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MYANMAR 2e

sommaire

producteur mondial d’opium

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Le Dessous de… l’ouverture BIRMANE Entre autres bonnes nouvelles internationales des dernières années, la libération du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi et l’ouverture du Myanmar au reste du monde n’étaient pas les moindres. Car à la faveur d’une nouvelle constitution adoptée en 2008, elles promettaient à la population birmane d’en finir avec cinquante ans de dictature politique, d’isolement commercial et d’ostracisme diplomatique. Quelques années plus tard pourtant, les progrès économiques et politiques de ce pays membre de l’ASEAN demeurent fragiles, soumis à la fois aux hésitations du régime et aux intérêts des élites, à l’ambigüité des relations sino-birmanes, aux tentations nationalistes bama ou encore aux mouvements de rébellion armés aux frontières du pays.

D’un régime à l’autre Alors que la situation du Myanmar était figée depuis quarante ans, voici déjà quelques années que l’ex-Birmanie semble vouloir changer de trajectoire économique et politique. Après avoir déplacé la capitale, en 2006, en plein centre du pays, à Naypyidaw (« la ville des rois »), le régime birman adopte une nouvelle constitution en 2008 et prévoit l’organisation d’élections multipartites dès 2010. Auparavant, soucieuse de ne pas fragiliser l’unité du pays et l’intégrité de son territoire à la faveur de l’ouverture politique du régime, l’armée lance plusieurs offensives pour reprendre aux mouvements autonomistes ou séparatistes des minorités ethniques le contrôle des régions périphériques (voir encadré). Ainsi, après plusieurs décennies de guérilla, un accord de cessez-le-feu est conclu avec les Shans en 2011, puis avec les Karen en 2012. Et si les Kachin continuent leurs opérations militaires au nord du pays pendant que les Rohingyas, eux, subissent de véritables pogroms en Arakan, la résistance armée des minorités ethniques ne semble plus pouvoir menacer l’unité nationale birmane. Pour les rebelles d’ailleurs, l’enjeu est désormais moins politique qu’économique : il s’agit avant tout de contrôler le trafic d’opium dont le Myanmar est le 2e producteur mondial après l’Afghanistan. Avec les drogues de synthèse (le pays étant probablement le premier producteur mondial de méthamphétamines), le Myanmar serait aujourd’hui plus gros narcoÉtat du monde. En réalité, pour le régime birman, la principale opposition à son maintien au pouvoir est désormais beaucoup plus pacifique : c’est celle de la Ligue nationale pour la Démocratie (LND), un parti politique fondé à la suite du renversement du général Ne Win en 1988 par plusieurs personnalités réunies autour de la figure charismatique d’Aung San Suu Kyi. Confrontée au succès écrasant du jeune parti démocratique qui emportait 80 % des suffrages lors des élections libres de 1990, la junte avait alors choisi d’annuler le scrutin, de renoncer à la transition politique et placé la future lauréate du prix Nobel de la paix (1991) en résidence surveillée jusqu’en 1995, puis de nouveau de 2000 à 2010. C’est finalement en mars 2011 que la junte est dissoute, laissant la place à un régime civil largement composé d’anciens militaires, dont le chef de l’État, le général Thein Sein. Déterminé à développer l’économie du pays très affaiblie par des années de prédation et de sous-investissement d’une part, d’ostracisme international d’autre part, l’ancien premier ministre lance alors un important train de réformes. Parmi les nombreuses mesures que le nouveau régime met en œuvre, la communauté internationale retient notamment le droit de se syndiquer, de faire grève et de manifester ; un nouveau code des investissements étrangers ; les négociations de paix avec les mouvements de résistance armés ; l’abolition de la censure et la libération de très nombreux prisonniers d’opinion ; la possibilité pour la LND,

Sherpa #1 Janvier 2015 par le Lépac (Paris)  
Sherpa #1 Janvier 2015 par le Lépac (Paris)  

Articles, cartes, quiz : ce premier numéro de la lettre géopolitique et prospective du Lépac est consacré aux enjeux politiques et économiqu...

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