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enfin, de se présenter aux élections législatives partielles de 2012. Aussitôt d’ailleurs, celle-ci emporte 43 des 45 sièges à pourvoir, dont 37 à la Chambre basse du Parlement (qui compte 440 députés), six à la Chambre haute et deux dans des chambres régionales. Vite satisfaits des premiers gestes d’ouverture du régime birman, une majorité de pays qui, jusquelà, tenaient le Myanmar à l’écart le restaurent alors au rang de leurs partenaires internationaux. En levant les sanctions commerciales et diplomatiques qu’ils maintenaient sur le pays, ils ouvrent la voie aux investisseurs et capitaux étrangers, impatients de lancer les chantiers du développement birman dans le secteur des infrastructures industrielles, énergétiques et de transport. Et s’il subsistait encore quelques doutes sur les modalités du retour de la Birmanie sur la scène internationale, ils sont levés par la présidence de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) que ses pays membres confient pour la première fois au Myanmar en 2014.

Une transition hésitante Cependant, cette consécration diplomatique ne suffit pas à masquer le fait que les effets de l’ouverture tardent à être ressentis au-delà d’une classe moyenne urbaine à peine naissante et d’une communauté internationale moins regardante qu’intéressée. Pour la plus large partie de la population en effet, la réalité peu enchantée de la corruption, du clientélisme, de l’inertie et du nationalisme xénophobe birman résiste encore aux promesses de l’aube démocratique et libérale. Entre autres blocages du processus de transition, la discrimination des populations musulmanes et l’interdiction faite à Aung San Suu Kyi de se porter candidate à la présidence du pays au prétexte qu’elle est mariée à un étranger (britannique) sont les plus marquantes. À leur tour, le renforcement de l’oppression des Rohingyas et l’instrumentalisation du sentiment antimusulman à des fins géopolitiques évoquent des pratiques de régime autoritaire (voir encadré). Moins visible, la difficulté du pays à se doter d’un système judiciaire compétent, efficace et indépendant n’en est pas moins préoccupante pour accompagner l’effort d’investissement porté vers le pays. Et si plusieurs signes continuent de laisser entrevoir le décollage économique du Myanmar grâce, par exemple, à son essor et son potentiel touristiques, mais aussi à l’explosion du secteur des télécommunications, à la multiplication des chantiers d’infrastructures et aux perspectives de

sommaire

UN PAYS À GÉOGRAPHIE COMPOSITE

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Sur le plan géographique et ethnolinguistique, le Myanmar se trouve au point de contact de trois grands ensembles : le souscontinent indien d’abord, aux frontières avec l’Inde et le Bangladesh à l’Ouest ; le monde chinois ensuite, par la province chinoise du Yunnan qui jouxte le pays au Nord ; l’Asie du Sud-Est enfin, à laquelle l’ex-Birmanie se rattache par ses frontières avec le Laos et la Thaïlande à l’est. Baigné par l’océan Indien dans le golfe du Bengale au sud-ouest et par la mer d’Andaman au sud, le pays se trouve irrigué en son centre par le fleuve Irrawaddy. Composé d’une vaste plaine centrale et serti de montagnes sur près de 1 000 km du nord au sud, le territoire du Myanmar – 678 528 km² – est le plus vaste d’Asie du Sud-Est. Selon les résultats provisoires du recensement de 2014, il abriterait quelque 51,5 millions d’habitants. À son tour, la population birmane reprend l’organisation géographique du pays : dans la plaine centrale vivent les Bama ou Bamar, une population bouddhiste de langue birmane qui rassemble 70 % de la population du pays et qui le dirige depuis

toujours. Pour leur part, les minorités ethniques, qui composent le reste de la population, occupent 60 % du territoire dont la frange frontière, soit des zones aux reliefs escarpés, à la végétation dense, difficiles à pénétrer et donc à contrôler. À l’est d’abord, les Shan et les Wa chevauchent la frontière chinoise, tout comme les Kachin, au nord, en majorité chrétiens. Les Karen et les Mons, également chrétiens pour une large part, peuplent quant à eux la frontière avec la Thaïlande, tandis que les Arakanais et les Chins, occupent les marches occidentales du Myanmar. À ces minorités officiellement reconnues par les institutions birmanes s’ajoute celle des Rohingyas, une communauté de musulmans sunnites vivant en pays arakanais. Quant au découpage administratif birman, enfin, il reprend la répartition ethnolinguistique du pays : tandis que sept « divisions » rassemblent l’essentiel des populations bama au centre du pays, les sept « États » périphériques, eux, correspondent plus ou moins aux principaux groupes ethniques minoritaires.

Sherpa #1 Janvier 2015 par le Lépac (Paris)  
Sherpa #1 Janvier 2015 par le Lépac (Paris)  

Articles, cartes, quiz : ce premier numéro de la lettre géopolitique et prospective du Lépac est consacré aux enjeux politiques et économiqu...

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