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L’INTERVIEW

« Nous sommes pour l’indépendance » Ornella Barra, Alliance Boots

Le PHaRMaCIeN w w w. l e p h a r m a c i e n . f r

La loi Bertrand en pointillés

Les alcootests attendus au tournant

Créer un espace de confidentialité

DÉCRYPTAGE P. 26

ENQUÊTE P. 32

INVESTISSEMENT P. 42

DEFRANCE No 1240 MAI 2012

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

LA CONVENTION PAR A+B ELLE EST SIGNÉE, RESTE À L’APPLIQUER. COMMENT LA NOUVELLE CONVENTION PHARMACEUTIQUE VA-T-ELLE MODELER LA PROFESSION DANS LES CINQ ANNÉES À VENIR ?

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE


L’Éditorial

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

Le jour d’après

Philippe Gaertner xx xx xx

Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France

© MIGUEL MEDINA

xxx p. xx

No 1240 I 55e année I 07/05/12 ISSN 0031-6938 I CPPAP : 0212 T 81323 www.lepharmacien.fr LE PHARMACIEN DE FRANCE 13, rue Ballu, 75311 Paris Cedex 09 Tél. : 01 42 81 15 96 Télécopie : 01 42 81 96 61 DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Éric Garnier DIRECTRICE DE LA RÉDACTION : Jocelyne Wittevrongel RÉDACTEUR EN CHEF : Laurent Simon (lsimon@lepharmacien.fr) RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE : Anne-Laure Mercier (almercier@lepharmacien.fr) RÉDACTRICE : Pauline Michel (pmichel@lepharmacien.fr) SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : Joséphine Volat (jvolat@lepharmacien.fr) ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO : Jacqueline Machu I Claire Grevot RÉALISATION : Rampazzo & Associés www.rampazzo.com - blog.rampazzo.com CORRECTION : Francys Gramet IMPRESSION : Lescure Théol 27120 Douains ILLUSTRATIONS : Photos : Miguel Medina I Sebastian Scheffel Dessins : Martin Vidberg DIRECTEUR COMMERCIAL ET RESPONSABLE DE LA PUBLICITÉ : Christophe Bentz (cbentz@lepharmacien. fr). Tél. : 01 42 81 56 85 Fax. : 01 42 81 96 61 ABONNEMENTS : Tél. : 01 42 81 15 96 L’abonnement d’un an France-Corse : 90 € TTC I Guyane : 89,08 € TTC Guadeloupe, Martinique, Réunion : 89,08 € Étranger : 154 € I Achat au numéro : 12 € TTC I Certificat d’inscription à la Commission paritaire de la presse : no 0212 T 81323 ORGANE D’INFORMATIONS SCIENTIFIQUES ET PROFESSIONNELLES PHARMACEUTIQUES Le Pharmacien de France est édité par la SARL « Le Pharmacien de France ». Siège : 13, rue Ballu, 75311 Paris Cedex 09. Durée 99 ans à compter de 1977 Capital : 93 000 euros I Cogérants : Éric Garnier I Jocelyne Wittevrongel I Date du contrôle OJD : 28/11/2011.

O

n n e p e u t tituable » se multiplient sur les ordonnances ? pas dire que Comment atteindre ses objectifs alors que l’actualité a l’Académie de médecine elle-même jette le laissé beau- doute dans l’esprit des patients ? c o u p l e J’en suis bien conscient : nous allons mettre en temps à la place dès que possible des accords avec les réflexion ces derniers mois. Les élections ont médecins pour rétablir la confiance envers les accéléré le temps politique : depuis le début génériques. Il existe une règle à laquelle perdes négociations jusqu’à la signature de la sonne n’échappe dans le monde de la santé : Convention pharmaceutique, au bout de la nuit rien ne se fait sans les patients. C’est pourquoi du 28 au 29 mars, la course n’a pas connu de je suis intimement persuadé que les entretiens pause. L’euphorie de cet accomplissement pharmaceutiques instaurés par la Convention retombée, nous devons maintenant passer à la seront un succès. Du temps dédié à l’analyse, phase suivante, en réalité la plus importante : au suivi thérapeutique à l’officine et rémunéré l’application de ce texte ambitieux et parfois en tant que tel par l’Assurance maladie : voilà complexe. un besoin des Je ne peux à ce propos m’empêcher de patients encore non relever un paradoxe : pour des professatisfait. Les sionnels que les clichés décrivent Les pharmaciens antiasthmacomme conservateurs, les pharmaciens font en réalité tiques et les font en réalité preuve d’une soif de nouveauté que beaucoup devraient leur preuve d’une soif de anticoagulants envier. Au soir d’une des réunions du nouveauté que ne sont qu’une tour de France qu’a engagé la FSPF première pour expliquer les enjeux de la nouvelle beaucoup devraient sonde lancée Convention pharmaceutique, deux leur envier.  dans une terre confrères de ma génération sont venus inconnue, celle me voir et m’ont dit cette chose simple : de l’accompa« Vous nous avez donné envie de refaire de la gnement thérapeutique. Pas question de tâter pharmacie. » Ce compliment magnifique traduit de la prescription sans en avoir l’air ou de une réalité qui ne l’est pas moins : vous avez modifier les ordonnances à tout va. J’ai bien déjà compris et accepté le principe de la rému- entendu les récriminations de certains : 40 euros nération à l’honoraire, qui va se mettre progres- pour prendre le travail d’un autre, qu’il soit sivement en place dans les cinq années à venir. médecin ou cardiologue ? Non. Cela ne peut Mais j’ai aussi entendu vos inquiétudes sur le être qu’un malentendu et je ne doute pas qu’une volet génériques de l’accord : comment subs- lecture attentive de la Convention pharmaceutituer plus alors que les mentions « Non subs- tique les fera changer d’avis.

“ 

Mai 2012 I No 1240 I 1


mai 2012 Sommaire

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

Actualité

16

4

Santé

Officine

32

L’INTERVIEW

42

Ornella Barra : « Nous sommes pour l’indépendance »

32

ENQUÊTE Les alcootests attendus au tournant

42

INVESTISSEMENT Créer un espace de confidentialité

8 13

L’ACTU EN BREF LE KIOSQUE

35 36

16

ENJEUX La Convention par A + B

37

44 45 47 48 50

22

LES DOSSIERS DE LA FÉDÉ

40

PANORAMA CONSEIL Huiles essentielles : vrai ou faux ? FICHE CONSEIL Dix huiles essentielles à conseiller au comptoir INTERNATIONAL Drogué ? Non, traité !

SUBSTITUONS ! EN BREF ÉCO&VOUS PRODUITS BANC D’ESSAI Les savons et pains surgras APERÇU Les livres et sites du mois

52

54 56

DÉCRYPTAGE

CULTURE HUMOUR

La loi Bertrand en pointillés La loi sur le renforcement de la sécu sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé initiée par Xavier Bertrand tiendra-t-elle toutes ses promesses ? Les premiers textes d’application sont tout juste en vue. Mais

26

un durcissement du texte et un retour au Parlement est envisagé en cas d’alternance à l’élection présidentielle. Le Pharmacien de France a passé en revue toutes les mesures qui concernent l’officine.

ABONNEZ-VOUS maintenant au Pharmacien de France. Rendez-vous sur www.lepharmacien.fr Ce numéro comporte un encart jeté de 4 pages « Congrès des pharmaciens ». Mai 2012 I No 1240 I 3


Actualité En bref

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

© MIGUEL MEDINA

CE QU’ILS ILS L’ONT DIT ONT DIT « Jamais cette maison ne favorisera la sortie des médicaments en dehors du circuit pharmaceutique qui est sécurisé. » La présidente de l’Ordre des pharmaciens Isabelle Adenot réagit à l’idée de l’UFC-Que Choisir : autoriser l’automédication en grandes surfaces.

Nicolas Cartier, DG Sanofi France.

15 euros par an L’arrêté qui fixe la contribution des professionnels de santé au nouveau fonds de garantie commun en cas de dommages consécutifs à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins (voir Le Pharmacien de France, no 1237, février 2012) a paru au Journal officiel du 25 avril. Les pharmaciens cotisent désormais chaque année à hauteur de 15 euros, contre 20 à 25 euros pour les médecins, selon leur spécialité. ❙ Consultable sur www.legifrance.gouv.fr

dmp

La Cnil réservée La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a émis de fortes réserves sur le projet de décret relatif à l’expérimentation du dossier médical personnel (DMP) sur clé USB. Elle ne conteste pas « l’intérêt de tester l’acceptabilité et la valeur ajoutée d’un dossier médical dont le patient assurerait la maîtrise » mais pointe de nombreuses inconnues dans la mise en œuvre de ses expérimentations en région sous l’égide de l’Agence des systèmes d’information partagés de santé (Asip santé), en particulier la sécurisation du dispositif, les limitations techniques d’une clé USB, les modalités d’accès aux documents stockés… et la capacité des patients à ne pas oublier ou perdre ladite clé. ❙ 10 I No 1240 I Mai 2012

Paul Le Meut, auteur de Médecine générale, courage fuyons ! (mg-livre.net).

interpro

Un accord-cadre pour tous © LUMAXART

assurance

« Plutôt que déléguer aux pharmaciens, aux sages-femmes, à tout un chacun sans réfléchir, on peut redonner du temps médical aux médecins. Autrement et intelligemment. »

Les premiers jours de mai pourraient marquer la naissance du premier accord-cadre interprofessionnel.

C

haque profession de santé signe une convention avec l’Assurance maladie. Et toutes ces professions sont en passe de signer en sus un accord-cadre interprofessionnel. Ce texte, qui a vocation à s’appliquer aux pharmaciens comme aux médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes, infirmières, etc.,

a été approuvé par l’Union nationale des professionnels de santé (UNPS), dont fait partie la FSPF, et doit être visé par l’Union nationale des organismes d’assurance maladie complémentaire début mai. Il vise par exemple à développer des programmes de développement professionnel continu « à vocation interprofessionnelle », à améliorer les relations entre professionnels et caisses et à renforcer la coordination de soins. L’UNPS espère ainsi se dégager de la tutelle des Agences régionales de santé qui pilotent les expérimentations sur les protocoles de coopération et l’optimisation des parcours de soins des personnes âgées. ❙

ACCOMPAGNEMENT

Sophia s’étend... sans pharmaciens Sophia, le programme d’accompagnement des patients diabétiques de type 2, va se généraliser à tous les départements français. Lancé en octobre 2008, le programme d’accompagnement des patients diabétiques de type 2 Sophia continue sa percée sur le territoire français. Déjà disponible dans 19 départements pilotes, ce service de télé-conseils par un infirmier sera mis en place dans 41 nouveaux départements au mois de mai puis étendu à l’automne aux 45

© MIGUEL MEDINA

© SANOFI

« La France était le pays où les nouveaux traitements étaient disponibles le plus précocement […]. Depuis un ou deux ans, elle est dans le milieu du tableau. »

départements restants. Il s’organise autour de trois axes : le soutien d’un infirmierconseiller par téléphone, l’approfondissement­ des connaissances du patient sur le diabète et les traitements médicamenteux associés grâce aux livres Repères édi-

tés par l’Assurance maladie et l’échange de « trucs et astuces » avec les autres diabétiques via le journal trimestriel Sophia et vous. Sur le site Sophia-infoservice.fr, l’Assurance maladie annonce vouloir étendre le concept, une fois qu’il sera généralisé à toute la France, à d’autres maladies chroniques comme l’asthme ou les troubles cardiovasculaires. La création des entretiens pharmaceutiques dans la Convention l’amènera-t-elle à, cette fois, inclure les pharmaciens ? ❙


Actualité

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REPÈRES

58 %

82 122 9,28

des Français préfèrent l’encadrement de l’installation des médecins à l’augmentation des aides incitatives pour les amener à exercer dans les zones où ils sont absents, indique un sondage Viavoice réalisé pour le Collectif interassociatif sur la santé.

euros

milliards de dollars

C’est le bénéfice non commercial moyen des médecins libéraux en 2010, soit + 1 % par rapport à l’année précédente. Compte tenu de l’inflation à + 1,45 %, le pouvoir d’achat des médecins a stagné.

C’est le chiffre d’affaires estimé d’Humira (adalimumab, Abbott) pour l’année 2012 : le médicament va certainement se placer sur la première marche du podium des spécialités les plus vendues dans le monde.

(Source : Caisse autonome de retraite des médecins de France).

77 % des sympathisants PS sont favorables à la suppression des franchises médicales, selon un sondage de l’institut CSA pour Aides. À droite, seuls 40 % vont dans le même sens. Ils sont même 58 % des sympathisants UMP à vouloir les maintenir.

belgique

nouvelle-calédonie

Depuis le 1er mai, les pharmaciens belges se doivent de délivrer l’antibiotique ou l’antimycosique le moins cher du marché lors d’une prescription pour une pathologie aiguë. Cette mesure imposée par le ministère de la Santé publique les obligera à substituer davantage. Le médecin conserve cependant la possibilité d’apposer la mention « Ne pas substituer », par exemple en cas d’allergie à un composant. Une mesure « adoptée à la hâte », estime l’Association pharmaceutique belge, et qui risque d’affecter le secteur. Le 26 avril, toutes les enseignes vertes sont donc restées éteintes en guise de protestation. ❙

Deux pharmaciennes assistantes d’une officine de Nouméa sont en cours de procédure de licenciement pour avoir délivré du baclofène hors AMM à une patiente en sevrage alcoolique. La première se voit reprocher le renouvellement d’une ordonnance de 24 boîtes de baclofène pour un mois et la deuxième l’autorisation de délivrance à la préparatrice. Mais dans un contexte particulier de conflit tarifaire entre l’assurance maladie locale et les pharmacies de l’île, les syndicats se demandent si cette affaire ne sert pas de prétexte pour licencier les deux employées. ❙

Substituer moins cher

Abus de licenciement

MACRO / ÉCO

Le match des systèmes de santé 81,0

en %

Une comparaison des systèmes français et allemand.

80

68,0

70 France Allemagne

60

L’institut européen et indépendant Thomas More publie les résultats d’une étude comparative des dépenses de santé de la France et de l’Allemagne. Ces dépenses représentent 164,2 milliards d’euros pour l’Assurance maladie française contre 187,7 milliards pour son homologue allemand. Cette différence de budget se retrouve dans les dépenses des assurances privées, qui représentent 25,67 milliards d’euros en Allemagne contre 29,31 milliards en France.

50

40

30

23,0

26,0

20

10

7,0

5,4

2,0

1,8

0 Part des dépenses de santé dédiée aux coûts administratifs de gestion

Part du budget public alloué aux médicaments

Renoncement aux soins pour des raisons financières

Taux de satisfaction de la communication médecin-patient

Mai 2012 I No 1240 I 11


Actualité Enjeux

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La nouvelle Convention pharmaceutique a été signée, reste maintenant à l’appliquer ! Voici comment ce texte fondateur va modifier votre exercice pendant les cinq à dix années à venir : honoraires, entretien et suivi pharmaceutiques, génériques… Par Laurent Simon

LA CONVENTION PAR A + B Les mesures novatrices ne manquent pas dans la Convention pharmaceutique. La première à avoir attiré l’attention du grand

public est la rémunération à l’honoraire. « Les pharmaciens payés pour leurs conseils », a-t-on pu lire dans les quotidiens nationaux. La deuxième concerne les entretiens pharmaceutiques, une partie du « paiement à la performance », également étendu aux génériques et à la transmission des feuilles de soins. Une mesure aussi symbolique que les honoraires… mais aux conséquences différentes. « Provocation », « maladresse », la réaction n’est pas venue du grand public mais des médecins, à travers la réaction de deux syndicats, la FMF et le SNSMCV (voir L’Hebdo du Pharmacien du 13 avril 2012). Car avec cette nouvelle convention, les pharma-

’ C

ciens vont jouer dans la cour des grands. Pour preuve, le paiement à la performance sur les génériques, commun aux deux professions : « Nous avons utilisé le même type de réflexion que pour les médecins, témoigne Frédéric van Roekeghem, directeur de l’Uncam (Union nationale des caisses d’assurance maladie), c’est-à-dire que les efforts d’efficience puissent financer les nouveaux modes de rémunération. » En période de disette budgétaire, le texte est placé sous le signe du donnant-donnant : augmentation de la marge sur les conditionnements trimestriels en échange de leur développement, partage des économies sur le générique. En résumé, selon Frédéric Van Roekeghem, cet accord nécessitera « des efforts conjoints de l'Assurance maladie et des pharmaciens ». ❙

est presque officiel : en 2012, le marché du médicament en France est rentré en récession. « Cette baisse du marché en valeur est un événement inédit ; nous n’avons jamais vu ça, observe Claude Le Pen, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, dans l’étude “Intelligence 360” d’IMS-Health. C’est en effet le résultat de la combinaison d’une maîtrise des volumes par les prescripteurs et d’une baisse de prix imposée par les pouvoirs publics pour faire face à la crise de la dette et limiter la croissance des dépenses de santé. » La profession a réussi à signer in extremis un texte qui lui permettra peut-être de s’adapter à cette nouvelle donne. Première des réformes initiées, l’honoraire de dispensation. C’est signé : dès 2013, 12,5 % de la marge sera versé sous cette forme, pour un montant total estimé à 700 millions d’euros. À cinq ans, dès 2017, il devra représen-

16 I No 1240 I Mai 2012

ter 25 % de la marge, avant qu’une nouvelle Convention décide ou non d’augmenter encore ce taux. Symboliquement très forte – pour la première fois, vous serez rémunérés pour votre prestation intellectuelle sur l’ordonnance –, cette mesure sera en réalité assez transparente à l’officine. Ces honoraires, payés par le patient au pharmacien et pour lesquels il bénéficiera du tiers-payant, lui seront décomptés sur son relevé de prestations d’Assurance maladie, au même titre qu’une consultation médicale, par exemple. Il s’agit en quelque sorte de consacrer l’existant : la vérification de la validité de l’ordonnance, de la possibilité de la renouveler ou pas, l’adéquation de la posologie prescrite au patient, mais aussi les conseils ou le contrôle des interactions… La conversion de la marge Tout ce travail de base sur la prescription pourra dorénavant être reconnu et classifié par l’Assu-


Enjeux Actualité

3QUESTIONSÀ…

Alain Coulomb

rance maladie. L’intérêt ? Pour les payeurs, Sécu en tête, la possibilité de connaître exactement la teneur de l’intervention officinale. Pour les pharmaciens, la possibilité de voir des actions spécifiques rémunérées à part et détacher les revenus de l’officine de la courbe décroissante « La baisse des ventes de médicaments en du marché en valeur France. Deuxième axe majeur de est un événement réforme : la rémunération à la inédit. » performance, qui porte à la fois sur le suivi des patients dans le Claude Le Pen, économiste cadre des désormais fameux entretiens pharmaceutiques et sur les génériques. Pour commencer ont été choisis par les syndicats et l’Assurance maladie deux classes de médicaments : le suivi des antivitamines K (Sintrom, Minisintrom, Coumadine, Préviscan), en premier, celui des antiasthmatiques, dans un second temps. Les pharmaciens qui le III

En instaurant des paiements à la performance, quelle est l’intention de l’Assurance maladie ? L’efficience économique n’est pas la première motivation : il y aura peut-être un retour sur investissement mais le but premier est d’impliquer les professionnels et de les faire sort i r d e la lo g i q u e d u paiement à l’acte. En se chronicisant, les maladies changent : il faut donc aussi modifier la façon dont le système rémunère la prise en charge. Pourquoi, à l’instauration des entretiens pharmaceutiques, la première réaction de certains médecins a été négative ? Aujourd’hui la démographie médicale est telle que leur énervement est injustifié. Les médecins peuvent s’installer où ils le souhaitent et vivre de leur exercice : confier un rôle supplémentaire aux pharmaciens, des professionnels qui ont fait cinq ou six ans d’étude, c’est du

© MIGUEL MEDINA

consultant, ancien directeur de la Haute Autorité de santé

simple bon sens. En plus, c’est une occasion unique de montrer qu’ils ont un rôle de professionnel de santé que la grande distribution ne pourra jamais jouer. Le paiement à la performance est-il appelé à se généraliser ? Sa part va augmenter de façon inéluctable à condition qu’il ne soit pas un simple gadget : il faut en particulier fonder les indicateurs que l’Assurance maladie va convertir en points de rémunération. Pour cela, les pharmaciens auront tout intérêt à introduire un tiers scientifique dans leurs négociations, comme la Haute Autorité de santé.

Mai 2012 I No 1240 I 17


Actualité Enjeux [La Convention par A+B]

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souhaitent pourront se lancer dans l’ac- tête, et preuve que cette « zone franche » dans compagnement de leurs patients sous anticoa- la prise en charge était jusqu’à présent inoccugulants dès le 1er janvier prochain dans leur pée. Le potentiel est donc énorme : si les entreespace de confidentialité (voir notre article p. 42 tiens pharmaceutiques portent leur fruit, à savoir et 43). « En moyenne, une pharune diminution du nombre macie possède parmi sa patiend’hospitalisations – 17 300 en tèle une cinquantaine de patients « La somme France tous les ans à cause des sous anticoagulants et 75 % des allouée pourra AVK – ou des décès, rien n’empatients sont fidèles à une pharpêchera alors d’étendre la mesure à d’autres champs, macie », estime Philippe Besset, varier en comme le dépistage des chargé de l’Économie à la FSPF. fonction de Une rémunération de 40 euros angines virales ou bactériennes TTC par malade et par an est la maladie. » déjà évoqué dans le rapport de prévue, en contrepartie « d’un Philippe Besset, FSPF l’Inspection Générale des entretien à l’initiation du traiteAffaires Sociales (Igas) de juin ment […], d’au moins deux entretiens annuels 2011 ou le suivi de la vaccination. « La somme […], du contrôle de la réalisation de l’INR [et], en allouée aux entretiens pharmaceutiques par cas de besoin, la prise de contact avec le prescrip- l’Assurance maladie pourra varier en fonction de teur », précise la Convention. Le dispositif coû- la complexité de la maladie », analyse Philippe tera environ 35 millions d’euros à l’Assurance Besset. On se prend à rêver mais les premières maladie une fois à plein régime, si les quelque marches seront les plus difficiles à gravir. 1,2 million de patients, dont 900 000 au long cours et 300 000 initiés chaque année, sont pris La manne des génériques en charge à l’officine. Le suivi des AVK revient Le deuxième volet du paiement à la performance, de loin : en 2006, des expérimentations menées les génériques, sera plus immédiatement rémuà la maison de santé de Saint-Amand-en-Puisaye nérateur… à condition de respecter certaines (Nièvre) avaient tenté de confier le suivi de l’INR règles. Le taux de substitution au niveau natioet l’adaptation de la dose d’anticoagulants à… nal est en effet retombé en 2011 : l’avenant des secrétaires médicales. Tollé, évidemment, générique joint à la Convention précise qu’il chez les professionnels de santé, infirmiers en devra atteindre 85 % d’ici à la fin de cette III III

Performance, mode d’emploi Pas intuitive, la rémunération à la performance sur le générique n’est pas pour autant compliquée. Le graphique ci-dessous présente le calcul des primes versées à l’officine : la moitié dépend de la progression à partir d’un seuil bas (Sb), l’autre du taux constaté à l’arrivée (Si). Les bons élèves aux taux déjà hauts seront donc équitablement récompensés par rapport aux débutants. L’Assurance maladie, qui procédera à des décomptes individualisés, sera particulièrement attentive à 31 molécules (tableau de droite). Dernier critère : une seule marque de générique devra être délivrée chez au moins 90 % des patients âgés de 75 ans et plus. À défaut, il y aura une décote de 20 % sur la prime de la molécule concernée (tableau ci-dessous).

50 % rémunération fonction de la progression % rémunération

50 % rémunération fonction du niveau (taux d’arrivée)

Pas de rémunération Sb

18 I No 1240 I Mai 2012

Taux de progression

Si

Taux d’arrivée

DCI Pravastatine Ramipril Amlodipine Glimepiride Lercanidipine Clopidogrel Losartan Nebivolol Repaglinide Losartan + HCTZ Mycophenolate Mofetyl

DCI Sb (en%) Si (en%) Pravastatine 70 95 Cefpodoxime 69 94 Citalopram 68 93 Paroxétine 68 93 Ramipril 67 92 Amlodipine 66 91 Lansoprazole 64 89 Alfuzosine 64 89 Zolpidem 62 87 Sertraline 62 87 Pantoprazole 60 85 Venlafaxine 60 85 Glimepiride 60 85 Valaciclovir 57 82 Clopidogrel 41 66 Esomeprazole 38 63 Lercanidipine 49 74 Terbinafine 50 75 Risperidone 48 73 Tramadol 41 66 Losartan 36 61 Nebivolol 30 55 Repaglinide 22 47 Losartan + HCTZ 23 48 Risedronate 17 42 Mycophenolate Mofetyl 10 30 Olanzapine 53 73 Valsartan 52 72 Valsartan + HCTZ 52 72 Letrozole 51 71


Enjeux Actualité

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année. Soit une progression de 14 points troniques. À condition de s’équiper d’un scanner, [La convention par A+B] par rapport à la situation actuelle. Un fossé à l’Assurance maladie versera 418,60 euros TTC combler en quelques mois. Ce n’est pas tout : aux officines qui choisiront de transmettre les les pharmaciens sont tenus de respecter la doubles d’ordonnance de façon numérisée à leur mesure tiers-payant contre générique, lorsqu’elle CPAM. Une mesure de bon sens que le réseau est activée dans leur département. Enfin, l’ave- ne tardera certainement pas à appliquer. Côté nant prévoit des sanctions FSE, la télétransmission est conventionnelles pour les offi- « Dix points actuellement payée 0,05 euro cines qui n’arriveraient pas à de plus de par l’Assurance maladie, une dépasser 60 %. somme qui augmentera à C’est la grande nouveauté de substitution 0,064 euro dès que vous aurez ce volet : les pharmaciens généreraient évolué vers la version 1.40 du seront suivis et gratifiés indivilogiciel Sesam-Vitale. Passons à l’addition : dans un duellement par l’Assurance 140 millions maladie (voir encadré « Perfor- d’euros. » document présenté à ses adhémance, mode d’emploi », p. 18). rents, la FSPF estime le gain Frédéric van Roekeghem, Uncam Un effort considérable qui total pour le réseau à 225 milinquiète nombre de pharmalions d’euros, si l’on vient ajouciens étant donné le contexte très défavorable ter aux mesures précédemment citées les gains autour du générique. Vous ne serez néanmoins sur les conditionnements trimestriels, négociés pas seuls pour remplir ces objectifs : également en marge de la Convention, en échange d’une intéressée au résultat, l’Assurance maladie augmentation de leur pénétration à 55 %, contre NOTABENE s’engage à « promouvoir la prescription et la 35 % actuellement, et le passage tant attendu L’adhésion à la Convention se fera délivrance de médicaments génériques ». Autre des honoraires de garde de 75 euros à 150 euros. après l’envoi par la CPAM de mesure incitative, du côté des médecins cette Cette dernière mesure représentant à elle seule formulaires d’adhésion. Si plusieurs fois : la mise en place d’un « accord tripartite avec 40 millions d’euros pour l’officine. Les médecins titulaires partagent une même officine, le choix d’adhérer doit les médecins pour coordonner prescription et avaient obtenu un paiement à la performance être partagé par tous. dispensation ». Il y a évidemment une contrepar- – le fameux P4P – pouvant s’élever jusqu’à tie : « Une progression de dix points de la substi- 9 000 euros par praticien. « Pour une pharmacie tution générerait 140 millions d’euros d’économies moyenne, il faut compter 2 000 euros pour les pour l’Assurance maladie, la moitié serait reçue entretiens pharmaceutiques, 3 000 euros pour par les pharmaciens », précisait son directeur les génériques, 1 500 euros pour les feuilles de Frédéric van Roekeghem, au moment de la soins, 400 euros pour la scannérisation, sans signature de la Convention. Soit 70 à 75 millions compter l’accompagnement de l’asthme, calcule d’euros pour le réseau : le résultat représenterait Philippe Besset. Nous n’en sommes finalement 3 000 euros par an pour une officine moyenne, pas loin. » Un pas de plus vers le rapprochement à condition toutefois de réussir à assurer la sta- des deux professions. ❙ bilité chez les personnes de plus de 75 ans. Et RÉTROPLANNING DE LA CONVENTION ce particulièrement, dans un premier temps, sur les « traitements chroniques en diabétologie et en des patients sous AVK. gardes de 75 ¤ à 150 ¤ cardiologie » (bêta-bloquants, statines…). Du fait et des honoraires versés ❙ 30 juin 2013. Mise en certainement de la complexité du dispositif, ce par ordonnance durant place effective de taux de stabilité chez les personnes âgées sera les gardes : nuit : 8 ¤, l’accompagnement des dimanche et jours fériés : calculé « en tenant compte des changements de patients asthmatiques. 5 ¤, jour hors horaires ❙ Courant 2012. Mise en noms de marque, des rachats et/ou fusions de ❙ Fin 2013. Mise en place d’ouverture : 2 ¤. place progressive du laboratoires et des ruptures d’approvisionnement ». par l’Assurance maladie paiement à la ❙ Fin 2012. Les honoraires Une nécessité, vu la rapidité de l’évolution des d’un service de contrôle performance de dispensation des droits en ligne des génériqueurs. DR

III

Le volet numérique Dernier volet de la performance récompensée par l’Assurance maladie : la modernisation de l’officine. Sous cette appellation administrative se cachent deux indicateurs bien connus des pharmaciens : la scannérisation des ordonnances et la télétransmission des feuilles de soins élec-

(génériques, FSE, scannérisation).

❙ 1er septembre 2012. Revalorisation de la marge sur les conditionnements trimestriels. ❙ Octobre 2012. Revalorisation des

représenteront 12,5 % de la marge.

❙ Fin 2012. Début des expérimentations sur la prescription électronique. ❙ 1er janvier 2013. Mise en place effective de l’accompagnement

assurés consultable par les pharmaciens.

❙ 2017-2018. Les honoraires de dispensation représenteront 25 % de la marge de dispensation.

Mai 2012 I No 1240 I 21


Pharmacien de France 1240 mai 2012