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CAMEROUN 17 – 22 Novembre 2009 41èmes ASSISES DE LA PRESSE FRANCOPHONE

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JUILLET - AOUT 2009

Guillaume Soro : J’ai la charge de mener à bien le processus de paix

Edito

Au service de la vérité par Georges Gros

E

lle éclate, elle se tait, elle se recherche, elle se traque, elle se cache, elle se masque, elle se proclame, elle se crie… La vérité est au coeur de la condition humaine… et au centre du métier de journaliste. Quelque soit son média, quelque soit sa spécialité, quelque soit son poste dans la hiérarchie de la rédaction, l’homme de presse se doit d’être à son service. Mais le journaliste n’est ni juge, ni policier. Certes, il enquête, interroge, recueille des témoignages… avec pour seul objectif : l’information. L’information honnête, la plus exacte possible. L’information qui donnera à ses lecteurs, ses auditeurs, ses téléspectateurs, les éléments leur permettant de forger leur opinion. Bien sûr, la tentation est forte de leur faire partager ses propres convictions, de se faire avocat général. La tentation est forte de choisir son camp, de se faire le héraut de telle ou telle cause, le défenseur de telle ou telle doctrine. Le journaliste n’est pas un être froid, hors de la société, capable de la scruter tel un scanner. Commenter l’actualité est dans son rôle. Mais la règle est d’airain : les faits sont sacrés. Les déformer volontairement pour conforter un point de vue est un crime contre la liberté de pensée. Voilà pour l’idéal. Sur le terrain, les choses ne sont pas si simples… D’abord parce que la vérité est rarement unique. La vérité du vainqueur l’emporte sur celle du vaincu. La vérité de la victime n’est pas celle de l’agresseur supposé… et chaque témoin d’un événement l’a vu et enregistré de manière différente. Au journaliste de savoir démêler l’écheveau, de reconnaître, si nécessaire, que la vérité est multiple, de mettre sur la table tous les éléments, tous les avis recueillis. Cette fonction de médiateur suppose une rigueur professionnelle de chaque instant, un effort constant dans la recherche et la vérification de l’information. Ensuite, parce que, face à lui, se dressent ceux dont l’objectif est d’imposer leur vérité. Parfois brutalement, dans les régimes autoritaires, qui ne supportent pas l’opposition. Souvent de manière plus feutrée ailleurs, là où les forces politiques, économiques, sociales et culturelles savent que, pour triompher, elles doivent en passer par la construction d’une opinion publique favorable. Ici, le journaliste est clairement menacé de prison, là, il est sollicité, cajolé, aidé… et vilipendé si, rebelle, il ne se soumet pas, si, arguant de sa liberté, il rejette le doux confort de la pensée unique. Enfin, parce que, pour atteindre le grand public, l’information doit aussi satisfaire aux règles d’acier de l’économie. La rechercher, la vérifier, la présenter coûtent cher. Prospère, l’entreprise de presse peut affronter la tourmente provoquée par la révélation d’un scandale, prendre le risque d’un procès. Désargentée, elle aura tôt fait d’être étouffée, contredite, tournée en dérision. A moins que l’adversaire ne choisisse la méthode encore plus radicale de l’action civile, qui, ici el là, a déjà tué quelques titres.

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JOURNALISTES REGARDEZ-VOUS ! Page 3

8 EUROS

Les Ivoiriens voient le bout du tunnel. L'élection présidentielle aura lieu le 29 novembre prochain mettant fin définitivement - ils veulent l'espérer - au partage de leur pays en deux zones et à une période d'insécurité sans précédent dans leur histoire. Le Premier ministre Guillaume Soro en est convaincu : il a bien voulu répondre aux questions de Jean Jolly et Georges Gros au cours d’un entretien qu’il leur a accordé suite au déjeuner de presse organisé à Paris le 26 juin par l’Association de la presse diplomatique française.

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rois candidats sont déjà en lice : le président sortant Laurent Gbagbo, l'ancien président Konan Bédié et l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara. Le Premier ministre qui prit les armes contre le chef de l'État ivoirien à la tête du mouvement des Forces nouvelles, ne se présente pas. Il entend assumer pleinement sa mission de réconciliation et de redressement de l'économie ivoirienne. Il restera neutre durant la campagne. Son heure viendra si sa mission est couronnée de succès. Il le sait.

Serez-vous candidat à l'élection présidentielle du 29 novembre prochain ? Non. J'ai signé un accord qui me l'interdit. Cet accord prévoit qu'un candidat à la présidence de la République doit avoir entre 40 ans minimum et 75 ans maximum. Or, vous n'avez que 37 ans… Toutefois le président Konan Bédié a plus de 75 ans, mais peut se présenter. Il y a une dérogation pour lui. Une ordonnance lui permet de se présenter parce qu'il a signé les Accords de Marcoussis. Il

y a eu un consensus sur ce point.

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Les quarante ans de la Fédération internationale des professeurs de français A l’occasion du 40ème anniversaire de la FIPF, fété à l’institut de France, il est utile de rappeler l’intervenvention du Secrétaire général de la francophonie le Président Abdou Diouf lors du XIIème congrès de cette association qui rappelait ainsi la mission de la FIPF : « Vous assumer la lourde tâche de former les générations montantes de la Francophonie, de faire du français une langue intégrale : une langue des cultures, une langue d’échanges internationaux, une langue moderne ouverte sur les technologies de l’information et de la communication, une langue utile pour les activités économiques, mais avant tout une langue que l’on choisit et que l’on aime !». La Gazette a donné la parole au professeur Jean-Pierre Cuq, Président de la FIPF.

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u’ils fussent pédagogues ou responsables de politique linguistique, tous pressentaient que rien ne serait jamais plus comme avant pour le français, dont le prestige avait déjà connu le lourd ressac de 1940. Mais l’ère nouvelle n’était pas à l’abandon : c’est au contraire celle où sont nés les organismes qui, plus ou moins

transformés au gré des nécessités politiques, structurent la francophonie d’aujourd’hui : CONFEMEN (1960), AUPELF-UREF (1961) devenue l’AUF, ACCT (1970), maintenant fondue dans l’OIF. Du côté pédagogique, dès 1959, avaient été créés au sein du CIEP, le BELC, et de l’Ecole normale de SaintCloud, le CREDIF : deux organismes qui allaient long-

LES JOURNALISTES NI DES FLICS, NI DES JUGES Page 9

temps donner le la de la méthodologie de l’enseignement du français aux étrangers. La jeune fédération venait donc compléter le dispositif francophone, en lui amenant ses troupes de professeurs volontaires et enthousiastes. Elles n’étaient à vrai dire guère fournies au départ, puisque 25 associations seulement

étaient du baptême. Mais par un renfort plus ou moins prompt, elles se virent vingtcinq ans plus tard. Elles sont aujourd’hui 175, dans plus de 140 pays. Elles rassemblent près de 80.000 adhérents, ce qui en fait sans aucun doute l’organisme le plus important en nombre de la francophonie.

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ENTRETIEN

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gées en France contre lui étaient-elles un signe de ce

N'êtes-vous pas déçu d'être exclu de cette compétition ? Assurément pas. J'ai la charge de mener à bien le processus de paix. C'est une tâche importante. Je serai l'arbitre. La cohésion nationale est à ce prix. Je pense à l'avenir. Au vôtre ? D'abord à celui de la Côte d'Ivoire. Nous avons tous besoin de ces élections pour relancer l'État ivoirien. Si ces élections étaient à nouveau ajournées, la situation serait intenable…

Dans quel climat se déroule la campagne électorale ? Dans un climat serein. Les désaccords et les violences du passé semblent oubliés. Je me suis personnellement rendu avec le président Gbagbo dans toutes les provinces de Côte d'Ivoire sans déceler la moindre animosité contre le président et contre moi-même. Le président Gbagbo s'est rendu dans le nord. Ouattara a pris la

parole à Bouaké, le fief de Bédié qui s'est lui-même rendu à Korhogo et dans le fief de Gbagbo… Pensez-vous que ce climat perdurera au moment du dépouillement et des résultats? Toutes les précautions sont prises. Les Nations unies ont reçu le mandat de certifier cette élection. Durant tout le processus électoral, elles feront des évaluations. En outre, au moment du vote, il y aura des observateurs étrangers. L'Union africaine, l'Union européenne, la Fondation Jimmy Carter aideront les Nations unies dans leur mission. Enfin, je veillerai avec les forces ivoiriennes de police et de gendarmerie à la sécurité de cette campagne. La force française Licorne sera-t-elle mise à contribution ? Ce n'est pas son rôle. Elle a été très utile en évitant une guerre civile et le partage de la Côte d'Ivoire en deux zones ennemies. Sa mission s'achève. Déjà la moitié de son effectif a été rapatrié.

Oui, a posteriori. Tel n'était pas le cas au début. Nous avons interprété comme un désaveu en septembre 2002 l'interposition de la Force Licorne qui nous empêchait de progresser vers Abidjan. De son côté, le président Gbagbo reprochait à la France de ne pas avoir activé les Accords de défense qui exigeaient, disait-il, son intervention contre nous. Je reconnais aujourd'hui que la France a été impartiale et qu'elle a évité une prolongation des combats. L'amitié franco-ivoirienne a-t-elle souffert de cette crise? Nous avons été une colonie française et nous n'en avons pas honte. C'est la vie. Tous les peuples ont été colonisés à un moment de leur histoire et ont pu en retirer un profit. Toutefois, le monde a changé. Les relations avec la France perdureront mais elles évolueront également. C'est le vœu des deux pays. Une génération nouvelle arrive au pouvoir en France et en Côte d'Ivoire. C'est une réalité. Est-ce la fin de la Françafrique ? Je ne sais pas ce que c'est.

Êtes-vous satisfait de cette intervention française ?

Le président gabonais Omar Bongo en était l'un des symboles. Les poursuites enga-

Journalistes, regardez-vous ! La liberté de l’information est menacée à travers le monde ? Commençons par balayer devant notre porte ! Si l’on veut défendre les libertés publiques, comme a tenté de le faire Martine Aubry dans un Zénith à moitié vide, il ne faut pas regarder uniquement du côté de Sarkozy ; il faut regarder d’abord du côté de l’information. Sans une presse libre et une information honnête, ce sont toutes les libertés qui peuvent être bafouées et réduites à néant. Or les chances d’une information équilibrée, soucieuse de vérité, sont battues en brèche par les conditions mêmes dans lesquelles se déroule désormais la mêlée médiatique. Il n’y va pas seulement de l’avenir de notre profession, à nous autres journalistes ; il y va d’abord de notre responsabilité. Trois événements de nature diverse, que je tire de l’actualité récente, nous invitent à y

réfléchir.

Le comité Balladur Un rapport qui proposait une réforme d’ensemble des libertés locales a été littéralement saboté dans l’opinion par la course au scoop, qui a pour loi la concurrence entre les médias et pour norme la divulgation d’un événement avant même qu’il ait eu lieu. Un point qui n’avait fait l’objet d’aucun débat tant il paraissait aller de soi – faciliter le regroupement volontaire de régions qui le désireraient – est devenu, par la grâce de fausses indiscrétions, l’objet principal de la controverse, au mépris des autres mesures préconisées. Et plus grave encore, au mépris de la vérité. Avant même la publication du rapport, des cartes d’une France remodelée selon les prétendus

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principes du Comité ont vu le jour dans divers journaux. Et pour faire encore plus gros, on a zoomé sur une région martyre : la Picardie ! Aux armes, citoyens, on veut vous priver de la Picardie ! Tout cela était totalement imaginaire. Mais sous le double empire du soupçon et de la rumeur, l’information est devenue manipulation et mensonge. Etonnez-vous, après cela, du scepticisme croissant des citoyens.

La mort de Bashung C’était un grand chanteur, un immense chanteur aux yeux de certains, et je ne veux nullement mettre en question la place considérable que les médias lui ont faite. Je remarque seulement que cette place paraît avoir été surtout dictée par l’émotion suscitée par son

changement ? J'ai été choqué par ces poursuites. Pourquoi ont-elles eu lieu maintenant ? Le président Bongo a été président pendant quarante-et-un ans. Il y a cinq ans, il ne serait pas mort à Barcelone mais à Paris. Bongo a été un père pour moi. On ne peut pas avoir honte de son père. Si j'ai été ministre en 2003, c'est grâce au président Bongo qui m'a conseillé d'accepter cette fonction dans l'intérêt de la Côte d'Ivoire. Je suis allé à ses obsèques à Libreville et j'ai conseillé aux Gabonais de rester unis, de ne pas agir comme les Ivoiriens après la mort de Félix Houphouët-Boigny. La meilleure garantie de stabilité n'est-elle pas le retour à l'expansion économique ? J'en suis également convaincu. C'est pourquoi je me suis attelé à l'assainissement des finances publiques avec le FMI, la Banque mondiale et le Club de Paris. Les premiers résultats sont très encourageants. Nous avons réussi à résorber une grande partie de la dette intérieure de 282 milliards de CFA grâce un appui budgétaire de la banque mondiale de 75 milliards de FCA et du FMI de 60 milliards de FCA.

Jacques Julliard

…Plus intenable que l'an dernier quand elles ont été reportées d'un an ? Sûrement, car les circonstances ont changé. En 2008, seuls 80.000 Ivoiriens étaient inscrits sur les listes électorales. Aujourd'hui, grâce à une société française qui a fait un travail remarquable, le nombre d'inscrits est de 6,2 millions. Or, je vous rappelle que la Côte d'Ivoire compte 20 millions d'habitants dont 15 millions de nationaux. Tout est en place. Il y aura 11.000 bureaux de votes qui accueilleront en moyenne 600 personnes. Depuis la clôture des inscriptions le 30 juin, la Commission électorale contrôle la liste des votants. Il faut déceler notamment les doubles inscriptions et les états civils incomplets pour éviter toute contestation au moment du dépouillement.

combat contre la maladie et par son apparition, émouvante en effet, aux Victoires de la Musique quelques jours avant sa mort. En mai 2007, on a appris par le faire-part nécrologique du « Monde » le décès du physicien Gilles de Gennes, que l’Académie Nobel, en le couronnant, avait qualifié « d’Isaac Newton de notre temps ». L’extrême discrétion qui a entouré sa fin de vie et son inhumation a eu pour conséquence une place ténue, indigente, dans la presse de l’époque. Il ne s’agit pas de comparer deux personnalités mais deux situations médiatiques. C’est l’empire de l’émo-

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Un homme d'État de 37 ans à la vie déjà bien remplie Le 29 juin 2007, Guillaume Soro échappait par miracle à une tentative d'assassinat. Son avion était pris pour cible par un groupe d'individus toujours non identifiés lors d'un attentat perpétré au moment de l'atterrissage à Bouaké, le fief de l'exrébellion des Forces nouvelles dont il était le chef. L'attentat fera quatre morts et plusieurs blessés graves. Catholique, pensionnaire dans sa jeunesse au petit séminaire de Katiola, avant de se lancer dans l'action syndicale, il connaîtra plusieurs fois la prison sous la présidence d'Henri Konan Bédié. C'est l'époque où on le surnomme le « Che » à Abidjan. Dirigeant des étudiants, il s'impose rapidement sur la scène politique puis prend la tête politique de la rébellion armée issue du coup d'État raté du 19 septembre 2002 qui allait couper la Côte d'Ivoire en deux. Toutefois, dès février 2003, il participe au gouvernement de réconciliation nationale comme ministre d'État chargé de la Communication. Puis, à compter de décembre 2004, comme ministre de la Reconstruction et de la Réinsertion dans le gouvernement de Charles Konan Banny. Ce dernier, ancien gouverneur de la Banque centrale des États d'Afrique de l'Ouest, croit gouverner le pays en tandem avec le président Laurent Gbagbo. En fait, le tandem ira dans le mur car le chef de l'État - qui s'accroche au pouvoir depuis que son mandat a expiré en octobre 2005 - y voit un concurrent à écarter. Avec l'accord de Ouagadougou conclu le 4 mars 2007 sous la houlette du président burkinabé Blaise Campaoré, Soro accède au poste de Premier ministre avec pour tâche prioritaire de réunifier le pays et d'y organiser des élections libres. A 37 ans, il a déjà bien rempli sa vie : séminariste, étudiant à Paris VII et Paris VIII en anglais et Sciences politiques, dirigeant étudiant embastillé en Côte d'Ivoire, puis chef d'une rébellion armée et enfin Premier ministre. Avant de devenir après-demain - qui sait ? - président... Soro est un Sénoufo, c'est-à-dire un homme du Nord qui sait parfaitement où il va.

Les entreprises françaises sont-elles de retour ? La confiance revient. Les dégâts provoqués à Abidjan par les violences commencent à être réparés. Les procédures suivent leur cours pour l'indemnisation des victimes de ces émeutes. Les grandes entreprises françaises sont toujours présentes. Bouygues est impliqué dans l'énergie ivoirienne. Bolloré gère le domaine portuaire et aéroportuaire.

C'est une évidence. Nous sommes à l'ère de la mondialisation. Les Américains contrôlent la filière cacao. Les Chinois sont très offensifs. Depuis les années 70, ils sont présents avec un programme rizicole et ils étendent leurs activités commerciales à d'autres secteurs. Peut-on craindre à terme une menace sur la langue française ? Il n'y a pas de raison. C'est la langue nationale en Côte d'Ivoire.

La concurrence étrangère est-elle plus forte aujourd'hui? tion qui a décidé du traitement journalistique des deux nouvelles, non la valeur intrinsèque de celles-ci. Désormais, la place faite à une information est dictée non par son importance mais par son retentissement attendu dans l’opinion. Et que dire du délire qui s’empara des médias à l’échelle mondiale lors de la mort de la princesse Diana ?

Le voyage du pape en Afrique J’ai dit, en des termes d’une extrême sévérité, les sentiments que m’inspirait le comportement de Benoît XVI à propos de la levée de l’excommunication de l’évêque négationniste Williamson, et, à l’inverse, de celle qui a frappé la mère et les médecins de la fillette brésilienne violée par son beau-père et enceinte à l’âge de 9 ans. Derechef, je pense que c’est une bêtise et une inexactitude de sa part que d’avoir affirmé dans l’avion qui le conduisait en Afrique que le préservatif pouvait même aggraver la situation

créée par le sida. Sous-entendu : en inspirant à l’usager un sentiment de fausse sécurité. A partir de là, la plupart des médias de toutes origines et de toutes orientations ont pratiquement renoncé à informer sur le voyage du pape. Il réunissait des foules énormes et enthousiastes ? – Le préservatif ! Il condamnait la corruption, la violence, la guerre ? – Le préservatif ! Il dénonçait le statut diminué de la femme africaine ? - Le préservatif ! La presse regrettait benoîtement – si l’on ose dire – que cette satanée capote ait oblitéré tous les autres aspects du voyage. Mais la faute à qui, chers confrères ? Quand les médias, d’informateurs qu’ils sont par vocation, se transforment en justiciers et appliquent à leur cible un véritable lynchage, il y a perversion de leur mission. Oui, la liberté de l’information est aujourd’hui menacée à travers le monde. Mais les informateurs, nous-mêmes, doivent commencer par balayer devant leur porte. Jacques Julliard « Le Nouvel Observateur »


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Suite de la page 1 « les quarante ans de la FIPF » L’un des objectifs de ses fondateurs, susciter et rassembler des associations de professeurs de français dans le plus grand nombre de pays possible, est donc aujourd’hui largement atteint. Mais la Fédération ne se considère pas, tant s’en faut, à son maximum : d’autres associations, probablement, ne tarderont pas à la rejoindre dans les mois ou les années à venir : du Koweït, du Yemen, d’Irak, peutêtre d’Algérie …

Etre ensemble, faire ensemble Il ne s’agissait pas seulement de rassembler les professeurs, il fallait aussi leur proposer des objectifs et des actions communs. Favoriser les échanges personnels, mutualiser les connaissances et les savoir-faire étaient et restent le fondement de la vie associative. Dès l’origine, les moyens associatifs classiques ont été mis en œuvre : publication de revues (Dialogues et Cultures, grâce au financement de la communauté de WallonieBruxelles), organisation de journées pédagogiques, de colloques thématiques, de congrès internationaux. Ils sont aujourd’hui complétés par des sites internet (www.fipf.org ; www.franc-parler.org en collaboration avec le CIEP et financé par l’OIF, et www.fdlm.org, le site de la revue Le français dans le monde, dont la gestion a été confiée à la FIPF lors du congrès de Paris en 2000. La FIPF organise des concours de classes sur des supports modernes (comme le concours européen e-twinning dans lequel elle a su assurer une présence francophone remarquée). Par son programme « français à domicile » (FADOM), elle favorise la réception par des professeurs étrangers de jeunes stagiaires francophones. Avec le ministère des Affaires étrangères et européennes de France, elle anime un fonds d’innovation pédagogique, qui permet aux associations les plus actives de financer des projets novateurs et mutualisables, et organise des sessions de formation de cadres associatifs. Par toutes ces actions, elle remplit

ses autres objectifs statutaires de promotion linguistique et culturelle et de production pédagogique qui donne de la langue une image vivante et attractive. Tous ces efforts ont été récompensés en 2006 par l’obtention du prix de la fondation Louis D., gérée par l’Institut de France. Cette généreuse donation était destinée à l’achat d’un local à Paris. Sise au 9 rue Jean de Beauvais, dans le Quartier latin, L’escale du français dans le monde accueille aujourd’hui des stages, des formations, et comprend un petit centre de documentation où les professeurs de français de passage peuvent se mettre au courant des nouveautés pédagogiques mises à leur disposition par les éditeurs spécialisés. Ils pourront bientôt y consulter leur messagerie électronique.

gnants de français, tout au service de la langue et de la culture dont ils ont la responsabilité commune. Les moyens humains atteignent eux aussi leurs limites. Le ministère de l’Education nationale de France l’avait bien compris dès 1986, en mettant à disposition de la FIPF un poste de secrétaire général. Il ne devenait plus possible dès cette époque d’assurer l’animation d’un tel réseau sur la seule base du bénévolat. Un quart de siècle après, c’est le même constat qu’on peut faire pour les cadres dirigeants d’une

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ALGÉRIE

ANDORRE

Propos recueillis par Elisabeth Lévy

Chef du gouvernement : Jaume Bartumeu Cassany ; ministre des Affaires étrangères : M.Xavier Espot Miro ; ministre de la Justice : M.Victor Naudi Zamora ; ministre de l’Education, de la Culture et de la Jeunesse: Mme Susanna Vela Palomares.

le professeur Jean-Pierre Cuq, Président de la FIPF fédération qui a entretemps plus que doublé de volume et d’activités. Là encore, des moyens nouveaux de gouvernance restent à trouver pour que la FIPF conforte son rôle de partenaire efficace des organismes et des gouvernements concernés.

Des projets pour l’avenir Consciente de ces difficultés, la FIPF est bien entendu à la recherche de moyens propres. Le nouveau bureau, élu en juillet 2008 à Québec, s’attèle maintenant à diversifier les partenariats et constitue un dossier de demande de reconnaissance d’utilité publique, statut qui, entre autres, facilitera ses relations avec les organismes privés et la collecte de fonds. Le deuxième projet majeur est la mise en service dès 2010 d’une plateforme collaborative qui sera un véritable outil de gestion moderne et d’animation du

« Quand on veut parler du bonheur d’être français, il faut avant tout parler de notre langue. La

s'en est gaussé. Mais ce fut un succès. Lacordaire disait, comme on sait : « Entre le fort et le faible, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. » Le recours à la loi est indispensable. Sinon, dans deux siècles, nous parlerons tous anglais.

LITUANIE La commissaire européenne au Budget Dalia Grybauskaite, 53 ans, a été élue présidente de la République, pays observateur de l’OIF. Opposée à six candidats dans un contexte de grave crise économique, Mme Grybauskaite devient la première femme présidente de Lituanie. Polyglotte, elle parle anglais, russe, polonais et français. Économiste de formation, elle avait occupé des postes de responsabilité dans son pays avant d'être déléguée à la Commission européenne.

Premier ministre : Ahmed Ouyahia ; ministre des Affaires étrangères : Mourad Medelci ; ministre de la Justice : Tayeb Belaïz ; ministre de la Culture : Khalida Toumi ; ministre de la Jeunesse et des Sports : Hachemi Djiar ; secrétaire d’Etat chargé de la Communication : Azzedine Mihoubi.

Un organisme fragile On comprend bien que les cotisations des associations membres (au demeurant modiques) sont bien loin de suffire à financer toutes ces actions. Les ministères français concernés par l’action linguistique avaient favorisé et soutenu la création de la Fédération, et aussi les ministères des Affaires culturelles du Québec et de Belgique. Il faut bien dire que les deux derniers ne contribuent aujourd’hui que de façon très marginale au financement direct de la FIPF. L’essentiel des projets est soutenu par le Ministère français des Affaires étrangères, qui a, à de rares périodes près, toujours vu dans la fédération un prolongement naturel de son action de promotion de la langue. Grâce au président Abdou Diouf, l’OIF est devenu le second partenaire et contributeur de la fédération, qui entretient aussi des liens étroits avec l’AUF et TV5Monde. Il était donc naturel qu’en 2008 la FIPF signe avec le MAEE et l’OIF des conventions de partenariat privilégié. Mais c’est l’ensemble des pays francophones qui devrait se sentir concerné par une ONG qui se met, par le soutien qu’elle apporte à leurs ensei-

DIPLOMATIE

NOUVEAUX GOUVERNEMENTS :

L’anglais est un danger mortel pour la diversité des langues,dit Claude Hagège ans Le Point, le linguiste Claude Hagège se révolte contre la toute-puissance de l’anglais Si on accepte l'existence d'une langue de communication mondiale, à laquelle on prête naïvement un rôle purement utilitaire, on accepte à terme qu'une langue exerce son hégémonie. L'anglais est un danger mortel pour la diversité des langues. Bien sûr, les langues vivent d'emprunts. Seulement, au-delà d'un certain seuil, il ne s'agit plus d'emprunts, mais d'invasion, en particulier quand la langue pourvoyeuse est celle d'une grande puissance. L'américanisation du français est ridicule. Mais l'exemple du Québec montre qu'on peut résister. En 1975, quand le Parti québécois de René Lévesque a fait voter la loi 101 qui fait du français la seule langue officielle de la Belle Province, tout le monde

réseau. Ce projet est mené avec l’aide technique du ministère de l’Education nationale du Luxembourg. La plateforme comprendra une partie publique, où toutes les associations pourront faire héberger leur site et une partie sécurisée par laquelle transitera toute la communication interne de la fédération, qui s’en verra ainsi simplifiée. Tous les membres affiliés pourront disposer d’une adresse électronique gratuite. Elle comprendra aussi les sites actuels de la FIPF, qui seront rénovés à cette occasion. Enfin, une partie pédagogi-

Philippe Bilger répond à une question de Roman Bernard (criticus le blog) sur l’effondrement du niveau de langage en France « C’est une catastrophe, à l’oral comme à l’écrit. L’enseignement en est responsable. Mais pas seulement lui. L’exemple de nos élites politiques et médiatiques est déplorable. C’est tout le pays qui perd sa langue parce que personne n’a montré au plus haut niveau que dans le langage civilisé il y avait tout : la puissance d’un

que offrira aux membres des associations des logiciels de travail, une base de données de textes littéraires (proposée par le ministère de l’Education nationale du Québec) et, à terme, des formations en ligne. Le dernier projet d’importance est la rénovation en cours de la revue Le français dans le monde, qui, sous forme d’un bi-média, verra dès janvier 2010 sa maquette rénovée et ses contenus revus et rajeunis pour la conquête d’un lectorat qu’on espère encore plus large. A quarante ans, la FIPF est donc pleine de vigueur et d’optimisme. Ses dirigeants espèrent que leur travail de rénovation actuel lui permettra de souffler encore, et avec autant de vigueur, bien des bougies d’anniversaire. Jean-Pierre Cuq Professeur à l’Université Nice Sophia-Antipolis Président de la FIPF

langue française est le plus beau symptôme de la France. Contrairement à l’allemand ou à l’américain, elle est spécialisée dans l’abstraction. C’est une langue incroyablement précise pour les choses qui ne le sont pas. Les concepts philosophiques, romantiques, amoureux… Nous sommes les gardiens mondiaux de ces abstractions ! » Philippe Starck, designer « Le Figaro Magazine »

BURUNDI Ministre des Relations extérieures et de la Coopération internationale : Augustin Nsanze ; ministre de la Justice : Jean Bosco Ndikumana ; ministre de l’Information et de la Communication: Vénérant Bakevyumusaya ; ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture : JeanJacques Nyenimigabo.

CAMEROUN Depuis le 30 juin. Premier ministre : Yang Philémon ; ministre de la Communication : Issa Tchiroma Bakari ; ministre des Sports : Zoua Michel.

COMORES Formé le 24 juin. Ministre des relations extérieures et de la Coopération, chargé de la Diaspora, de la Francophonie et du Monde arabe : Ahmed Ben Saïd Jaffar ; ministre de la Justice : Miftah Ali Bamba ; ministre de l’Intérieur et de l’Information: Bourhane Hamidou ; ministre de l’Education nationale, de la Recherche, de la Culture et des Arts : Kamaliddine Affraitane ; ministre de Postes et Télécommunications chargé de la Communication et des Nouvelles technologies de l’information : Ahmed Abdou Simba.

GABON Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération, de la Francophonie et de l’Intégration régionale : Paul Toungui ; ministre de la Justice : Martin Mabala ; ministre de la Communication, de la Poste, des Télécommunications et des Nouvelles technologies de l’information : Laure Olga Gondjou.

NIGER Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération : Mme Aïchatou Mindaoudou ; ministre de la Communication : Mohamed Ben Omar ; ministre de la Culture, des Arts et Loisirs : Oumarou Hadary ; ministre de la Justice : Garba Lompo.

SÉNÉGAL

pays, la qualité de ses gouvernants, le respect d’autrui, la douceur d’un monde et le bonheur d’une communication n’écorchant pas plus les oreilles que l’esprit ».

Formé par le Président Abdoulaye Wade et le Premier ministre Souleymane NDéné Ndiaye : Ministre des Affaires étrangères : Cheikh Tidiane Gadio ; ministre de la Justice : Madické Niang ; ministre de la Coopération internationale : Karim Wade ; ministre des Télécommunications : Abdourahim Agne ; ministre de l’Enseignement supérieur, des Universités et des Centres universitaires régionaux : Moustapha Sourang ; ministre de la Culture, de la Francophonie et des Langues nationales : Serigne Mamadou Bousso Leye ; ministre de la Communication : Moustapha Guirassy ; ministre de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs : Mamadou Lamine Keita.

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XXXème anniversaire de GUTENBERG

DIPLOMATIE

L’écrit est le conservatoire de notre langue et de notre culture.

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a confrérie des Compagnons de Gutenberg vient de fêter à Genève son 30ème anniversaire dans le cadre d’un chapitre solennel qui réunissait imprimeurs, journalistes, écrivains et de nombreux responsables de sociétés de la chaîne graphique. Trente ans : le bel âge ! Celui où l’expérience conduit au mûrissement ; celui où l’on commence à prendre conscience qu’il n’y a plus de temps à perdre ; mais celui de la jeunesse aussi, car la jeunesse n’a pas d’âge. Le 28 septembre 1979, vingt et un passionnés de l’Ecrit et de l’Imprimé, conduits par le grand écrivain Robert Sabatier, constituaient « l’Ordre Européen des Chevaliers de Gutenberg ». Depuis cette date, nous avons essaimé en Romandie, en Italie, en Allemagne, au Benelux, en Pologne, au Canada, au Brésil, nous enrichissant ainsi de nouvelles cultures tout en défendant la nôtre. Nous pouvons nous enorgueillir de quelque neuf cents membres à travers le monde. Le succès de notre Confrérie tient du miracle quand on vérifie, avec incrédulité, le nombre infime de ceux qui veillent au maintien de la flamme. Il est le fruit du dévouement inépuisable des membres de l’Association Gutenberg. Au fil de ces trente années, nombreux sont celles et ceux qui ont été intronisés écuyers, chevaliers, officiers, grands officiers, sans oublier les Dames des Rites.

vue, sans doute parce que nous les avons déçus. Ou parce que nous n’avons pas su répondre à leur légitime question : « A quoi ça sert, Gutenberg ? ». La réponse est dans la promesse que chacun d’entre nous a prononcée ; elle est dans notre devise, celle de Joachim du Bellay : « Défense et illustration de la langue française ». A l’heure du e.paper, des blogs et autres podcast, porter haut et fort le drapeau de Gutenberg est une ardente obligation.

Quelques-uns ont été perdus de

Avec le big-bang d’Internet, notre univers vit une prodigieuse révolution. Je suis convaincu que le grand Voltaire, l’hôte de Ferney non loin d’ici, écrirait aujourd’hui avec la même conviction : « Tout ce que je vois jette les semences d’une révolution qui arrivera immanquablement … Les jeunes sont bien heureux : ils verront de belles choses ». L’Ecrit n’avait, jusqu’à la fin du XXème siècle, connu qu’une seule révolution, celle de Gutenberg. Depuis peu, l’évolution technologique débouche sur une révolution encore plus gigantesque. La fusion numérique du texte, du son et de l’image, la capacité de transporter en tous lieux, en temps réel, la quasi-totalité des connaissances humaines, a désormais sur notre civilisation un impact encore plus extraordinaire que l’invention de notre vénéré Gutenberg ; et cette fois-ci, à l’échelle planétaire. Non ! La technologie n’a jamais désenchanté le monde et chaque nouveau Média ne fait pas disparaître le précédent. Non ! Gutenberg n’est pas mort ! Certes, on peut dire que le papier a perdu sa valeur absolue. I n t e r n e t dépouille en quelque sorte chaque Média de ce qu’il possédait

d’unique, ôtant au papier le monopole de l’Ecrit, comme à l’audiovisuel le synchronisme de l’écoute. Mais de prétendus visionnaires tels Mc. Luhan annonçant en 1962, à Toronto, la fin de la civilisation du Livre, jetant un regard méprisant sur « la galaxie Gutenberg » - prophétisent la mort de l’imprimé au profit de l’édition virtuelle. Comme si l’on pouvait imaginer un monde sans papier, sans rotatives, sans librairies, sans kiosques à journaux ! Ce n’est pas Internet qui menace nos journaux : c’est la Presse qui a besoin d’Internet pour se développer. Ce ne sont certainement ni le Président du Groupe Ringier, dont le développement est exemplaire, M. Martin WERFELI, ni Pierre-Jean BOZO, le Prince - au sens étymologique des quotidiens gratuits, qui me démentiront ! Et si le e.book présente quelque avantage au moment de faire ses valises pour emporter de la lecture de vacances, rien ne remplacera le plaisir de feuilleter, de revenir en arrière, de corner les pages … Notre Association Gutenberg ne saurait se limiter à quelques grands Chapitres, aussi solennels fûssent-ils. Nous devons nous rendre utile, apporter notre aide notamment aux jeunes, aux pays en voie de développement. En réalité, ce trop long propos aurait pu se limiter à mon antienne : « L’Ecrit aura toujours le dernier mot, parce que l’écran sauvera l’Ecrit ».

Jean MIOT

M.Valdis Dombrovskis a été nommé Premier ministre de Lettonie. Ministre des Affaires étrangères : Maris Riekstins ; ministre de la Culture : Ints Dalderis ; ministre de la Justice : Mareks Seglins.

ROUMANIE Emil Boc a été nommé Premier ministre de Roumanie par le chef de l’Etat Traian Basescu.

FRANCE M.Zaïr Kedadouche est nommé consul général de France à Liège ; M.Philippe Lallio à New York ; M.Marc Fonbaustier à Hong Kong ; Mme Elisabeth Laurin en Corée.

THAÏLANDE Abhisit Vejjajiva, chef de l’opposition, a été désigné officiellement Premier ministre de Thaïlande.

AMBASSADEUR Maïmouna Sourang Ndir a été nommée ambassadeur du Sénégal à Paris. Louis de Broissia a été nommé au poste nouvellement créé d’ambassadeur chargé de l’audiovisuel extérieur. Une nomination sur proposition du ministre des Affaires étrangères et européennes Bernard Kouchner. Ancien député et professeur de droit, Christian Philip a été nommé Recteur d’Académie à Montpellier. Il abandonne de ce fait son poste de représentant personnel du président de la République pour la Francophonie, qu’il occupait depuis juin 2007.

Retrouvez la Gazette de l”UPF sur le net : http://www.pressefrancophone.org alors perdu d’avance. Heureusement, les jeunes du monde entier, qui s’intéressent à l’apprentissage du français et qui regardent avec plaisir les chaînes de télévision francophones, ont une autre opinion. Pour eux, apprendre le français, « c’est cool ». Et c’est très bien comme ça, parce qu’au XXI° siècle, la langue française, parlée dans les cinq continents, est plus utile que jamais.

La langue française plus utile que jamais La vision de notre ami Alberto Toscano dans son livre « critique amoureuse des françaises »

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llocution urbi et orbi, à la ville (de Rome) et au monde, le jour de Noël 2008. Le pape Benoît XVI, dont la langue maternelle est l’allemand, donne sa bénédiction en soixante-quatre langues : étant l’évêque de Rome, il commence forcément par l’italien, mais la langue qui suit est le français. Jeux Olympiques de Pékin, août 2008 : les informations officielles des commentateurs sont données en français avant de l’être en anglais, comme le veut la tradition depuis le baron de Coubertin. Siège de l’Onu à New York : derrière les personnalités internationales qui font des déclarations au Conseil de sécurité, on peut voir un panneau bleu et blanc avec le logo de l’Onu et l’expression « Conseil de sécurité » écrite en seulement deux langues : l’anglais et le français. Sièges des institutions européennes à Bruxelles : le français est l’une des deux vraies langues de travail, utilisées constamment. Dans le monde du XXI° siècle, la langue française est respectée et appréciée partout, mais elle n’est jamais imposée. On peut espérer que les Français se

rendront compte d’une chose : la défense de la langue (qui n’est pas seulement la leur) ne peut pas s’accompagner d’attitudes arrogantes de leur part. Le vrai danger pour la langue française n’est pas l’orthographe approximative des enfants en train de l’acquérir, ou des francophones qui essaient de s’en servir tant bien que mal, mais bien des ayatollahs du purisme linguistique, pour lesquels l’orthographe et la pureté grammaticale sont presque une religion. Immuable. Et pourtant le français réel, parlé par des personnes réelles, et en évolution continue, comme toutes les langues vivantes. A l’époque des computers, pardon, des ordinateurs, et d’Internet, nos langues, qui ont toujours changé, évoluent très vite, et de façon difficile à prédire. Plus elles sont vivantes et plus elles changent. On verra ce qu’il en sera d’ici dix ou vingt ans. La condition pour rester vivantes sera probablement qu’elles se transforment comme jamais auparavant sur une période si courte. Mais une chose est certaine :

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l’image de la langue française dans le monde n’est absolument pas mauvaise, même si, depuis les années 1880 (cela fait donc bien longtemps !), il y a en France des personnes et des journaux qui dénoncent avec ardeur « la crise du français ». La liste des personnalités internationales qui parlent français en ce début du XXI° siècle – de la reine Elisabeth II au président israélien Shimon Peres, de Tony Blair aux leaders de la majorité et de l’opposition espagnols, grecs, italiens, portugais et en partie, allemands – est presque égale à celles qui parlent anglais. Le succès planétaire de la chaîne de télévision francophone TV5 est la preuve quotidienne de l’intérêt pour le français. De l’Allemagne aux Etats-Unis, d’Israël à l’Afrique, de l’Argentine à la Russie, des millions de familles souscrivent des abonnements à des bouquets satellites qui incluent TV5. Souvent elles le font pour aider les enfants à apprendre le français. La préférence de ces familles va à une chaîne contrôlée de façon conjointe

par des institutions publiques francophones – en particulier de Belgique, de France, du Québec et de Suisse – plutôt que par l’Etat français en tant que tel. On aime la langue française pour ce qu’elle est plutôt que comme vecteur de l’influence politique de Paris ou comme livre sacré des ayatollahs de la pureté linguistique chère à l’Académie française. Vu de la coupole de l’Académie, l’avenir de la langue française se joue dans une compétition mondiale avec l’anglais, et tout doit être fait pour gagner ce duel. Cette manière de concevoir le problème des langues est terriblement politique, et encore plus terriblement irritante : un jeune Européen, Africain, Américain ou Asiatique peut décider d’apprendre le français pour s’ouvrir de nouveaux horizons et davantage d’opportunités de travail, mais certainement pas pour se soumettre aux interprétations rigides des puristes de l’Académie française. Si la diffusion du français est conçue surtout en termes de compétition avec l’anglais,

c’est un match qui intéresse bien peu de monde hors des lieux du pouvoir parisien. De toute façon, le match serait

« Critique amoureuse des Français » de Alberto Toscano ( Hachette, 280 pages, 17 euros)

Les Mots d'Or, remis chaque année dans le cadre des Journées annuelles du français des affaires, veulent être "des signes de reconnaissance francophones pour saluer la volonté de créer, d'entreprendre et de communiquer fondée sur le goût des mots, en français et dans chaque langue maternelle", selon l'association Action pour le français des affaires (APFA). Au cours des 21e Journées du français des affaires, le Mot d'Or 2008-2009 de la découverte a été remis à Mme Byeon Jeong-won et M. Georges Ziegelmeyer pour leur traduction du coréen de vingt-deux volumes de la fresque historique de Jo Jong-nae, Arirang et La chaîne des Monts Taebaek (L'Harmattan).


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La francophonie… combien de divisions ?

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e dénombrement des francophones dans le monde répond-il à une obsession française ? Emportés par le fantasme de la supériorité de la langue française, certains ont autrefois célébré les « 500 millions de francophones », tandis que d’autres, inspirés par l’angoisse du déclin, se désolent encore souvent de la petite centaine de millions de locuteurs promise à l’extinction… Plus sérieusement, l’Observatoire de la langue française de l’OIF évalue à 200 millions les personnes capables de s’exprimer en français, dont 75 millions de façon ponctuelle et aléatoire. Mais quel est l’intérêt de cette information ? Dans le vaste mouvement d’intensification de la circulation des produits, des images, des sons et des idées, la tendance à la simplification, voire à l’unification des objets échangés a fait naître une résistance au risque d’uniformisation. Dans ce contexte, plusieurs forces convergentes ont trouvé naturellement à s’exprimer et à s’épauler au sein de l’OIF, le seul espace – avec le Commonwealth – a la fois constitué sur une base géolinguistique et présent sur les cinq continents. Les créateurs et les artistes ont les premiers perçu le risque d’étouffement des diversités culturelles que faisait courir le déferlement d’images et de sons en provenance d’une source unique, anglosaxonne. Chercheurs, univer-

sitaires et enseignants subissent eux aussi depuis longtemps le rétrécissement de leurs possibilités d’exprimer leur pensée dans la langue de leur choix. Les gens d’affaires, les inventeurs et les industriels ont fini par mesurer également les avantages induits, pour les anglophones, de la domination exclusive d’un anglais international. De même, les représentants élus, les fonctionnaires ou les diplomates appelés à défendre les intérêts des citoyens dans les instantces internationales se sont inquiétés des déséquilibres démocratiques provoqués par la domination d’une seule langue. En fait, ce sont tous les acteurs de nos sociétés qui ont confirmé l’alarme, sonnée d’abord par les créateurs, du risque d’appauvrissement de la diversité culturelle et linguistique que nous fait courir l’apparente progression de la communication sur la planète. Ceux qui sont porteurs de plusieurs origines culturelles, ceux qui sont capables de comprendre et de parler plusieurs langues savent les conditions nécessaires à l’indispensable « dialogue des cultures » et qui voient l’illusion de la « langue universelle». La Francophonie, née sous le sceau de la coexistence des langues et des cultures, s’est trouvée en situation d’exprimer de façon crédible et collective sa volonté de préserver la diversité du monde. Grâce à cette langue commune que se

sont choisi librement les 53 États-membres, les pays associés et les observateurs de l’OIF, elle a été à l’avantgarde du combat qui a permis l’adoption, par l’Unesco, de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, entrée en vigueur en mars 2007. Et c’est à l’appui de sa démonstration en faveur de la diversité linguistique, notamment, que la Francophonie a besoin de connaître la situation réelle de la langue française dans le monde. Non seulement pour mieux identifier les besoins des sociétés qui la composent, et donc mieux adapter ses priorités d’intervention, mais aussi pour être le porte-parole de la diversité linguistique mondiale en assurant une place à la langue française là ou le monolinguisme menace : dans les organisations internationales et régionales, dans la production de créations culturel-

les, dans la recherche scientifique, dans la circulation de l’information et des données sur les ondes et les réseaux numériques, sur les lieux de travail des salariés… Elle le fait d’ailleurs avec d’autres : hispanophones, arabophones, lusophones… Cette importance stratégique que revêt l’observation de la langue française dans le monde a été affirmée avec force dans l’une des résolutions adoptée lors du dernier Sommet de la Francophonie, en octobre 2008 à Québec (Canada), qui encourage « la Francophonie à poursuivre et à perfectionner l’observation de l’usage de la langue française ». Car de la qualité de l’observation dépend son intérêt. Les premières tentatives d’estimation du nombre de locuteurs du français dans le monde ont vu le jour dans les années 1980, grâce aux efforts du tout nouveau Haut-Conseil de la Francophonie créé en France par François Mitterrand. Approximatives au début, les estimations s’améliorent progressivement. Dans les années 1990, elles continuent de reposer essentiellement sur un recoupement de données officielles (effectifs scolarisés, inscription dans les

centres culturels et les Alliances françaises, statut du français dans les pays étudiés…), dont une majorité provient du réseau diplomatique français. Au début des années 2000, outre l’implication plus étroite des autorités nationales des pays membres de l’OIF, la contribution de chercheurs en linguistique et sociolinguistique permettent aux estimations de gagner en rigueur, mais ne les affranchissent pas suffisamment des contraintes administratives et diplomatiques et, surtout, négligent d’associer toutes les disciplines scientifiques susceptibles de renforcer leur fiabilité, comme la statistique, la démographie, voire la géographie, la psychologie, la sociologie… Chargé de refonder cette pratique, l’Observatoire de la langue française a organisé en juin 2008, conjointement avec l’Agence universitaire de la Francophonie et son réseau « Dynamique des langues en Francophonie », un séminaire international de réflexion sur la méthodologie d’observation du français. Réunissant l’ensemble des disciplines concernées, ce séminaire est arrivé à des conclusions qui seront mises en œuvre pour la préparation du prochain rapport sur la langue française dans le monde. L’une des principales conclusions de la rencontre souligne l’extrême difficulté à unifier la définition même de « francophone », qui varie non seulement selon les communautés humaines observées, mais, bien souvent, se subdivise encore en plusieurs « niches linguistiques » qui dépendent de l’environnement culturel, socio-historique, ethno-psychologique, etc., des locuteurs. Ainsi, s’il est souhaitable de se donner les moyens de définir un Smic, un Seuil

minimum de compétence francophone (une expression inventée par le professeur Robert Chaudenson, de l’Université de Provence) capable de mesurer une performance réelle, il faut aussi intégrer des notions comme l’hybridation qui résultent du « frottement » des langues. De même, il faut considérer la question des représentations de la langue (sociales, symboliques, intimes…), très différentes selon les espaces de l’univers francophone. Par ailleurs, l’exploitation des données démo-linguistiques existantes et l’intégration systématique, comme le font déjà les appareils statistiques québécois ou français, de questions portant sur les langues dans les enquêtes liées aux recensements permettraient sans doute de dégager des tendances. Enfin, les participants ont souligné la nécessité de partenariats entre tous les acteurs de l’observation afin de croiser les sources et les données : l’Observatoire de la langue française de l’OIF, l’AUF et ses réseaux, TV5, RFI, l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone de l’Université Laval, etc. Fort de ce viatique, l’Observatoire de la langue française propose, dans un premier temps, les données disponibles et, dans un second temps, un rapport sur la langue française dans le monde 2008-2010 à l’occasion du prochain Sommet de la Francophonie, à l’automne 2010 , en espérant que ce travail réponde aux exigences d’une observation mise au service du projet universel que porte la Francophonie. Info Maroc News

Peine de mort abolie au Togo

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es députés togolais ont aboli la peine de mort. Amnesty International a salué une décision qui « conforte la tendance abolitionniste en Afrique ». Les députés togolais ont adopté à l'unanimité la loi portant abolition de la peine de mort au Togo. Cette loi de cinq articles explique les conditions de conversion des condamnations à mort en peine de réclusion à perpétuité. Dans tous les textes en vigueur, elle prévoit le remplacement de la référence à la peine de mort par une référence à la réclusion à perpétuité.

Changer une loi dépassée Le projet de loi d’abolition avait été adopté le 10 décembre 2008 en conseil des ministres. Le ministre de la Justice Kokou Tozoun avait alors déclaré : « Le choix qu’a opéré le pays d’établir une justice saine qui limite les erreurs judiciaires, corrige, éduque et garantit les droits inhérents à la personne humaine n’est plus compatible avec une législation pénale qui conserve encore la peine de mort et reconnaît ainsi aux juridictions un pouvoir absolu dont les conséquences sont irrémédiables ».

Dans une déclaration publique datée du 23 juin, Amnesty International a salué la décision du Togo, qui, indique-t-elle, « avait cessé d’appliquer la peine de mort depuis plus de trois décennies ». L’organisation internationale des droits de l’Homme estime que le vote des députés togolais conforte la tendance abolitionniste en Afrique. En effet, en avril 2009, le Burundi a adopté un nouveau code pénal qui supprime la peine de mort de sa législation et plusieurs autres pays, notamment le Mali, sont en train d’étudier la possibilité de supprimer le recours à la peine de mort dans le cadre d’une révision de leur législation.

2010 sera de l’Afrique en France La France souhaite célébrer l'Afrique tout au long de l’année 2010, qui coïncidera avec le cinquantième anniversaire de l'accession à l'indépendance de quatorze pays d'Afrique francophone. Nicolas Sarkozy a confié une mission sur cette question à l'ancien ministre de la Culture et de la Francophonie Jacques Toubon.

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Bernard Accoyer: « la Francophonie est un élément de résistance contre les forces du chaos »

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uvrant la 35e session de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a jugé que la Francophonie était "un élément de résistance contre les forces du chaos". "Le monde, c'est une banalité de le dire, est devenu multipolaire, donc volatile et instable, sans puissance unique capable d'exercer sa suprématie comme les EtatsUnis au XXe siècle", a déclaré M. Accoyer. "La Francophonie est un élément majeur en faveur de la solidarité et de l'intégration, un élé-

ment de résistance contre les forces du chaos". Il a fait valoir l'attachement de la France à la Francophonie, en soulignant que depuis un an elle était "inscrite dans la Constitution française" et demeurait "plus que jamais une des priorités de la politique de la France". "Plus que jamais, a-t-il dit, les valeurs qui sont les siennes et au premier rang la défense de la diversité des cultures et du dialogue interculturel sont appelées à jouer un rôle majeur dans un monde où l'intégration des économies va trop souvent de pair avec l'exacerbation des identités et des rivalités".

Pour lui, la Francophonie "permet de dépasser le cadre national et les actions bilatérales traditionnelles pour mettre en oeuvre une dyna-

Bernard Kouchner 30 crée un label France à l'étranger L

ème

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e ministre des Affaires étrangères français Bernard Kouchner a annoncé une vaste réforme de son ministère pour l'ouvrir à la société civile, ainsi que la création d'un label "Institut français", pour mieux vendre la culture française à l'étranger. Il s'agit "d'une évolution majeure" pour que "la France soit plus forte, plus efficace, plus audacieuse", a souligné Bernard Kouchner. Pour "lutter contre la dispersion des moyens", une agence à Paris se substituera avec des moyens renforcés à

l'actuel opérateur d'événements CulturesFrance. Cette agence, qui va bénéficier de 40 millions d'euros, prendra le nom d'"Institut français", apposé aussi aux centres culturels dans le monde, de manière à donner un "label" à l'exportation de la culture française à l'étranger, à l'instar de ce qui existe avec les instituts allemands Goethe, espagnols Cervantes ou anglais British council. Bernard Kouchner veut aussi mettre de "nouveaux visages" sur la diplomatie française, avec un rajeunissement des ambassadeurs, une "égalité des chances" pour l'accès des femmes et des minorités, et "l'ouverture du ministère à des compétences extérieures".

mique qui accorde toute sa place à un travail en réseau fondé sur le partenariat entre une multitude d'acteurs diversifiés".

anniversaire de l’AIMF

’ A s s o c i a t i o n Internationale des Maires Francophones fêtera ses 30 ans à Paris le 2 octobre avec, le matin, une séance solennelle d’ouverture au Petit Palais puis des réunions de travail l’après midi à l’Hôtel de Ville. Le dialogue des cultures a été retenu comme thème de cette importante rencontre. Sont attendus plus de 200 élus locaux francophones issus du monde entier ainsi que des représentants de collectivités locales non francophones mais liés à des villes membres de l’AIMF, telles San Francisco, Chicago ou l’Organisation des Villes Arabes. Parmi les invités d’honneur, Jacques Chirac, cofondateur de l’AIMF en 1979, et Jorge Sampaio, Haut représentant de l'ONU pour l'Alliance des civilisations. Les participants présenteront leur savoir faire en matière de dialogue interculturel et de gouvernance. La XXIXème Assemblée générale de l’AIMF se tiendra ensuite, le 3 octobre.

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médiathèque spécialisée en sciences de l’éducation. Les instituteurs en formation reçoivent des livrets pédagogiques, un lecteur mp3 contenant des supports audio, une grammaire et un dictionnaire.

IFADEM est appelée à être étendue dès 2010 à l’ensemble du Bénin mais aussi à d’autres pays intéressés par le dispositif de formation qu’elle propose.

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« Arrimer la Thaïlande à l’OIF »

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e directeur du Bureau régional AsiePacifique de l'OIF, Patrice Burel, s’est rendu à Bangkok pour rencontrer des diplomates et des représentants du monde enseignant. Il s’agissait de la première visite officielle en Thaïlande d’un délégué de l’OIF depuis l’adhésion du royaume en tant que membre observateur de l'organisation. "Nous allons faire en sorte d’arrimer la Thaïlande à l’OIF", a indiqué Patrice Burel à l’issue de la réunion au cours de laquelle il a passé en revue des thèmes tels que le programme de valorisation du français en Asie du Sud-Est, l’amélioration de l’offre de formation, le perfectionnement du niveau de français des diplomates et des magistrats, le renouvellement des enseignants, ou encore le renforcement de la coopération universitaire. L’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) représente un réseau de 650 universités dans le monde, parmi lesquelles ne figurent encore que quatre universités thaïlandaises. "Cela crée un appel d’air formidable pour les étudiants du secondaire, et c’est là que gît le potentiel", estime Patrice Burel qui vante

Jeux Olympiques d’hiver

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e Secrétaire général de la Francophonie Abdou Diouf, a nommé M.Pascal Couchepin Grand témoin de la Francophonie pour les Jeux olympiques d’hiver de Vancouver en 2010. Actuellement conseiller fédéral suisse chargé du département fédéral de l’Intérieur, M.Couchepin a été président de la Confédération Suisse en 2003 et 2008. Il succède dans son nouveau poste à l’ancien Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin (Jeux Olympiques de Pékin en 2008), à Lise Bissonnette (Jeux Olympiques de Turin en 2006) et à Hervé Bourges (Jeux Olympiques d’Athènes en 2004). La mission qui lui est confiée trouve son fondement dans le nécessaire respect de la règle 24 de la Charte Olympique qui confère au français le statut de langue officielle des Jeux Olympiques.

également l’efficacité des classes bilingues : "Les classes bilingues marchent très bien et produisent des francophones solides". Le nombre de Thaïlandais francophones serait estimé entre 500.000 et 600.000, soit 0,8% de la population, tandis qu’il tourne autour de 0,7% au Vietnam, au Laos et au Cambodge, selon Patrice Burel. "Le chiffre n’a de toute façon jamais été élevé dans ces pays, contrairement aux idées reçues, précise-t-il. En tout cas, on ne parle pas mieux l’anglais que le français en Asie du Sud-Est". L’inscription de la Thaïlande à l’OIF lui permet avant tout d’intégrer les programmes de coopération de l’organisation. "Il n’y a pas de conditions particulières pour adhérer à l’OIF, dit M.Burel. Il suffit qu’un pays ait un lien fort avec la langue française et adhère à l’esprit de la démocratie et du respect des droits de l’Homme ».

Une maison de la francophonie à Lyon

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epuis l'année dernière, Lyon bénéficie de la première maison de la francophonie en province. Pour Erick Roux de Bézieux, son président, "cette installation marque la reconnaissance pour notre agglomération, qui depuis près de 110 ans, est l’une des villes françaises les plus actives dans le monde francophone… sans que les Lyonnais en soient d’ailleurs conscients !" La maison de la francophonie a pour mission, sur le territoire de la région RhôneAlpes, d’informer, de fédérer les initiatives et d’animer un véritable réseau d’idées et d’influences autour de projets francophones : animations, culture, amélioration du lien social, développement des échanges économiques, partage d’expériences.

« Audacieux et revendicatifs »

IFADEM, au Bénin ’initiative francophone pour la formation à distance des maîtres, a été lancée au Bénin en présence du Secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf. Ce sont près de 500 instituteurs qui vont bénéficier de ce dispositif qui vise à renforcer leurs compétences en enseignement du français et à faciliter leur professionnalisation. Dans sa phase d’expérimentation, IFADEM concerne quatre pays : le Bénin, le Burundi dont le dispositif a été lancé en avril 2009, Haïti et Madagascar, soit environ 3000 instituteurs exerçant dans des zones rurales ou enclavées. Des équipes nationales composées de rédacteurs, animateurs, tuteurs et experts en contenus internet éducatifs conçoivent les modules de formation selon les méthodes traditionnelles, complétées par l’utilisation des nouvelles technologies de l’information. Les « Espaces IFADEM », installés dans des zones rurales, sont équipés d’une vingtaine d’ordinateurs sous logiciels libres et d’une

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'Association pour la Promotion de la Francophonie en Flandre (APFF) a réagi au quart de tour au message du Secrétaire général de l'OIF, Abdou Diouf, appelant les francophones à se montrer audacieux et revendicatifs. "L'opportunité est trop belle pour ne pas la saisir!" précise Edgar Fonck, directeur de l'APFF, dans le numéro "spécial francophonie" des "Nouvelles de Flandre". L'APFF lance à son tour un appel à la Francophonie pour qu'elle "relaye et appuie les prises de positions des plus hautes instances internationales (ONU, Conseil de l'Europe), ainsi que de la Presse mondiale, en faveur des Francophones de Flandre". Et de poursuivre: "L'Organisation internationale de la

Francophonie souffrirait-elle d'aphonie? Les quelque 300.000 Francophones de Flandre, en tout cas, n'entendent pas le son de sa voix, alors que leur sort, et donc celui de la culture française en Flandre, va se jouer dans les mois qui viennent. (…) La présence de l'importante minorité francophone en Flandre a été reconnue par le Conseil de l'Europe. Cette minorité, la Flandre refuse de la reconnaître. La Flandre d'ailleurs n'a toujours pas ratifié la convention-cadre sur la protection des minorités. Les Francophones de Flandre ne demandent vraiment pas grand-chose. Ils sont pratiquement tous bilingues. Forcément puisque tous les rapports avec l'administration publique ont nécessairement lieu en flamand. Sauf dans les

communes de la périphérie de Bruxelles où l'on a prévu un régime 'à facilités' continuellement contesté du côté flamand. La Francophonie, qui représente 200 millions de Francophones dans le monde, n'aurait rien à dire s'il était porté atteinte aux droits démocratiques des Francophones en Flandre? Elle ne joindrait pas sa voix à celles des instances européennes ? Les atteintes aux libertés n'existent pas exclusivement dans les pays africains ou asiatiques, où elle n'hésite pas à intervenir! L’APFF n'entend nullement remettre en cause le statut linguistique de la Flandre. Elle veut simplement que le français, l'une des langues officielles de la Belgique, ait droit de cité en Flandre au même titre que toute autre langue.


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Fusion de Tamedia et Edipresse

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eux des plus importants groupes de presse suisses, Edipresse (Lausanne) et Tamedia (Zurich), ont décidé de fusionner leurs activités en Suisse, d'ici 2013, en "une société unique capable de répondre aux défis du marché". Les activités internationales du groupe Edipresse, présent dans 18 pays d'Europe et d'Asie, ne sont pas concernées. "Dans un premier temps, Tamedia acquiert 49,9% de la société PPSR représentant l'essentiel des activités d'Edipresse en Suisse. Dans un deuxième temps, Tamedia achètera 0,2% supplémentaires de PPSR début 2011, puis les 49,9% restants début 2013", selon le communiqué. "Une partie du prix de la dernière tranche d'acquisition sera payée en actions, de sorte qu'Edipresse deviendra un actionnaire important de Tamedia", ont ajouté les deux sociétés. "Ce n'est pas une opération finan-

gue de Tamedia. Éditeurs l'un en Suisse alémanique, l'autre en Suisse romande francophone, de titres régionaux, journaux dominicaux, magazines, quotidiens gratuits ainsi que de nombreux sites web, Edipresse et Tamedia estiment disposer de "portefeuilles complémentaires" et pouvoir offrir aux annonceurs

cière mais la meilleure solution pour assurer la survie à long terme de nos titres", a déclaré Pierre Lamunière, président du conseil d'administration d'Edipresse, en soulignant que la fusion offre une structure d'actionnariat "suisse, stable et professionnelle". "Ensemble, nous pourrons mieux faire face aux changements structurels dans les médias et à la concurrence étrangère", a renchéri Pietro Supino, son homolo-

Le ministre de la Communication du Togo

En Suisse romande francophone, compte tenu du potentiel du marché publicitaire, les deux sociétés veulent "fusionner dès que possible" leurs gratuits 20 Minutes et Le Matin Bleu en un nouveau gratuit tirant à 210.000 exemplaires. "Cette fusion n'aura pas d'impact sur le personnel, en dehors des gratuits" où une vingtaine d'emplois seront supprimés sur les 70 actuels des deux titres, a assuré Tibère Adler, directeur général d'Edipresse. Avec un chiffre d'affaires estimé à 1,25 milliard de francs suisses (843 millions d'euros), le nouveau groupe se placera au 4ème rang national derrière Publigroupe, SSR SRG idée suisse et Ringier. Il emploiera 3.700 personnes dont 1.300 journalistes, et éditera douze quotidiens payants, pour des tirages cumulés de 700.000 exemplaires.

"des services plus performants et des offres plus aptes à satisfaire leurs besoins".

Genève, capitale du journalisme d’investigation

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a ville de Genève organisera du 22 au 25 avril 2010 la 6ème conférence mondiale sur le thème du journalisme d’investigation, après Lillehammer (2008) et Toronto (2007). Il s’agit d’une initiative mondiale lancée à l’origine par l’association américaine Investigative Reporters and Editors (IRE), dont le principe est le travail en commun de réseaux de journalistes sur des thèmes transnationaux. Un comité d’organisation s’est constitué autour du Club suisse de la Presse qui mettra à disposition son secrétariat jusqu’à la tenue de la Conférence. Daniel Favre, président de la Section suisse, y représente l’UPF. Près de 600 journalistes suisses et étrangers sont attendus. Entre 60 et 100 ateliers thématiques seront organisés en parallèle, orientés sur la pratique de l’investigation en journalisme,

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avec des thèmes majeurs : crise financière, corruption, crime organisé, investigation dans le domaine du sport, enquêtes de consommation, recherche et exploitation de documents, etc. Des sessions seront consacrées à la narration, tous médias confondus : écriture d’une enquête longue, narration en télévision, publication de livres. Certains ateliers seront plus concentrés sur les aspects techniques (journalisme assisté par ordinateur, méthode des sciences de la sociologie appliquées en journalisme, technologies en matière de caméra cachée…) et d’autres sur les nouveaux modes de financement du journalisme d’investigation : Republica aux Etats-Unis, Bakchich ou Rue 89 en France. Cette Conférence sera l’occasion de tisser des contacts et de profi-

a notion de société émergea lorsque nos ancêtres vivant dans des grottes aux abords des grands lacs africains découvrirent ce qui allait devenir le ciment de toute vie commune : l'échange. Quelques millénaires plus tard, leurs descendants inventèrent la monnaie pour fluidifier ces échanges. L'économie était née. Puis au Moyen Age on inventa le crédit, c'est-à-dire l'introduction du rêve dans la logique de l'échange. D'ailleurs, on réalise aujourd'hui, avec la crise, combien la substitution exagérée du virtuel au réel a déstabilisé nos économies, fautives d'avoir falsifié le mécanisme de l'échange. Mais si le facteur déstabilisant dans le monde de la finance a été l'importance exagérée donnée au crédit et aux manipulations financières, dans le monde des médias et des industries culturelles, le virus, c'est le gratuit ou plutôt le leurre du gratuit. Notre télévision commerciale est née de la privatisation des télévisions publiques. Elle a cru bon de garder la pratique de l'accès gratuit et de fonder son financement sur la publicité. Ce faisant, elle se mettait dans une autre logique que celle de l'échange, elle était prisonnière du monde de la publicité. D'où les dérives, Audimat, « pipolisation », etc. André Rousselet, lui, créa Canal+ sur la logique de l'échange. Il fut soit moqué, soit vilipendé. Devant le succès du commercial, le service public lui-même emboîta le pas, encouragé par les pouvoirs politiques. Il s'enfonça du coup dans une logique qui

Oulégoh Kéyéwa : « La formation mettra fin à la désinformation »

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umeur et information, les lecteurs ont bien du mal à s’y retrouver. Le ministre de la Communication du Togo, Oulégoh Kéyéwa, juge la situation de la presse togolaise « dangereuse ». Dans un entretien accordé à republicoftogo.com, il explique que tout repose sur la formation des journalistes. Republicoftogo.com : Comment parvenir à une presse de qualité au Togo et mettre ainsi un terme à une désinformation quasi-permanente? C’est vrai que c’est un vrai problème. Certains journalistes écrivent à partir de simples rumeurs. Vous savez, généralement c’est le « non dit » qui amène les gens à vouloir combler le vide. Nous sommes en train justement d’envisager des réunions de travail avec les responsables des organes de presse afin que nous puissions arriver à juguler ce phénomène vraiment dangereux. Il y a des gens qui écrivent juste pour avoir leurs piges, sans réel professionnalisme. C’est une violation de droit qui demande que nous nous concertions avec l’Observatoire Togolais des Médias (OTM), le Conseil du patronat, l’Union des journalistes indépendants du Togo pour trouver ensemble des solutions. La vérité c’est que la plupart de ceux qui écrivent dans nos journaux, même s’ils font des efforts, n’ont pas reçu de formation adéquate. Je pense que si nous arrivons à former les journalistes et à les rendre plus professionnels, nous parviendrons à résoudre ce problème. En ce qui concerne cette formation, avez-vous un calendrier prévisionnel ?

ter d’une vraie formation conti-

Oulégoh Kéyéwa : Pas encore. Nous souhaitons nous rapprocher de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) ainsi que d’autres partenaires comme le PNUD pour rassembler les moyens financiers nécessaires permettant de débuter cette formation.

nue, pratique et concrète.

Non à la commercialisation du gratuit n'était pas la sienne ! Fascinés par la manne publicitaire, certains journaux et magazines suivirent le mouvement allant jusqu'à mettre la publicité en tête de toutes les recettes. Puis le monde publicitaire fit un pas de plus : croyant avoir capturé économiquement celui de la presse, il lança la mode des « gratuits ». Souvent, il ne s'agit plus de « vrais journaux », mais d'annonces publicitaires dont les informations ne sont que les produits d'appel. La logique du journalisme s'est ainsi retournée avec, bien sûr, un choc en retour sur les recettes des journaux. Au milieu de tout cela apparurent Internet et tous les produits dérivés qu'il a accueillis, avec une logique générale : la gratuité. Les journaux, toujours à l'affût de nouveaux supports, se sont investis dans Internet avec la même logique, celle du financement assuré par la pub. Des produits culturels ont été mis sur Internet avec l'objectif d'une redevance, mais rapidement tout a été piraté, copié, multiplié au nom de la gratuité. Les jeunes ont répondu à cette mode par un engouement enthousiaste, déçus qu'ils étaient par le monde réel et cherchant refuge dans un virtuel préfor-

maté. Ils n'ont pas réalisé que, chemin faisant, sous couvert de modernisme, ils se mettaient dans un état d'aliénation vis-à-vis des marchands de tuyaux. La publicité n'est pas une mauvaise chose en soi, contrairement à ce que voudraient affirmer les puristes. Elle aide le consommateur à s'informer et à choisir. Mais elle a une logique propre. Elle sélectionne ses canaux en fonction d'une logique qui n'est pas d'informer, mais de convaincre et d'orienter un choix. C'est un accélérateur de l'économie. Ce n'est pas la logique à laquelle les médias doivent obéir. Comme l'a bien montré Maurice Godelier dans son livre « L'énigme du don », la gratuité sans échange doit rester un monopole de la collectivité, de l'Etat, qui l'organise de manière à préserver l'équité. Si le don n'est pas un échange, il aliène celui qui reçoit et détruit le lien social. La crise a fait apparaître en pleine lumière toutes ces déviances. Les télévisions commerciales sont plongées dans des difficultés qui ne feront que croître, les journaux également. On voit les champions de l'Internet gratuit comme le New York Times ou le Wall Street Journal revenir à

l'échange et songer à étudier les moyens de faire payer le contenu de leurs sites. Ceux qui résistent le mieux à la crise sont ceux qui sont dans la logique de l'échange, Canal +, bien sûr, pour les télés, Le Canard enchaîné pour les journaux! Dans ce paysage dont on ne voit que les premiers bouleversements, il y a des motifs de satisfaction. Le premier est la suppression de la publicité sur les chaînes de télévision publiques. L'Etat exerce là son monopole de la gratuité et remet cette télévision dans une logique qu'elle n'aurait jamais dû quitter. On en voit déjà les premiers effets positifs. Le deuxième concerne la presse écrite. Le gouvernement a bien fait d'organiser ces états généraux et de préparer des mesures qui, comme l'a bien expliqué Laurent Joffrin, devraient rendre la presse plus indépendante. Enfin, dernière péripétie, la loi Hadopi. C'est la première tentative pour organiser enfin cette jungle inextricable qu'est devenu Internet. Quelles que soient ses imperfections techniques, cette loi a plusieurs mérites. D'abord, d'engager enfin la démarche de régulation d'Internet : faire entrer ce merveilleux outil dans les règles. Ensuite, de souligner que le moteur du progrès, c'est la création, qui doit être rémunérée et protégée. La gratuité dans le circuit commercial est un leurre qui, à terme, est une aliénation de l'esprit et un encouragement à la paresse intellectuelle.

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Claude Allègre « Le Point »


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Bruno Frappat : « les journalistes ne sont ni des flics ni des juges » Bruno Frappat, ancien directeur de la rédaction du Monde (1991-1994), a quitté la présidence du directoire du groupe catholique Bayard Presse le 30 juin, après avoir dirigé le quotidien La Croix de 1995 à 2005. Il sera remplacé par Georges Sanerot, entré à Bayard en 1994. Bruno Frappat vient de former un groupe de onze professionnels chargés de rédiger un code de déontologie pour les journalistes.

Vous venez de former un groupe chargé de rédiger un code de déontologie s'appliquant à l'ensemble des journalistes, qui sera soumis à la ratification des partenaires sociaux pour être annexé à la convention collective des journalistes. Comment ce groupe s'est-il constitué ? La création de ce groupe était une préconisation du pôle sur l'avenir des métiers du journalisme, que je présidais au sein des états généraux. Comme je constatais une certaine passivité sur le sujet, j'ai pris sur moi de m'auto-désigner comme sélectionneur d'une équipe de onze personnes, dont la désignation doit tout à mon arbitraire personnel... Nous n'avons absolument aucune espèce de légitimité, et c'est tant mieux ! Comment faire pour que les partenaires sociaux adhèrent à ce texte ? Rien n'est perdu d'avance. Si nous sortons un texte simple, clair, pratique, lumineux, équilibré, ils auront à coeur de le faire figurer en annexe de la convention collective. Il faut qu'il soit le plus court

possible, comme les Dix Commandements, par exemple ! Car il n'y a pas que les partenaires sociaux qui sont concernés par ce code. Il y a d'abord et surtout les publics de nos journaux, télés, radios, sites Web. Ils attendent une clarification de notre part. L'Elysée est favorable à l'adoption d'un tel code. Ne va-t-on pas vous reprocher d'être manipulé?

l'information y était noyée dans le commentaire. La nouveauté, c'est la pluralité des médias. Le discrédit de la presse est souvent lié à celui d'un média dominant. Vous pouvez faire tous les bons papiers que vous voulez, si, par ailleurs, sur une chaîne de télévision de grande audience, un journaliste réalise une fausse interview, cela rejaillira sur l'ensemble de la profession. Je demande que l'on ne pratique pas l'amalgame avec les médias.

Dans cette affaire, si j'avais eu, à quelque moment que ce soit, l'impression que mon indépendance personnelle était en cause et que j'étais un élément du système Sarkozy, j'aurais immédiatement mis les pouces. La crise de confiance est-elle si grave que cela? La presse est-elle si mauvaise ?

Si le code de déontologie est adopté, faudra-til une instance pour le faire respecter ? Je suis contre une police déontologique. Quelle serait sa légitimité ? Par qui serait-elle désignée ? Par le pouvoir politique ? Par les syndicats ? Si la charte est annexée à la convention collective, elle entrera dans le cadre du droit du travail.

Une étude un peu sérieuse des journaux d'aujourd'hui comparés à ceux de l'entre-deuxguerres ou de l'immédiat après-guerre tournerait à l'avantage de la presse contemporaine. A la Libération, ils étaient plus nombreux, mais fortement idéologisés, et

Quels thèmes doivent être abordés en priorité? Le rapport à l'argent, la différence entre information et communication, le rapport à la publicité, le respect de la vie privée, les dangers de la mise en scène. Redire que les journalistes ne sont ni des

VIIème PRIX « PRESS CLUB, HUMOUR ET POLITIQUE »

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our la septième année, le jury du Prix « PRESS CLUB, HUMOUR ET POLITIQUE » s’est réuni sous la présidence de Jean MIOT. Ce Prix, qui récompense en France l’auteur de la phrase la plus hilarante de l’année, qu’il s’agisse indistinctement d’humour volontaire ou involontaire, avait été attribué l’an passé aux ministres JeanLouis Borloo pour « Sarkozy, c’est le seul qui a

été obligé de passer par l’Elysée pour devenir Premier Ministre », et Xavier Bertrand, Prix Spécial du Jury, pour « Le parti socialiste est un parti sans leader, François Bayrou est un leader sans parti ; ils sont faits pour fusionner ». Parmi les quinze « petites phrases » collectées depuis un an, le lauréat 2009 a été désigné au Press Club de France, le 29 juin dernier, en pré-

sence de André Santini, parrain de ce prix … qu’il a trop souvent remporté ! Le jury a finalement attribué le Prix au Maire de Paris, Bertrand Delanoë « Le vrai changement au PS, ce serait de gagner », à l’évidence un modèle d’humour politique. Une mention spéciale a été attribuée à Guillaume BACHELET, Secrétaire National à l’industrie du PS : « La présidentielle, Hollande y pense en nous rasant ».

Mmes Hélène Carrère d’Encausse et Soumia Belaidi Malinbaum, MM. Hubert Védrine, Francis Balle et Greg Germain ont été nommés au conseil d’administration de la société Audiovisuel extérieur de la France, en qualité de personnalités indépendantes et ce pour une durée de cinq ans.

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flics ni des juges. Et l'aspect de vérification, sous les coups de boutoir du Web et de l'immédiateté, devient un vrai sujet. Vous quittez la présidence du directoire de Bayard après avoir passé quinze ans dans cette maison. Quel bilan en tirez-vous ? J'aurais préféré partir dans une période plus florissante pour la presse, mais on ne choisit pas son âge. J'ai trois éléments de fierté principaux. Je crois avoir contribué à bien installer La Croix dans le panorama de la presse quotidienne de qualité. C'est l'un des rares journaux dont la diffusion augmente depuis dix ans. C'est aussi le seul quotidien dirigé par une femme, Dominique Quinio. En tant que gestionnaire, j'ai consolidé Bayard par le transfert de la caisse de retraite à un autre organisme et par le déménagement à Montrouge, qui nous fait économiser 3 millions d'euros chaque année sur le bail. Comment expliquez-vous

le succès de La Croix ? Le journal a cessé de raser les murs, d'avoir un petit scrupule d'être catholique. Il a choisi le centre de la cible en termes de public. La Croix est fait par une équipe peu nombreuse, mais ardente et attachée au titre et à son public. La formule est compacte et vise à l'essentiel. La pagination est restreinte ; on ne s'égare pas dans l'accessoire. La relation avec le public est marquée par beaucoup de proximité. Nous nous sommes débarrassés du suivisme de l'actualité. Nous faisons les "unes" qu'on veut, en privilégiant nos sujets, en faisant un journal d'hyperchoix. Il est vrai que nous avons 92 % d'abonnés. Nous commençons à nous approcher de l'objectif que je m'étais fixé, c'est-à-dire une diffusion payée de 100 000 exemplaires. Propos recueillis par Xavier Ternisien « Le Monde »

L'institut français de journalisme rejoint l'École Multimédia

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'institut français de journalisme, école de formation initiale au journalisme créée en 2003, a décidé de rejoindre l'Ecole Multimédia dans le cadre d'un partenariat entre les deux institutions. La direction opérationnelle de I'IFJ est confiée à Rémy Galland, directeur général de l'Ecole Multimédia, assisté de Jean Augonnet, co-fondateur de I'IFJ et ancien directeur de l'institut pratique de journalisme (IPJ). L'institut français de journalisme rejoint donc les locaux de l'Ecole Multimédia, au 201 rue SaintMartin Paris (3e) où seront assurés les cours et les travaux pratiques dès la rentrée d'octobre 2009. La sélection d'entrée en première et en deuxième années se déroulera jeudi 17 septembre prochain. Ce partenariat a pour objectif de renforcer la qualité pédagogique de I'IFJ en lui permettant de coller de plus près aux réalités professionnelles, tout en affirmant sa vocation : former des journalistes de terrain, familiarisés avec le traitement de l'actualité locale, aptes à travailler sur tous les supports notamment dans le cadre de publications plurimédia. Pionnière dans le domaine des nouvelles technologies, l'Ecole Multimédia a eu dès son origine l'objectif de faciliter la formation des personnels d'information au travail sur les nouveaux supports. Animée par des journalistes, graphistes et informaticiens, elle a décidé de relever avec I'IFJ le défi de la formation des "nouveaux journalistes".

MEDIATHÈQUE La Fédération nationale des journalistes algériens, nouvellement constituée (Abdenour Boukham- kham en est le secrétaire général), s’est fixé un plan d’action précis, avec l’élaboration d’une convention collective, la révision du code de l’information et la mise en place d’une mutuelle de la presse. La journaliste marocaine Loubna Anaki, étudiante au CELSA (Ecole des hautes études en sciences de l'information et de la communication) à Paris, a gagné la bourse "Jean Darcy 2009" de France Télévisions, dans la catégorie rédacteurreporter. Cette bourse, qui permet aux lauréats d'intégrer pendant six mois les rédactions nationales de France 2 et de France 3. Après des études à l'Institut Supérieur de l'Information et de la Communication (ISIC) de Rabat, la lauréate a décidé de compléter sa formation en intégrant le master 2 du CELSA.

Carnet Le journaliste, écrivain et critique littéraire Pol Vendromme, est décédé en Belgique à l’âge de 82 ans. Il fut directeur-rédacteur en chef du journal Le Rappel à Charleroi. Décès de Dieudonné Amadou Alpha Sow, ancien journaliste et Secrétaire général du ministère de la Communication et des Nouvelles Technologies du Mali depuis 2002. Pierre Jeantet, président du directoire du Groupe Sud Ouest, a été élu à l’unanimité à la présidence du Syndicat de la presse quotidienne régionale (SPQR) pour un mandat de trois ans. Il succède à Jean-François Caillard. Abdelfettah Fakihani, journaliste au bureau de l'AFP à Rabat, est décédé à l’âge de 60 ans. Il travaillait à l'AFP depuis 1995 mais avait commencé sa carrière comme professeur de français avant d’être emprisonné durant 15 ans pour ses convictions politiques, sous le règne du roi Hassan II. Abdelfettah Fakihani était l'auteur de plusieurs ouvrages dont un recueil de poèmes et un livretémoignage sur ses années de détention, Le Couloir.

Journal de Genève est accessible sur Internet

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a collection complète du Journal de Genève est désormais accessible gratuitement sur Internet. Dans le cadre de son 10e anniversaire, Le Temps a mis en ligne les deux millions d'articles composant les archives de feu le quotidien genevois. Les internautes ont libre accès au corpus, qui compte 172 années de parution (1826-1998) et 550 000 pages imprimées. C’est la première fois en Suisse que la totalité des archives historiques d'un quotidien francophone est numérisée. En Suisse alémanique, seule la Neue Zürcher Zeitung a fait la démarche mais ses archives ne sont pas ouvertes au grand public, a précisé Virginie Fortun, directrice du projet au Temps. Entreprise en 2006, cette opération a été réalisée en collaboration avec la Bibliothèque nationale suisse et la Bibliothèque de Genève. Les deux institutions sont dépositaires aux côtés du Temps des trois jeux d'archives encore complets du journal. Les deux bibliothèques ont aussi participé au financement du projet aux côtés de mécènes. Le coût de l'entreprise s'est monté à 600 000 francs, soit environ un franc par page, a précisé Virginie Fortun. La publicité devrait couvrir les frais de maintenance du site.


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Les dessous noirs et roses de « la NRF »

Cioran en amoureux de la France

Fondée en 1908 par André Gide, La Nouvelle Revue française est racontée, vue des coulisses, par un archiviste impertinent.

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e premier numéro de La NRF est daté du 15 novembre 1908, quatrevingt-huit pages composées en caractères Antée. Ainsi commence l'épopée de La NRF ! Le plus étonnant est qu'il n'y a nulle mention d'éditeur sur la couverture. Aujourd'hui, cent ans plus tard, La NRF existe toujours. Son histoire rassemble tout ce qu'il y a de plus excitant en littérature dans l'entre-deux-guerres, de Paul Valéry à André Malraux, de Gide à Aragon, et jusqu'à Patrick Modiano et Le Clézio aujourd'hui. Les moments les plus stupéfiants se situent aussi autour de l'arrivée du professeur du Havre JeanPaul Sartre, que Céline appelait « l'agité du bocal ». Et du jeune journaliste Camus, venu d'Alger. Avec dans ses bagages le manuscrit de « L'étranger ». La NRF a le génie de réunir les contraires et des écrivains qui se détestent et qui reposent sur la même page. S’il y a des querelles de chapelle, l'endroit ressemble plutôt à un Vatican, béni par le protestant Gide. Quel paradoxe. Catholiques et communistes, surréalistes (Breton, Daumal) ou panthéistes (Giono) coexistent d'une colonne à l'autre. Les poètes (Eluard ou Henri Michaux) et les gens de théâtre (d'Artaud à Marcel Aymé) contribuent également au rayonnement de la revue. Au quotidien, la vie de cette tribu est très « enchevêtrée », et

parfois cannibale. Les bureaux de La NRF sont d'une apparence calme mais c'est aussi un théâtre de vaudeville, avec portes qui claquent, dagues derrière le rideau. Le récit d'Alban Cerisier est coloré, piquant, ironique, documenté. Le plus mystérieux personnage, c'est Gaston, le patron. Dans la pénombre douce de son bureau, Gaston Gallimard, apparemment placide, se révèle d'une habileté et d'une perspicacité supérieures pour manoeuvrer, contrôler, calmer, apaiser, poursuivre. Jamais dupe, mais jamais non plus passif. Il confie les clés de la revue à des « politiques ». Ils sont tous de la race des éminences grises, notamment Jacques Rivière et Jean Paulhan. Ce sont ces hommes de l'ombre qui imposent en douceur et avec doigté. Jamais la littérature n'est perdue de vue. Du Front populaire à la défaite de juin 40, les affrontements deviennent âpres entre écrivains de gauche et de droite. Alban Cerisier ne cache rien, au contraire, des divisions idéologiques, des fractures, des querelles et aussi des grandes convulsions de fond à partir de 1934. Tout se hérisse, les rivalités se multiplient, ainsi que les crocs-enjambe et les manoeuvres sournoises. Prévost n'épargne pas Gide, Arland ne supporte pas les engagements surréalistes, Claudel fulmine contre Sartre. Les prises de position de Gide, si

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courageuses concernant le stalinisme ou le colonialisme, suscitent remarques acerbes, chantages de certains auteurs, haines personnelles, tandis qu'à l'extérieur on désigne La NRF comme un repaire d'homosexuels et une machine à démolir les valeurs sacrées de famille et de patrie. Les jeux compliqués d'un Paulhan pour sauver La NRF du suicide fasciste dans les terribles années 1941 et 1942 sont étonnants à suivre. Un vrai roman policier. Manipulateur, tireur de ficelles et maître du double jeu entre résistants et collabos, Jean Paulhan, personnage clé dans les moments délicats, un peu Javert et un peu Talleyrand, utilise tou-

Dès 1650 à Versailles à la cour du Roi Soleil. Demain sur votre table. Champagne des vignobles de Christian Busin à Verzenay. Tél : 33 (0) 6 12 47 59 89

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

tes les ruses possibles pour sauver les beaux meubles de la revue. On comprend, avec ce livre, les calculs audacieux de Gaston Gallimard, soucieux de donner des gages à Vichy et à l'occupant en laissant NRF devenir une vitrine pronazie pour mieux préserver la maison d'édition et surtout éviter la fermeture pure et simple. Le travail d'Alban Cerisier est extraordinairement riche en anecdotes, choses vues, ou reconstituées. Il y a un vrai « suivi » sismographique des vacillations idéologiques des écrivains NRF entre juin et décembre 1940. Beaucoup de précisions très neuves et inédites sur les débuts de la revue. Aussi, nombre de révélations et de corrections par rapport à la légende dorée. Enfin, comme La NRF poursuit son travail chaque année, elle offre ce mois-ci un inédit de Jonathan Littell, l'auteur sulfureux des «Bienveillantes». Cet Américain (naturalisé français) hors norme réfléchit sur la lecture et l'écriture en reprenant des textes d'un des critiques littéraires de La NRF, Maurice Blanchot, qui, luimême, commença à rédiger ses articles dans des revues d'extrême droite... Avec les écrivains, tout, toujours, se complique... Sans oublier le rôle de Ramon Fernandez, ayant basculé de La NRF au PPF de Doriot, qui est tout à fait dans l'actualité grâce au travail d'archiviste de son fils Dominique. Jacques-Pierre Amette « Le Point »

« Une histoire de La NRF », d'Alban Cerisier, éditions Gallimard, 612 pages, 25 euros

e portrait inédit de la France fut écrit en 1941, au coeur des années sombres, par Emile Cioran, philosophe roumain qui adopta la langue française par la suite pour rédiger ses nombreux ouvrages. Cet amoureux de la France, né en 1911 en Roumanie, mort à Paris en 1995, dissèque à sa façon les grandeurs et petitesses d'une nation qui le fascine. « La vie - quand elle n'est pas souffrance - est jeu. Nous devons être reconnaissants à la France de l'avoir cultivé avec maestria et inspiration. C'est d'elle que j'ai appris à ne me prendre au sérieux que dans l'obscurité et, en public, à me moquer de tout. Son école est celle d'une insouciance sautillante et parfumée. La bêtise voit partout des objectifs ; l'intelligence, des prétextes. Son grand art est dans la distinction et la grâce de la superficialité. Mettre du talent dans les choses de rien c’est-à-dire dans l'existence et dans les enseignements du monde - est une initiation aux doutes français. [...] Tant que la France parvenait à transformer les concepts en mythes, sa substance vive n'était pas compromise. La force de donner un contenu sentimental aux idées, de projeter dans l'âme la logique et de déverser la vitalité dans des fictions-tel est le sens de cette transformation, ainsi que le secret d'une culture florissante. Engendrer des mythes et y adhérer, lutter, souffrir et mourir pour eux, voilà qui révèle la fécondité d'un peuple. Les "idées" de la France ont été des idées vitales, pour la validité desquelles on s'est battu corps et âme. Si elle conserve un rôle décisif dans l'histoire spirituelle de l'Europe, c'est parce qu'elle a animé plusieurs idées, qu'elle les a tirées du néant abstrait de la pure neutralité. Croire signifie animer. [...] L'arrachement aux valeurs et le nihilisme instinctif contraignent l'individu au culte de la sensation. Quand on ne croit à rien, les sens deviennent religion. Et l'estomac finalité. Le phénomène de la décadence est inséparable de la gastronomie. Un certain Romain, Gabius Apicius, qui parcourait les côtes de l'Afrique à la recherche des plus belles langoustes et qui, ne les trouvant nulle part à son goût, ne parvenait à s'établir en aucun endroit, est le symbole des folies culinaires qui s'instaurent en l'absence de croyances. Depuis que la France a renié sa vocation, la manducation s'est élevée au rang de rituel. Ce qui est révélateur, ce n'est pas le fait de manger, mais de méditer, de spéculer, de s'entretenir pendant des heures à ce sujet. La conscience de cette nécessité, le remplacement du besoin par la culture - comme en amour - est un signe d'affaiblissement de l'instinct et de l'attachement aux valeurs. Tout le monde a pu faire cette expérience : quand on traverse une crise de doute dans la vie, quand tout nous dégoûte, le déjeuner devient une fête. Les aliments remplacent les idées. Les Français savent depuis plus d'un siècle qu'ils mangent. Du dernier paysan à l'intellectuel le plus raffiné, l'heure du repas est la liturgie quotidienne du vide spirituel. La transformation d'un besoin immédiat en phénomène de civilisation est un pas dangereux et un grave symptôme. Le ventre a été le tombeau de l'Empire romain, il sera inéluctablement celui de l'Intelligence française. [...] « De la France » de Cioran, L'Herne, 96 pages, 9,50 euros

Un master trinational d’études européennes Le président de l’Organisation internationale de la francophonie, Abdou Diouf, a annoncé la création d’un master trinational d’études européennes. Essentiellement destiné aux personnels des institutions européennes, il sera délivré par les trois universités des trois capitales européennes, Luxembourg, Bruxelles et Strasbourg : « Notre organisation forme chaque année 12 000 personnes à la langue française : fonctionnaires, diplomates, juristes, journalistes… Il s’agit donc d’une action cohérente », précise Abdou Diouf. Roland Ries, maire de Strasbourg, a insisté sur la nécessité de soutenir l’usage de la langue française dans les institutions, tout en respectant la diversité linguistique et culturelle. Les trois capitales européennes figurent toutes sur des frontières linguistiques et peuvent partager leurs expériences du bilinguisme et de la connaissance de la langue du voisin, pour une meilleure compréhension et un respect mutuel.

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BB et la chasse aux phoques

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de l'image d'un bébé phoque avec sa maman. D'un bébé phoque qu'un chasseur s'apprêtait à abattre avec un gourdin pour en exploiter la peau et la fourrure. Comme avec les autres animaux que l'homme abat pour se nourrir ou pour se procurer des moyens de survivance. La nature ayant privé le phoque de pieds et de jambes mais l'ayant comblé d'une paire d'yeux et d'un pleur encore plus touchants que les plus grandes stars de cinéma, le tout dans un décor d’une blancheur immaculée, Brian Davis découvre l’image parfaite pour émouvoir le monde entier. Il tourne un film en couleur d'une quinzaine de minutes sur un geste qui semble jusque-là des plus anodins pour les pêcheurs des Iles-de-laMadeleine et de Terre-Neuve, à qui l'industrie de la fourrure offre de nouveaux horizons, tout en débarrassant la mer des prédateurs de nos poissons. La suite démontre qu'il aura visé juste. Il a fait des dollars comme aucun des financiers de Wall Street n’aurait pu l'imaginer. Mais dans les abattoirs, si les yeux étaient aussi touchants, si les caméras avaient le droit d'entrer, serait-ce si différent ? Nos pauvres petits cochons, nos jeunes veaux affectueux, nos poussins de Pâques, etc. BB est-elle allée les voir ? Si Mme Bardot voyait comment un phoque peut s'amuser à déguster en un clin d'oeil une morue, un saumon, un flétan ou un maquereau, elle aurait

raison de supplier le Premier ministre du Canada de tout faire pour arrêter cette « boucherie écoeurante ». Car c'est là que ça se passe, la boucherie, Madame. Ils en détruisent du poisson, les loups-marins, les gentils bébés phoques du printemps. Le pire, c'est qu'il s'agit du même poisson qu'on ne retrouve plus dans nos assiettes comme on en retrouvait il n'y a pas très longtemps, quand la chasse au phoque constituait un des facteurs importants de l'équilibre des fonds marins. Et voilà que le Parlement européen vient de voter une loi pour interdire l’importation de produits canadiens dérivés des phoques. Sauf pour les produits provenant de la chasse traditionnelle des autochtones. Comme si mourir sous le gourdin d’un autochtone n’était pas mourir ! Comme si le bœuf dont proviennent les filets mignons de l’Élysée et du Palais de Buckingham n’était pas mort sous les coups d’un tueur ! J'espère que la France et la Belgique, deux alliées dans notre Francophonie - puisque la majorité des communautés touchées par cette décision du Parlement Européen en font partie auront assez de jugement pour ne pas verser dans la même ignorance que Brigitte Bardot. Benoît Dugay Ancien vice-président International de l’UPF, Auteur de « Vers le Pôle Nord magnétique, d’après le journal de Marc Fafard ». Éditions Carte Blanche, Montréal

Notre mission

vous accompagner

dans toutes les de votre

au

Grandeur de la culture générale Les conséquences aberrantes de l'obsession de la discrimination

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auvre BB. Elle a fait un voyage « éprouvant » pour venir dire au Canada que tuer les phoques, c’est barbare. Comme si Brigitte Bardot ne mangeait jamais de cuisses de poulet ni de fesses de beaux petits porcelets ! Que BB accuse et se serve de son charme pour déformer la vérité sur la chasse aux phoques, cela se conçoit et je peux vous l'expliquer. Que certains journaux versent dans le mélodrame et que l’Union Européenne embarque dans ce bateau, cela me dépasse ! Fils de pêcheur, gars de la côte et du large devenu journaliste il y a près de 30 ans, de toute évidence, comme les chasseurs de phoques, je n'ai pas la force médiatique de Madame Bardot. Mais nous avons autrement plus de connaissance qu'elle sur le sujet. De quelles informations privilégiées Madame Bardot dispose-t-elle pour affirmer que les phoques ne « mangent pas de morue » ni de saumon ? A-t-elle déjà parlé à de vieux pêcheurs ? Pourtant, je me souviens encore des pêcheurs se plaignant des ravages des phoques contre leur gagne-pain, notre nourriture. C'était du temps où la pêche était côtière. Les gros chalutiers, qui faisaient tout juste leur apparition, étaient comparés aux phoques parce qu'ils se montraient un peu trop friands du poisson de fonds. C’était du temps où les autorités gouvernementales donnaient quelques dollars à ceux qui pouvaient démontrer qu'ils avaient tué un phoque mangeur de poisson. C’était du temps où les parents pouvaient offrir simplement et généreusement de la morue, du flétan (turbot), du saumon, du maquereau ou du homard toujours fraîchement pêchés. C’était du temps où les pêcheurs étaient les artisans d'une industrie qui n'avait pour but que de nourrir les humains. Avant l'apparition de gestionnaires fonctionnaires qui ne savent de la mer que ce que leur ont raconté le cinéma et les belles histoires sorties de l'imaginaire plutôt que de la réalité. Peut-être BB serait-elle intéressée par la genèse de la campagne qui l'a séduite il y a déjà une trentaine d'années. Un certain Brian Davis, qui vivait à la fin des années 60 dans l'est du Canada, avait alors découvert la force

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étapes

communication Proche et Moyen-Orient

TRENDI A

T he Age ncy

16 Rue Saint-Marc 75002 Paris - France tél : 01 40 28 10 78 - 06 75 08 13 50 JUILLET - AOÛT 2009 N° 141

n nous annonce que la culture générale devrait être évincée des concours administratifs. Désormais, les candidats seraient appelés à plancher sur des épreuves purement techniques, correspondant aux besoins de leur future profession. Cette décision de philistin va à l’encontre de toutes les évidences contemporaines. Nous savons que le XXe siècle a produit de la barbarie de masse et que le mieux pour répondre au désir de “plus jamais ça” serait de civiliser sans relâche. Les techniques ne civilisent pas. Elles fabriquent des spécialistes, bien à l’aise dans une compétence restreinte et ignorants de tout le reste. C’est en lisant les grands textes, en écoutant la grande musique, que nous avons accès à la beauté et au bien, qui ne passent pas seulement par l’éducation de l’enfance ni ne s’apprennent par des discours républicains.

uns qui gouverneront les zombis. La France a cette spécialité: tellement soucieuse d’égalité, elle a coutume d’évincer tout ce qui peut hiérarchiser. Pourquoi depuis si longtemps porte-t-on aux nues les études scientifiques au détriment des études littéraires? Parce qu’un enfant de famille modeste aura plus de mal à réussir dans les lettres (privé des encyclopédies, des livres et des conversations à la maison) que dans les sciences (où il s’agit de maîtriser les manuels). Si bien que nombre d’entre nous, passionnés de littérature ou de sciences humaines, ont terminé dans les écoles scientifiques juste parce qu’ils étaient “bons”. CQFD: plus on veut égaliser, plus on doit techniciser. L’excellence suppose le déploiement de l’esprit. L’égalité, qui sous-entend nivellement et donc calcul, suppose d’une manière ou d’une autre une matérialisation.

Frédéric Mitterrand ministre de la culture et de la communication Il faut avoir lu Antigone pour comprendre que la loi positive n’est pas toujours juste. Et le bien-vivre se donne à voir par les oeuvres de ceux qui nous précèdent davantage que par les actes de nos contemporains. Mais l’argument donné ici est terrifiant : la culture générale est discriminante, parce que tous ne peuvent avoir accès aux grandes oeuvres. Mieux vaut donc la supprimer pour tout le monde. Ou, plutôt, la laisser aux seuls happy few capables d’entrer dans quelques grandes écoles. À quoi sert qu’un pompier connaisse l’histoire des rois de France? En effet. Faisons de lui un robot apte seulement à manier sa lance à incendie. Ayons des fonctionnaires de guichet inaptes à comprendre le désarroi de l’usager et des gardiens de la paix ignorant ce que peut bien signifier le mot paix. Nous aurons ensuite une société où des juges connaîtront leur code à la lettre mais traiteront leurs accusés comme des débris, ou des gérontologues doués pour combattre l’Alzheimer mais sans aucune compassion pour les vieillards. Ainsi sera combattu l’ennemi principal de la République: la discrimination. Surgira de notre obsession un monde utopique où chaque citoyen, armé d’un unique savoir, s’attellera à sa tâche sans savoir pourquoi le monde va comme il va. Le cerveau de ces zombis livrés à n’importe quel ordre s’emplâtrera. Pendant que la compréhension du sens sera réservée à ces quelques-

D’ailleurs, Tocqueville, toujours prophétique, avait déjà vu que les peuples démocratiques, assoiffés d’égalité, pourraient bien devenir très matérialistes. Il faut compter pour pouvoir mettre à la toise, et les biens immatériels ne se comptent ni ne se mesurent. Ceux à qui l’on aura fait ignorer la Princesse de Clèves ne s’intéresseront plus qu’à leur écran plat et deviendront les séides obéissants de n’importe quel pouvoir. Ce que nous voulons précisément éviter. Il est bien curieux que cette société, qui ne cesse de déplorer le matérialisme ambiant et demeure hantée par l’obéissance des cloportes qui ont nourri les tyrans, se donne tant de peine pour susciter ce qu’elle déteste. La grandeur d’une République, ce serait au contraire de nourrir les esprits au maximum autant que de spécialiser des bras. D’ouvrir les portes de la culture au plus grand nombre possible. De parier que la plupart peuvent comprendre la plainte d’Antigone. Et, finalement, de permettre aux cerveaux de penser par eux-mêmes. Même si tous n’y parviennent pas au même degré. La grandeur d’une société consiste à entraîner chacun au sommet de ses capacités. Passer tous les individus au crible pour tenter d’oublier les différences, c’est simplement légitimer la poursuite, par défaut de conscience, des mentalités totalitaires. Chantal Delsol, de l’Institut


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Le fait qu’un Espagnol, parfait francophone, ait choisi de s’intéresser dans le cadre de ses études en droit international à la question de l’influence du droit français est déjà, en soi, un signe de la pertinence du sujet ! Le droit français peut s’envisager visà-vis du droit international et de ses organes. L’auteur ne manque pas d’explorer ces diverses pistes dans un ouvrage utile, bien conçu et bien informé sans être pédant (préface du professeur Yves Daudet)

« L’influence internationale du droit français » de Jacobo Rios Rodriguez, éditions Connaissances et Savoirs, 144 pages, 17,50 euros Le curieux duo des frères Jean et Jérôme Tharaud appartient à cette littérature voyageuse et coloniale, qui va de Loti à Paul Morand. Nourri des confidences recueillies par les deux frères vers 1925 à Fez ainsi que de leurs propres expériences marocaines, cet opus plein de charme reconstitue l’atmosphère intime de la ville de Fez. Un témoignage littéraire sur un monde disparu.

« La nuit de Fez » des frères Tharaud, éditions La Croisée des chemins, 110 pages, 10 euros Dans la même collection «Bibliothèque arabo-berbère», dirigée par J-P

Péroncel-Hugoz), les « Récits berbères du XXI° siècle » de Jean-Jacques Ille (202 pages, 15 euros) sont bien loin des nouvelles images d’Epinal marocaines, ryads décorés ou clubs de vacances. C’est un regard neuf, une plongée en pleine berbérité actuelle, une vision originale des rapports entre Marocains et européens. Caricaturiste algérien au quotidien Liberté et pour TV5Monde, Ali Dilem, brillant et irrévérencieux, scrute l’actualité et la commente dans des dessins qui frappent en plein cœur. Rien n’est tabou pour lui, même si sa causticité laisse apparaître une profonde humanité.

« Dessine-moi le monde » de Dilem, éditions de l’Aube, 206 pages, 17 euros Grand Reporter et photographe, Patrick Galan parcourt le monde depuis plus de quarante ans. En 1994, il crée sa propre société de presse et d’édition, et lance le magazine «L’Esprit du Voyage», un bimensuel destiné aux professionnels du tourisme de France, Suisse, Italie et Bénélux. Après ses best-sellers sur le Kenya et l’Égypte, Patrick Galan nous fait découvrir les charmes d’une Malaisie envoûtante qui vit un terrible drame écologique. La nature exubérante de Bornéo et la vie des Iban, ces descendants des célèbres coupeurs de têtes Dayak qui vivent à quelques encablures des villes futuristes du troisième millénaire, nous entraînent dans une aventure passionnante.

« Règlement de comptes » à Bornéo, de Patrick Galan, Traveling Press Editions La nouvelle collection « Auteurs » des éditions Culturesfrance présente des figures majeures de la pensée et de la littérature françaises contemporaine : Patrick Modiano, Marie NDiaye, Alain Robbe-Grillet, Le Clézio, Pierre Michon, JeanLuc Nancy. Avec cette particularité que chaque titre, qui se compose d’un essai sur l’œuvre et l’auteur, comporte également un CD audio d’archives de l’INA.

Editions Culturesfrance, 19 euros

L’ancien ministre socialiste des Affaires étrangères Hubert Védrine réfléchit dans ce petit livre, à la demande de Nicolas Sarkozy, sur la position de la France par rapport à la mondialisation. Quelle est exactement sa politique étrangère, sa politique de défense, d’influence ? Quels sont les avantages et les inconvénients

d’Hubert Védrine, Fayard, 145 pages, 10 euros Fruit de plus de quarante années d’expériences francophones, les réflexions de l’enseignant-chercheur Pierre Dumont sur une francophonie à vivre autrement partent de la récente polémique sur le dis-

Cyrano de Tillinac Plus ou moins loin des coteries - parisiennes, l’écrivain ferraille - toujours avec panache pour ses idées et pour la littérature. A la fin de l’envoi, il touche. Ça fait du bien, un bon vieux réactionnaire qui s’assume et qui s’exprime. Ça change du discours bobo habituel qui envahit tout et nous submerge de bons sentiments. Un jour, il faudra régler son compte à toute cette génération Mitterrand littéraire, pleine de petites plumes qui auront passé leur vie de copinage à se goinfrer de notes de frais en posant aux maîtres de morale sous prétexte qu’ils n’aimaient pas Le Pen. Tillinac aura son mot à dire car on sent bien qu’il ne supporte pas ces marquis élitistes et méprisants qui se gavent de Duras et des vertus de l’immigration – dont ils préservent soigneusement leurs propres enfants inscrits dans des établissements hors-sol, garantis ethniquement 100 % gaulois. Lui, du fond de sa Corrèze, est plus généreux. Il ne se prétend certainement pas citoyen du monde, il ne jure que par de Gaulle, d’Artagnan ou le rugby et il résume la France à Athènes, Rome, Cluny et Versailles mais il a un cœur en or et, s’il tient à marquer sa différence, il est accueillant. C’est vraiment le copain chaleureux qui s’assume avec ses partis pris et ses contradictions. Dans son nouveau livre, « Rue Corneille », il raconte ses voyages depuis une dizaine d’années, et il présente une dizaine de visages différents mais tous décrits avec une verve, un style et un ton rocailleux et espiègle qui lui donnent un charme irrésistible. On le lit et on se dit, telle madame de Sévigné quand elle feuilletait Montaigne : « Comme j’aurais aimé l’avoir pour ami. » Donc il a été éditeur, grand commis de l’Etat chargé de la francophonie, journaliste, écrivain et tutti quanti. Il ne cesse d’évoquer son Triffouillis-les-Oies corrézien mais son livre navigue de Niamey à l’Arms Park de Cardiff, de l’Elysée à Hanoi. Parfois il a dû se rêver en Chateaubriand attrapant l’Histoire par le bras mais, tout compte fait, son instinct paysan l’a emporté et, à l’arrivée, apparaît un Jean de Florette pressé de se débarbouiller de sa chantilly diplomatique. D’une page sur l’autre, on le voit rêver d’une confrérie pour fonder une nouvelle politique africaine puis s’apercevoir que le seul moyen d’imposer une vraie démocratie à ce vieux continent serait de le recoloniser. Son bonheur sous le bras et son œil toujours en patrouille, il a donc renoncé à réveiller les autres mais ne tient pas, pour autant, à s’assoupir lui-même. Un mot, une idée et il se dresse d’ailleurs sur ses ergots. Pour dénoncer, par exemple, la presse qui aurait lynché son grand ami Gaymard dont il ne sent pas du tout l’indécence. Car telle est sa fidélité en amitié. Mais comme il est contradictoire, il est aussi infidèle et celui qui déguste, cette fois-ci, est Chirac, son ancienne idole. Sa pusillanimité, ses lois mémorielles à répétition, son communautarisme sans cesse dénoncé en paroles et perpétuellement consacré dans les actes, toute cette bien-pensance vertueuse et creuse a fini par agacer Tillinac. Et le refus de célébrer Austerlitz au moment où on était prié de pleurer sur le malheur des Arméniens a achevé de lui tourner les sangs. Du coup, il a également tourné le dos à Paris. Il a démissionné d’un peu partout, il est rentré chez lui où il a écrit ce livre. Et tant mieux. De tels souvenirs pèsent plus qu’un compte en banque. Surtout ces jours-ci. Gilles Martin-Chauffier « Paris Match »

du maintien ou de la modification de ces positions ? Les mêmes questions sont posées pour l’Union européenne.

cours de Dakar du président Sarkozy. L’espace francophone est une réalité, il est multilingue et multiculturel, et ses acteurs doivent être reconnus dans leur identité.

Dumont, éditions de L’Harmattan, 246 pages, 23 euros Ces carnets offrent une image de la francophonie doublement paradoxale. Loin d’un univers clos et ordonné, JeanMarie Borzeix, ancien directeur de France Culture, rêve d’une francophonie éclatée avec des chemins buissonniers, un univers imprévisible et poétique. D’autre part, il ne veut pas enfermer la francophonie dans l’étroite enveloppe des Etats et des nations, il la souhaite au contraire créatrice d’universalité, facteur d’émancipation. La francophonie au fond, pour lui, c’est le charme de l’imprévisible et l’appel des grands espaces.

dans l’histoire de l’humanité. C’est encore aujourd’hui une plaie non cicatrisée au flanc de l’Afrique. Les dimensions spécifiquement africaines de l’esclavage n’avaient jamais fait l’objet d’une étude autonome, c’est désormais réparé. Cette étude d’un professeur agrégé originaire du Mali révèle le rôle précis des Africains dans le commerce d’êtres humains, qui saigna leur continent pendant cinq siècles.

« La traite des Noirs et ses acteurs africains » de Tidiane Diakité, Berg International Editeurs, 238 pages, 19 euros « Les carnets d’un francophone » de Jean-Marie Borzeix, éditions Bleu autour, 115 pages, 10 euros

Des années Malraux à l’ère du tout numérique, c’est l’histoire de 50 ans de politique culturelle de la France que retrace Maryvonne de SaintPulgent, haut fonctionnaire au ministère de la Culture.

Les communautés africaines installées en France regroupent aujourd’hui près de six millions de personnes, venues du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne, immigrés ou jeunes nés en France, issus de l’immigration. Nous allons à leur rencontre avec l’auteur, qui nous invite à porter un regard lucide et documenté, sans tabous ni amalgames.

« Culture et communication » de Maryvonne de SaintPulgent, Découvertes Gallimard, 126 pages, 12,90 euros

« Les Africains en France » de Jean-Paul Gourévitch, éditions Acropole, 480 pages, 21 euros Les femmes congolaises sont entrées dans une ère de parole, en devenant plus actives professionnellement. Ce livre analyse les domaines dans lesquels leur visibilité est désormais effective.

Un dialogue passionné et parfois contradictoire entre deux journalistes de génération et de culture différentes. L’un oriental et l’autre occidental, mais la même passion pour l’Orient. Leurs entretiens témoignent des grands événements historiques et permet de comprendre mieux ces régions écrasées sous le poids des clichés.

« Nos Orients » de Jean Lacouture Entretiens avec Ahmed Youssef, 195 pages, 18 euros

« Rapport pour le président de la République sur la France et la mondialisation »

« La francophonie autrement - Héritage senghorien de Pierre

« Femmes du CongoKinshasa » de Cikuru Batumike, L’Harmattan, 95 pages, 11 euros La traite des Noirs reste un phénomène sans précédent

Poète et romancière née à Beyrouth, Vénus KhouryGhata est l’auteur d’une œuvre qui exsude le sentiment de la perte et de l’exil. Son dernier livre se passe en 1941. Trois officiers français sont

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LIVRES ensevelis sous les décombres d’un temple du Djebel druze, en Syrie. Cinquante ans après, les trois corps exhumés sont ceux de deux hommes et d’une femme. En quoi ces faits concernent-ils Laura, une jeune française de 25 ans qui devra se rendre sur les lieux pour découvrir le secret de sa première vie…

« Un Parisien à travers Paris » de Philippe Meyer, éditions Robert Laffont, 195 pages, 17 euros

Cette mine d’informations sur

Développement Presse Médias, PUF, 430 pages, 39 euros

Avec plus de 2000 entrées, tous les médias sont représentés, presse, audiovisuel, cinéma, internet… Les mots, les notions, les théories sont

Cette 35ème édition propose, conformément à sa vocation, un panorama des médias français et de la presse étrangère en France, ainsi qu’un aperçu des services de communication du gouvernement et des services publics.

« La revenante » de Vénus Khoury-Ghata, éditions Ecriture, 200 pages, 17,95 euros L’Association du Notariat Francophone observe depuis longtemps et avec intérêt les évolutions dans le domaine social et économique. Un colloque à Paris a permis de faire le point sur les processus de développement que le notariat peut accompagner, armé de son expertise sécurisante.

Les actes du 3ème colloque, tenu en 2007, sont édités par l’ANF. Cette nouvelle édition actualisée et augmentée s’adresse à quiconque doit être lu et compris. L’écriture a ses lois et ses techniques et l’écriture journalistique se doit d’aller à l’essentiel en éveillant l’intérêt du lecteur. C’est aussi l’art de choisir le bon angle pour présenter de façon attractive n’importe quelle information.

« Le guide de l’écriture journalistique » de JeanLuc Martin-Lagardette, éditions La Découverte, 255 pages, 20 euros

Un assemblage de croquis drôles et littéraires rapportés de ses promenades par Philippe Meyer, piéton de Paris amoureux de sa ville aux mille beautés. Il paie sa dette avec reconnaissance à la Ville éternelle et en même temps éternellement diverse, qui lui a donné l’énergie, la liberté, la surprise des rencontres.

« MediaSIG 2009 », La Documentation française, 550 pages, 42 euros Pour fêter l’anniversaire de La Semeuse, créée en 1890 par Eugène Grasset, Larousse a fait appel à 40 dessinateurs de renom qui ont choisi d’illustrer 400 mots de la langue française de façon humoristique, décalée, poétique. Et toujours, en un seul volume, 59 000 noms communs, 28 000 noms propres, 5000 illustrations, et les célèbres pages roses de citations, proverbes et mots historiques…

« Le Petit Larousse illustré 2010, 1952 pages, 44,90 euros. Attentif aux continuités et aux ruptures de cette nouvelle société de l’information bouleversée par l’arrivée d’Internet, cet ouvrage érudit et complexe donne à voir rien de moins que le schéma d’une réorganisation du monde.

« Histoire de la société de l’information » (3ème édition) d’Armand Mattelart, éditions de La Découverte, 122 pages, 9,50 euros

Voici le récit allègre du devenir des mots français dans les langues européennes. Parfois détournés ou déformés, nos mots de tous les jours résonnent alors d’une tonalité exotique, nourris de vraies trouvailles. Par exemple en allemand, salopp veut dire décontracté et en bulgare parashoutiste une personne pistonnée !

(La Vie d’un homme inconnu, Seuil, 292 pages, 21 ) Vincent Landel « Valeurs actuelles »

la presse sort pour la dixième année consécutive une présentation des 1000 principaux titres de presse français accompagnés d’une fiche signalétique, ainsi que des 30 groupes de presse les plus importants.

« Le Guide de la presse française »,

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présentés de façon claire, offrant les clés qui permettront à tous de mieux appré hender le monde des médias.

« Lexique d’information communication », sous la direction de Francis Balle, Dalloz, 475 pages, 16 euros

Pourquoi ce notaire périgourdin a-t-il passé sa vie à devenir roi de Patagonie ? Ecrits avec suspense et humour, ces récits de vie sont de véritables gourmandises, excentriques et véridiques.

« Les plus grands Farfelus français » d’Hubert Delobette, Le Papillon Rouge Editeur, 270 pages, 19,90 euros

Andreï Makine rêve de Russie Son dernier roman, qui marque un retour à la terre patrie, décrit dans un style dense l'itinéraire d'un cœur pur. Le roman français ? « Cent pages de coucheries et de déprimes parisiennes ». Les écrivains d’aujourd’hui : des « coqs en frac ». Les présentateurs d’émissions : des « crétins gominés qui flattent l’ego des beaufs et des bobos ». Impitoyable envers le milieu litté-raire français, le héros d’Andreï Makine. Ce n’est pas faute, pour son créateur, d’avoir bénéficié de ses faveurs : en 1995, le Testament français décrochait les prix Goncourt et Médicis. Makine n’en a cure. Le succès l’indiffère. Les slaves francophones tom-bent aussi bien sous le coup de sa vindicte : Kundera est « un boudeur prétentieux », le Nabokov de Lolita « ca-resse les bas instincts des bourgeois occidentaux », et Soljenitsyne ferait mieux de s’aviser que la souf-france et les bons sentiments ne sont pas, à eux seuls, « les critères de la bonne litté-rature »… Choutov, l’antihéros de ce treizième roman, rêve d’un monde « sans castration par le politiquement correct, sans postmodernisme, sans sexe à tout bout de phrase ». Bref, un monde aux antipodes de notre Occident narcissique et exténué. On le suspecterait de ressentiment si, à cette “nanerie”, il n’opposait les sentiments selon Tchekhov, seul écrivain qui trouve grâce à ses yeux. Tchekhov, à qui la vue d’un cerisier en fleur ou un simple « je vous aime, Nadenka », suffit pour immortaliser « une minute d’ivresse sur un talus enneigé, dans la course d’une luge ». Une déconvenue amoureuse per-suade Choutov (“bouffon”, en russe) de quitter Paris pour Saint-Pétersbourg, où il veut retrouver son amour de jeunesse, Iana, à laquelle il espère se déclarer comme dans le roman de Tchekhov. Il ne retrouve qu’une femme d’affaires pressée, un téléphone cellulaire soudé à l’oreille, dans un Saint-Pétersbourg défiguré par la course au dollar. La ville fête son tricentenaire et vit à l’heure du numérique et des études de marché. Les Russes singent les Occidentaux : pendant que les nouveaux riches offrent des diamants à leurs chiens, la foule s’assourdit du bruit des feux d’artifice pour oublier le fracas des bom-bes d’hier, dans « un gey-ser d’énergies longtemps comprimées par la démence raisonneuse de la dicta-ture ». Tous ont_tourné la page, laissant Choutov « envasé dans les temps mau-dits ». Tous, sauf Volski, un vieil-lard prostré dont Choutov recueille la confession. C’est l’épicentre du roman : l’itinéraire bouleversant d’un cœur pur, voué au chant mais propulsé dans le terrible siège de Leningrad par les Allemands, avec, en guise de récompense, la paix revenue, l’horreur des purges, des camps, de l’asile psychiatrique. Un homme inconnu que rien n’a jamais diverti de sa passion pour une femme que la dictature stalinienne et la mort même ont échoué à lui ravir. Le narrateur se reconnaît dans ce rescapé, seul lien avec un passé où l’on se sacrifiait pour laisser à l’être aimé une portion de pain, où l’on chantait sous la canonnade des tanks. Hommes et femmes anonymes, happés dans le « grand cirque noir » de doctrinaires déments, mais qui aimèrent à la folie, et qu’Andreï Makine, qui est peut-être un de nos derniers romantiques et dont le royaume n’est pas la langue mais le ressouvenir, sauve magnifiquement de l’oubli, dans ce roman qui est son adieu, rédigé en français, à la Russie de ses rêves. Un adieu déchirant de vérité : nulle pose avantageuse pour exprimer « la patiente et rugueuse prose de nos vies ». Sans effets ni pathos – inutile de « faire son petit Cioran » –, à la jonction du cri, de la confidence pudique et du regret, il nous rappelle que l’oubli, mieux que le ridicule, seul, tue. Et c’est très beau.

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« Les mots migrateurs » de Marie Treps, éditions du Seuil, 372 pages, 20 euros Les destins de ces 25 grands farfelus français – tous gentiment dérangés ! - laisse pantois. Par quelle folie ce facteur s’est-il mis en tête de bâtir un palais avec les cailloux ramassés pendant sa tournée ?

Combien de plumes ont fait valser la langue française et ont secoué ses mots ! Malicieuses, aventurières, hilarantes, turbulentes, Patrice Delbourg les a rassemblées dans ce florilège drolatique. Paroliers et chansonniers, poètes et romanciers, aphoristes et fabulistes, six siècles d’impertinence, de François Villon à Raymond Devos, de Cioran à Pierre Desproges, de Céline à Audiard…

dial, afin qu’elle reste une puissance linguistique ? « C’est la Francophonie qui est devenue le principal espoir de notre langue » répond JeanLouis Roy, qui fut professeur, homme de presse, délégué général du Québec à Paris et maintenant chercheur à l’Université de Montréal et président du conseil d’administration du Centre de la francophonie des Amériques.

« Quel avenir pour la langue française , » de Jean-Louis Roy, HMH éditions, 266 pages, 22 euros

Retrouvez la Gazette de l”UPF sur le net : www.presse-francophone.org « Les Jongleurs de Mots » de Patrice Delbourg, éditions Ecriture, 608 pages, 29,95 euros Après avoir transformé l’espace économique mondial, la mondialisation est en voie de transformer l’espace culturel. La Chine, la Russie, l’Inde s’affirment au même titre que les communautés linguistiques historiques, anglophone, hispanophone, arabophone. La Francophonie est-elle capable de relever le défi de cette bataille des langues ? Que faut-il qu’elle fasse pour marquer de son empreinte ce nouvel espace culturel mon-


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Jean-Pascal NDONG

Gabon: Trois questions à Jean-Pascal NDONG, président de la Section gabonaise de l’UPF

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quelques heures de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le correspondant de gabonews à Port-Gentil (capitale économique gabonaise) a rencontré Jean-Pascal Ndong, président de la section gabonaise de l’UPF et vice-président international chargé de l’Afrique centrale. Celui-ci évoque les réalisations menées à la tête de la structure qu’il dirige depuis six ans. Quelle signification donnez-vous au choix de Port-Gentil pour abriter les manifestations entrant dans le cadre de la célébration de la 19ème Journée internationale de la liberté de la presse ? « Nous avons voulu délocaliser cette journée parce que le Gabon ne se limite pas à Libreville. Nous avons pensé qu’il était opportun de nous déporter à Port-Gentil afin de retrouver les confrères qui exercent en province. Il s’agit de réfléchir ensemble sur la thématique soumise à notre appréciation à savoir « Le potentiel des médias : dialogue, compréhension mutuelle et réconciliation », mais aussi, partager le savoir avec nos collègues avec le soutien d’éminents conférencier».

Quel bilan faites-vous de la Section gabonaise de l’UPF ? « Je suis à la tête de la Section gabonaise de l’UPF depuis mai 2003. J’ai remplacé le premier président, Samson Ebanguili. Mon baptême du feu fut l’organisation des 35èmes assises de la presse francophone au Gabon en novembre 2003. Nous avons reçu, avec l’appui du président Omar Bongo, près de 250 journalistes venus du monde entier. Par la suite, il a fallu restructurer et redynamiser la section. Dès lors que nous formons un groupe qui doit travailler avec les autorités, nous entrons directement sous le coup de la loi relative à la formation des associations. Outre ces aspects légaux, nous avons organisé des séminaires en partenariat avec les associations ou le ministère de la Communication. L’UPF a fait bénéficier les journalistes de formations. Elle est aussi montée au créneau pour dénoncer des actions, lorsque par exemple le Conseil national de la communication (CNC) suspend une publication ou lorsqu’un journaliste est en garde à

vue, en détention préventive ou incarcéré. Depuis octobre 2008 et les assises de Montréal, je suis vice-président international chargé de l’Afrique centrale. C’est à ce titre que je rentre des deux Congo où j’ai effectué une mission de restructuration des sections UPF et de sensibilisation des journalistes sur les questions liées à la responsabilité, l’éthique et la déontologie journalistique ». Pouvez-vous nous faire un état des lieux de la presse au Gabon, ses forces et faiblesses ? « Nous avons un problème, c’est la solidarité! Si nous ne sommes pas solidaires, nous ne pouvons pas travailler ensemble. C’est une entrave à l’amélioration des conditions de vie et de travail des journalistes. Nous devons veiller à l’octroi de la subvention à la presse écrite privée et en ligne avec en perspective le Fond National d’Aide à la presse, FONAPRESSE. Et la loi sur la dépénalisation des délits de presse n’est toujours pas adoptée dans notre pays. Autant de paramètres qui devraient plutôt induire la solidarité de la corporation.

Côte d'Ivoire: Le centre de presse, une innovation

L

e président de l'UPF, Alfred Dan Moussa, a conçu et mis en place en Côte d’Ivoire un centre de presse mobile doté d'ordinateurs, de deux imprimantes et d’un scanner. Les journalistes, après chaque reportage, peuvent y écrire leurs articles. Cela grâce à l'aide de Nestor Sadia, administrateur technique. «Je salue vraiment ceux qui ont pensé à la mise en place de ce centre, car il a permis aux journalistes de travailler convenablement», a indiqué Tia Grahoua, du quotidien Le Mandat. Jonas Outtara du quotidien Notre Voie a affirmé, quant à lui, que « la mise en place du centre de presse mobile a été d'une grande utilité pour les reporters-photographes, qui ont pu envoyer leurs photos en toute quiétude ». Le président a exprimé sa gratitude aux ministres de la Communication, de l'Economie et des Finances de Côte d’Ivoire, pour leur aide dans l'exécution de ce projet. Dan Moussa a salué les envoyés spéciaux (journalistes, photographes, cadreurs) qui ont eu recours aux services du centre, et également pour la bonne ambiance de travail et de collaboration...

SALLE DES PROFS DE FRANÇAIS

MALI

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ilotée par Mahamane Cissé, directeur de publication du journal Le Scorpion et Président de la section malienne de l’UPF, une équipe de journalistes maliens a séjourné quelques jours à Conakry (Guinée), dans le but de dynamiser la coopération entre les deux pays et de découvrir les réalités politiques et économiques du pays. Le Mali qui a traversé une période de transition identique au début des années 90 a acquis une certaine maturité en ce domaine. L’équipe de journalistes a rencontré des membres de la société civile, le ministre de l’Information et de la Culture, la presse nationale. Les journalistes guinéens et maliens ont pu échanger des informations précieuses sur l’actualité, les avancées politiques et les défis qui attendent leurs deux pays.

Suite de la page 1 « Au service de la vérité » Admettons tous ces obstacles franchis. Il en reste un : la conscience du journaliste, son sens civique, sa manière de concevoir sa place dans la société. La question est simple, nul n’a trouvé la réponse universelle : Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ? La loi, bien sûr, interdit avec raison les atteintes à la vie privée. Encore faut-il, de plus en plus souvent, en préciser les limites… Elle réprime aussi les appels à la haine raciale, les discriminations liées à la religion ou à l’origine ethnique. Et c’est tant mieux. Mais rien n’interdit au journaliste de désigner à la vindicte populaire le nom d’un assassin présumé, qui, deux jours plus tard, innocenté, paiera de sa vie cette erreur d’un juge subjugué par les médias. Rien n’interdit au journaliste de publier le nombre de voitures incendiées, le soir de la Saint-Sylvestre, dans une grande ville de France. Quitte à en faire un record à battre l’année suivante ou dans une autre banlieue. Deux exemples. Il en existe des centaines. Deux vérités. Fallait-il les révéler ? Oui, au nom du droit du public à l’information. Non, en raison de leur impact sur des esprits faibles… Tout journaliste, dans sa vie professionnelle, parfois plusieurs fois par jour, est confronté à cet épuisant parcours du combattant. Ses armes personnelles -sa formation professionnelle, son respect de la déontologie- sont de précieux atouts. Mais leur efficacité peut, au fil des ans, s’émousser. Seul, il baissera la garde. Entouré, il retrouvera ses marques. Trop souvent, dans les rédactions, on ne se parle pas assez, on ne se confie pas… On travaille côte à côte, mais pas ensemble. Pourtant, tout indique, dans l’histoire de la presse, qu’une équipe rédactionnelle soudée peut soulever des montagnes, bousculer les adversaires de la vérité. Qui a oublié le « Washington Post » et la chute de Nixon, l’homme le plus puissant du monde ? Georges Gros

Quoi de neuf sur franc-parler, le portail de l’OIF pour les professeurs de français du monde? Des dossiers et documents gratuits pour tous les besoins : pratiques de classe, autoformation, information... tapez ce lien dans la fenêtre internet : www.francparler.org/dossiers.h tml. (francparler.org est un projet mené à bien par le Centre international d’études pédagogiques de Sèvres, (France CIEP), par la Fédération des professeurs de français (FIPF), et financé par la direction de l’Education et de la Formation (DEF) de l’ OIF.

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Rédaction Rédacteur en chef Georges Gros

Rédacteur en chef-adjoint Serge Hirel

Chef des informations Pascale Bilger

Ont collaboré à ce numéro Jean Jolly, Jean-Pierre Cuq, Jaxques Julliard, Elisabeth Lévy, Philippe Starck, Philippe Bilger, Jean Miot, Alberto Toscano, Info Maroc News, Claude Allègre, Bruno Frappat, Xavier Térnia, Jean-Pierre Amette, Benoît Dugay, Chantal Delsol, Gilles Martin-Chauffier, Vincent Landel, Claude Imbert, Claude Dumeton, Alain Garnier, Georges de Villerville, Jules de la Fayolle, Cécile de Songy

Maquette

Réalisée par D. Accaoui

GUINÉE

GABON

Journaliste, animateur et producteur, Mohamed Salifou Keita, 48 ans, est connu du public guinéen pour son émission télévisée Parole Plume Papier, consacrée aux livres. Sous-directeur à la Culture, il a organisé dans son pays la 11ème édition du Festival itinérant de poésie internationale en Afrique (Fipia). C’est cet homme de culture et de médias qui a été choisi par les autorités de son pays pour « promouvoir l’image de marque de la République de Guinée auprès des médias internationaux et de mener à cet effet toute activité de lobbying ».

Changement à la tête de l’AGP

FEO : Immeuble Lissan El-Hal Byblos - Liban La Gazette est réalisée avec le concours de la délégation chaîne graphique Responsable : Patrick Convercey

Directeur technique

M. Lin Joël Ndembet, chef du service politique du quotidien L'Union et membre de l'Union internationale de la presse francophone (UPF), a été nommé directeur de l’Agence gabonaise de presse (AGP). M. Ndembet, 47ans, a débuté sa carrière de journaliste à l'agence officielle en 1990-1991 avant de rejoindre la rédaction du quotidien de Libreville.

Bady Chebab

Redacteur en chef technique Jean Valion

Impression Imprimerie Rockson RN 113 Rognac 13340 Fichiers: Béatrice Masson Presseri 77700 Maggny la Hongre Tél : 01 60 42 43 00

Diffusion Responsable : Jean-Claude Cartier

Abonnement annuel voie de surface : 15 euros par avion : 38 euros abonnement de soutien : à partir de 50 euros Routage - AAR 4, rue des Marroniers 94 240 L’Hay-lesRoses Directeur de projets : Marc Yared Publicité International au journal ALGERIE: Régie-Presse ANEP Alger - Tél : 02 73 71 28

Editeur

NOUVEAUX MEMBRES ALGÉRIE : FEHAM Mohamed - CAMEROUN : DE SUMO Honoré FRANCE : BARBICHE Jean-Paul, DE SUMO Jean-Pierre, FERREIRA Rémi, LARGE Anne-Lise, SACKO Abdullah, SAMBA MANIENZ Anicet, SHOHIB Mohamed, VAN DE CASTELLE Marlène - GÉORGIE : DZENALDZE Nana - GUADELOUPE : CONGRÉ Prosper, KAULANJAN Axelle - MAROC : RAKI Hassan - RD CONGO : BAKUMANYA Bienvenu-Mari, BUHAKE Dina, DIOSO DI MBUNDU Olivier, EMANGONGO KUNGA Pierre, EYENGA SANA Louis-Paul, KABONGO Emmanuel, KONGO Véron-Clément, KANYOMBO Pamphile, KASONGA Léon Richard, KATUMBA KAYUMBI Aimé, KIMBUINI PAULO Mila, LUTETE Marcel, MANGENDA T. Gilbert Elisée, MARTIN Enyimo, MATADI Lydie, MBALA BEMBA Luc-Roger, MASENGU Rosie, MOBATELI Angelo, MOKABATIO Déborah, MONSA IYAKA Freddy, MPEZO ZANETI Patrick, MULELA BADIBANGA Dieudonné, NDONGALA CARDOSO Ludi, TSHIAMBI Albert, YOHA WODJA Mathieu.

La Gazette est éditée par les “Amis de La Gazette” dont les

administrateurs sont Georges Gros (président), Patrick Convercey (vice-président), Jacques Bassière (trésorier) et Jean Valion (secrétaire général)

Papier La Gazette est imprimée sur papier recyclé à 100% de qualité UPM brite 65 produit à l’usine de la Chapelle Darblay (groupe UPM Kymmené)

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metroaosta.it

Particularisme au cœur de l’Europe La Vallée d’Aoste représente,par son histoire,un symbole vivant du mélange des cultures européennes. Sa position charnière entre les frontières géographiques et culturelles de l’Italie,de la France et de la Suisse en fait une région unique. Ses ressources agricoles et humaines en font également un pôle économique dynamique et influent. Le tourisme et l’agriculture,qui s’ajoutent à l’industrie de haute technologie et à la production hydroélectrique,assurent à la Vallée d’Aoste un avenir prometteur dont chacun peut faire partie. Elle participe à la construction d’une Europe unie et multiple qui lui ressemble.

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Le temps de la dérision Ne riez pas, le rire mérite un peu de sérieux : celui de sa signification sociale. Parce qu'il ouvre une voie naturelle et efficace pour la formation des consensus sociaux, il devient un marqueur privilégié de l'air du temps.

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ans sombrer dans les définitions mouvantes de quelques agents du rire collectif-ironie, satire, humour (« Vouloir le définir, c'est prendre le risque d'en manquer »)-, nous voyons qu'en un demi-siècle la tonalité générale du rire a changé. Le rire convivial, cordial, chaleureux, le rire d'accueil s'est refroidi. Parmi toutes sortes de rires, le rire d'exclusion, de dénonciation prend le dessus. On ne rit pas moins, mais on ricane plus. Voyez, ces jours-ci, l'affaire Guillon. Cet amuseur matinal de France Inter jette à grandes brassées Strauss-Kahn, Sarkozy et une flopée de ministres dans son baquet d'acide. Ils gémissent, mais l'Audimat auréole Guillon. La dérision souveraine emplit de son fiel la satire politique. Ce n'est pas nouveau. Mais de nos jours la médiatisation amplifie son empire. Le rire a ses bas-fonds : la dérision y règne.

Dans son registre critique, lorsqu'il châtie les moeurs, une des fonctions du rire est de faire éclater la chape de comédie dont chacun, par conventions sociales, s'enveloppe. Dans notre époque où se trame la grande sape d'un ordre ancien, le rire est bon soldat de cette démolition. Il prend pour cible les grandes institutions, pouvoirs et hiérarchies. Mais aussi, de nos jours, les sentiments, rites ou vestiges de la tradition. La dérision moderne s'acharne à débusquer, sous la défroque sociale, la chiennerie et le « rien » de chaque homme. La maladie et la mort elles-mêmes subissent ses outrages. Bergson pensait que le rire exigeait une « anesthésie momentanée du coeur ». La dérision, en tout cas, ne se prive pas de passer au Kärcher des sentiments réputés respectables. Sur une chaîne privée, on peut voir un pitre solennel

mettre en scène des vieillards déglingués et jusqu'à des cadavres pour ébaubir un public que rien n'écoeure. L'éventail des amuseurs est, il faut dire, très large. D'un côté, les plaisants sans bassesse, tel le patriarcal Bouvard, les Guignols de Canal +, Canteloup ou Gerra, le charmeur Amadou, et j'en passe... Et puis, sur l'autre bord, les comiques de fosse d'aisance, les acharnés du

Le style, c'est l'homme Céline n'a pas inventé la langue populaire, c'est plutôt le langage populaire qui l'a inventé, lui… Cette appréciation un peu laconique, que j'émettais il y a quelques semaines, m'a valu beaucoup de questions de la part de lecteurs qui me demandent ce que j'ai voulu dire, au juste. Voici, je résume. Il faut savoir qu'avant 1880, et jusqu'aux années 1950, en chiffres arrondis, il existait à Paris et ses faubourgs un langage dit « ouvrier », mais aussi voyou et argotique, d'une verdeur et d'une pugnacité qui n'ont rien à voir avec le langage familier que nous connaissons de nos jours. Une autre langue, vraiment… L'écrivain Louis-Ferdinand Céline, né Louis Destouches, naquit en 1894 dans une famille de la petite bourgeoisie parisienne, fière d'une certaine instruction mais totalement désargentée. Les parents Destouches ne parlaient certes pas l'argot ! Quelle horreur ! Un cousin de Louis devint médecin, et le grand-père avait été proviseur d'un lycée… Le hic, c'est que lorsque l'âge de l'école primaire arriva, vers 1900, les finances familiales ne leur permirent pas de mettre l'enfant dans une gentille petite école privée, et payante, où l'on ne cultivait que le français châtié. Le petit garçon dut fréquenter l'école publique, depuis peu laïque et obligatoire, la « communale » en somme, laquelle brassait pêle-mêle la progéniture du monde ouvrier, voire le toutvenant des chenapans ! Et là, catastrophe ! Le petit Louis, vif comme une portée de souris, rentrait à la maison avec des mots malsonnants et des interjections à faire trembler

les vitres du passage Choiseul, où vivaient ses parents. On fit des sacrifices, on le changea d'école l'année suivante, on le tourna vers les religieux bien causants, mais hélas, faute de pécune, il dut retourner à la fatale communale, où, bref, il apprit à parler argot comme un ange dans la cour de récréation. Au profond désespoir de sa maman… C'est que l'argot, autour de 1900, n'était pas une amusette ! Pour les mères de bonne famille, l'affreux langage populaire ouvrait sur l'antichambre du bagne, carrément ; il avait toutes les chances de conduire leur fils à l'échafaud - et leur fille au claque ! C'est là le premier volet de l'enracinement du futur Céline dans la langue « sale » qui le marquera pour la vie, comme marquent les bouillonnements de l'enfance. Bien plus tard, il retrouvera par son écriture les émotions intimes de ses six à douze ans, indélébiles… Passons sur la jeunesse, les petits boulots du commerce, la guerre, brève pour lui, ses études d'autodidacte, et enfin la faculté de médecine. Le jeune docteur Destouches ne parlait certainement pas argot à Rennes, à l'exception d'un vocabulaire un peu plus carabin qu'il n'était d'usage, peutêtre, dans ces contrées, afin de bien marquer son appartenance au Paris de toutes les gloires. Puis, après bien des voyages, il y eut la médecine au dispensaire ; brusquement, il se retrouva parmi les pauvres, les déclassés, les causant de travers, la langue populaire qu'il se mit à humer avec délice chez ses patients… Bien sûr, il ne

s'adressait pas à eux en argot, mais il les écoutait, il respirait leur faconde miteuse, il jouissait de leurs inventions, de leur vulgarité, de leur drôlerie mal embouchée - et si l'on me demande pourquoi ce médecin, après tout bon praticien et déjà bien fourni en relations, n'a pas fait une carrière mondaine,parfaitement lucrative, je dirais que la langue inimitable de sa prime jeunesse l'attirait vers les dispensaires comme un aimant. Je peux me tromper, mais on ne peut expliquer autrement le virage sur l'aile d'un emploi à la Société des nations à la modestie du toubib de base à Bezons. Ce fut dans ces conditions qu'il écrivit Voyage au bout de la nuit, qui réalise une merveilleuse synthèse entre le français de tout le monde et la langue populaire dure, grossière : le Voyage qui le créa en tant qu'écrivain et fit de lui, à trente-huit ans, Céline ! Après quoi la brèche était ouverte, la fécondation accomplie. Ses écrits comme ses fréquentations - le peintre Gen Paul, argotier montmartrois de son âge -, son lieu de travail curieusement inchangé malgré le succès furent entièrement sous le signe de la langue voyoute. Céline créa un style, pas une langue. Le reste de l'œuvre, surtout les pamphlets, est le produit de cette liqueur originale que lui seul a su composer - mais je raconterai cela une autre fois… En attendant sa pauvre mère avait raison de s'émouvoir : l'argot l'a conduit au pied de l'échafaud - il s'en est failli d'un cheveu !

pilori. Ce qu'on retiendra, c'est qu'avec les seconds le cruel et l'obscène gagnent du terrain. Notez que la dérision, dans son élan, ne se prive pas de l'autodérision. On s'excuse de l'incongruité d'un mot d'esprit-espèce raréfiée-si par hasard il s'en échappe. La publicité elle-même renonce souvent à marteler son message. Elle abuse du non-sens comme pour démystifier son propre pouvoir mystificateur. Ainsi la campagne, jadis, d'un autocollant (« Regardez, il n'y a rien à voir »)... Il résulte de cette grande lessive un mépris désabusé, une

frivolité pincée sur l'inconsistance de tout. Dans les arts, avec le dadaïsme, avec le pop art, avec ces pantins fluo de Jeff Koons installés dans les pastels du palais de Versailles, l'incongru fait son cinéma ! De même avec la mode antimode de la nippe et de la fripe. Dérisions de tout ! Dans la satire, l'agressivité devient un composé obligé du spectacle. Sur les plateaux de télévision, combien de combats de coqs pour que des acteurs corrosifs se volent dans les plumes ? La moquerie cède à la raillerie quand ce n'est pas au sarcasme : il faut à tout prix « chambrer ». D'où ce tout-à-l'égout de vannes en tout genre. L'humour de dérision va, sans surprise, de pair avec le déclin de l'admiration. M. de Lapalisse, grand humoriste, concluait qu'à force de ne rien prendre au sérieux on prend au sérieux le rien... Nous y sommes ! L'ennui, c'est que nos humoristes de « bonne mauvaise humeur » s'arrogent, sans humour, la prétention à dire le bien et le mal. A la télé, l'autre jour, chez l'excellent Yves Calvi, nos écorcheurs, sérieux comme des papes,

Claude Duneton « Le Figaro »

Directeur de la publication : Georges Gros - 3, Cité Bergère - 75009 Paris. Commission paritaire N° 0909 G 85883

affichaient leur immunité pour répondre aux écorchés plaintifs victimes de leur « méchanceté ». Les écorcheurs avaient le beau rôle : la méchanceté ne connaît pas de frontières. L'air du temps les déplace à sa guise, et le temps n'est pas à la bonté. Nos féroces bouffons se voyaient assez bien en justiciers, en vertueux serviteurs de la vérité. Au nom d'un humour affranchi de toute décence, ils manient en fait et, sans le dire, l'éditorial de combat. Il est vrai que leurs victimes, avides de notoriété, s'offrent elles-mêmes, en mannequins de foire, à leur pilonnage et associent leurs rires (jaunes) au rire mécanique voire préenregistré du public. La période précédant 1789 a connu, dans une grêle de libelles enragés, semblable débauche d'insultes, mais elle était réservée à des lettrés. Radio et télévision ont démocratisé leur pratique. La démocratie ne s'en trouve ni grandie ni menacée. Mais, ici et là, insidieusement avilie. Claude Imbert « Le Point »

La Gazette 141  

La Gazette N° juillet - août 2009

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