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L’INTERVIEW

« Je veux briser les préjugés »

www.lepharmaciendefrance.fr

Marc Alandry, titulaire

Des pictos Prenez le train plein de défauts du nudge

Dérouiller l’arthrose

ENQUÊTE P. 26

BANC D’ESSAI P. 48

INFLUENCES P. 38

No 1301 JUIN 2018

CAPITAL JEUNE Des fonds solidaires se mettent en place pour aider la prochaine génération de titulaires. ENJEUX P. 22


L’Éditorial

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

Sur tous les fronts

Philippe Gaertner

© MIGUEL MEDINA

Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France

No 1301 I 59e année I 07/06/18 ISSN 0031-6938 I CPPAP : 0222 T 81323 www.lepharmaciendefrance.fr LE PHARMACIEN DE FRANCE 13, rue Ballu 75311 Paris Cedex 09 Tél. : 01 42 81 15 96 Télécopie : 01 42 81 96 61 DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Éric Garnier DIRECTEUR DE LA RÉDACTION : David Pérard RÉDACTEUR EN CHEF : Laurent Simon (lsimon@lepharmaciendefrance.fr) RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE : Anne-Laure Mercier (almercier@lepharmaciendefrance.fr) RÉDACTEURS : Claire Frangi (cfrangi@lepharmaciendefrance.fr) I Benoît Thelliez (bthelliez@lepharmaciendefrance.fr) SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : Joséphine Volat (jvolat@lepharmaciendefrance.fr) ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO : Alexandra Chopard I Anaïs Jeanne I Anne-Gaëlle Moulun CRÉATION ET RÉALISATION : Rampazzo & Associés www.rampazzo.com - blog.rampazzo.com CORRECTION : Francys Gramet IMPRESSION : Lescure Théol 27120 Douains ILLUSTRATIONS : Dessins : Martin Vidberg Infographie Conseil : Pascal Marseaud

L

a notion de « temps pas : lancés officiellement mi-mars dernier, les de cerveau dispo- bilans de médication représentent une étape nible  » vous est importante dans la relation pharmacien-patient sûrement familière. et l’histoire les retiendra comme un palier déciC’est cette écono- sif de la transformation de notre profession. mie de l’attention que nous devons tous Tout comme, d’ailleurs, la vaccination antigripapprendre à gérer afin d’être et de rester de pale à l’officine, du succès de laquelle je ne me bons professionnels de santé. Pas évident dans lasse pas de me féliciter. un environnement de plus en plus exigeant, fait Mais réussir l’accompagnement sur une classe de normes à suivre, de médicamenteuse, c’est « Qui aurait prédit il y rendez-vous, de convomettre toutes les chances cations, d’obligations de de son côté pour d’autres a seulement vingt ans tous types. Et pourtant, entretiens, présents ou à que nous délivrerions malgré toutes ces sollivenir. Je pense évidemcitations, nous devons ment aux chimiothérades anti-VHC ? » consacrer toute l’attenpies, qui sont en cours de tion qu’ils méritent à nos patients, priorité discussion avec l’Assurance maladie, mais numéro un de tout officinal qui se respecte. Vous aussi à l’avènement des thérapies personnalisées voyez peut-être où je veux en venir. qui seront nécessairement délivrées un jour ou Avec la multiplication des nouvelles missions l’autre en officine. Science-fiction, me direzet des nouveaux accompagnements, la question vous ? Peut-être, mais qui aurait prédit, il y a se pose : est-il possible de tout faire ou doit-on seulement vingt ans, que nous délivrerions au se concentrer uniquement soit sur les bilans de comptoir des traitements anti-VHC ? Alors, le médication, soit sur les entretiens pharmaceu- jour où les médicaments personnalisés seront tiques, qu’ils portent sur les anticoagulants ou disponibles, comme tous les jours qui les ont les antiasthmatiques ? J’entends déjà d’ici précédés, les pharmaciens seront prêts à délivrer. certains­appeler à ne choisir qu’une seule option Je vous appelle donc à mener de front les entreet à s’y tenir : en somme, pourquoi faire des tiens et les bilans de médication, à raison d’un entretiens pharmaceutiques quand on fait déjà par semaine et par officine. Voilà le défi que des bilans de médication ? Ne vous méprenez nous devons relever ensemble.

DIRECTEUR COMMERCIAL ET RESPONSABLE DE LA PUBLICITÉ : Christophe Bentz (cbentz@lepharmaciendefrance.fr) Tél. : 01 42 81 56 85 Fax : 01 42 81 96 61 ABONNEMENTS : Tél. : 01 42 81 15 96 Abonnement d’un an France-Corse (TTC) : 95 € I Guyane : 93,05 € I Guadeloupe, Martinique, Réunion : 94,03 € I Étranger : 160 € I Achat au numéro : 15 € I Étudiants et retraités : 75 € I Certificat d’inscription à la Commission paritaire de la presse : no 0222 T 81323 ORGANE D’INFORMATIONS SCIENTIFIQUES ET PROFESSIONNELLES PHARMACEUTIQUES Le Pharmacien de France est édité par la SARL « Le Pharmacien de France ». Siège : 13, rue Ballu, 75311 Paris Cedex 09. Durée 99 ans à compter de 1977 Capital : 93 000 euros I Cogérants : Éric Garnier I David Pérard I Date du contrôle OJD : 28/08/2017.

Juin 2018 I No 1301 I 1


juin 2018 Sommaire

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

Actualité

8

26

4  LES DOSSIERS DE LA FÉDÉ 6  LA FÉDÉ EN RÉGIONS 8

12 16 19

Santé

L’INTERVIEW  arc Alandry : M « Je veux briser les préjugés » ACTUALITÉ EN BREF INDUSTRIE & CO LE KIOSQUE

ENJEUX

26

Officine

48

ENQUÊTE Des pictos plein de défauts

28 PANORAMA 31  FICHE CONSEIL Les pathologies hémorroïdaires Précieuses hémorroïdes 34  INTERNATIONAL Babillages

• •

38  INFLUENCES Prenez le train du nudge 40 OFFICINE EN BREF 42 MARCHÉ La tornade FreeStyle Libre 44 PRODUITS 48  BANC D’ESSAI Dérouiller l’arthrose 51

APERÇU

52

À votre santé ! par Martin Vidberg

Capital jeune La profession vieillit doucement, la taille des fonds augmente, les banques restent frileuses. Autant de raisons qui font que la profession s’inquiète du renouvellement des générations de titulaires. Comment faire accéder plus simplement les

22 jeunes pharmaciens à la propriété ? Pour contrer l’arrivée d’investisseurs extérieurs à la profession, différents projets de fonds solidaires sont progressivement mis sur pied pour permettre aux jeunes d’obtenir le premier coup de pouce indispensable.

ABONNEZ-VOUS maintenant au Pharmacien de France. Rendez-vous sur www.lepharmaciendefrance.fr Ce numéro comporte un encart jeté sous film de 8 pages « DPC à la page ». Juin 2018 I No 1301 I 3


LES DOSSIERS DE LA FÉDÉ DIABÈTE

SONDAGE

INCONTOURNABLE RÉTROCESSION

L

es résultats du sondage que la FSPF a lancé début mai concernant l’épineux sujet de la rétrocession sont sans appel : sur plus de 3 500 répondants, plus de neuf pharmaciens sur dix déclarent la pratiquer, de manière hebdomadaire (42,4 %) ou mensuelle (31,6 %). Les produits concernés par la rétrocession sont de tous types mais, dans la majorité des cas, ce sont des produits dits « hors monopole » non remboursables, suivis de près par l’OTC, les dispositifs médicaux remboursables et, en dernière intention, les médicaments remboursables. Soit l’ensemble de l’offre de produits d’une officine normalement constituée. La rétrocession a ses raisons Les raisons qui amènent les pharmaciens à pratiquer la rétrocession sont tout aussi intéressantes, et il y en a une principale : les tarifs. Que ce soit pour proposer des prix plus bas aux patients (2 668 réponses) ou obtenir des conditions plus favorables des laboratoires (2 815 réponses), la question du coût est cardinale. S’ensuit le fait de pouvoir accéder à certaines gammes ou produits (2 508 réponses) et, enfin, pour pallier les ruptures de stocks (1 589 réponses). À la question « Souhaitezvous l’arrêt de la pratique de la rétrocession entre officines ? », les pharmaciens interrogés répondent donc fort logiquement non à 97,3 %. En revanche, la question de l’encadrement divise plus, puisque près de quatre pharmaciens sur dix soutiendraient un changement de réglementation. Nul doute que ce sujet va encore agiter la profession dans les mois à venir. x

4 I No 1301 I Juin 2018

La saga du lecteur de glycémie sans contact continue. La FSPF appelle les pharmaciens à la vigilance à partir du 1er juillet.

C’

est une histoire qui dure maintenant depuis plus d’un an. Le 1er juin 2017 fut en effet un bon jour pour les patients diabétiques, qui pouvaient enfin se faire prescrire et rembourser FreeStyle Libre, le fameux lecteur de glycémie sans contact des laboratoires Abbott, auparavant seulement disponible en vente directe (voir « La tornade FreeStyle Libre », p. 42), mais, douze mois après, les pharmaciens ne décolèrent pas : commandes non honorées, retards de livraison et ruptures incessants, avec même une recrudescence depuis le début de l’année. Les pharmaciens n’en peuvent plus.

lisés, une officine peut tout à fait être livrée alors qu’une autre, parfois contiguë, verra sa livraison repoussée de plusieurs semaines, sans plus d’explications.

Victime de la mode Les causes sont multiples, à écouter Jocelyne Wittevrongel, vice-présidente de la FSPF, qui a suivi de près ce dossier à rebondissements auprès du Comité économique des produits de santé (CEPS) : « Le laboratoire Abbott a été dépassé par le succès de FreeStyle Libre, analyse-t-elle. Ils ont promis de mettre en place de nouvelles lignes de production, nous attendons de voir. » Les nombreuses réclamations des pharmaciens quant aux livraisons de ce produit très attendu par les patients – au point que beaucoup d’entre eux ne reviennent pas à leur ancien modèle malgré les tensions d’approvisionnement – ont aussi une autre origine, selon elle : « Abbott a mis trois plates-formes d’approvisionnement en place, deux d’entre elles à destination des pharmaciens, la dernière pour les ventes directes aux patients. » Or les stocks entre ces plates-formes n’étant pas mutua-

Solutions de secours Un véritable casse-tête au comptoir, surtout depuis que le laboratoire a décidé, début mai, de contingenter les officines en ne livrant qu’une certaine quantité de capteurs. Pour parer au plus pressé, la FSPF rappelle que l’Assurance maladie a introduit mi-mai « la possibilité de facturer des bandelettes et lancettes au-delà de la limite prise en charge » pour les patients qui seraient privés de FreeStyle Libre et devraient temporairement revenir à l’ancien système « avec contact ». En attendant que les nouvelles lignes de production d’Abbott soient actives, une autre échéance attend les pharmaciens, prévient Jocelyne Wittevrongel : « Le 1er juillet prochain, le prix de FreeStyle Libre va baisser [il baissera également en 2019, NDLR], les pharmaciens qui auraient encore du stock à l’ancien prix devront demander des avoirs à Abbott », détaille-t-elle. Affaire à suivre de près. x

© FOTOLIA/RATOCA

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PIQUÉS AU VIF PAR FREESTYLE


LES DOSSIERS DE LA FÉDÉ DÉSERTIFICATION

IL FAUT SAUVER LES CENTRES-BOURGS ! Boulangers, charcutiers, bouchers et pharmaciens s’associent pour sauver les cœurs de ville de la pression commerciale de la grande distribution. Alors faites signer la pétition !

C’

© FOTOLIA/ ALONA_S

Le soutien des Français L’enjeu est aujourd’hui de soutenir les politiques et notamment la « proposition de Patrick Vignal, député LREM, en faveur d’un moratoire dans les départements en situation de saturation commerciale », précise le collectif. Reste à convaincre l’opinion publique en proposant de signer la pétition à paraître sur Change.org. C'est maintenant à vous de jouer ! x

© FOTOLIA / KATSIARYNA

­ riorité à nos centres-villes. » p Inutile de dire que les pharmaciens, qui voient s’installer des grandes surfaces à proximité, sont déterminés.

est un combat que la FSPF (voir « ­Édito », Le Pharmacien de France, no 1300), la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs (CFBCT) et la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie française (CNBPF) ont décidé de mener de front : la revitalisation des centres-bourgs, avec le soutien de l’Union des entreprises de proximité (U2P). Pour ce faire, les trois professions ont lancé une pétition en ligne. Son slogan ? « Ne laissons pas s’éteindre les dernières lumières de la ville… et donnons la

infirmière pour un volume de location de plusieurs milliers de tire-lait, regrette-t-il. Il faut augmenter le niveau d’exigence ». Dernier point tout ­aussi essentiel : la volonté du CEPS de renégocier les tarifs, à savoir 30 euros de mise à disposition et 7,50 euros de location, soit une baisse de 13 % de chiffre d’affaires pour les pharmacies sur la base de 10 semaines de location, qui devrait devenir la durée maximale pour une primoprescription. Des conditions jugées inacceptables par la FSPF : son conseil d’administration a refusé de signer cette proposition mi-mai. x

REMBOURSEMENT

NÉGOS AU CORDEAU SUR LES TIRE-LAIT Le gouvernement veut faire des économies sur les tarifs des tire-lait mais la dispensation ne peut pas se faire à n’importe quel prix.

E

n France, l’allaitement maternel est un sujet important. C’est pourquoi les négociations en cours au ministère de la Santé à propos des tire-lait sont délicates à mener. Pourquoi cette reprise en main par les pouvoirs publics ? En vue, évidemment, de faire des économies. La FSPF ne signe pas Fabrice Camaioni, président de la commission Exercice professionnel de la FSPF, qui participe à ces discussions, avance quelques chiffres : « Il y a eu 55,8 millions d’euros remboursés en 2017. Le Comité économique

des produits de santé (CPES) veut 10 millions de moins en précisant la nomenclature et en modifiant les tarifs. » Parmi les intentions du CEPS : rendre obligatoire une formation de la patiente par le pharmacien et autres prestataires pour l’utilisation et la dispensation des tire-lait. En outre, « la prise en charge des patientes devrait se faire en faceà-face », insiste Fabrice Camaioni. Dans ce marché, certains opérateurs – tel Grandir-nature. com – opèrent en effet en vente par correspondance, avec une prise en charge par l’Assurance maladie alors qu’ils n’ont qu’« une sage-femme et une

Juin 2018 I No 1301 I 5


Actualité En bref

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

ILS L’ONT DIT

❙❙L’avenant télémédecine fait bouger les lignes chez les médecins ! En effet, la Confédération des syndicats médicaux français a voté ce texte fin mai et a donc rejoint le giron de la convention médicale, qu’elle refusait jusqu’à présent de signer. Seul syndicat à ne pas encore avoir annoncé la signature de l’avenant télémédecine, la Fédération médicale de France réserve sa réponse pour fin juin. ❙❙Rien ne va plus au sein des négociations de la convention entre l’Assurance maladie et les dentistes. Le 28 mai dernier, la Fédération des syndicats dentaires libéraux a en effet quitté les négociations au cours de la dernière séance, logiquement consacrée à l’écriture du texte définitif. Reste autour de la table l’Union dentaire et la Confédération nationale des syndicats dentaires. Aucun des trois syndicats n’est en mesure de signer seul le texte. ❙❙L’Union nationale des professions libérales s’enrichit de quatre nouvelles professions. En effet, le 29 mai dernier, l’UNAPL a annoncé que le Syndicat national des moniteurs de ski français, le Syndicat national des guides de montagne, le Syndicat des jeunes biologistes médicaux et le Syndicat national des experts immobiliers avaient rejoint la confédération. ❙❙Haro sur la chiropraxie ! Huit organisations représentant les kinésithérapeutes ont dénoncé de concert, le 24 mai, les modalités de la formation en chiropraxie, parues le 15 mars dernier. En effet, celle-ci « permettrai[t] d’acquérir une grande partie du champ des compétences » des kinés. À leur grand dam, donc.

12 I No 1301 I Juin 2018

Patrick Bouet, président de l’Ordre national des médecins, dénonce la mainmise des économistes sur la politique de santé à l’occasion de la sortie de son livre Santé : explosion programmée (Éditions de l’Observatoire). (Source : APMnews)

déremboursement

Les anti-Alzheimer passent à la trappe La ministre de la Santé a déremboursé ces spécialités et a commencé à dévoiler ce qu’il adviendra des économies générées.

C’

est l’épilogue d’un débat entamé il y a une dizaine d’années : en publiant, le 25 mai dernier, les recommandations sur la prise en charge des malades de type Alzheimer, la Haute Autorité de santé (HAS) a ­planté le dernier clou dans le cercueil du donépézil (Aricept), de la mémantine (Ebixa), de la rivastigmine (Exelon) et de la galantamine (Reminyl), ainsi que de tous leurs génériques. En effet, le remboursement de ces molécules avait été très clairement conditionné par Agnès Buzyn, ministre de la Santé, à la mise en place d’un parcours de soins « de qualité ». Publiés parallèlement, les nouveaux avis de la HAS sur ces quatre molécules confirment ceux déjà émis en octobre 2016 : le service médical rendu (SMR) est insuffisant. Dans la foulée, le 1er juin sont parus au Journal officiel les arrêtés de déremboursement, applicables

© FOTOLIA/IBREAKSTOCK

INTERPRO

Nicolas Revel, directeur général de l’Assurance maladie lors d’une rencontre organisée par l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis), défend l’avenant télémédecine.

« Les économistes de la santé imposent leur dictature. »

DR

Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, se félicite, bien maladroitement, de l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron dans son livre Si souvent éloignée de vous (Stock).

« On me dit que ce n’est pas assez bien payé, cela a déjà l’immense mérite de l’être. » © MIGUEL MEDINA

DR

« Comme si des apothicaires avaient tenté de guérir un pays malade en préconisant des saignées et qu’enfin un véritable médecin arrive. »

le 1er août. Cette décision aura plusieurs conséquences, regrette l’association France Alzheimer, la première étant d‘augmenter le reste à charge des patients d’une trentaine d’euros par mois. Côté pharmacie, ces molécules représentaient tout de même 160 millions d’euros de chiffre d’affaires. Réinvestissements Le 25 mai dernier, lors de la conférence de la HAS, MarieHélène Certain, médecin généraliste et membre du Collège de la médecine générale, a déploré que les thérapies non médicamenteuses soient rarement prises en charge. Agnès

Buzyn a esquissé quelques réponses, dans une interview parue le 1er juin dernier sur Egora.fr : « Les financements rendus disponibles [90 millions d’euros remboursés par l’Assurance maladie, NDLR] seront orientés vers les structures qui accueillent les malades et l’amélioration de leur prise en charge. » Concernant les pharmaciens, rien de très ­précis pour l’instant : le nouveau guide de la HAS prévoit un rôle de « sentinelle » pour les professionnels libéraux ainsi qu’une inspection de la « pharmacie au domicile » et la « vérification de la prise de médicaments »… grâce à la visite d’infirmiers. x


En bref Actualité

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

REPÈRES

331

– 50 % 71

60 %

ont été réalisées dans une seule pharmacie en région Auvergne-Rhône-Alpes durant l’expérimentation de vaccination antigrippale à l’officine. C’est le record !

La baisse du nombre de demandes d’autorisation faites à l’Agence européenne du médicament pour les médicaments génériques en 2017 par rapport à 2016 est très sensible. Signe des temps ? (Source : APMnews)

des pharmaciens ont déjà téléchargé des applications santé professionnelles (dictionnaire de médicaments…), contre plus de 78 % des médecins !

vaccinations

(Source : Ordre/FSPF)

ans

Ce devait être l’âge limite pour se porter candidat à un poste de conseiller de l’Ordre des pharmaciens, suite à une ordonnance de 2017, mais le Conseil d’État a annulé cette disposition fin mai.

(Source : Baromètre MedAppcare)

(Source : APMnews)

L’IMAGE DUMOIS

Et revoilà le paquet neutre !

DR

Sur la ligne du haut, les boîtes ancien modèle ; sur celle du bas, les boîtes respectant les nouvelles recommandations selon l’Afipa (pour l’analyse complète de la situation, voir notre article p. 14).

Les nouvelles recommandations de l’Agence du médicament (ANSM) sur l’étiquetage et les marques ombrelles signent un tournant vers le zéro marketing pour l’automédication. Inquiets de la tournure des événements, les fabricants du secteur ont voulu frapper un grand coup en montrant à quoi ressembleraient à terme les packagings OTC.

LAQUESTIONDUMOIS

Les laits premier âge doivent-ils revenir dans le monopole officinal ? C’est un grand oui ! Les pharmaciens plébiscitent, comme on pouvait s’y attendre, le retour dans le monopole des laits premier âge. Rappelons que, lors des auditions de la commission d’enquête parlementaire mise sur pied suite à l’affaire Lactalis, cette possibilité a été évoquée par le député Christian Hutin (Nouvelle Gauche). En tout cas, pour les pharmaciens, la cause est entendue : vous êtes près de 9 sur 10 à sou-

haiter ce retour dans le monopole. Et une majorité absolue se prononce même pour une régulation des prix sur ces produits de première nécessité pour les patients. Une position très éthique qui, espérons-le, sera entendue par le législateur. Si d’aventure le projet de loi Égalim portait cette disposition, ce serait un retournement de situation historique pour les officines, après le retrait de nombreux produits de son monopole.

2,6 %

Non, sous aucun prétexte

2,6 %

Ne sait pas/ ne se prononce pas

7,6 %

Non, ce n’est pas une priorité

36,2 %

Oui, sans condition

52,2 %

Oui, mais à condition que les prix soient régulés

Source : sondage administré en ligne sur 343 répondants entre le 23/05/2018 et le 28/05/2018.

Juin 2018 I No 1301 I 13


Actualité En bref

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

CE QU’ILS ILS L’ONT DIT ONT DIT « Les tutelles remboursent des médicaments qui relèvent de la tromperie par une sorte de faiblesse. »

« Cela ne change pas un gramme des granules que nous pouvons vendre ou ne pas vendre. » Christian Boiron, président des laboratoires Boiron, à propos de la polémique sur l’efficacité de l’homéopathie. (Source : Le Monde)

Il y a bien un « effet remboursement » sur la vente de gommes EG, prises en charge depuis fin mars dernier. En effet, selon le panel FSPF-IAM, si les ventes prescrites en unités tournaient en moyenne autour de 500 boîtes par mois auparavant, elles ont presque triplé dès le mois d’avril, avec 1 454 boîtes ! De quoi être optimiste pour celles de NicoretteSkin, remboursable depuis fin mai. x

télétransmission

Vers une e-carte Vitale

C’était à l’agenda de l’Assurance maladie : développer une version dématérialisée de la carte Vitale, avec une expérimentation à partir de 2018 et une généralisation dès l’année suivante. Un projet de décret, dont a eu connaissance l’Agence de presse médicale, en précise un peu les contours : « Associée à une obtention des droits en ligne, [l’e-carte] permettra notamment l’usage des feuilles de soins électroniques lorsque l’assuré ne peut présenter sa carte. » Un bon antidote donc au classique oubli de la carte verte. Cette e-carte serait expérimentée pendant 12 mois dans les caisses du Rhône et des Alpes-Maritimes, entre autres, et sera portée par une application mobile. x 14 I No 1301 I Juin 2018

automédication

Les fabricants ripostent La guerre est déclarée entre les fabricants d’OTC et l’Agence du médicament. En jeu, rien moins que l’avenir de l’automédication et la sécurité des patients.

L

Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a jeté un pavé dans la mare avec ses recommandations publiées fin février. Rappelons qu’elles écartent tout simplement à terme les marques ombrelles, quel que soit le statut des produits, et restreignent grandement les possibilités de graphisme sur les packagings. L’Association française de l’industrie pharmaceutique pour une automédication responsable (Afipa), représentant les fabricants d’OTC, ne pouvait évidemment pas laisser passer cela. Des recos qui n’en sont pas Première salve : une requête en référé du lobby des industriels auprès du Conseil d’État pour faire annuler ces deux recommandations. Les sages du Palais-Royal ont rejeté leur demande le 24 mai dernier, arguant notamment d’un manque d’éléments objectifs – comme une perte de chiffre d’affaires – tout en réservant leur décision sur le fond, qui ne sera pas connue avant plusieurs mois. C’est cette décision, qui peut remettre les compteurs à zéro entre l’Agence et les industriels, qu’attend désormais avec impatience l’Afipa. Dans l’intervalle, le 31 mai dernier, les industriels ont contre-attaqué. Pourquoi tant de hâte alors que ces recommandations ne sont même pas rétroactives ? « Certes dans l’esprit, une recommandation n’est pas obligatoire sauf qu’en pratique, elle le deviendra. Si un laboratoire refuse de se mettre en confor-

© FOTOLIA/STUDIOSTOKS

Les gommes EG mettent la gomme

Frédéric Duchesne, directeur de la branche pharmacie des laboratoires Pierre Fabre. (Source : Capital) DR

DR

Vincent Renard, président du Collège national des généralistes, à propos de l’homéopathie. (Source : Le Monde)

tabac

« Vendre un traitement contre le cancer donne une crédibilité supplémentaire à nos crèmes de soin auprès des médecins et des pharmaciens. »

mité, il n’aura jamais l’autorisation de l’ANSM », analyse Daphné Lecomte-Somaggio, déléguée générale de l’Afipa. À l’ANSM, on refuse de rentrer dans la polémique, arguant que tous les dossiers seront examinés « au cas par cas ». Difficile pour les fabricants d’avoir gain de cause, alors ces derniers attaquent la validité scientifique de ces décisions : « L’Agence avance des chiffres de 30 % d’erreurs médicamenteuses en lien avec les conditionnements sans spécifier pour quels types de médicaments, on ne nous a fourni aucun élément factuel », pointent-ils. L’Afipa a dégainé un sondage Viavoice montrant que « un quart de la population identifiera moins bien l’indication des médicaments avec des packs conformes à la recommandation de l’ANSM ». Elle a également produit certains packagings façon nouvelles recommandations (voir notre « Image du mois », p. 13). Une chose est sûre : le débat sur le « paquet neutre » en OTC n’a pas fini d’agiter la pharmacie dans les mois à venir. x


En bref Actualité

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

REPÈRES

7à8

milliards d’euros C’est le montant des actes et prescriptions inutiles qu’il serait possible d’économiser tous les ans, selon Roland Cash, économiste de la santé, qui préconise aussi des déremboursements et baisses de prix. (Source : APMnews)

590

51 % des médecins jugent négativement la généralisation du dossier médical partagé, prévue par l’Assurance maladie pour octobre 2018. (Source : Étude A+A)

4 sur 5

millions d’euros Le plan de lutte contre le tabac annoncé par Agnès Buzyn le 28 mai dernier comprend un fonds de près de 600 millions d’euros sur 5 ans, dont 100 millions seront débloqués dès 2018. (Source : ministère

L’éco-organisme Dastri affirme récupérer 81 % des déchets de soins à risque infectieux (Dasri), le gisement total se montant à 800 tonnes. (Source : rapport d’activité Dastri)

de la Santé).

qualité

vaccination

Les interventions pharmaceutiques (IP) et le dossier pharmaceutiques (DP) sont utiles mais pourraient l’être encore plus ! C’est ce que révèlent les résultats quantitatifs de l’étude Ipadam, après un premier volet qualitatif publié en 2015. Ces chiffres ont fait l’objet d’un article dans les Annales pharmaceutiques françaises fin mai. Après avoir interrogé de nombreux pharmaciens et 49 patients, les auteurs remarquent que, bien qu’elles soient « insuffisamment tracées », les « patients ressentent positivement les IP » et que le DP est « sous-utilisé » dans l’automédication… mais ça, vous le saviez déjà. x

La direction de la santé de la Commission européenne a publié, fin avril, un ensemble de recommandations pour renforcer la vaccination dans les États membres. Parmi les vingt mesures qui ont été élaborées et qu’elle aimerait voir adoptées avant la fin de l’année, on notera l’introduction de la possibilité de se faire vacciner dans des lieux plus divers et plus facilement accessibles au public, ainsi que la volonté de « doter tous les professionnels de santé de la formation nécessaire pour administrer des vaccins ». Voilà de quoi renforcer la position des pharmaciens qui souhaitent être davantage impliqués dans les campagnes vaccinales. x

IP et DP sous-utilisés

L’Europe ratisse large

MACRO / ÉCO

La peau de chagrin des complémentaires Que ce soit les mutuelles, les institutions de prévoyance ou, dans une moindre mesure, les sociétés d’assurance, le constat est le même : leur nombre diminue depuis une vingtaine d’années, au gré des fusions dans le secteur, pour atteindre la taille critique que leur imposent les normes européennes. « Depuis 2001, le nombre d’organismes présents sur le marché français de la complémentaire santé a été divisé par trois. En particulier, le nombre de mutuelles contribuant au fonds CMU a été divisé par quatre depuis cette date », rapporte ainsi la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees).

Évolution du nombre de complémentaires santé entre 2001 et 2016 Mutuelles Institutions de prévoyance

1 800

Sociétés d’assurance

1 600 1 400 1 200 1 000

1 528 1 371

800

1 069

1 015

600

919

849

811

751 656

400 200 0

587

560

512

481

453

411

365

57 117

51 122

50 115

50 109

48 107

46 99

38 93

36 93

35 93

34 92

29 93

29 93

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2011

2012

2013

2014

2015

2016

Champ : organismes ayant versé une contribution ou une taxe au fonds CMU au cours de l’année.

Source : fonds CMU.

Juin 2018 I No 1301 I 15


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