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• MODE : PARIS FASHION WEEK / NEUTRE PARIS • MUSIQUE : DJ Pone & Didai / Samba De L a M uerte   /   D ream K oala • C I N E M A : L es Contes d ’A nderson • C U LT U R E G R A P H I Q U E : V alentin P etit   /   P I E R R E D O U C I N   /   D avid D elin • C H R O N I Q U E : L es G roupies • CO R R E S P O N D A N C E : P erth / T unis • ·1·


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Le nœud est mort, vive le nœud. Lecteur, assieds-toi, faut que j’te parle. Je vais te dire ça parce que je te fais confiance, après tout, tu m’as toujours été fidèle. Lecteur, j’ai changé. Ça m’est venu peu après mon premier anniversaire (ndlr : 1 année papillote = 18 années humanoïdes), alors que comme à mon habitude je voguais les mains en l’air, les pieds de travers, sur les routes de ma Douce France, comme un danseur transgenre au fond d’un club obscur des années 90, rencontrant au passage Dream Koala sur un nuage, un des poils roux du trio Bodybeat, ou Aufgang dans une soucoupe de champagne, je terminais ma course dans l’appartement parisien de DJ Pone en sa compagnie et celle de Didaï. Faisant d’une bière deux coups, je profite des confidences des berbères Laurel et -  livré séparément  Hardy de la prod’ pour recueillir les histoires de leurs premières fois. Dans un élan de nostalgie, je regardais à mon tour avec tendresse mes premières fois, premier numéro, premier concert, premier voyage, premier festival, première teuf, première compilation… J’en avais fais des choses, et j’avais changé, c’est donc ça la maturité ? Aujourd’hui je fais peau neuve et pose un pied discret avec les grands de la cours de récré 2.0, en espérant qu’ils ne me scrollent pas de haut en bas. C’est donc avec plus de poigne à des endroits rigolos et des yeux nouveaux que feu le nœud se fit neuf (désolé pour les mots de tête). Sac à mots sur le dos, je repris la route, me faisant voyeur dans les backstages de la Fashion Week parisienne, travailleur de la première heure en Australie, chasseur de tendance en Italie, ou clubbeur des dunes en Tunisie. Non sans oublier mes traditionnels cinémas, galeries, salles de concert et autres sanctuaires où la consommation d’alcool est une obligation sociale  (seuls endroits où je peux retrouver mon ami Paul de Pone, qui m’explique alors la larme à l’œil que la groupie n’est plus et qu’elle ne suit d’ailleurs même plus de groupes, préférant s’instagramer à la chaîne auprès de DJs désintéressés). L’espace-temps se déchire, on célèbre 2014 en 2013, Beck se la joue Benjamin Button, et Wes Anderson réinvente l’histoire. Bref, un joyeux bordel à peine organisé auquel on s’invite volontiers avec finalement la même âme de gamin. Et puisque je ne saurais terminer cette confidence sans un mot d’amour, sache que je t’aime autant que la première fois où tu posais tes doigts curieux sur mes pages virtuelles.

Cœur avec les doigts.

Max Ltnr

Rédacteur en chef

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LE

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EUD PAP

R E DAC TEUR E N CH EF

DI REC T EUR ART I ST I QUE

Max Ltnr

MO DE

Eric Rktn

Victor Tessier, Ombeline Descheemaeker, Amélie Warnault

Robin Lempire, Douglas McWall, Lucille Godin, Michele Yong, Clémentine Ouahab, Baptiste Amieux, Amaury Hamon, David Delin

CONT RI BUT EURS

CHEF DE PR OJE T S / E VÉN E M E N TIE L

MU S IQ U E

CO NCEPT I ON GR APHI QUE

CHARGÉ DE DÉVELOPP E M E N T

Floris Yvinou, Eric Rktn

Baptiste Pépin

Victor Tessier

Thomas Tourancheau

C INE MA

P R O DUC T I ON ÉVÈNEME NT I ELLE Loren D.Jones, Axelle Munier

CHARGÉ DE S REL AT I ONS AN N ON CE U RS

Lise Beuve, Tristan Baldi, Mathieu Koehl

C U LTU R E G R A PH IQ UE

PHOTOGR APHI E

PART E NARI AT S / REL AT I ONS P RE SS E

Thomas Devoddère, Constance Beernaert, Shani Mac-Gomez

Edouard Spriet

Thibault Dury

Adeline Bustin lenoeudpapcontact@gmail.com

Pias, Ambroise, Claire et Isabel pour le festival du plat pays, Pierre et le food truck Cozmoze qui n’en est pas un, Cédric Duquesnoy, Snoop Doggy Doug et son œil photographique, Tiffany qui nous a tous coupé le souffle, Michele Yong, Charlotte , Bromance et tout Savoir Faire, Viviane et Kitsuné, Rémi parce qu’il sera le capitaine pour toujours, Maiwenn, Marjorie et leurs soirées whisky, les petits potes du Petit Network , Jarco et Le Miracle, Anton et La Petite Taverne aussi. Merci également à Amaur y, Grégoire Pierre et David Delin pour leurs illu’, Luc, Clément , et PAD de La Classique, le Nordik Impakt , Clémentine et Baptiste pour leurs histoires exotiques, ceux qui ont rendu la couverture possible  : Robin, Ophélie, Emeline, Emma, Delphine, Noé et l’Abricot .

La rédaction décline toute responsabilité quant aux opinions formulées par ses auteurs dans leurs articles. Aucun élément de ce magazine, ne peut être reproduit , sans l’autorisation écrite de l’auteur.

RE M E R C IE ME NTS Les remerciements s’empilent dans le désordre.Nos rédacteurs d’amour qui mettent des morceaux d’eux tous les jours dans nos colonnes digitales : Baptiste, Floris, Ombeline, Dark Vicky, Mathieu, Tristan, Lise, Thomas, Adeline, Skinny, Baron, Consti, et les nouvelles têtes Shani, Loren, Edouard, Amélie et Axelle. Ce numéro n’aurait pas été fait sans eux, mais aussi : Nadine, Alpage et Amandine qui ne vient pas de Lié vin, Anicée et Because, Dj Pone et son chat , Didaï, Y-kee et Péo, Maxime et La Mission, Sylvain et le Social où on va faire un tour, Hakima qui s’en va, Romain qui arrive à la Cave, les Wesh, Triangle et des soirées à refaire, Adrien, Valérie et Brian pour

COUVERT URE Model : Emeline Bion

CON TAC T lenoeudpapcontact@gmail.com ·4·


MODE

DERRIÈRE LE RIDEAU : 8 PFW2014, Douglas McWall À LA PAGE : 14 Simon Porte Jacquemus 16 Neutre Paris HOT SPOT : 18 French Californians 20 La Boite Collector SUMMER STREET STYLE : 22 Dour C'est l'Amour LE DRESSING HOMME : 26 Flower Power LE DRESSING FEMME : 28 Flower Power BREATHLESS : 30 Lucille Godin 38 VICTOIRES : Michele Yong

CINEMA

À L'AFFICHE : NATURE PEINTURE : C'ÉTAIT MIEUX AVANT : ROULETTE RUSSE : ÇA CREUSE :

50 54 58 60 62

Nebraska (500) Jours Ensemble Lilith La Vénus À La Fourrure Les Contes d'Anderson

CULTURE GRAPHIQUE

À LA PAGE : LOCAL HEROES : DRESS YOUR HOME : DERRIÈRE L'OBJECTIF DE : LNP VU PAR :

68 72 76 82 86 88 90 92 94

Valentin Petit Serial Cut Pierre Doucin The Fancy Corner Adrien Lacheré Elodie Tann Maxime Ballestros Amaury Hamon David Delin

MUSIQUE

PAUL DE PONE

102 REVIEWS EN TÊTE À TÊTE AVEC : 110 DJ Pone & Didai 116 Samba De La Muerte 120 Aufgang 126 Dream Koala LOCAL HEROES : 128 La Classique 134 Bodybeat HOT SPOT : 138 Social Club 140 Le Mother 142 La Cave Aux Poètes 146 À VENIR : Beauregard Festival 148 Open Mic Les Inrocks Labs LENDEMAIN : Jarco 152 Weiss Et Le Miracle Nordik 154 Impakt Nous 156 Sommes 2014 CHRONIQUES : 158 Les Groupies CORRESPONDANCE : 162 PERTH, AUSTRALIE TUNIS, 164 TUNISIE ·5·


MODE

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DERRIÈRE LE RIDEAU PFW 2014 par Douglas McWall

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Rynshu

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Saint Laurent Paris 路 10 路


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Walter Van Beirendonck

Melinda Gloss 路 13 路


À LA PAGE par Amélie Warnault

SIMON PORTE JACQUEMUS

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l est jeune, il est beau, c’est la nouvelle coqueluche des rédactrices mode et des fashionistas ! Et nous, on l’adore. Son nom ne vous dit rien ? Même s’il est quasi impossible que vous n’en ayez pas entendu parler, si jamais vous ne le connaissez pas encore, vous allez vite succomber... Très jeune talent. Du haut de ses 23 ans, Simon Porte Jacquemus a réussi à imposer son style épuré et ses silhouettes à la fois masculines et féminines. Cet autodidacte est aussi le plus jeune créateur ayant défilé dans le calendrier officiel de la dernière Fashion Week Parisienne, et vous allez vite comprendre pourquoi.

LA SUCCESS STORY Pourtant, rien ne prédestinait le petit Simon à arriver dans cet univers. Issu d’une famille modeste, il grandit entre Marseille et Avignon, et très vite, Simon est émerveillé par les tenues originales de sa mère qui elle, est passionnée de déco. Un papa musicien, amoureux de Gainsbourg. À 18 ans, il part du cocon familial pour se lancer dans une grande école de mode parisienne, mais la quittera au bout de trois petits mois. Il sera alors assistant de direction artistique chez Citizen K pendant 6 mois, mais encore une fois, il cèdera. Après le décès de sa mère, en 2009, c’est le déclic : il conserve le nom de sa mère pour sa marque, et Jacquemus est né. C’est en 2011, au show Dior, que le styliste se fera remarquer en faisant un «  happening  », c’est-à-dire faire défiler ses copines durant la Vogue Fashion Night Out en tenue d’«  ouvrières  ». Depuis, le jeune créateur est la nouvelle lubie des fashionistas (et maintenant, la nôtre). Il faut dire que les endroits de ses défilés ne manquent pas d’originalité. Et oui, on se souvient surtout de son second défilé dans une piscine municipale en plein coeur de Paris et de son dernier défilé dans une salle de jeu d’arcades, au beau milieu des flippers et des auto-tamponneuses intitulé « La Grande-Motte », la célèbre station balnéaire passée du chic au kitsch pour le coup. Jacquemus bouscule aujourd’hui les codes de la mode avec son style naïf, brut, et ultra simple.

LA FEMME JACQUEMUS La femme Jacquemus, c’est une femme jeune, qui aurait pu débarquer tout droit de la plage et des années 80. Jacquemus s’affirme avec des couleurs pop et des coupes androgynes mais maîtrisées. Du blanc virginal, du bleu céruléen et du rose lafayette, un combo parfait pour l’été 2014. Une formule minimale pour une évasion maximale. Des codes hypers minimalistes mais toujours léchés. Une silhouette aux bords francs, un make up nude et des cheveux mouillés telle une sirène. La femme Jacquemus est moitié sexe, moitié frigide. Ses pièces phares  ? Le Pull Marine, inspiré par Isabelle Adjani (mais oui, souvenez-vous, le titre «  Noyée au fond de la piscine...  »), et ces fameux hauts «  J’aime la vie  » de son dernier défilé qu’on avait adoré. Jacquemus aime les femmes, et il aime les rendre belles. Dans ses collections,

LA FEMME JACQUEMUS EST MOITIÉ SEXE, MOITIÉ FRIGIDE.

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les couleurs symbolisent les fruits, et les filles illustrent les fleurs. Simon a ce qu’on appelle un « crew », une bande de filles qui le suit et défile pour lui depuis ses débuts, bien qu’elles ne soient pas nécessairement mannequins. On compte parmi elles la bloggueuse mode Jeanne Damas, la it-girl parisienne Lolita Jacobs, ou encore la Djette Clara 3000. Elles correspondent toutes à l’image qu’il se fait d’une fille bien dans sa peau, surgissant des années 80 ou alors qui pourraient sortir d’un film comme « La Boum », ou « L’hôtel de la Plage ». La femme Jacquemus, c’est donc tout ça à la fois.

100% FRENCHY Simon Porte Jacquemus est fier de son pays et n’a pas peur de le dire. Même si certains pensent qu’il fait référence au nationalisme avec ses petits drapeaux tricolores, pour lui, c’est plutôt une référence au sport des années 80. Par dessus tout, Jacquemus c’est surtout du 100% Made in France, voire 100% Made in Paris. Le créateur confectionne toutes ses pièces en France, avec des matières nobles et inédites, telles que la laine bouillie, le coton, le lin et même la moustiquaire (pour les jeux de transparence). Aujourd’hui, la marque Jacquemus compte de nombreux points de ventes, notamment dans la boutique hyper pointue Opening Ceremony à New York, Colette et Broken Arm à Paris, ou encore Dover Street Market à Londres. Mais malgré son succès, Simon garde la tête froide, et travaille encore en tant que vendeur dans la boutique Comme des Garçons afin de « s’auto-financer ». Un emploi qui lui tient à cœur pour que sa marque continue, mais parce qu’il ne veut pas qu’un grand groupe la rachète. Ambitieux, il se verrait bien aussi travailler pour une maison de mode comme Courrèges ou Lacoste et prépare aussi des projets liés à la musique et au graphisme. Histoire à suivre...

JACQUEMUS

www.jacquemus.com www.facebook.com/jacquemusparis www.twitter.com/jacquemus · 15 ·


À LA PAGE par Max Ltnr

NEUTRE PARIS

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coup de posts discrets sur les réseaux sociaux, la jeune marque Neutre Paris avait petit à petit fini par éveiller notre curiosité, entre extraits de leur première collection et influence architecturale, le mystère planait autour de l’enseigne parisienne. Mi-mars, ils ouvraient leur site internet et dévoilaient une première collection monochrome et minimaliste remarquée. Brûlé par la curiosité, on est allé leur poser quelques questions, et si finalement les deux créateurs parisiens préfèrent rester réservés, l’essentiel est ailleurs.

pour vous, comment influence-t-elle votre travail ?

Très peu d’informations filtrent à votre propos, qui se cachent derrière Neutre Paris ? Quel est votre parcours ? Comment Neutre Paris est-il né ? Derrière Neutre se cachent deux jeunes designers passionnés de mode, l’un étant ancien directeur commercial et l’autre évoluant dans une grande maison de couture française diplômé de deux écoles de mode parisienne. Elle est née de nos deux visions complémentaires de la mode et nos deux forces mutuelles afin d’exploiter au maximum nos capacités. Neutre est notre opinion, Paris notre localité. On sent que l’architecture tient une place particulière

L’architecture influence notre design par rapport aux lignes épurées, aux formes et aux courbes qu’elle peut fournir, dans chacune de nos pièces. En dehors de l’architecture, qu’est-ce qui influence votre travail ? Quels sont les créateurs ou artistes qui vous inspirent ? En dehors de l’architecture, la musique, la diversité de la population, ainsi que les différentes cultures sont une grande source d’inspiration. Les créateurs qui nous inspirent sont Martin Margiela pour son état d’esprit épuré, Rick Owens

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pour sa créativité, Hedi Slimane pour son intemporalité. Pouvez-vous nous définir votre univers, votre style ? Parlez-nous de votre première collection. L’art est notre principale source d’inspiration, notre travail consiste à sublimer son principe même. Nous considérons la simplicité comme l’ultime étape de sophistication. Notre chapitre premier, intitulé FONDATION, marque notre volonté de bâtir un univers qui va à l’encontre des tendances et des mouvements en donnant à chacune de nos pièces une personnalité forte par le choix des couleurs et un style minimaliste. À qui destinez-vous vos créations ? Elles sont destinées à une clientèle qui donne une attention particulière au vêtement, au souci du détail, et à la beauté de chaque pièce. Pourquoi parler de chapitre au lieu de collection ?

Pouvez-vous nous expliquer le titre de votre premier « chapitre » : Fondation ? Nous avons intitulé notre premier chapitre FONDATION car c’est la base de toute architecture, et donc la base de notre marque qui, on l’espère, arrivera à traverser le temps.

Nous parlons de chapitre car nous ouvrons une page d’un long livre, dont chaque chapitre sera relié par nos différentes collections. Comment voyez-vous la suite pour Neutre Paris ? Nous voyons la suite de Neutre très grande, à la hauteur de nos ambitions, avec une évolution constante de nos collections et un élargissement de notre gamme.

NEUTRE PARIS

www. neutreparis.com · 17 ·


HOT SPOT par Constance Beernaert

FRENCH CALIFORNIANS

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rench Californians, c’est un concept. À tous ceux qui cherchent à prendre les devants en matière de mode, c’est là qu’il faut aller ! On a croisé Constance, qui fait partie de l’aventure depuis ses débuts, et qui nous a raconté l’histoire de cette boutique de la rue Tiquetonne à Paris, où détente et plaisir sont les maÎtres mots.

Qui est à l’origine de ce beau projet ? À l’origine de French Californians, il y a Steve Dufau. Biarrot de naissance et passionné de mode, il travaillait déjà depuis 6 ans dans le prêt-à-porter. L’idée de ce concept a commencé en 2010 quand il habitait sur la côte basque. A l’époque, j’habitais également Biarritz, et son projet m’intéressait beaucoup. Nous avons commencé à en parler sérieusement, à penser à l’ouverture d’un concept-store, et en septembre 2012 French Californians ouvrait ses portes. Partager des tenues, c’est la passion de la mode au climax ? Partager nos tenues sur Facebook c’est une manière de montrer nos influences du moment, nos nouvelles pièces/ marques. C’est partager notre amour pour les vêtements.

Un état d’esprit quand tu t’habilles : le confort ? être différent ? Pour ma part, je cherche le confort, car j’ai un métier qui nécessite de bouger en permanence, mais j’accessoirise beaucoup pour rajouter ma touche personnelle. L’association « French » + « californians » : c’est pour des envies de rêve américain ? Le nom French Californians vient des origines basques de Steve, Biarritz a vu naître les « tontons surfeurs » dans les années 60, lorsque les premiers californiens ont débarqué sur les côtes basques et landaises, et ils l’ont surnommée Californie française. Le nom French Californians représente donc une mixité d’influences qu’on peut retrouver tout de suite dans notre sélection.

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Pourquoi vous installer rue Tiquetonne ?

Des projets en devenir ?

La rue Tiquetonne a une belle énergie. Il y une jolie synergie avec les autres magasins, des produits de qualité. C’est une rue réputée pour la mode masculine à Paris et nous sommes fiers d’y participer.

Le site internet arrive très bientôt ! On voudrait aussi développer notre propre marque. Affaire à suivre donc… !

Comment faire pour être référencé chez vous ? Des qualités pré-requises ?

Pharell Williams ?

Qui est-ce que l’on peut vous souhaiter d’habiller ?

Quelle est selon toi la tenue idéale pour...

Il n’y a pas vraiment de règle. On regarde vraiment chaque marque de la même façon, on ne fait pas de différences, une jeune marque créative comme une marque ayant plus de savoir-faire. Le budget shopping si on passe par votre temple de la mode ?

...un départ en vacances ? Un bob Grand Scheme, un tee Kitsuné, un short Topman, et une paire de Sperry Top Sider. ...un festival de 2 jours ? Une veste Rains, un sweat BWGH, un jean Topman, et une paire de bottes Rains.

La gamme de prix est vraiment large. Notre point d’honneur c’est notre probité, le bon produit au bon prix. Vos inspirations / vos goûts ? C’est un tout, vous dans la rue, nos clients, le design, l’illustration, la musique, les voyages, l’histoire... Je dirais tout ce qui peut avoir un attrait pour l’esthétisme en général. Vous organisez aussi des soirées, les Block Party, c’est quand la prochaine ? La prochaine aura lieu le 21 juin prochain pour la fête de la musique. C’est une soirée ouverte à tout le monde, l’année dernière on a accueilli 500 personnes !

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FRENCH CALIFORNIANS

19 Rue Tiquetonne 75 002 PARIS www.facebook.com/frenchcalifornians


HOT SPOT par Édouard Spriet

LA BOÎTE COLLECTOR

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érald Toumson a déjà beaucoup fait parler de lui depuis qu’il a ouvert La Boîte Collector, un concept store rue de Paris à Lille, presque unique en Europe. Véritable fusion entre passion infinie pour la sneaker et désir de la partager, ce shop s’adresse aux véritables passionnés persuadés que leur style n’est pas qu’une simple mode.

Ambiance feutrée, hip-hop et sérénité, c’est ce que l’on découvre une fois que l’on ose passer la porte de ce « temple » de la sneaker. Gérald a choisi la rue de Paris comme adresse, un choix primordial pour éviter les quartiers avec une identité trop cernée. Ici, personne n’essaiera de vous refourguer une paire que l’on retrouvera à tous les coins de rue. Le crédo du gérant ? La rareté, mais ici, elle n’est pas financièrement inabordable, pour lui, il est impensable de porter un modèle sans en connaître l’histoire, ça n’a l’air de rien mais le pourquoi du comment de la création d’une basket est captivant, et tout le monde là-bas pourrait vous en parler pendant des heures. Les références de l’histoire du sport qu’ils vous balanceront ne feront que vous confirmer que leur passion, un véritable mode de vie, n’est définitivement pas éphémère.

hauteur de ses espérances, le sourire ne se fait pas attendre. «  Je reçois des mails d’Italie, de Russie, d’Allemagne, des États-Unis, et même du Japon  !  », les gens commencent à comprendre que l’on peut dénicher l’introuvable ici, et les demandes en tout genre affluent. Dernier exemple en date : la K1X DCAC X Patrick Mohr MK4, modèle très attendu, dont le stock s’est écoulé en à peine une journée. Et comme si ça ne suffisait pas, La Boîte Collector s’adonne petit à petit à créer une ligne de pulls et t-shirts, tout en distribuant des créations lilloises à l’instar de la marque Neypo. Qu’on se le dise, le shop lillois a un bel avenir devant lui.

Quand on demande à Gérald si La Boîte Collector est à la

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LA BOÎTE COLLECTOR

www.laboitecollector.fr www.facebook.com/laboitecollector www.twitter.com/lboitecollector


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SUMMER STREET STYLE par Paul de Pone - Crédits Photo : Dour Festival

DOUR, C’EST L

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out est dans le titre, ou presque. Cela va faire deux ans que nous prolongeons l’aventure d’un été avec le festival le plus défricheur d’Europe. Mais qui dit aventure dit tenue d’aventurier, alors si vous avez de la place dans votre paquetage, voilà quelques idées de choses à emporter pour partir à l’assaut de Mount Kimbie, Tyler the Creator, Stwo, Sohn, Ta-ku, Shigeto, Sinjin Hawke... On ne va pas tous vous les faire, il y en a 200 comme ça ! En attendant, voici notre sélection mode (mais pas trop non plus), DOUREUHHH comme on dit là-bas.

Le justicier festivalier VS Le Casse-cou des crash barrières

Le j’ai-pris-ce-que-j’ai-trouvé-chez-moi-e

La plagiste sans plage

Les cheerleaders à bulles

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L’AMOUR

et-je-vous-emmerde

Le hardcore chillant

Le fan #1 d’Egyptian Hip-Hop

The Kooples Spring/Summer 13

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Le gourou spatial descendu sur Terre

Le porte-souvenirs à 360°

Les lunettes patriotes devant un regard mystérieux

Le hippie bio élevé aux grains

L’éternel revendicatif

Vous êtes maintenant inspirés ? Comment ça non ? D’accord, si vous n’avez vraiment aucune idée, jetez un coup d’oeil sur notre page Facebook, nous sommes partenaires du Dour 2014, et on vous offre des CDs d’artistes dans la programmation 2014 pour la route, et des lunettes de soleil Dour x Komono. Alors, heureux ?

DOUR FESTIVAL

www.dourfestival.be/

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FLOWER POWER

HOMME

3.1 PHILLIP LIM

MARC BY MARC JACOBS

APRIL 77

BEPOSITIVE

DRIES VAN NOTEN

SACAI

JUPE BY JACKIE

MARC JACOBS

GIVENCHY

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TREND CORNELIANI

ALEXANDER MCQUEEN

MSGM

MARNI

AMI

KOLOR

SERGIO ROSSI

OUR LEGACY

DRIES VAN NOTEN

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FLOWER POWER

FEMME

MARY KATRANTZOU

AQUILANO-RIMONDI

TOM BINNS

DOLCE & GABBANA

MOTHER OF PEARL

GIVENCHY

PIERRE HARDY

APRIL 77

MARNI

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OSCAR DE LA RENTA

HIGH

MSGM

VERONIQUE BRANQUINHO

JONATHAN SAUNDERS

HONOR

MAISON MARTIN MARGIELA

KENZO

GOLDEN GOOSE

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BREATHLESS

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Photographe

Lucille Godin Direction / Stylisme

Tiffany Bouelle Models

Adam, Ben, Angie 路 31 路


Chaussures Jonak et chaussettes Reebok 路 32 路


Adam porte un bomber Andrea Crews 路 33 路


Lucille porte un foulard Killian Loddo et des lunettes Linda Farrow

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Tiffany porte un nœud papillon TASSEL · 35 ·


Angie porte un haut Adam Blacks

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Ben porte un sweater BOOTEE


VICTOIRES

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Photographe

Michele Yong Direction / Stylisme

Charles-Olivien Lejeune Maquillage / Coiffure

Laure Gaudou Models

Lucy Mcintosh (CRYSTAL MODELS), Anya Shum (MARILYN) 路 39 路


Anya Jacket Giorgio&Mario

Jumpsuit Fatima Lopes

Necklace Mawi (L’Eclaireur)

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Lucy Jacket Giorgio&Mario Top ZARA

Top Giorgio&Mario

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Anya Coat NUBU

Dress Jonathan Liang

Necklace Mawi (L’Eclaireur)

Lucy Coat NUBU

Shirt Giorgio&Mario Pant As I Am

Shoes United Nude · 42 ·


Anya Jacket VonSchwanenfl眉gelPupke Wrist cuff Fatima Lopes

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Anya Coat ZARA

Jacket VonSchwanenfl眉gelPupke Wrist cuff Fatima Lopes Pant Karoline Lang

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Lucy Top ZARA

Anya

Dress Pearl by Dark Pink

Jacket Giorgio&Mario

Shoes United Nude

Jumpsuit Fatima Lopes

Anya Top Karoline Lang

Lucy

Top Fatima Lopes

Top Damir Doma

Wrist cuff Fatima Lopes

Skirt NUBU

Pant Kenzo Pant

Shoes Vintage

Vintage

Wrist cuff Fatima Lopes 路 45 路


Lucy Coat ZARA

Top Damir Doma Skirt NUBU

Shoes Vintage

Wrist cuff Fatima Lopes

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Lucy Jacket Giorgio&Mario Pant Carven

Shoes Minna Parikka

Bag NUBU

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CINÉMA

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À L’AFFICHE par Mathieu Koehl

NEBRASKA

nous voilà à quelques «  beats  » près absorbés par l’expérience de ce roadmovie que nous offre le réalisateur Alexander Payne.

Titre original : Nebraska Date de sortie : 2 avril 2014 Réalisateur : Alexander Payne Acteurs : Bruce Dern, Bob Odenkirk, Will Forte

Un roadmovie se construit sur un fil directeur : partir vers

Comment ressentir avec des mots ? Débutons l’expérience avec un registre sonore. Soit tu es adepte d’un son réalisé sur un bon vieil enregistreur à cassette et tu lances la lecture de « State Trooper » (tiré de l’album «  Nebraska  » enregistré en 82 par Mr. Bruce Springsteen), soit tu es plus « générationnel » et tu lances la lecture du remix du même nom réalisé par le Danois Trentemøller. Approche brute et « minimal-iste » dans ces deux versions,

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une destination inconnue à bord d’un véhicule.

Le charme du noir et blanc engage cet esthétisme particulier.

Premier plan : un homme, une route.

En effet, l’alchimie du noir et du blanc est cette saveur douce qui s’accouple à un rythme isolé, « singulier » présent tout au long du film et permettant au spectateur de se faufiler dans les méandres des sentiments joués.

À 77 ans, Woody Grant (Bruce Dern) marche seul à contre sens le long de cette nationale, avant d’être arrêté par un « State Trooper » (police américaine). Convaincu d’avoir gagné à une grande loterie promotionnelle, il s’engage à rejoindre l’état du Nebraska, en particulier Lincoln, où se trouve son million de dollars.

Qui dit rythme, dit temps – là encore, cette alchimie du noir et blanc intègre le passage mélancolique du temps, en sommes, l’idée d’un temps révolu.

Woody Grant exprime parfaitement la frontière de l’homme qu’il est, et celui qu’il aurait voulu être

En retrouvant son père à la gendarmerie, David Grant observe un père en quête de ses derniers rêves. Il décide de l’accompagner dans cette ultime aventure.

Le scénario est planté dans cet état d’Amérique où l’agriculture est reine et où les bourgades ne vivent que par le bar du coin de la rue. Comme dans le film « Oh Boy » que nous vous présentions dans le précédent numéro, l’alchimie du noir et blanc donne tout de suite la parole à l’élégance.

Woody Grant est cet homme, garagiste, ancien mécanicien durant la guerre de Corée, mari d’une femme qui ne cesse de l’engueuler [...]. Sa vie comme ses mots semblent s’être perdus dans son histoire. Dans ce film austère, l’ambition est inexistante, les rêves se sont échappés pour laisser place au « surplace ». Et pourtant, dans ce tableau, le noir brille comme le blanc. Si le duo de couleurs représente bien plus qu’une simple trame esthétique, le duo père-fils acquiert quant à lui une renaissance et une nouvelle complicité.

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ville natale de Woody. Une « ville morte » qui a entrainé ses habitants dans les méandres du « je m’en foutisme » et dont le spectateur ne peut que déplorer le « surplace » ambiant et hilarant. C’est à l’image de cet oncle qui dépose sa chaise chaque jour au bord de son jardin mais qui n’observe que le calme d’une rue déserte, sans compter sur le caractère bien trempé de Woody tout au long du film. L’on retrouve un humour intelligent, de caractère et en véritable symbiose avec la saveur du film !

Malgré la supercherie évidente de cette loterie promotionnelle, David Grant observe un père âgé en proie à ses dernières années de vie et dont cette ultime quête vers 1 million de dollars semble apporter un peu de frénésie et d’espoir de vie. L’accompagner pour le comprendre, l’accompagner pour l’aider mais surtout l’accompagner pour Vivre. Les étapes de l’aventure sont ponctuées d’un humour imparable qui se mêle de façon grandiose à ce scénario austère. Les retrouvailles qu’offre la traversée des états pour rejoindre Lincoln se mêlent à la caricature du genre humain. L’exemple le plus frappant sera surement ce détour dans la

S’il paraît pourtant si simple pour Alexander Payne d’installer ce réalisme brute et austère d’une Amérique profonde tout en alliant un humour décalé, ce n’est sans nul doute grâce à l’œil observateur du créatif qu’il est mais également de ses observations en tant que citoyen du Nebraska (Omaha). Tiré d’un livre de seulement 91 pages, ré-écrit en 1 mois, puis adaptée, cette réalisation, (et ne pesons pas les mots) atteint sereinement l’un des plus beaux films de l’année. Pour agrémenter la saveur : une multitude de nominations en 2013 et plusieurs belles récompenses. La plus remarquable : prix de l’interprétation masculine pour Bruce Dern (Woody) au Festival de Cannes 2013. Chapeau.

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NATURE PEINTURE par Tristan Baldi

(500) JOURS ENSEM

pour quelqu’un » : ce fut vague, niais, faussement expressif, pour finalement être insupportable. Je m’attendais à quelque chose d’un peu classe quand même, avec une vraie innovation dans la narration, et puis je n’sais pas moi, quelque chose qui, se voulant indépendant, sorte des codes basiques de la comédie romantique. Enfin rien de bien méchant quoi, je voulais passer une soirée devant un film agréable à visionner. Et dès le début, j’ai assisté à une espèce de pastiche dégueulasse de The Office. Apparaît donc un jeune type, soi-disant moche et donc peu sûr de lui, qui a le malheur de tomber amoureux de la secrétaire, et qui lui lance des petits regards effarouchés depuis son petit bureau de fonctionnaire. L’accroche est très originale puisqu’il la croise dans un ascenseur pour découvrir – miracle ! – qu’ils partagent la même passion pour un groupe de musique ! Les fans des Smiths apprécieront d’ailleurs la crédibilité de l’engouement des deux loustics. Et puis allez, quoi ! Il y a une soirée karaoké qui rassemble toute la boîte, TOUTE LA BOÎTE ! Tu comprends ce que ça signigie, pauvre enfoiré ? Ça signifie que tu vas pouvoir te la péter au micro avec 5 grammes dans chaque œil, et la faire rire, et la faire vibrer. Yeah.

CECI N’EST PAS UNE HISTOIRE D’AMOUR Titre original : (500) Days of Summer Date de sortie : 30 septembre 2009 Réalisateur : Marc Webb Acteurs : Joseph Gordon-Levitt, Zooey Deschanel

Certains jours on prend conscience du caractère aléatoire de la réussite d’un film. On se rend compte qu’on pourrait pondre n’importe quel navet et y mettre plein de conneries, de clichés bon marché, voire même tenter de niveler par le bas les conceptions populaires du romantisme, et se voir récompensé de critiques toutes plus enthousiastes les unes que les autres. Certains jours, dis-je, on flippe. Regarder « (500) jours ensemble », ça a été comme entendre ces personnes insupportables déclarer « avoir des sentiments

Ah bon? Donc si je comprends bien, parce qu’on construit une narration soi-disant dans le désordre, en commençant par une rupture, ce n’est pas une histoire d’amour. Parce qu’en nous racontant, en feignant de déconstruire le récit (c’est-àdire en sautant les jours 10 par 10 sur une plage de 500, en alternant le début, le milieu et la fin de l’idylle), l’histoire de leur rencontre ; en entrecoupant des scènes vues et revues de « Jésus Christ, je n’arrive pas à dormir, je ne pense qu’à elle mais je ne peux pas me résoudre à l’appeler en premier, sinon je vais passer pour une truite, que faire ? Je ne peux pour le moment que montrer mon désarroi en enfouissant ma tête dans mon oreiller et en raccrochant violemment le téléphone ! … », ce film n’aborde pas une histoire d’amour. Soyons réalistes ici : non, ce n’était pas dans la vocation du film de faire du neuf. Critiques, enthousiastes, frustrés, réjouis… Non. Non. Ce film est un recycleur à ordures

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MBLE

L’art de faire le moche quand on veut jouer les losers

- Regarde chérie, quand je mets des pop-corn sur ma tête on dirait qu’un oiseau s’y est perché ! - Oh mon amour, tu es impayable !

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déguisé en distributeur de produits frais. Honnêtement. Qu’est-ce que c’est que ce mensonge initial ? Bien sûr que si, c’est une histoire d’amour, une histoire d’amour mièvre, vide, qui pue la romance bon marché. Tous les clichés de la relation amoureuse idéale, dans les bons comme les mauvais moments, y passent. Le personnage qui sait d’emblée que «  c’est elle, bon sang  ». Le type qui se fait mener par le bout du nez. Le même qui est intrigué par cette fille, parce qu’elle est «  spéciale  », voyez-vous. Le type qui confie que son boulot ne l’intéresse pas, qu’il avait commencé des études d’architecture, mais à quoi bon ? Qu’il vaut mieux faire un boulot de merde et se sentir mélancolique en retrouvant son bon vieux banc et sa vue sur les buildings de 1907. Le type qui est désarmé face à ce qui, au lieu de charme, s’avère être un caractère de merde. Le même connard qui décide de se reprendre en main pour affronter une rupture, qui achète donc quatre kilos de Gomina, un costard à cinq briques et un attaché-case pour se sentir mieux dans ses baskets.

c’est-à-dire qu’ils se débrouillent bien pour éponger le scénario, et j’ai passé quelques bons moments. Seulement j’ai l’impression d’avoir regardé un Disney, surtout avec cette fin ignoble. A croire qu’ils n’ont pas voulu assumer une fin un peu triste, et qu’ils ont balancé une rencontre écrite au marteau piqueur, complètement irréelle. Pour quel message  ? «  Lorsqu’on croit que LA fille s’est envolée, on en trouve toujours une autre plus facile à se mettre sous la dent » ? Non mais pitié, je croyais regarder un film, pas un guide pratique pour rupture difficile. C’est fini, je n’irai plus voir ces romances dégueulasses au cinéma. Il vaut mieux s’insurger et s’étouffer bruyamment sur ses pop-corns tout seul à la maison plutôt que de se faire insulter pendant toute la séance.

Le type qui arrive à passer outre !! Le mec s’est reconstruit, quoi, il n’y pense même plus ! Et... Le type qui retombe dans le panneau. Qui se pointe dans une soirée après avoir été invité par la nana, lui, plein d’espoir, elle, pleine de bagouses de fiançailles. Lui, très peiné. Lui s’enfuir. Déçu. Triste. Mais au secours, quoi ! J’exagère, c’est vrai. Le jeu des acteurs n’est pas mauvais,

Reprends du champagne man, t’façons c’week-end on s’barre sur la côte !

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C’ÉTAIT MIEUX AVANT par Tristan Baldi

LILITH

Robert Rossen, ce réalisateur méconnu et génial, a peint juste avant de partir ce fantastique tableau qu’est Lilith. Il faut dire qu’il n’a pas lésiné sur la palette : Warren Beatty dans le rôle de Vincent Bruce, beau gosse sentimental tout juste sorti de l’abattoir, en quête d’un sens à donner à sa vie, et Jean Seberg en Lilith, indescriptible beauté fragile, perverse et torturée, internée dans un asile de riches. Lilith. Ce nom sonne comme un Lilas, une petite fleur printanière. Mais il suffit de le retourner quelques fois sur la langue pour que jaillisse un arrière-goût amer, une créature qui guette. Lilith, c’est avant tout le prénom de la première femme d’Adam, un personnage mythologique sujet à toutes les contradictions. Figure démoniaque, instable et rebelle, elle incarne la femme indomptable et mystique. Aussi, lorsque Vincent, apprenti aide-soignant, se voit confier la garde de cette femme si intelligente, si torturée et si intense, si belle aussi, comment peut-il ne pas en tomber amoureux ? C’est dans une scène révélant un Vincent perturbé que le malheureux tente d’approcher le médecin-chef afin de lui expliquer la situation : Lilith semble flirter avec lui. Et c’est avec un sourire pensif mais exalté que lorsque le médecin lui pose la question de son sentiment à l’égard de Lilith, Vincent admet l’attirance qu’il a pour sa patiente. Cette exaltation mêlée de doute qui se lit alors sur son visage semble être l’instant où tout bascule, où la folie semble bien plus attractive que la raison, la passion plus excitante que la logique. Son regard, encore, exprime des émotions contradictoires, un peu comme quelqu’un qui ne croit pas à sa chance en s’apprêtant à se jeter d’un toit.

Titre original : Lilith Date de sortie : 27 septembre 1964 (États-Unis) Réalisateur : Robert Rossen Acteurs : Warren Beatty, Jean Seberg, Peter Fonda

E

xplorer la folie sur grand écran est délicat. Pourtant, rendre compte d’un phénomène qui se ressent plus qu’il ne se décrit a toujours été une tentation terrible pour le cinéma, qui s’évertue à combiner le visuel à l’audible dans le but d’exacerber toujours plus l’expérience du public. Sur le papier, la folie est ainsi le thème parfait. En pratique, on sait qu’il est facile de passer à côté, de se perdre dans des clichés de cheveux ébouriffés et de rires nerveux, ou dans des raccourcis honteux (un fou serait toujours dangereux, voire violent) pour finalement occulter la complexité de tels affects, et la sensibilité exacerbée souvent charismatique des sujets qui en souffrent.

Car bien sûr, Lilith n’est pas internée par hasard, et lorsqu’elle fixe les torrents d’eau du parc avec une fascination

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démoniaque avant de tester l’amour du fou dévoué (Peter Fonda) qui manque de se tuer en récupérant le pinceau de la belle, Vincent se trouble autant qu’il se passionne pour le personnage... Durant tout le film, il oscillera entre son amour et sa raison, tentant de chasser de son esprit les indices révélateurs de la folie de Lilith. Tendances pédophiles, manipulation, comportements bipolaires, tous ces aspects de la personnalité de la patiente se dévoileront peu à peu à un Vincent sombrant dans la folie, culpabilisant de son amour pour cet être à la fois trop mûr et trop enfantin pour être inoffensif. Lilith veut vivre pleinement et sans entrave, comme elle le dit si bien après que Vincent l’ait découverte dans les bras d’une patiente de l’asile : « si tu venais à découvrir que ton Dieu en aime d’autres autant qu’il t’aime, tu le détesterais ? Mon amour, je le donne à tout le monde et tu me méprises ». C’est si logique qu’on en deviendrait fou, au moment du pardon et du baiser fougueux délivré à la charismatique Lilith.

Rossen nous enferme à triple tour dans un espace hors du temps, au beau milieu d’une tragédie diablement efficace. Si Warren Beatty interprète son rôle avec brio, que dire de l’incroyable Jean Seberg, d’un naturel sidérant durant tout le film ! Lors de sa sortie, les critiques écriront d’ailleurs que l’actrice ne jouait pas Lilith, mais bel et bien son propre rôle. Si la formule peut-être exagérée, il est en revanche évident que ce rôle aura une influence certaine sur la personnalité torturée de l’actrice. On ne saurait en faire un gage de qualité du film, bien sûr. Mais l’interprétation est si convaincante qu’on croirait que Rossen a basé son film sur l’âme de l’actrice. On sort de ce film étourdi, peu certain de ce qui vient de se passer. On en viendrait à fuir l’amour, si on n’en était pas bien plus fasciné encore.

Du point de vue de la réalisation, on n’est pas loin de la perception. Pardon, de la perfection. On a peine à croire qu’une histoire simple, présentée de façon régulière et chronologique, puisse à tel point nous précipiter dans la folie, l’intense, celle qui se déguise en innocence. Des jeux d’ombres sur les angles compliqués des murs de l’asile aux superbes fondus en noir et blanc, de la musique envoûtante et presque décalée, cette petite flûte perdue entre ciel et terre, aux plans théâtraux réunissant les fous en thérapie,

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ROULETTE RUSSE par Mathieu Koehl

LA VÉNUS À LA FOURR

scénariste de la pièce, s’apprête à rejoindre la ville et à quitter son théâtre, l’espoir d’entendre une réplique semble disparaître. Pourtant Vanda Jourdain l’en dissuade assez aisément : - une identité immuable à la pièce (le personnage principal se nommant « Wanda von Dunajev ») - une robe d’époque dissimulée au fond d’un sac en guise d’empreinte vestimentaire à l’héroïne du XIXe siècle - une naïveté douce et grotesque pour conquérir le cœur de ce cher Thomas… En somme, la transmission d’une culpabilité portée sur cet homme qui refuse l’audition.

Titre original : Venus In Furs Date de sortie : 13 novembre 2013 Réalisateur : Roman Polanski Acteurs : Emmanuelle Seigner, Mathieu Amalric

Il est tard, l’obscurité veille à l’approche de la nuit. La caméra rampe sur le boulevard des Batignolles, puis les portes se referment. L’énigme de l’être et la complexité du désir qui l’accompagne viennent de faire irruption dans les décors du théâtre Récamier. Qui est ce personnage ? Elle est cette femme, Vanda Jourdain (Emmanuelle Seigner), qui, dominée par le temps d’un retard à son audition, ordonne, supplie, dans la naïveté la plus énergique, d’être auditionnée.

Thomas se contraint finalement de donner la réplique à Vanda, qui signe là un premier acquiescement au vouloir du « je » me symbolise et du « je » me désire coupable dans le refus de l’audition. Une première caractéristique au fantasme masochien ? Avant la transcendance, car il s’agit bien là d’un film qui vogue vers l’au-delà des possibilités de l’entendement (une œuvre presque mystique), revenons quelque peu sur l’œuvre originelle/originale : « La Vénus à la Fourrure » de ce cher Leopold von Masoch. Roman érotique le plus connu de l’écrivain, celui-ci y décrit ses rêves. Un rêve débutant par la saveur d’une rencontre. C’est une déesse « au corps de marbre » qui s’avance et délivre au rêveurnarrateur la nature de la femme. Une nature qui se veut en véritable contradiction et opposition avec la doctrine religieuse de l’époque.

La partition ? L’adaptation du chef d’œuvre érotique de Leopold von Sacher-Masoch (Autrichien) : La Vénus à la Fourrure (1870). Lorsque Thomas (Mathieu Amalric),

« Se donner où l’on aime et aimer tout ce qui plaît. Vous autres gens du Nord, prenez l’amour beaucoup trop au sérieux. Vous parlez de devoir où il ne devrait être question

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RURE que de plaisir. » Le narrateur se réveille. Rythmé par son rêve, il doit vite confesser ses ressentis auprès de son ami Séverin. Celuici lui tend alors son journal intime : « Confessions d’un suprasensuel ». Séverin y décrit l’abandon de ses affects lorsqu’il retrouve cette statue de Vénus en pierre qu’il caresse avec adoration. Lors d’une flânerie nocturne, Séverin fait la rencontre de Wanda, une veuve qui manifeste avec autorité ne vivre que de ses plaisirs et d’ainsi briser la morale (catholique) de l’époque. Attiré mais non amoureux, le voici à flirter avec les prémices de la soumission physique. Wanda symbolise pour lui sa Vénus de pierre, un contrat est proposé : s’enrôler dans la servitude et devenir son domestique, son jouet, quitte à en subir toutes humiliations. En compensation, Wanda acceptera d’être toujours vêtue d’une fourrure. 1h33, un théâtre, une scène, et deux êtres pour une nuit de folies psychiques. Imaginaire / Réalité, l’espace-temps est fouetté, la saveur est là : se perdre en tant qu’écrivain, lecteur, puis acteur, spectateur… S’oublier dans un elixir aphrodisiaque où la substance se compose de mots et de rôles. Dans ce « aimez-moi mais dominez-moi », les fantasmes et jeux de rôles prennent toutes leurs envergures. Le spectateur se perd dans la perception des identités que sont Thomas et Vanda Jourdain. Ceux-ci sembleraient évoluer de deux personnages à quatre. Un dédoublement mystique et renversant, tantôt Vanda Jourdain apparaît comme la veuve

Wanda von Dunajev, tantôt Thomas comme un Séverin instable dans ses émotions. Si le masochisme et l’érotisme apparaissent comme thème principal à ce film, la seconde perception délivre toute la puissance des ressentis. Elle est « l’intime de la perception » et elle est ce spectacle de la dialectique qui obsède le spectateur et le maîtrise dans cet envoûtement du jeu des êtres. Convaincre, manipuler, confronter, le jeu a débuté : l’esclave deviendra-t-il maître ? Le maître deviendra-t-il esclave ? Dans l’arène théâtrale se joue la domination physique de ces deux êtres. Une tension des désirs, qui, avec humour, perdure tout au long du film pour notre plus grand plaisir. Nous plongeons dans une cadence langoureuse. Nous sommes absorbés par un rythme. Ce rythme est-il créateur de nos attentes et jubilations intérieures face à ce spectacle « cinémano-théâtrale » ? S’infliger avec volupté une fessée cinématographique de ce niveau c’est en tout cas un plaisir. Dans cette relation brumeuse qu’est la soumission et la domination entre hommes et femmes, Roman Polanksi n’a-t-il pas joué avec nos propres sens et nos propres perceptions pour signer (après «  Le Pianiste  ») l’un de ses plus beaux films ?

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ÇA CREUSE

par Lise Beuve

LES CONTES D’ANDERSON

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ratifié d’un prix du jury à la Berlinale, le huitième long métrage de Wes Anderson – probablement son chef d’œuvre - n’en finit pas de faire salle comble et de toucher un public de plus en plus large en France et ailleurs. L’œuvre entière du cinéaste texan aux allures de dandy est à des milliers d’années-lumières des blockbusters américains, s’en distinguant par le fond, certes, mais surtout par la forme. Car c’est ce qui nous frappe chez Wes : la forme. Baroque et singulier, le cinéma de Wes Anderson s’est forgé sa propre identité et tend à devenir une référence culte, inspirant toute une génération. Une petite dissection du cinéma d’Anderson s’impose.

Un film, c’est d’abord un scénario. Ceux de Wes, écrits par ses soins, sont un poil alambiqués et surtout bourrés de rebondissements un temps soit peu absurdes. À l’approche du dénouement, le rythme du film s’accélère jusqu’à mener sur un happy end comme d’un coup de baguette magique. Ses histoires prennent place dans des univers créés de toutes pièces par Wes Anderson. À chaque film son univers, souvent situé dans des temps antérieurs au XXe siècle, leur donnant un esprit éminemment vintage et rétro. Ainsi, The Life Aquatic ou Moonrise Kingdom respirent les années 60, l’univers parodié du commandant Cousteau pour l’un et le monde des scouts pour l’autre. Si les époques sont bien réelles, les lieux sont fictifs, en témoigne l’île de

Monrise Kingdom, supposée située au large de la NouvelleAngleterre, ou les paysages hivernaux des terres du Zubrowska de The Grand Budapest Hotel qui rappellent une Europe Centrale disparue traversée par les trains de nuits. Pour créer ses univers, Wes compose ses plans à la manière d’un peintre : l’espace y est parfaitement géométrisé (symétries récurrentes, lignes de force toujours présentes) et les couleurs harmonisées. Le choix de chaque couleur n’est pas laissé au hasard, si bien que les associations de couleurs, si elles n’avaient pas été faites par Wes Anderson, auraient été douteuses : le rouge vif de l’ascenseur, couplé au violet des costumes des grooms fonctionnent à merveille. Dans son dernier film, le travail des couleurs est plus important

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été produit à 1000 exemplaire par Mark Buxton. Vous pouvez allez le sentir à la maison parisienne Nose, il s’agit d’une eau de Cologne à base de bergamote, mandarine, basilic, pomme verte, jasmin, ambre, cèdre ou encore mousse de chêne, créée de toute pièce pour faire honneur au «  Style selon Monsieur Gustave H ». C’est bien la preuve que l’univers de Wes déborde ses films et vient se glisser partout jusque dans nos narines.

que jamais. Des couleurs vives de l’hôtel aux tons pastels du monde d’Agatha (la pâtissière de chez Mendl’s dont Zéro est fou amoureux), la palette est très large et fait de ce film une incroyable jouissance visuelle. Non seulement les plans sont élaborés à la manière d’une composition florale, mais Wes pousse le vice en ne négligeant aucun petit détail. Que ce soit sur les costumes (boutons de manchettes, pin’s, médailles), les décors ou les effets personnels des personnages, jusqu’à la tâche à la forme du Mexique sur la joue d’Agatha, Wes Anderson est un maniaque des détails. Il se dit fétichiste des modèles réduits, au point qu’ils soient partout dans ses films et deviennent parfois emblématiques comme le parfum de Monsieur Gustave « Air de Panache ».

L’identité des films de Wes Anderson tient aussi de sa manière atypique de filmer. Vous avez remarqué, vous, en voyant The Grand Budapest Hotel, que le passage de l’histoire cadre à l’histoire mise en abîme se matérialisait par le passage du 16/9 au 4/3 ? Non ? Je n’ai vu que ça, comme la signature du réalisateur. Outre ce détail étonnant, chez Wes, il y a beaucoup de plans pieds, de plans tailles et mêmes des plans genoux (invention andersonienne !). Les objets sont filmés comme on filmerait des bibelots sous verre et les personnages, de face, à la manière d’une photo d’identité ou d’une photo de classe lorsqu’il s’agit d’un groupe. Parfois filmés en plongée, les personnages regardent la caméra avec insistance sans bouger, s’adressant au spectateur alors invité à interagir avec l’histoire. En cinéphile obsessionnel et autodidacte, on retrouve chez Wes quelques plans faisant écho à des plans cultes issus de grands films. Ainsi la scène où Sharp (Moonrise Kingdom) tient Sam et Suzy suspendus dans le vide sur le

WES ANDERSON EST UN MANIAQUE DES DÉTAILS

Pour la petite info sensorielle : Air de Panache a finalement

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toit, rappelle évidemment Vertigo. Mais plus encore que le cinéma, la littérature jouit d’une place essentielle dans les films de Wes. Il y a des livres et des écrivains partout. Dans The Royal Tenenbaums, la famille toute entière, à l’exception du père et du fils, lit des livres et en écrit, dans Monrise Kingdom, Suzy lit des passages de son livre préféré (volé à la bibliothèque) à Sam, l’un des frères de Darjeeling Limited est écrivain, et le personnage interprété par Jude Law dans The Grand Budapest Hotel est lui aussi un écrivain et nous rappelle Stephen Zweig. Le style Anderson

est aussi littéraire qu’il est cinématographique  :  chapitre après chapitre, ses films se regardent comme on lirait un livre pour enfant. Le génie du cinéma de Wes tient évidemment des personnages tous « hauts en couleur » qui vivent ses histoires. Dans chacun des films, une pléiade de personnages d é t o n n a n t s interagissent, tous subtilement travaillés et polissés. Il est souvent risqué de créer et de travailler un

Certaines phrases, dîtes face caméra, et accompagnées d’un léger mouvement de tête et d’un haussement de sourcil, résonnent comme des citations.

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grand nombre de personnages, mais Wes s’en sort bien, sans jamais nous perdre, les dévoilant délicatement avec une incroyable pudeur. Pour interpréter ses personnages, Wes a ses acteurs fétiches comme Bill Muray, son ami de la fac Owen Wilson, Edward Norton, ou encore Tilda Swinton. À noter, l’INCROYABLE casting de The Grand Budapest Hotel qui, loin de passer pour un défilé de vedettes, donne corps et profondeur dramatique à chacun des personnages. Raph Fienes est fabuleux en un Monsieur Gustave H cynique et drôle. D’ailleurs, le comique de gestes est une caractéristique récurrente du jeu des acteurs de Wes. Présent dans les déplacements (pas de course des soldats du général Henckels), il est accentué techniquement par de faux raccords audacieux : Zéro quittant la chambre d’Agatha par les toits sort gauche cadre, avant de réapparaître gauche cadre dans l’arrière plan quelques secondes plus tard. Ces comportements et mimiques comiques donnent un effet burlesque et absurde absolument réjouissant. S’y ajoute un comique de mot tourné vers l’humour pince-sansrire. Les dialogues, minutieusement écrits, sont comme la cerise sur le gâteau. Certaines phrases, dîtes face caméra, et accompagnées d’un léger mouvement de tête et d’un haussement de sourcil, résonnent comme des citations.

Elles révèlent l’ironie inhérente de ses films. L’ironie est toujours une prise de position par rapport aux valeurs ou aux sentiments. Soit elle exalte une époque perdue, où ces valeurs avaient encore un sens, soit elle les fustige en les caricaturant. Quel que soit le point de vue de Wes Anderson, ses films, sous leurs airs kitchs de tarte à la crème, sont faussement naïfs et questionnent probablement les valeurs de notre temps au regard de celles du passé.

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CULTURE GRAP

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PHIQUE

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À LA PAGE

VALENTIN PETIT

par Thomas Devoddère - Crédits photo : Romain Saucourt & Ségolène Accaries

S

i ce nom ne t’évoque pas grand chose, chausse tes plus belles bottines et suis nous, on t’emmène sur orbite l’ami : escapade dans l’univers d’un type aux pieds bien ficelés sur Terre, et la tête dans les étoiles.

Mais quand même, va falloir m’expliquer où est-ce que tu te terrais ces derniers mois tant la notoriété de ce jeune réalisateur français ne cesse de s’accroître. Mais sache que chez Le Nœud pap’, on voit en lui le futur et quand on parle de notoriété, c’est pas la popularité qui nous intéresse mais la raison principale de sa percée fulgurante : son talent. Rétrospective, on rembobine le film pour tenter de comprendre les raisons de l’engouement qui gravite autour de ce jeune homme à qui nous prédisons un avenir sous les plus beaux astres. Valentin a commencé la vidéo presque par erreur, presque parce que c’était pas une erreur mais bien une putain d’inspiration divine. Adepte de sports extrêmes, une mauvaise chute le pousse à suivre ses potes un réflex à la main faute de pouvoir rider avec eux. Et bim, l’aventure

commence pour lui. Après avoir soumis ses films à quelques concours sur la toile, Valentin Petit se retrouve rapidement à obtenir les faveurs des jurys et commence à remporter plusieurs concours internationaux. Quelques rencontres par-ci et par-là vont rapidement l’entraîner à s’envoler vers d’autres cieux pour se tourner un peu plus vers la réalisations de clips musicaux, sans pour autant oublier ses racines et revenir de temps à autres à ses premiers amours. Petit à petit, et sans mauvais jeu de mots, Valentin se forge une ligne de conduite esthétique qui mise avant tout sur la beauté de la pureté de l’image : peu d’artifice pour une meilleure cohérence visuelle. Du coup, on ressent que le type ne maîtrise pas que ses logiciels de post-production mais porte surtout une grande attention aux cadrages et jeux de

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Set&Match, A2H, Nemir, PMPDJ, Deen Burbigo et plus récemment le dernier clip de l’Entourage. De ses clips, on retiendra surtout les deux premiers clips qu’il a tourné avec le beatmaker perpignannais Everydayz. Une sorte de défouloir artistique : son laboratoire.

lumières qui font de l’image ce qu’elle est réellement. Et ça l’ami, c’est du tout bon. Un clip, deux clips, trois clips, entre plusieurs courts métrages, les projets s’enchaînent et on sent une plus grande assurance derrière l’objectif de la part du natif de Bourges. On voit à l’écran que ce jeune réalisateur commence à se trouver vraiment artistiquement, plus libre dans la direction, moins contraint dans la réalisation, on en croirait presque que c’est la caméra qui donne des ailes. Surtout orienté vers des projets tournant autour du rap, il creuse doucement son terrier sur la scène française en participant entre autres à la réalisation de clips pour

Libre de tout grâce à une confiance aveugle accordé par Everydayz, comme ce fut le cas lors du clip réalisé pour le groupe de rap PMPDJ, Valentin s’affirme vraiment et exploite un aspect quasi mystique dans ses vidéos. En laissant toujours place à la simple beauté photographique des plans pour un résultat des plus alléchant. Seulement, Valentin ne se limite pas à la réalisation de clips. Ce qui l’a aussi lancé, c’est la réalisation de courts métrages qui ont été, une nouvelle fois, couronnés de succès et ce à juste titre. On pense notament à My Provence qui l’a laissé dans le grand bain avec un gros suivi médiatique sur la toile derrière grâce à Fubiz, avec qui il travaillera d’ailleurs par la suite au cours de quelques vidéos. Valentin filme ce qu’il aime parce qu’il aime filmer, et comme il le dit, raconter l’histoire de quelque chose qui le laisse insensible n’a que peu d’intérêt, à la fois personnel mais aussi et surtout artistique. Véritable acharné du travail,

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il jongle avec habilité entre la profession et ses études. parce que oui, malgré le nombre de projets professionnels qui s’accumulent et de plus en plus de demandes, Valentin a su garder la tête froide et assurer le principal : son avenir. Mais ça, c’est pas nous qui en doutions. Respect. Clap de fin. Rendez-vous au deuxième volet.

VALENTIN PETIT

www.valentinpetit.fr www.vimeo.com/valentinpetit www.twitter.com/valentin_petit · 70 ·


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À LA PAGE par Thomas Devoddère

SERIAL CUT

La 3D, c’est un peu la porte ouverte à tout pour nos amis infographistes. Une porte qui s’est même vue dédier une salle à son nom avec une jolie typo extrudée qui orne la porte d’un resplendissant « 3D Artist ».

l’ensemble des films sortis en salle ces dernières années reposent presque uniquement sur cette technique de production qui permet bien des choses aux réalisateurs. Liberté, quand tu nous tiens.

Une porte ouverte à tout puisque cette technique permet de mettre en image de A à Z tout un univers, ou quasiment, une fois bien maîtrisée. Après...vous nous direz : Ouais mais on peut tout faire à partir de n’importe quoi avec un peu d’imagination. Foutaises, va-t-en dire ça à celui qui a eu l’idée d’écrire un article sur la 3D par le biais des mots soignés. C’est pas si facile que ça.  

Bien qu’on puisse parler du bien fait des polygones par milliers dans l’animation, on peut également aussi aborder l’importance de la 3D dans l’art digital.

La véritable question qui reste posée : est-ce que tu peux tout faire avec des polygones ? De but en blanc, comme ça, t’as pas forcément la réponse hein, avoue !  En tout cas, nous on a déniché un studio espagnol qui l’a, et ça s’appelle Serial Cut. La 3D est une tendance qui pose de plus en plus sa marque dans l’imagerie contemporaine et populaire. Quasiment

Arrêt sur image. Nombre de graphistes sont maintenant obnubilés par leurs temps de rendus incalculables, et nombre d’entre eux se sont révélés sur la scène internationale grâce à la diffusion de leurs projets entièrement réalisés en 3D. On pourrait vous en citer quelques-uns, mais ce serait nous gâcher le plaisir de futurs petits papiers. Eh ouais, faut penser à l’avenir l’ami, le l-o-n-g t-e-r-m-e. Bon, on vous passera l’éternel débat sur la facilité que

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certains ont sur quelques points, comme l’achat de modèles déjà existants et le placement produit de texture dorées ou boisées à tout va sur des créations pas très...créatives. Hum. On va pas se fâcher. Mais comme nous ne sommes pas si égoïstes que ça au Nœud Pap’ et qu’on vous aime bien, on a voulu quand même s’arrêter quelques minutes sur le travail d’une agence publicitaire barcelonaise déjà bien reconnue par ses pairs. Pour cause, les bougres sont bons, sont cools, et sortent tout droit d’une série B espagnole des 90’s, la classe à Dallas. En plus de ça, ils ne s’intéressent pas qu’aux portefeuilles de leurs clients, préférant de temps en temps délaisser le monde la publicité pour s’accorder quelques heures sur des projets bien plus personnels, bien plus...artistiques ? Il n’en fallait pas plus pour nous convaincre d’écrire sur eux. Qu’est-ce que Serial Cut ? C’est simple, il s’agit très certainement de l’un des meilleurs studios spécialisés dans la production 3D. Une référence dans le milieu qui inspire un bon nombre d’aspirants à suivre leur voie : plus qu’une référence, une inspiration. Expire, reprend ton souffle, on est reparti à l’aventure. Aventure qui commence en 1999, avec à sa tête Sergio Del Puerto, depuis, ils ont conquis le monde et sorti dernièrement le livre « Extra Bold » qui contient une série de travaux propres au studio, jouant sur le style graphique qu’ils développent avec brio depuis plus de 15 ans. Qualifier le travail de Serial Cut n’est pas tâche facile. C’est avant tout un savant mélange entre deux techniques, la 3D et le photographie. À cela s’ajoute un souci du détail et de l’esthétique. Ça semble assez sommaire dit comme ça, mais c’est là toute la complexité du travail, une chimie qui mêle fusions pour un résultat explosif : ils savent le faire. Leurs travaux reposent avant tout sur l’effet de surprise, sur la beauté de la chose : on sait pas à quoi s’attendre d’un

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visuel à l’autre, mais en tout cas à chaque fois le résultat est là. Même si le style est distinguable entre 1000, n’en déplaise aux jeunes padawans qui s’essayent à la copie, ces créatifs barcelonais recherchent toujours à surprendre, à innover dans leur manière de créer.

l’agence, on s’aperçoit que la 3D n’est pas le seul dada des espagnols, ils aiment aussi la typo et c’est tout aussi caliente. Bon, en 3D, c’est vrai, mais ça reste de la typo ! Tout comme ils affectionnent la mode, une discipline qui les a amené à sortir leur reflex pour une série de clichés haute en couleurs.

Une philosophie qui met à mal les limites, mais c’est bien en repoussant les limites qu’on finit par avancer et aller toujours plus loin, non ? C’est ce qu’on appelle avoir un temps d’avance. Le studio ne s’en pose donc aucune. Que ce soit à propos des projets sur lesquels ils décident de bosser, ou alors des sujets qu’ils cherchent à exploiter : ils ont faim de création.

En bref : expérience, maîtrise, diversité, et surtout qualité, des maîtres mots qui font de Serial Cut une valeur sûre de la création. On aime, ou pas, mais en tout cas bah.. « Moi j’aime bien », et on espère que vous aussi.

Du coup, on retrouve quasiment tous les amours du Nœud Pap’ sur le portfolio de l’agence : musique, mode, boobs, cinéma, illustration, boobs design, typographie, boobs, photographie et animation - rayez la ou les mention(s) inutile(s). Vous comprendrez qu’on soit donc tombé sous le charme de leurs travaux. En 15 ans de métier, imaginez le nombre de projets qu’on a dû épier pour l’article. Je peux vous dire que ça en fait quelques-uns. Comme on le disait un peu plus haut, Serial Cut n’est pas le genre de studio à se reposer sur ses acquis. Serial Cut aime entreprendre, pas étonnant vous me direz pour un studio spécialisé dans la publicité. Du coup, si on creuse un peu plus dans le portfolio de

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SERIAL CUT

www.serialcut.com www.facebook.com/serialcut www. serialcut.tumblr.com


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LOCAL HEROES

PIERRE DOUCIN

par Thomas Devoddère

A

vec une liste de clients aussi longue que mon bras - et je suis pas si petit que ça - Pierre Doucin, directeur artistique et artiste digital à ses heures libres, confirme ne pas être le dernier venu dans le monde de l’image et de la publicité.

Mais la publicité, ce n’est pas vraiment ce qui nous intéresse aujourd’hui. Au Nœud Pap’, on a préféré s’attarder sur ses créations personnelles, qui dégagent quelque chose de bien plus intense et d’assez inédit. Ca sonne un peu comme une première fois dit comme cela, et si ça l’est pour vous avec Soemone, on vous promet de ressentir les frissons de plaisir de votre pupille qui s’agite. Habile avec les images, il a rapidement évolué passant de la photomanipulation « classique » à quelque chose de beaucoup plus poussé, mais surtout de beaucoup plus recherché. Du coup, on a été poser quelques questions à ce graphiste au talent fou afin de pouvoir décrypter les signaux brouillés qui se dégagent de ses travaux. Salut Pierre ! Tout d’abord, on vient aux nouvelles et on aimerait savoir si tout va pour le mieux en ce moment ?

Pierre : Salut Le Nœud Pap’, enchanté. Eh bien ma foi tout va bien, je réponds à vos questions sur la terrasse de mon nouveau bureau en plein soleil, donc ça pourrait être pire. J’espère que pour vous aussi ça va.    À l’aise ! Soemone, Pierre Doucin, deux identités pour un seul homme. Tu peux nous expliquer un peu qui se cache derrière l’un et l’autre de tes alias ? P : En fait c’est tout simple, rien de mystérieux, J’ai commencé avec le nom Soemone dans le graffiti il y a un certain temps maintenant. Par la suite, quand j’ai dû créer mon premier portfolio, comme tout le monde j’ai été confronté au problème du nom. J’ai tout simplement utilisé mon pseudo de graff, par peur peut-être à l’époque de présenter mes premiers travaux sous mon vrai nom. Et de fil en aiguille, d’interviews en publications, le nom Soemone

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est resté tout comme mon vrai nom qui était lui aussi utilisé. Il n’y a pas de schizophrénie là-dedans, à part celle peutêtre du graffeur. Attaquons les choses sérieuses ! Ca fait combien de temps que tu roules ta bosse dans le métier ? Qu’est-ce qui t’a poussé à franchir le pas vers la professionalisation ? P : Ça s’est fait en 2 étapes assez fluides. J’ai commencé à travailler pour des assos dont je faisais partie, rapidement après avoir commencé à utiliser un ordinateur. Après 6 mois à faire des flyers, j’ai gagné un concours d’affiche. Dans un sens, ce fut mon premier vrai contrat payé. Ça ma plu, j’ai donc tout fait pour continuer. À cette époque, l’activité de graphic designer ne payait pas mes charges, donc je travaillais aussi en intérim. Peu de temps après, mon travail a été repéré par la jeune agence londonienne Factory 311. Ensemble, on a commencé à collaborer, notamment sur des projets avec Lionel Deluy (Photographe Français vivant à Los Angeles). Le travail a plu, surtout à des magazines. Donc il y a tout simplement eu une certaine

promotion de notre travail qui s’est mise en marche. De là, les premiers contrats sont tombés. Manchester United, Umbro, entre autres, j’ai sauté le pas, pour me lancer à plein temps en 2009. Par la suite, j’ai été représenté par des agents qui avaient repéré mon travail. Depuis nous continuons ensemble.

J’ai tout simplement utilisé mon pseudo de graff, par peur peut-être à l’époque de présenter mes premiers travaux sous mon vrai nom

Autoditacte, une force pour toi ? Après tout, l’adage prétend qu’on n’est jamais mieux servi que par soimême, non ? P : Une force je ne sais pas, un fait oui. Je suis comme ça dans beaucoup de domaines créatifs, je pense que ça vient du graffiti, tu veux le faire : fais-le, et n’en parle pas pendant 100 ans. Il n’y a pas d’école, pas de règles. J’ai appliqué la même technique pour l’image. J’ai appris tout seul, j’ai juste fait. J’ai toujours été en conflit avec les écoles car ils ont tendance à t’apprendre leur façon de voir, alors que pour moi l’école est plus un endroit où on devrait apprendre à forger sa propre façon de penser. C’est un peu utopique je sais. Je me suis souvent ennuyé dans les écoles et à l’époque je me suis dit que ce serait pareil dans une école dédiée à l’image. Donc j’ai choisi d’être autodidacte et de toutes façons, je n’avais pas les moyens pour y aller. J’ai lu quelque part que tu disais devoir « beaucoup » à Internet, tu peux nous expliquer en quoi est-ce que ce

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média a boosté ton expérience ? P : J’étais un gamin qui vivait beaucoup dehors de par mes activités (graffiti, sound system, vie associative, etc.), j’étais très peu tourné vers internet, impatient face aux connexions de l’époque, je crois que j’ai créé mon premier mail pour envoyer l’affiche du concours dont je t’ai parlé fin 2006. Ça montre l’implication d’internet dans ma vie à cette âge.Avant de gagner ce concours, je ne connaissais pas du tout le monde de la création graphique sous cet angle. Les travaux des gens découverts à cette époque ont totalement changé la vision que j’en avais et j’ai très vite compris qu’il était possible de faire autre chose que ce que j’avais déjà vu. C’est, je pense, le point charnière du début de mon implication dans ce monde. Je me suis nourri de ce nouvel outil, on peut même considérer que j’étudiais. Un nouveau regard sur la création graphique est venu à moi et je suis donc pleinement rentré dans le jeu. Portfolio, blog, etc. Sans internet à l’époque je n’aurais peut-être pas suivi ce chemin, j’ai apprivoisé ce média, compris ses codes et ses règles. J’ai donc commencé à lancer la promotion de mon

travail, ça a permis de développer mon réseau et donc de travailler dans ce milieu. En fait sans internet, je ne sais pas ce que ferais aujourd’hui. Professionnellement, tu collabores souvent avec des agences, mais tu as gardé ton statut de freelance. C’est important pour toi de pouvoir garder une certaine liberté et un certain choix dans un métier où on se retrouve parfois bridé par des briefs pas toujours captivants ? P : Je suis freelance, pour le moment je ne me vois pas faire autrement. Mais je ne suis pas un artiste qui veut faire absolument ce dont j’ai envie, tout le temps. J’ai appris à laisser mon égo et mes envies de coté dans certains cas. Pour moi j’ai 2 boulots. Je suis DA & Designer Graphic, on vient me voir pour créer des images en relation à une histoire, un concept. Je travaille en partenariat avec mes clients pour que tout le monde soit content du résultat final. Mais j’ai aussi une activité que j’appelle « technicien artistique de l’image », dans ce cas là c’est très souvent

j’ai aussi une activité que j’appelle « technicien artistique de l’image »

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sur des gros contrats de pub. L’image et le concept sont tellement éprouvés en agence et validés par des dizaines de personnes en amont que tu ne peux plus rien changer quand tu arrives. Mais la plupart du temps, ce sont aussi les contrats qui payent le plus. Comme je l’ai dit je suis indépendant, j’ai donc besoin d’être un minimum serein au niveau financier pour avancer correctement sans trop de stress. C’est pourquoi je n’ai pas de problèmes à accepter une grosse prod publicitaire pour être a l’aise financièrement et faire les projets qui m’intéressent par la suite. Dans ce cas là, je réalise l’image que les clients me demandent sans trop essayer de revoir leur idées, j’essaye d’embellir leur idée de base. Une partie de mon travail est un vrai business et l’autre est plus du plaisir. Et parfois les 2 sont mélangés, mais honnêtement c’est assez rare.

la déstructuration qu’auparavant, un rendu qui se détache énormément de la simple photomanipulation avec un résultat qui tend plus vers l’illustration. Comment t’en es arrivé à expérimenter ça ? P : J’ai toujours aimé travailler la matière, pas que dans l’image, mais aussi dans des autres disciplines, j’aime beaucoup travailler le bois par exemple. C’est clairement un plaisir qui me vient d’avant même avoir commencé à travailler l’image. La photomanipulation était je pense pour moi un apprentissage profond des logiciels, et j’ai tout simplement à un moment laissé sortir de nouvelles choses, plus personnelles, pour palier à la rigueur et au temps de production important qu’un photomontage peut demander. Mon travail sur les textures et beaucoup plus intuitif et spontané, je passe aussi beaucoup moins de temps à travailler sur une image. Je recherche vraiment une fluidité dans ma méthode et éviter les énervement inutiles en passant des heures sur une production personnelle. Je préfère travailler plusieurs fois et peu de temps en plusieurs jours sur un travail perso plutôt que d’y rester 15 heures d’affilées. Chose qui n’était pas vraie il n’y a pas si longtemps.

J’ai toujours aimé les contrastes forts dans l’image

Où est-ce que tu puises ton inspiration ? Est-ce qu’il y a quelque chose qui te pousse à créer, mise à part l’envie bien sûr, ou alors tout se joue sur un coup de tête ? En somme, c’est quoi le déclic ?   P : Mon inspiration est complexe et simple à la fois, je peux m’inspirer de tout et de rien, mais on pourrait en parler pendant des heures. J’aime vraiment des choses de tout univers. En ce qui concerne ma création, c’est quelque chose à la base de personnel, un besoin depuis tout petit, mais identifié que très tard. J’ai besoin de produire des choses, qu’elles soient entre guillemets artistiques ou pas, cette phrase est bateau, mais c’est un vrai exutoire pour moi. Une fois que j’ai fini une prod personnelle ou pas, j’ai cette sorte de force qui est presque addictive. Le jour où j’arrêterai de ressentir ça après avoir créé un chose que je trouve bien, il sera temps que j’arrête.

D’ailleurs, dans cette approche, tu explores avant tout un côté extrêmement saturé. Que ce soit par le choix

Revenons en à ce qui nous intéresse vraiment : tes créations personnelles. Si tu devais nous décrire ton univers créatif en quelques mots, tu décomposerais ça comment ?   P : J’ai défini mon univers à l’époque entre «  Calme et Tempête  ». Aujourd’hui, le terme serait plus la complexité dans la simplicité, ou l’inverse, comme tu veux. J’ai toujours aimé les contrastes forts dans l’image, qu’ils soient dans le message, les formes, les textures, etc. Ça fait quelques temps maintenant qu’on suit tes travaux avec intérêt, on a pu remarquer que tu as décidé de prendre un sacré tournant dans ton approche créative. Tu joues beaucoup plus sur les textures et

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des couleurs ou alors l’abondance de textures que tu n’hésites pas à marier. Comment tu arrives à gérer cet équilibre dans tes visuels qui restent à la fois malgré tout très  « sobre » ? P : Pendant longtemps je composais mes images avec beaucoup de textures différentes, qui n’en faisaient qu’une, pour créer un ensemble homogène et équilibré mais parfois très chargé. À présent, je suis un peu fatigué des choses trop complexes. C’est un cheminement très souvent observé chez une personne qui a réalisé des œuvres très chargées. Il revient souvent à des choses plus primaires avec le temps, et je trouve souvent que c’est à ce moment que l’essentiel ressort. C’est ce qu’il se passe pour moi en ce moment. Je continue à travailler avec des processus qui peuvent être complexes, mais le résultat final devient de plus en plus épuré. J’ai aussi beaucoup appris à autojuger mes créations, ce n’est pas parce que tu as passé plusieurs heures à travailler sur une partie de ton visuel que forcement ça doit apparaître sur la version finale et que sa place est justifiée. C’est dur mais parfois il faut savoir prendre du recul et surtout être honnête avec soi même. Je me suis vu enlever plus de la moitié du travail fait sur certains visuels pour en être vraiment content. Et je crois que pour l’ensemble de mes dernièrs visuels, j’ai peut-être passé plus de temps à les éditer qu’à les construire.  Il ne faut pas se dire que l’on a perdu du temps pour une chose inutile, mais au contraire que l’on a appris beaucoup plus en prenant le décision de les enlever.

dans une autre interview et ce n’a pas changé, c’est la direction artistique de la communication du salon du prêt-à-porter Who’s Next à Paris. L’exprérience était aussi bonne humainement qu’artistiquement, grande ouverture d’esprit du patron, on a passé des heures à parler de tout et de rien (des peintures du XVe au Louvre par exemple). Ainsi qu’un budget qui permettait de travailler dans des conditions vraiment détendues, plus une vraie liberté dans mes choix de direction artistique. Ce n’est pas forcément les images de mon book que je préfère aujourd’hui, mais nous savions qu’on s’en lasserait avec le temps. Par contre, pour le coup, le patron du Who’s Next et moi étions très fiers de cette production, surtout quand on a vu les prints de plus de 8 mètres de haut arborer le Parc des Expos de la Porte de Versailles et tout l’intérieur du salon.

Je continue à travailler avec des processus qui peuvent être complexes, mais le résultat final devient de plus en plus épuré

Le projet sur lequel tu adorerais travailler ? P : Je ne pourrais pas te citer un projet en particulier, il y en a tellement, mais pour des raisons différentes que je ne saurais pas par lequel commencer. Mais je pense que ce serait un projet qui apporte un vrai retour humain, quelque chose qui touche les gens directement, à notre époque ça se fait de plus en plus rare. C’est encore une fois paradoxale, mais on a beau être de plus en plus connecté les uns aux autres, je trouve que les gens entre eux n’ont jamais été aussi distants.

Des nouveautés à venir dans les semaines qui arrivent ? Une envie créative particulière à satisfaire ?   P : Comme je t’ai dit précédemment, je suis en pleine recherche de nouvelles directions graphiques, je reste dans mon coin et je travaille sur des nouveaux projets persos. Je ne peux pas te dire quand ils sortiront, on verra, mais ce qui est sûr c’est que les choses vont changer. Je risque même d’utiliser Photoshop comme un simple outil d’édition, j’expérimente beaucoup de nouveaux mediums en ce moment, aussi bien dans le domaine informatique que manuel. L’ordinateur à plein temps me fatigue un peu. On te remercie pour le temps que tu nous as accordé. On te laisse la main si jamais t’as un message à faire passer ! P : Rien de spécial. Juste un grand remerciement à votre équipe pour avoir partagé mon travail dans votre magazine, ça fait plaisir. Et bonne continuation.

Celui sur lequel tu as préféré travailler ? P : J’ai eu la chance d’intervenir dans beaucoup de projets vraiment intéressants, humainement ou artistiquement. Mais celui qui reste en pôle position, j’en avais déjà parlé

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PIERRE DOUCIN

www.soemone.com www.twitter.com/onesoem


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DRESS YOUR HOME par Victor Tessier

THE FANCY CORNER

Vans The Omega Coffee Table

Clearview Clio Invisible Speaker

Le graffeur globe trotter Vans The Omega, aujourd’hui basé en Australie, quitte l’univers de la typographie murale pour poser sa peinture sur des tables basses. Il n’abandonne pas pour autant son sens du détail et sa précision chirurgicale. Admirez le travail !

Le design au service de l’innovation. J’ai déjà du glisser ça quelque part. Voilà de quoi régaler votre exigence visuelle et acoustique : une enceinte quasi invisible, et au rendu sonore apparemment sur-efficace. http://www.clearviewaudio.com/

http://vanstheomega.com/

Polaroid C3 Cube Camera

1960s Link Bench

Depuis quelques années, Polaroid semble refaire surface. L’explosion d’Instagram, en quelque sorte la version digitale du pola, n’y est certainement pas pour rien. La bonne idée de l’année est ce mini appareil photo, qui tient dans le creux de la main.

“Industrial”, le nouveau terme à la mode. Tous ces lofts clônés et sans saveur auront quand même permis de redécouvrir le design d’intérieur sous son aspect le plus brut. Faites le tri intelligemment, et voilà ce que vous pourriez garder. http://www.restorationhardware.com/

http://www.polaroid.com/

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R Tweety Mini Speaker

Lightpack TV LEDs

Stations d’accueil, enceintes portables, casques, un marché qui explose avec les smartphones depuis plusieurs années. Une alternative sobre, design, et que vous saurez emmener partout : le Tweety. Un son étonnamment efficace pour une si petite bestiole. Vous pouvez même choisir votre couleur favorite…

Lightpack, c’est l’un des énormes succès de Kickstarter. Cachées derrière vos écrans, des LEDs permettent de les étendre, reproduisant en temps réel les couleurs qui y sont affichées. Une raison de plus d’aimer les soirées TV avec votre petite. http://www.lightpack.tv/

http://www.vrients.com/

FIVE Olive Oil

Charles Kalpakian Bookcase

Qui penserait à faire d’une huile d’olive un objet de décoration ? FIVE. Et ils ont l’ambition de produire la meilleure huile d’olive de la planète. Si le goût est aussi soignée que leur packaging, on ne se fait aucun souci pour eux.

L’histoire est importante, mais souvent l’esthétique suffit. http://www.hellokarl.com/

http://www.fiveoliveoil.com/

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DERRIÈRE L’OBJECTIF DE

DOUCE FRANCE

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MON VILLAGE AU CLOCHER AUX MAISONS SAGES OÙ LES ENFANTS DE MON ÂGE ONT PARTAGÉ MON BONHEUR

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ADRIEN LACHERÉ

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ELODIE TANN

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MAXIME BALLESTEROS

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LE NŒUD PAP’ VU PAR

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AMAURY HAMO


ON

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LE NŒUD PAP’ VU PAR

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DAVID DELIN


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LE NŒUD PAP’ VU PAR

par Thomas Devoddère

DAVID DELIN

V

ous l’aurez remarqué, Le Nœud Pap’ a fait peau neuve pour ce #4, et ce dans le seul et unique but de faire perdurer la romance que nous entretenons avec vous, lecteurs ; d’entretenir le charme pour mieux vous séduire vous, curieux. sobriété. C’est là qu’on reconnaît la vraie valeur de l’artiste. L’oeil aguerri, ses compositions ne sont « que « le fruit de la rencontre de formes, abstraites ou pas, qui finissent toujours par constituer un tout cohérent embelli par une technique et un style graphique ultra maîtrisés. Il s’en dégage une symbolique propre à l’univers qu’il développe depuis quelques mois avec une technique irréprochable, un style unique, son style. Une symbolique soignée et cajolée par les détails, et on le sait tous dans ce game, tout se joue à un détail près. Mais le pire, c’est qu’il ne s’arrête pas là, non, ce serait trop simple m’voyez. À cette longue liste d’éloges quasi interminable, on se doit de rajouter son aisance pour la mise en place de volumes qui rendent sa composition encore plus dynamique, vivante. Une attention particulière vouée à la composition, un choix

Parce qu’on en est à l’ère du 2.0, que le digital fait partie intégrante de nos quotidiens - et que ça sonnait foutrement bien à l’écrit - on a invité une suite de chiffres à se joindre à l’aventure de ce renouveau, ça donne ça, 28162, et ça sonne comme tu veux à l’oreille. Reste tranquille Vladimir, on a gardé pour nous les codes de lancements nucléaires russes. Nan, on parle d’un « truc » bien plus dévastateur l’ami, on parle d’art ici. Il s’agit en fait de l’identité - plus si - secrète de David Delin, illustrateur nantais qui nous a gentiment accordé la faveur de créer pour nous. Et comme on est procréation (hoho), on allait pas refuser. David est un illustrateur, que dis-je, un « digital artist », ça groove bien mieux, mais ça paye pas plus. Une patte bien reconnaissable dont nous avons voulu laisser l’empreinte dans ce nouveau numéro, cette nouvelle version. Si on devait résumer le travail de David Delin en un mot, je me mouille le premier en affirmant qu’on parlerait tout d’abord d’élégance. Clairement. Depuis maintenant quelques temps, il parvient à dégager une force et une aura autour de ses visuels qui s’articulent principalement autour de la composition et des teintes utilisées, tout en

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de couleurs toujours très bien amené, une symbolique qui frappe le visuel d’un crochet assassin et des détails à t’en péter la rétine. Vous l’aurez compris : David est venu, David a vu, David a vaincu, ironique de la part d’un Goliath de l’illustration. Avant de se quitter, on a décidé de poser 3 questions à David, on ne pouvait pas se quitter comme ça sans essayer de le retenir un peu plus dans nos pages. Bromance oblige. On voulait tout d’abord savoir comment t’avais débarqué dans l’industrie graphique ? David : Comme beaucoup, je fais partie de la catégorie des «artistes» autodidactes. Je suis pas passé par une école d’art, ou de com. Mais je pense au final que ça force à travailler et à apprendre encore plus je pense. Rassure-moi, on a pas été trop gauche en décrivant tes travaux ? D : Mon style c’est ça en fait. Une multitude de formes que j’assemble, manipule et décompose pour créer quelque chose

d’équilibré et simple au premier coup d’oeil. Un puzzle créatif en quelque sorte. J’essaie de développer tout ça un peu plus chaque jour, ce que je veux avant tout c’est faire du bon travail : créer de bonnes illustrations. Le courant « expressionnisme abstrait » me parle beaucoup (Pollock, Jonone, et j’en passe). Le ressenti plus que le concept.

David est un illustrateur, que dis-je, un « digital artist », ça groove bien mieux

Maintenant, on aimerait bien savoir ce qui se cache derrière ta création pour Le Nœud Pap’, tu peux nous expliquer un peu le concept derrière l’image ? D : Pour la petite histoire... Je suis pas trop cravate ou nœud papillon habituellement. J’ai l’impression d’être coincé dans le truc et d’étouffer alors j’ai joué sur cette sensation. « Le Nœud Pap’ tu veux l’enlever ? Non, il reste, et ça même si tu te brises en morceaux ». Qu’est-ce que t’aimerais creuser un peu plus au niveau de tes créations en ce moment ? D : La nouveauté du moment, ce qui a été plutôt surprenant pour moi, c’est ressentir l’envie de peindre. Évidemment, cela suivra mon style actuel, en tout cas je vais essayer, haha. Je souhaite qu’on puisse reconnaître mon univers, mais j’ai envie de me lâcher plus avec ce médium. Je vais essayer de matérialiser ce que je suis le mec « simple et réfléchi » d’un côté et le mec « compliqué intérieurement de l’autre », haha ! Enfin affaire à suivre ! On rajoute que si jamais y’a une marque de fringues

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prête à collaborer avec toi, on trouve que c’est une bonne idée de notre côté ! Encore merci David pour ta participation à ce numéro, on se retrouve quand tu veux par ici ! D : Encore merci à vous ! On vous invite à jeter un coup d’oeil aux différentes séries publiées à la fois sur son tumblr, son site et sa fanpage  :  petites pilules acidulées, parts de pizzas et gros matoux. Thuglife niggaz.

DAVID DELIN

www.28162itsme.tumblr.com www.cargocollective.com/28162 · 98 ·


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MUSIQUE

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E

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REVIEWS

par Floris Yvinou, Eric Rktn, Baptiste Pépin, Paul de Pone surprise Satellite Flight  :  The Journey to Mother Moon. Autant vous avouer qu’à part les fois durant lesquelles ma grand-mère me menaçait de me coller une rouste, j’ai rarement eu si peur. Une sorte de dernière chance accordée à un génie de la musique en perdition. Toute cette introduction peut sembler futile mais elle prend tout son sens à

KID CUDI SATELLITE FLIGHT : THE JOURNEY TO MOTHER MOON

l’écoute de Satellite Flight. L’album est génial, dans le sens où il relève

ScHoolboy Q Oxymoron

du génie. Kid Cudi est bel et bien de retour. Laissez moi vous rafraîchir la mémoire

Ce monstre artistique a apparemment

«  Le rap est votre passion ? Vous suivez

quant aux deux derniers projets de Kid

retrouvé sa voie/voix.

la nouvelle génération ? N’hésitez plus

Cudi : WZRD et Indicud.

Il s’agit d’un voyage de 42 minutes à

appelez-le… »

WZRD était ce concept étrange soit disant

ses cotés. Le tout nous plonge dans

N’appelez rien, ceci n’est pas un jeu

rock que Cudi avait réalisé avec Dot da

une ambiance spatiale correspondant

télévisé  ! Par contre, il serait peut-être

Genius. Ce qui en a suivi était une pluie

parfaitement au surnom de l’artiste « The

intéressant de vous procurer le nouvel

de commentaires sur les réseaux sociaux

Moon Man ».

album de ScHoolboy Q, intitulé Oxymoron.

fumette qu’il venait alors d’arrêter.

Alors qu’il est maintenant très loin du rap,

Avant même d’être sorti officiellement,

sa voix envoutante est au rendez-vous sur

la dernière pièce de Quincy Matthew

Dire que WZRD est un album rock est

des instrus formant toutes ensembles une

Hanley (oui, même son vrai nom pue le

une insulte pour le genre. WZRD était

seule œuvre d’art.

swag à des milliers de kilomètres) était un

demandant à l’artiste de reprendre la

simplement mauvais.

Je ne peux pas me permettre de dire

incontournable et un classique.

Mais l’artiste s’est repris en main, a fait

qu’écouter des morceaux de Satellite

Si votre peur à l’écoute de nouveaux

comprendre au monde entier qu’il avait

Flight individuellement ne vaut pas le

albums est de ne pas retrouver ce que vous

repris l’herbe magique avec le titre « Just

coup car chaque morceau est réellement

aimez chez votre artiste, il n’y a aucune

What I Am  », et nous a sorti un nouvel

bon, mais ne pas écouter l’album en entier

raison de vous inquiéter. Oxymoron est un

album en 2013 intitulé Indicud. À ce

serait une réelle erreur.

réel portrait craché de l’artiste (n’essayez

moment-là, tout le monde y croyait, un peu comme lors de la finale de la Coupe du Monde de 2006. Mais le coup de boule fut immédiat, et ce n’est pas Materazzi qui était à terre, mais tous les fans du rappeur de Cleveland.

Prenez le temps de re-découvrir celui qui nous a bercer avec «  Embrace the Martian », car le génie de Kid Cudi est de retour.

même pas musicaux.

puis le résultat est jamais très bon…). On y retrouve les instrus plutôt lentes aux sonorités undergrounds et psychédéliques qui caractérisent généralement les sons de

25 Février 2014 / Wicked Awesome

Bien que certains morceaux valaient la peine d’être écoutés, beaucoup n’étaient

pas à la maison, ça salit le crachat, et

ScHoolboy Q et son flow caractéristique. Kendrick, Jay Rock, 2 Chainz, Tyler The Creator sont aussi de la fête en s’invitant

kidcudi

sur quelques uns des meilleurs sons de l’album, tel que « Collar Green ».

Mais le Kid est de retour avec un album

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« Gangsta, gangsta, gansta », les premiers

Et s’il est encore trop tôt pour le dire, on

mots du rappeur sur Oxymoron peuvent

peut aisément comparer son dernier

servir de définition à l’album. Alors qu’on

album comme une face B, un match retour

entend sans cesse que le rap est devenu

à « Sea Change », épuré jusqu’aux paroles,

un peu plus bisounours, ScHoolboy nous

profond d’échos, et spleen heureux

rappelle à l’ordre : le rap de gangster existe

qui jouent l’équilibre sur le fil rouge de

toujours et c’est un réel plaisir de se faire

«  Morning Phase  », sans jamais faire de

braquer les oreilles.

faux pas vers le vide, tout y est clair et sans fioritures, un classique automatique que

25 Février 2014 / TDE

l’on sait qu’on pourra écouter encore et encore des années durant.

schoolboyq

BECK

En ce qui concerne Beck, ne le cherchez

MORNING PHASE

pas, lui est déjà ailleurs, et il paraît qu’il

Le temps, le temps, le Temps. Certains

différents, et des collaborations sur

l’ont, certains le perdent, d’autres encore

d’autres projets, comme avec Pharrell, qui

le transcendent. Prenons-le et penchons-

lui non plus ne semble pas affecté par la

nous sur le cas Beck Hansen, qui est

vieillesse, profitant d’un soudain regain

l’équivalent d’un point d’interrogation sur

d’interêt aux yeux du grand public, parfois

la course ininterrompue des secondes.

jusqu’à saturation, c’est vrai.

Au

départ,

j’avais

commencé

a 3 autres albums prêts à sortir, tous

par

Mais quand même, c’est à se demander

rassembler ce qui devait ressembler à un

si ces producteurs sont bien réels, et pas

dossier récapitulant sa carrière, où plus de

des produits d’une imagination collective.

vingt ans de musique mélaient ses débuts

Car leur talent et le temps ont ces choses

dans l’anti folk (pour faire semblant de

troublantes en commun : ils sont universels

chanter faux comme les Moldy Peaches),

et infinis.

l’amour de son grand père pour le mouvement Fluxus, prônant une remise

24 Février 2014 / Capitol Records

en question de l’art contemporain, son premier hit « loser » qui a ouvert les portes du cynisme pop des années 90. Et puis finalement non. Parce que si l’on observe bien, la trajectoire de Beck sur l’axe du temps a tout d’un contre pied sans fin, avec 12 albums comme autant d’enfants autonomes que leur géniteur aurait laissé grandir loin de lui. Y chercher une cohérence n’aurait pas de sens ici, car Beck est de ceux qui créent puis passent à autre chose, laissant le temps, encore une fois, décider de la pérennité de ses oeuvres.

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beck


REVIEWS les sentiments éprouvés durant mes nombreuses écoutes. Côté remixes, bien qu’ils soient tous très bons, petite mention spéciale pour celui d’Id!r, qui, même s’il a fait son choix quant à sa vision du titre Ignorance Is Bliss en balançant une petite pépite qui pourrait parfaitement avoir sa place sur les dancefloors, n’en oublie pas moins la face sombre de l’originale. Madame Lewis, à quand le prochain album ?

ALICE LEWIS

24 Mars 2014 / Bellboy Records

IGNORANCE IS BLISS Ignorance Is Bliss, ou l’histoire de débuter

TRACES OF CRIMEA THE SOUNDS OF CRIMEA

alicelewisofficial

À l’heure d’écrire cette chronique, le

une petite review sur un total désaccord

résultat du référendum concernant le

concernant le titre de l’EP… Comment être

rattachement ou non de la Crimée à la

heureux, satisfait, si l’on ignore l’existence

Russie n’est pas encore connu. Même s’il ne

de ces deux titres merveilleux accompagnés

devrait vraisemblablement pas déboucher

de remixes qui ne le sont pas moins ? Si

sur une surprise – le OUI devrait l’emporter

vous avez la réponse, je vous prie de nous

- Vincent Moon nous fait la joie de publier

contacter par email, par voie postale, ou

Traces Of Crimea.

à l’une de nos prochaines soirées, car

Nous avions eu la chance de rencontrer ce

clairement je sèche. En deux morceaux,

passionné de musiques et des cultures du

Alice Lewis nous fait passer par toutes les

monde, véritable ethnologue romantique,

émotions. Ignorance Is Bliss démarre sur

dans notre dernier numéro. Il y a un peu

une courte intro qui pourrait nous faire

plus d’un an maintenant, celui qui est

croire que Kraftwerk s’est réincarné. Puis

un des pionniers de La Blogothèque

une voix chaude, envoûtante, s’invite

s’est rendu en Ukraine et nous a fait

dans la danse des robots retro-futuristes

découvrir la richesse de ses musiques

et nous offre une étrange, mais agréable,

«  traditionnelles  ». Nous n’avions pas

sensation de froideur et de chaleur qui, on

encore eu la joie de découvrir ses

ne sait si elle nous oblige à danser ou nous

explorations musicales en Crimée, au sud

supplie de fermer les yeux pour un voyage

du pays. Alors que l’histoire de cette région

onirique dans l’univers de la pop. Sa pop.

se joue en ce 16 mars 2014, Vincent Moon

Le deuxième titre nous laisse guère le

nous fait découvrir dans cette superbe

choix. Plus sombre, très mélancolique,

compilation de 29 titres toute la multi-

l’électronique donne une place un peu

culturalité de la péninsule du bord de la

plus large à l’organique. Le sens rythmique

Mer Noire, et nous invite à comprendre

certain et entrainant de la piste #1 se laisse

sa diversité musicale à travers des artistes

superbement doubler par un sens aigu de

issus des différentes ethnies la composant,

la mélodie pour Were Do We Go Now. Une

des Tatars aux Krymchaks. Enregistrés en

mélodie qui cultive elle aussi le paradoxe,

live, ces musiciens et chanteurs d’origines

entre noirceur et légèreté, déroutant

diverses nous font ressentir toute la beauté

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et la religiosité de leur territoire. Avant la

maxi, un mini LP ? En fait c’etait peut-être

sortie à venir du film, Traces Of Crimea est

mieux pour lui, cette rencontre avec ma

déjà un indispensable pour tout amoureux

voiture, pauvre animal.

de musiques du monde.

Je me suis retourné, et voilà qu’elle me

16 Mars 2014 / Petites Planètes

saute dessus sans prévenir ! Elle avait repris du poil de la b...oui c’est un mauvais jeu de mots m’sieur l’agent. Bref, ça respirait très fort et ça me regardait dans le fond des yeux, même mon ophtalmo ne m’avait jamais analysé

VIET CONG CASSETTE Je roulais tranquillement sur l’autoroute pop qui me menait jusque chez moi, sans trop forcer non plus, je venais de me farcir 3 heures de Véronique Sanson volume à fond à la maison familiale, et il me tardait de rentrer, même si la nuit était tombée, même si je vous l’avoue maintenant, j’avais un peu forcé sur le whisky, m’sieur l’agent. On ne se refait pas, vous connaissez la Sanson, d’accord, pardon, j’arrête. Mais ce soir, dans ma tête, c’était comme Sega : plus fort que moi, il FALLAIT que je rentre. Alors j’ai pris la voiture, la maligne connaissait bien le chemin de toute façon, et j’ai filé un mauvais coton, c’est comme ca qu’on dit?

comme ça. De là où j’étais, on aurait dit du punk, non, du Talking Heads en fait, quoique parfois un peu du Velvet. En fait ça ressemblait à un truc de New York des années héroïne, sauf qu’apparemment ça vient de Calgary, je me suis renseigné. Impossible de prévoir ses mouvements, d’un coup, il me sortait un solo de guitare de nulle part, qui durait, qui durait... À un autre moment, il me contemplait juste, mais à la différence des animaux que j’ai rencontré récemment, celui-là avait un regard malin derrière son état sauvage, avec l’air de savoir ce qu’il faisait quoi. Bah oui, j’ai essayé de communiquer, j’aime beaucoup les animaux vous savez, parfois je pense les comprendre, mais là, c’est ce truc qui a fait la discussion et je n’avais rien à dire. Des propos incohérents d’ailleurs, parfois ça chantait, parfois ça parlait dans

Puis patatra. La bête a sauté en travers

un vocoder, parfois ça hurlait et c’était

de ma route pour se jeter directement

inaudible, mais allez savoir pourquoi,

sous mes roues, je n’ai rien pu faire à part

c’était quand même intriguant et fascinant

écouter mon instinct, ce qui signifiait à

en même temps. Même son nom d’ailleurs,

ce moment accélerer à fond (je me suis

j’ai vu que ca s’appelait Viêt Cong, non ce

souvenu du conseil d’un ami, je vous

n’est pas ce que vous croyez mais je... Mais

donnerai son nom si vous voulez), et je me

pourquoi vous sortez vos menottes ?

suis rangé immédiatement sur le bas coté. Le truc était par terre en train de gémir. Le machin n’avait pas l’air fini, ou alors peutêtre qu’il n’avait jamais vraiment décidé de sa forme définitive, et promis, je n’y étais pour rien. Qu’est-ce que c’était : un EP, un

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REVIEWS vue imprenable sur les lumières de la ville, comme un peepshow géant qui faisait concurrence avec le ciel étoilé, on ne savait plus ou donner de la tête. On a fini par atterrir chez moi, les filles faisaient semblant de faire du saxo, et moi semblant d’être sexy, le champagne coulait à flot, comme les heures qu’on ne voyait plus

CHIMURENGA RENAISSANCE

passer. After ? Before ? Où était-on  ? Ça

riZe VadZimu riZe

aurait pu encore durer des siècles tout ce cirque. Et puis... Et puis après je me suis

TODD TERJE IT’S ALBUM TIME

réveillé parce que l’album de Todd Terje était déjà fini.

7 Avril 2014 / Olsen Records

Il faisait chaud, très chaud dans cet hôtel

un pont assez solide pour enjamber les océans. Sous l’eau, nous attendons avec des pattes plus grandes que des têtes de lions, armées de dents et de machoires plus acérées qu’un mégalodon. Ensemble, nous

sans climatisation, perdu dans ce coin de la galaxie. Le cocktail servi par Joseph,

« Nous nous sommes destinés à construire

toddterje

sosie à s’y méprendre du bartender de

sommes un léviathan noir, une panthère des profondeurs ».

la croisière s’amuse, devait y être pour

Parler de Chimurenga Renaissance et

quelque chose, un svensk Saas m’a-t-il dit.

de cet album revient à expliquer toute la

Mon besoin nicotineux se fit sentir, et ce

philosophie, les croyances et le contexte

bon Joseph pris les devants en allumant

historique révolutionnaire du Zimbabwe

ma cigarette et, glissant les allumettes

du début des années 70 sous l’empire

dans la poche de ma chemise à fleurs,

colonial britannique, soit une galaxie

à l’intérieur un mot : «  RDV au strandbar

entière d’ésotérisme dont seuls les

21 heures ».

spécialistes ont les clés.

Ni une ni deux, je déboulais dans le club

Faisons simple.

avec la moustache plus brillante qu’une

Né de la colision entre Hussein Kalonji,

mustang passée sous polish. Dedans,

guitariste

des filles en shorts de sport scintillants

émérite

de

renommée

internationale en rumba soukouss, et

et chaussettes hautes disco dansaient en

Tendai Maraire, sale gosse au flow hip-

se passant les mains dans leurs cheveux

hop fluide échappé des expérimentaux

longs. Longs comme les Island que Joseph

Shabazz Palace, Chimurenga traduit le

m’offrit à mon arrivée, ornés de petits

choc du passé et du présent, de la musique

parasols en carton, comme s’ils allaient

traditionnelle Mbira et de l’Internet avec

prendre des coups de soleil. Dans le fond,

ses lions en 3D, le tout enveloppé d’un

Johnny et Mary se la jouaient mi-grease,

mysticisme vadzimu, aka des esprits

mi-naudant, à se parler dans le creux de

malins hantant les vivants.

l’oreille, peu importe. J’emportais avec moi une bouteille et autant de gens qu’une

Si cela peut paraître confus, à l’écoute le

Corvette pouvait en contenir.

mélange de tout ça a de quoi encore plus vous dépayser qu’un reportage Arte sur la

On a devalé la colline a tombeau ouvert,

flore africaine, parce que qui dit spiritualité

bolide décapité, et de loin on avait une

dit aussi morceaux aux productions aussi

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perchées qu’énigmatiques soutenues par

onomatopées  c-c-c-comme ça, s’amusant

les paroles de Tendai, perdu quelque part

au point de dire « I feel comfortable now » sur

dans la forêt des mots de prophètes. Car

« Rythm Of Devotion ». Même les prods de

il s’agit bien d’une révolution naissante

Son Lux feraient presque de l’autodérision

engendrée, non pas créée, (d’où le nom

en partant en roue libre, se perdant dans

de Chimurenga) que le duo tente ici,

des délires dissonnants, à la limite du

en rassemblant ses pairs sur l’album,

cheap, mais toujours avec des envolées

comme les révélations THEEsatisfaction

oniriques où l’on se laisse partir. Enfumé.

et M1, figure rap emblématique de Dead

Et ça coupe brutalement, repris par le rap,

Prez. Et le tout sonne extrêmement bien !

comme s’ils s’amusaient tous à se saboter

Faisant la balance juste entre ce que nous

comme des enfants qui découvrent qu’ils

connaissons du rap et ce que nous voulons

SISYPHUS

bien abandonner pour découvrir d’autres

ont des pouvoirs magiques.

SISYPHUS

Parce que oui, derrière ce grand jam aux

Plus qu’un album donc, « riZe VadZimu

Qu’est-ce qui a poussé Sufjan Stevens,

mélancolie, seul véritable point d’accroche

riZe  » est un manifeste symbole d’une

Son Lux, et Serengeti à changer leur

de ces trois univers bien distincts, même

génération digitale élevée à l’électronique

collaboration nommée précédemment

si ça ne verse jamais dans le pathos. On

qui revient aux sources, comme Iyadede,

s/s/s pour le mythologique Sisyphus,

pourra alors en rire et se dire que Sisyphus

Pierre Kwenders, 

chez nous un peu

l’envie d’immortalité ? Un hommage aux

c’est quand même un nom (de) mortel.

Chassol, et initié par des passionnés

Pink Floyd et Rick Wright ? Un clin d’oeil à

comme Awesome Tapes in Africa, des

Camus ? Une mégalomanie passagère ?

terres vierges.

apôtres contemporains diffusant la bonne parole, celle du futur, de retour dans le berceau de l’humanité.

27 Mars 2014 / Brick Lane Records

18 Mars 2014 / PIAS Cooperative

La réponse nous est tombée dessus par leur clip «  Booty Call  », et surprend : le fun, remarquez avec un nom de chanson comme ça, on aurait dû s’en douter. Propulsé en trois petites semaines à grands coups de vin rouge, les trois artistes

chimurengarenaissance

allures de cours de récréation, on trouve la

les plus adulés de la chapelle indie ont mis de côté leurs carrières respectives, la pression qui va avec, et se sont amusés dans un coin, sans rien dire à personne. Et cela s’entend dès le morceau d’entrée, qui dit clairement «  Calm It Down  » , se questionnant «  Was it the drugs I take ? Was it the ambitious outbreak ? ». Sisyphus apparait alors pour le trio comme une échappatoire, où chacun sort de sa zone de confort, où chacun apporte l’ingrédient dans une auberge espagnole d’avant garde pop. De là, on ne s’étonne plus d’entendre Sufjan chanter sur du (presque) r’n’b, tour d’écho vétu, pendant que Serengeti fait des

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ssssisyphus


REVIEWS à lisser votre musique pour que tout soit gâché sur des photos promo.

- Citez les Stones, Bowie, ou

n’importe quel artiste trouvé dans la bibliothèque de vos parents, à condition qu’il remplisse aussi les stades.

-

Chantez

avec

une

voix

androgyne, c’est votre côté Dylan, et n’hésitez pas sur les chœurs au refrain.

foster the people supermodel J’ai écouté l’album de Foster The People, et j’ai voulu en dire du mal, beaucoup

- Simplifiez vos paroles en

THE GOASTT

onomatopées faciles a retenir : woh-ohoh / yeah-eah-eah / na-nana-na. Bravo,

vous

voilà

devenus

MIDNIGHT SUN The

Kooks / Doster The People / One Direction

de mal, je voulais même sortir de chez

(rayez la/les mentions inutiles).

moi pour faire physiquement du mal à

18 Mars 2014 / Columbia

Ça devait faire quelque chose comme six ans que j’étais voisin avec Sean Lennon et Charlotte Kemp Muhl. Sean, le fils de vous-avez-deviné, qui devait supporter

quelqu’un, mais je me suis retenu. J’allais

encore plus le poids de la comparaison de

écrire des choses horribles, comme «  Cet

son couple avec le mythe de celui de ses

album a la prestance d’une doudoune sans

fosterthepeople

parents, surtout quand ils ont décidé de

manche en plein soleil », mais je ne le ferai

chanter ensemble. Leur premier album,

pas, ou alors « La dernière personne a avoir

ils l’avaient décrit comme s’ils le jouaient

écouté "Supermodel" a pris l’avion, il parait

dans leur salon. C’était le cas, sauf que

qu’il était pilote pour Air Malaysia  », mais

vous n’y étiez jamais invité, et qu’eux se

je ne le ferai pas. Alors plutôt que d’en

regardaient

dire du mal, j’ai préféré lister des conseils

que la culpabilité de les observer vous

pour que vous deveniez le groupe pop

submergeait.

indispensable dans l’iPod et le cœur des

pendant

Comprenez bien ma réticence lorsqu’ils

filles cet été :

amoureusement

m’ont invité à leur garden party pour

- Jouez de la guitare sèche, mais

présenter leur deuxième album au

dans des stades. Et prévoyez un feu de

voisinage. On s’attendait tous à un

camp en conséquence.

spectacle odieux de roulage de pelle sur

douze morceaux qui parlaient encore du

- Faites des vidéos de vous et vos

chien de Pavlov courant après le chat de

potes en tournée, dans le bus, à la laverie,

Schrodinger...

dans les loges, toujours en train de jouer, tout le temps, partout.

À peine installé dans le siège en plastique, je me suis senti un peu patraque, était-ce

- Portez des vêtements aux

ce cake au chocolat qu’ils nous avaient

cols amples, des chapeaux tissés et des

servi ? Était-ce seulement du chocolat  ?

lunettes de soleil en bois recyclable.

Leur musique résonnait maintenant,

- Par extension, ayez l’air SAIN.

rebondissant contre les parois de mon

Votre producteur ne s’est pas cassé la tête

crâne au rythme des pédales wah wah qui

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allaient et venaient, au son des trompettes

mais je n’ai pas commencé par le début du

faisant honneur au paternel décédé,

disque. Par le plus pur des hasards c’est la

dans les mélodies vicieuses comme The

quatrième piste, Hold Fast, qui se met à

Standells, les refrains en suspens des

raisonner dans l’appart. Probablement le

Count Five.

morceau le plus prenant de ce fantastique « album ». On peut enlever de suite le côté

Je me suis surpris à danser un slow

neo-country et gardons la simplicité et la

sur «  Last Call  » sans savoir comment

beauté de la folk. Une guitare en main,

j’en étais arrivé là. Je ne sais pas ce qui

ce Zach semble faire ce que son cerveau

c’est passé ensuite, je me souviens d’un

probablement torturé et torturant lui

immense champignon psychédélique qui

dicte. Une mélodie limpide, une mélodie

explosait derrière Sean et Charlotte, il ne

tellement intimiste que l’on imagine

Zachary Cale

menaçait pas, le couple n’en avait que faire, et lentement, et sûrement, le nuage

aisément le mec au fin fond du Texas dans

Low Light Roughs

acide nous a englouti, s’appliquant a faire

la cabane familiale en train de se faire chier

disparaître la moindre parcelle de raison

Petit rituel banal d’une journée bien

qu’il nous restait, dans une vague de solos

ordinaire, je me sers un verre d’eau, je

hypnotisants et de guitares qui pleurent.

roule ma clope, et j’ouvre ma boîte mail.

Qui étaient-ils ? Qui étais-je ? Peut on avoir

Rien de bien bandant, un jour semblable à

de l’asthme par fumée psychédélique  ?

un autre se déroule, une fois encore. Petite

Pourquoi les garden party ne sont-elles

excitation tout de même, je découvre que

pas toutes comme ça ?

l’on m’a envoyé un lien vers « l’album » (en

29 Avril 2014 / Chimera Music

fait, une simple démo de son futur album Blue Rider) d’un obscur inconnu qui fait de la « neo-country-psych-avant-folk » - dixit

thegoastt

le mec qui fait sa promo. Tout de suite, je ne sens pas le besoin d’aller me doucher, le genre musical à cinq particules m’a trop rafraîchit. NEO-COUNTRY-PSYCH-AVANTFOLK. Alors OK, aujourd’hui on trouve plein de noms de styles musicaux à la con, dont, à force d’originalité toute modeste, on ignore la réelle signification. Mais là ils

et bien décidé à jouer ce qu’il ressent sur le moment. Telle une musique instinctive. Avec sa voix peu ordinaire et moins bien irritante que le suédois The Tallest Man On Earth (oui car elles se ressemblent un peu), Zachary détale sa poésie comme si de rien n’était. Wayward Son confirme cette sensation envahissante qui me fait oublier le bruit assourdissant des klaxons lancinants et l’odeur des échappements noirâtres parisiens. Cet « album » Low Light Roughs est une longue ballade acoustique apaisante d’un petit génie un peu déprimé, mélancolique à la musique aussi captivante que rêveuse. Alors ma journée ordinaire peu se poursuivre avec la certitude d’avoir découvert un grand « singer – songwritter »…

se sont fait plaisir nos amis ‘ricains. Pas grave, je mets lecture, on verra ce qui se passe. Parfois,

je

fais

des

découvertes

surprenantes en ouvrant ma boîte mail qui me donnent l’envie soudaine de me rouler un joint, de planer et d’oublier ce que je viens de faire subir à mes oreilles. Cette fois-ci, Zachary Cale, puisque c’est son nom, me donne envie de fumer un joint. Pour planer. Mais planer avec lui, avec sa musique. Je ne sais pas pourquoi

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zacharycalemusic


EN TÊTE À TÊTE

DJ PONE & DIDAI

par Eric Rktn - Crédits Photo : William Lounsbury

O

n sonne. Dans cet appartement du 3e arrondissement, de nouvelles personnes viennent d’arriver. Le chat, qui en a vu défiler toute la journée, ne s’étonne même plus, et se poste en position assise dans l’entrée pour reluquer ces nouveaux intrus, tête inclinée, mi-curieux, mi-aou. Dj Pone les acceuille chaleureusement. Avec une souplesse qu’on ne soupçonnerait pas vu la taille de la bête, il saute sur le canapé, s’étend de tout son long, et scrute les invités installer micros et calepins pour interviewer son maître, mais aussi Didaï, un ami à lui venu pour parler de son premier EP, lui aussi.

La première fois que tu as écouté de la musique ? Pone : Je me rappelle du premier disque que j’ai acheté, c’était « Lili voulait aller danser » de Julien Clerc… En fait, je ne suis pas rentré dans le rap tout de suite, les premiers trucs que j’ai écouté, c’était plutôt du punk, les Béruriers Noirs en 88, j’avais dix ans, et quelques temps après j’ai écouté les Beastie Boys, donc j’y suis arrivé par un truc plutôt dur, en plus ils avaient samplé du Led Zeppelin. Puis j’ai écouté pas mal de punk français, du hardcore, le rap m’a ouvert à d’autres choses comme la soul, grâce à mes vieux briscard de Ddamage et Crazy B qui m’ont fait découvrir les artistes samplés originaux, j’ai toujours aimé pleins de genres. La première fois que tu as touché un instrument ? P : Comme tout le monde je pense, la flûte en CE1 (rires). Je ne suis pas un instrumentiste malheureusement. Le seul truc que j’ai tâté c’était la platine, après je sais reconnaître si un accord est juste ou pas, par contre pour trouver un enchaînement d’accords, ça va prendre beaucoup plus de

temps que pour quelqu’un qui sait bien jouer. Je crois que j’ai eu la flemme d’apprendre, et en même temps je me dis maintenant que j’aimerais bien prendre des cours de piano pour apprendre des séries d’accords basiques qui peuvent t’aider, je ne parle pas de jouer un solo à la Jerry Lee Lewis, mais ça peut aller plus vite. Ton premier Dj set ? P : Putain, celle-là on ne me la jamais posée ! La première fois que j’ai scratché devant des gens, c’était pour un anniversaire dans un garage à Meaux, avec le premier mec qui m’a donné envie d’être Dj, Dj Other. Il mettait du son dans un garage, le tube de l’époque ça devait être « People Everyday» par Arrested Development, et moi j’avais fait chier tout le monde avec des scratchs, je devais avoir 15 ou 16 ans. La première fois que tu as rencontré Didaï ? P : C’était au Rex, il y a un an. J’avais vu un clip de Djunz avec

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Set & Match et j’adorais l’instru. J’ai commencé les prods avec Greg Frite, et comme j’avais envie d’avoir un producteur plus chevronné que moi avec certains arrangements, Greg m’a présenté à Didaï. On s’est retrouvé à Boulogne, au Square la Cité où habitait un groupe qui s’appelle les Rieurs, avec qui j’avais bossé des années avant, et on me donne l’adresse de cet endroit. J’étais super content de me retrouver là, on a bossé hyper vite, on s’est super bien entendu, et au niveau du taff ça avait bien fonctionné. Pour les autres collaborations sur ton EP, c’était aussi la première fois que tu travaillais avec Rebotini, Gaspard Augé ? P : Avec Gaspard, on travaille en collaboration de rigolades en soirées depuis un bon moment déjà (rires). On était en tournée avec Justice, il m’a proposé de faire la première partie, c’était en Autriche, un peu bourrés dans les loges. Je lui fais écouter et il me dit « Ho, ça c’est bien ! », il a pris son petit clavier et a sorti la mélodie direct. Puis je suis passé à leur studio pour leur faire écouter des tracks que je préparais, ce n’était pas encore sûr que je le fasse, je n’avais rien proposé à Pedro. Et Gaspard a voulu y participer tout de suite. Les gens ne savent pas trop que je connais Rebotini depuis un petit moment, on s’entend très bien. On avait commencé un projet ensemble, on voulait faire un espèce de live qu’on va sûrement faire, j’avais un track un peu house techno avec une idée bien avancée, et Arnaud est arrivé, à changé les pianos pour les siens qui sonnent un peu mieux, il a rajouté une mélodie, je voulais une voix vocodée, c’est allé très vite. Avec Didaï, je bloquais sur un morceau, mais j’avais envie de

partager un truc, comme un rappeur qui fait des featurings. Et ça me servait à ouvrir les horizons et de pousser les morceaux un peu plus loin. Comment t’est venue l’envie de faire un EP tout seul ? P : J’ai commencé vraiment tout seul l’année dernière, parce que j’avais envie de bosser avec des rappeurs , avec Birdy on était sur une fin de tournée donc ça tombait bien. J’avais l’idée de faire une mixtape avec plusieurs de mes tracks, un peu à la Stone Throw, et j’avais pas mal de chutes pas trop abouties, ça faisait comme si j’avais fait plein de prods et que je les enchainais. J’ai fait écouter ces bouts à Pedro qui m’a dit « Mais ce morceau est cool, celui là est mortel, fais plutôt un EP ». À la base, il m’avait demandé de le contacter si j’avais envie de faire quelque chose un jour. Comme ce sont des potes, ce n’est pas compliqué d’aller vers eux, et comme j’arrivais pas avec un projet en tête formaté soirée, mais plutôt hybride un peu hip-hop.

« Mais ce morceau est cool, celui là est mortel, fais plutôt un EP »

Donc naturellement plus Ed Banger que OWSLA, le label de Birdy ? P : Oui, et puis OWSLA c’est aux États-Unis, là je prends le métro et j’y suis en deux minutes. Pas Bromance non plus, parce qu’ils sont dans quelque chose de plus moderne et de ce que j’en perçois, c’est que c’est orienté pour les clubs. Non, ça m’a paru complètement naturel, là c’était simple. Comment tu as trouvé le temps de faire cet EP avec tous les projets que tu as à côté ? Dj pour les Casseurs Flowteurs, Sarh avec José de Stuck In The Sound…

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P : Comme je prends souvent le train, ça me laisse vraiment du temps pour bosser. Et puis c’est un EP, les morceaux je les avais déjà bien avancés. Le morceau avec Rebotini nous a pris deux après midi, avec Didaï pareil. L’occassion de faire un EP s’est présentée, je n’avais pas l’ambition de le sortir chez Ed Banger, je suis vraiment arrivé à la cool, genre « Hey tiens je voudrais te faire écouter un truc », et finalement Pedro a eu raison, et j’ai eu de très bons retours, donc je suis super content. C’est quoi l’esprit de cet EP pour toi ? P : Le vrai esprit de l’EP, c’est le mix de vingt minutes, parce qu’il y a les 4 morceaux. L’ordre du mix, c’est l’ordre dans lequel j’ai fait les morceaux, avec deux interludes en plus, et c’est assez représentatif de tout ce que j’aime bien, c’est très hip-hop, il y a des arpèges à la Moroder, John Carpenter, Vladimir Cosma, et je suis très rue, très graffiti, donc il y a tout un univers un peu sombre… Qui colle mieux avec le côté pop de Ed Banger finalement. P : Oui voilà, Pedro gère des projets totalement différents, DSL, Crazy Baldhead, il garde toujours un esprit, mais mise sur des choses pas toujours évidentes, je trouve ça cool. Avec Birdy on est quatre, même si j’ai bossé avec Didaï ou

Gaspard, il y a une identité forte, je ne dis pas amen à tout ce qu’ils font. C’est un échange, mais je ne suis pas un chef d’orchestre qui dirait « Hey, mets moi une caisse claire ». C’est un one shot cet EP ? P : Non, parce que j’ai en tête d’en refaire un deuxième. Faire un album, c’est un boulot de fou par contre, si je faisais un album, je ne mettrais pas que des morceaux instrumentaux déjà, plutôt des rappeurs français, des chanteurs, des chanteuses, comme les mecs de l’Entourage, ou même Xanax des Svinkels. Je ferais une soirée carte blanche et j’inviterais tous les gens avec qui j’ai bossé à faire des passages. Mais après il faut voir si ça intéresse les gens. Quand tu mets du rap francais, tu te prives de la dimension internationale. Mais en même temps, quand Dj Mehdi faisait « Espion », il ne se posait pas la question, donc voilà. Pour ma release party, il y a déjà Pedro qui mixe, Dr Vince, ça aurait été mortel que je fasse quelque chose avec Rebotini, ça reste une soirée pour un 4 titres. C’est sûr que si je faisais un vrai album, j’aurais plus d’ambition, mais là je vais défendre ce projet en faisant des Dj set. Je trouve que le format EP est pas mal. Le problème d’un album c’est que si ce n’est pas balancé au bon moment, c’est fini. Imagine, tu fais un album tu a bossé longtemps dessus et s’il sort au mauvais moment et qu’il est cuit direct… Là, je sors un 4 titres, je vais avoir des dates, ça

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va être cool et peut-être qu’en septembre prochain il y en aura un deuxième. Il y a un ou deux morceaux que j’avais prévu pour celui-là que je n’avais pas réussi à finir, ils sont carrément dans la bonne vibe pour être dans le prochain, on a encore envie de continuer à collaborer avec Didaï. D’ailleurs Didaï, où en est ce fameux EP ?

été pris par le mix de l’EP de Pone, ça a mis aussi de côté mon projet solo, l’EP s’appelle « Insane Romance », c’est un 6 titres, je n’arrive jamais à le définir, c’est très chill. C’est un projet cool, pas très enervé. Il y a juste une collaboration avec un pote d’enfancte qui fait du rock, Nico, il chante sur un morceau pop dessus. Ce EP raconte une histoire, je l’ai volontairement fermé, pas forcément ouvert à des remixes, il y a une cohérence du début à la fin. Ça va faire un peu moins d’un an que je l’ai terminé.

JE SUIS TRÈS RUE, TRÈS GRAFFITI, DONC IL Y A TOUT UN UNIVERS UN PEU SOMBRE...

Didaï : Il est terminé, je suis en train de faire toutes les démarches pour le sortir le plus rapidement possible. Par contre je vais jouer avec Pedro et Boston Bun à Lille, notre remix de Busy P qu’on a gagné sort à ce moment (ndlr : le 14 février dernier). Tu connaissais déjà Pedro ? D : Pas du tout, ce qui est marrant c’est que Pone et Pedro se connaissaient déjà, moi seulement de réputation, pas personnellement. Y-kee a vu qu’il y avait un concours sur Beatport, on y a participé, on l’a tweeté à Pedro, il a beaucoup aimé. Une semaine après, il jouait à Lille, on en a profité pour le rencontrer et il nous a félicité, voilà. P : Et vous n’avez rien à voir dans cette victoire. D : Non, rien du tout. Comment va Desirre ? D : C’est un peu compliqué, on essaie d’avancer. Comme j’ai

P : Et il est très très chaud . D : Lui le trouve toujours bien, moi moins. (rires) Pas trop déçu de ne pas partir faire la tournée au ski avec Y-kee ? D : Je ne sais pas, il ne m’a pas proposé (rires). D’ailleurs il a eu un accident de ski, il s’est éclaté les côtes. Pour les prochaines dates avec Desirre je laisse Péo s’en occuper. Vous avez des projets en commun avec Pone ? D : On prépare un truc tous les deux. Pour l’instant, on a quelques morceaux, on en a pas mal sans se poser la question d’une ligne directrice. On fait des prods chacun de notre coté, et on se les échange. On est partis sur de l’électro, du hip-hop. Les premiers morceaux sont dans la continuité de ce qu’on a fait avec « Dipodaïne », on a fait des morceaux plus hip-hop parce qu’on aimerait bien collaborer avec des rappeurs. Enfin, j’aimerais bien sortir un 5 titres avec Pone. P : On n’a pas vraiment de direction, mais le fait de télécharger beaucoup de musiques, si on fouine un peu… J’aimerais bien trouver quelque chose rythmiquement, qui change, dans le grain où tu entends et que tu remarques quelque chose de particulier, on a les mêmes références, mais ça serait quelque chose qui soit digne d’intérêt. Il faut qu’on s’y mette, donc je ne sais pas encore, comme on s’entend déjà bien, il n’y a pas de bataille d’égos. En réalisation, mes projets vont super vite, le projet avec José (de Stuck In The Sound), c’est un album, on l’a fait en deux mois à une vitesse de dingues, il est prêt depuis quasiment deux ans et demi. C’est pour le sortir que ça prend plus de temps, je pense que si tu nous colles dans une maison en dehors de Paris avec Didaï, en une semaine, le truc est sorti. Mais justement, c’est peut-être le moment de creuser un peu plus.

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C’est pas trop frustrant de se dire qu’un EP peut sortir six mois plus tard ? P : Sur celui là ça ne s’est pas passé comme ça. Dans des maisons de disques pour des albums, il y a toute la mise en place de tournées promo, etc. Et là ça sort dans six mois oui. Pour cet EP, j’ai du le rendre il y a un mois et demi. D : Ce qui est frustrant, c’est plutôt pour mon cas, quand tu n’as pas de structure et que tu n’es signé nulle part, c’est d’avoir le produit, mais de ne pas savoir… Le côté positif, c’est que je suis libre de le sortir par mes propres moyens, mais j’aimerais bien pour une fois le sortir dans une vraie structure. Là avec le temps, je ne peux plus écouter mon EP quasiment, dejà de l’avoir fait, j’ai pris des heures à faire le mix. J’ai eu pas mal de remise en question parce qu’il n’était plus dans l’air du temps, j’ai eu envie de passer à autre chose, de le laisser dans un tiroir, et au final j’ai l’impression de le redécouvrir petit à petit.

je faisais des sons dans ce style déjà avant. J’ai « profité » de la vague pour faire mon truc. Pelican Fly, etc., c’est une musique complètement décomplexée, une personne a ouvert la brèche et tout le monde s’est dit « Cool, on peut en faire sans qu’on nous crache dessus », ou sans en avoir honte. Après, l’EP que je vais sortir est très r’n’b, mais c’est beaucoup plus pop que ce que fait Cashmere Cat ou Canblaster. Ce sont plein de petites influences que j’espère qui vont se démarquer de tous les autres artistes. Le mot de la fin ? D : N’allez pas sur adopte un mec. Je n’ai pas grand-chose à dire. P : Je remercie vraiment tous les gens qui m’ont aidé, ça fait un peu pompeux, mais si Pedro ne m’avait pas dit « Viens on fonce », ça ne serait pas sorti, donc un gros big up à lui. Ce n’est pas le Magicien d’Oz non plus, mais donner sa confiance à des vieux schnocks, c’est cool.

C’est le fait d’avoir integré beaucoup d’éléments un peu à la Cashmere Cat que tu ne le trouves plus si personnel au final ?

Écoutez Dj Pone - Erratic Impulse

D : Ce que fait Cashmere Cat, c’est très inspiré de la r’n’b des années 2000. Ce que j’avais apprecié c’était que cette musique était un peu reniée par tout le monde, alors que tout le monde l’écoutait secrètement dans sa chambre (rires). Cashmere Cat a réussi à remettre ça au goût du jour, et c’est une idée que je n’aurais jamais eu, alors que

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Écoutez Didaï - Insane Romance

DJ PONE / DIDAÏ

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路 115 路


EN TÊTE À TÊTE

SAMBA DE LA MUERTE

par Eric Rktn - Crédits Photo : Anne Solo & Guillaume Dousseau

I

l y a quelque chose de mystique qui se propage dans toutes les directions quand on écoute Samba De La Muerte et leur EP « 4 », comme un bruit de fond qui se rapproche et dont on sait qu’il fera des dégâts. Comme on aime bien jouer les météorologues pop, on est parti mesurer l’ampleur que prend doucement mais sûrement l’ouragan caennais.

Corentin : Lui, c’est Adrien, c’est lui qui a créé Samba De La Muerte tout seul dans sa chambre, et qui a fait des chansons qui ont plu à des gens juste en les postant sur internet, puis il a fait quelques concerts avec des potes, et c’est devenu un peu sérieux. Sinon, c’est un garçon sensible. Adrien : Lui, c’est Corentin, le nouveau guitariste de SDLM qui est arrivé en juin à l’occasion d’un concert qu’on donnait a Saint Eustache, le pire de notre vie. On avait réécrit les morceaux que j’avais composé, mais il fallait les jouer à deux avec des boîtes a rythmes, on a eu des problèmes techniques... Mais ce concert a déclenché le nouveau SDLM, ça nous a donné des idées et on s’est inspiré de ça. C’est toi qui a la parenté de SDLM alors ? A : Ouais , j’ai commencé il y a 2/3 ans à écrire des chansons dans ma chambre, juste en guitare/voix, et après avec plus de moyens d’enregistrer, ça a évolué et ça évolue encore.

Corentin est très important dans le groupe depuis ce moment. Continuer à jouer seul ne te tentait pas? A : En fait je ne pouvais pas jouer sur scène ce que j’avais enregistré, ça ne marchait pas du tout. Et puis c’est plus cool d’être avec des potes, même la musique méritait d’être orchestrée de cette manière-là. Je pense que j’ai trouvé les 3 meilleurs personnes pour ça, j’en suis super content. Parlons de votre nom, vous aimez beaucoup Gablé ou vous avez un problème avec les majuscules ? A : (rires) Tu connais déjà la réponse alors. Je l’ai choisi parce que j’adore ce morceau et je suis sur-fan de Gablé, c’est une sorte d’hommage a ce qu’ils font. Avant, je les trouvais intouchables, je veux dire, j’avais peur d’aller les voir, maintenant on est pote et on mange des escalopes de dinde chez eux, donc c’est plutôt cool. C’ est d’ailleurs

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un des mecs de Gablé qui a fait la pochette du nouvel EP. C’est peut-être l’un des groupes que j’ai le plus vu en concert, on y allait tout le temps, ils sont assez délirants. Ils ont commencé à savoir qui on était, on avait un groupe qui s’appelait « Blé Complet », et on avait joué au même festival qu’eux, et j’avais fait un clip non officiel pour une chanson avec Windows Movie Maker qui avait atteint plus de 20 000 vues, ils ont entendu ce qu’on faisait, et voilà. Parlons un peu de votre musique, SDLM, c’est quoi ? De la folk électronique, ou un carnaval de Rio pop à danser pieds nus ? A : Un mélange des deux, on m’a dit aussi que c’est de la musique du dimanche, ce qui me va bien. Sinon, j’aime beaucoup la danse pieds nus, c’est cool. C : Ça dépend de ce dont tu parles, de l’EP ou du live. Aujourd’hui, la musique enregistrée est extrêmement différente de la façon dont on la joue en concert, parce que c’est très orchestré et qu’on n’est que 4 sur scène. Sur disque, il y a ce coté calme, ça part de « Sahara », qui est folk, pour aller vers quelque chose de plus électronique, il y a certainement un peu de musique africaine, un peu de techno. En live, c’est plus direct, plus frontal, plus...plus transe. Tiens, d’ailleurs, les thèmes favoris de SDLM tournent

autour de quoi ? Des réflexions philosophiques sur la profondeur des sentiments humains ? A : (rires) Ça parle plutôt des choses de la vie : l’amour, les potes... « For My Friends » par exemple, ça veut tout dire, c’est assez punk, explicite. Pour ce morceau, j’étais en tournée avec les Concrete Knives, je ne rentrais plus chez moi, je ne voyais plus mes potes, je sentais comme une scission volontaire, mais on ne pouvait rien y faire. « Fire », on l’a écrit avec Corentin, et ça parle du renouveau de Samba depuis juin, de tout jeter dans le feu et de renaître de ses cendres, tel un phœnix ! Sinon, ça parle pas mal de ma meuf. SDLM, c’est un amour d’été ou un amour fait pour durer ? A : J’aime bien l’amour d’été, mais s’il peut durer c’est toujours plus excitant. Avec vos projets respectifs comme Concrete Knives et Superpose, vous conciliez comment vos agendas ? A : C’est surtout avec Concrete Knives en fait. Par exemple, Martin, le bassiste a 5 groupes, mais c’est parce qu’il joue dans des groupes de punks, les punks aiment bien avoir pleins de groupes, je n’ai jamais compris pourquoi. Et Superpoze a beaucoup d’actualité, donc merci Google Agenda ! Mais bon, je vis avec Gabriel (Superpoze), Corentin squatte chez nous, et Martin n’habite pas loin, Caen c’est tout petit, en ce moment on se voit tous les jours. Ça vous énerve quand on parle plus de vos groupes collectifs que de SDLM ?

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A : En fait, tous les médias ont dit de SDLM que c’était une rencontre entre Concrete Knives et Superpoze, alors qu’ils savent très bien ce que c’est, ils ont juste besoin de ça pour vendre. Et ça fait quelques lignes dans un article. Ça ne nous fait pas d’ombre, au contraire, c’est plutôt Gabriel que ça énerve, parce qu’à part les percus en live il n’a rien fait, même pas participé a l’écriture de l’EP.

A : Serengeti - Breaking Balle. C’est un album du dimanche, hip-hop. Tout le label Anticon mélange ça bien avec la pop, comme Why? Je pense que Serengeti est l’artiste que j’ai le plus écoute cette année.

En parlant de live, c’était comment votre première grosse date ? A : C’était aux Transmusicales, et c’était vraiment super. Il y avait plus de mille personnes et on était le premier groupe à faire complet. On est arrivé sur scène, j’ai commencé à jouer, et des gens ont crié, certains ont chanté sur «  Fire «, je me demandais ce qu’il se passait, et les retours étaient géniaux. Justement, le clip de «  Fire », c’est du DIY à l’arrache ou vous avez employé des ingénieurs en effets spéciaux ? A : (rires) Thibault, un pote aux Beaux Arts de Caen, adore faire de l’expérimentation avec de la récupération d’images, bidouiller des trucs... Là, il va faire le prochain clip de Samba, on va essayer de viser tout le temps avec lui. Le coté DIY, c’est parce qu’on avait pas de moyens, et parce qu’on voulait quelque chose qui parte dans tous les sens , il a eu carte blanche, et voilà. C’est le moment de fouiller dans vos iPods !

Mutual Benefits - Advance Falconery C : Je vais reprendre un disque du dimanche, puisqu’on est dans la douceur ce matin. Ça me fait penser à ces groupes d’Islande alors qu’eux viennent de Brooklyn, c’est parfait. Pourtant, je ne suis pas folk, beaucoup de groupes me rebutent, mais là, j’ai été surpris.

Le Vasco - Cheerleader

Sven Kacirek - Mariä

C : Ce que je connaissais de Le Vasco avant, c’était quelque chose de très chelou, très contrasté et violent. Dans celle-ci, il y a un texte très fort de Louise, et tu as l’impression de plus les comprendre, c’est touchant.

A : C’est un allemend qui est parti au Kenya et qui a enregistré pleins de sons, des bruits de chantiers avec de la musique électronique, mais très douce, c’est magnifique. Le plus bel album que j’ai entendu peut-être.

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William Onyeabor - Heaven And Hell

Omar Souleyman - Wanu Wanu C : On quitte le dimanche pour le samedi soir (rires). Avec SDLM, on aime bien faire la fête après les concerts, et à chaque arrêt on essaye de passer ce morceau-là parce que ça nous rend dingue, surtout le passage où il chante «Allahu akbar», c’est hallucinant.

C : Je ne sais plus d’où il vient, c’est un africain. Ça vient des années 70, et ça vient de ressortir sur le label du chanteur des Talking Heads, c’est complètement dingue, j’en ai des frissons a chaque fois. Un dernier mot ? A : Hmmm... C : (interrompant Adrien) Oui ! Bon anniversaire Adrien ! L’interview terminée, on commande un café pendant que Corentin et Adrien accordent leur guitare en vue d’une session acoustique où ils reprennent «  For My Friends  », l’occasion de découvrir la facette intimiste du groupe en formation restreinte. Tout le contraire de leur passage à la Gaîté Lyrique quelques jours plus tard, où les cris électriques et l’énergie brute, primale, parlent aux tripes. Sur scène, les SDLM s’échangent les instruments, tabassent les toms comme s’ils allaient en mourir, et laissent s’échapper des échos lumineux à travers la brume sonique, ce n’était pas un ouragan, mais plutôt une belle apocalypse.

Toe - The Future Is Now A : C’est un groupe japonais, un peu math rock, et un trop bel album, il est quand même bien pour le dimanche.

SAMBA DE LA MUERTE

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EN TÊTE À TÊTE

AUFGANG

par Lise Beuve - Crédits Photo : Manon Marvie

L

e 29 juin dernier à Evreux, on vivait notre premier live d’Aufgang. Il était à peu près 17h quand la foule, à peine remise du premier round du Rock Dans Tous Ses États, se mis à danser, comme foudroyée et possédée par les plages instrumentales iconoclastes du trio. Sur scène, les pianos de Francesco Tristano et Rami Khalifé, liés par la batterie d’Aymeric Westrich, deviennent fous. Progressive, l’expérience est sensible, mais surtout communiante. On a rien oublié. Et on a pu assouvir notre curieuse envie d’en apprendre plus sur Aufgang en rencontrant le trio de virtuoses lors de leur passage au Nordik Impakt en novembre. Quelques semaines après, on apprenait — avec un petit pincement au cœur — qu’Aufgang se séparait d’un de ses maestros, Franceso.

On qualifie souvent votre musique de trait d’union entre la musique classique et la musique électronique. Était-ce une volonté ? Ou est-ce plutôt un résultat, le fruit de votre travail ensemble ?

on ne jouait pas de piano, on n’aurait jamais qualifié notre musique de classique puisqu’on ne fait pas de classique. S’il y avait eu des instruments à vent on aurait fait surgir le qualificatif « Jazz ».

Rami : Cette appellation est juste marketing, ce sont les journalistes qui ont trouvé ça, parce qu’on aime mettre des mots sur les choses. C’est ni l’un, ni l’autre. Francesco : Ce n’était surtout pas une volonté, un résultat peut-être…

F : Voilà, et si on avait des guitare on aurait dit « Rock ». R : C’est vraiment le fait d’avoir du piano, c’est ce qu’implique l’instrument de par son héritage et son histoire. Les gens qui nous voient se rendent très vite compte que ce n’est pas du tout ça !

R : Le terme classique, c’est parce qu’on fait du piano. Si

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De part vos nationalités et vos origines différentes, on devine qu’Aufgang est un syncrétisme culturel assez fou. Quelles sont vos influences ?

R : On se ressemble tellement...

F : Le mouvement alter mondialiste, le mouvement punk, le mouvement dadaïste, corrigez moi si j’ai tort...

F : Alors la société étrusque, qui par contre était...

A : Depuis l’empire byzantin de toute façon...

Aymeric : On est bon là ! Le mouvement anarchiste, non ?

A : Le berceau du monde a été l’Irak pendant très très longtemps quand même, il faut le dire. Et la Mésopotamie, on oublie trop souvent la Mésopotamie...

F : Le mouvement anarchiste... ? R : Moi je suis pour la société. A : Moi aussi, l’anarchie c’est un mode de gouvernement. F : Oui donc le mouvement anarchiste. Pour l’héritage culturel, on a le Liban, le Luxembourg et la France. R : Enfin quand tu dis que t’es luxembourgeois, t’es pas vraiment luxembourgeois Francisco, Aymeric n’est pas vraiment français, il est un peu chilien et je ne suis pas vraiment libanais. On est nous-mêmes un mélange de cultures qui nous influencent forcément. C’est forcément difficile de se retrouver concrètement et de définir concrètement nos influences. Même nous parfois on a du mal à se retrouver. A : (en désignant Rami) Oui, parfois je l’appelle Francesco...

A : Voilà, c’était pour dire qu’il faut un peu remonter notre histoire et fouiller dans notre culture pour savoir vraiment qui on est. Malheureusement, il y a beaucoup de gens qui ont menti sur l’histoire, on ne sait pas vraiment ce qui c’est passé, de plus notre histoire est compliquée, alors on ne sait pas vraiment qui on est. F : Il faut toujours brouiller les pistes à un journaliste qui demande une réponse concrète. A : Et il ne faut tirer sur personne. Ou alors dans son dos. (Rires) Je vais continuer avec des questions qui appellent des réponses concrètes et vous allez continuer avec des

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réponses alambiquées. On fait comme ça ?

Et sérieusement ?

Tous : Oui.

R : Il y a un peu de vrai.

Comment composez-vous ?

F : Surtout le chant avec les OVNIs, on a essayé plusieurs fois mais bon.

R : En fait on ne compose pas, on fait que de l’impro sur scène. Menteur A : En fait on s’isole dans un champ, on attend que...qu’il y ait des OVNIs qui viennent au-dessus de nous. On attend leurs ondes, on est en cercle assis en tailleur et on fait « AA MOUNA OH », « AA MOUNA OH », « AA MOUNA OH » (ndlr : ou peut être « AMOUNA EAU » ou « AMOU NAO », nous avons quelques doutes). (Tout le monde rit) A : Et donc, une fois qu’on entre en transe et qu’on est vraiment bien avec nos idées on se dit « Bah peut-être qu’il faudrait composer ». Donc du coup Rami écrit des morceaux et puis on les joue. (Fou rires) R : Ahahahaha bien joué.

A : C’est franchement une perte de temps, c’est pour ça que je dis toujours aux gens que je croise au milieu d’un champ «  Laissez tomber ça sert à rien  ». Bon, plus sérieusement, on se met souvent ensemble dans le studio dans lequel on a l’habitude de jouer, on improvise et on prend des petites brides de ces impros pour les travailler et les structurer. Mais c’est vrai que Rami a composé pas mal de bases sur lesquelles on a construit ensemble des morceaux. R : On a tous amené quelque chose. On compose toujours de manière différente, mais ce qu’on préfère c’est composer tous les trois et voir un truc commun émerger à un moment donné. A : Hier, en une journée on a fait une musique de film de 40 minutes et on s’est bien marré. On a improvisé sur les images, on a tenté de les faire parler, c’était très inspirant. J’aimerais que vous me racontiez un petit peu la genèse de votre deuxième album. Et notamment l’histoire de ce

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blason... R : Sur le blason, il y a le cœur et la main. Le . Notre musique est à la base faite pour danser, ça reste très programmé, et avec l’apport d’instruments modernes comme les synthés ou les ordinateurs, la musique peut avoir un côté rigide. C’est ce qu’on a voulu briser, chez nous le côté humain est très présent et on ne veut pas l’abandonner : on n’appuie pas sur des boutons, tout ce qu’on fait est artisanal, ça vient de nos propres mains, de nous. On n’est pas caché derrière des machines, il n’y a pas cette barrière et cette distance entre les gens et nous. Ce qui nous importe c’est d’échanger, on veut donner ce qu’on a dans les tripes et transmettre quelque chose aux gens de manière brute. C’est ce à quoi le cœur et la main présents sur la blason font écho. On ressent une communion assez folle avec les gens et elle se fait instinctivement. F : Je dirais qu’on transpire chacun en moyenne trois litres par concert, et ça, mine de rien, dans un monde automatisé et uniformisé, ça fait du bien. Ça n’a rien à voir avec le côté

pianistes de renom qui se produisent en solo). Ça nous plaît de communier avec un autre public qui n’est pas celui auquel on s’attend. Et pour en revenir à la genèse de l’album ? F : L’album a été enregistré il y a deux ans, dans un studio à Angers. On s’était dit qu’on allait faire un truc très live, un truc sur le vif. On a beaucoup trainé à faire des edits, des montages, ajouter, enlever des trucs. A : Dans le processus, on a eu l’impression de faire quelque chose de plus live. F : Par rapport à ce qu’on a envie de faire c’est pas encore assez live, mais ça le sera. L’album répond au précédent et est en attente du prochain, il est une étape d’un parcours. Il faut le mettre en perspective, ce que ne fait pas la presse quand elle parle de l’album, elle le considère intrinsèquement. Pourquoi faire une chanson hommage à Diego Maradona ? R : C’est une question qui revient toujours... F : Personne nous demande pourquoi Balkanik... A : Il y a beaucoup de titres bizarres sur l’album... R : Pour Maradona, c’est vraiment un clin d’œil, il faut pas aller chercher loin. Moi je me suis dit : le blason, la main, Maradona, il y a un mystère DA VINCI CODE à élucider. R : Ahaha non, c’est moins subtil que ça. On aurait pu l’appeler Picasso. F : Ou Dali.

clean de la musique électronique. Chez nous, ça déborde de partout. R : D’où le côté punk... A : Et humain ! R : On aime bien aussi créer des liens, des ponts avec des gens qui jamais ne nous entendraient si on ne faisait pas ce qu’on fait avec Aufgang, ils n’iraient pas voir les solos de piano (ndlr : Rami Khalifé et Francesco Tristano sont des

R : Maradona, ça nous est venu comme ça, je pense qu’un jour on parlait de foot et Maradona est venu à l’esprit, on devait composer ce morceau et on a du se dire « Pourquoi pas l’appeler comme ça ? ». F : On commence par la musique et le titre vient après, se poser sur la musique. Ceci dit, le morceau ressemble assez à ce que pourrait être une vie rocambolesque à la Maradona, avec des remontés et des rechutes. R : Et le côté sport aussi, ce qu’on fait sur scène c’est du sport. C’est vraiment des hématomes après les concerts, des saignements, des poignets qui font mal.

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A : Le dos.

F : Des ours.

R : C’est hyper physique.

A : Et des cochons, des petits cochons.

F : Les trois litres de sueur c’est pas une histoire inventée, c’est un truc de malade (ndlr : on le confirme).

R : Qu’on égorgera à la fin.

Pour vous avoir vu au Rock Dans Tous Des États cet été, je peux dire que j’ai été très surprise de voir la dynamique que vous arriviez à créer ensemble, mais aussi par la réaction du public. Êtes-vous surpris par la manière dont votre live singulier et vos longues plages instrumentales sont reçues ? F : Surpris, non, car on cherche vraiment à faire vivre quelque chose de fort. R : C’est un plaisir avant tout, quand le public nous rend ce qu’on lui donne. Les voir danser, les voir sourire c’est un immense plaisir. F : On a joué dans des festivals où les gens ne bougent pas, ce n’est pas pareil, ça enlève la moitié du plaisir, c’est moins bien, on joue moins bien.

A : J’aime bien les petits cochons, je trouve ça sympa.

HIER, EN UNE JOURNÉE ON A FAIT UNE MUSIQUE DE FILM DE 40 MINUTES. F : J’ai lu un article sur les races de cochons, c’est un truc de ouf. Ce qu’on appelle un cochon aujourd’hui, ça n’a plus rien à voir avec un cochon d’il y a 50 ans... R : Ça n’a plus rien à voir avec la question Francesco. F : Oui pardon. Décrivez votre musique en un mot (pour Francesco), un film (Rami) et une image (Aymeric). A : Une omelette. F : C’est le film ça ?

R : C’est vrai qu’on se donne un peu moins. F : Quand il y a cette communion on donne tout, vraiment tout.

R : Non, l’image, le film c’est moi.

R : On sent que quelque chose se passe, on ne dit pas aux gens « Allez maintenant dansez ! ». Les choses se font naturellement, ça veut dire que ce qu’on fait ça marche. A : On a essayé de leur dire « Maintenant dansez ! », mais ça ne marche pas. F : Évreux c’était un bon concert, mais c’était pas le meilleur. A : Moi j’en ai un bon souvenir car c’est un concert où on a eu à convaincre les gens, ils ne nous connaissaient pas, ils découvraient, et on a eu à les convaincre. Ça a plutôt bien marché. R : On avait joué que 40 minutes... A : C’est vrai qu’il y avait un côté assez frustrant, 40 minutes c’est peu, ça nous coupe dans notre élan, on a pas pu s’exprimer à fond. On a du choisir des morceaux, on a pas forcément choisi les meilleurs morceaux... Mais un jour, on sera tête d’affiche et on fera 1h20 de live. Les gens seront super contents, il y aura des danseurs, des cracheurs de feu, des éléphants et des chevaux.

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Une omelette à quoi ? Aux champignons ?

F : Barry Lindon ?

A : Un mot t’as dit donc omelette.

R : 2001 ?

Mais non c’est Francesco le mot, là c’est l’image !

A : Oh non, ça fait penser aux autres avec leurs casques, on les entend trop. Ce délire avec les casques, les combinaisons, les machines, faut arrêter là s’il vous plait !

A : Ah oui ! Alors mon omelette est tout ce qu’il y a de plus simple, avec du sel. Mais une omelette avec le jaune au milieu, coulant.

Et pourquoi pas Eyes Wide Shut ?

Juste saisie ?

Tous : Voilà !

A : Juste saisie, pas baveuse, mais qui luit un petit peu sur le dessus avec un peu de brillant. Elle a un goût incroyable. Il faut bien choisir l’œuf, c’est très important. J’ai un ami qui est de Madagascar, et quand il était petit il allait chercher les œufs dans le cul des poules, et il les volait pour manger. Il s’appelle Julio, c’est un super bassiste. Je pense qu’Aufgang c’est une omelette avec un œuf volé par Julio à Madagascar.

Vous pensez que les instruments baroques comme les pianos à queue ont leur place dans les clubs ?

R : Mais bien sûr ! F : Ils ont un futur et même un présent.

F : Un mot : Énergie.

A : Il faut juste que les clubs aient une entrée spéciale pour les pianos.

R : Mais c’était moi le mot ? Non, toi c’est le film !

F : Un monte-charge aussi !

F : (à Francesco) Toi t’as le plus simple en fait. Bon, un film... Orange Mécanique non ? (Rires)

Merci beaucoup d’avoir répondu à nos quelques questions. On vous laisse le mot de la fin ? A : Je peux le faire si ça vous fait plaisir les gars !

A : T’es violent. Mais je suis d’accord.

F : Vas-y.

F : Pas moi, c’est trop violent.

A : BALISTO !

A : Un Haneke alors pour Francesco.

(Rires)

R : Mais il y a de la violence dans notre musique !

R : Mais ça veut dire quoi Balisto ?

A : Et dans Orange Mécanique il y a de l’amour aussi.

Ça fait nom de catcheur !

Et quel amour !

F : Vous revenez après le concert ?

A : Il y a autant d’amour que chez Carlos. Carlos était quelqu’un qui écrivait beaucoup de chansons d’amour. Sinon Funny Games de Haneke. R : Mais c’est pire qu’Orange Mécanique.

A : Tu dis piano et tu me regardes mais moi je déteste le piano hein, je fais ça parce que c’est mes potes !

Avec plaisir, il y aura toujours de la bière ? R : Bière et champagne ! Comptez sur nous, on sera là !

(Rires) F : Un Kubrick c’est bien mais un moins violent.

AUFGANG

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R : Mais tous les Kubrick sont violents.

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EN TÊTE À TÊTE

DREAM KOALA

par Lise Beuve

I

l s’appelle Yndi, a 19 ans et porte, le nom d’un animal à poils tout doux plutôt kawaï. Les beats langoureux de ses morceaux nous invitent à errer dans les méandres d’un univers hors temps et en suspend. Son univers, c’est précisément ce que nous avons cherché à percer en discutant avec lui une petite heure, son concert tout juste terminé.

On y a découvert un petit gars curieux, humble et souriant, converses aux pieds, et bob posé sur la tête. Biberonné à la bossa-nova par ses deux parents musiciens brésiliens, Yndi baigne dans la musique depuis tout jeune et recherche des sensations auditives inédites : «  J’ai toujours aimé tellement de choses. De la musique brésilienne au jazz, en passant par du hip-hop, et des trucs plus mainstream comme Mickael Jackson, on a toujours écouté beaucoup de choses à la maison. C’est sûrement pour ça que mes influences sont très éclectiques. Les gens sont surpris d’apprendre que je faisais du métal auparavant, mais pour moi, ce n’est pas du tout un revirement de situation. Je n’ai jamais senti que j’avais basculé d’un univers à un autre. Ça s’est fait naturellement, j’avais envie de faire ce genre de son à ce moment précis. Peut-être que demain je reprendrai le métal, je n’ai jamais cessé d’en écouter ! ».

Quand on lui demande quelles sont ses ambitions pour son projet Dream Koala, il lève la tête, pensif : «  Je n’ai pas vraiment d’ambition pour ce projet. Tu sais, je prends les choses comme elles arrivent, en tachant de faire tout ce que je peux pour les mériter. Je ne me demande pas comment je suis arrivé là, ni ce qu’il m’arrivera ensuite. Je suis très chanceux ». Il s’arrête un instant et reprend : «  Je dirais que ma seule vraie ambition avec Dream Koala est de faire de la musique qui crée un espace pour respirer, penser, et laisser ses sentiments prendre le dessus sur tout le reste. J’aimerais qu’elle fasse vivre à ceux qui l’écoutent comme un rêve éveillé ».

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Dream Koala - Odyssey (by Fabulous & Les Gentils Garçons)

On acquiesce. C’est vrai, sa musique est une expérience sensible hors du commun et une véritable invitation aux voyages oniriques. On le lui dit, il est ravi. Il nous confit ensuite qu’il est un vrai fan d’Inception (mais qu’il n’a pas de grigri), et que le morceau Odyssée a été inspiré d’un rêve : « J’avais déjà la prod, la guitare, mais pas la mélodie. Un soir, j’ai fait un rêve où il y avait un crash d’avion qui m’a fait bader après pendant 48 heures. C’est à ce moment-là que j’ai trouvé une mélodie et des paroles. Ce morceau est un voyage ». Il ajoute qu’il a fait l’EP au moment où il a quitté sa mère pour partir s’installer à Berlin : «  C’est le moment où beaucoup de choses ont changé dans ma vie, j’ai vécu ces changements un peu comme une aventure. Et cet EP est emprunt de cet état d’esprit ».

on apprenait qu’Yndi sortait, sous le nom d’Ayahuasca, huit morceaux entièrement composés à base de samples d’Eternal Sunshine of Spotless Mind en format cassette. Avide de découvertes et d’expérimentations, on sent bien que ce petit gars ne cessera de nous surprendre, tant son univers est vaste et fantaisiste, pour preuve la création de son propre label Zuluzulu il y a à peine un mois. On a pas pu s’empêcher de lui demander où il se voyait dans 10 ans pour terminer, sachant très bien que la réponse ne serait pas évidente : « Dans 10 ans ? Ohlala… J’aurais 30 piges ! Je ne serai pas papa, ça c’est sûr ! J’espère que j’aurais une maison et que j’en aurais acheté une à ma mère ! C’est une tradition quoi, t’achètes une maison à ta mère ! Je ne sais pas, franchement. Si ça se trouve j’aurais arrêté de faire de la musique et j’aurais un bide énorme ! Je me vois quand même être genre en mode vite fait producteur : pas trop de boulot, tu fais quelques apparitions dans les clips à l’arrière plan, t’as une marque de fringue! La vie pépère quoi ! Genre Pharell ! (rires). Putain maintenant je me demande trop où je serais dans 10 ans, vous me faites bader ! ».

C’est une tradition quoi, t’achètes une maison à ta mère !

On a enchaîné sur le superbe clip d’Odyssée, curieux de découvrir ce qui est à l’origine de la vidéo : «  Je savais ce que je voulais faire. À la base, j’imaginais un voyage dans plusieurs paysages avec des géants de pierres abandonnés dans les sables ou sous l’eau, un peu comme dans Nausicaa de Myazaki. Puis j’ai rencontré Adrien Merle et Albin Pezé, tout juste sortis des Goblins, on en a discuté ensemble, ils étaient vraiment sur la même longueur d’onde que moi. Ils ont exploité l’idée que j’ai eu à 100%, et le clip a été un putain d’émerveillement ». On divague ensuite vers le cinéma. Il nous apprend qu’il aime l’heroic fantasy, que la saga Harry Potter est probablement ce qui a le plus marqué son enfance, et qu’il adore les films de Michel Gondry. Quelques mois plus tard,

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DREAM KOALA

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LOCAL HEROES

LA CLASSIQUE

par Max Ltnr - Crédits Photo : Edouard Spriet

S

i vous êtes lillois et que vous n’avez jamais entendu parler de La Classique, vous avez sûrement dû passer les 12 derniers mois terré au fond de votre lit. Le collectif hyperactif multiplie les événements et, non sans une certaine classe, les rencontres sauvages entre musique, mode et art au cours de soirées pour la plupart mémorables. « La Classique ne l’est pas encore mais compte bien le devenir. Elle aspire à mélanger les genres, les arts et les gens. » nous disent-ils. Un an plus tard on peut le dire, La Classique en est un, à jouer et à rejouer dans votre agenda. Rencontre du troisième type mais des deux autres aussi, attention, cette interview a été réalisée sous l’emprise de second degré.

Salut La Classique, pouvez-vous vous présenter rapidement pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas ? Luc : Par où commencer ? On est un collectif de 3 gars qui organisent des événements depuis un peu plus d’un an. Ça s’est fait hyper rapidement, on a décidé de s’associer en janvier 2013 et le premier événement a eu lieu le 15 février, on a fêté notre premier anniversaire il y a un mois à la Gare Saint Sauveur. En gros, j’avais envie de faire de l’événementiel, Clément, que je connaissais avant aussi, il m’a présenté Pierre-Antoine qui faisait encore partie du

collectif La Couleur à l’époque, et on s’est rendu compte qu’on avait tout les trois envie de faire quelque chose ensemble. L’idée c’était de faire des événements culturels au sens large du terme, de l’expo, de la musique, mais aussi de la mode. Clément  : C’est parti d’un constat. On sortait dans divers soirées et à chaque fois on se disait « C’est pas mal mais il manque un truc », il n’y avait soit que de la musique, soit qu’une expo. Dans les deux cas on trouvait ça un peu fade, parfois ça manquait cruellement d’organisation, de line-up, parfois c’était super mais trop cher. On s’est dit qu’il fallait

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essayer de trouver un super compromis, quelque chose d’assez protéiforme où l’on peut trouver de tout sans que ce soit inaccessible. C’est aussi pour ça qu’on s’est rassemblé, on a tout les trois des personnalités et des univers différents. Ça nous semblait essentiel de se serrer les coudes et c’est d’ailleurs un principe qu’on garde encore aujourd’hui, peu importe les embrouilles on essaie toujours de rassembler tout le monde à chaque fois. Ca marche plutôt bien pour l’instant, ça nous a amené dans des endroits divers et variés, en un an il y a eu de tout et on est content d’en être là aujourd’hui. Le but c’était aussi de devenir les princes de la ville ! PAD : C’est ça, on agit vraiment dans la complémentarité. Si vous deviez définir l’esprit de La Classique, son identité, son esthétique, vous diriez quoi ?

jouer en live, qui en Dj set, dans quel ordre, une fois que c’est décidé on se met d’accord sur le shop ou la marque qui correspond le plus au plateau et qui va bien pouvoir se greffer à la soirée. En fait ça se fait très vite dans les prises de décisions, et après ça c’est des jours et des jours d’organisation. L  : Il n’y a pas de directeur artistique à proprement parlé, on est tous au même niveau avec chacun nos préférences et nos champs d’actions. Par exemple, moi à la base je n’ai pas du tout de culture Dj, donc je laisse ça à PA ou à Clem, je suis beaucoup plus à l’aise dans l’univers pop, rock, j’ai fait du management de groupe, c’est de là que je viens. C’est comme ça que j’ai rencontré Clément d’ailleurs, à l’époque j’étais manager d’un groupe, et lui jouait avec Joan Devos et on s’est rencontré comme ça sur des plateaux. On s’est revu

C  : On est très branché sur l’esthétique gay Vieux-Lille, Amsterdam quartier rouge... Non, sérieux, l’identité de la Classique c’est quoi ? Merde, c’est dur à définir en fait, il faut que ça touche tout le monde. L : Si tu veux on a pas d’identité propre, c’est-à-dire qu’on aime l’art, on aime la musique, on aime la mode et on mélange tout ça, on fait des événements avec des mecs qui font du rock, du hip-hop, de la techno, de la pop, on s’arrête pas sur un genre. En fait, notre identité c’est la Culture, et notre but c’est de la colporter. PAD : Et des découvertes aussi, on mixe des gens plus ou moins connus sur Lille avec des artistes émergeants, on veut faire découvrir tout ça à tout le monde. Comment ça se passe quand vous organisez un événement ? Qui choisit quoi, qui s’occupe de quoi ? C : En général c’est assez simple, on se rejoint à trois avec une feuille blanche devant nous et on discute de ce qui nous plaît en ce moment. Par exemple, Luc, qui s’occupe surtout de la partie expo, va nous dire que tel mec lui a tapé dans l’œil, nous on rebondit sur la partie musique avec PA qui a une culture de musique électronique assez pointue et underground, alors que moi j’ai un regard un peu plus pop sur les choses. À partir de là on se coordonne sur qui on fait

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par hasard il y a un an et ça a fait tilt, on a fait de grosses soirées ensemble, on s’est bourré la gueule dix mille fois et c’est comme ça qu’on est devenu amis. C : On a pris de la coke, on a niqué des meufs, des gamins, enfin c’est bien quoi c’est comme ça que c’est venu. L : Y’a un micro là merde C : Ouais je sais, attends faut le reconnaître aussi J’vous préviens les mecs, je coupe rien ! C : Pas de problème ! L : Pour en revenir à ta question, y’a pas de leader, chacun a son rôle. Par exemple, PA est plus à l’aise dans la technique parce que c’est son métier à la base, technicien. Clément a une grosse culture musicale, et moi j’suis passionné par l’art et la mode. Au final, on a tous notre petit mot à dire sur la programmation, il faut qu’on soit tous d’accord. Marion (ndlr : la responsable communication) est arrivée après pour nous aider, de temps en temps on lui demande aussi ce qu’elle pense de la direction artistique Vous venez de fêter vos

1 an, vous avez organisé plus de 10 soirées. Quels sont vos meilleurs souvenirs ? C : Magazine Club ! C’était la première fois qu’on foutait les pieds en tant qu’organisateur dans un club, la première fois où on nous imposait que des Djs, sans guests. On a quand même réussi à ramener un petit bonus avec Atelier Amelot. On était un peu flippé mais ça c’est super bien passé, il y avait le double du public qui nous suivait habituellement. L’autre grand moment, c’était le Tri Postal bien sûr, 1 500 personnes dans un des plus grands lieux de Lille, avec de la vidéo, des artistes qui viennent de partout, des performeurs, on a bossé avec Le Baron de Paris et Lille3000. Super ambiance, de l’alcool partout, des gens qui gerbent, des gens qui se battent, des gens qui baisent dans les chiottes… Ah mais ça me fait penser à une anecdote de fou ! La première soirée qu’on avait organisé au Zébulon, complètement blindé, on avait retrouvé des murs cassés, des chaises défoncées, des capotes usagées par terre, genre il y a quand même des mecs qui ont réussi à se zinguer entre eux sans que personne le remarque, c’était juste beau quoi !

On a pris de la coke, on a niqué des meufs, des gamins

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PAD : Dans un esprit grosse teuf, vomi et compagnie, je retiens la soirée à La Cave Aux Poètes. Un lundi soir,


été donné aux Wesh! Bien ou Bien!? donc on a supposé qu’on avait été mis sur la touche. Ils sont revenus vers nous plus tard en disant qu’une dernière soirée allait se mettre en place pour la clôture de l’exposition en collab’ avec Le Baron de Paris. Et…plus de nouvelles, rien, silence radio. Puis un jour, sorti de nul part, un pote vient vers moi et me sort « Eh ! Félicitations pour le Tri Postal ! », dans ma tête j’me dis mais qu’est-ce qu’il me raconte celui-là. On a été voir sur le site et là, boum, on y était ! Mais ils ne nous avaient absolument pas prévenu, on a dû l’organiser hyper vite ! C : C’était galère. avec Rêverie, qui est une hip-hop girl de Los Angeles. On ne connaissait pas vraiment, on pensait qu’on allait faire personne et finalement on a passé un super moment, la meuf était super sympa aussi. L  : Il faut parler des afters aussi  ! Après les premières Classique on faisait toujours un after chez moi, et ça partait systématiquement en couilles. C  : C’était nimp  ! On invitait tous les artistes et les intervenants à rester, et on achetait une bouteille de vodka ou deux, ou quatre ou douze. Les flics sont passés nous voir pas mal de fois.

L : Mais quelque part ils nous ont quand même offert cette opportunité géniale. On a galéré, il y avait pas mal de choses à prendre en compte, il fallait se mettre d’accord avec Le Baron aussi. Mais finalement ça s’est hyper bien passé, Lille3000 était très content. On est pas allé les chercher et ils sont pas venus nous chercher C : En fait, on s’est un peu cherché du regard jusqu’à ce que l’un fasse le premier pas, un peu sans le dire à l’autre. On va dire que c’était un beau flirt. L : Et on a conclu ! Comment vous voyez l’avenir de La Classique ? Quels sont vos ambitions ?

L : C’était un peu plus chiant pour moi ça. C  : Il y avait Le Carré aussi, un truc qu’on avait fait à la toute fin de l’été juste avant la braderie. Le concept c’était d’investir un appartement vide et de ramener un guest qu’on avait révélé au dernier moment : DJ Slow ! On avait limité les places à 50 mais on s’est quand même retrouvé à 100 par la force des choses. Vous avez évoqué le Tri Postal. Comment vous vous êtes retrouvé à organiser une soirée pareille ? L : C’est une longue histoire. Ils préparaient l’expo Perrotin et il y avait un appel d’offre pour organiser plusieurs soirées pendant le temps qu’allait durer l’expo. Un de nos amis, dont on ne peut pas révéler l’identité, travaille à Lille3000, et nous avait filé le tuyau en nous disant qu’on avait le potentiel pour chopper une soirée. Du coup on a déposé un dossier, qui leur a plu, ils nous ont demandé de l’étoffer et de revenir vers eux avec plusieurs propositions, ce qu’on a fait. Et en fait, la date sur laquelle on bossait le projet avait

C  : Bah c’est fini là  ! On a tout gagné, on a plein de thunesdans les poches. De toute façon, on ne peut plus se saquer, on se regarde le matin en se disant qu’on se déteste. Non, sérieusement, hormis les quelques dates qu’on a booké dans un futur proche, je suis incapable de te dire ce qui va nous arriver. Bien sûr, on a énormément d’idées en tête, mais on ne sait pas encore où ça va nous mener. L  : Après, notre but évidemment, c’est de développer notre concept en dehors de Lille. Clément par exemple va déménager à Bruxelles, pourquoi pas tenter quelque chose là-bas. C’est une ville géniale culturellement, une capitale à échelle humaine, c’est assez accessible, et il se passe plein de trucs. Sur Paris aussi, mais bon, pour ça on préfère prendre notre temps.

Après les premières Classique on faisait toujours un after chez moi, et ça partait systématiquement en couilles

C  : Quand on s’est lancé au début, on voulait changer d’endroits à chaque événement, et essayer d’aller dans des

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lieux qui sont à priori pas fait pour ça. On n’a pas pu le faire puisque forcement au début on n’arrivait pas à avoir accès à tout. Avec du recul, on se dit quand même qu’on a réussi à faire des trucs vraiment pas mal, mais l’idée de base c’était d’être mobile, de s’exporter le plus possible, et on aimerait bien poursuivre dans cette voie-là. On a un peu l’impression que Lille s’était éteinte ces dernières années et est en train de revenir en force, vous en pensez quoi ? PAD : Il y avait toujours des personnes qui essayaient de faire bouger les choses, mais ils n’étaient pas suivis ou trop mal organisés malheureusement. Nous on a cette chance d’avoir été accueilli par un plus grand public.

L : Quand j’étais manager il y a 5 ans, il y avait une grosse grosse scène lilloise, et elle a disparu d’un coup. Et depuis un an à peu près, les choses recommencent à bien bouger, avec un label comme Alpage par exemple, qui sort beaucoup d’artistes, les Wesh! sont revenus en force, on est arrivé, Le Noeud Pap’ est arrivé aussi... On retrouve quand même un petite dynamisme, avec des artistes lillois qui marchent bien : Bodybeat, Marklion, DDDXIE, Rocky aussi ça cartonne ! C : Pink Tee ! Ça fait des années qu’il galère parce qu’il a pas encore de tourneur, il a pas de label, alors que pour moi c’est un des mecs qui représente le mieux la culture musicale à Lille. À côté de ça t’as Lenaklax par exemple ,avec ses bijoux,qui commencent à pas mal s’exporter, tout ce qui sort de Maison de Mode qui est plus ou moins qualitatif mais il faut en parler.

Bodybeat, Marklion, DDDXIE, Rocky aussi ça cartonne !

C : On a la chance d’être entouré de gens qui bossent bien et d’avoir été là au moment où il fallait. C’est un mélange de facteurs  : la chance, l’instant présent, l’entourage, etc. En ce qui nous concerne, on prend tout ça extrêmement au sérieux, ça nous bouffe 23h/24, en plus de ce qu’on doit faire pour gagner notre vie à côté. Mais PAD a raison, il y a encore beaucoup de gens qui se bougent, mais c’est très difficile de faire une différence à cause de tout ces facteurs.

L : Neypo et leurs casquettes C : C’est vrai qu’il y a eu une petite disparition de l’activité culturelle à Lille mais ça revient fort. Et on a la chance de faire partie de tout ça parce qu’on est arrivé au bon moment, c’est une grosse coïncidence, on était là à l’instant T.

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Vous avez déjà un peu répondu à ma prochaine question mais je vais vous la poser quand même. Qui vous impressionne le plus sur la scène lilloise aujourd’hui ?

retrouve dans un dynamique ultra positive. Un mot de la fin ? Un message à transmettre ? C  : Il nous faut de l’argent ! On met un point d’honneur à toujours payer tout le monde, ce qu’on arrive à faire, mais à la fin d’un événement les caisses de La Classique sont à 0.

C : Rocky, direct ! L : C’est nos potes donc on va dire Rocky.

L : Souhaitez-nous de l’amour surtout.

C : Attend, c’est pas que pour ça. L : Ca s’appelait TV Glory avant, ils étaient ensemble depuis 10 ans, et ils ont monté Rocky derrière en gardant les mêmes musiciens mais en changeant complètement leur façon de travailler. Et c’est Clément justement qui leur a présenté la chanteuse.

PAD  : En réalité ce qu’il faut nous souhaiter c’est que les gens continuent à nous suivre, parce que sans eux il y a pas soirées. C : Merde il a raison, PAD la voix de la sagesse.

C : Ils sont allés loin, il représentent bien Lille depuis 2 ans. L : Je trouve qu’ils font un boulot fabuleux, aujourd’hui ils sont signés chez Gum, le label de Woodkid et The Shoes. PAD : On a déjà cité Pink Tee qui commence à creuser son trou du côté de Paris. Et puis il y a Alpage évidemment. L : Maklion il vient de Dat Politic à la base ! Il y a 5 ans il lançait déjà son projet et il a sorti son album il y a quelques mois seulement. Il a pris son temps, et maintenant il se

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LA CLASSIQUE

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LOCAL HEROES

BODYBEAT

par Eric Rktn

E

nfoncé dans un siège cosy en cuir de chez joe’s, j’attendais Bodybeat, trio le plus funky du label Alpage Records. Je cuisais littéralement dans la moiteur d’un été indien, peut être parce que les fenêtres ne s’ouvraient pas. Soupçons confirmés lorsque je débarque Jeremy, batteur groupe, seul, mais surtout emmitouflé dans une écharpe sous un bonnet tricoté. Peu importe, un sur trois c’est déjà bien.

Du plus agé au plus jeune il y a Red qui a 43 ans, Nico a 33 ans et moi j’ai 25 ans. Red a fait du folk pendant 20 ans sur des labels comme Rectangle, il a sorti cinq albums, Nico est un peu le batteur de Lille qui joue dans pleins de groupes actuellement. J’ai rencontré Red via Nico, parce qu’on jouait dans Moloko Velocet, et de mon côté je joue toujours dans Pan Aurora, Jimi Ben Band, et je fais de la synchro pour des musiques de théatre. Là en ce moment, je fais une musique de pub pour un site de santé et bien-être. De toutes ces expériences, comment vous en êtes arrivés à former un groupe à trois ? Il y a deux ans, Nico avait rencontré Red qui avait déjà des maquettes de funk, c’était un peu un fantasme pour lui de faire de la musique noire pour un rouquin. Ils se sont rencontrés par le biais de Jean Michel Bronsin, le régisseur général de l’Aéronef, ils ont fait une répèt’ avec Jérôme, guitariste qui est parti, ils jouaient par-dessus des bandes, avec des basses synthés enregistrées à l’ordinateur. Nico a directement proposé de me ramener à la répèt’ suivante parce qu’il pensait que ça pouvait être cool avec une vraie basse.

peu douteux, parce qu’il y avait deux guitares, pas beaucoup de claviers… Pas le même âge non plus. Ça n’est pas vraiment un problème, ça m’est déjà arrivé de faire de la musique avec des vieux (rires). Il y a un échange, d’un côté il a de la bouteille, et moi je suis peut etre la fraicheur, sans vouloir me la ramener. On se complète très bien. Au début, on avait un vrai ampli basse, une vraie batterie… Pour des raisons purement économiques, on s’est dit que si on voulait tourner, il fallait que tout rentre dans la Clio, la Beatmobile. Du coup, on a une batterie électronique, et on se branche tous dans une table de mixage, on est une formule super light, on vient même avec notre propre table de mixage quand on joue dans des petits cafés.

on est une formule super light

Ça faisait partie de tes plans d’un jour jouer du funk ? Je me suis dit « Mince, jouer du funk », j’étais assez fébrile, un

Vous n’avez même pas besoin d’ingénieur du son. Non, la table et nous sur scène. On joue, comme si on jouait un cd, je que j’entends c’est ce que les autres entendent quoi. Vous vous définissez comme un groupe comment ? Aujourd’hui, je dirais qu’on est un groupe de dance funk, par l’évolution des compos, du matériel qu’on utilise. On tient à

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garder le mot funk parce qu’on joue avec une vraie basse, mais la famille dance regroupe la house, la techno, même un peu le r’n’b, c’est ce qui nous définit le mieux. Plutôt live ou club finalement ? On est un groupe de live, mais on aimerait jouer dans les clubs. Tu penses que c’est possible de voir trois mecs jouer au Magazine Club ou au Social ? The Supermen Lovers l’a fait, au Magazine Club, pourquoi pas. En fait, mis à part la voix, il n’y a rien d’acoustique. On est comme un ordinateur, mais à taille humaine. Pourtant même la voix est traitée comme un instrument chez vous. Dès le départ, c’était une volonté de Red. Il avait envie de changer de registre en ayant une voix un peu robotique qui traverse le temps et qui parle plus au gens. Comment vous avez rencontré Alpage Records ?

tourneur. J’aime bien cette volonté chez Alpage de boucler la boucle entièrement, avec un minimum d’intermediaires. Là on a pressé 250 vinyles, Alpage en paye la moitié, nous l’autre, ça se fait en République Tchèque, mais il y a quand même eu 1 000 € de frais. Vincent le dit avec des étoiles dans les yeux, mais il aimerait avoir sa propre usine à vinyles. Ces machines coûtent cher, c’est un projet sur des années. Là, le but c’est de trouver des fonds. Après, on fait tout main dans la main, par exemple on va jouer des titres avec You Man en live, comme « Birdcage ». On est en train de voir pour une date où on jouerait leurs titres avec la basse et la batterie par nous, eux auraient leurs synthés, et Red chanterait pardessus. Au niveau de votre image, c’est vous décidez ou Alpage vous conseille aussi ? On a décidé mais on leur a demandé ce qu’ils en pensaient, et s’ils avaient des choses à nous proposer. DDDXIE est un peu le coéquipier de Vincent, et c’est lui qui travaille l’image, c’est lui qui a fait le logo de You Man, le nôtre aussi. On a pas mal échangé de mails avec lui pour l’artwork de l’EP, mais finalement on a repris notre photo de profil qu’on a agrandit pour notre EP. Il n’y a pas du tout ce côté «  flicage  » , c’est plutôt moi qui vais demander des conseils.

C’était un petit quartier working class voire no working du tout, ça ressemble un peu à Lens

Vicent (ndlr : Marklion) nous a contacté il y a un peu plus d’un an. On se connaissait sans vraiment se connaitre, Antoine Pesle est un pote à nous, j’ai enregistré des basses pour lui, on connaissait aussi DDDXIE, je travaillais avec lui à l’Aéronef, et c’est un pote de Red depuis longtemps, d’ailleurs on a enregistré avec lui une basse et une batterie pour l’album d’Antoine qui devrait sortir bientôt. Je pense qu’Antoine avait fait bonne presse de nous auprès de Vincent, de notre côté on louchait déjà dessus. De l’exterieur, on trouvait qu’Alpage était cool, belle image, des artistes supers, mais bon comme le veut la finesse humaine, on ne s’est pas trop avancé, on l’a laissé venir à nous.

Comme vous travaillez en famille, ça vous tenterait de faire des remixes d’artistes Alpage ? Ca me dirait bien, là on va continuer à nous concentrer sur notre musique mais si on faisait un remix, ça serait un peu comme Zombie Zombie, c’est-à-dire qu’ils ne coupent pas des samples dans tous les sens, mais qu’il réenregistrent avec une vraie batterie et s’approprient carrément le morceau.

Vous avez un peu l’esprit Alpage, dans cette volonté d’être libres, comment vous fonctionnez entre vous, vous avez un leader, un manager ?

Tu me parlais tout à l’heure de votre petite tournée avec Galaxians en Angleterre.

Je dirais qu’on est plutôt trois managers, nos liens avec Alpage se font avec Vincent et Amandine. Vincent est un peu notre papa Tarzan, il comprendra. Il veille sur nous, et il sait que si on voulait avoir un manager, ça serait quelqu’un de plus disponible, lui est très occupé. On a pas mal de points communs avec Alpage, à commencer par le fait d’être complètement indépendants, on aspire à être notre propre

Oui, et au café Jean de Lille, mon cher café Jean adoré. Et on s’est fait une date à l’International aussi, une très bonne soirée, c’était génial. Je suis gêné de le dire, mais en Angleterre les gens sortent du travail plus tôt, sont plus portés sur l’alcool. Du coup, ils boivent plus tôt et dansent plus en venant sans manteau. En plus de l’exotisme de jouer à l’étranger, tu sens que les gens ont de la culture. Rien que pour les balances, les ingé-son réglaient ça en dix minutes,

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ils comprennent la musique tout de suite. Ils ont des vieilles tables analogiques des 70’s, pas parce que ce sont des fous du vintage qui l’ont acheté 12 000 sur eBay il y a trois mois, c’est juste qu’ils l’ont depuis l’époque et qu’ils en prennent soin. L’acceuil du public étaient comment en Angleterre ? Ils avaient déjà écouté ce que l’ont avait mis sur internet. En fait, le batteur de Galaxians est aussi programmateur dans différents endroits. Donc en plus de les rencontrer, on s’est fait acceuillir par tout un groupe d’amis qui nous suivaient sur les autres dates. On a dormi trois jours à Leeds chez lui, où les gens sont vraiment sympas. C’était un petit quartier working class voire no working du tout, ça ressemble un peu à Lens, plein de maisons en briques rouges, ce n’était pas Shoreditch à Londres. Il n’y a pas un côté schizophrénique chez toi à jouer chez Pan Aurora et chez Bodybeat ? Le point commun c’est que j’y joue de la basse, mais sinon j’ai été guitariste chanteur dans un groupe de rock, batteur de jazz à jouer dans des hotels quand j’étais au conservatoire. Je viens d’une famille où mon père est musicien percussioniste, ma mère comédienne, chez nous il y a des cds partout, on écoute de tout… J’aime beaucoup

de choses, et je suis assez agacé par les gens qui veulent classer des genres musicaux comme des équipes de foot. Avec toutes ces dates en dehors de Lille, est ce que vous vous considérez encore comme un groupe local finalement ? On est un groupe local, avec le but de devenir un groupe national, voire international au cœur de l’Europe, on va avoir une date pour un festival en Allemagne cet été d’ailleurs. À propos d’Alpage qui veut rester lillois, je vois cette grosse fourmilière d’effervescence et d’idées qu’est Paris et je pense que c’est plus simple de tirer son épingle du jeu dans une métropole comme Lille. On arrive sur Paris avec cette sorte de fraicheur exotique. Tu te sens faire partie d’une scène lilloise ? Clairement, avec Alpage mais aussi des labels comme PIL Records (ndlr : Play It Loudly), avec We Are Enfant Terrible, Weekend Affair, Gym, ou alors même dans la scène rock lilloise qui commence même à dégueuler de bons groupes.

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BODYBEAT

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路 137 路


HOT SPOT par Paul De Pone

SOCIAL CLUB

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e vais vous raconter comment ça ne s’est pas passé, parce que je n’y étais pas, sans me rappeler pourquoi. Oui, c’est dommage... De toute facon, connaissant les loustics, il est assez facile d’imaginer comment les événements se sont déroulés. Hoosky, eux aussi habitués de ces soirées-là. On draguait, on dansait, toi-même tu savais pourquoi. Et on clubbait un peu plus aussi sur leur set plus terre à terre, plus électrique, entre trap aux basses profondes et house comme à la maison. Entre les Free Your Funk et les Mardis McFly, on pourrait croire qu’il est impossible de caler une autre soirée rap au Social. Mais pas quand celui-ci se teinte de bonne humeur et de blagues sur les fricadelles, j’en veux pour preuve qu’ils ont fait salle comble pour leur première, la vérité. La seule chose qui me fait regretter de ne pas y être allé ? Ne pas savoir s’ils ont joué du Menelik ou du IAM dans leur set, et ça cousine, c’est une vraie déception.

Après une naissance en grandes pompes à Lille où ils ont pu s’imposer comme la figure de proue d’un rap décomplexé, les Wesh! Bien ou Bien!? ont décidé, au bout de cinq ans, d’enfoncer la porte d’autres clubs à grands coups d’Air Max aux bulles craquées. Après des passages nuageux par la Cave aux Poètes, leur ping pong rock versus rap dans des bars parisiens ou les Nuits Sonores, le collectif débarquait enfin au Petit Social pour une soirée en son nom propre. Et pour leur vraie première, ils ramenaient des habitués qu’on pouvait presque considérer comme des résidents des soirées Wesh !? : les Bons Gamins, avec dans leurs valises une grosse dose de rap spatial, délestant le public du poids qui les retenait au sol, annulant la gravité ambiante avec des paroles cycliques tournant en boucle dans nos têtes. Je ne dirais pas mieux que le collectif lillois : ce moment était tellement en l’air qu’on pouvait les appeler Air France. Et le Social ce soir était une piste de décollage en heure de pointe. Pas de pacotilles, les chemises étaient ouvertes, les bagues et les chaines en or brillaient sérieusement en rythme avec

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WESH! BIEN OU BIEN!?

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HOT SPOT par Max Ltnr

LE MOTHER

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n le sait, l’équipe du Magazine Club aime mettre les petits plats dans les grands. Après une année grandiose en terme de programmation et un séjour au ski, voilà qu’ils nous mijotent désormais l’ouverture d’une buvette/ cantine aux allures de bar lounge. Et si l’endroit, anciennement l’Etik Club, n’est encore qu’un vaste chantier, on voit déjà se dessiner les contours d’un spacieux comptoir et d’une cuisine qui sent déjà bon la popote de mèregrand. Filet de bave disgracieux au coin de la lèvre, on est allé mettre à table leur directeur artistique Péo Watson.

Salut Péo, tu peux nous expliquer concrètement ce que va être Le Mother ? Péo : Notre volonté était de développer notre activité tout en se diversifiant. Le Mother, ça va être un établissement de jour : cantine, restaurant le midi et afterwork le soir, tout en fermant assez tôt, contrairement aux bars qui restent ouvert jusqu’à 3h sur Lille, on préfère fermer à minuit en semaine et vers 1-2h le weekend pour vraiment développer ce côté afterwork et non établissement de nuit. Est-ce que tu vois Le Mother comme un complément de ce que peut offrir le Magazine Club, à l’instar du Wanderlust avec le Social Club, ou à l’inverse comme un projet bien à part ? P : C’est un projet complètement différent, comme je le disais notre volonté est vraiment de se diversifier. C’est un établissement de jour où l’on peut manger, boire, faire la fête différemment. On discute, on bouquine, on peut travailler si l’on veut même.

Justement, on se posait la question sur le type d’ambiance qu’on allait y trouver, plutôt festive ou plutôt relax ? P : Ce sera vraiment un endroit où l’on pourra se poser. Après on empêche à personne de faire la fête, mais la volonté qu’on a c’est d’ouvrir un lieu plus « chill ». Comment vous est venue l’idée et depuis combien de temps vous préparez ça ? P : L’idée de se développer et d’avoir plusieurs affaires, on l’a toujours eu. Depuis le Supermarket déjà, on voulait un club plus grand, ce qu’on a réussi à faire avec le Mag. Après ça l’idée était d’avoir un établissement de jour dans un quartier spacieux, agréable et en développement. Ça fait à peu près deux ans qu’on mûrit le concept et un an qu’on a signé la vente et donc que c’est devenu concret.

la volonté qu’on a c’est d’ouvrir un lieu plus « chill »

On sent un réel engouement autour des offres culinaires, entre les festivals de fooding, la multiplication des foodtrucks, des projets comme le Lunchbeat, le développement de plus en plus

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d’établissements branchés autour de la nourriture. Qu’est-ce que tu penses de tout ça ?

Ah justement, qu’est-ce qu’on pourra retrouver à la carte du Mother ?

P : Personnellement, j’adore manger, j’adore la cuisine, depuis toujours c’est une passion. Je trouve ça très bien que la cuisine se popularise et se banalise de manière générale. Maintenant, en ce qui concerne Le Mother, on a la volonté de faire de la cuisine de grand-mère avec des aliments simples, on est pas branché créatif, design etc. On ne compte pas surfer sur la vague « Top Chef » du tout.

P : C’est une information que je ne peux pas vous donner pour le moment, non pas pour des raisons de confidentialité mais parce qu’on ne l’a pas encore décidé. On doit voir ça avec le futur chef. En tout cas ce que je peux vous dire c’est qu’elle sera centrée autour de ce côté «  cuisine de grandmère » comme je vous le disais. À quand l’ouverture ? Vous avez prévu quelque chose de spécial pour l’occasion ? P : Ça devrait être prêt pour mi-mai. On n’a pas préparé d’ouverture en grande pompe, mais oui il y aura une inauguration où l’on invitera nos amis, les gens qui nous aident et nous suivent depuis longtemps, nos partenaires... Les gens qu’on aime en somme !

MAGAZINE CLUB

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HOT SPOT

LA CAVE AUX POÈTES

par Paul De Pone - Crédits photo : Jeanne Frezel & Marine Fourneau

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appelez-vous, c’était le 19 février dernier, l’équipe de La Cave Aux Poètes nous ouvrait affectueusement leurs portes pour une première Noeud Pap’ Party dans l’antre roubaisienne. Le londonien Luqus ouvrait le bal pour un live ambiant et aérien, dans une atmosphère timide mais chaleureuse. Le public, quant à lui, hochait doucement de la tête, sourire en coin. Le vrai climax de la soirée restera sans conteste la performance de Blackbird Blackbird, une heure de puissante balade électronique, entre lyrisme et hip-hop, qui aura eu le mérite de décoincer les chevilles et faire lever les bras d’un public encore rêveur de la prestation de son prédécesseur. On sue, un peu, l’oreille attentive, prêt à bondir aux premières notes des succès notoires du californien. L’homme nous créditera même de quelques nouveautés (« There Is Nowhere »), et finira son live en distribuant poignées de main et étreintes amicales. On rentre chez nous le cœur léger et la conviction d’avoir passé une soirée la tête loin, très loin du sol. Merci Backbird Blackbird, merci Luqus, et merci à La Cave Aux Poètes, on reviendra sans l’ombre d’un doute.

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LA CAVE AUX POÈTES 16 Rue du Grand Chemin 59 100 ROUBAIX

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À VENIR par Paul De Pone

BEAUREGARD FESTIVAL

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arement un festival n’avait été aussi agréable à faire que celui de Beauregard, je m’en rappelle comme si c’était hier : le soleil tapait fort, tout le temps, l’herbe de ce bon vieux John était fraîchement coupée, prête à accueillir des festivaliers pas farouches. Non, on était loin de la guerre et des foules houleuses qui nous noient sous des mouvements de bras et autres pas de danse où l’on peut perdre sa bière, ses lunettes, un bras, et le château en fond était un décor parfait pour le concert des Hives (qui pensaient d’ailleurs que c’était un cadeau pour eux). Gageons que cette année le beau temps sera lui aussi à la fête, d’au moins aussi bonne qualité que ses invités de marque.

DAMON ALBARN

JOHN BUTLER TRIO

Le rendez-vous à ne pas manquer, pour sûr. Le papa de la pop made in England laisse de côté tous ses projets (Blur, Gorillaz, The Good The Bad & The Queen, Monkey) pour se consacrer enfin à lui. Aller à son concert, c’est comme faire un pélerinage en hommage à la musique anglaise, de la brit-pop des années 90 à nos jours, parce qu’il n’y a pas que Oasis et les Beatles qui ont marqué son histoire.

Oubliez les souvenirs de la période ingrâte où vous écoutiez John Butler Trio, et vous vous apercevrez que sa musique n’a rien à voir avec vos tentatives de faire des ollies avec vos baggys (bien) trop grands. John revient avec un nouvel album à défendre en live, lui accompagné de sa guitare à douze cordes et ses ongles de 30 cm de long que vous ne raterez pas, même en étant au fond de l’assistance.

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AGNÈS OBEL Une chose que l’on a su apprécier plus que tout chez John : il n’y a pas de concert de reggae le dimanche ! Cela veut-il dire que l’on ne peut pas chiller impunément sur la pelouse du château ? Que nenni. Agnès Obel et sa voix douceureuse servira de sofa sonore sur lequel vous pourrez vous affaler comme des Enoras devant un Pharrell qui n’en demandait pas tant.

SAMBA DE LA MUERTE

DISCLOSURE

Surprise sonique et révélation pop de l’année pour nous, et d’ailleurs on vous en parle dans ce même numéro. Et afin d’éviter toute redite sur ce qu’on en pense (que du bien d’ailleurs), on vous encourage à sortir dehors un soir d’été pendant un orage, de regarder le ciel et d’écouter leur premier EP, « 4 ». Ca vous donnera une idée assez précise de ce qui vous attend en live.

Machine à danser jubilatoire. Le duo a tout renversé sur son passage, et ne compte pas faire d’exception pour le Beauregard avec son live qui nous change des monotones DJ set planqués derrière des platines. On vit, on se déhanche, parfois on tombe aussi, mais il est proscrit de rester assis, sous peine de perte de contrôle soudaine de votre corps, à votre insu.

Rajoutons-en une couche, je t’invite trinquer chez John avec un pass trois jours pour toi ! Rendez-vous très vite sur notre fan page !

BEAUREGARD FESTIVAL

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À VENIR par Eric Rktn

Open Mic les Inrocks Lab

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’est déjà le retour des Open Mic ! Sosh et les Inrocks Lab repartent sillonner la France. Dénicheurs d’artistes qui aiment bien squatter les colonnes de nos numéros, on ne pouvait pas passer à côté de cette nouvelle audition des talents lillois, en public, le 17 avril prochain. Pour la peine, nous en avons sélectionné trois à ne rater sous aucun prétexte.

OKAY MONDAY

G.Y.M.

SANIK

La dernière fois qu’on les a aperçu, c’était au festival des Nuits Secrètes, mais pas sur la scène. Ils avaient préféré l’ombre d’une scène cachée pour jouer des jams de trois jours en compagnie des autres musiciens du line-up. Cette fois-ci ils seront seuls, avec la ferme intention de faire aussi mal qu’un lundi matin au réveil.

Acrobates d’une pop sonnant en anglais, c’est en live que le nom de ce groupe prend tout son sens. Prévoyez des tenues où vous serez à l’aise et des bouteilles pour vous désalterer, car ce trio a le don de faire transpirer la foule avec des chansons qui restent dans votre tête, des figures élastiques et des body scintillants.

Fraîchement embarqué dans le train du cloud rap, Sanik s’est entouré de producteurs de talents lillois tout aussi discrets pour fabriquer une musique nuageuse et incisive. Pas d’ambiance scandale, ni de danses de vandales, écouter Sanik, c’est déjà être dans un futur sombre, onirique et foutrement remuant.

okaymonday

gymband

sanikofficial

A l’occasion de cette venue, nous vous faisons gagner des compilations Inrocks Lab Vol.2 (avec Moodoïd, We Are Match, Le Vasco, Bois Noirs, Dream Koala, O Safari, etc.).

Rendez-vous sur notre fan page ! http://www.facebook.com/lenoeudpap Jeudi 17 avril au Grand Mix à partir de 19h, sur invitation gratuite, places à retirer ici :

http://petitlien.fr/75q6

LES INROCKS LAB

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PAUL DE PO

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LENDEMAIN par Paul de Pone

JARCO WEISS ET LE MIRACLE

Comme un Lescop terriblement sexué. Jarco Weiss et le Miracle n’aiment pas qu’on les compare à lui. Et à raison, parce que vous ne verrez jamais autant de filles à son concert onduler aussi lascivement, hypnotisées comme des sirènes sans queues, oubliant ce qu’elles allaient faire les cinq minutes suivantes, à part se laisser emporter, Alzheimer à l’envers. C’est cette impression qu’ils m’avaient laissé quelques jours plus tôt à la Flèche d’Or pour le lancement du label Beef Wellington. L’absence d’une vraie foule avait largement été compensée par un premier concert habité/charismatique, au choix. Peut-être les deux. Mais déjà, on pouvait voir que cette formation réduite aux essentiels voix et synthé n’avait besoin que de peu de monde pour installer son ambiance cottonnée aux saillies en slow motion qui sierait à merveille dans la pénombre d’un Silencio. En attendant, y avait-il ce soir un endroit plus approprié que La Petite Taverne pour fêter la sortie de leur premier EP ? Non,

indubitablement. L’ancien bar à strip aux lumières rouges tamisées et aux fresques friponnes de festin nus épousait presque trop naturellement les langueurs mélodiques de ce monstre à deux têtes, à moins que ca ne soit leur musique somatique qui encanaillait un peu plus le lieu et donnait à la barre de pole dance un reflet plus scintillant ? Au choix. Peut-être les deux. Leur musique, justement, tient d’un crossover risqué mais réussi entre la house, la chillwave et la chanson francaise. Ouaip m’sieur, la chanson française, celle du spleen post amour déchu, du râle je m’en-foutiste, mais aussi celle des mots aussi sensuels qu’ « œuf poché » (si si, chuchotez-le à l’oreille de quelqu’un et vous verrez). Sur papier, ce mélange peut paraître douteux, trop ambitieux, hasardeux, raté ? Jamais à l’écoute, ni même ce soir en live d’ailleurs. La promiscuité de l’endroit et la foule massée devant Arnaud et Nathan rajoutaient sévèrement à la tension ambiante, avec un contact constant des corps comme une lapdance à plusieurs, sous le flot des paroles quasi prophétiques de

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« cosmos anatomique », portées sur des vagues velours de synthétiseurs. On n’entendait pas grand chose, ce n’était pas si grave, on était bien, là, non ? Anton servait quelques vannes pour les gens un peu trop crampés par cette reprise émouvante de Léo Ferré (?), mais à ce moment-là, tout le monde faisait silence et écoutait, c’était intense, ou je devrais dire Miraculeux. Au choix. Très certainement les deux.

JARCO WEISS ET LE MIRACLE

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LENDEMAIN par Paul de Pone

NORDIK IMPAKT

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ort satisfait de l’édition 2012, je décidais de prendre mes quartiers dans la capitale bas-normande pour le Nordik Impakt, (du 29 octobre au 2 novembre 2013) cette année encore. Vous savez, c’est ce festival qui a lieu en même temps que le Pitchfork, mais qui n’a absolument rien à lui envier. Pendant une semaine, la musique électronique, sous toutes ses variantes, investit les rues, les églises, les salles de concerts, les parkings sous-terrains de Caen, et même quelques appartements de particuliers Ma semaine de festivités a commencé tout doucement, le mercredi, avec le live de nos amis belges de BRNS, et la prestation de ce petit fou de Mac Demarco, qui a passé le reste de sa soirée à boire des bières avec quelques festivaliers, baragouinant quelques mots en français pour les faire marrer. Aufgang a pris le relai ensuite, ensorcelant la foule de ses plages instrumentales dansantes hybrides, avant de laisser la place à Toxic Avenger et son nouveau live. M’ouais. Bof. Du moins, jusqu’à ce qu’Orelsan, ici chez lui, entre en scène pour poser quelques punch sur les instrus de son pote. Je passe le début ma deuxième soirée place St Sau, où a été installé un chapiteau octogonal pleins de miroirs et de vitraux à l’intérieur. Des jeunes producteurs s’y succèdent, y

présentant des lives plus ou moins ficelés de 18h à 23h tous les jours. C’est gratos, on y danse comme pour s’échauffer avant la soirée qui s’annonce au Cargö  :  une petite gig qui dure jusqu’à l’aube et rassemble quelques artistes locaux révélés par le tremplin AOC, comme Beatuaucue ou Baadman. Je ne vous dirai rien de cette soirée, je n’en ai aucun souvenir. Il y avait cette fille qui… Bref, passons. C’est avec un mal de crâne terrible que je me suis réveillé le lendemain. Bref coup d’œil à ma montre : 18h00. Merde, je suis sensé rencontrer Fauve dans 30 minutes pour une interview dont je n’ai encore préparé aucune question. Pas le temps de prendre une douche, j’enfile quelque chose et marche sous des trombes d’eau vers l’église St Nicolas, où le collectif doit jouer ce soir. J’entre dans l’édifice trempé de la tête au pied, je suis un peu paumé, les mecs jouent au foot

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dans la nef, je me joins à eux. L’un d’eux me confie qu’il est excité de jouer dans un si bel endroit, mais qu’il craint que l’acoustique ne soit pas très bonne. On discute, j’en oublie l’interview. Je ne reste pas pour le concert, je suis mouillé, j’ai froid et vraiment faim. Remis d’aplomb après un bon petit plat accompagné d’un pichet d’embuscade (breuvage caennais, à base de bière, vin blanc, calva, et de sirop de grenadine qui, croyez-moi, porte bien son nom), j’erre de bar en bar où de jeunes producteurs comme Jack Bartman se livrent à des prestations live fort sympathiques. C’est un peu comme ça que je me suis retrouvé à danser entre deux étals de shampooing dans un salon de coiffure reconvertit en mini-club pour la soirée. Quand je vous dis qu’au Nordik la musique s’immisce partout. Enfin arrive la soirée de clôture, le coup de grâce du festival. Les friches portuaires sont réquisitionnées pour accueillir des concerts. La presqu’île devient une île de musique et de fête dont le cœur est un immense chapiteau monté pour l’occasion, où Fakear, Woodkid, Gesaffelstein, ou encore SubFocus se succèderont. Ici, on ne sert que de la Carlsberg, bah ouais, le festival met à l’honneur les pays nordiques. Je parviens à me retrouver, Dieu sait comment, dans l’espace artiste de la grande scène. Alors que Gesaffelstein électrise une foule déjà survoltée, je m’approche du babyfoot où

Brodinski et ses copains font une partie. Il triche. Je l’ai vu tricher. J’attendais mon tour pour une petite partie quand un singe de la sécurité me pris par l’épaule et me mis dehors avec un bon coup de pied au cul. De toute façon, j’avais mieux à faire, il y avait tant de choses à voir. Je passais au Pavillon de Normandie, où Dream Koala jouait. Je me laissais planer sur les volutes musicales du francobrésilien avant de rejoindre le Cargö, où j’avais manqué Araabmusik et Jackson & His Computer Band. Joris Delacroix arrivait, suivi par Rone une heure après, et Pachanga Boys enfin, signant incontestablement le meilleur set de mon Nordik. Pas le temps de flancher, il est 5h, je file dépenser l’énergie qu’il me reste devant le set de DJ Koze. Ce dernier arborait un incroyable masque de Rifiki (le baboin dans le Roi Lion, tu l’as ?) mais avec un visage un peu plus méchant. Je dansais voyant la nuit se terminer et le Nordik prendre fin.

JE M’APPROCHE DU BABYFOOT OÙ BRODINSKI ET SES COPAINS FONT UNE PARTIE. IL TRICHE. JE L’AI VU TRICHER.

Merci Caen!

NORDIK IMPAKT

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LENDEMAIN par Paul de Pone - Crédits photo : Urban Mythology

NOUS SOMMES 2014

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e n’ai jamais manqué une fête de plus de 1500 personnes, je ne vois pas pourquoi celle-là aurait fait exception. Et puis c’est vrai que le line-up m’avait tapé dans l’oeil : Brodinski, Gesaffelstein VS The Hacker, Para One (Live), Surkin VS Canblaster… On reprend son souffle... Club Cheval (Dj set), Djedjotronic, Maelstrom VS Louisahhh!!! (à prononcer Louisaaaaaaaaaaaaaaah, enfin je crois), Panteros666, Bobmo, Monsieur Monsieur, Little Mike, Ateph Elidja, B.A.G.A.R.R.E, Guillaume Berg. Tout ce beau monde réuni sous le même blason noir des labels Bromance, Marble et Zone. Voilà, ça c’était pour le name-dropping.

Ça se passe au Grand Sud et il fait froid, c’est marrant comme nom de salle dans une ville où il fait 10° toute l’année. D’ailleurs, c’était la première fois que je m’y rendais, ça aussi c’est marrant, moi qui ait traîné ma carcasse de vieux pirate un peu partout. Mine de rien, je suis toujours ravi de découvrir de nouveaux spots, et l’endroit est parfait pour ce genre d’événements. Bref, à peine arrivé, un illuminé au visage peinturé de rouge s’adresse à moi : « Excusez-moi, ma copine a ses règles » (blague que je ne comprendrais que plus tard) puis me présente son cul. Bonjour jeune homme, ravi de faire votre connaissance également, comment se portentw les jumelles  ? J’immortalise le moment et trace ma route vers la grande scène, où visiblement Panteros666

entame sa prestation. Claque. L’homme à la chevelure méditerranéenne gratifie le public, son public (lui qui a fait ses armes à Lille), d’un live ahurissant et haut-perché. Pour ne rien arranger, une vidéo l’accompagne et nous aspire dans une matrice dont lui seul connaît la porte de sortie. Les premières gouttes de sueurs ruissellent déjà le long de mon cou, il faut que j’aille prendre l’air. À mon retour, je prends l’initiative de chercher la deuxième salle en quête d’une ambiance plus intimiste où les coins sombres et les belles blondes ne doivent pas manquer, une vague connaissance aux cheveux longs m’attrape par le bras et m’emmène danser. Je n’insiste pas, retour dans la fosse aux lions. Les performances s’enchaînent et j’avoue ne plus vraiment me

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souvenir de l’ordre de passage, qu’importe, entre techno nerveuse et bass rebondissantes, mon bonheur est fait. Il est déjà tard dans la nuit et je n’ai toujours pas dragué la serveuse du bar, et d’ailleurs je ne me sais toujours pas à quoi ressemble le bar, c’est vrai que j’ai un peu soif mais à ma grande surprise ce soir l’alcool ne fait pas partie de l’équation que j’ai pourtant si souvent appliquée. Para One entre en scène. Le seul homme au monde à m’avoir fait développer un complexe d’œdipe au masculin, j’hurle «  PAPA  » entre deux nappes et mes voisins me regardent étrangement. Il n’a pourtant pas l’âge d’être mon père, mais je ne peux m’empêcher d’imaginer ces dimanches ensoleillés sous fond de perle electro-pop où JB, tablier sur le dos, s’affaire au barbecue, aaaaah soupir… La nuit touche à sa fin et je suis incapable de dire qui est aux commandes, tout les protagonistes se sont réunis derrière la scène pour célébrer un public euphorique qui le leur rend bien. Je n’aurais finalement jamais trouvé la seconde salle, ni le fond d’un verre, et encore moins une paire de lèvres pulpeuses, tant pis, j’aurais au moins assisté à la grande messe de l’électronique made in France. L’amour porte une nouvelle couleur, c’est le noir.

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CHRONIQUE par Paul de Pone

LES GROUPIES

Dimanche, j'ai enfin pris la décision qu'il convient à l'homme sage ayant décidé de mettre un terme à son existence adolescente au profit d'un âge adulte pas si avancé que ça non plus, de ranger la bibliothèque qui entasse les vieux magazines de musique dans lesquels étaient découpées des formes aléatoires destinées au patchwork d'un agenda collégien, les livres écornés de la même période, ceux qui n'ont même plus de couvertures à force de lectures (non ce n'est pas vrai), à ceux brunis par les tâches de café et autres liquides alcoolisés (ca c'est vrai). Dans ce qui s'apparente à un Verdun littéraire, je suis retombé sur l'ouvrage de Paméla Des Barres, «  I'm with the band : confessions d'une groupie  », la première à avoir ouvert la voie du rock à celles qui ne jouaient pas d'instruments, enfin, pas celui auquel on pense… Avant que vous n'abattiez sur moi des injonctions juridiques féministes

hâtives, et je le comprendrais aisément, veuillez avoir la gentillesse de visser votre postérieur confortablement sur un semblant de canapé pendant que je prends mes lunettes de Père Castor musical pour vous conter un chapitre de mes chroniques. Parce que oui, si le terme de groupie désigne aujourd'hui péjorativement une fille dépourvue de vertue et de vêtements une fois le rempart de la sécurité passé, il n'en a pas toujours été le cas.

SALUT LES SEVENTIES Paméla Des Barres donc, outre son nom qui vous fera penser à des blagues salaces ou à un outil de travail fixé entre le sol et le plafond dans des clubs douteux de Pigalle, était une fille attirée par les paillettes et le rock fort, malheureusement sans être dotée du don de savoir chanter ou jouer. Peut-être qu'aujourd'hui elle aurait embrassé une brillante carrière toute marketée à défaut de rockstars, en passant par une émission de télécrochet où sa voix aurait été aussi vite écoutée qu'oubliée, mais il faut croire que dans les années 60/70, savoir faire de la musique comptait quand on avait

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un groupe. A défaut de pouvoir pousser la chansonnette, et parce qu'elle n'avait pas un physique à faire de la radio, elle montrait son joli minois auprès de guitar heroes locaux du sud de la Californie, s'acoquinait amicalement avec eux et jouait l'éternelle «  +1  », entièrement dévolue à son amour pour la musique et ceux qui la faisaient, raisons originelles tout à fait honorables.

Le personnage de Renton dans Trainspotting résume bien le cassage de gueule du rock, de ses musiques du diable appelant aux vices, auxquelles répondaient en chœur primitif et spontané, les groupies. L'odeur du cuir, la sueur, le sang, tout ca aujourd'hui est passé sous filtre Instagram pour l'adolescence, ôtant l'essence même pour privilégier la seule esthétique, laissant la place à des groupes proprets, des groupes pop.

ON SE SOUVIENDRA QUAND MÊMES DES COUPLES MODERNES QUI AVAIENT DU PANACHE : MARILYN MANSON ET DITA VON TEESE, JAY Z ET BEYONCE ? NON, JE PLAISANTE.

Puis, de backstages crades aux backstages moins crades, de groupes locaux aux groupes internationaux, elle se retrouva dans la scène du Sunset Strip de L.A. à sauter sur les genoux de Jimmy Page, à garder les enfants de Frank Zappa, à bichonner Mick Jagger dans ses coups (de blues forcément) durs, sur fond de produits illicites de l'époque, de libération des corps, le tout dans un esprit bon enfant.

Parce que ce n'était pas bien méchant et que cet accord tacite entre les rockstars et les groupies ressemblait à de l'amitié « ++ » (bon, disons « ++++ » quand il s'agissait des orgies de Sinatra), bref, pas à de l'amour avec un grand A, mais plutôt avec une multitude de petits Q. Le but final étant de devenir LA muse, celle qui inspirait l'idole, celle qui captait le génie, que les artistes gardaient jalousement près d'eux quand ils composaient, quand ils répétaient, et sur les routes en tournée, la véritable groupie, le Saint Graal musical,  l'ange déchu tombé du ciel qui n'avait rien à voir avec Joséphine, vous avez saisi l'idée. Mais seulement voilà, toutes bonnes choses ont une fin.

Mais est-ce vraiment de leur faute s'il n'y a plus de groupies ? Où est-ce simplement parce qu'il n'y a plus vraiment de choses pour lesquelles s'indigner, à part la crise (trop mainstream), le gouvernement (bravo jeune rebelle), la défense des animaux (fans de Brigitte Bardot)  ? Le fond du problème est là, absorbé par une politesse et une bienséance convenue où la contre culture et cet esprit de liberté est parti en fumée, comme nombre des héros de l'époque, S. Thompson le dira mieux que moi « Si vous vous souvenez des années 70, c’est que vous n’étiez pas nés ». Aujourd'hui, plus personne ne vit à 100 à l'heure, brûlant la vie par les deux bouts, à moins de passer pour un

LE ROCK EST MORT La belle vague rock qui culminait du haut des 70's a pris une sévère digue bien bétonnée en s'écrasant de plein fouet sur les gencives, comme les doigts sales d'un cocaïnomane râclant le bord d'une cuvette publique. 40 ans plus tard, finis les hymnes qui donnent envie aux filles de se désaper, et Mick Jagger chantant « I can’t get no satisfaction » rappelle plus une pub pour une voiture qu'une incitation lascive pour ta soeur à mouiller sa culotte. «  Le monde change. La musique change. Les drogues changent. Même les hommes et les femmes changent  ».

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punk marginal aux cheveux gras dans un monde aseptisé. On se souviendra quand même des couples modernes qui avaient du panache : Marilyn Manson et Dita Von Teese, Jay Z et Beyoncé ? Non, je plaisante. Pendant que Jim Morrison et sa copine cosmique Pamela Susan Courson faisaient allègrement l'amour dans leur propre sang, aujourd'hui, on ne retrouve que des selfies de Pete Doherty et Amy Winehouse sous crack jouant avec des bébés souris. Quoique. Ça a son charme aussi.

nos moyens de communication nous fera jouer la médaille d'or d'une épreuve de flemme olympique. Il y a donc de grandes chances pour que la groupie du futur ne soit plus visible que sur channel Ustream, et que la seule raison pour laquelle elle viendrait en backstage est qu'il y aurait un point Foursquare avec des shots gratuits à la clé.

Du rock, mis à part des cas rares, il ne reste alors plus qu'un hédonisme éphémère à la recherche d'un coït perdu. Voilà pourquoi il n'y a plus de vraies groupies, parce qu'il n'y a plus de fulgurances musicales qui déchainent les passions. Enfin si, mais elle a changé de forme, du coup les groupies aussi.

Tout ca pour vous dire quoi ? Ah oui, sortez-vous les doigts du cul. VOUS êtes la raison de la présence des groupies, et votre musique doit être sexy en live, pas planquée derrière un écran, et enlevez-moi ce masque quand vous jouez, parce que vous ressemblez plus à un livreur de sushis en bas de chez moi qu'aux Daft Punk. Il n'y a qu'à la condition de se brûler les ailes que les vraies groupies viendront passer de la pommade à ego, deviendront peut-être des niagaras d'inspirations sous lesquels vous vous noyerez avec plaisir, ou des catalyseurs d'amour inconditionnel. Parce qu'il s'agit bien d'amour pour les groupies, alors aimez-vous, bordel. En résumé, devenez des Jimmy Page 2.0 si vous voulez voir des Paméla aussi intéressantes qu'intéressées par autre chose qu'un chiffre sur votre fan page. Et si vous voulez vraiment me faire plaisir avant tout ca, venez m'aider à ranger ma bibliothèque.

ET ALORS ?

VOUS ÊTES LA RAISON DE LA PRÉSENCE DES GROUPIES, ET VOTRE MUSIQUE DOIT ÊTRE SEXY EN LIVE LA GROUPIE DU FUTUR

C'est aussi un peu de sa faute, à la technologie. Je ne vous fais pas un cours d'interprétation des formes, mais il est plus aisé de reconnaître un phallus dans une guitare que sur une platine CD, non ? Bon. Les génies ont changé de camp, et leur utilisation des machines a asexué leurs lives, a désaffecté leurs loges. Et les groupies ? Elles ont changé elles aussi, plus attirées par la côte de popularité de leurs artistes, mesurable en nombre de followers sur Twitter, que réellement leur musique, il ne faut pas leur en vouloir. À défaut d'un genre transcendant, il faut bien se trouver une raison d'être là, et l'envie de devenir une inspiration est reléguée au sous-sol des ambitions de la groupie moderne face à des velléités plus superficielles, oui, cette phrase est très longue. Ah si, il en reste un qui suscite encore la convoitise et la subversion par la violence primale de sa musique moderne : Borgore et le dubstep sont peut-être les derniers vestiges du rock. Enfin, du rock sauce 2014, puisqu'il se prend en selfie en train de coucher avec ses fans, prouvant aux yeux du monde qu'il est très proche de son public. Quel futur pour la groupie alors ? Bonne question. Il y a fort à parier que ca ira en empirant, que l'éclate par les drogues de qualité coûtera de plus en plus cher et que l'évolution de

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CORRESPONDANCE par Clémentine Ouahab

PERTH

Comment va Lille ? Je t’apporte des nouvelles de la terre australe. Tu savais que Perth est la deuxième ville au monde la plus venteuse après Chicago ? Non. Bon d’accord, on s’en fout. Parlons des australiens, l’autre jour, partis en ville avec Julien sans une thune en poche, nous tentons naïvement de payer notre ticket de train avec notre nouvelle MasterCard australienne, la classe. Oui, bon, sauf que ça ne fonctionne pas. Et puis comme on ne veut pas déjà faire les révolutionnaires, on persiste. L’australien dans toute sa splendeur se précipite pour t’aider et t’offrir dix balles pour payer tes tickets ! What ? Bon, allez, on reviendra à Lille pour se faire offrir une pièce de 10 centimes pour payer ton ticket de métro ! Donc plutôt bonne impression, les australiens sont cools. Bref, parlons boulot, après avoir mis mon nez dans les quelques musées et galeries d’art contemporain, j’étais un peu déçue. Est-ce que les australiens ne se réjouissent que de l’art aborigène ? Oui oui, ceux-là même qui se sont fait

expulser de leur terre d’origine… Paradoxe affligeant. Bon, c’est chouette, il y a quand même de l’art ici. Donc revenons à nos moutons (quoi qu’ici on parle surtout de kangourous, mais je vous assure, c’est dégueulasse ! On me l’avait pourtant bien vanté le Kangoo burger…). Après trois semaines à faire les touristes affalés sur la plage plâtrés de crème solaire écran total, on s’est dit qu’il serait pas mal de bosser un peu (ce n’est pas que je n’aime pas les carottes à $1 le kilo mais bon…). Après avoir coupé des poivrons chez Subway pendant dix jours, travaillé chez Paris Crêpe, et avoir été potiche à la porte d’un bar, je me retrouve serveuse et bar tender dans un pub. Bon, l’avantage, c’est qu’au moins j’apprends à décoder l’abominable accent australien. Au final, je suis aussi là pour parler anglais, et quoi de mieux qu’un bar pour discuter ? Je sais que tu vas me dire : « Ma chérie, n’oublie pas que tu es photographe ». Eh ben non, je suis plus que jamais intéressée, je prends le temps de comprendre cette génération et cette culture australienne. Je vis comme eux ici, sans stress, relax. Selon moi, c’est le mode de vie à l’américaine, même lorsqu’il s’agit de travailler, j’irai presque jusqu’à dire qu’ils sont fainéants, mauvaise langue que je suis. Bon, tu constates que je te fais un portrait un peu pessimiste de la chose tout de même, mais si je te dis que la mer est turquoise, qu’il fait 40°C, qu’on mange « healthy » (Ah ben oui, tu oublies le maroilles ici), qu’on fait de l’exercice sur la

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plage à 100m de chez nous, et que le coucher de soleil est magnifique, je te vends du rêve à la louche ?! Tu vois, c’est comme le fait d’être français ici, les gens te disent : « You’ve got the most beautiful accent of the world ! » - « Hein ?! Taink you ! ».

la recherche d’une prise, car mon ordinateur ne fonctionne plus sur batterie, évidemment. Du coup, de temps en temps, on s’autorise le luxe d’acheter une recharge internet pour un Skype ou Tumblr, on ne peut pas tout avoir, le soleil ou internet, il faut choisir.

Bon, j’avoue, on en joue, surtout au bar. Et puis les australiens adorent la France, ils sont déjà tous allés à Nice, ne me demande pas pourquoi, je n’en sais rien. Donc, je discute, et de fil en aiguille, j’obtiens des boulots en photo, plutôt bien payés, cela dit, comme pas mal de jobs ici, $25 de l’heure pour servir des bières, c’est chouette !

Je prépare des projets en rapport avec mon voyage, qui mettront du temps à se développer, mais dans lesquels je voudrais m’investir. Affaire à suivre.

Bon, et parallèlement à ça, je n’en néglige pas mon travail artistique qui progresse, bien que je manque de régularité pour le partager. J’ai malheureusement perdu une partie de ma vie sociale virtuelle en quittant la France, sur mon île, ici, pas de connexion internet illimitée (sauf si tu es riche) donc bon, on traine dans le centre commercial ou au Hungry Jack’s (Burger King australien, pour la culture culinaire) à

Bisous Kangourou.

En attendant, bon baisers de Perth, où je profite pleinement de l’été.

CLÉMENTINE OUAHAB

http://clementineouahab.tumblr.com · 163 ·


CORRESPONDANCE par Ludwig Noiron - Crédits Photo : Claire Cabrol

Je te vois venir de loin, toi, que j’appellerai Tunisix (Footix…), imaginant que ce pays n’est qu’un ensemble disparate de Club Med égarés au milieu de déserts avec des mecs vendant des loukoums à l’ombre de leur chameau. Si t’as le câble satellite, tu sais peut-être que la Tunisie a également servi de décor à Star Wars, notamment durant les sombres passages du génocide de la famille de Luke (R.I.P.). Mais en 2011, l’image de cette oasis de paix, de ce havre de jasmin, de ce café des délices que nous chantait Patrick Bruel, en a pris un coup, et tu as vu la population

TAJINE TONIQUE : L

que pourrait penser Hubert Bonnisseur de la Batte. « Merde, la capitale de la Tunisie… ? » - Algérie/Alger, Tunisie/Tunis, Maroc/Marrak… Rabat, gros plouk. Tunis donc, la capitale est bien loin des attraits touristiques que sont Djerba et Hammamet, où s’agglutinent les adeptes des chaussettesclaquettes et les Burn-Out parisiens de lastminute.com. C’est plutôt la destination des mecs qui cherchent les pièces sur la plage à la fin de la journée, ces patients épicuriens qui nous fascinent tous, les anti-mainstreamiste, les fatigués de Budapest ou Berlin, destinations qu’on nous vend depuis 10 ans comme les nouveaux London, et vice-versa… Ça sert à rien à part chopper des likes sur Instagram et te faire un Vine avec du Kalkbrenner en fond. Sa force est qu’elle abrite autant de quartiers que de castes sociales et de provenance culturelle. Les africains fortunés de la Banque Africaine de Développement (l’équivalent des pimps de Wall Street en Afrique) côtoyant leurs compatriotes employés dans les basses sphères de la strate professionnelle tunisienne, et parfois en situation irrégulière. De l’autre côté, les Tunisiens de la haute société se mêlent aux étrangers européens des institutions internationales et des ambassades, tandis que les tranches populaires entretiennent une ambiance traditionnelle souvent émanant de leur région rurale d’origine, dans un mélange de saveur et de culture qui vous transporte souvent bien loin des contraintes d’une capitale ; et parfois/ souvent, tout ça se mélange, le temps d’un marché, d’une soirée, d’une baleine échouée sur la plage ou d’un foot. Un sourire et un ballon, ça te pacifie un pays, la thune aussi, j’ai

Ça sert à rien à part chopper des likes sur Instagram et te faire un Vine avec du Kalkbrenner en fond. tunisienne sortir dans la rue et renverser une dictature, lançant les Révolutions Arabes. T’as donc découvert du même coup que ça dépassait le nombre du personnel des Club Med, et que l’immolation n’est pas une activité au bord de la piscine, et donc les prémices des vraies manifs, genre Ukraine, pas comme les tulipes à l’urine du jour de colère. Bref, t’as rencontré le tunisien. Ça c’était la partie où je démontais le cliché carte postale du chameau qui parle que t’avait envoyé ta voisine de classe en CM1 en excursion de groupe à Carthage : « Big Bisous Bien Baveux 2 Tunisie  », t’étais toujours dans cette hésitation entre la pé-cho et lui faire bouffer son bloc note Didl à la fraise. La réalité, c’est qu’on est en 2014, que la Tunisie c’est 10 millions de bonhommes, du sable, beaucoup de sable, des blonds, des bruns, des noirs, des blancs, une population jeune et une capitale qui n’a rien à voir avec ce

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LE CHAMEAU AUX JANTES ALLIAGE CHROMÉES pas dit le contraire, mais ça se saurait si le chaperon rouge avait un taser. Au coin de La Marsa, banlieue huppée de Tunis construite sous le protectorat français sur le modèle de Nice et sa promenade des anglais, avec les brigands de Nice en moins (un reportage sur deux sur la BAC se passe à Nice), tu viens déguster ta bière Celtia en fin de journée et commence à te déhancher au contact de la jeunesse hipster Tunisoise, des mecs qui n’ont rien à envier au look des autochtones que tu croises dans les fils d’attente des soirées Kitsuné au Magazine Club. Parfois kitsch et commercial, ou traditionnel et sobre, le milieu de la nuit tunisienne évolue en même temps que le pays. Les clubs en sous-sol d’hôtel avec des lasers verts dans les yeux laissent place à des endroits sympathiquement chill, distinctement smooth et fondamentalement cool. Plug, Carpe Diem, Blanco, ça reste encore peu en terme comptable, mais ça vient et les excès de zèle de la sécu font comprendre que le succès est au rendez-vous, et ce malgré des prix bien au dessus de la moyenne (compte 3,50€ pour une boutanche de mousse), mais qui passent au second plan d’une programmation variée et pointue. Dernièrement, le point d’orgue de cette montée d’ambiance en Tunisie s’est concrétisé par l’organisation des Dunes Électroniques, avec un plateau qui envoyait grave dans le décor de Spielberg, t’avais donc du Para One, Sound Pelle’, Pachanga Boys, et j’en passe, aux platines, dans le désert, devant 3 000 personnes. Si la logistique est à parfaire, sois sûr que les éditions prochaines seront à suivre de près, et la concurrence maghrébine reste faible en la matière dans la région. On est loin de Dour, mais c’est tellement plus agréable de sentir ce vent de virginité festivalière et d’excitation, plutôt que les commentaires blasés des hipsters aux pull-overs en été, qui traitent de plateau commercial tout ce qui a plus de 3 jours sur Beatport. Le meilleur live de Polnareff, ça reste pourtant Couscous dans Podium.

qui a tendance à vouloir les protéger en les asphyxiant de mœurs et coutumes, alors qu’il y a une réelle volonté d’émancipation culturelle participative. Allez les gazelles, on a envie de danser avec vous. Tunis c’est comme Skopje, Pristina, Sofia ou Vientiane, des voyages que tu pensais jamais faire, que tu referas sûrement jamais, mais ce sont ceux où tu sors de ta zone de comfort de l’arrivée jusqu’au départ, où ton McDo n’existe pas, ton eau potable te coûte de l’argent, en fait c’est ça le vrai dépaysement. Tunis par rapport à Istanbul ou Londres, c’est Pacey par rapport à Dawson, mais dans la série, c’est ce bon vieux Pacey qui finit par pécho Joey. Un physique moins jovial mais une personne chaleureuse.

Un sourire et un ballon, ça te pacifie un pays

Tout ce qu’on souhaite à la Tunisie, c’est de continuer sur cette voie, et si on pouvait soulever quelques points négatifs, ce serait très certainement en ce qui concerne les jeunes femmes. Une situation complexe dans une société

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Le Nœud Pap' #4