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L’INTERVIEW

« L’usager doit savoir qui est le médecin » Patrick Bouet, Ordre des médecins

Le PHaRMaCIeN w w w. l e p h a r m a c i e n . f r

Faux et usage de faux

Anticancéreux, le prix d’une vie

Bien répondre à l’incontinence urinaire

DÉCRYPTAGE P. 24

ENQUÊTE P. 32

BANC D’ESSAI P. 50

DEFRANCE No 1255 DÉCEMBRE 2013

! INCLVEUZSNOTRE

OU RETR

IAL SPÉC ÈS R CONG

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

EXPÉRIMENTATIONS ! Sur le terrain, les pharmaciens inventent les missions de demain. ENJEUX p. 18

14:12 14:38

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L’Éditorial

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

Braderie sur les tests

Philippe Gaertner

© Miguel Medina

Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France

No 1255 I 55e année I 29/11/13 ISSN 0031-6938 I CPPAP : 0217 T 81323 www.lepharmacien.fr LE PHARMACIEN DE FRANCE 13, rue Ballu, 75311 Paris Cedex 09 Tél. : 01 42 81 15 96 Télécopie : 01 42 81 96 61 DIRECTEUR de la publication : Éric Garnier DIRECTEUR DE LA RÉDACTION : Jocelyne Wittevrongel RÉDACTEUR EN CHEF : Laurent Simon (lsimon@lepharmacien.fr) RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE : Anne-Laure Mercier (almercier@lepharmacien.fr) RÉDACTRICE : Élise Brunet (ebrunet@lepharmacien.fr) secrétaire de rédaction : Joséphine Volat (jvolat@lepharmacien.fr) Ont collaboré à ce numéro : Anaïs Bellan I Claire Grevot I Cédric Ménard I Héloïse Rambert créatioN et réalisation : Rampazzo & Associés www.rampazzo.com - blog.rampazzo.com correction : Francys Gramet IMPRESSION : Lescure Théol 27120 Douains ILLUSTRATIONS : Photos : Miguel Medina Dessins : Martin Vidberg DIRECTEUR commercial ET RESPONSABLE DE LA PUBLICITÉ : Christophe Bentz (cbentz@lepharmacien.fr) Tél. : 01 42 81 56 85 Fax : 01 42 81 96 61 ABONNEMENTS : Tél. : 01 42 81 15 96 L’abonnement d’un an France-Corse : 90 € TTC I Guyane : 86,79 € TTC Guadeloupe, Martinique, Réunion : 88,29 € Étranger : 154 € I Achat au numéro : 12 € TTC I Certificat d’inscription à la Commission paritaire de la presse : no 0217 T 81323 ORGANE D’INFORMATIONS SCIENTIFIQUES ET PROFESSIONNELLES PHARMACEUTIQUES Le Pharmacien de France est édité par la SARL « Le Pharmacien de France ». Siège : 13, rue Ballu, 75311 Paris Cedex 09. Durée 99 ans à compter de 1977 Capital : 93 000 euros I Cogérants : Éric Garnier I Jocelyne Wittevrongel I Date du contrôle OJD : 28/11/2011.

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es tests de grossesse Qui pourra lui proposer une pilule du lendemain, et d’ovulation en si besoin est ? Certainement pas le chef de rayon supermarchés… Les de la grande surface où elle aura acheté le test. pharmaciens ont Si le bénéfice est encore inconnu, le risque est appris au fur et à évident : créer un double circuit de dispensation mesure des années et des libé- et introduire une rupture dans l’égalité aux soins. ralisations de certains produits-frontières Au moment où ce projet de loi Hamon et cet (vitamine­ C…) à reconnaître les agissements en amendement délétère repassent à l’examen de sous-main de la grande distribution. Passée la l’Assemblée nationale, je dis une chose : nous très désagréable surprise d’être traités de ne laisserons pas passer sans nous battre ce « rentiers­ » par Benoît Hamon, ministre délégué moins-disant sanitaire. Le dogme du low cost à l’Économie sociale et solidaire et à la Consom- doit avoir des limites. Et s’il n’en a pas, voilà une mation – alors que ces produits représentent occasion d’en poser : économiser quelques euros moins d’un millième de notre chiffre d’affaires –, par an ne vaut pas la mise en péril du conseil une seule expression résume l’avis des pharma- officinal sur une catégorie de produits où il reste ciens quand ils ont appris la volonté unanime du indispensable. Que dira-t-on dans dix ans, si cet gouvernement d’ébrécher amendement passe tel quel, une fois de plus le mono« Jusqu’où ira quand nous verrons le   pole officinal : hors sujet. nombre de grossesses non le dogme du low Hors sujet, parce qu’on ne désirées augmenter ? Il sera cost ? Nous devons alors trop tard pour revenir peut tout simplement pas traiter un sujet de santé en arrière. poser les limites. » publique dans un projet de Ces limites, la profession loi traitant uniquement de se doit de les rappeler à la pouvoir d’achat, à moins d’accepter également représentation nationale et à notre ministre de que ce sujet puisse être traité dans un texte sur tutelle, qui a malheureusement fait le choix de l’industrie textile… puisque, après tout, qui dit soutenir le passage en grandes surfaces de ces naissance, dit layette. Hors sujet, parce que la produits. Mesdames et Messieurs les députés, multiplication des points de vente n’améliorera votre vigilance sera garante du respect de la pas la prise en charge des femmes : elle la com- santé publique. Au moment où le ministère de plexifiera. Qui préviendra la cliente de super- la Santé prépare une grande loi sur le sujet pour marché qu’un risque de faux négatif n’est pas 2014, un premier message fort vers la profession à écarter avec l’utilisation de ces tests ? Qui lui serait de lui assurer que le conseil officinal a de dira qu’il y a un temps de latence après un rap- la valeur à ses yeux, sauf à y voir un véritable port non protégé avant de pouvoir y recourir ? acharnement à l’encontre de notre profession.

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Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

Actualité

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Santé

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L’INTERVIEW Patrick Bouet : « L’usager doit savoir qui est le médecin »

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décembre 2013 Sommaire

ENQUÊTE Le prix d’une vie

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35 36

PANORAMA CONSEIL À l’origine du syndrome de fatigue chronique FICHE CONSEIL Les solutions anti-fatigue au comptoir INTERNATIONAL Cher Père Noël…

44 46 48

L’ACTU EN BREF LE KIOSQUE ENJEUX Expérimentations ! 40

22

DOSSIERS DE LA FÉDÉ

DÉCRYPTAGE

50

32

37 18

Officine

INVESTISSEMENT Quand les banques gèrent le tiers payant OFFICINE EN BREF PRODUITS SUBSTITUONS ! Montélukast

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BANC D’ESSAI Bien répondre à l’incontinence urinaire

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APERÇU

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CULTURE AUTO-MOTO

56

Faux et usage de faux Encore plus rentable que le trafic d’héroïne ou de fausse monnaie, la contrefaçon de médicaments ne cesse de croître : elle aurait ainsi augmenté de près de 90 % entre 2005 et 2010, pour atteindre 75 milliards de dollars.

24 Alors que la libéralisation de la vente en ligne a ravivé l’intérêt des contrefacteurs pour la France, industriels et pouvoirs publics multiplient les initiatives afin de prévenir toute brèche dans le circuit légal. Avec succès… pour l’instant.

ABONNEZ-VOUS maintenant au Pharmacien de France. Rendez-vous sur www.lepharmacien.fr Ce numéro comporte un supplément « Spécial 66e Congrès » broché. Décembre 2013 I No 1255 I 3

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Actualité En bref

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

« Mesdames et Monsieur les ministres, la Sécurité sociale n’a pas fini avec vous d’être malade. »

La ministre de la Santé Marisol Touraine réagit à une interpellation lors d’une discussion sur la réforme de la Caisse nationale d’assurance vieillesse des professions libérales à l’Assemblée nationale le 12 octobre.

Le député UMP Jean-Pierre Door lors d’une audition à l’Assemblée nationale sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale.

INTERPRO ❙❙Egora.fr rapporte que la commission de simplification des démarches administratives, qui réunit médecins, Assurance maladie et ministère de la Santé, réfléchit à remplacer le certificat médical de non-contreindication à la pratique sportive par un examen préventif. Renouvelé tous les trois ans, il inclurait un électrocardiogramme et serait assorti d’un autoquestionnaire rempli chaque année par le sportif. ❙❙Opposée à la généralisation du tiers payant, la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) propose plutôt « le paiement monétique avec débit différé santé » : les banques développeraient un système de carte bancaire à débit différé le temps que les patients soient remboursés de leurs frais de santé. ❙❙L’Union nationale des professionnels de santé (UNPS) réclame la réouverture des négociations sur l’accordcadre interprofessionnel (Acip). Elle considère que « le temps des expérimentations est dépassé, qu’il faut mettre en place dans le cadre conventionnel interprofessionnel des moyens pérennes […]. Il y a urgence à entamer ces négociations. » Sera-t-elle entendue dans le cadre de la prochaine stratégie nationale de santé ? ❙❙La table ronde ministérielle, promise à l’issue de la manifestation des sagesfemmes du 7 novembre, a débouché sur le lancement de quatre groupes de travail, portant notamment sur leur reconnaissance statutaire et leur place dans la stratégie nationale de santé. Les premières recommandations doivent être rendues avant la fin de l’année.

© Miguel Medina

« Je crois que c’est la première fois de ma vie que je suis présentée comme une dictatrice rouge nord-coréenne. »

DR

© Miguel Medina

ils l’ont dit « La réglementation ne nous permet pas de faire entrer une souris au sein de la commission ! Je suis dépité de cette situation. » Gilles Bouvenot, président de la commission de transparence de la Haute Autorité de santé, a regretté l’absence de représentants des patients lors d’un débat du journal Les Échos.

ehpad

Esquisses du rapport Verger Le rapport Verger prône le développement du pharmacien référent.

S

i son rapport n’est toujours pas rendu public à l’heure où nous imprimons ces lignes, Philippe Verger commence néanmoins à sortir de sa réserve et à livrer quelques-unes de ses propositions pour améliorer la prise en charge médicamenteuse en établissement hébergeant des personnes âgées dépendantes

(Ehpad). Le 19 novembre, à Paris, lors des 11es Assises nationales du médecin coordonnateur, le directeur adjoint du Centre hospitalier universitaire de Limoges a indiqué que la liste préférentielle de médicaments adaptés à la personne âgée, qui visait à prévenir le risque iatrogénique, ne permet pas finalement « d’éviter les interactions médicamenteuses ». De fait, il propose de définir une méthode d’élaboration, « mais certainement pas une liste au

niveau national ». Il appelle par ailleurs à ce que le pharmacien référent, dont la présence est plébiscitée par l’ensemble des acteurs, ait un véritable statut. Son rapport doit en tout cas inspirer le plan médicament annoncé par Michèle Delaunay en ouverture de ces assises. La ministre déléguée aux Personnes âgées n’a pour l’instant pas davantage détaillé ce qui ferait partie de sa future loi sur l’adaptation de la société au vieillissement. ❙

affichage

recyclage

La disparition programmée de la vignette sur les boîtes de médicaments, prévue pour le 1er juillet 2014, doit se préparer. Comment, en particulier, assurer l’obligation d’affichage des prix et des prises en charge des spécialités pharmaceutiques dans les officines ? À la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, actuellement en négociation avec les pharmaciens, on a une petite idée : éditer un catalogue à disposition du public. Mais de quelle façon ? Un poste ou une tablette numérique dédiés ? L’impression mensuelle d’un listing exhaustif ? La vignette avait le mérite de la simplicité. ❙

Apparues en 2009 dans les officines, les bornes de recyclage exploitées par les laboratoires Sandoz vivent certainement leurs dernières semaines. La mise en place de la filière de recyclage de l’éco-organisme Dastri, bien que très en retard puisqu’elle devait être effective dès le 30 septembre dernier, les rend non compatibles au nouveau cahier des charges. Si Sandoz veut s’y conformer, ces bornes devront donc disparaître. Pour les maintenir en l’état, une seule solution pour le laboratoire : créer son propre éco-organisme, équivalent à Dastri. Une solution beaucoup trop complexe pour être envisagée à court terme. ❙

Irremplaçables vignettes

Fin annoncée pour les bornes Sandoz

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En bref Actualité

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REPÈRES

– 10 % 1 151 C’est la diminution des ventes en volumes de statines depuis les six derniers mois sur le marché français. Un chiffre que certains industriels relient à la sortie du livre de Philippe Even et Bernard Debré La Vérité sur le cholestérol (éd. ChercheMidi) en février dernier.

460 000 adhérents

millions d’euros Le budget prévisionnel des Agences régionales de santé pour l’année 2013 est en baisse. La moins dotée est la Guyane (14 millions d’euros). La mieux pourvue, sans surprise, est celle d’Île-de-France, avec environ 150 millions d’euros.

La Caisse nationale d’assurance maladie s’autofélicite du succès de Sophia, son service de télésuivi des patients diabétiques, soit près d’un patient concerné sur quatre.

(Source : Cnam)

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gigaoctets C’est la taille d’un dossier électronique de soumission d’une autorisation de mise sur le marché, il peut compter jusqu’à 100 000 pages.

(Source : Les Cahiers de l’Ordre national des pharmaciens)

L’IMAGE DUMOIS

Commerce parallèle L’émission Pièces à conviction, diffusée le 13 novembre dernier et portant sur le scandale du prix des médicaments, aura au moins eu le mérite de lever un pan du voile sur une profession peu connue du grand public : les importateurs parallèles. On y voit notamment les dirigeants d’une société italienne procéder au reconditionnement de boîtes de Plavix.

LAQUESTIONDUMOIS

« L’opération transparence sur les remises génériques va-t-elle dans le bon sens ? » Les réponses sont partagées. À situation complexe, réponse complexe… La volonté du gouvernement de faire la transparence sur les 700 millions d’euros de remises sur les génériques sera-t-elle traduite dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2014 ? Du côté des pharmaciens, la proposition de négocier périodiquement

avec le gouvernement le montant autorisé des remises entre 0 et 50 % rencontre l’approbation de près de 40 % d’entre vous. Un tiers sont pour ne rien changer du tout et un quart pour la solution la plus radicale : la libéralisation des remises. Une solution pour l’instant écartée… Quant à leur abandon pur et simple, aucun ne s’y risquerait.

4% NSP

38 %

Oui (négociation du montant des remises dans la limite de 50 % du PFHT).

0%

Non, il faut abolir les remises préférentielles sur les génériques.

33 % 25 %

Non, il faut maintenir le taux actuel de 17 %.

Non, il faut libéraliser les remises. Étude réalisée par le département Gestion de Call Center de Celtipharm, sur un échantillon représentatif stratifié de 400 officines françaises sélectionnées dans sa base de données (étude administrée entre le 15/11/2013 et le 19/11/2013).

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Actualité Enjeux

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Déjà quatre ans que la loi HPST a été votée. Parmi les dispositions prévues : la possibilité d’expérimenter des nouvelles missions en régions avant de les généraliser… si possible. Revue des obstacles rencontrés et des espoirs suscités. par Laurent Simon

EXPÉRIMENTATIONS ! Et si les pharmaciens étaient rémunérés pour prendre la tension ? Et s’ils étaient chargés de la détection des angines virales ? Depuis

la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST), les désormais fameuses « nouvelles missions » de la profession ont leurs laboratoires : les Agences régionales de santé (ARS) et les Unions régionales des professionnels de santé (URPS). La donne était claire dès le départ : les expérimentations mises en place localement serviraient de rampes de lancement à une généralisation au « Cela ne marche pas niveau national. Quatre ans après le parce que la tête est vote de la loi et trois ans après la mise en place des URPS, une impresséparée des bras. » sion domine : les choses avancent… Olivier Mariotte, Nile Consulting lentement. Dans un pays ultracentralisé tel que le nôtre, les mauvaises habitudes sont parfois difficiles à perdre. Surtout quand tous les acteurs ne voient pas d’un bon œil l’autonomie prise par certaines ARS, y compris au sein des plus hautes instances. Guerres intestines « Quatre ans, ce n’est pas beaucoup pour changer le système », relève Olivier Mariotte, président de Nile Consulting, qui rappelle « la guerre suscitée par la loi HPST et la manière dont la loi réorganisait le système de santé ». Dans les faits, le partage des pouvoirs au niveau local se joue parfois au couteau et reproduit la séparation au sommet de l’État entre la direction de la Sécurité sociale, dépendant du ministère de la Santé, et l’Assurance maladie, une entité dotée de son propre budget. Dans les expérimentations, « les caisses primaires d’assurance maladie (CPAM) sont souvent hors-jeu, analyse Alain Guilleminot, président de la commission URPS

à la FSPF, parce que les financements se font grâce au Fonds d’intervention régional (FIR), sur signature du directeur d’ARS ». Ce fameux FIR est la manne dans laquelle piochent les Agences pour financer les initiatives : 1 milliard d’euros pour l’année 2013, avec un coup de pouce de 1 % prévu dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2014, soit 10 millions d’euros de rab. Financements cruciaux Trop peu, à entendre les professionnels du secteur. « Cela ne marche pas pour une raison toute simple : la tête et les bras sont séparés, regrette Olivier Mariotte. La rémunération des professionnels est entre les mains des CPAM, qui ne dépendent que de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam). De l’autre côté, tout ce qui concerne l’efficience du système de santé est entre les mains des ARS. Quelque chose ne fonctionne pas parce qu’il y a un problème de lien entre les deux. Là où les ARS ont seules la main, comme dans l’hospitalier, les choses vont plus vite. » Et de citer le récent échec de la convention passée entre ophtalmologistes et orthoptistes mise en place par le dynamique Daniel Lenoir, directeur général de l’ARS Nord-Pas-de-Calais, et rendue caduque en l’absence de validation des services de l’Assurance maladie. Malgré ces obstacles, les expérimentations se multiplient sur le terrain, souvent directement financées par les professionnels eux-mêmes au travers des URPS, même si leurs initiatives essuient encore quelques plâtres : fin octobre, les URPS de podologues n’avaient reçu que 25 % de leur dotation, a dénoncé le Centre national des professions libérales de santé. Côté pharmaciens, les budgets n’ont été complétés

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Enjeux Actualité

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que récemment malgré des amputations de 20 à 30 % dans certaines régions, comme en Haute- et Basse-Normandie ou en Poitou-Charentes. « Nous avons obtenu un financement classique sur le FIR que l’ARS nous a octroyé jusqu’à 2015, détaille Christophe Wilcke, président de l’URPS pharmaciens de la région Lorraine [voir encadré ci-contre]. Ces financements permettent uniquement de payer les confrères qui participent à l’expérimentation. Au niveau de l’organisation des réunions de formation ou du suivi et du secrétariat, c’est l’URPS qui finance à hauteur de 5 000 euros. » Pour passer à la vitesse supérieure, les URPS pharmaciens doivent aussi changer d’échelle : « Il faut apprendre à fonctionner comme les médecins, qui ont dix ans d’expérience de plus grâce aux URML [les Unions régionales des médecins libéraux, structures qui ont préfiguré les URPS, NDLR] et possèdent des structures avec des permanents et des chargés de mission », analyse Alain Guilleminot. De fait, un tiers des URPS où la FSPF est majoritaire n’ont pas encore de salarié, secrétaire ou chargé de mission. Le mot financement revient ainsi souvent dans la bouche des expérimentateurs. Il est pourtant un acteur vers qui tous les regards se tournent dès qu’il s’agit d’argent : l’industrie pharmaceutique. Mais sa présence en régions, III

Petit catalogue des mini-nouvelles missions

❙❙SIOUX* (Lorraine) * Suivi intégré de l’ostéoporose par URPS-X Thème : suivi de l’ostéoporose. Effectif : 120 patients maximum (37 à septembre 2013). L’étude s’effectue au sein du centre hospitalier de Metz-Thionville. Objectif : améliorer l’observance des traitements, quantifier l’importance des fractures. Méthode : 2 entretiens par an pendant 3 ans, 1 réunion de synthèse. Rémunération : 20 euros par entretien et 120 euros par réunion. ❙❙AUTOMESURE TENSIONNELLE (Bretagne) Thème : dépistage de l’hypertension. Effectif : 23 pharmacies, 70 médecins et 962 patients. Objectif : apprendre au patient à prendre correctement sa tension.

Méthode : 2 entretiens pharmaceutiques (explication, suivi, recueil des mesures) sur prescription médicale. Rémunération : 46 euros par patient.

❙❙IATROGÉNIE (Basse-Normandie) Thème : circuit du médicament en Ehpad. Effectif : 500 patients, 100 pharmaciens. Objectif : amélioration de l’observance médicamenteuse chez le sujet âgé en risque de dépendance par recours à la préparation des doses à administrer. Méthode : préparation des semainiers de médicaments. Rémunération : 7 euros par semaine/patient. ❙❙ANGINE (Midi-Pyrénées) Thème : dépistage des angines bactériennes ou virales. Effectif : environ

30 pharmacies de novembre 2013 au 1er trimestre 2014. Objectif : diminuer la consommation d’antibiotiques. Méthode : réalisation du test à l’officine, questionnaire au moment du test, questionnaire de suivi (antibiotiques…). Rémunération : 10 euros pour chaque test réalisé.

❙❙MARIE* (Centre) * Médicaments à adapter à la fonction rénale et iatrogénie évitable Thème : insuffisance rénale chez les patients diabétiques ou à risque cardio-vasculaire. Effectif : 700 patients sélectionnés, 150 insuffisances rénales détectées. Objectif : améliorer la coordination villehôpital, détecter les insuffisants rénaux. Méthode : analyse de l’historique médicamenteux. Rémunération : inconnue.

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Actualité Enjeux [Expérimentations !]

NOTABENE En septembre, le gouvernement a annoncé la prolongation et l’extension des expérimentations de nouveaux modes de rémunération (ENMR) des soins de ville à 150 nouvelles structures en 2014.

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

encore très timide car peu structurée, est récemment [il y a quelques semaines, NDLR] autant espérée par certains que redoutée par que nous avons eu des contacts avec les indusd’autres. Les partenariats public-privé, qui triels, en l’occurrence Pierre Fabre et BMS-Upsa, existent par exemple dans la recherche, ont-ils détaille Michel Siffre, secrétaire général de leur place dans le système de santé ? Les indus- l’URPS pharmaciens de Provence-Alpes-Côte triels eux-mêmes n’en sont pas convaincus : d’Azur. Pierre Fabre a d’ailleurs créé un poste « Les laboratoires pharmaceutiques restent avant spécifiquement pour traiter avec les professionnels tout des acteurs du médicament et n’ont guère de santé en régions. » Malgré ces réticences, de légitimité en tant qu’acteurs de santé publique. certains professionnels de santé sautent le pas : Le mélange des genres n’est jamais satisfaisant « Novo Nordisk nous a aidés à financer, entre et les partenariats qui consisteraient à venir autres, toutes les soirées et nous donnent un s’immiscer dans les politiques de santé publique budget de 25 000 euros, témoigne Hélène Requi, ne sont pas souhaitables […]. La porte d’entrée créatrice du Cercle des pharmaciens de proxipour opérer un changement culturel ne se trouve mité des Yvelines. Nous avons choisi Novo parce pas au niveau régional mais au niveau national », qu’ils sont leaders. D’autres étaient intéressés déclarait ainsi le Dr Patrick Errard, directeur mais nous avons décidé de ne pas mettre en place général d’Astellas France, dans le cadre d’une de concurrence entre industriels. » étude des Échos sur le sujet en Parmi toutes les expérimentations juin 2013. Patrick Errard est « La porte passées ou à venir, peu survientre-temps devenu président d’entrée n’est vront : « Quand on prépare une du Leem, le syndicat de tous expérimentation, il faut prévoir son les industriels du médicament pas au niveau extension. Or, souvent, on ne pense en France. De fait, la politique régional. » qu’à la première étape. Ceci étant, des industriels en régions n’est nous avons des contre-exemples, absolument pas structurée et Patrick Errard, Astellas France comme en Bretagne où le financeleur intérêt pour les acteurs ment d’une expérimentation sur la régionaux plutôt récent. Les laboratoires savent prise de tension artérielle a été reconduit par qu’ils marchent en terrain miné : pour preuve, l’ARS », témoigne Alain Guilleminot. « Dès lors la Fédération nationale des infirmiers (FNI) a que l’on veut pérenniser, cela doit passer par la récemment dénoncé l’implication du laboratoire Cnam, analyse Michel Siffres. Un exemple : les Bayer, à hauteur de 110 000 euros, dans le réseaux de soins ont été financés pendant des financement d’un poste d’infirmier commun à années par les directions régionales et départetrois maisons de santé dans l’Aude… en contre- mentales des affaires sanitaires et sociales… mais partie d’un accès aux données de santé anony- les ARS ne les financent plus. » La consécration misées des patients. «  Ce n’est que très viendra de la pérennisation. x III


Testez la différence ! L’INTERVIEW Un entretien sans concession

DÉCRYPTAGE Le dossier du mois, où santé rime avec société ÉCO&VOUS Le panorama économique du mois

L’ACTU EN BREF Six pages d’infos à chaud BANC D’ESSAI Toutes les clés pour bien référencer

 Tous les mois plus d’informations, plus d’analyses, plus de réactions

 L’HEBDO du Pharmacien de France Chaque semaine, un condensé de l’actualité par mail. Pour vous abonner ou joindre la rédaction, une seule adresse : contact@lepharmacien.fr

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Pharmacien de France n°1255 (aperçu)