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PARCOURS BIOGRAPHIQUE DANIEL MARCHESSEAU


UNE HISTOIRE DE FAMILLE La famille Lévy

Martine Lévy est née dans la ville de Troyes un 22 avril 1932, sous le signe du Taureau, dans l’appartement familial de ses parents, Pierre et Denise Lévy, situé au-dessus de leur magasin de nouveautés du centre-ville, « À la Parisienne ». L’affaire avait été fondée par ses grands-parents, Félix et Marthe Lièvre, rue Émile-Zola, l’une des artères commerçantes les plus fréquentées. Les parents assuraient, selon l’usage à l’époque, le logement du jeune ménage, leur fille Denise et son mari Pierre Lévy – la boutique de confection étant non loin d’une autre, nommée « Le Progrès », que dirigeait justement le frère aîné de Félix Lièvre, Armand. Le bâtiment avait été édifié après la Grande Guerre, dans les années 1920, sur les fondations d’une ancienne maison des grands veneurs des comtes de Champagne datant de 1676, qui avait été démolie pour être reconstruite, avant d’être agrandie. Sous la houlette de Félix Lièvre, ce commerce attire une belle clientèle issue d’une société bourgeoise bien établie dans cette métropole ouvrière et laborieuse, déjà spécialisée dans l’industrie textile et prisant son confort dans une mise classique ouverte à la modernité, après les Années folles.

La famille de Félix Lièvre

Le grand-père de Martine, Félix Michel Lièvre (né le 7 septembre 1874 à Dijon, disparu en 1958 à Troyes), qu’elle appellera « Gros-Père », est une forte personnalité, aussi chaleureuse que truculente, portant avec élégance, comme il sied à un industriel du textile, costume et nœud papillon – elle en a d’ailleurs brossé plus d’un portrait évocateur. Il est le second fils de Eugène et Sara Lièvre. En 1871, le territoire de Belfort dans le Haut-Rhin était désormais, et jusqu’en 1918, la seule partie de l’Alsace à ne pas être annexée par les Allemands. Mais compte tenu de la situation héroïque de la ville après le siège tragique de plus de cent jours par les troupes prussiennes pendant un hiver particulièrement rigoureux, on peut imaginer que le jeune couple Lièvre, Eugène et Sara, ait quitté la ville peu après avec leur premier fils Armand-Léon, né en 1870, pour s ’ installer à Dijon. L’origine bourguignonne des Lièvre semble donc assez récente, sachant qu’ils ont quitté l’Alsace, comme bien des familles de la communauté, après l’émancipation des Juifs sous la Révolution, en 1791. Le mariage à Troyes de leur cadet, Félix Lièvre, le 6 mars 1905, à l ’ âge de trente ans – assez tard

Autoportrait peignant III. Lavis d’encre de couleur, 1986, 66 x 50 cm

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semble-t-il pour l’époque – avec la jeune Marthe Andrée Londonschutz (1883-1963), que Martine appellera « Mamie », avait, comme souvent, été arrangé en famille.

Marthe Londonschutz, future Mme Félix Lièvre

Fille de Jules Londonschutz (né en 1852) et de Coralie Ignace (née en 1856), la jeune fille était originaire de Raon-l’Étape, un village rural situé à quelques kilomètres au sud de Baccarat, dans les Vosges. Le bourg, au confluent de la Meurthe et de la Plaine, avec un centre architectural e xvii siècle de belle allure, fut parmi les premiers à être sévèrement bombardé par les Allemands dès le début de la Grande Guerre, en septembre 1914. Le nom Londonschutz (qui signifie « tireur de Londres ») étant aujourd’hui totalement éteint, il est difficile d’être plus précis. Mais « Mamie » venait assurément d’un milieu éclairé. La commune de Raon-l’Étape se trouvant dans l’arrondissement et sous la juridiction de Saint-Dié, la fillette y avait sans doute été éduquée à l’Institution du Beau-Jardin, dans la ville natale de Jules Ferry – l’école étant devenue sous son ministère de l’Instruction, en 1882, gratuite, laïque et obligatoire. Marthe Londonschutz fut ainsi, Martine aime à se souvenir de sa grand-mère, l’une des premières jeunes filles du département des Vosges à obtenir son brevet à la fin du collège. Elle jouait par ailleurs fort bien du piano et sut rapidement séduire son futur mari par sa distinction naturelle et sa culture générale. Après son mariage avec Félix Lièvre, elle lui donnera deux filles brillantes : Marguerite Anna, l’aînée (Troyes, 1909-2009), que l’on appelle familièrement Brigitte, puis Denise (Troyes, 1911-Bréviandes, 1993), la future mère de Martine, deux ans plus tard.

La maison familiale de Bréviandes

Félix Lièvre, dont la réussite commerciale à Troyes est remarquable, acquiert bientôt aux environs immédiats de la ville, à Bréviandes, une maison de campagne qui deviendra peu à peu la demeure de la famille. Leurs deux filles, Brigitte et Denise, seront élevées à Troyes par Adée, dont le fiancé avait été un des tout premiers morts de la guerre de 14-18. Jusqu’à sa disparition, dans les années 1970, Adée fut sa vie durant la gouvernante totalement dévouée aux Lièvre et aux Lévy. Après la Libération, la maison de Bréviandes, adoptée par Denise et Pierre Lévy, devient un foyer de rencontres artistiques autour de Maurice Marinot (1882-1960) – accompagné de sa fille Florence (1910-2001) –, où se retrouvent André Derain (1880-1954), André Dunoyer de Segonzac (1884-1974) et Jules Cavaillès, grand résistant (1901-1977), parmi d’autres. La saga culturelle de Pierre et Denise Lévy débute en 1937 avec la rencontre de Maurice Marinot, célèbre peintre et verrier d’origine troyenne. Par son charisme personnel, son empathie envers ces amateurs, sa force de persuasion, il fut leur mentor dans leur passion partagée pour

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Ci-dessus, de haut en bas : Félix Lièvre parmi ses employés à Troyes, 85 rue Émile-Zola, sous l’enseigne « A la Parisienne » La Fabrique de Meubles Achille Lévy, magasin des grandsparents paternels de Martine à Guebwiller

Gros-Père. Huile sur toile, 1953, 46 x 33 cm

Ci-dessus, de haut en bas : Félix et Marthe Lièvre entourés de leurs enfants, Marguerite - dite Brigitte -, née en 1909 et Denise, née en 1911, auprès de sa mère Mémé Jeanne, la grand-mère parternelle de Martine

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« Maurice Marinot était aussi important que Derain ou Vlaminck dans la cage aux fauves [1905]. Mais il est entré dans l ’anonymat lorsqu’il est parti pour la province. “Regarde” était son maître mot. À la maison, on parlait beaucoup peinture. Après la guerre, mes parents allaient à Paris une fois par semaine et rapportaient souvent un tableau : Derain, Segonzac, une sculpture de Gimond, bien d’autres… » Influencée par le bouillonnement artistique certain qui règne à la maison, Martine se lancera naturellement, sans imaginer en faire une carrière, dans la peinture.

Les origines de Pierre Lévy (Guebwiller, 1907 - Bréviandes, 2002)

Le père de Martine, Pierre Georges Lévy, n’a aucune racine troyenne. Il est originaire de Guebwiller en Haute-Alsace, où il est né le 11 avril 1907, pendant l ’ occupation de l ’Alsace-Lorraine par l’ Allemagne (Deutsche Reich), dans la communauté juive rassemblée autour de la nouvelle synagogue construite en 1872. Allemand de naissance, il ne deviendra français qu’en 1918. Son père, Achille Lévy, lui-même fils d ’ une famille de onze enfants (!), avec sa femme Jeanne, née Spira, dite « Mémé Jeanne », elle-même la dernière d’une famille de dix enfants, ont une fabrique de meubles. Mémé Jeanne était bien « l’ homme de la maison ».

Enfance et adolescence de Pierre Lévy

Ci-dessus : Florence Marinot, Pierre Lévy, André Derain et Maurice Marinot, en 1952 Ci-contre, de haut en bas : Maurice Marinot, Autoportrait, 1937, Musée d’art moderne de Troyes, Donation Pierre et Denise Lévy Maurice Marinot, Portrait de Denise Lévy. Huile sur toile, 1945, 46 x 33 cm

l’art de leur époque et leur quête compulsive de collectionneurs. Pierre Lévy dira : « C’est avec lui que nous avons appris, non seulement à regarder les œuvres d’art, mais à vivre avec elles. » Après la guerre, les Lévy aideront beaucoup l ’artiste qui, son atelier ayant été bombardé en 1944, avait perdu une grande partie de sa production de verreries mais aussi de nombreuses peintures et dessins. Travailleur acharné, il venait à Bréviandes à pied depuis Troyes, accompagné de sa fille Florence, passer la journée tous les mardis – on les appelait donc « les mardinots ». En 1946, à quatorze ans, Martine s’essaie à ses premiers paysages, natures mortes et portraits.

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L’Alsace étant depuis la guerre de 1870 sous domination allemande, Pierre est élevé dans une tradition plus alsacienne que germanique, mais il calligraphie en caractères gothiques avant d’apprendre le français à l’âge de onze ans seulement, après l’armistice de 1918. Il gardera toute sa vie des traces d’accent alsacien, avec un goût prononcé pour l’étude et la culture germanique – les poésies de Goethe et d’Henri Heine figurant jusqu’au soir de sa vie parmi ses livres de chevet – comme pour les musiciens allemands. En raison de cette double culture germano-française – aux questionnements insidieux pour un adolescent durant la Grande Guerre –, Pierre Lévy sera profondément attaché à la France après une éducation imprégnée de patriotisme.

Les débuts de Pierre Lévy, nouveau Troyen

Volontaire et ambitieux, il entre tôt dans la vie active. Il suit des cours du soir dans une école textile, effectue un premier apprentissage strict en Allemagne, puis en Suisse. Affecté par l’armée française à Troyes en 1927 pour y effectuer sa conscription à l’âge de vingt ans, il y rencontre par hasard, son service terminé, le négociant Félix Lièvre. Le jeune Pierre s’installe alors dans un modeste logement sis 2, rue de Paradis, et fait la connaissance de Denise, encore adolescente, bachelière à quinze ans. Très douée pour les mathématiques, celle-ci, habitant à Paris chez sa tante,

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Certificat du mariage religieux de Denise Lièvre et Pierre Lévy

commencera une licence à la Sorbonne – sans la terminer. N’importe, la jeune fille est d’un tempérament, d’une originalité à nulle autre pareille. Pierre s’éprend d’elle… Le 19 avril 1929, Pierre Lévy, âgé de vingt-deux ans, épouse à la mairie de Troyes sa jeune fiancée, Denise Lièvre, de quatre ans sa cadette, union consacrée religieusement à la synagogue de la rue Notre-Dame-de-Nazareth, trois jours plus tard, le 22 avril 1929, par le grand rabbin de Paris, Jacob Kaplan. En quinze ans, Pierre et Denise Lévy auront cinq enfants : Jean, Martine, Annie, François et, après la guerre, Claire Hélène. Peu après son mariage, Pierre Lévy devient le directeur de l’usine de son beau-père, « Le Jersey Troyen », et scelle de la sorte son implantation troyenne et son intégration au monde de l’industrie textile, qu’il va bientôt révolutionner. Ainsi, les débuts de Pierre Lévy peuvent-ils évoquer avec un romantisme bienvenu une rencontre imaginaire qui aurait pu être signée au xixe siècle par le duo littéraire d’origine lorraine Erckmann-Chatrian – la séduction de l’Alsace-Lorraine rehaussée par son impérieux désir de revanche après sa liberté recouvrée, telle que l’avait exaltée le peintre Jean-Jacques Henner après son annexion par l’Allemagne en 1870.

Ci-dessous, de haut en bas : Amedeo Modigliani, Jeanne Hébuterne, 1918. Huile sur toile, 46 x 29 cm. Troyes, Musée d’art moderne, collections nationales Pierre et Denise Lévy. mnpl 294. © Ville de Troyes, Carole Bell Pablo Picasso, Le Fou. Bronze, 1905, 37 x 42 x 23 cm. Troyes, Musée d’art moderne, collections nationales Pierre et Denise Lévy. mnpl 1679. © Laurent Lecat

Pierre et Denise Lévy, collectionneurs

Peu avant la guerre, alors qu’il dispose de certaines facilités financières, l’amateur d’art qu’il est d’instinct – et qui possède un réel talent de dessinateur – peut envisager de satisfaire une passion naissante et songer avec sa femme à commencer, au fil de ses chemins de traverse lorsqu’il vient à Paris pour affaires, une petite collection. Il faut souligner ici combien la culture sans frontières de la famille Lièvre et la sensibilité très intuitive de Denise furent pour Pierre, leur gendre et mari, un atout déterminant dans leur appétence pour les peintures, sculptures, objets d’art et pièces d’art primitif qu’ils sauront réunir principalement en trois décennies (1945-1975). Encouragé dès 1937 par Maurice Marinot, le couple se tourne d ’ emblée vers un art expressément figuratif : « Les peintures où la figure humaine est découpée, défigurée ou recomposée n’ont jamais eu mon consentement », disait le collectionneur, comme pour justifier son refus du cubisme et de l ’ abstraction au bénéfice d ’ œuvres à la facture pour l’ essentiel fauve, sinon réaliste voire expressionniste. S’il a fait l’impasse sur les impressionnistes, Pierre Lévy est surtout curieux d’une peinture fortement structurée, richement colorée, mêlant volontiers les genres du portrait, du paysage et de la nature morte : Hyde Park d’André Derain, l’esquisse de La Conquête de l’air

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Ci-dessus, de haut en bas : Georges Seurat, La Banlieue. Huile sur toile, vers 1982, 32,4 x 40,5 cm. Troyes, Musée d’art moderne, collections nationales Pierre et Denise Lévy. mnpl 304. © Laurent Lecat André Derain, Port de Collioure, le cheval blanc. Huile sur toile, 1905, 72 x 91 cm. Troyes, Musée d’art moderne, collections nationales Pierre et Denise Lévy. mnpl 57. © Laurent Lecat Paul Cézanne, Paysage. Huile sur toile, c. 1865, 27,8 x 34,9 cm. Ancienne collection Pierre et Denise Lévy, Troyes. raisonné


Martine enfant

par Roger de La Fresnaye, Football de Robert Delaunay, Jeanne Hébuterne par Modigliani, Le Fou de Picasso comptent parmi les chefs-d’œuvre de cette collection – qui est encore aujourd’hui l’une des plus exceptionnelles donnée aux musées français dans la deuxième moitié du xxe siècle (en 1976), après la donation Pierre et Kathleen Granville à Dijon (1969-1974), avant celle de la collection Dutilleul/Masurel à Villeneuve-d’Ascq (1979). À l’écart des effets de mode, Pierre Lévy s’est notamment appliqué à constituer certains fonds très précieux. Celui de Derain – dont il devint l’ami – rassemble toutes les périodes et toutes les techniques abordées par l’artiste ; celui de Roger de La Fresnaye est le plus important qui soit dans une même collection ; enfin, celui des cent quarante-trois verreries de Maurice Marinot sanctionne l’ouverture d’esprit du collectionneur. C’est dire si la donation qu’il a faite avec son épouse à Troyes, sa ville d’élection, permet à celle-ci de s’enorgueillir de posséder une collection unique en son genre, qui comporte en outre un ensemble très intéressant de sculptures africaines.

Troyes

Deuxième ville de Champagne-Ardenne après Reims, la cité doit son rayonnement depuis le Moyen Âge aux foires de Champagne et à l’industrie séculaire de la bonneterie, dont elle est la capitale française. Cette cité très prospère a heureusement su préserver ses admirables vieux quartiers datant du Moyen Âge et de la Renaissance. En témoigne l’ancienne halle à la bonneterie – aujourd’hui la Bourse du travail. Ponctuée de nobles bâtiments à l’architecture classique, parmi lesquels la cathédrale, en regard de l’évêché, la mairie, de nombreuses églises, la préfecture de l’Aube, très arborée – le vaste jardin botanique de la Vallée suisse fut aménagé en 1860 dans le goût romantique sur les fossés longeant les anciennes fortifications –, est découpée depuis la deuxième moitié du xixe siècle par trois grandes artères, les boulevards Gambetta, du 14-Juillet et Carnot, autour du canal de la Haute-Seine.

Enfance de Martine Lévy

Martine est d’abord élevée avec une certaine rigueur à l’école de filles de Troyes, au sein d’une famille bourgeoise, chaleureuse et unie où frères et sœurs ainsi que cousins plus ou moins proches se retrouvent régulièrement, pratiquant en particulier les sports de plein air. En 1938-1939, elle découvre à sept ans – l’âge de raison – les toutes premières œuvres d’art moderne et d’art tribal que ses parents commencent à acquérir. Leurs premiers choix furent trois toiles d’Émile-Othon Friesz, de Maurice Utrillo et de Maurice de Vlaminck que leur procure un courtier parisien, M. Golden. Mais, sur le conseil de Maurice Marinot, leur premier achat vraiment significatif est un Cézanne : « Un jour de 1939, rue de l’Abbaye à Saint-Germain-des-Prés, dans la boutique de Mme Léon Zak, il y avait là un petit

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Cézanne, sombre, empâté, représentant un paysage d’Aix… Nous étions venus pour acheter, l’affaire fut vite conclue au prix de 120 000 francs de l’époque. Nous étions trois, Marinot, ma femme et moi », rappelle Pierre Lévy dans Des artistes et un collectionneur (1976).

La période de la guerre

La tranquillité de la famille bourgeoise provinciale est rapidement troublée par la déclaration de guerre. Après la « drôle de guerre » et l’entrée des troupes allemandes, la famille Lévy, laïque et républicaine, est contrainte de quitter Troyes. « Les autres [Troyens] ne m’acceptaient pas. Ah ! Ils ne m’aimaient pas ! Après la guerre, je dirai qu’ils ont été corrects. Mais jamais ils ne m’ont admis » devait-il se souvenir au soir de sa vie. Dès 1940, il y eut à Troyes une succession de mesures anti-juives : perquisitions, arrestations, emprisonnements, séquestres de quarante-six affaires commerciales et industrielles des Juifs… conformes aux décisions du Commissariat général aux questions juives du gouvernement de Vichy. Évitant de justesse une rafle de la Gestapo et sur le conseil très ferme – l’ injonction – du commandant allemand de la ville de Troyes – très francophile –, Pierre Lévy part précipitamment avec son beau-père en décembre 1940. Ils vont d ’abord au centre de la France dans l ’Indre, chez son frère Robert, bâtonnier à Mulhouse, réfugié avec sa famille à Entraigues, petit village dépendant de Langé, au sud de Valençay et au nord de Châteauroux. Pierre Lévy et Félix Lièvre sont rejoints quelque temps plus tard à Valençay, en zone libre, à dix kilomètres de la ligne de démarcation au sud de Chabris, dans des conditions très difficiles, par leurs épouses et leurs deux jeunes aînés, Jean et Martine. « J’ai franchi la ligne de démarcation enfermée dans un coffre de voiture avec mon frère », se souvient Martine. Les deux derniers enfants arriveront quant à eux peu après, dans un train de la Croix-Rouge. La famille Vidal les retrouvera bientôt.

Valençay

L’élégante petite cité élevée sur un coteau proche du massif forestier de Gâtines, que traverse une paisible rivière baptisée le Nahon, est célèbre depuis le xixe siècle par l’imposant château Renaissance rénové par le prince de Talleyrand et sa descendance, les Talleyrand-Périgord, ducs de Valençay. Les deux familles Lévy et Vidal résident justement (1940-1941) à l’hôtel d’Espagne, en face du château. Dès 1938, ce fleuron de l’architecture classique avait été choisi par le directeur des musées de France, Jacques Jaujard (1895-1967), avec d’autres propriétés, loin de la capitale, pour qu’y soit cachée, dès le début de l’Occupation, dans les sous-sols du château, une partie des collections

Martine adolescente

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du Louvre, en particulier la statuaire antique dont la Vénus de Milo, la Victoire de Samothrace et le Gladiateur Borghèse. L’impressionnant Carle Dreyfus (1875-1952), fort âgé pour les enfants qui l’appelaient « Monsieur Fuss », directeur du département des Objets d’art, en a la responsabilité avec son jeune et brillant collègue Gérald Van der Kemp (1912-2001) qui fera bientôt une étincelante carrière à Versailles. Dès 1940-1941, le château de Valençay, sinon la ville, devient un centre inattendu et discret de rencontres culturelles au cœur de la France occupée. Pierre et Denise Lévy participent aux discussions animées entre conservateurs et personnalités des musées pour mieux connaître ce milieu intellectuel sans égal, où figurent d’éminents historiens de l’art engagés dans la résistance à l’occupant, en particulier Jean Charbonneaux (1895-1969, archéologue et conservateur des Antiquités gréco-romaines au Louvre), René Huyghe (1906-1997), Germain Bazin (1901-1990) et bien d’autres. Nul doute qu’ils aient impressionné Pierre et Denise Lévy, lesquels s’en souviendront lors de la donation de leurs collections. Après Valençay, la famille Lévy trouve refuge à La Vernelle (1943) chez Robert et Thérèse Mesnil dans leur propriété « Les Ormeaux » aux abords du petit village de La Vernelle traversé par la rivière Fouzon, au nord du département de l ’ Indre. Au cœur du Berry, La Vernelle est plus proche d ’Issoudun que La Châtre, où avait régné George Sand. Poésie et dessin adoucissent un peu ces années sombres où Martine n’a d’autre professeur que sa mère.

La Libération

De haut en bas : Pierre Lévy Pierre Lévy, Bréviandes. Encre de chine sur papier, 1980, 20 x 25 cm

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De retour dans leur ville deTroyes, à la Libération, la famille Lévy, qui compte désormais cinq enfants – Claire est née fin décembre 1946 – ne retrouve pas le logement devenu trop exigu de « À la Parisienne » et emménage à Bréviandes, à proximité immédiate de Troyes, dans la maison de campagne des Lièvre, de « Gros Père » et « Mamie ». Martine reprend sa scolarité à l’école communale de Bréviandes, avant d’entrer en classe de cinquième au lycée de Troyes, situé à la sortie de la ville sur la route de Paris, où elle se rend en bicyclette. Mais ses études sont perturbées. Une répétitrice la fait travailler à la maison avec des cours par correspondance, et elle tient son rang dans l’équipe de basket-ball de Bréviandes. À l’âge de dix-sept ans, en 1949, Martine part à Paris, où elle est hébergée avenue de Messine chez ses oncle et tante Robert et Brigitte Vidal. Elle se prépare au baccalauréat dans une école privée laïque aux méthodes éclairées très reconnues, le Cours Hattemer – la fondatrice Mlle Rose Hattemer était, comme Pierre Lévy, d’origine alsacienne –, réinstallée en 1935 dans un bâtiment moderne construit rue de Londres, près de la place de l’Europe. « J’ai raté mon bac. Je ne fichais rien, cela ne m’intéressait pas – je n’ai même pas voulu passer la session de rattrapage. Seule, la peinture me tentait. Mon père a alors

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ANNÉES DE FORMATION

demandé conseil à Derain et Segonzac. Celui-ci lui a répondu par une lettre très encourageante à mon endroit. »

LES

1947

Maurice Marinot, qui conseille toujours Pierre Lévy dans ses achats, l ’emmène en mai 1947 à l’hôtel Drouot à la vente de la collection de Félix Fénéon (mort en 1944). Pierre Lévy acquiert dix-sept pièces d ’ art africain, mais aussi deux toiles de grande qualité, le beau portrait de Jeanne Hébuterne par Modigliani – un des fleurons de la collection – et leur premier Georges Seurat, La Banlieue, 1882-1883, dont il dira lui-même dans L’ A rt ou l’ A rgent : « petite peinture, mais combien précieuse ». Fénéon ayant établi avec les peintres Maximilien Luce et Paul Signac l ’ inventaire après décès du maître pointilliste, la provenance de ce petit chef-d ’œuvre ne pouvait être plus directe ! ■

Martine entourée de son mari (en haut à droite) et de ses parents avec une partie de sa famille, 1954

1950-1954

E

ngagée en peinture, Martine Lévy s’inscrit d’abord à l’Académie Julian, rue de Berry, sur le conseil d’amis chers à ses parents, les peintres André Derain (1880-1954) et André Dunoyer de Segonzac (1884-1974), où enseignent les sculpteurs Marcel Gimond (1894-1961) et Hubert Yencesse (1902-1991). L’Académie est mixte et les étudiantes y sont autorisées à peindre des modèles masculins nus. Martine dessine à longueur de journée devant modèle vivant et elle a conservé de cette période très active quelque trois cent cinquante feuilles au crayon, à l’estompe et au pastel. Son professeur en peinture, Jules Cavaillès, adepte d’une palette plus claire, reproche à cette jeune fille une palette sombre, guère juvénile – mais, en cette période de reconstruction après la guerre, on comprend bien pourquoi elle a choisi d’ y rester fidèle – tout en la nuançant de tons plus argentins, rehaussés de blancs lactés. Après deux ans chez Julian, elle choisit sur les conseils de Segonzac d’entrer à l’Académie de la Grande Chaumière, également mixte. En 1953, Martine entame une longue série de portraits très sculpturaux sur papier teinté – le plus souvent un Canson gris soutenu – qui, par leur traitement charbonneux dans l’ombre et les rehauts de blanc de craie dans la lumière, ont une expression dense qui n’est pas sans évoquer l’âpreté de certaines pages de la guerre civile en Espagne du grand sculpteur ami de Picasso, Julio González. Parallèlement, deux étés de suite, en 1952 et 1953, elle séjourne à Londres, inscrite à The Royal Polytechnic Art Institution, fondée en 1896 dans le quartier de Piccadilly. Dans les locaux de la Regent Street Polytechnic, elle pratique essentiellement le dessin et la peinture, mais aussi des rudiments d’arts appliqués et… l’anglais. Depuis plus d’un demi-siècle, son ancienne correspondante à Londres, Susan Quine, artiste elle-même, est restée une amie proche de Martine. Ayant épousé un Égyptien, elle signe ses œuvres « Susan Dakakni » et appartient à la société des pastellistes de la Couronne britannique. De passage un jour chez ses parents, Martine rencontre par hasard un certain Léon Cligman, jeune industriel très prometteur, venu à Troyes pour visiter l’usine textile de Pierre Lévy. Léon, trente-quatre ans, brillant et enthousiaste, s’éprend bientôt de cette jeune étudiante de vingt-deux ans. Il lui rend visite à Londres et ne tarde pas à la demander en mariage.

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L’Académie

Ci-dessus : L’Académie de la Grande Chaumière Ci-contre : Cacao. Huile sur toile, 1955, 46 x 27 cm L’Homme nu. Huile sur toile, 1951, 55 x 33 cm

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de la Grande Chaumière

L’entrée de Martine Lévy à la Grande Chaumière, au cœur de Montparnasse, est déterminante car elle y trouve le miel de sa liberté. Dans les ateliers libres, elle rencontre à l’occasion, retour d’Australie, Samuel Berger – pas encore dit « Sam Szafran » –, de deux ans son cadet (né en 1934) et le Japonais Toshimitsu Imaï (1928-2002). Martine retrouvera Imaï quelque quarante ans plus tard, en février 1995, après un voyage au Japon – le critique Gérard Xuriguera l’amenant à l’atelier. Parmi ses camarades d’alors, elle retient le sculpteur Gérard Koch (1926-2014), massier dans l’atelier de Zadkine, qui l’encouragera beaucoup dans cette discipline, le peintre André Elbaz (né en 1934), mais aussi Madeleine Flaschner (née en 1933), peintre et graveur, présidente du salon « Pointe & Burin ». Son premier chef d’atelier, Édouard Goerg (1893-1969), dont elle aime la peinture, l’encourage sans s’imposer. Léopold Kretz (1907-1990), peintre et sculpteur, qui succède à Charles Despiau (1874-1946) et à Robert Wlérick (1882-1944) en tant qu’enseignant, se lie d’amitié avec Martine, qui le présentera à son père, Pierre Lévy. « Je suis restée là quelque six-sept ans, d’abord comme étudiante, puis comme jeune femme mariée […] Ossip Zadkine (18901967) y enseignait également – en voisin, venant de son propre atelier, rue d’Assas. J’y allais toute la journée, cours de peinture le matin, leçons de croquis l’après-midi – devant modèle vivant ou devant une nature morte. De très nombreuses études subsistent de cette période. […] J’ai beaucoup peint le vieux modèle dit “Cacao” (Antonio Nardone) qui avait posé pour Rodin (Le Baiser) – et dont se sont également inspirés Germaine Richier (professeur de César) et mon camarade Sam Szafran. Mais je garde, plus encore, le souvenir de Josepha, une modèle métisse, réunionnaise ou antillaise sans doute, qui posait souvent dans les classes l’après-midi. J’ai brossé plusieurs portraits d’elle et même modelé son visage. » « Quand on quitte l’école, peu importe qu’on ne sache rien, si seulement on a envie d’apprendre. » Paul Léautaud

Martine Lévy et Susan Quine

1952

Peut-être dans le souvenir des premières céramiques collectionnées par ses parents, Lenoble, Metthey, Chaplet, Decœur, sans oublier celles des peintres Derain ou Vlaminck, Martine s’est passionnée en 1952-1953 pour cette technique propre aux arts du feu, dont elle

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ignorait tout. Sur les conseils de son camarade Michel Fresnel, qui devait abandonner bientôt la peinture, Martine façonne alors un certain nombre de petites pièces de formes. Mais elle a préféré détruire la plupart de ces terres vernissées. Huit seulement, heureusement gardées dans la maison de Bréviandes, ont subsisté : deux tasses, un petit vase et cinq assiettes qui furent plus tard offertes par son père au musée de Sèvres. Les assiettes avaient été moulées sur une assiette existante, les petites coupes simplement modelées sur une sellette. Aujourd’hui, avec le recul, frappent la densité chromatique des glaçures et la liberté de trait. ■

LÉON CLIGMAN

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Assiette. Terre vernissée, 1952-1953, D. 22 cm Assiette. Terre vernissée, 1952, D. 23,4 cm

uyant les pogroms, les parents de Léon (huit ans, il est né le 26 mai 1920) et Sarah (six ans) quittèrent en 1927 leur Russie natale où une grande partie de leur famille fut anéantie. Un seul cousin germain était resté en Russie : Léon – un homonyme – qui devait participer en 1968 sur un char soviétique à l’invasion de la Tchécoslovaquie et entrer dans la capitale pour y écraser le Printemps de Prague. Très travailleur et dynamique, le père de Léon, Serge Cligman, ouvre des entreprises de confection à Paris et à Issoudun dans l’Indre. En 1940, après la débâcle, la famille se réfugie à Issoudun où Serge a acquis une propriété non loin de l’usine qui est aryanisée. Les Cligman sont dépossédés de leurs biens. Après les chantiers de Jeunesse et son refus du STO, une sorte de déportation vers l’Allemagne, Léon, âgé d’à peine vingt-deux ans, entre dans la Résistance. Au terme des nombreuses missions qui lui sont confiées, il est nommé secrétaire du Comité local de Libération d’Issoudun, une des rares villes libérées par la Résistance. Le 10 septembre 1944, Léon assiste avec le capitaine Jimane, responsable FFI, dans le bureau de Pierre de Monneron, sous-préfet d’Issoudun, à la reddition des 20 000 Allemands de la division commandée par le général Elster. Le conseil municipal d’Issoudun, élu sous Pétain, est dissous et remplacé par un conseil issu du Comité de Libération. Léon Cligman fait quelque temps fonction de maire. La guerre n’est pas terminée : après quelques mois il reçoit un ordre de mobilisation à la caserne Marceau à Limoges au CIT 712. Libéré quelques mois plus tard, il retrouve la vie civile. Entre temps, il a reçu la croix de guerre. Ancien élève de l’Ecole supérieure de commerce de Paris, c’est avec enthousiasme qu’il entame une carrière qui le passionne. Le 24 septembre 1954, Martine et Léon Cligman se marient à la mairie du Ve arrondissement. Le témoin de Martine est son frère aîné Jean Lévy; celui de Léon, Jean-Claude Boussac, le neveu de Marcel Boussac. En 1961, après la mort de son père qui lui laisse une belle et solide entreprise, Léon Cligman développe et place le groupe Indreco dans le peloton de tête des firmes européennes. Il s’entoure de très bonnes équipes et participe au développement de l’industrie textile en

L éon C ligman

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exploitant des marques de premier plan dans le monde entier. Il sait s’associer à des partenaires prestigieux et sauve la société Devanlay qui employait des milliers de salariés. Grâce à Martine, il s’est intéressé à l’art et lui en est très reconnaissant. Tout en développant son art avec assuidité, Martine a également participé aux obligations imposées par la carrière de son mari et à l’éducation de ses enfants. Léon Cligman est commandeur de la Légion d’honneur, décoration remise par le président François Mitterrand à l’Elysée, avant d’être commandeur des Arts et des Lettres. Il est promu grand officier du Mérite par Pierre Messmer, chancelier de l’Institut, en présence des ministres André Bord et Jacques Baumel, camarades de la Résistance. Puis, en mai 2015, il est élevé à la dignité de Grand’croix de l’ordre national du Mérite sur proposition du Premier ministre, Manuel Valls. Il est aussi membre fondateur de la Fondation du patrimoine. Il est président d’honneur de l’Association pour le rayonnement de l’Opéra de Paris et président du Cercle des fondateurs de l’Atelier lyrique. Vice-président de la Ligue française contre la sclérose en plaques, il est administrateur honoraire de la Fédération internationale contre la sclérose en plaques (79 pays). Il est enfin soutien de l’Institut du cerveau. ■

Léon Cligman

Léon. Huile sur toile, 1973, 61 x 50 cm

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MARTINE LÉVY-CLIGMAN 1954

Martine, domiciliée à Bréviandes, envoie, avant son mariage, une toile à la première Biennale de Conches-en-Ouche (Haute-Normandie) parrainée par Jacques Villon (1875-1963) et installée dans la Maison des arts, place Aristide-Briand. Le 8 septembre, Pierre Lévy ferme les yeux d ’ André Derain sur son lit de mort à Garches.

Mariage de Martine Lévy et Léon Cligman

Après des fiançailles au printemps chez ses futurs beaux-parents, Martine Lévy, qui ne souhaite pas de cérémonie religieuse, épouse civilement Léon Cligman le 24 septembre 1954, à la mairie du Ve arrondissement, place du Panthéon à Paris, alors que s ’achève la guerre d ’ Indochine mais que menace la guerre d ’Algérie. Léon a douze ans de plus qu’elle. Les jeunes mariés partent en voyage de noces à Capri. Ils s ’installent quelques mois à la pointe de l ’ île de la Cité, place Dauphine, dans un immeuble xviie siècle. Le duplex, lumineux et donnant sur la place comme sur le quai des Orfèvres, est situé au-dessus de celui habité alors au rez-dechaussée par le couple mythique Yves Montand et Simone Signoret. Mais les Cligman déménagent bientôt pour la colline de Chaillot, dans un immeuble patricien au 124, avenue Victor-Hugo, qui avait été construit en 1907 à l’emplacement de l’hôtel de la princesse de Lusignan où le poète s’était installé en 1878 avec Juliette Drouet à son retour d’exil à Guernesey et où il mourut en 1885. On se souvient que l’ancienne avenue d’Eylau avait été renommée en son honneur de son vivant à l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, en 1881. En témoigne le masque en bas-relief sculpté signé Fonquergne, formant une large clé de voûte en linteau, à l’entrée de l’immeuble. Léon et Martine Cligman resteront dans ce vaste appartement pendant quarante-deux ans, leurs filles Sophie et Olivia allant au lycée La Fontaine voisin.

1955

Martine Martine n’a que vingt-quatre ans lorsqu’elle présente, en décembre 1955, grâce à Jules Cavaillès, « le peintre du bonheur », son tableau Le Bouquet lors de l’exposition collective « La Fleur coupée – Cent tableaux de fleurs de Van Gogh à Bernard Buffet » organisée par la galerie Romanet, avenue Matignon, à Paris. Le talent de l’ artiste

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Sophie entourée des parents de Léon Martine tenant dans ses bras ses filles, Olivia et Sophie Léon entouré de ses filles, Olivia et Sophie

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est alors révélé et la toile bientôt achetée par le musée Toulouse-Lautrec à Albi. Mais la petite histoire des collections publiques garde cependant parfois ses mystères. Le Bouquet fut retrouvé bien des années plus tard dans la salle des mariages d’ une mairie dans… l’Isère. Pierre Lévy a alors tenu à offrir une autre toile de sa fille au musée albigeois. Malgré ce succès précoce, Martine prend la décision de refuser tout projet d’ exposition pendant plus de quinze ans pour se consacrer uniquement à sa nouvelle vie de famille et travailler en toute discrétion. Nulla dies sine linea : « Pas de jour sans écrire une ligne », selon la formule attribuée à Pline l’ Ancien à propos du peintre grec Apelle et adoptée par Émile Zola sur le linteau de cheminée de sa maison de Médan.

1956

15 mai, naissance de Sophie, leur première fille. À douze ans, comme sa sœur cadette Olivia, elle souhaitera, en toute indépendance, faire, sous la férule de Jacqueline Bronstein, rabbin, sa Bat Mitsvah. Sophie deviendra gastro-entérologue puis psychiatre sous le nom de Sophie Halpérin.

1957

Denise Lévy publie un recueil de poèmes, Bouts rimés, publié en 1957 par la galerie Au Pont des Arts.

1958

La famille de Léon Cligman, qui possède une usine à Tours, acquiert à quelques kilomètres de là, dans la ville de Saint-Avertin, traversée par le Cher, une belle et lumineuse demeure de campagne au cœur de vastes espaces verts, « Le Marteau ». Le principal corps de logis a noble allure avec ses toits d’ardoise dans la tradition tourangelle – comme le chantait déjà Joachim du Bellay dans Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage (1558) : « Plus que le marbre dur me plaît l ’ardoise fine ». Éclairé en lanterne, le bâtiment à l’ élégance en longère de la région, date du xviie siècle. Il est surmonté d’un seul étage à hautes lucarnes prises sur l’immensité des combles. Après une rénovation sensible de l ’ ensemble et une réflexion approfondie sur le parc, Martine et Léon feront construire dans les années 1970 par les compagnons du Devoir une petite maison à l’ ancienne dans le respect du style environnant, bien à l ’écart de la maison de maître, pour être son atelier : une vaste et haute pièce unique bordée d ’une loggia, orientée au nord, éclairée par une verrière latérale, le plafond en bois reprenant avec élégance et mesure la coupe en arcasse d’un bateau renversé. Martine y adaptera rapidement son univers des formes et y retrouvera l ’intimité de son inspiration, nourrie de divers objets domestiques et de plusieurs statues nègres, réunies par elle – et ne provenant pas de la collection paternelle.

Ci-contre : Fleurs sur sellette I. Huile sur toile, 1974, 81 x 60 cm, Albi, Musée Toulouse-Lautrec

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L’omniprésence de l ’image emblématique d ’ Honoré de Balzac, né à Tours (17991850), marquera bientôt profondément l ’artiste qui, des années plus tard, découvrira dans la puissance de son effigie l ’une de ses sources les plus fécondes de création : l’écrivain, tant imprégné du silence de la clarté tourangelle, avait écrit au château de Saché Le Curé de Tours (1832) avant Le Lys dans la vallée (1835) et La Rabouilleuse (1842) au château de Frapesle, à Issoudun. Martine se souviendra que l ’ auteur des Scènes de la vie privée avait appelé sans vergogne dans certaines de ses pages les plus romantiques toute la furia francese que l’on pensait incompatible avec sa nature matoise de paisible Tourangeau.

1960 Départ pour New York sur le paquebot transatlantique United States. 1961 14 novembre, naissance de leur deuxième fille, Olivia, qui deviendra avocate, puis magistrate. Elle aura une fille, Manon, puis, de son second mariage, Jeanne. Sous le nom d ’Olivia Cligman, elle écrira avec Laurence Gratiot et Jean-Christophe Hanoteau Le Droit en prison, publié chez Dalloz en 2001.

1966 En janvier, les Cligman acquièrent un appartement très lumineux doté d ’une large terrasse à Crans-sur-Sierre, dans le canton du Valais. Martine y dessine beaucoup aux crayons de couleur sur papier en particulier dans les années 1970, sur le motif, de nombreux paysages de montagne. Totalement séduite par le magnifique panorama ensoleillé qui s’étend du Cervin au mont Blanc, elle remplit plusieurs carnets d ’ esquisses et de croquis, complétés, ponctuellement, par quelques toiles, intérieur ou atelier. Pierre Lévy publie un ensemble de neuf portefeuilles exécutés par l’imprimeur Mourlot et reproduisant des toiles de sa collection. Chaque volume (66,5 x 52 cm), entoilé, beige avec rabats, consacré à un artiste (Soutine, Dunoyer de Segonzac, Roger de La Fresnaye, Raoul Dufy, André Derain, Dufresne) ou à un mouvement (Les Fauves, Les Réalistes lyriques, Abstraits) est accompagné d’un texte d’introduction, dont le volume V préfacé par Denise Lévy et le volume IX par Pierre Lévy. ■

Martine et ses filles

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De haut en bas : Crans-sur-Sierre VIII (Léon qui lit). Pastel sur papier, 1971, 23,5 x 31,5 cm Crans-sur-Sierre XII. Pastel sur papier, 1971, 29,5 x 42 cm


MARTINE SEULE EN PEINTURE 1970-1971

Ces années marquent pour Martine son retour à la création artistique, une fois mises en œuvre l’éducation de ses filles et l’organisation de sa vie familiale. Elle s’installe près de son domicile, dans son premier véritable atelier, un petit repaire bien à elle, rue de Longchamp, près du Trocadéro. Elle y peindra à sa guise pendant près de dix ans. Encouragée par le critique Claude Roger-Marx, elle présente son travail à Katia Granoff (1895-1989). Celle-ci lui ouvre sa galerie de la place Beauvau où elle expose, face au palais de l’Élysée, à la fin de l’année 1971. Claude Roger-Marx écrit l’introduction pour le carton de vernissage. Sa mère, Denise Lévy, publie Alphagrammes, une suite poétique de jeux de langage très séduisants par leur inventivité comme ces pirouettes de l ’esprit qui vont de l’alphagramme savoureux au chronogramme plus subtil en passant par le pentacrostiche virtuose jusqu’au labyrinthus poeticus. L’ ensemble typographié par Maximilien Vox est imprimé en sérigraphie dans un large in-octavo à l ’ italienne par l ’ atelier Philippe Gentil.

1972-1973

Denise Lévy

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« Dessinez beaucoup, et surtout, chère Martine, pas de crayon feutre », lui écrit Claude Roger-Marx, le 14 août. N’ayant volontairement pas de modèle à l’atelier, l’artiste se regarde sans narcissisme. Ainsi ont débuté les suites d’autoportraits dans un miroir et les premières études de ses propres « Mains », au crayon d’abord puis à l’huile – thème récurrent chez Martine qui dans sa gestuelle poétique y trouvera pendant quelque trente ans des potentialités inédites. Dans le même temps, elle livre de nombreuses natures mortes, de lumineux bouquets (1972-1974, en particulier) où rougeoient des jaunes de tournesol, d’or et de safran comme des mauves des prés et des gorges de capucines. Martine brosse dans son studiolo ce qui compose son univers au quotidien, modeste mais riche d’émotions colorées : fruits, objets familiers, cuivres, verreries et pinceaux qui l’inspireront toujours au fil des ans et des décennies. 1972 : première participation au Salon d ’ automne, où elle figurera assez régulièrement jusqu’en 2007. Martine présentera également des toiles au Salon des indépendants, au Salon des artistes du XVIe arrondissement et des gravures à Pointe & Burin.

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Denise Lévy, Alphagrammes, 1971

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seule en peinture

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À la suite du succès de son exposition en 1971, Katia Granoff lui consacre deux nouvelles expositions personnelles, dans sa galerie de Honfleur d’abord puis dans sa galerie parisienne. Claude Roger-Marx écrit une nouvelle introduction pour le carton de vernissage. Martine expose également à la galerie Reflets à Lyon. Elle reçoit le premier prix de la nature morte à l ’ Exposition internationale de Chavaniac-Lafayette (Haute-Loire).

1975

Gérard Koch « Sa voix qui râpe l ’oreille reflète son être intérieur. Est-ce l’âme qui parle ? L’intelligence qui galope ? Koch aux cheveux blancs combat la vie poursuit l’ insaisissable. » Moussia Toulman, 1987

Ci-dessus : Gérard Koch. Bronze, 1973, 39 x 27 x 28 cm Ci-contre, de haut en bas : Le Prophète bleu. Huile sur toile, 1960, 55 x 46 cm Gérard Koch. Huile sur toile, 1973, 73 x 54 cm

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C atalogue

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Après trois expositions organisées avec Katia Granoff, l ’ artiste rencontre, par Claude Roger-Marx (1888-1977), Henri Bénézit. Après avoir visité l ’ atelier, celui-ci décide de présenter, non sans une certaine hardiesse, une première exposition entièrement consacrée à des variations sur le thème des « Mains » qu’elle a commencé depuis deux ans (1973). Cinq autres expositions seront présentées dans sa galerie de la rue de Miromesnil (1976, 1978, 1980, 1985, 1991) avec la participation de son fils, Jean-Pierre Bénézit. L’Arbre est la première sculpture duelle qui réunit deux mains dos à dos et dont les charges potentielles sur le plan graphique, spatial et symbolique seront à l’origine de deux œuvres monumentales ultérieures, La Grande Araignée (1993) et, quinze ans plus tard, La Forge (2007). Le 22 février 1975, l’Akademia Raymond Duncan, sise 31, rue de Seine, à SaintGermain-des-Prés, lui remet le deuxième prix de peinture New York Raymond Duncan et lui offre ses cimaises. Gérard Koch pousse Martine à la sculpture : « Tu n’as plus besoin de moi. » « C’est un ami de toujours. Nous posions à tour de rôle. Il a fait mon portrait. J’ai modelé le sien. » Avec son mari, Martine Cligman fait de nombreux voyages, aux États-Unis bien sûr, mais aussi au Mexique et, en Asie du Sud-Est, au Cambodge avant l’Extrême-Orient (Chine, Japon, Corée). Plus que les musées, ce sont les paysages et la vie quotidienne qui l’ont durablement impressionnée. Les photographies ou les cartes postales qu’elle en a rapportées dès les années 1970/1975 lui sont toujours précieuses. En témoignent, outre La Montée du temple, 1974, d’après une photo prise au Mexique, les deux vues de Manhattan traitées en contre-plongée vertigineuse sinon en vue aérienne : New York, 1976.

1976 Au printemps, exposition galerie Galatée, boulevard Montparnasse – en face de la librairie Tschann – tenue par le peintre Fernando Gualtieri (né en 1919) que Martine a sans doute rencontré à la Grande Chaumière : présentation d’une série de gravures en noir et blanc. Dans sa ville natale de Troyes, Martine connaît la consécration avec sa première exposition dans un lieu institutionnel qu’elle partage avec Louise Delorme. Elles sont les premières artistes à exposer sur les cimaises du nouveau Centre culturel Thibaut-de-Cham-

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pagne, dirigé au cœur du centre-ville par Dominique Daguet, dans l’ancienne et très spectaculaire maison du Boulanger (xve siècle) récemment rénovée, rue Paillot-de-Montabert. Le catalogue est préfacé par Claude Roger-Marx, toujours fidèle au soir de sa vie (1888-1977). C’est alors que Martine fait la connaissance de la poétesse Moussia Toulman (1903-1997), avec laquelle se noue rapidement une amitié rare. D ’ origine juive russe, Moussia, avant de devenir elle-même écrivain et artiste, avait posé chez le peintre Albert Marquet – très lié avec Pierre Lévy. La rencontre eut lieu grâce à Katia Granoff chez Marcelle Marquet, sa veuve, dans son lumineux et vaste appartement situé carrefour Curie, face à la Seine, dans les magnifiques immeubles hémicirculaires en pierre et brique 1930 construits par l’ architecte Joseph Marrast à l ’angle du quai de Conti et de la rue Dauphine, devant le Pont-Neuf et l’île de la Cité. Moussia habitait alors, entre Alésia et l’avenue René-Coty, une des charmantes petites maisons avec jardinet regroupées en demi-cercle sur la place Villa-Hallé, non loin du parc Montsouris. Elle adressa à Martine – et Léon – de nombreuses lettres et poèmes dès l’exposition « Martine – Louise Delorme ». 21 mars : Martine s’inscrit au groupe « Tout feu, tout flamme » fondé, 1 rue de Gergovie, par le critique et peintre Henri Héraut (1894-1982), qui avait créé en 1935 le groupe de peintures « Forces nouvelles ». Martine en dessine le carton d ’ invitation (vernissage le 14 avril).

1977

Martine Martine reçoit au musée national de Monaco le XIe Grand Prix international d ’art contemporain de Monte-Carlo, créé en 1965. Martine fait une donation au musée de Troyes de trois peintures et deux sculptures, puis offre une toile sur le thème des mains, Paroles, au musée de Villeneuve-sur-Lot, qui sera réinstallé en 1999 dans l’ancien moulin à eau de Gajac totalement rénové le long de la rivière.

1978

De février à avril 1978, les Parisiens découvrent en partie la collection Pierre et Denise Lévy au musée de l’Orangerie. S’y rendront quatre-vingt-cinq mille visiteurs, un grand succès souligné par Hubert Landais (1921-2006), directeur des Musées de France. Michel Hoog, conservateur des musées de l’Orangerie des Tuileries et du Jeu de paume et commissaire de l’exposition, signe l’introduction du catalogue, la préface étant due à Hubert Landais.

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Moussia. Huile sur toile, 1984, 33 x 24 cm

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Exposition personnelle, proposée par Fira Mileikowsky et le conservateur Sigi Daniel à la Maison de France de l’université de Jérusalem. Martine et Léon passent une dizaine de jours en Israël. C’est leur première visite dans le pays, qui sera suivie de deux autres. Très impressionnée, Martine y emmènera des années plus tard ses petits-enfants pendant une huitaine de jours. Florence Marinot donne au nouveau musée d’Art contemporain de Dunkerque, dirigé alors par Jacques Kuhnmunch, deux portraits de son père peints par André Mare (1885-1932) et par elle-même. Suivant son exemple, Martine fait une donation très significative : une large peinture, L’Univers, quatre lavis, quatorze dessins, quatre gravures et quatre sculptures, dont Florence Marinot, L’Arbre et deux Main différentes, l ’ une en plâtre, l’ autre en bronze. Le Conseil artistique de la Réunion des musées nationaux, dirigé par Hubert Landais, accepte l’ensemble le 16 juin 1978. La galerie Henri Bénézit présente « L’Univers des livres » de Martine en octobre.

L’atelier de la rue des Sablons Martine installe un nouvel atelier rue des Sablons,

Chevalet de Martine, qui a appartenu au peintre Paul Delvaux

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Atelier parisien de Martine, rue des Sablons

dans le quartier du Trocadéro, en 1979. Le regroupement des anciens villages de Passy et d’Auteuil avec des champs, des couvents et des châteaux est à l’origine du XVIe arrondissement. Les grandes propriétés seigneuriales ont été découpées et loties, tel le hameau Boileau qui reçoit des « cottages gothiques ». Peu à peu, de plus importantes opérations d’urbanisme réalisées au rythme de la libération des terrains confèrent au quartier sa trame actuelle. En 1860 a lieu le rattachement à Paris. L’arrondissement va se couvrir de constructions entre 1895 et 1915. Des rues entières se construiront, chacune sous l’égide d’un seul ou de deux architectes, assurant de cette façon une unité stylistique, majoritairement posthaussmannienne. Grâce au percement de larges avenues, la grande bourgeoisie fait édifier des hôtels particuliers. Toutefois vont les côtoyer, jusqu’au début du xxe siècle, les ateliers des artisans et de petites industries. Le départ de ces activités polluantes vers l’ouest de la capitale permettra la réalisation d’opérations de construction. Dans l’esprit de précédents ensembles destinés aux artistes au début du xxe siècle (La Ruche, le Bateau-Lavoir), la cité d’ateliers où Martine s’est installée en 1979, non loin de son domicile de l’avenue Victor-Hugo, est un bâtiment tout de même plus confortable que le précédent et d’une qualité rare quant à son décor intérieur. Bâtie en 1909 rue des Sablons sur la colline de l’ancien Trocadéro, sa structure en bois autour d’une large et lumineuse cour carrée est signée des architectes Louis-Albert et Alfred-Louis Courbarien. Peu après l’ apparition des beaux ateliers du quartier de Montparnasse construits au tournant du siècle par Louis Süe, André Mare et d’autres, les frères Courbarien réalisent un premier ensemble d ’ateliers disposés sur deux étages en duplex à structure en

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bois en 1909, le premier permis de construire datant du 3 juin. La porte d ’entrée sur rue comporte un remarquable encadrement en grès cérame bleu baltique signé d ’Émile Muller, une suite de carreaux représentant des corbeilles de fruits, en haut relief, surmontées d ’un mufle de lion. Il prélude à l ’exceptionnel décor qui orne, selon le goût historiciste de l’ époque, les parois du vestibule intérieur : une haute frise d ’ archers perses constitue une reproduction scrupuleuse de celle du palais de Darius qui avait été découverte à Suse par la mission Dieulafoy et fut déposée au Louvre en 1886. Émile Muller, qui avait fondé en Alsace une entreprise de produits céramiques pour bâtiments et constructions, entreprit immédiatement, avec le concours du sculpteur Charles-Louis Lesueur, cette reproduction « en une matière indestructible », le grès, afin d ’assurer sa présentation à l’ Exposition universelle de 1889, qui assura sa réputation et l ’avenir de l ’ entreprise. Son pendant, la « frise aux Lions », également reproduite par Muller, orne aujourd ’hui encore les façades du modeste pavillon en briques que s ’était construit Lesueur à Vitry, non loin de la Grande Tuilerie Muller, à Ivry, où il travaillait. Le 8 octobre 1928, le permis de construire est accordé aux propriétaires, Mmes Ollivier et Boucheron, pour une surélévation de cinq étages selon les plans de M. Bonnemaison, architecte, 50, avenue de Malakoff. De ce même architecte, on connaît un autre ensemble d ’ateliers dans le XVIe arrondissement édifiés vers 1930-1932. Martine s’est d’abord installée en 1979 au premier étage au-dessus de l’entresol. Lumineux et sans apprêt, elle a agrandi son atelier au fil des années, réunissant trois volumes composites. Dans cette cité d’artistes ont vécu les frères Bellec, André (1914-2008), fondateur du célèbre groupe de chanteurs de fantaisie, Les Frères Jacques, avec son cadet Georges (1918-2012) – lequel s’est entièrement consacré à la peinture après la séparation du groupe en 1979 –, la comédienne Marina Hands – petite-fille du peintre Pierre Dmitrienko et fille de l’actrice Ludmila Mikaël –, la décoratrice Suzanne de Broglie, les acteurs Fabrice Luchini et Jean Yanne. Martine y croise aujourd’hui de temps à autre le peintre Philippe Friedberger et l’artiste sculpteur Chantal La Chauvinière-Riant, installée depuis 1985.

Gravures « J’ai acheté mes premières plaques chez Gattegno en face de la Grande

Chaumière puis chez Adam, boulevard Edgar-Quinet. Les linos ont toujours été imprimés par moi – à la seule pression de la main. Les tirages varient entre six et quatorze épreuves. Les cuivres en revanche, gravés sur une table de l’atelier, sont toujours tirés chez un taille-doucier – les premiers par M. Lallier à l’atelier Leblanc, boulevard SaintMichel, puis aux Ateliers Moret, dirigés par Daniel Moret et Didier Manonviller, rue Saint-Victor (Ve arrondissement). Il y a environ soixante-dix de mes gravures à la BNF. Autoportrait. Mine de plomb sur papier, 1980, 32,5 x 24 cm. Musée des Beaux-Arts de Béziers

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Je dois compléter avec eux le dépôt légal. » Par ailleurs, à la demande du libraire Claude Blaizot, Martine s’est essayée à la reliure en réalisant une maquette pour un bel exemplaire de tête de La Treille muscate de Colette, illustré par Dunoyer de Segonzac.

1979

À l’ occasion de l’ importante donation Maurice Marinot au musée d’Art et d ’Histoire de Cognac par sa fille Florence, la conservatrice Pauline Reverchon (19242011) reçoit parallèlement une donation de Martine : deux toiles importantes, Foule (1974) – quatre mains dressées dans l’espace – et Livres sur fond sombre I (1976), complétées par l’ effigie de Florence Marinot en bronze fondue chez Godard en 1978.

1980

La suite des natures mortes « aux pains » commencée en 1979 trouve un éclat particulier dans sa production de l’année. Ces évocations modestes du petit pain quotidien fondent la réflexion du peintre sur une trentaine de toiles puissantes, le plus souvent horizontales, de dimensions moyennes, d’autant plus fortes qu’elles s’imposent par le dénuement d ’une mise en page ramassée. Martine Martine offre sept œuvres au musée d’Art et d’ Histoire de Cholet (Maine-et-Loire), dont Bernard Fauchille, spécialiste d’abstraction géométrique, est le conservateur. Il s ’ agit d ’ un autoportrait gravé sur lino, d’ une toile et de trois dessins de mains, d ’une toile d ’atelier et d ’un lavis, Sabots. Première exposition de sculptures de Martine à la galerie Henri Bénézit. Première participation au salon Comparaisons.

1981

Parmi les toiles qui évoquent les amis qui se pressent à ses vernissages, Martine brosse Vernissage I, où l’ on reconnaît la présence, d’après une photographie, de Katia Granoff, d ’Hubert Landais, du peintre et graveur Jacques Despierre, d’Hélène Madelin (Mme Marcel Gromaire), de Martine elle-même, de René Huyghe et du peintre Benn. Sur Vernissage II, on identifie bien Florence Marinot, René Huyghe, Martine, le préfet Lucien Lanier et Jacques Cligman, cousin germain de Léon. Petit Vernissage est un charmant trio réunissant le galeriste Jean-Pierre Bénézit et Florence Marinot avec Martine.

1982

12 juin-31 juillet : première rétrospective muséale au musée des Beaux-Arts de Tours, dans le très noble palais des Archevêques, l ’un des plus importants édifices du xviie siècle en Touraine, créé officiellement en 1801. Jean Royer, maire de la ville, inaugure l’ exposition concomitante avec la donation de larges toiles panoramiques par Olivier Debré présentées au deuxième étage du bâtiment.

Martine gravant dans l’atelier Daniel Moret, Paris Ve.

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Signature de la donation Lévy, le 6 novembre 1976. De gauche à droite : Emmanuel de Margerie, Françoise Giroud, Denise et Pierre Lévy

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L’exposition, dont Henri Bénézit est à l’initiative avec le jeune conservateur Jean Habert – spécialiste de la peinture vénitienne Renaissance – est mise en place par son successeur Jacques Nicourt (disparu en 2013) avec la jeune conservatrice Danielle Oger. Sont regroupées une soixantaine d’œuvres : quatre terres cuites, sept plâtres originaux, vingt bronzes, cinq dessins et lavis, un carnet et vingt-trois peintures. Michel Hoog, le conservateur du musée de l’Orangerie des Tuileries, rédige alors pour le catalogue une préface remarquée. Après son exposition, Martine offre au musée le bronze très expressif Josepha. À cette occasion, Moussia Toulman écrit un texte court mais subtil sur la sculpture de l’artiste dans le bulletin de l’AMIF – Association des médecins israélites de France, créée en 1948. L’ exposition est ensuite présentée à l ’automne au musée de Melun, situé sur l’ île Saint-Étienne, dans la maison de la Vicomté, bel hôtel du xvie siècle ayant appartenu à Nicolas Fouquet. Cette initiative conduira le musée de Béziers à reprendre l ’ exposition deux ans plus tard dans son musée des Beaux-Arts, en septembre-octobre 1984. Dominique Daguet, qui s’occupe encore aujourd’hui des Cahiers bleus à Troyes, publie alors dans « Paris 8e » du 7-31 octobre un compte rendu de l’exposition chez Bénézit. Sur la suggestion de son directeur, Pierre-Léon Leblanc, Martine offre un exemplaire du buste en bronze de Florence Marinot pour les collections du superbe musée de Tournai, bâti en 1911 par l ’ architecte Victor Horta. Inauguration le 20 octobre 1982 du musée d’Art moderne – Collections Pierre et Denise Lévy à Troyes par le président de la République François Mitterrand dans l’ancien palais épiscopal du xvie siècle, après une importante rénovation. Au cœur de la vieille ville couronnée par les boucles des rives de la Seine, le mail des Charmilles et le cours Jacquin suivant le canal du Trévois, l’évêché jouxte l’admirable cathédrale Saint-Pierre-et-SaintPaul, connue pour sa majestueuse architecture gothique et ses vitraux exceptionnels. Le prestige de ce havre historique destiné à mettre en valeur désormais l’exceptionnelle donation Lévy, dans un environnement aussi protégé, est, pour les donateurs et leur famille, gage d’une immense fierté. À cette occasion, Pierre Lévy publie L’Art et l’Argent. Les peintures abstraites contemporaines étant signées Manessier, Staël, Goetz, Lanskoy et Bissière, Martine est alors ainsi la seule artiste vivante, avec Henri Goetz et Alfred Manessier, à faire partie des peintres représentés dans la donation.

raisonné

Vernissage I. Huile sur toile, 1981, 89 x 116 cm. De gauche à droite : René Huygue, Benn, Martine, Hélène Madelin, Jacques Despierre, Moreno Pincas, Hubert Landais et Katia Granoff

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1983 Parution au printemps du volume Voix de femmes, dans la collection Cahiers bleus – Voix champenoises dirigée par Dominique Daguet à Troyes. Y figurent une anagramme de Denise Lévy, deux dessins de mains de Martine et un texte de Michel Hoog. Martine reçoit la médaille d ’ argent de la Ville de Paris (document signé par Jacques Chirac, le 20 décembre 1983).

1984

Pierre Lévy et Elyette Peyre

À Béziers, Florence Marinot lui présente Jacques Lugand (19302000), le conservateur du musée des Beaux-Arts sis hôtel Fabrégat, place de la Révolution. Ce grand érudit, spécialiste du peintre néo-classique Vien (1716-1805) sur lequel il a publié une importante biographie, organise la première rétrospective de Martine Martine. Martine offre au musée, avec la toile Rencontre, un portrait peint de Florence Marinot, tandis que Florence offre son buste en bronze par Martine. Martine fait alors la connaissance d’Elyette Peyre, qui vient d’ouvrir à Béziers la galerie Mercure. Leur collaboration scelle leur amitié. Martine brosse d ’après une photo le portrait de son amie Lucie Meyer. Né à Riga et arrivé en Europe de l ’ Ouest en 1970, le violoniste Eduard Wulfson inspire beaucoup Martine, qui peindra plusieurs portraits de lui. Pour les trente ans de mariage de Martine et Léon, Moussia écrit : Martine et Léon « Quelle belle union Mari et femme Corps et âme unis Dans la même flamme Dans la même tendresse Faite de patience et d ’amour Qu’ils conjuguent avec Toujours »

1985 Léon lui ayant offert une bague dont plusieurs personnes lui attribuaient la paternité, Martine se pique au jeu et s’essaie à façonner, sur une table transformée pour l’occasion en établi, un premier anneau en terre. Un second, également en terre, bientôt exposé à la galerie Colette Dubois, Faubourg-Saint-Honoré, retient l’attention de la créatrice de bijoux Elisa Peupion, qui l’encourage vivement. Elisa, dont on connaît certains carnets de voyage en pays Dogon, est surtout une orfèvre reconnue sur la place de Paris pour avoir mis son talent depuis les années 1970 au service d’illustres joailliers comme Boucheron, Cartier, Van Cleef… Elisa fera réaliser les bijoux de Martine en or, en argent et en bronze. Son mari est le « peintre de l’eau » Jacques Villatte (né en 1937). La préparation

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des modèles à échelle 1/1, la fonte à cire perdue, la ciselure acérée dans le détail, le polissage fini au brunissoir, le sertissage de quelques gemmes de couleur confèrent à ce fort important corpus d’éléments de parure – qu’ils soient seuls ou articulés en chaînes – les nombreux composants d’une formidable collection réunissant bagues, broches de poitrine, pendants d’oreilles en trembleuses. Mais, dans son atelier, Martine conserve plus de deux cents prototypes en plâtre ou en cire en attente d’être fondus. En hiver, une exposition est organisée par Jacques Lugand et Charles Camille Viguier au musée des Beaux-Arts de Carcassonne, situé dans la ville basse. Plus de quatre-vingts œuvres – peintures, lavis, dessins, gravures et sculptures – sont présentées. Martine donne au musée une peinture, Les Livres, et deux bronzes, La Sardane et L’Hymne au soleil. Accrochage de quelques bronzes de Martine Martine et de toiles du peintre français d’origine roumaine Paul Ackerman (1908-1981) choisis par Jacqueline Fulcrand pour sa galerie de Saint-Tropez.

1987

Importante exposition en juillet à Paris, dans l’orangerie du palais du Luxembourg à l’initiative d’Alain Poher, président du Sénat. Le professeur Claude Verdan (1909-2006), fondateur du musée de la Main à Lausanne, y achète le grand tableau Purgatoire (1980), après avoir acquis en 1984 La Main qui pleure II (1976) –  lequel est accroché dans le hall de l’ancien hôpital cantonal universitaire de Lausanne. Le salon annuel de gravures « Pointe & Burin », présidé par Madeleine Flaschner, se tient

L’Hymne au soleil. Bronze, 1979, 38,5 x 16 x 20 cm

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Martine en compagnie d’Yves Monestier

dans plusieurs lieux, dont la galerie Colette Dubois, 420, FaubourgSaint-Honoré, puis dans les locaux de la FondationTaylor, place SaintGeorges, dans le quartier de la Nouvelle Athènes. Exposition personnelle organisée de novem-bre à janvier par Simone Véliot, peintre, alors directrice et animatrice des Salons de la Rose-Croix, 199, rue Saint-Martin/rue Rambuteau. À l’occasion de l’anniversaire des quatre-vingts ans de Pierre Lévy, Martine participe à l’exposition thématique organisée en son honneur, « Regards – Artistes connus et méconnus de la collection Pierre et Denise Lévy », au musée du Florival à Guebwiller, la ville natale de son père. Le Florival (Florigeravallis, vallée des fleurs, en allemand Blumenthal) est l’autre nom de la vallée de la Lauch, située sur le versant alsacien des Vosges, dans le Sud-Alsace (Haut-Rhin). Avec les vallées de la Thur et de la Doller, le Florival fait partie des trois vallées les plus méridionales des Vosges qui donnent sur l’agglomération mulhousienne. Pierre Lévy publie un keepsake, imprimé chez Draeger. Il comprend de nombreux dessins et croquis, ainsi que des textes en allemand et en français, dont un dédié à son épouse Denise, « l’amour de ma vie ».

1988

De décembre au 3 janvier 1989, exposition personnelle à New York, Morin-Miller Galleries, 119 West 57th Street, qui regroupe divers tableaux. Don de huit céramiques de Martine au musée de Sèvres par Pierre Lévy.

1989 L’artiste expose chez Elyette Peyre, à la galerie Mercure à Béziers, une cinquantaine de peintures, sculptures, lavis. L’ensemble rencontre un franc succès auprès des Biterrois.

1990

Didier Hamon, chef de cabinet de Jack Lang, remet à Martine Martine la rosette d ’officier de l’ ordre des Arts et Lettres, avenue Victor-Hugo (document signé par le ministre de la Culture et de la Communication, le 25 juin 1990). Odile Serfati, directrice de la galerie Philip à Paris, présente des bijoux de Martine Martine dans le cadre d’Art Signature.

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Mon père. Lavis d’encre de Chine rehaussé de blanc, 1995, 34,5 x 30,5 cm

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Yves Monestier, petit-fils du graveur et académicien des Beaux-Arts André Jacquemin (1904-1992), devient l’ assistant de Martine. Yvonne Merland, Franco-Américaine qui a fondé à Paris en 1988 avec son mari Jacques la galerie Corianne, 32, avenue Rapp, présente une sélection d’œuvres de Martine. « La galerie a été reprise en 1999 par Olivier Rodary. Il m’a emmenée à une foire de Londres pour une exposition de groupe d’œuvres sur papier où j’ai retrouvé mon amie Susan Quine, étudiante avec moi à la Polytechnic en 1952-1953 et aujourd’hui membre de la National Society of Pastel. »

1991

Grands lavis sur le thème de la danse – déjà cher à Matisse –, mais aussi premières variations sur le thème des concerts, que Martine va développer dans les années 1995-1998. Dans le cadre du festival de musique en l ’abbatiale Saint-Robert de La ChaiseDieu, perchée en altitude en Auvergne, dû à l’initiative de l’ancien ministre de la Santé, Jacques Barrot (1937-2014) et de sa femme Florence, et présidé par Valéry Giscard d ’Estaing, Martine est invitée à exposer six grands lavis, six moyens, deux grandes toiles, dix moyennes, huit petites, quatre grandes sculptures et deux petites, ensemble réuni par Yves Monestier dans la magnifique salle capitulaire « Picasso ». Le 30 août, réception offerte dans la bibliothèque des moines et la salle GyörgyCziffra, en présence de Bernadette Chirac. Le critique Edmond Laznikas publie en octobre un article très élogieux dans La Revue du Trésor. Roland Laznikas, son frère peintre (1943-2000), avait fait remettre à Martine en 1976 la médaille de bronze de la société académique Arts-Sciences-Lettres. Fondation en décembre du club « vrai : Vouloir Réfléchir Agir Informer » par Maryse Goldsmith Dansaert, présidente, avec Roselyne Bachelot, au Sénat, palais du Luxembourg. Martine sera présidente du jury du Prix artistique en 1996, les artistes membres étant Louise Barbu, Chantal Berry-Mauduit, Georgette Tavé, Jacques Villatte et Louis Derbré. Leur première exposition aura lieu en 1993 au musée Paul-Vera, dans le jardin des Arts, place André-Malraux à Saint-Germain-en-Laye, regroupant quatre femmes : Martine Martine, Louise Barbu, Georgette Tavé et Camille Nuri.

1993 Signature à Marmottan. Huile sur toile, 1994, 130 x 162 cm

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Exposition à la galerie Reflets à Lyon, organisée par Mme Eymonet. Exposition à Genève au cours de l’été au musée de l’Athénée en collaboration avec la Société des amis des Beaux-Arts. Suscitée par le peintre franco-suisse François Archiguille – né, comme Martine, en 1932 –, elle réunit un ensemble de cent cinquante-quatre lavis, peintures et sculptures. Tessa Destais, qui travaille pour le Reader’s Digest où elle a rédigé un grand article sur Martine, est une sorte d’éminence grise de l’historien de l’art d’origine suisse François Daulte puis de l’éditeur Hervé de La Martinière. « Elle a souvent écrit sur moi, dont le livre cette année-là avec Marianne Delafond – fille de François Daulte – pour La Bibliothèque des arts. »

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La monographie est à l’origine d’une exposition d’une seule journée au musée Marmottan Monet, le 27 septembre, pour accompagner la signature de l’ouvrage par Martine. Fonte de La Grande Araignée, bronze monumental qui reprend à une échelle supérieure L’ Araignée, modelée l ’ année précédente. Le motif très parlant de ces deux mains accolées l’une à l’autre dos à dos inspireront Martine pour La Forge, autre sculpture à vocation urbaine destinée au parc de Saint-Avertin (Touraine) en 2007.

Ci-contre : Martine en compagnie d’Imaï, à l’atelier rue des Sablons Arman, Pierre Restany et Martine, au Marteau en 1995 Ci-dessous : Galerie Elyette Peyre, rue Visconti, Paris VIe

1994

Présentation de vingt artistes japonais et français dans le bel espace de la Galerie de Nesle, non loin du Pont-Neuf, organisée par le Club des amis de l ’ Europe et des Arts, fondé par le peintre japonais Toshifumi Magori, également président de la Japan International Artists Society. Martine y expose en compagnie de Jacques Villatte. Exposition collective en Chine, « 101 peintres de tradition française », organisée en septembre 1994 par la Société nationale des Beaux-Arts au musée des Beaux-Arts de Chine à Pékin et au musée du Zhejiang à Hangzhou.

1995

Février : exposition collective à la galerie Madeleine Fraquet à Orléans avec le peintre Thibaut de Reimpré, le sculpteur Michel Wohlfahrt, le peintre Abraham Hadad, le peintre et musicien de jazz Daniel Humair… Martine retrouve à Paris en février son camarade de la Grande Chaumière, le peintre nippon Imaï, Gérard Xuriguera l ’ amenant à l ’atelier. Cette visite inspire à Yves Monestier un poème évocateur, Dans l ’ atelier. Sur le conseil de Florence Marinot et d’Elyette Peyre, Martine Martine fait une importante donation au musée de Béziers – où elle a exposé dix ans plus tôt, en 1984. Elle réunit au deuxième étage de l’hôtel Fabrégat vingt-trois peintures, six dessins, trois lavis, quatre sculptures. Après l’inauguration le 26 mai, une réception est offerte par la Société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers à l’hôtel Bergé, reçu en legs du Dr L. Bergé dix ans auparavant (1986). Son président, Jean-Denis Bergasse, auteur d’un ouvrage de référence sur le canal du Midi, a publié le catalogue de Martine (où figure un de ses propres textes) dans le bulletin de cette société savante, dont elle est donc devenue membre ipso facto. La « salle Martine Martine » complète ainsi les salles de peintures et verreries de Maurice Marinot offertes par sa fille Florence (1974) et celle de la collection d’art moderne du chef de la Résistance d’origine biterroise Jean Moulin, offerte par sa sœur Laure (1975). Elyette Peyre ouvre à Paris une galerie rue Visconti, à Saint-Germain-des-Prés. Elle y présente le travail de Martine Martine et suscite, par ailleurs, diverses manifestations parallèles en province. Léon et Martine Cligman quittent leur appartement de l’avenue Victor-Hugo mais restent sur la colline de Chaillot. Ils s’installent dans le très bel immeuble du

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48, avenue Georges-Mandel, à côté du lycée Janson-de-Sailly, face à la Fondation SingerPolignac. Le 12 septembre, le sculpteur Arman est invité par Martine et Léon Cligman dans leur propriété du Marteau en Touraine. Il y reçoit les insignes d’officier des Arts et Lettres des mains de Jacques Attali, haut fonctionnaire proche de l’ancien président de la République François Mitterrand.

1996

The World Economic Forum, fondé à Davos en 1971 par le professeur d’économie Klaus Schwab, de l’ université de Genève, et sa femme Hilde, propose à Martine Martine d ’ exposer dans la salle Jakobshorn, pendant la durée du congrès mondial (du 1er au 6 février 1996), un ensemble représentatif de neuf toiles, un lavis et une sculpture. Bref accrochage d ’ une exposition de groupe, « Les Ateliers vivants des métiers d’art », le deuxième week-end de juin, dans le cadre exceptionnel du château de Maisons à Maisons-Laffitte, considéré comme l’ un des chefs-d’œuvre de François Mansart – un des meilleurs architectes d ’Europe, selon Voltaire. Du 1er au 30 juin, exposition personnelle de vingtcinq lavis, seize peintures et neuf sculptures – dont La Prière, en résine – dans la salle Le Corbusier à l’Espace GeorgesSadoul, dirigé par Gérard Barbot, à Saint-Dié-desVosges. La préface du catalogue est signée Tessa Destais. Le maire, Christian Pierret, décide l’achat d’un grand lavis, La Danse guerrière, pour le musée municipal. La ville natale de Jules Ferry s’honore en effet depuis 1977 du musée Pierre-Noël, rénové dans l’ancien palais épiscopal, auquel a été léguée l’importante collection

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d’œuvres, souvenirs et manuscrits des poètes de l’époque surréaliste Claire et Yvan Goll (né à Saint-Dié, 1891-1950). Du 20 septembre au 16 octobre, Marie-France Marchand-Baylet organise à Moissac une importante exposition dans la Galerie du Cloître, en face de la magnifique église abbatiale Saint-Pierre. Elle a réuni soixante et onze œuvres, essentiellement des lavis et des sculptures. Dans son compte rendu paru dans La Dépêche du dimanche la veille du vernissage, Marie-Louise Roubaud chante « cette peinture habitée des forces primitives de l’instinct » avec « l’irrésistible pouvoir de séduction dont parlait Mac Orlan ». Mise en dépôt de la sculpture monumentale en bronze La Grande Araignée pour le ministère du Travail et des Affaires sociales, installée à la demande de Jacques Barrot dans la cour du majestueux hôtel du Châtelet à Paris, bâti à la fin du xviiie siècle au 127, rue de Grenelle, à l’ angle du boulevard des Invalides.

1997 Martine débute une impressionnante série d’études de chevaux – près de quatre-vingts

De haut en bas : Exposition « Martine Martine », mairie du XVIe arrondissement de Paris, 1997 Exposition « Martine Martine », abbaye de Marcilhacsur-Célé, 1998

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lavis et peintures – qui participe de ses thèmes d’inspiration les plus créatifs pendant deux ans. De début janvier au 22 février, une sélection de quarante bijoux et de vingt-deux sculptures est présentée par Annie Kevorkian dans sa galerie d’antiquités orientales, quai Malaquais, face au palais du Louvre. Du 21 février au 22 mars, exposition à la galerie Mercure de Béziers organisée par Elyette Peyre : sculptures, lavis et peintures. Martine Martine annule une exposition prévue au musée des Beaux-Arts de Dunkerque. Juin : exposition très complète à la mairie du XVIe arrondissement à Paris, organisée par le sénateur-maire Pierre-Christian Taittinger. Quelque soixante-dix œuvres – peintures, lavis et sculptures – sont accrochées dans la salle des fêtes réaménagée pour l’événement. Voyage à Dallas (Texas) avec Léon pour le centième anniversaire des grands magasins Neiman Marcus, puis déplacement à Moscou, à l ’occasion d’un voyage d’Etat du président Jacques Chirac et de l’ouverture d’une boutique Yves Saint Laurent.

1998 L’ été, Martine présente une exposition de grandes toiles – mains, livres, concerts – et quelques grandes sculptures dans la salle capitulaire médiévale en ogive de la magnifique abbaye bénédictine Saint-Pierre de Marcilhac-sur-Célé (Lot). Elle est organisée, sans catalogue, dans ce village des Causses du Quercy par Elisa Peupion. Le bronze monumental La Prière est présenté dans le cloître.

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1999

16 janvier-7 mars : exposition au musée Paul-Valéry à Sète, sous l ’ impulsion d ’Elyette Peyre avec André Freises, conservateur. Dans les salles modernes du bâtiment construit au flanc du mont Saint-Clair dans les années 1970, sur une terrasse surplombant le cimetière marin face à la Méditerranée, est présenté un large ensemble de sculptures et de peintures. Au lieu d’un catalogue, paraît un ouvrage fort illustré sous la signature du critique Gérard Xuriguera, qui présente les lavis de Martine Martine qu’elle réalise depuis plus de vingt ans, selon ses thèmes favoris : mains, tribus, vernissages, autoportraits, chevaux… L’ artiste offre au musée un lavis d ’encre de Chine, Grandes Danseuses (1986), mis en valeur par la technique délicate de la réserve du fond blanc du papier. Mai : exposition de Chevaux à la galerie Elyette Peyre à Paris. Martine Martine est invitée par Jacqueline Monsigny, présidente du prix des Romancières financé par la ville de Saint-Louis (Alsace), à participer au jury à l’occasion de la 16e édition de la Foire du livre. Parmi les jurés, on distingue Michèle Kahn, Jeanne Bourin, Françoise Dorin, Frédérique Hébrard, Danielle Pampuzac…

2000

Du 25 février au 15 mars, exposition personnelle à Bruxelles à la galerie Racines & l’Œil, dirigée par Yves Coryn. Une cinquantaine d ’œuvres (huiles sur toile, lavis et sculptures) y sont présentées. Après le départ de son assistant Yves Monestier, Martine engage le jeune Guillaume Daban, qui avait précédemment fait ses armes auprès du peintre Olivier Debré. Suite à l’ exposition de Moissac (1996), Martine souligne : « Jean-Michel Baylet, maire de la commune de Valence-d ’Agen, député du Tarn-et-Garonne, président du groupe de presse La Dépêche de Toulouse, m’a passé commande d ’ une sculpture monumentale pour un espace public devant Notre-Dame de la Nativité, une église fortifiée médiévale démolie en 1896 et reconstruite dans le même style en… 1902 ! J’ai alors proposé d ’agrandir La Grande Ronde présentée à Moissac. Cet agrandissement au triple est devenu, après en avoir beaucoup retravaillé la terre, La Ronde de la Fraternité, une sculpture à l’ échelle de l’ environnement. » Cette pièce monumentale a été fondue dans l ’ atelier du sculpteur Louis Derbré à Ernée (Mayenne). La base circulaire en forme d ’ assise est spécialement étudiée pour le confort des promeneurs.

2001

À l’ automne, présentation de l ’exposition « Les d ’ Après » à la galerie Elyette Peyre à Paris, avec une préface de Marielle Bancou, et révélation des multiples interprétations et relectures de tableaux de maîtres par Martine Martine.

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La Ronde de la Fraternité. Bronze, 2000, 200 x 244 x 222 cm, Valence-d’Agen

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Ci-contre : Bernadette Chirac et Martine Martine devant le panneau de l’exposition « Martine Martine » au musée Paul-Valéry, Sète Ci-dessous : Elisa Peupion, Christophe Girard, Martine, François Hollande, Elyette Peyre (Musée de Tulle, 2002) Laurent Fabius et Léon Cligman Elyette Peyre, Pierre Perret et Léon Cligman lors de l’exposition « Les D’après » (2001) Guillaume Daban, Gérard Xuriguera et Martine

2002

Après avoir perdu sa femme Denise le 24 novembre 1993, Pierre Lévy s’éteint à Bréviandes le 25 février 2002. Il est inhumé aux côtés de son épouse au cimetière de Bréviandes. Au printemps, l’ exposition « Bijoux-sculptures de la haute joaillerie parisienne » au musée du Cloître à Tulle permet au public de Corrèze de découvrir, du 29 mars au 18 juin, la diversité des talents de quatre « signatures », Martine Martine, Elisa Peupion, Goudji et Bruno de Panafieu. Dans ce lieu exceptionnel de style gothique – le musée occupe le cloître et la salle capitulaire orientale de l ’abbaye bénédictine Saint-Martinet-Saint-Michel, qui jouxte la cathédrale Notre-Dame –, l ’exposition, inaugurée par le nouveau maire de la ville, François Hollande, connaît un vif succès. Enchaînant sur cette exposition collective, Isabelle Rooryck, la conservatrice du musée de Tulle, organise une exposition personnelle très élaborée, intitulée « Martine Martine – Femme des origines ». Son texte de présentation est habité d’un lyrisme poétique remarqué. Dans la galerie de la rue Jacques-Callot où il vient d’emménager à Saint-Germain-des-Prés, Nicolas Deman consacre une première exposition aux bronzes et lavis de Martine Martine. Introduit auprès de l ’artiste par Elyette Peyre lors de son départ de Paris, Nicolas devient désormais l’ un de ses proches conseillers. L’ accrochage en fin d ’année – le mois de décembre lui sera désormais réservé – a trait à la nouvelle série des Sumotori qui inspire passionnément Martine depuis deux ans. Nicolas Deman consacrera ainsi une dizaine d ’expositions à Martine, au rythme d’une par saison.

2003 Exposition en fin d’année de Sumotori (vingt-sept œuvres) chez Nicolas Deman. Le catalogue est préfacé par Lydia Harambourg, avec une traduction en anglais de Margie Mounier.

2004

Au printemps, Martine envoie trente-cinq œuvres – peintures, encres et petites sculptures – pendant deux mois à la galerie Mercure, chez Elyette Peyre à Béziers. Le 26 mars, Martine Martine reçoit au Sénat, dans les salons du palais du Luxembourg, la médaille de chevalier dans l’ordre national du Mérite des mains du préfet honoraire et sénateur de la Ve République Lucien Lanier (1919-2015), avant la fin de son dernier mandat (document signé par Jacques Chirac). Martine Martine est invitée par Liliane et André Bettencourt (1919-2007), sur la suggestion d ’ Édouard de Royère, à participer au jury du grand prix de l ’Intelligence de la main que leur fondation avait créé en 1999. En fin d ’ année, exposition de bronzes et de gravures chez Nicolas Deman.

2005

Reprise des œuvres sur le thème des chevaux – suspendu depuis 1998 –, qui s ’ étoffe jusqu’en 2010. Émotion tinctoriale des silhouettes et vélocité des mouvements. Ci-dessus : Lucien Lanier et Martine, dans les salons du Sénat en 2004 Olivier Le Bihan, François Baroin et Martine lors de l’exposition « Martine Martine, expression d’être », Musée d’art moderne de Troyes, 2013

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Martine brosse une dizaine de grandes variations très charpentées sur le thème des mains. Y prédominent les valeurs bleu acier, azur, sanguines, mises en lumière par des rehauts de blanc un peu troubles, blancs d ’ abîme et de tour de force… Jacques Baumel (1918-2006), gaulliste de la première heure, grand résistant, compagnon de la Libération, personnalité incontestable de la Ve République et ancien maire de Rueil-Malmaison, lui propose d’exposer ses « Œuvres d’une vie » à l’Atelier Grognard, centre culturel à l’architecture moderniste récemment ouvert dans une ancienne fabrique de plaques de métal pour la gravure en taille douce et la photogravure, construite au xixe siècle en pleine époque Eiffel. L’exposition est ouverte en présence du nouvel élu, Patrick Ollier. Martine est sollicitée comme jurée pour le prix de la Femme artiste, décerné par les Amis du National Museum of Women in the Arts (Washington D.C.). Le jury réunit Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture, Arnaud d ’ Hauterives, secrétaire perpétuel de l’ Académie des Beaux-Arts, Dominique Bona, écrivain, et Isabelle Julia, conservatrice du Patrimoine. Le prix est remis à Emmanuelle Pérat (née en 1970) au casin de la propriété Caillebotte à Yerres, le 8 mars, par le maire, Nicolas Dupont-Aignan. En fin d’année, exposition personnelle – sur des thèmes très variés – organisée par Hanna Landau à la galerie Claude Kelman abritée par l ’Espace Rachi, rue Broca, présidé, dans le quartier Mouffetard, par Jean-Philippe Reza. Rachi évoque naturellement le grand commentateur de la Torah, Salomon de Troyes, dit Rachi (1040-1105). Parallèlement, Nicolas Deman présente un bref accrochage pendant une semaine d ’une sélection d ’œuvres de Martine et d ’ André Elbaz, sous le titre « Lumière et Silence ».

2006 Nicolas Deman choisit un ensemble de gravures et sculptures pour sa galerie à SaintGermain-des-Prés, qui poursuit la brève exposition de décembre, « Lumière et Silence ». Sur une proposition de Nicole Tordjman, historienne de l ’ art et membre de l’ Association des conjoints d ’ agents du ministère des Affaires étrangères – compte tenu des fonctions de son mari Jean-Daniel Tordjman, ambassadeur – la propriété Caillebotte à Yerres ouvre à Martine les portes de son orangerie. Une sélection de quelque cinquante œuvres, toutes techniques confondues, sur le thème précisément choisi des Mains, est inaugurée par le député-maire, Nicolas Dupont-Aignan. Six bronzes ponctuent le parcours, L’ Araignée et La Griffe anticipant sur la sculpture monumentale La Grande Araignée, présentée dans le parc, et naturellement La Forge (2007). Le commissariat et le catalogue sont signés Lydia Harambourg. Don à la Bibliothèque nationale de France de dix-neuf gravures sur bois datant des années 1970.

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En haut : Martine et Léon entourés de leur famille et de Lucien et Jacqueline Lanier Ci-dessus : Jacques Calvet, Léon Cligman et Line Renaud Patrick Ollier, Martine et Jacques Baumel Ci-contre, de haut en bas : Jean-Pierre Bénézit et Tessa Destais Léon Cligman et Michel Hoog Gonzague Saint Bris et Martine Martine et Nicolas Deman

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2007

Pour sa deuxième grande rétrospective, après celle de l ’Atelier Grognard à RueilMalmaison, Martine investit très largement les nombreuses salles du château de Tours, en bordure de Loire, mises à sa disposition par le directeur Alain Irlandes. L’ exposition, extrêmement riche, regroupe sur deux étages quelque trois cents œuvres mises en espace par Nicolas Deman. Les thèmes les plus chers à l ’ artiste sont développés. 14 septembre-7 décembre : « 41 sculpteurs – 1re Biennale de sculpture » organisée par Lydia Harambourg à « La Ferme Ornée », propriété Caillebotte à Yerres : Martine présente un buste de sumo (2003) à l’intérieur. Sa sculpture à échelle urbaine, La Ronde de la Fraternité (2000), ne peut pas être exposée, mais elle est reproduite dans le catalogue. 15 décembre 2007 – fin janvier 2008 : exposition à Saint-Avertin, en Touraine, d’un ensemble de peintures, lavis et sculptures uniquement consacré à ses variations sur le thème des Sumotori. Cette présentation inaugure L’Annexe, un nouveau centre d’art ouvert sur les berges du Cher, au cœur du jardin des Rives, dans une ancienne bergerie rénovée. Elle accompagne l’installation dans le jardin de La Forge, bronze monumental commandé par la municipalité et fondu récemment dans la Fonderie Louis Derbré à Ernée. Martine précise : « En sculpture, je n’ai jamais d’idée préconçue. Je fais d’abord une première petite version. Elle est ensuite agrandie par un assistant. Pour La Forge, la première version date de 1995. J’ai entièrement retravaillé la terre de l’agrandissement, avant le moulage. » La pièce sera ensuite prêtée pendant plusieurs années, à la demande de Jacques Barrot, au ministère du Travail sis dans le bel hôtel du Châtelet (xviiie siècle), proche des Invalides.

2008

L’Araignée, Bronze, 1992, 38 x 30 x 34 cm

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Gérard Xuriguera, visiteur familier de la rue des Sablons, y fait se rencontrer lors de déjeuners informels, table ouverte dans l’atelier, nombre d’amis artistes – parmi lesquels Jacques de la Villeglé, Peter Klasen, les photographes David Hamilton et Ayako Takaishi… Martine aime d ’ailleurs à évoquer certaines personnalités qui ont entouré sa carrière d ’ une amitié nourricière. Ainsi le fidèle Jacques Polieri (1928-2011), metteur en scène d ’avant-garde qui avait épousé la sœur du peintre Jean-Michel Atlan, Camille, et publié son catalogue raisonné (Gallimard, 1996) : « Jacques fut très important pour moi – il m’a acheté un nombre important d ’ œuvres et a souvent parlé de mon travail.  » D’autres encore ont figuré parmi le premier cercle : deux Louise, l’une et l’autre ses aînées en peinture : Louise Delorme, la première, née en 1928, qui dès ses débuts chez Katia Granoff, a choisi de mener une existence humble dans sa petite ferme familiale de Noustoulet, près du Puy-en-Velay, en Auvergne, tout en vivant « une belle aventure », à la fois picturale et spirituelle – Martine a laissé plusieurs émouvants portraits de sa mère. Et Louise Barbu, ensuite, née en 1931, très engagée dans l’abstraction allusive, découverte dès 1973 par Iris Clert. Le peintre Daniel Pipard (1914-1978), grand ami de Jacques

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Prévert, et le vénérable et mystérieux artiste américain imprégné de philosophie bouddhiste, William Segal (1904-2000) comptèrent aussi parmi les admirateurs de Martine. Lui rendent également régulièrement visite la photographe Harue Suzuki, le « peintre de l’eau » Jacques Villatte (né en 1937) – l’ami d’Elisa Peupion – avec qui elle a exposé à plusieurs reprises, le sculpteur Rachid Khimoune et sa compagne musicienne Eve Ruggieri – comme le peintre Brigitte Grassin Chombart de Lauwe dont une toile est entrée au musée Pouchkine à Moscou, Brigitte Moreau-Serre, ancienne élève d’Edouard Mac Avoy ou l’artiste espagnol originaire d’Alicante, Saulo Mercader ou encore Vives Fierro. Citons aussi, parmi ses amis, deux sculpteures de talent, Josette Rispal et Nili Pincas, ainsi que le mari de cette dernière, le peintre Moreno Pincas qui connaît Martine depuis sa première exposition, en 1971, chez Katia Granoff. Enfin, Martine ne saurait oublier le benjamin de ses défenseurs, le peintre et calligraphe marocain Mehdi Qotbi, au charisme convaincant, aujourd’hui président de la Fondation nationale des musées créée en 2011 par le roi du Maroc, Mohammed VI.

2009

Exposition d ’œuvres récentes à la galerie Nicolas Deman : une dizaine de grandes huiles sur toile ainsi que deux bronzes. Martine Martine est promue commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres par Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication sous le premier gouvernement Nicolas Sarkozy. La cravate lui est remise le 6 mai, dans les salons de l’Institut de France, quai de Conti, par Arnaud d’Hauterives, secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts. Le musée de Troyes installe dans le jardin le bronze monumental La Prière (1986), léguée par Pierre Lévy.

2010

Exposition de Martine à « La Ferme Ornée », propriété Caillebotte, à Yerres (Essonne). L’ancienne propriété de famille du peintre Gustave Caillebotte montre dans ses salles historiques un ensemble très complet d ’œuvres qui parfait la présentation plus resserrée de 2006. Gérard Xuriguera signe la préface du catalogue paru à cette occasion. Le titre, « Les Couleurs du rêve et de la vie », est repris d ’ une publication antérieure qu’il lui avait consacrée en 2008 – mais sa contribution écrite est nouvelle.  Christophe Girard, adjoint au maire de Paris, chargé de la culture, remet à Martine Martine le lundi 6 décembre à la mairie de Paris la médaille de vermeil de la Ville de Paris.

2011

Nicolas Deman présente une rétrospective complète de l’œuvre gravé de Martine Martine, qui réunit cent une planches. La monographie a été confiée à Lise Fauchereau, jeune bibliothécaire responsable du dépôt légal des estampes au département des Estampes et de la Photographie à la Bibliothèque nationale de France. L’artiste est nommée chevalier de la

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Vue intérieure de l’exposition « Martine Martine, 50 ans de création », Château de Tours, 2007

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2012

La maison des Arts de Châtillon, ouverte en 1992 dans l ’ancienne propriété du xviii siècle de l’éditeur Louis Hachette puis de l ’ écrivain et peintre Suzanne Frémont (1876-1962), permet à Martine Martine de réunir au printemps, dans un cadre intime et bucolique, un bel ensemble d ’œuvres sur les thèmes des chevaux et des sumos : De la danse au combat. « En ce point, les chevaux pataugeaient dans l ’eau jusqu’aux boulets » écrivait l’ homme de lettres britannique C. S. Forester dans Trésor de guerre (1992). Martine a une grande admiration pour le Japon, où elle est allée trois fois. « La suite des toiles et lavis sur le thème des lutteurs de sumo [Sumotori] m’a été inspirée par une carte postale que m’a envoyée ma chère Sayuri [Sugiyama], l ’épouse de notre ami Yves Gasquères installé depuis longtemps à Tokyo. On y voit clairement dessinées les vingt-huit prises autorisées pendant les tournois rituels entre ces imposants combattants simplement vêtus de leur seul mawashi ceignant leur large tour de taille. Ces images, si populaires au Japon, le pays qui a transformé la bande dessinée en manga, se lisent comme un poème en idéogrammes calligraphiés. […] J’ai ensuite reçu de nombreux DVD et livres sur le thème inépuisable des sumos que j’ai beaucoup consultés. » Février : Nicolas Deman réunit une large sélection de bronzes et lavis dans sa galerie. Le 18 octobre, Martine Cligman préside à l ’ Opéra Bastille le gala de l ’ Association pour le rayonnement de l’ Opéra de Paris. La soirée permet d’applaudir, pour une dernière fois, en standing ovation, la magnifique soprano Natalie Dessay en compagnie du ténor péruvien Juan Diego Florez, lequel donne sa première interprétation de Tonio, le jeune héros tyrolien de La Fille du régiment écrit en 1840 par Gaetano Donizetti et montré à Paris dans une nouvelle production signée Laurent Pelly. Yves Gagneux, le directeur de la Maison de Balzac (Paris, xvie), acquiert un ensemble de cinq huiles sur toile (« mini-Balzac ») pour les collections de son musée. Il suit, avec un vif intérêt, la production « balzacienne » de Martine Martine. e

Préface manuscrite par Gonzague Saint Bris

2013 Légion d’honneur. L’insigne lui est remis le 9 mai au musée Marmottan-Monet par François Baroin, maire de Troyes et ministre du Budget dans le gouvernement de François Fillon. Olivier Rodary, directeur de la galerie Corianne, avenue Rapp à Paris, accompagne l’exposition « Artistes français » au Bahrain Art Center, adjacent au Bahrain National Museum, manifestation placée sous les auspices de l’ambassadeur de France, Yves Oudin, durant la « French Week » du 16 au 22 novembre. Elle réunit, outre Martine Martine, les peintres Franck Duminil (1933 - 2014), Arthur Djoroukhian, d’origine arménienne, né en 1972 en Géorgie (Caucase), et Jean-Paul Claveau, né en 1949 à La Teste-de-Buch, en Gironde.

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À la suite de la suggestion ancienne de Paul Métadier, fondateur, en 1951, du musée Balzac déployé dans le château Renaissance de Saché, Martine Martine offre une tête de l’écrivain – bronze, première version, terminée en 2006 – pour les collections permanentes. Au musée Marmottan-Monet, à Paris, aménagement et inauguration de la « Salle Léon et Martine Cligman », destinée à l’apprentissage du dessin et de la peinture par les enfants. Le 13 avril, le musée d ’ Art moderne de Troyes inaugure une large exposition personnelle de l’ artiste dans sa ville natale, la première depuis celle présentée quelque quarante ans plus tôt, à la maison de la Culture, en… 1976. Autour de quatre thèmes – chevaux, mains, sumos et Balzac – déclinés en peinture, au lavis, en bronze et en

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plâtre, choisis par Olivier Le Bihan, directeur, un ensemble très équilibré – complété d ’une sélection de céramiques et de bijoux – est présenté dans la haute et longue galerie d ’expositions réaménagée pour l ’ occasion au deuxième étage du bâtiment. 1er octobre : exposition autour de Balzac à la galerie Nicolas Deman à Paris. La préface de l’invitation est signée Gonzague Saint Bris, éminent homme de lettres passionné par Balzac. Le 2 octobre, vernissage de Jardin de sculptures I, la première exposition de groupe organisée par Marie-France Marchand-Baylet sous le parrainage de la Fondation Flag-France dans le parc à la française du château de La Celle-Saint-Cloud. Dépendant du Quai d ’Orsay, le monument historique et son parc ont été légués en 1951 au ministère des Affaires étrangères par Auguste Dutreux-Pescatore. Son aïeul, l ’ ancien propriétaire et philanthrope Jean-Pierre Pescatore (1793-1855), féru de botanique, avait fait construire sur ce domaine xviiie siècle de vingt-trois hectares, qui fut un temps la propriété de la marquise de Pompadour, une longue orangerie accompagnée de trois serres pour ses orchidées et avait planté en 1850 une glorieuse « allée des Arbres étrangers ». Dans cette exposition, qui réunit une douzaine de sculpteurs français, deux œuvres monumentales de Martine Martine ont été retenues : La Grande Araignée et Le Grand Cheval-Homme. Une sélection d ’œuvres de cette exposition, dont Le Grand Cheval-Homme, a été envoyée, fin octobre 2014, à Shanghai, dans le quartier de Xintiandi, dans le cadre des échanges culturels entre la France et la Chine.

2014

Double exposition « Balzac, jour et nuit - De Tours à Saché » au musée de Tours et au musée Balzac à Saché, du 24 mai au 28 septembre. Plus de soixante-dix œuvres y sont présentées, sous la houlette des commissaires Sophie Join-Lambert, Julie Pellegrin et Isabelle Lamy. Le catalogue est centré sur un long entretien de Martine avec Marie-Françoise Sassier. L’artiste offre une quinzaine de gravures sur le thème de Balzac au musée de Saché, et commande une nouvelle épreuve de la sculpture monumentale La Source pour inaugurer le jardin de sculptures devant la façade xviiie siècle du musée des Beaux-Arts de Tours. La fonte en est confiée à la Fonderie Susse dirigée par Hubert Lacroix. La mise en place a eu lieu en juin 2015. En décembre 2014, Nicolas Deman présente deux œuvres monumentales de Martine Martine (Le Grand Quasimodo et un Balzac sur papier) aux côtés d’un pastel de Sam Szafran, d’une huile sur toile de Dado et d’un très grand tableau de Paul Rebeyrolle.

2015

Exposition « Balzac » à la galerie Nicolas Deman en février qui présente des lavis monumentaux et les carnets Balzac qui sont pour l’occasion encadrés tous ensemble. ■

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Grand Quasimodo de Martine Martine lors d’un accrochage libre à la galerie Nicolas Deman. A gauche, toile de Dado ; à droite, toile de Paul Rebeyrolle Exposition « Martine Martine, Balzac », galerie Nicolas Deman, 2015

Martine Martine Catalogue raisonné de l'oeuvre  

Biographie par Daniel Marchesseau

Martine Martine Catalogue raisonné de l'oeuvre  

Biographie par Daniel Marchesseau

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