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Enquête Santé

Le PHaRMaCIeN DEFRANCE

© SEBASTIAN SCHEFFEL

Tois études publiées en mars 2012 dans The Lancet tendent à montrer un effet préventif à court terme sur les cancers d’une prise quotidienne à faible dose. De précédentes études avaient déjà montré un effet bénéfique à long terme, après au moins dix ans de prise. Le mécanisme d’action reste à démontrer.

Une part d’ombre À lire une étude de l’université de Liverpool (Pirmohame, BMJ, 2004), l’aspirine est en effet l’un des produits les plus impliqués dans les hospitalisations pour iatrogénie médicamenteuse (20 %), même si les chiffres semblent plus rassurants en France (voir encadré ci-contre). L’aspirine possède une « aura » qui lui fait très souvent accorder le bénéfice

du doute. Prenons cet exemple d’une enfant atteinte de la maladie rare de Moya-Moya, opérée du cerveau suite à un AVC, traitée quotidiennement depuis déjà six ans… et peut-être à vie sans preuve d’efficacité : « Même si nous n’avons aucun recul sur les éventuelles cons��quences de la prise d’aspirine à très long terme, nous maintenons ce traitement, en dépit de l’absence de consensus scientifique et même de preuve formelle de son utilité dans ce cas », expliqueront le neurochirurgien et la neuropédiatre qui la suivent à l’hôpital Necker (Paris). En dépit d’un risque de saignement des vaisseaux du cerveau déjà inhérent à cette maladie. « C’est un médicament à la fois efficace et dangereux, conclut Jean-Paul Giroud. J’insiste sur l’importance de la communi­ cation qui doit accompagner sa délivrance. » La molécule a manifestement encore de beaux jours devant elle. Sans compter qu’elle a un dernier atout qui se révélera déterminant en ces temps de crise : son très faible coût. ❙ 

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essais spécifiques, dont les résultats ne seraient pas attendus avant quatre ou cinq ans. En attendant, que répondre aux curieux tentés par une automédication sauvage ? « Si des résultats sont constatés, on n’en connaît pas encore les mécanismes d’action », note Thierry Lefebvre. Raymond Dubois, viceprésident de l’Anderson Cancer Center, qui a mené des essais sur la prévention du cancer colorectal par l’aspirine, indique que, bien que les résultats soient prometteurs, les patients doivent rester prudents et se rapprocher de leur médecin. Une automédication sauvage est toujours dangereuse.

Bernard Delorme responsable de l’information patient-grand public à l’ANSM

L’aspirine obtiendrait-elle son AMM de nos jours? S’agissant de son statut de prescription facultative, sur les critères actuels d’élaboration du dossier, aujourd’hui ça ne passerait pas. Nous faudrait-il pour autant revenir en arrière sur ce volet de l’AMM ? Non car il n’y a pas de signaux de pharmacovigilance qui le justifieraient. C’est une situation assez insolite. Allons-nous vers une utilisation dans la prévention du cancer ? Dans la prévention du cancer, le bénéfice de l’aspirine n’est pas encore clairement établi. Pour le cancer du colon, il l’est, mais on ne peut pas pour autant préconiser de traite-

ment à l’aspirine au long cours : le rapport bénéfice/risque pose quand même question. Pourtant, l’aspirine semble souvent avoir le bénéfice du doute ? Oui, c’est vrai. Une étude de 2008 sur les admissions en France pour iatrogénie n’implique l’ensemble des analgésiques en général que dans 9 % des cas (avec en tête le paracétamol, l’aspirine ne devant pas excéder 2 à  3 % des cas) derrière les antinéoplasiques (17 % des cas) ou les anticoagulants (12,6 %).

François Silvan Juin 2012 I No 1241 I 27


Pharmacien de France juin 2012 n° 1241