à l’aide de cardio training et autre aqua gym, qu' elle pare des derniers top a la mode (dix heures de shopping au moins par semaine plus des milliers d’euro de découvert). Pour les meilleures d’entre elles, quelques heures de danse pour s’assouplir se muscler et envoyer sur le disco, car elles trouvent aussi le temps de sortir avec ses amis, de garder une vie sociable stable et saine, ainsi que d'être toujours sous son meilleur jour pour son homme chéri adoré qui la trompe, qu’elle trompe, mais qui l’aime et lui est uni par les liens sacrés du concubinage, ceci impliquant de se lever à quatre heures du mat pour prendre douche et pomponnage avant que l’homme ne se réveille afin qu’il ne discerne jamais le monstre réel qu’il a épousé. Pomponnage comprend bien sur épilation complète du corps car le poil est, chez la femme, prohibé pour je ne sais quelle raison et le monde entier lui fait la guerre. Le poil est là, ne devrai pas, le poil, ce traître qui repousse sans cesse, et sans cesse, et sans cesse pas-

ser deux heures chez l’ esthéticienne, se faire arracher la peau pour la modique somme de trente euros (si vous trouvez moins cher, je prends), toutes les trois semaines, deux heures encore chez la coiffeuse tous les quinze jours pour refaire la couleur qui ne tient pas car personne n'a trouvé le moyen de faire des pilules que t'avalent en fonction de la couleur que tu veux sur tes cheveux, ou autre remède, bref : nous devons faire et refaire et refaire sans cesse encore comme si l’on voulait copier la pédale de vélo à grande vitesse ! Plus l'évident rendez vous chez la diététicienne et les privations qui lui incombe, car toutes filles qui se respecte, se doivent d’être au régime, même les maigres ! Et offrir une vie sexuelle libre, disponible et épanouissante à son homme en étant cochonne mais pas trop, timide mais pas trop, entreprenante mais pas trop, soumise mais pas trop et avoir le look de la dernière salope qu'il a vu dans lèche moi les couilles tout en gardant un air distingué, entendait : pas vulgaire. Impossible. Il était de toute façon évident que la femme parfaite n'existait pas. De l'indulgence.

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30 ...à faire

débats

‘Le Jeudi, je dis...’ Enfin ! Sous l'égide d'un groupe d'étudiants avisés, la Maison des Initiatives étudiantes organise chaque semaine un débat public autour d'un sujet d'actualité. La rédaction du P'tit Buvard se félicite d'une telle initiative qui prouve une fois de plus que l'engagement citoyen est un maillon essentiel de la formation à l'université. Toute l'équipe du P'tit Buvard salue cette initiative qui nous fait déjà frémir d'impatience, au regard des échéances citoyennes à venir. Pour que la liberté d'expression et l'engagement citoyen s'ancrent encore plus au Mirail, n'hésitez pas à venir nombreux assister à ces débats publics et de participer à la rédaction du Ptit Buvard, journal étudiant ouvert à tous et toutes ! PS : Nous avons assisté au premier débat concernant la question du « cannabis » et ses ramifications, c'était comment dire … planant !

L’Université Toulouse II-Le Mirail organise, sous l’impulsion d’un groupe d’étudiants, un cycle de débats publics ouverts à tous, intitulé : « Le Jeudi, Je dis… » Un Concept original « Brainstor ming/ Controverse » a été inventé pour développer les thématiques suivantes : cannabis, parité Femmes/Hommes, nucléaire, crise du capitalisme, insécurité.

Tous les jeudis de 12h45 à 14h, du 26 janvier au 5 avril


31

I NEED YOUR

ARTISTIC WORKS


32 menu ‘mardi gras’

recettes

2€

/4p

ers entrée Beignets de mozzarella

Préparation : 5 min Cuisson : 10 min

Ingrédients

Préparation

• 4 tomates • 3 cuillères à soupe d'huile d'olive • 1 oeuf • 200 g de mozzarella • 2 cuillères à soupe de chapelure • Basilic, sel et poivre

1 - Faire revenir pendant 5 min les tomates dans 2 cuillères à soupe d'huile d'olive (saler et poivrer). 2 - Couper la mozzarella en tranches et les passer dans l'oeuf puis dans la chapelure. 3 - Faire dorer dans la poêle avec le reste d'huile. > Disposer ces beignets sur les tomates, parsemer de basilic et servir.

4€

/4p

ers plat Boeuf braisé à la Guinness

Préparation : 30 min Cuisson : 1h30 min Ingrédients • 2 cuillères à soupe d’huile • 2 feuilles de laurier • 1,250 kg de boeuf à braiser en morceaux • 1 gros oignon émincé • 2 cuillères à soupe de farine assaisonnée • 150 ml de Guinness • sel et poivre- 225 g de carottes en tronçons • 1 cuillère à soupe de persil haché

Préparation 1 - Chauffer l’huile, y jeter les feuilles de laurier, ajouter le bœuf puis faire colorer rapidement. Mettre de côté, ajouter les oignons, et les faire suer. 2 - Saupoudrer avec la farine et faire colorer, puis ajouter la Guinness et de l’eau en quantités similaire, ou un peu plus si nécessaire pour recouvrir à peine. 3 - Bien assaisonner et ajouter les carottes. Amener à ébullition, puis couvrir et braiser dans un four modéré (160°C ou thermostat 5) pendant 1h30. 4 - Vérifier de temps en temps que le ragoût ne sèche pas, sinon rajouter un peu de liquide. Vérifier aussi que la viande est assez cuite. > Servir parsemé du persil haché.


33

3€

/ 10

dessert pers Beignets de Mardi Gras Préparation : 5 min + 1h de repos Cuisson : 15 min

Ingrédients • 250 g de farine • 1/2 sachet de levure chimique • 2 oeufs • 1 cuillère à soupe de fleur d'oranger • 50 g de beurre • 50 g de sucre

Préparation 1 - Mélangez tous les ingrédients, puis laissez reposer une heure. 2 - étalez la pâte et découper-la en losanges à l'aide d'une roulette. 3 - Faites frire les beignets des deux côtés. > Saupoudrez de sucre glace.

+

La recette spéciale

de Marina milkshake

‘banana & Bams’ > Pour 2 grands verres • 1 banane bien mûre • 50 cl de lait entier bien froid • 10 à 15 Bams (banane Haribo) • 1 sachet de gace pillée > Mettez le tout dans un blender et mixer jusqu'à ce que le mélange soit bien homogène.

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34 blagues

?! TOc, toc : Y'a quelq'un ?

C’

est un neurone qui arrive dans un cerveau masculin !! Bref, ce pauvre neurone se retrouve tout seul dans une grande boîte vide et noire. " Hou hou " crie ce petit neurone. Misère, pauvre petit neurone, personne ne lui répond. " Hou hou " crie encore le petit neurone, et il n'entend que l'écho de sa voix. Alors, désespéré, notre pauvre et brave petit neurone masculin s'installe dans un coin et se met à pleurer. Soudain, un autre petit neurone arrive tout essoufflé dans le cerveau masculin et crie à notre petit neurone en pleurs : " Hé bé ! Qu'est-ce que tu fous ? On est tous en bas... "

a vive l ! e Franc

«T

he Artist», le film muet, rafle 10 nominations aux Oscars, une première pour un film français. Comme quoi, quand les français ferment leur gueules, tout le monde apprécie.

«F

ermeture de l'université pendant 4 jours à cause du froid. Les syndicats crient au plagiat. »

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remerciements

« ramenez vos paumes W» Parce que Le p’tit Buvard ne peut exister sans vous, envoyez-nous vos œuvres : leptitbuvard@gmail.com

P

our ce premier numéro de l’année 2012, nous tenons à remercier :

Les auteurs et artistes : Textes : Nicolas Pleyell, Arno Richet, Anouchka Milk, Lauranne Caro (pour ses récits et ses photos) et Jeanne Demondevoir Illustrations : Lise Armand, Clément Marty et Mélanie Montesanto BD : Thitaume & Pujol – http://dailyrarium.over-blog.com/ Création graphique : Marina Costanzo

ON ze web £ t Retrouvez les éditions précédentes du journal sur : http://marina.costanzo.free.fr/ rubrique ‘Le p’tit Buvard’

Mais également toutes les personnes que l'on a croisé et qui ont pris la peine de s’intéresser au projet et de faire tourner l’info ! Toutes les personnes qui se sont investies de près ou de loin au projet ! Et surtout : tous les futurs auteurs et artistes qui nous enverrons leurs créations ! Et que l'on attend impatiemment ! Et sans qui nous ne serions rien ! Faites que le p’tit Buvard poursuive son chemin, parce que l'on en a besoin et

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Ils nous soutiennent :

ramenez vos paumes !

La direction.


#8

édition

‘ ramène ta paume ‘

Le p’tit Buvard Journal étudiant littéraire et créatif

Janvier / Février 2012 — édition #8 Journal mensuel gratuit

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Le p'tit Buvard #8  

"Le p'tit Buvard", journal étudiant littéraire et créatif de l'université du Mirail - Toulouse II. Janvier - Février 2012 / édition #8 Dire...

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