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L’interview

« Notre diplôme est sous-exploité » Philippe Gaertner, FSPF

Le PHaRMaCIeN

La biologie au crash test

Le vaccin est-il grippé ?

Externalisation toute !

décryptage p. 28

enquête p. 34

investissement p. 48

w w w. l e p h a r m a c i e n . f r

DEFRANCE N o 1 2 4 9 av r i l 2 0 1 3

ITÉ, L I B A , TRAÇ CONCURRENCE AÇON, F CONTRE ONS, NÉGOCIATI

e m g i n é ’ L courtier ier t é m veau bution u o n ce tri e s i d d n a l o ati ns La cré trouble da e jette l aceutique. pharm


L’Éditorial

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

Ce mandat sera le vôtre

Jocelyne Wittevrongel

© Miguel Medina

Vice-présidente de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France

No 1249 I 55e année I 09/04/13 ISSN 0031-6938 I CPPAP : 0217 T 81323 www.lepharmacien.fr LE PHARMACIEN DE FRANCE 13, rue Ballu, 75311 Paris Cedex 09 Tél. : 01 42 81 15 96 Télécopie : 01 42 81 96 61 DIRECTEUR de la publication : Éric Garnier DIRECTEUR DE LA RÉDACTION : Jocelyne Wittevrongel RÉDACTEUR EN CHEF : Laurent Simon (lsimon@lepharmacien.fr) RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE : Anne-Laure Mercier (almercier@lepharmacien.fr) secrétaire de rédaction : Joséphine Volat (jvolat@lepharmacien.fr) Ont collaboré à ce numéro : Anaïs Bellan I François Silvan I Claire Grevot création et réalisation : Rampazzo & Associés www.rampazzo.com - blog.rampazzo.com correction : Francys Gramet IMPRESSION : Lescure Théol 27120 Douains ILLUSTRATIONS : Photos : Miguel Medina Dessins : Martin Vidberg DIRECTEUR commercial ET RESPONSABLE DE LA PUBLICITÉ : Christophe Bentz (cbentz@lepharmacien. fr). Tél. : 01 42 81 56 85 Fax : 01 42 81 96 61

L

a défense profes- pour la replacer sur le devant de la scène médiasionnelle, c’est tique et syndicale. C’est l’objectif que nous nous souvent compli- sommes donné dans ce nouveau bureau natioqué dans la forme. nal. Il ne s’agit évidemment pas de faire du Mais, sur le fond, « buzz » – pour employer un mot à la mode – pour les choses sont le simple plaisir de faire parler de la FSPF, mais claires pour nous. Elles tiennent en trois points, l’expression d’une volonté simple : revenir à vos que nous mettons en avant incessamment depuis côtés pour vous servir à la fois dans votre exerdes années et que je me permets de vous rap- cice quotidien mais aussi pour guider votre peler : la pharmacie française se définit par le avenir professionnel. monopole de dispensation des médicaments, Je ne finirai pas cet éditorial sans vous parler du l’indivisibilité de la propriété de l’officine et de Pharmacien de France. Votre magazine a entamé son exploitation et la répartition démogéogra- une mue, il y a maintenant déjà plus de deux ans, phique, garante de la proximité. C’est finalement saluée par nombre d’entre vous et même par ses simple et sans ambiguïtés pour tous les phar- pairs, puisque le journal a été primé à deux maciens et c’est le credo de la FSPF depuis sa reprises en étant lauréat pour la France du Prix création. européen du journalisme et gagnant du prix La force des propositions de votre syndicat, qui Varenne. Une consécration que nous devons au est et reste sans conteste l’organisation majori- soin que nous prenons à produire un magazine taire de la pharmacie d’offid’informations engagé qui est cine, ne faiblira pas : la « Des nouveautés en train de devenir une réfé  défense de la proximité est rence du secteur. Des nouvous attendent une idée qui ne passe pas de veautés vous attendent pour pour 2014. » mode. Mais une évidence l’année prochaine, notams’impose à nous au sein du ment concernant L’Hebdo du bureau national, après cette période électorale Pharmacien, que nous travaillons en ce moment qui a vu la réélection de Philippe Gaertner pour même à rendre plus réactif et plus actuel. Mais un troisième mandat : il nous faut développer ce n’est pas tout : l’année 2013 est l’année de la notre faire-savoir, en plus de notre savoir-faire, formation, avec l’avènement du développement auprès de vous syndiqués et/ou abonnés au professionnel continu. Le Pharmacien de France Pharmacien de France. Pour cela, une seule ne vous laissera pas seul face à cette grande possibilité : réinventer de fond en comble la réforme de la profession. Rendez-vous dans politique de communication de notre maison quelques mois pour une jolie surprise.

ABONNEMENTS : Tél. : 01 42 81 15 96 L’abonnement d’un an France-Corse : 90 € TTC I Guyane : 89,08 € TTC Guadeloupe, Martinique, Réunion : 89,08 € Étranger : 154 € I Achat au numéro : 12 € TTC I Certificat d’inscription à la Commission paritaire de la presse : no 0212 T 81323 ORGANE D’INFORMATIONS SCIENTIFIQUES ET PROFESSIONNELLES PHARMACEUTIQUES Le Pharmacien de France est édité par la SARL « Le Pharmacien de France ». Siège : 13, rue Ballu, 75311 Paris Cedex 09. Durée 99 ans à compter de 1977 Capital : 93 000 euros I Cogérants : Éric Garnier I Jocelyne Wittevrongel I Date du contrôle OJD : 28/11/2011.

Avril 2013 I No 1249 I 1


avril 2013 Sommaire

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

Actualité

20

4

10 12 18

Santé

34

L’INTERVIEW  hilippe Gaertner : P « Notre diplôme est sous-exploité » DOSSIERS DE LA FÉDÉ L’actu en bref Le kiosque

20  enjeux L’énigme courtier

décryptage

34

Officine

64

ENQUÊTE Le vaccin est-il grippé ?

36 Panorama 40 conseil Prozac à quatre pattes 41 fiche conseil Délivrer des vermifuges 45 polémique Tempête sous granules 46 International Les dictons ont parfois du bon

48 investissement Externalisation toute ! 50 officine En bref 55 Informatique Le DP sans difficultés 56 Produits 60 SUBSTITUONS ! Nébivolol 64 BANC D’ESSAI Tout pour fixer le sourire 66 Aperçu

70 72

culture auto-moto

La biologie au crash test  Pression sur les prix de la part des pouvoirs publics, obligation de se faire accréditer et d’investir techniquement, gourmandise financière : en trois ans, ce cocktail explosif a fait évoluer la biologie d’un exercice libéral vers de grosses

28 PME territoriales… et des chaînes. La France est ainsi passée d’environ 4 000 laboratoires de biologie médicale en 2010 à 800 grands laboratoires multisites à fin 2013 selon les chiffres du Syndicat des biologistes libéraux. Une mutation sans précédent.

ABONNEZ-VOUS maintenant au Pharmacien de France. Rendez-vous sur www.lepharmacien.fr Ce numéro comporte un bulletin d’abonnement encarté « Testez la différence », un dépliant encarté « Guide d’accompagnement des patients sous AVK » comprenant six « Fiches d’accompagnement des patients sous AVK », trois dépliants CVAO d’accompagnement des patients sous AVK et un feuillet « Agenda des pharmaciens ». Avril 2013 I No 1249 I 3


Actualité En bref

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

Jean-Marie Vailloud, cardiologue auteur du blog Grange blanche.

INTERPRO ❙❙Le Syndicat des biologistes (SDB) organise des actions courant avril. Outre la diffusion de flyers ou d’affiches, les laboratoires sont appelés à fermer au public tous les après-midis de la semaine à compter du mardi 2 avril. « Le mouvement est reconductible », précise le SDB, qui entend protester contre la « septième année consécutive » de baisses des tarifs par la Caisse nationale d’assurance maladie. ❙❙Les infirmiers, par la voix de la Fédération nationale des infirmiers, dévoilent les « dessous inavoués » du Pacte territoire santé dans un position paper destiné à dénoncer notamment « une stratégie parfaitement orchestrée qui vise à réorganiser profondément le système de santé, à le faire glisser d’un système libéral vers un système de structures ambulatoires […] salariant les professionnels de santé ». À consulter sur www.fni.fr. ❙❙La réforme des études de masso-kinésithérapie est de nouveau repoussée d’un an, à septembre 2014. C’est déjà le deuxième report de cette réforme décidé à la suite d’une rencontre entre les représentants de la profession et les deux ministères compétents le 21 mars dernier, après une manifestation de la profession. ❙❙Les sages-femmes seront dorénavant diplômées d’un master. Un arrêté paru le 28 mars au Journal officiel entérine cette avancée pour la profession. Principal changement, l’introduction de parcours personnalisés permettant notamment aux étudiants de faire de la recherche ou d’élargir leurs compétences au-delà de la maïeutique.

12 I No 1249 I Avril 2013

« Les prescripteurs […] doivent prendre conscience que la liberté de prescrire a pour corollaire la liberté de ne pas prescrire. » Marisol Touraine, ministre de la Santé, lors du débat sur la sécurité sanitaire organisé le 26 février à l’Assemblée nationale.

« La traçabilité des médicaments n’est pas meilleure que celle des lasagnes de Findus. […] Personne ne peut me dire où [les anticancéreux] ont été fabriqués. » Nicole Delépine, cancérologue, interviewée dans VSD.

DR

DR

« Les instances représentatives de nos sociétés savantes reçoivent des subsides de l’industrie. Rien n’a changé depuis le Mediator. »

© miguel medina

ils l’ont dit

justice

La MTRL refait parler d’elle Presque six ans après les faits, la « consultation pharmaceutique » se retrouve à nouveau devant les tribunaux.

V

ous vous souvenez des « consultations pharmaceutiques » ? Cette initiative, lancée par la MTRLUne mutuelle pour tous en 2007, promettait une rémunération de 21 euros aux pharmaciens qui effectueraient un bilan personnalisé (hygiène de vie,

nutrition, prévention…) avec mise en place d’un « plan de soins pharmaceutiques  » (homéopathie, phytothérapie…) auprès des affiliés de ladite mutuelle. Le dispositif s’était attiré la colère des médecins, en particulier du Conseil national de l’Ordre (Cnom), qui y voyait une publicité trompeuse pour les patients. Le Cnom n’en est pas resté là puisqu’il a déposé une plainte en 2009 à l’encontre des syndicats de pharmaciens signataires du

protocole pour « exercice illégal de la médecine ». Le terme « consultation » et le tarif identique à celui d’une « vraie » consultation médicale avaient logiquement fait sortir les griffes des sages. Après presque quatre ans de procédure, les syndicats de pharmaciens ont été notifiés d’un non-lieu pour ces chefs d’accusation. Non-lieu aujourd’hui assorti d’un appel de la décision de la part du Cnom, qui a décidément de la suite dans les idées. ❙

europe

convention

Bruxelles révise actuellement la directive sur le tabac, qui date de 2001. La Commission européenne entend notamment harmoniser les avertissements sanitaires sur les paquets et interdire les arômes dans les cigarettes, le tabac à rouler, etc. Elle souhaite également soumettre à une autorisation de mise sur le marché tous les produits « autres que le tabac » contenant plus de 2 mg de nicotine par unité ou présentant une concentration en nicotine de plus de 4 mg/ml. Voilà qui fixerait le sort des cigarettes électroniques. Mais cela signifiera-t-il que certains substituts nicotiniques comme les gommes dosées à 2 mg finiront en supermarché ? ❙

« C’est une vieille idée », rappelle François Martial, président de la commission Protection sociale de la FSPF. Dans l’avenant conventionnel organisant la dématérialisation du paiement des gardes, en cours de discussion, la Caisse nationale d’assurance maladie propose d’insérer « une liste prévisionnelle des pharmaciens de garde élaborée par les syndicats pour publication auprès des assurés sur Ameli.fr » environ quinze jours avant. Une idée « inacceptable en termes d’organisation des soins », estime le syndicat, qui a voté contre lors de son assemblée générale du 27 mars et le fera savoir en commission paritaire nationale le 9 avril. ❙

Une AMM selon La Cnam veut les le taux de nicotine gardes sur Ameli.fr


En bref Actualité

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

REPÈRES

3 700

75 %

92 %

+ 20,6 %

C’est la somme dont un médecin libéral va disposer pour se former par le système du développement professionnel continu durant 2013. Le budget total des médecins s’élève à 83,2 millions d’euros.

C’est la proportion de médecins qui prescrivent hors AMM, selon un sondage mené sur le site du Journal international de médecine. Les 429 répondants ont été 37 % à déclarer prescrire « souvent » hors AMM, tandis que 41 % ont indiqué le faire « rarement ».

des Français qui prennent un traitement estiment que celui-ci est efficace. Ce sondage commandité par le Leem (Les Entreprises du médicament) se veut rassurant. Malgré les polémiques, 87 % des répondants clament ainsi leur confiance dans le médicament.

Les bénéfices d’Orpea, leader des groupes privés de maisons de retraite en France, explosent pour 2012. Il en va de même pour Korian (+15,8 %) et Medica (+11,7 %). Voilà au moins un secteur qui ne connaît pas la crise.

euros

L’IMAGE DUMOIS

Battle de com’ Le mois de mars 2013 restera comme le plus chargé en campagnes de communication professionnelle depuis de nombreuses années. Syndicats, groupements ou Ordre, beaucoup y sont allés de leurs vidéos ou affiches pour répondre à la publicité d’É. Leclerc. Les patients ont-ils été convaincus par cette déferlante de com’ ? À vous de juger.

laquestiondumois

« Votre officine possède-t-elle un site Internet ? » Posséder un site pour sa pharmacie est encore une démarche de pionnier. Pour le moment, 21 % d’entre vous en possèdent déjà un, qu’il soit un site uniquement « vitrine » avec des renseignements sur la pharmacie (15 %) ou réellement un site de vente (6 %). 10 % du panel interrogé s’avèrent également intéressés par la création prochaine de sites vitrine (6 %) ou de vente

(4 %). La grande majorité est constituée de réticents qui se déclarent opposés à toute démarche sur le Web. Un conseil pour les autres : attendre la sortie des bonnes pratiques de vente en ligne, édictées par le ministère de la Santé en concertation avec la profession. Ce document crucial pour le développement de sites de vente est prévu pour la première quinzaine d’avril.

6 %

Oui, ma pharmacie a un site de vente

15 %

Oui, mais uniquement un site vitrine (horaires, dépôt d’ordonnances, fiches conseil…)

6 %

Non, mais je compte développer un site vitrine

69 %

Non, je ne compte pas développer de site

4 %

Non, mais je compte développer un site de vente

Étude réalisée par le département Gestion de Call Center de Celtipharm, sur un échantillon représentatif stratifié de 400 officines françaises sélectionnées dans sa base de données (étude administrée entre le 21/03/2013 et le 26/03/2013).

Avril 2013 I No 1249 I 13


Actualité Enjeux

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

La naissance des courtiers en médicaments a surpris tout le monde : pharmaciens, industriels­, répartiteurs… Dans un paysage de la distribution pharmaceutique déjà très complexe­, cette nouvelle donne jette le trouble.  Par Laurent Simon

L’énigme courtier Comme toutes les enquêtes, celle-ci démarre par un indice : une phrase sibylline insérée dans la loi de financement de la Sécurité sociale votée en décembre 2011 : « Le gouver-

nement est autorisé à prendre par ordonnance, dans un délai de douze mois à compter de la promulgation de la présente loi, les mesures […] qui ont pour objet de transposer la directive 2011/62/UE. » Décembre 2011-décembre 2012 : un an et une élection présidentielle plus tard, le gouvernement décide d’appliquer en droit français cette directive, aussi connue sous le nom de « médicaments falsi­ fiés », dans une ordonnance « Je suis au courant parue le 19 décembre dernier au Journal officiel. Ordonnance depuis trois ans, qu’ont qui a fait grand bruit, puis­ fait nos instances ? » qu’elle autorisait en France la Alain Roudergue, Astera vente de médicaments OTC sur Internet (voir « Flou sur le Net », Le Pharmacien de France, no 1245), sans autre forme de procès. Focalisée sur la polémique générée par l’irruption de sites dans un paysage uniquement constitué d’officines de brique et de mortier, l’opinion publique a raté une autre disposition de ce texte. Ni vu, ni connu Celle instaurant les courtiers a pourtant tout d’un tournant majeur dans le monde juridiquement très corseté qui entoure le médicament. Pensez un peu : le texte crée un nouveau métier, inédit en France, destiné à « intervenir lors de la vente ou de l’achat de médicaments sans vendre ou acheter ces médicaments eux-mêmes et sans détenir ou manipuler physiquement les médicaments ». En d’autres termes, une brèche dans le monopole pharmaceutique, qui lie tous les acteurs de la chaîne de distribution des produits de santé, des industriels aux grossistes-réparti­ teurs, les récentes centrales d’achat pharmaceu­ 20 I No 1249 I Avril 2013

tiques créées par la loi Bachelot ou tout simplement… les pharmaciens d’officine. « Il s’agit clairement d’une disposition importante, puisqu’elle introduit une tierce personne hors monopole pharmaceutique. L’Europe raisonne par principe sur le médicament comme sur les autres marchandises. Il s’agit dans ce cas-là d’un produit comme un autre », commente l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui est chargée d’encadrer les courtiers en devenir pour les contraindre à se soumettre aux quelques obligations réglementaires qui entourent le métier : les courtiers ne seront pas soumis à un régime d’autorisation mais à une simple décla­ ration auprès de l’ANSM. « Le gouvernement doit être bien embarrassé avec cela. Se contenter d’une simple déclaration d’installation ruine les efforts collectifs faits sur la traça­bilité », déplore Jean-Luc Delmas, membre de l’Académie de pharmacie et spécialiste de la distribution. Garde-fous de rigueur Un avis qui n’est pas partagé par tout le monde : obliger à une déclaration implique aussi que tous les opérateurs doivent désormais jouer cartes sur table. Encore un paradoxe : en ouvrant le négoce de médicaments à des nonpharmaciens, la mesure obligerait en réalité des opérateurs masqués à se révéler au grand jour (voir page ci-contre « 3 questions à… Guillaume Perruchot »). À la différence des tristement célèbres traders en viande de cheval, les cour­ tiers en médicaments ne seront pas lâchés dans la nature sans contrôle : une autre directive européenne, celle sur les bonnes pratiques de distribution, prévoit quelques garde-fous, notamment que « le système de qualité d’un courtier sera défini par écrit, approuvé et tenu à jour. [Il] comprendra un plan d’urgence qui garantira la mise en œuvre effective de toute action de retrait du marché ordonnée par les autorités


Enjeux Actualité

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

« Le gouvernement doit être bien embarrassé. Cela ruine les efforts collectifs faits sur la traçabilité. » Jean-Luc Delmas, Académie de pharmacie

Obligations limitées Le courtier est également tenu de signaler toute falsification ou suspicion de falsification aux autorités et de vérifier que tous les produits qu’il « trade » sont dotés d’une autorisation de mise sur le marché. En cas de manquement, l’Agence peut suspendre son activité. Aucun indice, en revanche, sur la manière de procéder à ces véri­ fications alors que ces personnes travailleront par définition uniquement sur listings. Difficile de vérifier la présence d’un sceau d’inviolabilité ou d’un code Datamatrix à distance… Ce n’est pas la moindre des contradictions de ce nouveau métier que de pouvoir non seulement négocier des médicaments de toute sorte, OTC mais aussi spécialités remboursables. Moins de contrôles, plus de pouvoir… La grande machine européenne a-t-elle encore frappé sans même regarder où portaient ses coups de boutoir légis­ latifs ? Voire. L’application de la directive médi­ caments falsifiés était prévisible et même prévue depuis longtemps : « Je suis au courant depuis trois ans, commente Alain Roudergues, secré­ taire général de la coopérative Astera. Qu’ont fait nos instances ? Le projet de directive a III

3questionsÀ…

Guillaume Perruchot directeur général de Pharmalab

D’où viennent les courtiers exactement ? Cette notion de courtier est issue d’une directive européenne destinée à lutter contre la contrefaçon et signe le souhait de l’Europe d’avoir accès à une liste exhaustive de toutes les sociétés présentes dans la distribution des médicaments. Quel est l’intérêt de la déclaration obligatoire des courtiers auprès de l’ANSM ? Outre les sanctions pénales, l’ANSM rendra les informations administratives contenues dans la déclaration

accessibles au public ainsi que toute interdiction temporaire d’exercice. Même s’il ne s’agit pas en tant que tel d’une sanction, l’effet d’une telle publication s’avère souvent dissuasif. En dehors du monde officinal, qui pourrait être en fait concerné par ce nouveau statut de courtier ? Beaucoup de consultants qui ont eu des activités dans l’industrie pharmaceutique, offrant une palette de services assez large dans des sociétés ayant pour objet social le consulting, par

DR

compétentes ou engagée en coopération avec le fabricant du médicament concerné ».

exemple, ou d’autres qui travaillent avec la répartition vont devoir devenir courtiers. Ils devront donc s’autodéclarer en prenant un numéro d’agrément pour ne plus être en marge du système.

Avril 2013 I No 1249 I 21


Actualité Enjeux [L’énigme courtier]

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

circulé : il a été publié et communiqué par dront développer un portefeuille d’activités pharla Commission européenne en toute transparence maceutiques. Des courtiers pourraient également et les organisations européennes qui représentent être missionnés pour le compte d’établissements la chaîne du médi­cament ont eu l’occasion de faire privés de santé, comme des cliniques par exemple.  » Or il se des commentaires. Il n’y a qu’en France que l’on trouve qu’en pharma­ s’étonne. » L’état d’im­ « Si un courtier peut cie, certains faisaient préparation des autori­ apporter plus de remises, déjà du courtage sans tés laisse en effet son­ le savoir : selon Caro­ geur : dans un courrier les pharmaciens line Cazaux, avocate adressé le 27 mars der­ ne vont pas se gêner. » chez Fidal, « actuellenier à toutes les princi­ ment, différents acteurs pales organisations de François Leclerc, Mutualpharm exercent d’ores et déjà la pharmacie (Ordre, cette activité : des grousyndicats de répartiteurs, d’industriels ou de pements de pharmaciens, des groupements pharmaciens, Collectif des groupements…), la d’intérêt économique (GIE), ponctuellement les Direction générale de la Santé invite à diffuser structures de regroupement à l’achat (SRA) ». l’information selon laquelle les professionnels concernés devraient se déclarer à l’ANSM avant Les SRA dans le collimateur le 1er avril suivant… et ce alors que les bonnes Ces SRA, qui n’ont pas le statut d’établissements pratiques, censées établir les règles de ce métier pharmaceutiques, ont été créées en 2009 pour dans l’Hexagone, sont toujours en préparation. faciliter l’accès aux pharmaciens à des prix Cette missive résume bien l’énigme : qui diable négociés, en particulier sur l’OTC. Elles ont un peut être concerné par la mesure ? Certes, les autre avantage : donner un cadre à la rétroces­ courtiers exercent un métier connu et reconnu sion, souvent borderline juridiquement, que notabene mais dans d’autres secteurs économiques, en pratiquent les officines entre elles, généralement particulier le vin ou les assurances. À l’ANSM, par l’intermédiaire des caisses de livraison des Les formulaires de déclaration de l’activité de courtage sont on en est réduit aux conjectures : « La disposition grossistes. Encore plus souple, le système de disponibles depuis fin mars sur le intéressera peut-être ceux qui ont déjà des activi- courtier pourrait fonctionner à la fois vers le site de l’ANSM à l’adresse suivante : tés de courtage dans d’autres domaines et vou- haut – un groupe de pharmaciens mandate un http://bit.ly/10m0OyK. courtier pour lui négocier ses remises – mais aussi vers le bas de la chaîne, si un industriel a un lot de produits dont il veut se défaire au meilleur prix. Selon la loi, les courtiers peuvent en effet négocier toutes les spécialités, rembour­ sables ou non. Les groupements ont déjà cal­ Avec les courtiers, pour la première fois, un non-pharmacien pourra influer culé depuis longtemps l’intérêt de négocier les sur la vie d’une spécialité pharmaceutique, même s’il n’est pas autorisé à les remises génériques au nom de leurs adhérents. détenir physiquement, au contraire des grossistes-répartiteurs (OCP, Alliance, Outre les génériques, le négoce des courtiers Cerp, Phoenix…) ou des dépositaires (Europdep, Depolabo…), qui peuvent pourrait aussi concerner les princeps. « Avec le gérer des stocks sans toutefois que les produits leur appartiennent. grossiste, les pharmaciens n’obtiennent que très Dans le système mis en place par la loi Bachelot, les structures de regroupement peu de remises, de l’ordre de 2,5 % ou 3 %, à l’achat (SRA) doivent être présidées par un pharmacien titulaire et ne peuvent témoigne François Leclerc coprésident de logiquement pas jouer de rôle direct dans l’achat ou la vente de spécialités. Elles Mutualpharm, une SRA d’une trentaine d’offi­ doivent donc se contenter d’un rôle de mandataire. Quant aux centrales d’achat cines basée en région Rhône-Alpes. Si un trader pharmaceutiques (CAP), elles possèdent le statut – et donc les obligations – peut apporter plus de remises, les pharmaciens d’un établissement pharmaceutique et se ne vont pas se gêner. Je prends mon exemple : je destinent­uniquement, tout comme les suis installé à côté d’un centre ophtalmologique SRA, à l’achat et à la revente en gros de et dispense des quantités importantes d’un collyre. médicaments non remboursables. ComOr le laboratoire ne voulait pas négocier au préplexité supplémentaire, les CAP peuvent texte qu’il travaillait exclusivement avec les grosagir sur ordre et pour le compte de SRA. sistes. » Reste que si, effectivement, les SRA ou La simplification voulue quand les CAP et autres GIE sont inclus dans ces nouvelles dis­ les SRA ont été créées n’est décidément positions concernant le courtage, les choses pas au rendez-vous. risquent de se compliquer pour eux. Vu que l’information est restée confidentielle jusqu’à III

© Miguel Medina

Le paysage touffu des achats groupés

22 I No 1249 I Avril 2013


Actualité Enjeux [L’énigme courtier]

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

aujourd’hui, très peu auront été déclarées Rappelons que les peines, si elles sont un jour au 1er avril dernier… alors qu’elles seront vir­ appliquées, sont carrément dissuasives : en tuellement illégales passée cette date. Devenir l’absence de déclaration préalable, l’activité de courtier demande en outre de respecter quel­ courtage est sanctionnée pénalement par une ques conditions qui ne seront pas faciles à rem­ amende de 30 000 euros et deux années de pri­ plir pour de petites structures : « Certaines SRA son. Même si l’on n’imagine pas une seconde se sont mises en place avec dix pharmacies, en l’État se mettre à poursuivre toutes les SRA – une gros un groupe de copains vingtaine au niveau national, qui s’est structuré pour amé- « L’ANSM est beaucoup plus localement – liorer ses conditions commer- claire : les SRA ou les GIE dans les semaines ciales. À ceux-là, je leur à venir, la menace plane sur souhaite bien du plaisir, doivent se déclarer ces structures. Et au-delà témoigne Pascal Louis, pré­ comme courtiers. » des SRA, sur tous les grou­ sident du Collectif des grou­ pements qui pratiquent le pements. La réponse que Pascal Louis, Collectif des groupements référencement, activité assi­ l’on a eue de l’ANSM le prémilée à du courtage, pour cisait : une SRA, c’est du courtage. Ils doivent se leurs adhérents : on peut notamment citer Giro­ déclarer comme courtiers. Or ce n’est pas neutre pharm, Forum santé ou Optipharm. D’autres en termes d’investissement. » Les exigences de groupements, possédant le statut d’établisse­ traçabilité comportent notamment, outre l’éta­ ment pharmaceutique – Giphar, Népenthès, Plus blissement de plans d’urgence en cas de retrait, pharmacie ou Evolupharm… – ne seraient donc l’obligation de détenir des archives sur une pas concernés par ce nouveau statut. Rendezdurée d’au moins cinq ans. De quoi diminuer la vous dans quelques mois, liste des courtiers rentabilité de ces SRA dont l’intérêt est la légè­ agissant sur le territoire français en main, pour reté en termes d’infrastructure ou de personnel. la solution à l'énigme. I III

Testez la différence ! L’INTERVIEW Un entretien sans concession

L’ACTU EN BREF Six pages d’infos à chaud

BANC D’ESSAI Toutes les clés pour bien référencer

 L’HEBDO du Pharmacien de France Chaque semaine, un condensé de l’actualité par mail.

ÉCO&VOUS Le panorama économique du mois

24 I No 1249 I Avril 2013

DÉCRYPTAGE Le dossier du mois, où santé rime avec société

 Tous les mois plus d’informations, plus d’analyses, plus de réactions

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Pharmacien de France n°1249  

N° 1249 du Pharmacien de France

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