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Memoir cent ans les «Garrotxes» 2012-2013

Le territoire des Garrotxes Un paysage, résultant de la pression anthropique passée et présentant de nouveaux potentiels de développement à venir.

Lenny POL


Memoir cent ans les «Garrotxes» 2012-2013

Le choix du territoire des Garrotxes pour réaliser mon mémoire Cent ans, résulte d’une première impression forte et contrastée du site, découvert par le biais d’un proche ayant séjourné et travaillé dans une ferme au cœur de la vallée durant les années 1980. L’exercice me permet de revenir sur cette première impression et de comprendre le paysage en tenant compte de ce premier regard mais également des différents récits évoquant ce territoire au « passé ». La première impression du site se fonde sur un moment furtif passé dans la vallée, lors d’une fin d’après-midi chaude, au cœur de l’été. Le contraste entre la route nationale encombrée par une circulation dense, et le chemin de montagne sinueux et étroit dépourvu de tout autre véhicule. La progression dans une végétation luxuriante s’ouvrant de temps à autre pour permettre une vue lointaine sur les montagnes refermant la vallée. L’impression de s’éloigner de toute présence humaine. La découverte d’une chapelle sur un rocher puis d’une ancienne ferme surplombant la vallée au détour d’un virage. La rencontre d’habitants sortant d’un repas festif. Et pour finir mon étonnement quand à cette vallée silencieuse, à la dynamique végétale forte, semblant au premier abord délaissé par toute présence humaine mais où peuvent néanmoins se retrouver bon nombre de personnes, sur la terrasse de cette ancienne ferme, à côté de la petite chapelle. Cette présence humaine bien que minime se lit dans le paysage de façon très ponctuelle. Les poteaux électriques dépassant du couvert végétal, les toits en ardoises des mas isolés ou des maisons regroupés en village sur le flanc de montagne, des murs en pierre supportant d’anciennes terrasses de cultures, une boîte aux lettres à l’entrée d’un petit sentier enherbé, un passage canadien, le tracé d’un canal d’irrigation sur le versant opposé,… Beaucoup d’indices qui témoignent d’une vie dans cette vallée, présente mais surtout passée. Autant d’éléments m’incitant à me questionner sur le fonctionnement de ce territoire. Qu’est ce qui attire les gens dans cet endroit aujourd’hui et qu’est ce qui les a incités à le quitter il y a plusieurs décennies, Quels sont les répercussions de ces dynamiques dans le paysage? Voilà des questions auxquelles je vais tenter de répondre en élaborant tout d’abord un état des lieux du territoire des Garrotxes. Dans cette première étape, je serai amenée à qualifier les éléments reflétant un héritage d’une occupation passée visibles dans ce territoire. Un « inventaire » qui sera, dans la seconde partie du mémoire replacé dans un contexte temporel plus large afin de comprendre les principales causes de cette déprise. Pour finir, une troisième partie me permettra d’émetre des hypothèses en ce qui concerne le devenir de cette vallée.


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Je tiens à remercier André, Marin, Sophie et Emile Raaymaker pour leur accueil durant mes visites sur le terrain, leur disponibilité pour me faire découvrir la vallée et les nombreuses informations qu’ils ont pu me fournir sur le site. Je remercie également Aurélie, Stéphanie et Christophe pour leur accueil à Perpignan durant mes recherches aux archives. Enfin un grand merci à mes parents pour m’avoir permis de découvrir ce territoire.


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Première partie : Premier abord du paysage des Garrotxes.........................

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I - Les Garrotxes, un territoire enclavé.................................................................................. II - Une multitude de faciès formant un ensemble paysager complexe............................. III- Une ambiance méditerranéenne recouvrant un relief escarpé.................................... IV - Un paysage montagnard imprégné par l’implantation humaine................................. V - Des forêts subalpines délimitant le territoire des Garrotxes......................................... VI - Hypothèses d’orientation et problématique.................................................................

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Deuxième partie : La mise en place du paysage actuel.................................. I - Une histoire déterminée par une géographie contraignante......................................... II- L’évolution e l’occupation des sols annonçant les grandes temporalités de la déprise du territoire.............................................................................................................. III - L’utilisation maximale des ressources, du début de XIXe siècle aux années 1930...... IV - Du début du XXe siècle aux années 1970, les moteurs de la déprise............................ V - Dès années 1970 à nos jours, vers la mise en place d’un nouveau système agraire et la diversification des habitants.........................................................................................

Troisième partie : Enjeux du territoire actuel et hypothèses d’évolution... I - Les acteurs du territoire..................................................................................................... II - Des politiques territoriales à différentes échelles pour de nouvelles orientations...... III - Quel paysage à venir pour la vallée des Garrotxes ? Entre maintien et conservation.

Bibliographie.................................................................................................... Annexes............................................................................................................

p. 8 p. 10 p. 14 p. 17

p. 19 p. 21 p. 23 p. 28 p. 35 p. 44 p. 51 p. 53 p. 59 p. 70 p. 76 p. 78


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I- Les Garrotxes, un territoire enclavé -Un premier approche du territoire

II- Une multitude de faciès formant un ensemble paysager complexe

1- Le relief et l’orientation, des facteurs déterminants dans l’étagement des faciès 2-Une implantation et des pratiques propres à chaque palier

III- Une ambiance méditerranéenne recouvrant un relief escarpé

-Une végétation dense traveré par des axes structurants et une faible implantation humaine

IV- Un étage montagnard imprégné par l’implantation humaine

1- Un couvert forestier contrasté entre ombrée et soulane 2- Les traces d’une activité agropastorale ancienne 3- Le patrimoine bâti et son implantation

Le terme «Garrotxes» fait allusion aux caractéristiques du territoire : une terre rude, pauvre, rocailleuse, difficile d’accès et en forte pente.

V- Des forêts subalpines délimitant le territoire des Garrotxes 1-Le pin à Crochet, un élément phare de cet étage 2-L’activité pastorale dans le paysage

VI- Hypothèses d’orientation et problématique

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I - Les Garrotxes un territoire enclavé

Pyrénées Orientales 1FSQJHOBO

La vallée des Garrotxes est située à l’ouest du département des Pyrénées-Orientales, au sein du Parc Naturel Régional des Pyrénées Catalanes. Il s’agit d’un bassin versant de la vallée du Conflent, ce dernier s’étend de la cité de Mont-Louis à la ville de Prades. L’ensemble des Garrotxes est irrigué par le Cabrils, le cours d’eau se jette dans la rivière de la Têt à proximité de la petite ville d’Olette. D’un bout à l’autre de la vallée, on trouve des climats contrastés. En effet, à basse altitude, au sud du territoire, on trouve encore des influences méditerranéennes alors qu’en prennant de l’altitude on est peu à peu confronté à un climat montagnard. En ce qui concerne la pluviométrie, les précipitation sont également relativement contrastés en fonction de la localisation, on a une moyenne de 1200 mm de précipitations annuelles. Le site est très enclavé, à l’écart des grands axes routiers, la vallée est dominée au nord par le Massif de Madres-Coronat, où se situe le pic de Madres, ou encore un peu plus à l’est le mont Coronat (2172m). Au sud, c’est le puig de la Tossa qui vient surplomber le territoire. 2

Hors mis l’explication par des facteurs géographiques, on trouve un décalage entre la région alentour qui est fortement marquée par le tourisme, autant en saison hivernale qu’en saison estivale, et cette vallée isolée des influences touristiques, qui est le témoin d’une dynamique paysagère proche des conditions naturelles. La suite du mémoire me permettre de développer cette question et notamment d’évoquer quels ont été les phénomènes à l’origine de cet «enclavement», un terme adapté à la dynamique actuelle du territoire mais qu’on peut remettre en question en considérant ces dynamiques passées.

(2469 m)

Pic de la Pelade (2370 m)

Pic Bastard (2093 m)

Pic de la Tossa (2034 m)

0 km

5 km


Memoir cent ans les «Garrotxes» 2012-2013 Unepremier approche du territoire Je quitte le bourg d’Olette en direction de Mont Louis, le long de la nationale 116, à bord de la voiture de mon ami. Sur notre droite, un petit panneau difficilement lisible indique le lieu-dit «Cabrils». Nous nous engageons sur le petit chemin étroit qui monte le long de la montagne. Sous un couvert boisé constitué essentiellement de chênes verts, le chemin s’entortille et suit la silhouette de la montagne dans laquelle elle s’inscrit. A notre gauche, un côteau boisé où la roche affleure par endroits. A notre droite une pente abrupte en contre-bas de laquelle coule la rivière du Cabrils. Au détour d’un virage une conduite forcée s’implante sur le versant. De temps à autre, dans les virages on traverse des couverts boisés plus denses, sombres et frais. A gauche, un ravin majestueux laisse paraitre un petit fil d’eau descendant de la montagne, j’y perçois quelques frênes, des bouleaux et un grand châtaigner. Sur le bas-côté, dans le fossé, quelqu’un a installé un seau pour récolter l’eau sortant d’une petite source. Nous rencontrons deux ou trois boîtes aux lettres à l’entrée de petits sentiers montant vers des habitations isolés. Nous arrivons au Mas de Cabrils caractérisée par une ancienne ferme annoncée par des grands cyprès. En face perchée sur un grand rocher une petite chapelle surplombe la vallée, de là nous est permis une vue imprenable sur la partie aval de la vallée du Cabrils et plus loin encore sur le massif du Canigou. Le chemin monte encore et devient progressivement moins praticable puisque plus goudronné et très cabossé. Nous continuons en et rejoignons le mas de Tuévol. Le chemin traverse des pentes rocheuses qui alternent avec des couverts boisés plus denses suivant l’orientation. Désormais, en prenant de l’altitude, le couvert végétal se diversifie et on commence à percevoir des pins sylvestres. Les quelques sujets deviennent plus nombreux et plus imposant en s’approchant de Talau, un petit hameau situé à environ 1300 mètres, regroupant cinq ou six habitations. Au sortir du hameau, nous pouvons reprendre la départementale 4, qui nous conduit au village d’Ayguatébia. La route surplombe l’ensemble bâti et nous permet d’observer l’implantation des maisons, dans la pente avec leurs toitures en ardoise. Au-dessus du village se dessine un étagement conséquent d’anciennes terrasses de cultures. La lumière due au temps orageux détache les constructions de l’arrière plan que constitue la vaste soulane. 3


Memoir cent ans les «Garrotxes» 2012-2013 Nous nous éloignons de la vallée du Cabrils en suivant la direction de Caudiès-du-Conflent, et sortons progressivement de cette vallée secondaire pour « entrer « dans un paysage plus ouvert, comparable à un vaste plateau vallonné situé entre 1600 m et 1800 m d’altitude. Les pentes sont moins abruptes, des prairies s’étendant sur les parties planes en contrebas des versants recouverts de pinèdes. Les prairies sont ponctuées par des petites chênaies qui s’étendent parfois jusqu’au pied des pins. Dans les parties les plus humides et les moins exposées on repère également des frênes, des bouleaux et des noisetiers. Un troupeau de chevaux pâture dans une de ces prairies en contre-bas de la route. Nous longeons plusieurs mas, le mas Del Payat, situé sur un point relativement haut semble inoccupé depuis un bon moment. A sa droite les fruits rouges d’un Sorbier oiseleur se détachent sur un des tas de neige datant des fortes chutes du début du mois. L’altitude nous permet d’apercevons entre deux pentes le pic de Madres enneigé. Plus au sud, on repère le pic de la Pelade et le pic d’escoutou (ou « la montagne qui chante » comme la surnomme mon ami). Nous traversons le village de Caudiès-du-Conflent, je ne perçois que peu de maisons habitées, nous croisons quelques personnes âgées profitant des derniers moments de l’après-midi ensoleillé. Avant de rejoindre le village de Railleu situé à quelques kilomètres de là, nous passons par un vallon où nous rencontrons un regroupement de chasseurs tentant de remorquer un cerf sur un des 4x4. A notre gauche l’ombrée, orienté nord-est est recouvert de pins. Sur le versant opposé domine une végétation raze, de la lande, marquée par le genêt à balai. De gros blocs granitiques jonchent cette soulane mais également le fond de vallon, à proximité du petit cour d’eau. Certains blocs sont entassés pour former ce qu’on appelle des «orri» (cabane pastorale en pierre sèche).

Nous quittons progressivement le plateau pour redescendre vers la vallée du Cabrils. Avec le contraste de lumière due au soleil couchant, la vallée se présente devant nous comme un gouffre sombre où serpente la petite départementale. Nous traversons un petit pont avant de prendre la direction d’Olette par la voie sculptée dans la pente escarpée le long de la soulane. La route est bordée par un petit muret en béton. On y voit essentiellement des chênes épars et de la broussaille. En cette saison la partie en amont de la vallée que nous parcourons est dépourvu de couleurs et la faible présence humaine donne un aspect lugubre au territoire. Le manque de feuilles sur les arbres permet néanmoins une bonne lecture des nombreux tracés sur le versant opposé. On distingue bien les chemins anciennement utilisés ainsi que l’étagement des anciennes terrasses de culture. C’est en perdant de l’altitude et en arrivant sur la partie orientée sud-ouest que la végétation change ; le paysage est très vert grâce aux chênes verts qui recouvrent entièrement l’ombrée et de façon plus éparse la rive sur laquelle nous nous trouvons. En regardant en contre-bas de la route, nous percevons les canaux d’irrigation toujours en état de marche. Malgré la densité végétale entourant le Cabrils, le faible couvert végétal sur les parois rocheuses sur cette soulane permet d’entrevoir la rivière par endroits tout à fait en bas. On distingue clairement les énormes blocs de roche qu’elle contourne et sous lesquels elle se fraye un chemin. Nous continuons notre chemin, malheureusement la nuit s’installe très vite une fois que le soleil est passé derrière la montagne et nous ne tardons pas à rejoindre le point de départ de notre balade; Olette.

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II - Une multitude de faciès formant un ensemble paysager complexe

On trouve dans la vallée des Garrotxes une mozaïque de faciès paysagèrs, qui, par le biais des variations climatiques et saisonnières, contribue largement à la diversification des ambiances paysagères. En prenant en compte les facteurs qu’on peut retrouver de façon générale dans les espaces montagnards, cette diversification résulte en partie de la grande variation altitudinale, ainsi que de l’exposition et la forme des versants. En effet, à une certaine altitude, les caractéristiques climatiques peuvent être très différentes entre la soulane (exposée au sud) et l’ombrée (exposée au nord). D’autre part, une surface concave (combe) sera plus fraîche qu’une surface convexe. Cette hétérogénéité en fait un territoire difficilement appréhendable. La forte dynamique végétale est le témoin d’un territoire en mutation, qui vient recouvrir le paysage ancien et son organisation. Peut on cependant parler d’un éffacement paysager? On est à la recherche d’une organisation logique dans la composition de ce territoire. L’aller retour entre le parcours in situ et la cartographie permet le repérage d’un étagement des différents faciès en fonction de l’altitude et de l’orientation des versants. Un étagement qu’on retrouve à des échelles différentes et sur lequel je me baserait pour l’analyse de ce territoire.

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Memoir cent ans les «Garrotxes» 2012-2013 Carte de la végétation

1 - Le relief et l’orientation, des facteurs déterminants dans l’étagement de la végétation Bien que les faciès paysagers soient très diversifiés, la reconnaissance des espèces végétales à des altitudes bien définies me permet d’identifier une logique d’étagement dans le paysage. Un premier étage est caractérisée par un faciès sur un substrat schisteux, où dominent les forêts de feuillus et notamment le chêne ; le Quercus ilex sur les parties les plus basses, jouxté par le Quercus petraea sur la partie amont de la vallée. Cet étage se situe sur un espace s’étirant du point le plus bas de la vallée, au niveau de la rivière à 650m, jusqu’aux environs de 1000m. Le paysage très vert, de cet étage dit «méditerranéen» est très dense sur l’ombrée, orientée nord-est, alors que juste suggérée sur la soulane, où les chênes sont clairsemés sur la paroie rocheuse abrupte. Sur l’ombrée, l’étage montagnard situé entre 1000 et 1900 m d’altitude, est introduit par une frange où le paysage est plus ouvert, légèrement clairsemée par de la broussaille faite de chênes, de pruneliers, d’églantiers ou encore de ronces. C’est une frange qui contraste avec la forêt de pins (essentiellement du pinus Sylvestris) qui s’étendent au-dessus (à partir de 1150 m environ). Cet étage se poursuit vers le sud-est des Garrotxtes et s’étend sur un terrain granitique, fait de pentes plus douces, permettant un couvert végétal plus diversifié. En face, le couvert végétal sur la soulane taillée dans de la roche calcaire, est beaucoup moins épais et varié. Ce type de paysage s’étend jusqu’à la ligne de crête et se caractérise par un vaste espace désertique occupé par de la lande à genet (Cytisus scoparius). Seuls les ravins où descendent des cours d’eau sont marqués par une mince frange de frênes et de bouleaux. En amont de la vallée, la quasi-totalité de la soulane est recouverte de cette lande, seuls les abords du Cabrils en contre-bas sont arborés sur cette rive.

Sansa

Ayguatébia

Olette

Source : Charte forestière du territoire des Garrotxes Futaie adulte de Pins à crochets Futaie adulte de conifères mélangés Futaie adulte de Pins sylvestres Futaie adulte d’Epicées communs Lande à genêt Boisement lache de Pins sylvestre et de Pins à crochets Taillis de feuillus divers (Chêne Sessile et Chêne vert) Autres

En se rapprochant des sommets des mont délimitant le territoire, on se trouve sur des espaces dépassant les 1700m d’altitude. La prairie sur les parties relativement planes au pieds des pentes plus abruptes contrastent avec l’épaisse masse sombre des forêts de pins (pinus uncinata) en contre-bas desquels sur les parties plus humides, on trouve un lisière de forêts de feuillus (Betula, encore quelques Fagus sylvatica, et quelques Corylus). Les végétaux présents sur cet étage sont caractéristiques de «l’étage subalpin».

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Il s’agit de montrer comment sont investis ces différents étages par l’occupation humaine et en quoi on retrouve cette notion d’étagement à une échelle plus réduite.

Rive droite granitique

Schiste métamorphique rive gauche


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2- Une implantation et des pratiques propres à chaque palier

Etagement du territoire

Etage méditerranéen Etage montagnard Etage Subalpin

L’étagement du couvert végétal permet d’appréhender le territoire sous un premier angle. En rentrant progressivement dans le paysage propre à chaque étage, l’analyse plus précise de chaque espace m’amènera à identifier l’impact qu’a, ou qu’a eu l’homme dans la composition du paysage actuel. Pour ce faire, je m’attacherai à rendre compte son implantation et des activités qui s’y exercent. Parallèlement je montrerai l’abondance des traces, témoins d’une forte pression anthropique antérieure sur le territoire, qui expliquent en grande partie l’aspect du paysage aujourd’hui. Des indices pouvant être considérés comme étant l’héritage d’une organisation minutieuse de l’espace, dans le passé. En effet ce qui peut sembler relever d’une paysage dit «naturel» est en fait un paysage qui résulte de pratiques anciennes et est donc à l‘origine totalement artificiel.

Des forêts subalpines délimitant le territoire des Garrotxes

Sansa

Un étage montagnard imprégné par l’implantation humaine.

Raillau Ayguatébia

0m

500m

Caudiès-duConflent Olette

Une ambiance méditerranéenne recouvrant un relief escarpé.

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III - Une ambiance méditerranéenne recouvrant un relief escarpé

Chemin partiellement goudronné

Une végétation dense traveré par des axes structurants et une faible implantation humaine

Canal d’irrigation Route départementale

Mas épars

Que ce soit sur la basse ombrée ou sur la soulane, même si on trouve un couvert végétal plus ou moins dense, la forte présence du chêne vert, donne aux paysages formant cet étage un aspect très uniforme et opaque, notamment en saison estivale. Sur l’ombrée on peut néanmoins repérer de manière ponctuelle, des pins sylvestres qui commencent à s’installer. Sur la soulane, les garrigues claires de chêne vert sur la roche schisteuse sont ponctuées par des boisements de chênes pubescents et d’érables de Montpellier. Les ravins engendrant des espaces plus frais et humides, induisent la présence d’arbres comme le bouleau, le hêtre, le saule, le merisier ou encore le châtaigner.

La soulane est marquée par le tracé des diverses infrastructures suivant le modelé de la paroi rocheuse. La départementale reliant Olette aux autres villages des Garrotxes est soulignée par le petit muret bétonné qui la suit tout le long du versant. Parallèlement le tracé du canal dit «d’Oreilla » marque une ligne parfaitement horizontale à 1000m d’altitude. Ce canal a été bétonné dans les années 1960, et est donc totalement étanche, en résulte la mort des arbres qui s’étaient développés grace à l’infiltration d’eau dans le sol. Un troisième tracé met en évidence un sentier de randonnée ; le chemin du Capcir. 8

Mas de Guicha Chemin de randonnée

1000m Ombrée

800m

Soulane Le Cabrils

Impacts des canaux d’irrigation dans le paysage sur la Soulane


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Sur l’ombrée, des mas ponctuent le dense manteau vert du de la pente. Ils sont desservis par un petit chemin en partie goudronné, difficilement lisible. Ces mas sont pour la plus part accompagnés de traces d’anciennes terrasses de culture. La présence humaine est également caractérisée par la présence d’arbres fruitiers comme des amandiers, des pommiers, ou encore des abricotiers, des arbres souvent retrouvés dans les friches occupant les terrasses. L’ombrée atteste également d’une occupation humaine passée par les différentes chapelles comme la chapelle de Cabrils, s’inscrivant sur un point haut d’un rocher et surplombant la vallée. Un peu plus loin, on rencontre la chapelle Saint Michel marquant le lieu-dit Les Plans. En fond de vallée, le Cabrils apparaît sous un couvert végétal luxuriant, autour duquel sont à nouveau repérables de nombreuses traces de terrasses de culture, soulignés par des murs en pierre. Les murs en pierre sèche servaient également de soutient aux caneaux d’irrigation comme on le voit sur la photo ci-dessous. Aujourd’hui totalement enfrichées, on devine que la proximité de la ressource en eau induisait la forte mise en culture de ces quelques parcelles de terres, difficilement accessibles. La carte IGN atteste de ces cultures, on retrouve par exemple l’appellation «Pla de vignes ».

Recolonisation d’une ancienne terrasse de culture en fond de vallée

Canalisation remplaçant localement Mur en pierre en ruine ayant soutenu un autre les caneaux en béton. canal d’irrigation.

Mas de Cabrils, terasses de cultures enfrichées par le frêne.

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IV - Un paysage montagnard marqué par l’implantation humaine.

1- Un couvert forestier contrasté entre ombrée et soulane L’étage montagnard constitue une part plus étendu au sein des Garrotxes. Les paysages sont très contrastés suivant l’orientation de la pente sur laquelle on se trouve. La haute soulane garde son caractère « désertique» autant en amont, qu’en aval de la vallée, due à la lande à Genêt. L’implantation humaine y est quasi nulle. Ce sont les troupeaux de bovins qui, aujourd’hui encore occupent ces vastes espaces d’estives durant la saison estivale. En amont de la vallée, on repère néanmoins quelques couverts boisés. Très localisés ces pinèdes de reconquête sont situés sur les flancs (orientés nord-ouest) des vallons parallèles, descendants le long de la soulane de la Pelade. L’aspect dénudé de ce paysage peut être lié aux feux pastoraux ou aux activités de charbonnage passées.

Pinèdes de reconquête sur la soulane de la Pelade

L’ombrée, quant à elle, se caractérise par un paysage plus hétérogène. Les boisements sont formés de pinèdes (Pinus sylvestris et quelques Abies), elles se caractérisent par des couverts denses et sombres sur les points les plus hauts. Sur les parties plus basses et notamment sur les flancs orientés nord-ouest des vallons perpendiculaires à la vallée du Cabrils, on trouve de grandes étendues plus claires de chênaies (surtout des Quercus petraea, et quelques Betula, Corylus et Fraxinus dans les parties les plus humides). Contrairement à l’étage précédent où le relief est relativement accidenté, on a plutôt affaire ici à des pentes douces prenant par endroit l’allure d’un plateau. Des espaces plus ouverts, et plans offrent des étendues de prairies, où pâturent des troupeaux de bovins mais également de chevaux. Anciennes terrasses de culture

Sansa

Pic de la Pelade

Railleu

Pinèdes sur soulane

1950m 1550m Ombrée

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Route départementale

Soulane


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2- Les traces d’une activité agropastorale ancienne En prenant de l’altitude, on trouve des espaces embroussaillés de lande à genêt et donc relativement ouverts. Le Cytisus purgans recouvre parfois des surfaces très étendues. On y discerne quelques jeunes essences arborées mais qui ne dépassent pas la strate arbustive. Cette lande à genet recouvrant une bonne partie du sol, empêche les jeunes pousses de se développer convenablement, d’où la lenteur du processus de reconquête dans ces espaces. On peut se demander de quoi résultent ces surfaces embroussaillés et colonisés par cet arbuste. On peut noter que le genêt est souvent important sur les anciennes terrasses de culture, ainsi que sur des espaces anciennement incendiés. Il s’agit là, d’un couvert végétal révélant des pratiques anciennes. On notera la présence de gros blocs de roche granitique singularisant ces étendues embroussaillées. Des éléments contribuant à la lente regénération de la forêt aujourd’hui et souvent utilisés pour la construction d’orris il y a plus d’un siècle, qui pour certains sont encore bien conservés. L’activité pastorale ancienne se lit également dans la toponymi de la carte IGN, en effet on peut relever le terme de «Cami Ramade» qui signifie chemin de troupeau. Un terme qui fait référence à l’ancienne activité pastorale en forêt.

Un orri est une ancienne installation d’estive servant d’abri pour les bergers ou d’espace de stockage pour les outils des paysans. Paysage étagé et valloné au-dessus de Sansa

Prairie en fond de vallée

Boisement de pins sylvestres

Terrasses de culture couvertes par du genêt

Noisetiers

Forêt de pin à crochets

Mas del sidou

Vaste plateau au-dessus de Caudiès-du-Conflent

Pins sylvestres

pâturage

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3- Le patrimoine bâti et son implantation C’est entre 1300m et 1650m d’altitude qu’on trouve les principaux villages; Ayguatébia (1328m), Railleu (135m), Sansa (1400m) et Caudiès-du-Conflent (1650m). De façon générale ces ensembles bâtis s’implantent sur les flancs orientés sud-est, profitant d’un bon ensoleillement. La concentration humaine engendre la forte présence de vestiges de terrasses de cultures autour de ces villages. L’ombrée comporte la plus part des anciennes terrasses de culture. Si elles sont repérables au niveau de tous les étages, c’est essentiellement autour des villages, que la concentration est la plus élevée. Comme on peut le voir sur le cadastre ci-contre, le territoire est subdivisé en d’innombrables petites parcelles. Aujourd’hui en grande partie recouvertes de boisements, ces parcelles nous montrent que tous les terrains un minimum propices à supporter des cultures étaient investis. Au-dessus du village d’Ayguatébia, l’espace relativement ouvert témoigne de cet étagement de la pente, comme on peut le voir sur la photo ci-dessous. En pénétrant sous le couvert forestier, ce sont non seulement la forme de la pente qui révèle ces anciennes pratiques mais également les murs en pierre supportant ces terrasses. Le faible dénivelé de la plaine de Caudiès-de-Conflent, aujourd’hui mis en pâturage, semblait être le support idéal pour la mise en culture des terres même si le cadastre nous indique qu’une activité pastorale y prévalait. Les petites parcelles contrastent avec les parcelles plus larges qui correspondant à des espaces boisés comme le confirme la toponymie.

Caudiès-de-Conflent

Ayguatébia

Le terme «jasse» ou la «jassette» (parc dans lequel les moutons de transhumance passaient la nuit) nous renvoi à un activité pastorale sur un ensemble de parcelles situées dans la plaine à l’est de Caudiès-deConflent. La «mouillère roudoune» ou la « tourraxe» fait référence aux parcelles en fond de vallon humide.

Terrasses de cultures Broussaille, strate arbustive. genêt à balai, petits chênes

Chaînes sessiles, quelques bouleaux et noisetiers 1550m

Ayguatébia 2013

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Couvert boisé dense

Ayguatébia 1950

Route départemente

1150m

1500m

Ayguatébia

Rivière de Poujals

Terrasses de culture enfrichées N N

N N


Memoir cent ans les «Garrotxes» 2012-2013 L’architecture locale est caractérisée par les toits en llose (ardoise), également utilisé sur l’espace public, et par les murs en pierre sèche. Malgré le départ de nombreux habitants, les résidents secondaires entretiennent et restaurent ce patrimoine bâti qui le cas échéant serait voué à disparaître. Les activités que l’on pourrait qualifier d’industrielles ont toujours été très faibles dans la vallée des Garrotxes. On peut cependant noter l’exploitation de quelques carrières d’ardoises grossières (les « lloses ») et le fonctionnement de deux fours à chaux dont la production n’a servi qu’à satisfaire les besoins locaux et n’a jamais constitué une source d’échanges. On retrouve le nom de «carboneroles» sur la carte IGN qui atteste de ce passé industriel. Pour certaines bâtisses, les ardoises proviennent donc de ces quelques carrières même si pour la plupart, les ardoise proviennent de carrières situées hors de la vallée. On retrouve également plusieures chapelles isolées comme la chapelle de Cabils située à 872 m d’altitude, ou la chapelle des Plans et la chapelle de Talau situées à 875 m d’altitude environ. Différents moulin ou vestiges de moulins sont repérables autant dans les différents villages qu’en contre-bas sur la rivière du Cabrils. Il s’agit d’anciens moulins à foulon ou à grain. Dans les villages d’Ayguatébia, de Sansa ou encore de Railleu, on trouve des églises romanes qui sont entretenues et restaurées puisqu’un élément phare des villages.

Mas isolé del Fillip

Village de Sansa

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V - Des forêts subalpines délimitant le territoire des Garrotxes

Pic de Madres

1- Le pin à Crochet, un élément phare de cet étage Le dernier étage vient clore l’ensemble des Garrotxes. Il s’agit de limites matérialisés par les pics les plus hauts comme le pic de Madres, le Pic de la Pelade, le pic Bastard ou encore le pic d’Escoutou. Ces sommets, si ils ne sont pas recouverts de neige (comme le pic de Madres) ou désertique (comme le pic de la Pelade) ont de façon générale des lignes de crêtes dominés par la forêt. En effet, introduit au niveau de l’étage montagnard, l’étage subalpin est occupé par de grandes étendues forestières, composé essentiellement par le pin à crochet, qui est juxté, dans une moindre mesure par le sapin, le mélèze et l’épicéa. La variation de la répartition de ces boisements de pin à Crochets, est souvent expliqué par des facteurs bioclimatiques, mais on peut difficilement négliger la pression anthropique passée auquels ces premiers ont été confrontés. Ces pinèdes ont font partie des forêts les plus exposées aux défrichements pastoraux notamment durant le XIX ème siècle et dans une moindre mesure, aux impacts de la métalurgie et de l’exploitation du bois de chauffage. Le pin à crochets est une essence qui recolonise très rapidement les espaces abandonnés. A noter que la vallée des Garrotxes fait partie des territoires où ce phénomène de reforestation est le plus spectaculaire. Il s’agit là de l’expression générale des montagnes et collines méditerrannéenes, des espaces où le taux de boisement sont parmis les plus élevés en France (entre et 50 et 60% de façon générale). 14

Mas del Felip

Pic de Pelade

Forêt de pins à crochets

Vue sur l’étage subalpin, limites des Garrotxes

Pic d’Escoutou


Memoir cent ans les «Garrotxes» 2012-2013 En ce fiant à la Charte forestière du territoire des Garrotxes, sur les 7232 ha de formations forestières, la répartition par types de propriété serait la suivante. Forêt privée : 2585 ha, soit 36% Forêt communale : 2725 ha soit 37.5% Forêt domaniale : 1922 ha, soit 26.5% La structure de ce type de peuplement du pin à crochet varie en fonction du type de gestion qui lui est attribuée. On peut retrouver deux types de structures : régulières et irrégulières. En effet la densité de ces peuplements sont très hétérogènes. Elles dépendent du type de station présente mais aussi de la gestion passée.

Terrioire couvert par la Charte Forestière des Garrotxes (Source : Charte forestière des Garrotxes)

Une grande partie de ces forêts étant classés habitat d’intérêt communautaire dans le cadre Natura 2000, on peut se demander quels sont les enjeux actuels de cette forêt de pins à crochets. En effet, le périmètre de la Charte Forestière est concernée par des régions biogéographiques montagnardes et méditerrannéenes d’où sa place particulière en terme de biodiversité. Le territoire est concerné par plusieurs zones d’intérêt patrimonial avec ou sans procetion sur lesquels je reviendrait à la fin de la seconde partie de mon mémoire. Les principaux usages que l’homme fait de la forêt aujourd’hui sont le pacage, la chasse et l’exploitation du bois. Une grande partie des estives est boisée, la valeur pastorale de ces espaces est faible mais assure par sa grande superficie un pâturage de fin d’été interressant. La réouverture des jasses existantes est une des principales demandes des éleveurs pour agrandir la zone pastorale. Cependant ces travaux sylvicoles peuvent difficilementêtre réalisés par les structures pastorales en place. (manque d’apports financiers) La chasse la plus pratiquée sur le territoire est celle au gros gibier : Sanglier, chevreuil, cerf, mouflon et Izard. L’organisation de cette activité est gérée par les Associations Communales de Chasse Agréée (ACCA). De nos jours on peut remarquer un regain d’intérêt pour le bois que ce soit en tant que construction ou comme énergie renouvelable. Le pin à crochet représente 85% à 90% des volumes commercialisés. Il s’agit cependant d’une essence «anecdotique» au niveau national. En effet, son port, plus conique que les autres pins diminue les rendements d’exploitation ainsi que de sciage en charpente. La très forte présence forêstière sur cet étage mais également à l’échelle de l’ensemble des Garrotxes peut nous inciter à penser qu’il s’agit là d’un espace dit «naturel» et que les boisements sont tous d’origine spontané. Cependant la nette démarcation entre certains espaces boisés et non boisés, le port particulier de divers sujets et la localisation de certaines essences, nous amènent à nous interroger sur la véritable origine de ces forêts. C’est en rentrant progressivement sous ce couvert boisé, qu’on discerne la forte empreinte anthropique qui demeure sur le territoire et dont résulte l’aspect du paysage aujourd’hui. Déforestations, exploitation des terres, étagement des versants, pastoralisme, reforestations, espaces incendiés, autant d’éléments qui ont marqué le territoire, qui ont contribué à la complexité de la composition paysagère aujourd’hui et que je développerais également dans la seconde partie de ce mémoire. 15


Memoir cent ans les «Garrotxes» 2012-2013 2- L’activité pastorale dans le paysage

Plateau au dessus Haute soulane Sur la faible étendue des espaces ouverts, non boisés, on retrouve les éléments en lien avec le pastoralisme. d’Ayguatébia entre Sansa et Plusieurs enclos pour le bétail sont identifiables en très forte altitude. Ainsi on distingue des enclos permettant Oreilla de rassembler les bêtes avant de les déplacer, qui pour certains sont accompagnés de vestiges de «cortal», c‘est à dire une grande bergerie en pierre destinées aux ovins. Ayguatébia Bien que peu nombreux aujourd’hui, les éleveurs possèdent de très grands troupeaux. On compte trois éleveurs se partageant tout l’espace des Garrotxes. Chacun exploite un secteur du territoire. Ils ne sont pas propriétaires de la plupart des parcelles mais louent souvent les terrains appartenant à la commune ou à l’Etat (des domaines domaniaux). Ainsi, le premier possédant 800 bovins occupe les basses Garrotxes. Le second, fait pâturer 300 ovins et 70 bovins sur le plateau montagnard au-dessus d’Ayguatébia. Le dernier, propriétaire de 400 bovins, exploite la haute soulane entre Sansa et Oreilla. Les basses Garrotxes

Cortal du Pla de l’Orri à Sansa 16

Enclos pour les bêtes sur le Pla de l’Orri à Sansa


Memoir cent ans les «Garrotxes» 2012-2013

VI - Hypothèses d’orientation et problématique

Comme le montre l’analyse des paysages constituant l’ensemble des Garrotxes, l’activité agricole qui organisait le territoire a quasiment disparu. La population a baissé de 94% entre 1826 et 1990, un déclin démographie provoquant l’abandon des terrasses de culture qui sont converties en prairie puis en pâturages. Des pâturages qui sont, dans de nombreux cas, du fait de la non-gestion pastorale, reconquis par un couvert forestier. Cette forte dynamique engendre une hétérogénéité des faciès paysagers et le manque de lisibilité du paysage. C’est donc aux traces laissés dans le site par les pratiques anciennes qu’il faut se raccrocher pour comprendre l’organisation paysagère. Un héritage de la structure du paysage qui est encore bien ancré dans le territoire même si la lecture de ces indices est complexe et semble être effacé aujourd’hui.

> Quels sont les moteurs de la déprise du territoire et quels en ont été les grandes temporalités? > Comment sont remobilisés les héritages paysagers par les acteurs d’aujourd’hui?

Habitants 700

> Quel est le devenir du paysage du territoire des Garrotxes ; est-ce la fin d’un système ou le début d’un nouveau mode d’occupation ?

500

600 Ayguatébia

400 300

Sansa

200

19 19982 200 0 6

1 190

183

6

100

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Mémoire cent ans les «Garrotxes» Lenny Pol 2012-2013


Mémoire cent ans les «Garrotxes» Lenny Pol 2012-2013

I- Une histoire déterminée par une géographie contraignante 1- Un géographie déterminante dans l’occupation des sols actuelle et passée

II- L’évolution de l’occupation des sols annonçant les grandes temporalités de la déprise du territoire. 1- L’évolution de l’occupation des sols d’après l’étude de M. Paegelow 2- L’évolution de l’occupation des sols par vue aérienne

III- L’utilisation maximale des ressources, du début du XIXe siècle jusqu’aux années 1930 1- Les ressources 2- L’activité pastorale et les traces laissées dans le paysage 3- L’irrigation ; des caneau à la gestion complexe. 4- La situation de la forêt son exploitation au cours du XIX ème siècle.

IV- Du début du XXe siècle jusqu’aux années 1970. Les moteurs de la déprise

1- Les grands départ 2- L’eau comme ressource énergitique 3- La situation de la forêt et son exploitation au cours du XIXe siècle : Une évolution fragmentée.

V- Des années 1970 jusqu’à nos jours. Vers la mise en place d’un nouveau système agraire et la diversifications des habitants 1- La mise en place d’un nouveau système agraire 2- La mise en place des Associations Foncières Pastorales, un moteur de la reprise dans les années 1980 3- L’écobuage 4- La gestion et les enjeux actuels de l’espace forestier 5- Hausse des résidences secondaires et développement du tourisme

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«Comprendre l’histoire de l’environnement pyrénéen, c’est faire une étude des rapports entre les sociétés successives et les espaces géographiques qu’elles transforment pour produire, habiter et rêver.» G. Bertrand en 1978 Les premiers signes d’anthropisation des Pyrénées datent de la fin du Néolitique ancien et de la première moitié du Néolitique moyen. C’est de cette époque que datent les premières activités modérés touchant les zones de basse et de moyenne altitude. Les indices de culture, d’élevage et de déforestation sont devenus très abondants et resitués à la fin du Néolitique, preuve du développement agro-pastoral. Durant la fin de l’Age de Bronze (il y a environ 3500 ans) et le début le l’Age de fer, l’activité agro-pastorale semble d’intensifier et se généraliser. Il s’agit là d’une période qui se prolonge durant l’Age de fer et l’Antiquité. C’est à partir du Moyen-Age que se produit une très forte modification des paysages, cette destruction du milieu naturel atteint son maximum entre le XVI° et le XVIII° siècles. (Galop & Jalut 1994). Comme on a pu le voir dans la première partie de ce mémoire, le paysage actuel des Garrotxes est caractérisé par une couverture forêstière très dense. Aussi, me semble-t-il essentiel d’accorder une part importante à l’étude de l’histoire des enjeux et des aspects de l’espace forêstier dans la rétrospective générale que j’entreprends pour comprendre la mise en place du paysage actuel des Garrrotxes. En effet, en un peu plus d’un siècle, le territoire des Garrotxes a vu les problématiques forêstieres évoluer et semble être passé par des états qu’on pourraît qualifier d’extrêmes en therme d’aspects paysagers, d’enjeux, de répercusions et de risques. D’une période où la surface boisée était minime au profit des espaces agro-pastoraux, on est passé à un territoire où la forêt a pris le dessus. Ainsi, les risques d’érosion ont laissés place aux risques d’incendie. Il s’agira de démontrer l’importance de l’action anthropique présente et passée dans la distribution des essences et dans la répartition des espaces boisés et non boisés. Je démontrerai également l’influence des facteurs socio-économiques qui ont déterminé le mode d’exploitation du milieu et par conséquence, son évolution.

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Vallée des Olette Garrotxes 1942

I - Une histoire déterminée par une géographie contraignante Afin de comprendre l’évolution des paysages de la vallée des Garrotxes, il semble important de la replacer dans un contexte géographique plus large. Ainsi il est intéressant de prendre en compte la plaine du Roussillon, située au sud-ouest du département, dont l’évolution vient contraster avec la permanence des traits de l’économie de mon territoire d’étude et l’impossibilité pour ce dernier de s’adapter aux impératifs d’une agriculture moderne. La plaine du Roussillon a connu, en des temps relativement courts, une série de reconversions rapides correspondant à l’évolution des marchés et au développement des moyens de transports et d’échanges, passant de la polyculture traditionnelle à un spécialisation poussée dans les productions fruitière, maraîchère et viticole. Le territoire relativement plan, bien irrigué et fertile permet une adaptation facile à des activités et des technologies correspondant à une nouvelle époque. Dans la vallée des Garrotxes, rien de tel, si une grande partie du territoire est consacrée à l’élevage, c’est parce que ces espaces sont constitués de landes impropres à tout autre usage que l’élevage extensif. L’aménagement des terrasses de culture, très exploitées du début du XIXèmè siècle aux années 1950, et réalisé au prix d’un véritable travail de fourmis en des lieux particulièrement ingrats et hostiles, constitue le maximum des adaptations possibles. La comparaison de ces deux territoires, permet de montrer la difficile adaptation des nouvelles technologies à la géographie contraignante du territoire, d’où l’évolution rapide des paysages ouverts et exploités vers un paysage fermé et abandonné par l’activité agricole.

Olette

Vallée des Garrotxes 2013 Plaine du Roussillon 1942

Corbère-lesCabanes

Corbère-lesCabanes

Plaine du Roussillon 2013 21


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1- Un géographie déterminante dans l’occupation des sols actuelle et passée Suivant l’étage sur lequel on se trouve, on rencontre différents substrats rocheux, qui ont une forte influence sur la végétation qui va s’y développer. En effet l’occupation des sols est déterminé par l’altitude et sa situation au sein du massif mais également par sa nature. La géologie des sols va nous aider à comprendre l’implantation des hommes et des cultures et de la végétation passée et actuelle. Des schiste, du granite et du calcaire Les masses rocheuses de la vallée se sont formées à l’ère primaire, de l’époque du Cambrien (il y a environ 500 millions d’années) à la période Carbonifère (environ 300 millions d’années). Les premières roches qui se sont formées sont des schistes. Sur ces schistes se sont déposés des calcaires. Enfin, une intrusion de granite, véritable «bulle» magmatique remontant des grandes profondeurs terrestres, s’est imposée sur une partie du massif à travers les substrats schisteux et calcaires. L’érosion, le temps ainsi que les soulèvements successifs des montagnes ont remis à jour le schiste de part et d’autre de cette formation sédimentaire. En se dégradant, les schistes et micaschistes donnent des sols riches en limons et en sable, plus ou moins mélangés de cailloux plats. Le granite se désagrège en une arène sableuse et épaisse. Les calcaires donnent des sols profonds et riches, le plus souvent à base d’argile. Ces roches peuvent aussi être dures et ne pas ou mal s’altérer : elles affleurent alors et le sol est très superficiel voire inexistant. Les bas de versant, s’ils ne sont pas trop abrupts, et les replats sont généralement constitués de sols d’accumulation profonds et riches. Les versants exposés au sud sont plus secs que ceux exposés au nord. Les incendies y sont plus fréquents et la végétation a plus de mal à se réinstaller, surtout s’ils ont été autrefois surpâturés. L’érosion est donc plus forte et les sols sont généralement superficiels.

calcaire calcschiste

schiste granite Olette

En revanche, sur les versants exposés au nord, les sols sont généralement plus profonds et plus frais . Ce phénomène est particulièrement prononcé sur schistes où il est accentué par les différences de pente : les sols sont superficiels et pierreux sur les pentes fortes en exposition sud, plus frais et meubles sur les pentes faibles en exposition nord. Enfin, en altitude, le froid et la neige entravent la minéralisation de la matière organique qui s’accumule dans les horizons supérieurs. Les sols issus de roches calcaires sont souvent décarbonatés sous l’action agressive de l’eau et des humus. 22


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II - L’évolution de l’occupation des sols annonce les grandes phases de la déprise du territoire et les grandes temporalités. 1- L’évolution de l’occupation des sols d’après l’étude de M. Paegelow

Source M.PAEGELOW L’étude menée par M. Paegelow sur l’évolution de l’occupation des sols, et nottamement les cartographies qui en découlent, vont me servir de support pour mettre en évidence la progressive déprise du territoire et l’impact de l’abandon des pratiques agricoles dans le paysage. Les dates correspondant aux vues aériennes historiques dont on peut disposer dans les sources documentaires.

De 1826 à 1941, on remarque un recul considérale des terres labourables qui sont transformés en pâturages et en boisements.

De 1942 à 1962, les surfaces des espaces pastoraux commencent à régresser au profit des bois. Il faut noter une transformation succéssive des prairies en pâturages puis en broussailles et enfin en forêt.

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De nos jours

Source : Charte forestière du territoire des Garrotxes

De 1962 à 2000, la forêt s’étend rapidement a profit des estives. On ne distingue plus de cultures et les prairies sont très réduites.

Futaie adulte de Pins à crochets Futaie adulte de conifères mélangés Futaie adulte de Pins sylvestres Futaie adulte d’Epicées communs Lande à genêt Boisement lache de Pins sylvestre et de Pins à crochets Taillis de feuillus divers (Chêne Sessile et Chêne vert) Autres

L’étude menée par M. Paegelow, complétée par les informations reccueillis dans la charte forestière des Garrotxes permet d’observer l’importante évolution de la végétation en l’espace d’un peu moins de deux siècles. On remarque que les espaces abandonnés en premier sont ceux qui sont les plus éloignés des villages et des grands axes routiers ainsi que les espaces les plus difficilement accessibles (à forte pente par exemple). Les cultures ont totalement disparus en 2000, et la forêt occupe plus de 60 % du territoire. On est donc amené à se demander quels sont les causes de l’abandon de ces cultures au profit de l’évolution de la surface forestière.

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Avant de me concentrer sur les grandes périodes déterminantes dans l’évolution des paysages des Garotxes, je complèterai les constats précédents par la comparaison de vues aériennes du territoire d’étude datant respectivement de 1942, 1962 et 2000.


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2- Illustration de l’évolution de l’occupation des sols par vue aérienne

Sur la rive droite du Cabrils en aval de la vallée, au niveau de l’étage méditerranéen on repère le Mas des Plans, aujourd’hui partiellement dissimulé au sein d’une dense forêt de Chênes sessile.

Sansa Railleu Ayguatébia

Mas des Plans

Le propriétaire du mas des Plans a arrêté son activité agricole en 1965 et a vendu sa propriété en 1969.

Olette

Mas des Plans 2013

Mas des Plans 1942

Mas des Plans 1962

Mas des Plans 2000

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Sansa Railleu Caudièsdu-Conflent

Ayguatébia 1942

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Le village d’Ayguatébia se situe au niveau de l’étage montagnard sur le flanc sud est d’un vallon perpendiculaire à la vallée du Cabrils. On repère l’évolution Olette de la masse boisée et l’enfrichement des terrasses de culture

Ayguatébia

Ayguatébia 2013

Ayguatébia 1962

Ayguatébia 2000


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Sansa

Mas del Filip

Railleu Ayguatébia Caudièsdu-Conflent

Mas del Filip 2013

Olette

Le mas del Filip se situe au dessus de Caudiès-du Conflent, au niveau de l’étage subalpin. On constate l’abandon et l’enfrichement des parcelles agricoles et la progression de l’étendue forestière (forêt de Pin à crochets).

Mas del Filip 1942

Mas del Filip 1962

Mas del Filip 2000

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III- L’utilisation maximale des ressources, du début du XIXe siècle jusqu’aux années 1930 Dès la première moitié du XIXème siècle, la pression démographique est à son apogée, cette période correspond à une économie agro-pastorale traditionnelle, basé sur un haut degré d’autarcie et une pression maximale sur le milieu naturel, la forte densité oblige les habitants à exploiter les moindre secteurs cultivables, notamment grâce aux terrasses de culture, les «feixes». Le foncier est divisé en d’inombrables petites parcelles pour répondre au besoin des nombreux habitants, (à titre d’exemple, les cinq communes de la vallée des Garrotxes regroupaient 2241 habitants en 1826), chacun cultivant les petits bouts de terre plus ou moins accéssible et fertile, pour subvenir à ses besoins. Le paysage était donc extrêmement morcelé, les pentes de la montagne se présentait comme une mozaïque de parcelles. 1- Les ressources

550 500 450 400 350 300 250 200 150 100 50 10 0 1793 1821 18461872 1901 1926 1946 1968 19821999 2009

Evolution démographique de la commune d’Ayguatébia.

Les cultures Les sols étaient de qualité médiocre et nécessitaient une rotation biénale. Les céréales (principalement le seigle, mais aussi l’orge,et l’avoine), des cultures uniquement destinées à la consommation locale, se trouvaient sur les parties aménagées en terrasses. Comme les céréales, les cultures fouragères pour alimenter le bétail (luzerne, treffle, herbe) se situaient sur les terrasses les plus grandes et planes. Les parties grasses des terres labourables ( notamment la rive gauche de la partie inférieure du Cabrils) étaient propices à accueillir des productions plus riches comme le maïs, blé, la pomme de terre ou les betteraves. Cependant l’irrigation abondante permettait également la production de ses dernières cultures sur des terrains moins riches et fertiles. Les arbres fruitiers Bien que les plus gros propriétaires d’arbres fruitiers se trouvaient, et se trouvent toujours à l’entrée de la vallée, dans les environs d’Olette, (et dans un contexte plus large dans la plaine du Roussillon) de nombreuses parcelles étaient occupées par quelques arbres fruitiers surtout au niveau de l’étage méditerrannéen comme on peut le voir sur le pla de vignes et de façon générale à proximité des habitations. On y trouve principalement des pommiers, des abricotiers et des poiriers. La vigne On trouvait les pieds de vigne dans les endroites les plus ensoleillées, orientés sud, les plus difficilement accéssibles et les moins propices à accueillir d’autres cultures. Il s’agit d’une culture qui nécessite par ailleurs peu de transport (une récolte par an). Chaque agriculteur de Garroxtes produisait son propre vin, avec des vignes sur des parcelles parfois très éloignées de chez. 28


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2- L’acivité pastorale et les traces laissées dans le paysage Une part largement majoritaire est consacré au parcelles destinées au pâturage, ce qui montre la prédominance de cette activité dans les Garrotxes. Chaque exploitant avait en moyenne 4 ou 5 vaches et une centaine de moutons. Les fermiers considérés comme riches détenaient plus d’une vingtaine de vaches. Le bétail était une source de revenu majeure de par la viande et la vente de la laine. Traditionnellement, les troupeaux effectuaient un cycle annuel précis, respectant des calendriers de pâturage rigoureux, afin d’exploiter le plus rationnellement possible la ressource fourragère en fonction des secteurs, des saisons et de l’altitude. Au printemps, les troupeaux étaient regroupés, permettant à leurs propriétaires de se relayer pour la garde. La montée en estive se déroulait en deux étapes. Les troupeaux pâturaient les secteurs de demi-saison qui étaient équipés de bergeries. A la mi-juin, tous les troupeaux avaient rejoint l’estive. Les meilleurs pâturages étaient réservés en priorité aux bovins, mais lorsqu’ils avaient pâturé un secteur, ce dernier était disponible pour les ovins. Les troupeaux étaient maintenus le plus longtemps possible en altitude afin de réserver le maximum de fourrage possible dans les zones basses, en prévision de la mauvaise saison. Avec l’arrivée de l’hiver, chaque propriétaire récupérait son troupeau. Pour passer l’hiver, d’importants stocks de foin étaient engrangés dans les bergeries par les éleveurs qui gardaient leurs bêtes aux alentours du village. Les autres quittaient leur vallée et louaient des prés sur des communes de la plaine, ce qui avait l’avantage de limiter les compléments fourragers à prévoir. Le fourrage provenait principalement des terrasses irrigables qui bordent les cours d’eau. La fauche était effectuée en juillet ou en août. Après la fauche, l’irrigation permettait un regain, pâturé en début d’automne surtout par les bovins. Sur certains champs irrigables, un semis de trèfle après la récolte de céréales offrait aussi une ressource pastorale pour l’automne. 29


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Sansa Railleu Ayguatébia Caudièsdu-Conflent

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Pla des vignes

Olette

Le Pla des Vignes est situé en aval de la vallée du Cabrils sur la rive gauche, orienté plein sud. Bien que cette rive était difficilement cultivable à cause de la roche affleurante, et la forte pente, la population a su s’adapter à ce relief escarpé et profiter de chaque bout de terre cultivable. On repère les nombreuses traces des anciennes terrasses de culture grâce aux murets en pierre sèche encore visibles aujourd’hui. On peut noter la présence de murets verticaux, perpendiculaires à la pente, ayant pour rôle de proteger les vignes et les cultures des vignes contre le passage du bétail. Au vue de la bonne exposition, on y trouvait beaucoup de petits vergers et des vignes.

Muret verticaux servant de protection des culture contre le passage du bétail

Vergers (pommiers, cerisiers, poiriers, abricotiers

Céréales

Muret soutenant une terrasse de culture Cabanon de stockage des outils

Prairie de fauche Vignes


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Description du paysage induit par ces pratiques agricoles anciennes L’exploitation maximale des terres entraine un paysage très ouvert, contrastant avec le paysage actuel qui est totalement fermé. Le territoire est un ensemble d’espaces cultivés induisant des pentes où sont dessinées d’inombrables terrasses, soulignées par des murs en pierre. On avait donc un paysage dépourvu de végétation dense et hétérogène par la diversité des cultures vivrières qu’on y trouvait (cf. Pla des Vignes). Cabrils, vue sur le Pla des Vignes

Railleu au début XX° siècle

Terrasses de culture en contre-bas du mas de Cabrils

Vue sur le Pla de Vignes

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3- L’irrigation ; des canaux à la gestion complexe Les premiers canaux d’irrigation ont été mis en place sous Napoléon à la fin de XVIII ème siècle. L’ensemble du réseau s’est mis en place sur un laps de temps très étendu. La construction des dèrniers canaux s’est achevée durant la seconde moitié du XX ème siècle. Un règlement officiel (par syndicat) organisait la distribution de l’eau : chaque propriétaire disposait d’un créneau horaire pour arroser sa parcelles cultivée; des créneaux proportionnels à la surface dont on était propriétaire. Il va sans dire que ce système provoquait beaucoup de conflits et de procès à cause du non respect du partage des eaux. Nombreux étaient les moments où le surplus d’irrigation en amont des caneaux provoquait le manque d’eau en aval.

canal irrigation «d’Oreilla»

Points de captage

Quand on parle de canaux d’irrigation, il s’agit de petits canaux étroits, d’un mètre de large approximativement et prennent leurs sources sur un site naturel et amènent l’eau dans des terrains n’en ayant pas. Les canaux sont très importants dans le département, c’était une énergie pour faire tourner les moulins des villages. Puis l’eau est devenu utile pour l’industrie, en particulier les forges catalanes, et à présent ils servent à l’irrigation des terres maraichères ou fruitières. (surtout depuis le XIXe siècle). Les canaux sont aujourd’hui gérés par des ASA : Associations Syndicales Autorisées. Il existe 240 ASA dans le département qui gèrent plus de 300 canaux. 32

Vestiges d’un mur ayant soutenu un canal


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4- La situation de la forêt son exploitation au cours du XIXe siècle. Parallèlement à l’exploitation du moindre morceau de terre cultivable, l’importance démographique entraîne également une surexploitation des forêts. Les boisements qui avaient échapé au défrichements massifs, étaient exploités pour le pâturage ainsi que pour le bois de chauffage et de construction. Le pâturage Le pacage a dégradé les bois notamment durant le XIX ème siècle (un maximum de bétail du fait d’un maximum de population), en effet les jeunes arbres et les pousses tendres ne pouvaient pas survivre au passage des bêtes. L’administration des Eaux et des forêts ont fixé des limitations du nombre de bêtes à pâturer afin de diminuer les abus de pâturage. Par exemple, dans la forêt de Clavera, au sein de la commune d’Ayguatébia (devenu domaniale depuis 1834), le nombre de bêtes admis au parcours s’élevait à 77 têtes de gros bétail et 758 moutons. Des droits à partager entre 3 communes (Ayguatébia, Sauto et Llar). La forêt domaniale de «cami Ramadar» (ou chemin des troupeaux) indiquée sur la carte IGN, confirme l’activité pastorale sous ces boisements. L’exploitation du bois La récupération du bois de chauffage et de construction était également règlementé. On utilisait le pin pour la construction des charpentes et des planchers. Très localement, le bois du chêne vert ou un peu de Chêne Sessile était utilisé pour le charbon, sur la carte on repère le terme de «carbonères» au nord du village de Sansa, c’est à dire le lieu où l’on fabriquait le charbon.

«carbuneroles» «forêt de Cami Ramader»

Sansa

Railleu Ayguatébia

Durant les années révolutionnaires, malgré la mise en place de directives par le code forestier en 1827, la surexploitation des domaines forestiers par la population locale reste forte et appauvri le faible couvert boisé. En découlent diverses catastrophes naturelles telles que les grandes coulées de boue et les inondations, due notamment à la forte érosion. Beaucoup de forestiers ont attribué la cause de ces accidents aux montagnards qui ont Le Pin à Crochet est l’essence emblématique de l’étage subalpin. Les plus vieux sujets se trouvent en périphérie des jasses pastorales et non en forêt. Ces vieux arbres étaient de éléments important dans le système pastoral ancien. En effet ils permettaient l’apport d’ombre aux troupeaux et l’apport du bois pour les bergers.

Olette 33


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Modèle paysager, XIX ème siècle, un territoire exploité au maximum

Une grande partie des terres est consacrée à l’élevage, on trouve donc des parcelles destinées aux cultures fouragères et des enclos où peut pêtre le bétail en prenant de l’altitude

Boisement clairsemé due à une forte pression pastorale et à l’exploitation intensive du bois pour le chauffage et pour le fonctionnement des forges.

Plateau au niveau de l’étage montagnard ponctué par des mas ou hameaux isolés autour desquels on trouve des cultures vivrières d’autosuffisance.

Villages sur les flancs orients sud. regroupement de population vivant de leurs productions vivrières. Forte concentration de terrasses de culture pour les habitatns du bourg. Affleurement de roche ponctué par une strate arbustive Grandes estives

Arbres ponctuant le bord des parcelles pour l’apport d’ombre et de peit bois.

Sur les espaces les plus plans on trouve de grandes parcelles de cultures fouragères comme la luzerne ou le treffle.

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Sur les parties grasses et fraîches des terres labourables non loin de la rivère et orientées nord on rencontre des productions riches comme le maïs, la pomme de terre et les betteraves. Du fait de la forte pente, il s’agit de petites parcelles aménagées en terrasses.

Terasses de culture orientés plein sud propice à l’implantation de petites parcelles de vignes ou d’arbres fruitiers.


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IV- Du début du XXe siècle aux années 1970, les moteurs de la déprise. « Mon Mandat je le situe en deux parties. La première de 1957 à 1971 avec les anciens, où nous étions conscients d’une population vieillissante, de l’exode des jeune, du village en déclin, chacun voulait vendre sa grange ou d’autres après sucession de l’habitation, il fallait tourner la page et s’orienter à autre chose, en résidence secondaire, et apporter des aménagements qui attire de l’extérieur. Avec peu de moyens financiers ça a été fait, par les premières réalisations comme l’eau potable, l’assainissement, la station d’épuration et le revêtement des rues. (...) » (Mr Mitjaville, maire d’Ayguatébia) 1- Les grands départs A titre d’exemple, en consultant le registre d’état civil de la commune de Sansa, on constate que de 1826 aux années 1900, le solde des naissances est positif, à partir du début du XX° siècle, ce solde s’annule. C’est à partir de la fin du XIX ème siècle mais plus amplement à partir du début de la Première Guerre Mondiale en 1914 que l’exode rural devient très marqué. Les hommes et notamment les jeunes ne revenaient plus et profitaient du grand besoin de main d’oeuvre en ville, beaucoup choisissent de devenir fonctionnaires. En effet, l’arrivé de chemin de fer par exemple en 1911 à Olette est un des facteurs ayant accéléré cette exode, un équipement qui a favorisé l’oofre de nouveaux emploirs par la SNCF notamment dans les années 1960-1965. On peut également citer les nombreux emplois créés par la poste,... La baisse de la population engendre la fermeture progressive des écoles. A Ayguatébia, l’école est fermée en 1957 avec une population totale de 82 habitants. Les exploitants encore en activité continuaient tant bien que mal à cultiver leurs terres mais les jeunes, influencés par le processus d’industrialisation et par la mise en valeur des plaines quittent la montagne et ne reprennent pas les exploitations qui sont donc condamnées à disparaître. Par ailleurs, les «vieux» poussent les «jeunes» à travailler ailleurs. Ces premiers continuent à exploiter leurs terres jusqu’à leur mort ou quittent eux aussi la vallée. C’est en 1951 que l’électricité est mis en place sur le territoire des Garrotxes, quatre ans après l’arrivée de la route départementale actuelle. 550 500 450 400 350 300 250 200 150 100 50 10 0 1793 1821 18461872 1901 1926 1946 1968 19821999 2009

Evolution démographique de la commune d’Ayguatébia-Talau 35


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2- L’eau comme resource énergitique

Usine de production d’électricité à Olette

Bien que relativement faible sur mon territoire d’étude, l’impact du processus d’industrialisation est également visible dans les Garrotxes. L’arrivé du chemin de fer à Olette permet à partir des années 1910, l’intensification des flux de matériaux de construction, mais également de personnes. comme on a pu le voir précédemment, ce nouveau moyen de transport engendre de nouvelles activités et contribue fortement à l’exode rural. Mais les répercutions de cette industrie et plus largement du nouveau mode de vie adopté, est également visible dans le paysage par les infrastructures mises en place pour un apport d’énergie suffisant. En effet, progressivement le besoin en électricité devient plus fort pour satisfaire les différents ménages ainsi que les nouveaux moyens de transports mis en place. Ainsi l’eau est considéré comme un potentiel majeur d’apport en énergie.

La «cheminée d’équilibre» Cet édifice, construit en 1936, se trouve à l’entrée de la vallée des Garrotxes à 850 m d’altitude. Il sert à aprovisionner en eau l’usine produisant l’électricité à Olette, par les conduites focées. L’eau est récupérée en amont de la Têt pour y être rejetée après utilisation.

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Forêt Damaniale de Coume de Ponteils

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3- La situation de la forêt et son exploitation au cours du XIXe siècle : Une évolution fragmentée.

Forêt Damaniale de Coume de Legue

Forêt Damaniale de Clavera

Loi du 10 juillet 1860 : le reboisement des montagnes et la régulation du régime des eaux. Loi du 9 juin 1864 : le regazonnement des montagnes. Loi du 4 avril 1882 : la Restauration des Terrains de Montagne - la création de périmètres domaniaux de restauration des terrains en montagne sur les zones les plus sensibles, - la prise en charge des travaux par l’Etat après acquisition de ces terrains à l’amiable ou par expropriation

En réaction au piteux état de la forêt résultant des nombreux défrichements du début du XIXe siècle, l’administration forestière décrète des plans d’aménagement pour les bois publics afin que ces derniers soient exploités de façon plus rationnelle. L’évolution des ces espaces forestiers est à l’image de l’histoire des relations des sociétés à leur environnement. Dès la fin du XVIIIe siècle, l’administration des eaux et des forêts prend conscience du danger des déforestations massives liées à la mauvaise exploitation des ressources par les paysans. Il en résulte des risques de catastrophe naturelle et de manque de bois. En effet, la société montagnarde est considérée comme destructrice de son environnement et responsable des inondations en plaine. On notra également l’érosion sur les versants déboisés : une conséquence de la dégradation commise par les piétinements et le surpâturage sur les versants dénudés. Les pouvoirs publics tendent donc peu à peu à favoriser les plantations forestières. Cependant ces dernièrs sont confrontés à une forte résistence de la part de la population locale. Les reboisements de la fin du XIXe siècle En 1827 est promulgué le code forestier, qui règlemente le pâturage sous forêt et réprimande la surexploitation du bois. Ces restrictions sont très mal acceptés par la population locale qui y réagit par une résistance assidue. C’est entre 1860 et 1900, sous l’influence du déclin démographique et de la crise agraire que les forestiers pouvaient réellement entammer la politique de reboisement. Cette politique a notamment été appuyée par la loi sur le reboisement en 1860 suivie de la loi de 1864. Dans les années 1960, le conflit avec la société paysane reste cependant d’actualité, une résistance se traduisant par des dévastations des parcelles fraîchements replantés jusque dans les années 1980. En effet, la poplation locale craint le manque d’espace de pâture et de passage des troupeaux. Les travaux de reboisement par l’administration des Eaux et Forêts se termine à la veille de la Première Guerre Mondiale. Dans les Garrotxes, les principaux reboisements se sont effectués au niveau de l’étage subalpin, suite à la politique de restauration des terrains de montagne à partir de la loi de 1882 qui met en place le service de service de Restauration des Terrains de Montagne. Le résultat du compromis entre les forestiers et les paysans reste visible dans le paysage par des couloirs envahis par des arbres comme l’Epicéa et le Pin sylvestre ou par des feuillus pionniers comme le Bouleau et le Sorbier. Les principales essences utilisées sont le pin à Crochet et le pin Sylvestre, des espèces autochtones qui avaient quasi disparus. 37


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Les grands déboisements au cours de la seconde partie du XXe siècle. Apartir du milieu du XXe siècle , l’exploitation du bois par câble se généralise, même si les exploitations restent très localisés. L’exploitation du bois se fait par un système de câble qui relie le col de Torn au village de Matemale. En 1962 on dénote deux systémes à Caudiès, un au niveau du col de Creu et un dernièr qui relie la coume de Ponteils au village de Réal. Les années 60/70 sont marquées par des grandes coupes pour causes de problémes parasitaires (armillaire) des parcelles entières de forêt domaniale sont rasées (Cami Ramadar, Coume de Lègue, ...) Après la guerre, les locaux font la demande de coupes exceptionnelles à l’administration forestière car seule véritable ressource économique des petits villages.

La seconde phase de reboisement : la politique de substitution des essences au cours des années 1960/1970. De nouvelles essences, étrangères aux massif des Garrotxes ont également été introduites durant la période RTM mais de manière plus conséquente durant la période s’étirant des années 1950 aux année 1985. Il s’agit ici du mélèze et l’épicéa, qui sont des essences ayant un pouvoir de dissémination très fort. Essence de semi-ombre, l’épicéa peut agir comme espèce pionnière colonisant de nouveaux espaces. Cette espèce envahissante peuvent donc fortement peturber l’éco-systme forestier. La politique de substitution des essences a notamment été appliqué dans les espaces où la regénération naturelle du pin à Crochets était considérée comme insuffisante. Aux yeux des forestiers de l’époque, le pin à crochets n’avait pas la même valeur qu’aujourd’hui et était considéré comme une essence médiocre, peu productive devant être remplacé par des essences plus «nobles». Entre 1962 et 1972, plus de 100 000 plants d’épicéa ont été introduits dans l’espace frontalier entre le massif des Garrotxes et le Capcir. Aujourd’hui, ces reboisements sont encore trop jeunes pour développer une dynamique d’envahissement dans les pinèdes voisines, mais cela ne serait tarder. Dans les année 1930, c’est le mélèze qui est introduit dans les Garrotxes. 38

Coume de Ponteils

Real Matemale Col de Creu Col de Torn Caudiès-deConflent

Olette


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Ayguatébia

Durant les année 70 et 80, les forêstiers ont planté du sapin, une essence qui elle aussi n’est pas d’origine locale. La politique est également à l’origine de plantation de pins sylvestres venant de Pologne, et donc mal adaptés à la région pyrénéenne. Les forestiers se trouvent devant le risque d’hybridation avec le pin sylvestre local. Ces pratiques engendrent une forte répercussion dans le domaine génétique propre à la vallée des Garrotxes et à une plus large échelle propre aux Pyrénées Orientales, on peut parler de risque de «polution génétique». Les actions des forestiers sont à l’origine des nombreuses dynamique forestières présentes et passées dans le massif des Garrotxes. En 1995, la loi Barnier a permis l’interdiction du reboisement en essences exotiques. Aujourd’hui il n’y a donc plus de reboisements en essences exotiques mais il appartient désormais aux forestiers de gérer les conséquences de ces reboisements.

Aperçu de la forêt de Cami Ramader 1942 Ayguatébia

Nombreux reboisements depuis la mise en place du service RTM.

Aperçu de la forêt de Cami Ramader 1962 Ayguatébia

Boisement encore dense mais on repère le tracé de voies de desserte pour l’exploitation du pin à crochet.

Aperçu de la forêt de Cami Ramader 1980 Ayguatébia

Boisement beaucoup moins dense, ouverture de la forêt. Résultat des grands déboisements des années 1960 et 1970 39


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Les regénérations spontanées A partir du milieu du XXe siècle, la dépopulation devient marquante dans la vallée. Elle est d’abord relativement lente puis s’accélère à partir de la Première Guerre Mondiale jusqu’aux année 70. L’espace désormais libéré de la pression anthropique, permet l’évolution naturelle de la forêt. Cet exode rural ne s’est pas traduit tout de suite dans le paysage, ce n’est que dans les années 1950 que l’enfrichement devient marquant sur le territoire. Cet abandon se traduit par le reboisement spontané des espaces non exploités. En théorie, le schéma d’évolution est le suivant : à la friche se succède la fourré et à la fourré se succède la forêt. en réalité, la dynamique est rarement aussi linéaire. Le bouleau et le noisetier sont de façon générale les premiers arbres à venir recoloniser les espaces agricoles abandonnés. Très souvent, la régénération des pinèdes d’altitude pose problème. Suite aux grands déboisements des années 1960/1970, les Pins à crochets se sont à nouveau réemparés du massif. Mais, il subsiste encore des zones vides, où la lande semble s’être définitivement substituée à la forêt. Ces zones se caractérisent par des conditions écologiques très proches. Elles se situent toutes les deux en soulane, à des altitudes supérieures à 1800-1900 mètres. Les sols y sont généralement fins, sous forme de sable plus ou moins grossier, dû à la décomposition de la roche granitique. Les pentes assez prononcées dans l’ensemble, contribuent à amplifier le lessivage de ces sols. Notons aussi que ces altérites ne sont pas de bon réservoir d’eau. Ces conditions stationnelles s’opposent à une dynamique rapide de reconquête par le pin à crochets. L’espace forestier semble aujourd’hui être une mozaïque de différents couverts résultant des modes de gestion liées aux dynamiques pasées et présentes avec notamment l’abandon des de l’espace montagnard de nos jours. 40

Fourré (lande à genêt)

Friche (églantiers, ronces, ...)

Forêt (apparition de strate arborée)


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L’enfrichement des terrasses de culture, l’exemple des terres en contre-bas du mas de Cabrils (étage méditerrannéen).

Le paysage est très ouvert, on distingue clairement l’étagement de terrases de cultures commençant au mas et se prolongeant jusqu’aux abords de la rivière. On perçoit des grandes terrasses essentiellement occupées par des cultures fouragères tels que la luzerne ou encore le blé sur les terrasses centrales. Sur les bords des parcelles on trouve fréquement des arbres fruitiers (poiriers et pommiers). Les plus hautes terrasses sont propices à la culture de la pomme de terre, l’exposition plein nord permet une fraîcheur et une humidité constante.

Aujourd’hui les terrasses sont envahis par des frênes, les arbres fruitiers ont quasiment disparus, néanmoins le petit chemin tortueux déscendant jusqu’à la rivière reste bien entretenu pour les balades d’agrément jusqu’au points frais au fond de la vallée durant la période estivale.

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La regénération naturelle du couvert végétal sur les espaces incendiés. Le territoires des Garrotxes est un des sites le moins sensible aux incendies à l’échelle du -Forêt domaniale de Cami Ramadar: 32 ha département. Cela s’explique par la faible présence humaine, par l’absence d’infrastructures brûlés entre 1940 à 1977 et d’activités à risques (comme les acivités industrielles) et par des conditions climatiques plus -Forêt communale de Caudiès-de-Conflent favorables qu’en plaine (sècheresse estivale moins longue et précipitations plus abondantes). : 50 ha brûlés en 1949 Le risque reste cependant présent. La foudre est la cause dominante des départs de feux mais -Forêt communale de Sansa: 30 ha brûlés on trouve également des départs liés à des cigarettes mal éteintes ou à des éco-buages mal en 1949 maîtrisés. -Forêt communale de Railleu: 72 ha brûlés Dans la commune de Railleu 72 ha furent incendiés en 1988. Vingt-cinq ans après, la régénération du en 1988 Pin à crochets est quasiment nulle dans la lande. Dans ces stations, Cytisus purgans est le premier (Source : CFT des Garrotxes) ligneux à s’installer et paraît donc plus compétitif que le pin pour coloniser ce type de versant après le passage du feu. La présence de gros blocs de granit est une contrainte supplémentaire à l’épanouissement de la forêt dans le secteur. La transformation de ces zones anciennement incendiées en lande à genêt empêche la pinède de réinvestir les lieux, en effet, la densité de cette lande bloque la régénération des arbres. Les dynamiques de reconquête y sont donc très lentes. Il faut attendre le vieillissement de la lande pour pouvoir observer l’ouverture de brêches et le développement de jeunes arbres. Ces espaces sont nombreux dans la commune de Sansa et de Railleu comme on peut le voir sur les photos ci-dessous. Généralement, ce sont les ligneux tels que le genêt ou les pins qui recolonisent en premier les espaces incendiés, mais dans certains espaces ce sont le noisetier et le bouleau qui prennent les devants. Ces deux feuillus forment un peuplement dense dans lequel le pin ne peut pas se développer.

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Sansa

Railleu


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Modèle paysager 1950, les premièrs signes de la déprise Au niveau de l’étage subalpin, la baisse de l’activité agro-pastorale permet à la politique de reboisement du service RTM de porter ses fruits. Par ailleurs on remarque l’apparition de voies de desserte dans cette nouvelle masse boisée pour la progressive exploitation du bois du milieu de XXe siècle.

Les premières parcelles délaissées sont celles qui sont les plus difficilement accessibles et les moins rentables. A leurs abords, les murs soutenant les terrasses sont progressivement envahis par de la végétation.

La baisse de la pression pastorale provoque une densification rapide de la forêt et une progressive recolonisation des espaces pâturés.

Les vignes sont une des productions abandonnés assez rapidement. Les hommes étant partis en masse durant les deux guerres mondiales, l’entretien des vignes n’était pas la priorité des femmes qui ne consommaient que très peu de vin.

Les abords du ruisseau et sur les murets soutenant les terrasses sont envehis par la friche.

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V- Des années 1970 jusqu’à nos jours. Vers la mise en place d’un nouveau système agraire er la diversification de la habitants. Dès les années 1960 on observe le départ de nombreuses familles. Les «vieux» incitent les jeunes à partir, et n’ont plus la volonté de déléguer. Ils savent qu’ils pouraient gagner plus d‘argent en partant et avoir une vie plus aisée en plaine ou en ville. Les cultures, quant à elles, sont complètement abandonnées mis à part quelques petites parcelles à proximité des villages entretenues par les locaux, il s’agit de jardins potagers. Le reste des cultures se trouve en plaine. 1- La mise en place d’un nouveau système agraire Un nouveau système agraire se met en place, les différents mas arrêtent progressivement leurs activités et sont vendus à de riches investisseurs. Ces dernières opèrent par achat groupé de plusieurs corps de fermes et de beaucoup de terres dans le but de mettre en place des grands élevages de bovins et dans une moindre mesure d’ovins. Un système qui vient radicalement contraster avec ce qui précédait. A titre d’exemple, le Mas des Plans a été racheté par un vétérinaire de Troie, qui y a mis en place un élevage de plus de 400 ovins. Depuis 1988, c’est l’éleveur Radondi qui a repris l’exploitation et possède plus de 800 vaches aujourd’hui. D’une part, l’arrivée de ces grands éleveurs s’explique par la décadence de la production fruitière dans les années 1980. En effet durant les années 1950, la vente de fruits (notamment l’abricot) est en pleine expension. «Autrefois, il y a 40 ans, j’ai payé 55 000 000 francs pour l’achat du Mas de Guicha, avec 45 ha de terres, ce qui équivalait à une saison de récoltes de pêches». (Mr Fabres, ancien producteur fruitier, aujourd’hui éleveur) Depuis les années 1980, la rente de la production a fortement 44

baissé, le commerce ne vaut plus grand chose et n’arrive plus à concurencer les marchés européens. «L’Europe a foutu la merde au niveau des prix, depuis le développement des transports et l’évolution de l’ approvisionnement des grandes surfaces. Le producteur n’a plus rien pour lui». (Mr Fabres, ancien producteur fruitier, aujourd’hui éleveur) Les terres où se trouvaient les vergers sont désormais transformés en prairie de fauche. Ainsi, les propriétaires se sont souvent spécialisés dans l’élevage en montagne (exemple de Radondi et de Fabres sur les terres des Garroxtes) tout en possédant des terres en plaine pour le fourage. Ce retour de l’élevage dans les anées 80’ est aussi, et principalement, due à la mise en place d’associations foncières pastorales. 1973 : fermeture de l’agence postale, départ de deux facteurs (Ayguatébia) 1982 : fusion des commune d’Ayguatébia et de Talau

550 Evolution démographique 500 de la commune d’Ayguatébia-Talau 450 400 350 300 250 200 150 100 50 10 0 1793 1821 18461872 1901 1926 1946 1968 19821999 2009


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2- La mise en place des Associations foncières pastorales, un moteur de la reprise dans les années 1980 L’effectif moyen des troupeaux ayant fortement augmenté, la pratique de l’élevage s’est totalement restructuré. A partir des années 1980, on dénote un retour de l’activité pastorale dans les Garrotxes. Le foncier est énormément morcellé et les propriétaires n’habitent pour la plupart, pas dans la région. Afin de trouver un remède aux difficultés dues à ce morcellement foncier les activités pastorales s’organisent parfois en A.F.P (Association foncière pasorale). Il s’agit d’une structure qui est issue de la Loi Montagne de 1985, et concerne à l’échelle des Garrotxes, 2000 ha de foncier, privé et communal, à partager entre 3 éleveurs. Il n’est cependant pas évident de persuader tous les propriétaires. Mais comme le dit un éleveur concerné : «c’est un système dérisoire puisqu’il faut un minimum de 60 % d’approbations pour pouvoir mettre en place une AFP. Or, une grande partie de ces terrains étant communaux, on arrive très rapidement aux 60% d’approbations requisses». Parallèlement, l’éleveurs soulève les problèmes financiers auxquels il est confronté. En effet, l’entretien des terres est difficile, notamment à cause de la hausse des prix de l’éco-buage, une pratique très règlementée. Un journée d’éco-buage coûte 800 euros. D’autre part, il y a une difficile conciliation entre l’activité pastorale et la chasse. Il semble utopique de pouvoir réouvrir les milieux par l’activité pastorale si ces conflits d’acteurs perdurent. Il s’agit là de problématiques que j’aborderai plus en détail dans la troisième partie de ce mémoire.

Troupeau de bovins à l’entrée de la vallée

Parcs de transhumence bovins

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3- L’écobuage L’utilisation du feu pour entretenir l’espace pastoral est le moyen le plus simple pour éliminer les ligneux qui recolonisent les pâturages et qui empêchent donc le bon développement des fourages. Jusqu’au milieu de XXe siècle, les éleveurs entretenaient régulièrement leurs parcelles par ce moyen, le taux de recouvrement de ligneux restait donc faible et le brûlage n’était pas aussi dangereux qu’aujourd’hui puisqu’il risquait moins de dégénérer en incendie. Avec la désertification humaine et la diminution des effectifs du bétail, l’entretien a progressivement été abandonné. La ressource pastorale disponible, bien qu’en régression, était suffisante. Les parcours se sont embroussaillés, puis boisés (surtout par les pins, les chênes et les noisetiers). De temps en temps, des gros incendies venaient réouvrir les milieux mais les feux d’été n’étaient pas aussi favorables au renouvellement de la ressource fouragère que les feux hivernaux. Depuis les années 1980, la reprise de l’activité pastorale nécessite l’entretien des parcours pour récupérer les ressources fourragères. Parallèlement, avec l’enfrichement des versants, les risques d’incendie se sont considérablement accrus. Pour répondre à ces différents aspects, dès les années 1980, des opérations de brûlage sont menées principalement dans les landes à genêt pour favoriser la pousse de l’herbe. Dans le système traditionnel, la fréquence des mises à feu varie, selon les milieux, entre tous les 3 à 4 ans (en basse montagne) et 8 à 10 ans (dans les estives), avec une répartition de petits feux dans tout l’espace (pelouses, landes mais aussi forêts pastorales). L’évolution contemporaine de l’exploitation pastorale et des milieux (abandon, sous-exploitation, enfrichement) a entraîné une évolution significative du « système feu » : brûlages irréguliers, moins nombreux et de plus en plus vastes, de moins en moins 46

Ecobuage sur la commune de Railleu

contrôlés et ayant des impacts accrus sur les forêts (Métailié, 1981 ; Faerber, 1995) Malgré tout, ces pratiques ont gardé une grande continuité avec ce qui se faisait dès les origines du pastoralisme : dans la mesure où les milieux sont similaires, la logique, le mode opérationnel et les impacts sur le milieu restent identiques, même si l’on rajoute des outils modernes pour en faire un «brûlage dirigé ».


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4- La gestion et les enjeux actuels de l’espace forestier La gestion actuelle des forêts publiques et privées dépend de l’objectif que les forestiers fixent. Les forêts publiques sont à dominantes résineuses et pour la majorité de leur surface considérées comme des forêts de production. Plus de la moitié ces forêts est traitée en futaie régulière dont l’objectif est la production de bois d’oeuvre. Les autres formes de traitements (soit en futaie jardinée, soit en futaie irrégulière) sont généralement destinées aux séries de protection. Les forêts privées sont également majoritairement résineux (75%). Ils sont issus d’une colonisation d’anciens terrains agricoles et pastoraux au vue des nombreux vestiges de murs en pierre sèche. 25% de la couverture forestière est constituée de peuplements de feuillus, dominés par des taillis de Chêne pubescent et par endroit de Chêne vert. La gestion des forêts de feuillus (servant essentiellement pour le bois de chauffage) est difficile car ces forêts sont implantés sur un relief très escarpé (notamment au niveau de l’étage méditerrannéen) et parce que très mal desservies. On peut également relever l’importance du morcellement des propriétaires comme élément limitant l’exploitation rationnelle de ces forêts. Durant ces dix dernières année on peut cependant relever quelques actions sylvicoles d’amélioration des peuplements ou d’éclaircisement visant à reconquérir des prairies de fauche par des propriétaires privées ou par le PNR.

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5- La hausse des résidences secondaires et le développement du tourisme «(...) La seconde partie de mon Mandat, de 1971 à 2007. (...) Nous étions en expension de résidences secondaires, et conscient aussi que c’était une population bien plus exigente, il fallait être à leur écoute. une population de jeunes retraîtés qui nous arrivait du mois de mai jusqu’au mois de novembre, très importante en été, d’où l’obligation de renforcer nos réseau, captage de source, construction d’un réservoir supplémentaire, qui donne entière satisfaction aujourd’hui!» (Mr Mitjaville, maire d’Ayguatébia) Aujourd’hui, les résidents secondaires représentent plus de 70% des habitants. On assiste donc à des fluctuations très importantes du nombre d’habitants suivant les saisons, avec une augmentation d’un facteur de 10 en période estivale. Dans ce territoire à la démographie si particulière, il semble que les résidents secondaires s’impliquent dans la vie des villages et seraient susceptibles, pour certains, d’être des moteurs de projets de développement. Il est toutefois à souligner que la pérennité de ces projets dépendra de l’implication des acteurs locaux. En effet, le territoire ne pourra pas se développer au travers de projets venus de l’extérieur et portés uniquement par des structures politiques et administratives. A titre d’exemple, la commune d’Ayguatébia-Talau comprend douze habitations isolées : d’anciens Mas aujourd’hui réinvestis en résidences secondaires dont trois en résidence permanent. En tout pour la commune, on compte 120 habitations.

Gîtes Ayguatébia-Talau : «Ecogîte du Mas de Trape» Caudiès-de-Conflent : maison de montagne Refuges Sansa : «Gîte et refuge des Garrotxes» Refuge du Col del Torn Location de meublés Mas de Guicha : location Railleu : location (2 appartements communaux) 48


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Modèle paysager 2000, un paysage de plus en plus fermé Parcelles déboisées pour l‘exploitation du bois

Reboisements des années 1980 et 1990

Enfrichement des anciens espaces cultivés par de la lande à genêt.

Estives pâturée par de grands tropeaux de bovins.

Pinède de reconquête sur la soulane

La lande à genêt voit progressivement apparaître des arbustes de ligneux (pins) , sur anciens espaces cultivés et souvent soumis au passage du feu.

Quelques espaces maintenus ouverts par le pâturage des troupeaux.

Anciens espaces cultivés recolonisés par des forêts de pins ou de chênes

Anciens mas et maisons au sein des villages réinvestis et restaurés par des résidents secondaires

Enfrichements des terrasses de cultures par une garrigue de Chênes verts sur l’étage méiterranéen

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I- Les acteurs du territoire

1- Les acteurs locaux a- Les pêcheurs, les cueilleurs et les chasseurs b- Les éleveurs 2- La remise en question des politiques publiques favorisant le maintien de pratiques pour le développement du territoire

II - Des politiques territoriales à différentes échelles pour de nouvelles orientations.

1 - Les acteurs étrangers au territoire c- Les résidents secondaires d- Les touristes 2 - Des politiques territoriales à différentes échelles favorisant la protection d’un riche patrimoine naturel a- Les structures à l’échelle communautaire : l’identification d’une richesse écologique b- Une structures à l’échelles nationale, le Pays des Terres Romanes en Pays Catalan. c- A l’échelle régionale, le PNR et la mise en avant de la notion de patrimoine engendrant un intérêt nouveau pour la montagne. d- Des actions à l’échelle départementale et intercommunale e- Des associations à l’échelle communale

III - Quel paysage à venir pour la vallée des Garrotxes ? Entre maintien et conservation

1 - Vers un nouveau système en réponse aux enjeux de conservation du patrimoine paysager et du développement local. a- L’amélioration de la gestion des forêts et des milieux ouverts en faveur du développement socio-économiques local t de la préservation de la biodivversité b- L’amélioration et le développement de la vie locale : de nouvelles activités et de nouveaux acteurs 2 - Le maintien du système existant, des menaces de plus en plus pesantes par la fermeture totale du paysage.

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Mémoire cent ans les «Garrotxes» Lenny Pol 2012-2013

La problématique qui guide le déroulement de mon mémoire montre l’abandon progressif du territoire. Il est donc inutile de rappeler que le nombre d’habitants dans les Garrotxes a énormément diminué. Il me semble néanmoins essentiel de leur prêter une attention particulière puisque bien que peu nombreux, ce sont eux qui animent le système à l’heure actuelle par des dynamique et des enjeux très variés. Après avoir identifié les différents acteurs intervenants dans le territoire je m’attarderai sur les différentes politiques territoriales mis en place dans les Garrotxes à des échelles variées, pour émettre deux hypothèses d’évolution du territoire.

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I- Les acteurs du territoire

Chasseurs, forestiers, randonneurs, éleveurs, cueilleurs. ACCA et AICA (chasse)

Habitants locaux retraîtés Résidents secondaires touristes AFP (Association foncière pastorale)

pêcheurs

AAPPMA (pêche)

ASA (canaux)

Union européenne Ministère de l’environnement PNR de Pyrénées catalanes Communauté de communes du Capcir HautConflent Association des Garrotxes

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1- Les acteurs locaux La population vivant encore de façon permanante dans la vallée est généralement composée de retraîtés, d’ éleveurs, et de quelques artisans comme des maçons, charpentiers,... Bien que peu nombreux, il faut également prendre en compte quelques habitants faisant des allers/retours quotidiens entre leur lieu de travail (aux alentours d’Olette, de Villefranche voire de Prades) et leur domicile dans les Garrotxes. Une autre alternative pour une parti très réduite des habitants est de travailler chez soi par l’intermédiaire d’internet afin de vivre à plein temps dans la montagne.

de se mettre en place. Alors que la plupart de la population délaisse la montagne pour s’installer en plaine et en ville, cette famille était déja à la recherche d’une certaine qualité de vie, au milieu du XX ème siècle. On peut parler d’un «contre-courant», d’un courant reconstructeur. Comme on le véra par la suite, il s’agit d’une idéologie qu’on retourve chez le résident secondaire et le touriste.

de nos jours, contrairement à ce qu’on pourraît croire, on remarque un retour de la population vers ce genre de milieux délaissés. En effet, on discerne un regain d’intérêt pour la vallée, le citadin aspire à ce genre de lieux, la montagne prend le rôle d’espace de détente et de retour sur soi. De façon très ponctuelles, pour certains habitants locaux, le retour à cette qualité de vie date d’un époque bien plus ancienne. A titre d’exemple, je citerai la cas de la famille Raaymakers qui, en 1949, a immigré du nord de la belgique au mas de Cabrils dans les Garrotxes. Une émigration en partie justifiée par la volonté de revenir à certaines bases et de trouver une vie différente loin de la société d’après-guerre qui était en train

Les pêcheurs sont relativement nombreux le long du Cabrils. Il sont aussi bien citadin et vacancier que d’origine rurale et locale. L’espèce pêchée sur le site est la Truite fario (Salmo trutta fario). Les cours d’eau et les plans d’eau sont gérés par des Associations Agréées de Pêche et de Protection de Milieux Aquatiques (AAPPMA), regroupées au sein de fédérations départementales. La politique générale de ces fédérations est de gérer les milieux aquatiques, de renforcer les peuplements piscicoles et de faire respecter les différentes mesures règlementaires.

a- Les pêcheurs, les cueilleurs et les chasseurs

Les cueilleurs sont également aussi bien des habitants locaux que des citadins en mal de nature. Les principales cueillettes visent les champignons, les plantes diverses, les escargots, les fruits et les feuillages. Les amateurs de champignons peuvent venir de très loin (de la région toulousaine voire de la région bordelaise). Aujourd’hui la chasse est généralement pratiquée par les ruraux sur leurs propres communes, ou par leurs descendants qui vivent dorénanavant dans les bourgs et les villes de la plaine. Leurs attaches au «pays» sont souvent très fortes.

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L’organisation de la chasse dans les différents types de forêt Location des forêts communales Le territoire communal est exclusivement chassé par les ACCA (Association Communale de Chasse Agréée) ou les AICA (Association Intercommunale de Chasse Agréée) dont dépendent la ou les communes concernées. Dans la majorité des cas, la commune met à disposition ses terrains et ne reçoit pas de loyer de l’ACCA. Location des forêts domaniales Le territoire des forêts domaniales est découpé en différents lots de surface variable, l’attribution du territoire de chasse est variable. On trouve des surfaces où la location se fait à l’amiable, avec un loyer très bas pour les ACCA et le AICA. Une petite part du territoire est mis en adjuction et attribué au plus offrant. Une partie du terrioire est régies par l’ONF (25% de la srface domaniale) et enfin les zones de réserve de chasse couvrent 15% des forêts. Location des forêts privées Vu le morcellement du foncier, la grande majorité des propriétés privées est chassée par les ACCA et AICA de la commune concernée sans attribution financière pour le propriétaire. Carte des différents types de boisements Source : CFT des Garrotxes) Forêt domaniale Forêt communale Forêt privée 55


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b- Les éleveurs Les éleveurs, sont de plus en plus regroupés en Associations Foncières Pastorales depuis les années 1980 comme on a pu le voir précédemment. On peut se demander comment se traduit l’organisation pastorale dans le paysage aujourd’hui et comment cette activité va être amenée à évoluer. La pression des parcours pastoraux se traduit par une répartition saisonnière des troupeaux. Durant la période estivale, de nombreux troupeaux transhumants s’ajoutent aux troupeaux locaux sur les estives. Ces derniers n’exploitent que les zones basses durant la saison hivernale. Les cartes ci-dessous donnent un aperçu de la densité de bétail sur chaque unité pastorale en été et durant le reste de l’année. Elles nous montrent que la pression pastorale est inégale selon les saisons. Il faut cependant garder en tête que la valeur fouragère est très variable suivant le type de milieu. Ce repérage permet de localiser les espaces sous ou sur-pâturés du site et pourront en découler des prescriptions de réintroduction de

UGB (unité de gros bétail)/100 ha

l’activité pastorale en faveur d’une meilleure gestion du territoire. Ces prescriptions se matérialisent par des opérations comme l’ouverture des milieux ou encore la mise en place d’un calendrier de pâturage. Ces objectifs et ces actions sont fixés dans le cadre des diagnostics pour l’établissement des Contrats d’agriculture durable (CAD). De façon générale, le pacage en milieu forestier est admis par respect des droits d’usage. Cependant, localement il apparait des sitautions conflictuelles entre les gestionnaires de la forêt qui dénoncent l’impact des troupeaux sur la régénération arborée, et les éleveurs. Un conflit très ancien déja d’actualité au début du siècle dernier. Ces premiers ne peuvent vivre de leur métier en montagne que par l’intermédiaire du soutien public. Les principales aides sont la PHAE (Prime à l’herbe agro-environnementale), dont la principale contrainte est le maintien du pâturage sur les parcours et le CAD, qui a un intérêt prioritairement environnementaliste. Enfin, le site Natura 2000 permet les «Contrats Natura 2000», qui prennent également la forme de CAD.

1 Coume de Pounteils (Bovin/Equin) 2 Sansa (Ovin) 3 Sansa (Bovin) 4 Oreilla (Bovin) 5 Montagne d’Ayguatébia (Ovin) 6 Montagne d’Ayguatébia (Bovin) 7 Estive de Caudiès-Railleu (Bovin)

1

1

0.1 à 10 10 à 20 20 à 30

3

4

30 à 50 50 à 100

2

3

7

Absence de cheptel

4

4

7 6

6

5

5

Source : Association AFP-GP des P.O. Chambre d’agriculture de l’Aude. Fédération pastorale de l’Ariège, AGRNN.

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Pression pastorale en été

Pression pastorale le reste de l’année


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«J’aime mon métier mais je ne le recommenderai pas aux jeunes» (Un éleveur de vache à viande Limousine dans les Garrotxes, propriétaire de 200 têtes sur 150 ha de terres dans la commune d’Oreilla et possédant 20 ha de terres en plaine.) Pour répondre aux attentes croissantes de la société en termes de préservation de l’environnement, les enjeux de préservation de la biodiversité sont le principal objectif des structures territoriales présentes sur le territoire tel

qu’on peut le voir dans la charte forestière des Garrotxes, la charte du PNR des pyrénées Catalanes ou encore la charte du Pays des terres Romanes. Cet enjeu est perçu comme une fonction liée aux activités pastorales et forestières. Cependant, malgré les différents soutiens publics, la hausse des coûts et la baisse des moyens financiers des éleveurs engendrent un entretien des milieux de plus en plus difficile. En effet, bien que les différentes politiques territoriales prônent la réouverture des milieux, l’éleveur rencontré soulève les problèmes financiers auxquels il est confronté. L’entretien des terres est difficile du fait de la grande superficie face au nombre réduit d’éleveurs. A titre d’exemple il semble intéressant de prendre en compte la hausse des prix de l’éco-buage, une pratique règlementée. Une journée d’éco-buage coûte 800 euros, qu’elle soit efficace ou non. D’autre part, il y a une difficile conciliation entre l’activité pastorale et la chasse, une activité qui prend de plus en plus d’ampleur.

La concurrence entre pastoralisme et la chasse Comme le souligne l’éleveur rencontré, la chasse est une activité qui est en pleine évolution. Non seulement on peut observer le vieillissement de la population de chasseurs locaux et l’augmentation de chasseurs extérieurs au sein des ACCA ou des AICA. D’autre part il y a une modification de l’organisation de la chasse sur le territoire. En effet, une chasse qu’on peut qualifier de «commerciale» est en train de se mettre en place, par vente de licences et par mise en adjudication de lot à des prix élevés sur les forêts domaniales. Ce systême est en évolution puisque très rentable pour les gestionnaires de la forêt. Il en découle une forte introduction de gibier sur tout le territoire afin de satisfaire ce nouveau marché très bénéfique. Le surplus de faune sauvage entraîne des conflits d’acteurs entre les associations de chasse et les éleveurs qui voient leurs espaces pastoraux envahis par cette faune. En effet, les éleveurs ont de plus en plus de mal à nourrir convenablement leurs bétail puisque ces derniers doivent désormais partager les espaces pastoraux avec le gibier. Il arrive fréquement de trouver plusieurs dizaines de chevreuils cotoyant les bovins autour d’une bote de foin apporté par l’éleveur. Par ailleurs la faune sauvage fait également beaucoup de dégats dans les forêts protégées ou à vocation productive.

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2- La remise en cause des politiques publiques favorisant le maintien de pratiques pastorales pour le développement du territoire. La fermeture du paysage résultant de l’abandon des pratiques agro-pastorales est le principal élément venant souligner le passage à une nouvelle aire. Comme on a pu le voir dans la partie traitant de la situation actuelle de l’activité pastorale dans les Garrotxes, les éleveurs de moins en moins nombreux ont de plus en plus de difficultés à exercer leurs métier. Les enjeux écologique «en vogue» aujourd’hui et les enjeux pastoraux sont cependant intimement liées. Le dernier est un outil majeur pour le développement local que prônent les différentes politiques territoriales. La Politique Agricole Commune et à l’échelle d’une vallée comme celle des Garrotxes le PDRN (Plan de développement Rural National, la déclinaison française de la PAC), sont les outils de financements majeurs pour les exploitants. Ce dernier outil est utilisé de façon plus importante en montagne puisque la survi des exploitants dans de tels espaces dépend fortement des aides. ces aides sont au nombre de 6 ;

* Les indemnités compensatoires aux handicaps naurels * Les dispositifs «prime à l’herbe» * Le contrat d’agriculture durable CAD * Les aides à la mécanisation en montagne * Les aides aux bâtiments d’élevage * Les aides aux améliorations pastorales

Le but de ces aides est de maintenir une population agricole en montagne en intégrant progressivement des logiques agroenvironnementales dans les systèmes de production. En effet, le maintien du pastoralisme semble jouer un rôle majeur 58

pour la préservation de la biodiversité, un enjeu écologique de plus en plus mis en avant qui favoriserai également un nouveau type de tourisme ; une nouvelle économie pour le territoire. Cet enjeu est perçu comme une fonction liée aux activités pastorales et forestières. On peut cependant remettre en question les politiques qui ont pour rôle de favoriser le maintien de ces activités, essentielles pour la réouveture des milieux embroussaillés. Les aides sont de plus en plus nécessaires, et la vision à court terme qu’elle permet incite à se questionner sur la pérénnité des exploitations agricoles dans les Garrotxes. Comme nous montre l’exemple de l’évolution de la chasse, l’apparition de nouveaux intérêts pour le territoire perturbe le bon fonctionnement de l’activité pastoral et son maintien du moins avec les moyens qui leurs sont donnés à l’heure actuelle. De la même manière les forestiers accusent le surplus de faune sauvage d’abîmer une grande partie de sujets en espace naturel protégé. Alors qu’à la base du développement du territoire et la clé de nombreuses politiques territoriales d’actualité sur le site pour promouvoir la patrimoine naturel, il semble pour l’instant utopique de pouvoir réouvrir les milieux par l’activité pastorale si ces conflits d’acteurs et la baisse des moyens financiers perdurent. D’autre part, les différentes mesures agro-environnementales qui se succèdent depuis les années 1980, ne semblent que ralentir la reconquête végétale mais ne peut pas la contrôler entièrement.


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II- Des politiques territoriales à différentes échelles pour de nouvelles orientations. 1- Les acteurs étrangers au territoire a- Les résidents secondaires La population investissant dans des résidences secondaires sont souvent dans la même optique que celle précédamment décrite, c’est-à-dire, à la recherche d’une qualité de vie qu’ils ne trouvent plus en ville. A l’échelle du canton d’Olette, ces acteurs représentent pas moins de 48,1 % par rapport à l’ensemble des logements. D’une part il s’agit là de résidents totalement étranger au territoire, d’autre part ces résidents secondaires sont pour beaucoup des anciens habitants ou fils et filles d’habitants de la vallée qui ont réinvestis les résidences de leurs proches ou qui souhaitent garder un pied à terre dans la vallée. On peut observer un retour des populations surtout durant la saison estivale mais également durant la période hivernale et les Weekend. Cette dynamique concerne principalement une population de proximité, venue surtout de la plaine du Roussillon et de régions proches, notamment de l’aire urbaine de Toulouse ou de Barcelone. b- Les touristes Durant la période estivale et encore plus au cours de l’hiver, les flux touristiques dans la vallée des Garrotxes peuvent parraître dérisoires si on les comparent avec la grande influence touristique qu’on peut observer dans le reste du conflent et du Capcir. Il faut néanmoins dissocier les différents «types» de touristes et identifier ce qu’ils recherchent en venant sur un tel territoire délaissé. En effet, bien que peu nombreux, les personnes étrangères au territoire se rendent dans de tels espaces, proche de la nature, avec peu de présence humaine dans un but tout autre que les personnes venant à la montagne pour les sports d’hiver ou bien pour pofiter des des services touristiques et d’animation qu’on peu leur proposer ailleurs. Dans la vallée des Garrotxes, le touriste cherche une qualité de vie, et nombreux sont ceux qui souhaitent se retirer dans de tels endroits pour échapper à leur vie quotidienne le temps d’une ou plusieures

semaines dans un mas transformé en résidence de location ou même de façon plus simple dans «cabanes en bois» prévues à et effet. On peut observer que ce genre de tourisme évolu et semble être de plus en plus fréquent au vu de l’évolution de notre société. On peut ici faire référence au patrimoine «naturel et paysager»

Parallèlement, bien que peu développée, le territoire des Garrotxes souhaite mettre en avant son patrimoine historique par la création d’associations comme «l’association Garrotxes Conflent» par exemple. Il s’agit d’une structure qui organise des manifestions culturelles, des sorties découvertes, qui restaure le petit patrimoine hydraulique et à travers le projet de «création d’un point tourisme-animation», financé par le Fond Social Européen, permet les rencontres des différents acteurs du territoire pour fédérer des acions communes (actvités, sites internet, guide pratique,...) On peut également nommer l’association «Sansa Nostre» dont le but est la préservation, la valorisation et le développement du patrimoine de la vallée des Garrotxes et en particulier celui du village de Sansa. 59


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2- Des politiques territoriales à différentes échelles favorisant la protection d’un riche patrimoine natural Cette évolution de la dynamique touristique, va de paire avec les différents enjeux actuels du territoire. Au travers de ces politiques territoriales, les principaux enjeux résident dans la mise en valeur et la préservation de la richesse écologique des différents milieux. En effet la forte pression anthropique passée sur ce territoire est à l’origine du paysage densément végétalisé même si l’aspect sauvage et spontané de ce couvert nous laisse penser le contraire. Bien que synonyme d’abandon et de déprise, des termes auxquels on accorde souvent une connotation négative, c’est désormais l’aspect écologique qui prend le dessus et qui tire avantage de l’état actuel du territoire. Au vu du nouvel intérêt pour la moyenne montage et pour répondre aux enjeux touristiques côtoyant les enjeux propre aux acteurs locaux, je m’attarderai sur les principales politiques qui concernent cette préservation des milieux résultant du passé ago-pastoral et sylvicole du territoire. Un richesse retrouvée mais qu’il faut néanmoins rigoureusement surveiller, maîtriser et conserver puisque très fragile. Ainsi, il s’agit de tirer parti du paysage existant tout en adaptant une gestion appropriée afin de favoriser les nouveaux enjeux qui en découlent. Il sera donc interessant de montrer en quoi cette idée de «retour à la nature» à laquelle aspire une partie de notre société, guide les choix en terme de gestion, d’aménagement et de prospective globale pour le territoire des Garrotxes.

ZNIEFF de type 1 ZNIEFF de type 2 a -Les structures à l’échelle communautaire : l’identification d’une richesse écologique. On discerne tout d’abord la présence de ZNIEFF de type 2 et dans une moindre mesure, de type 1, au sein du périmètre des Garrotxes. Ces zones où l’inventaires scientifique réalisé par la DIREN a localisé un ou plusieurs éléments écologiques, floristiques ou faunistiques, constituent un véritable patrimoine naturel. Ces zones sont cependant simplement des inventaires d’un patrimoine sans être soumis à aucune règlementation ou gestion, ce sont simplement des outils de connaissance et d’aide à la décision en matière d’aménagement du territoire. Carte emprise ZIEFF type 1 et 2 (Source : CFT des Garrotxes) 60


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A l’échelle européenne et par le relais des services du Ministère de l’Environnement en France, la zone Natura 2000 est un outil de protection. Les Garrotxes et plus largement le site Madres-Coronat sont impliqués depuis 1995 dans la mise en oeuvre de la Directive Habitat et depuis 2001 de la Directive Oiseau. C’est la richesse écologique identifiée par la Directive HFF, qui permet l’identification des ZCS et des ZPS. L’ensemble de ces zones proposés par les Etats membres forment le réseau Natura 2000. Parmi les multiples habitats naturels et les espèces floristiques et faunistiques d’intérêt communautaire identifiés sur l’ensemble du site, plusieurs intérêts sont identifiables sur le territoire des Garrotxes. En ce qui concerne les habitats on trouve des prairies humides et des complexes tourbeux, des pelouses mésophiles et des prairies de fauche et une importante partie de forêts de Pin à crochets. Le territoire abrite également plusieurs espèces d’intérêt patrimonial; on peut notamment citer le Grand Tétras (surtout dans la forêt de Clavera à proximité du pic Bastard. Le programme qui y est associé joue en la faveur de la protection de la biodiversité et de la prévention de la dégradation de ce patrimoine naturel. Il s’agit également d’un outil permettant des opportunités en matière de développement local toujours dans le cadre du développement durable. L’objectif de ce classement est d’assurer le maintien et la restauration éventuelle de la diversité des habitats naturels et par conséquence des populations d’èspèces qu’on peut y trouver. pour répondre aux exigences de la DHFF et du DO, les objectifs de la DOCOB du site Madres-Coronat sont ; de favoriser et maintenir l’ouverture des milieux, de préserver les zones humides, de préserver les espèces et leurs habitats, de gérer la fréquentation, d’améliorer la connaissance des habitats et des espèces, de réaliser des suivis , d’informer et de communiquer, d’animer les projets, de mettre en place des projets d’éducation à l’environnement et de mettre en cohérence les politiques publiques. Ces objectifs se déclinent en une série d’actions qui seront mis en oeuvre par la structure animatrice, par les acteurs locaux ou par les instances décisionneles. (Ex : le PNR)

Carte emprise NATURA 2000 (Source : CFT des Garrotxes)

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Les outils de gestion et de mise en oeuvre des enjeux précédement cités sont détaillés dans la Charte Natura 2000 et se matérialisent par des recommendations de portée générale, s’appliquant sur la partie de la propriété contenue dans le périmètre du site Natura 2000 (voir recommendations pour le site dans son ensemble en annexe). Ou encore par des engagements de portée générale du signataire (éleveurs, forestiers) : des engagements auxquels doivent se tenir les signataires d’un contrat Natura 2000. Ces recommendations sont propres aux milieux forestiers, aux milieux ouverts (pelouses et landes) ou encore aux prairies humides et milieux aquatiques. La charte permet aux adhérents de marquer leur adhésion à la démarche Natura 2000 et de souligner la contribution de leurs pratiques de gestion à la réalisation des objectifs de la DOCOB. Les signataires de la charte sont libres de signer ou non des contrats Natura 2000. La charte est également un document d’information et de sensibilisation qui permet de traduire les objectifs de conservation en recommandations ou en engagements volontaires à intégrer dans les pratiques régulières des usagers des sites. L’adhérent s’engage pour une durée de 5 ans. En échange de leur engagement, les adhérents à la charte bénéficient d’une compensation financière.

Milieu forestier en face du village d’Ayguatébia

Milieu ouvert (pelouses et landes) : Mas del Filip

Priarie humide dans la commune de Railleu

A cette échelle il est cependant difficile d’identifier les enjeux locaux et de contribuer aux opportunités de développement propre à cette petite partie de territoire. Les démarches de prospectives concernant la gestion du territoire restent très générales puisqu’à l’échelle nationale, et donc pas associées directement aux acteurs locaux et à leur territoire. Il faut mesurer la limite de cet outil en terme de gestion à venir. Ainsi, le PNR est une des structures qui joue le rôle d’intermédiaire entre cet outil à l’échelle nationale et le territoire local. 62


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b- Les structures à l’échelle nationale Le Pays des Terres Romanes en Pays Catalan, dont la charte a été finalisée en 2004, est un outil regroupant 92 communes. Cette structure fèdere donc plusieurs types d’organisations (Communautés de Communes, Chartes intercommunales,...). Le Pays traite d’enjeux à l’échelle intercommunale dans le but de collaborer dans le cadre d’un projet de développement global et cohérent sur un large territoire. La répercussion des enjeux et des directives pris par le Pays sur mon territoire d’étude n’est pas marquant mais vaut quand même la peine d’être pris en compte puisque les Garrotxes font partie intégrante de cet ensemble communal. Son intégration au sein du Pays le remet dans un contexte plus large et pourraît contribuer à son désenclavement progressif. Il semble essentiel d’intégrer les enjeux propres au territoire des Garrotxes dans une dynamique plus large pour permettre son développement touristique par exemple. Bien qu’adaptés à un territoire global les enjeux en termes d’aménagement du territoire et en termes de développement socio-économique concernent également la vallée et peuvent influencer les décisions prises par les acteurs locaux comme par exemple au travers de la communauté de communes du Capcir et de Haut-Conflent. La Charte, élément majeur du Pays, détermine la stratégie du territoire en matière de développement socioéconomique, de gestion de l’espace et d’organisation des services. Elle décrit les orientations du Pays sur une durée de dix ans. Le Pays est définit comme étant : « une communauté de plusieurs terroirs spécifiques, dont la diversité est un facteur de richesse ».

Pays des Terres Romanes en Pays catalan

Ille-sur-Têt

RN116

La RN116, l’eau et les patrimoines naturels et culturels sont considérés comme des éléments phares du territoire ayant un rôle fédérateur.

Prades Olette Font-Romeu

(Source : Charte de Territoire - Terres Romanes en Pays Catalan) 63


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c- A l’échelle régionale, le PNR et la mise en avant de la notion de patrimoine engendrant un intérêt nouveau pour la montagne. Le PNR des Pyrénées catalanes dans le périmètre duquel s’inscrit le territoire des Garrotxes répond également à des enjeux forts de préservation, de valorisation et de gestion durable. La politique du parc articule le développement local autour du tourisme et renforce cette activité par la mise en avant du patrimoine. « Le PNR est un projet de développement qui repose sur la valorisation et la protection du patrimoine local. On entend par ce terme le patrimoine naturel, culturel, les savoir-faire, les paysages, les traditions, etc., produits ou conservés au fil de l’histoire par les habitants.» (Extrait de La lettre du projet de PNR Pyrénées catalanes, janvier 2000, n°2). En 1982, dans un rapport préparatoire à la loi Montagne de 1985, Louis Besson soulève la notion de patrimoine comme élément «naturel» mais également «culturel», «architectural» et «paysager». En découle l’article 1 de cette loi: «La montagne constitue une entité géographique, économique et sociale dont le relief, le climat, le patrimoine naturel et culturel nécéssitent la définition et la mise en oeuvre d’une politique spécifique de développement, d’aménagement et de protection». Comme on a pu le voir précédamment, la moyenne montagne combine les qualités aptes à la «patrimonialisation» qui jouent sur les différents types d’éléments ; le naturel «sauvage», l’humanisé, le culturel, le «typique» ou «l’authentique» qui caractérisent la campagne en général. Ainsi le PNR est le moyen (potentiellement) efficace pour promouvoir le tourisme sur l’ensemble de la zone qu’elle implique. Il a également pour effet de rassembler les différents acteurs des différentes communes qui la composent. Une gestion globale de la forêt A l’initiative du PNR des Pyrénées Catalanes mais également de la Communauté de Communes du Capcir Haut-Conflent, le Centre Régional de la Propriété Forestière et L’office National des Forêts a été lancée la mise en place de la Charte forestière territoiriale, afin d’émettre une gestion globale de la forêt sur le territoire des Garrotxes, et de contribuer au développement futur. En effet, la forêt, omniprésente sur le territoire, fait désormais partie intégrante de la vie locale du territoire et de ses habitants. Elle nécessite pour son bon développement une vision partagée par les différents propriétaires, les habitants, les usagers, les collectivités et les pouvoirs publics. La charte a pour but de donner aux acteurs du territoire les moyens techniques de quantifier le potentiel de développement que peuvent fournir les espaces forestiers. En théorie, cette démarche vise à répondre à différents objectifs. Celui de fédérer et mettre en cohérence les initiatives concernant ce massif dans les différents domaines dont le trait commun est de concerner le territoire forestier (tourisme, élevage ovin et bovin, chasse, Natura 2000, ...). 64

Elaboration de la Charte Forestière de Territoire des GARROTXES

Tome 1 diagnostic technique et patrimonial


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Il s’agit également de répondre aux différentes problématiques auxquelles sont confrontées les espaces forestiers : prévention contre les incendies, foncier-paysage, loisir-accueil tourisme, chasse, protection des ressources en eau, ... Ainsi, la vocation productive de la forêt est égalemen mis en avant au travers des différents débouchés. Et de manière plus globale la charte a pour rôle de désenclaver et dynamiser les Garrotxes, un territoire, qui aujourd’hui, est face à une impasse de développement autant sur le plan démographique, qu’économique. Pour réintroduire une exploitation sylvicole, le PNR a lancé une étude pour établir une prospective raisonnée de l’exploitation forestière. D’une part il s’agit de contribuer au développement local, en effet, l’étendue forestière des Hautes Garrotxes permet le développement d’une acivité économique majeure. D’autre part, l’exploitation forestière est une alternative à l’activité pastorale qui régresse, en ce qui concerne la réouverture des milieux, en faveur de la biodiversité. Une exploitaiton raisonnée et rigoureuse : Il s’agit d’abord d’identifier les différents types de peuplements présents sur le territoire. Le but est de distinguer les peuplements à vocation de production (futaie) de ceux sans avenir de production (futaie claire, peuplement à faible hauteur et à forte décroissance métrique, peuplement sur zones rocheuses,...). A l’échelle de la commune d’Ayguatébia-Talau et de Railleu on peut repérer trois types de peuplements; les landes boisées de Pin à crochets (Souvent pâturées, ces zones ont tendance à être colonisées par de jeunes peuplements), les jeunes futaies de Pin à crochets (Peuplement assez fermé avec une présence d’armillaire. (bois morts en progression)) et les perchis (Peuplement généralement très dense et vigoureux) Une visite sur le terrain du massif d’Ayguatébia a été organisée avec le PNR en présence de professionnels de la forêt. En découle le choix de la mécanisation des travaux et l’amélioration des pistes déja existantes pour les adapter au passage de gros engins. La desserte des boisements avec des engins conséquents se fait depuis la route départementale D4c (La Llagonne-Ayguatebia) par une piste forestière à caractère DFCI.

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Des projets pour l’exploitation des ressources du Pin à crochets A titre d’exemple des actions réalisées pour une meilleure gestion des forêts, à l’initiative du PNR de Pyrénées Catalanes, un colloque réalisé en faveur du pin à crochet, datant de janvier 2013, a regroupé plus de quatre-vingt personnes durant deux jours, à Matemale, au sein de la communauté de communes Capcir Haut-Conflent, à quelques kilomètres du périmètre des Garrotxes. Les thématiques générales de ce colloque transfrontalier sur le Pin à crochet étaient la gestion des forêts, la filière et ses ressources, les caractéristiques des bois et les perspectives d’utilisation des bois locaux en construction et menuiserie. les gestionnaires forestiers catalans ont regroupé l’ensemble de leurs connaissances et savoir faire en matière de production de bois, de protection contre les risques naturels, de pastoralisme, de préservation de la biodiversité et des paysages. Cette mise en commun est consignée dans le premier guide de sylviculture dédié au Pin à crochets, qui cadrera ainsi la gestion des forêts publiques et privées dans les Pyrénées catalanes. Le deuxième objectif est de certifier le Pin à crochets en bois de construction, selon les normes françaises et européennes en vigueur. Un enjeu économique majeur, créateur d’emplois, qui permettrait de relancer la filière bois dans les Pyrénées Orientales. Si autrefois ce bois était utilisé dans la construction, aujourd’hui, son utilisation doit être en accord avec les directives européennes, ce qui sous entend au préalable l’étude très poussée de ses caractéristiques mécaniques, objet du projet transfrontalier. Philippe Carrière, spécialiste du bois et mandaté par le PNR pour identifier les marchés d’avenir, affirme : « le pin à crochets a de bonnes qualités, mais les catalans n’en sont pas convaincus ». Il préconise de « fédérer les acteurs de la filière bois, gérer leurs motivations, créer une bonne organisation dans la distribution des pins ». Car si le Pi negre est commun dans le paysage des hauts cantons, il n’en est pas moins une essence rare à l’échelle nationale, un atout à développer pour investir de nouveaux marchés. Les partenaires du projet sont multiples ; Le PNR des Pyrénées Catalanes, l’ONF, le Centre Régional de la Propriété Forestière du Languedoc Roussillon (CRPF), mais également à une échelle plus large le Groupement Européen pour les Pyrénées, les Centre de Coopération internationale en recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD) ou encore le Centre Technologic Forestal de Catalunya (CTFC) et l’Institut Català de la Fusta (INCAFUST). 66


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d- Des actions à l’échelle départementale intercommunale Créée en 1997, la Communauté de Communes Capcir - Haut Conflent est un regroupement de 17 communes et plus de 4800 habitants. Avec une politique commune à tous, la Communauté de Communes permet de faire à plusieurs ce que les communes ne peuvent pas faire toutes seules, notamment les petites communes avec très peu d’habitants. Ce regroupement s’occupe de : -Gérer les terres pastorales et forestieres Le morcellement foncier, véritable handicap pour la gestion sylvicole, rend la constitution d’unités de gestion forestière homogène très difficile. Exemple du morcellement foncier pour le massif d’Ayguatébia Propriété Etat Commune Privée

Surface

Taille

1ha 69a 0.5ca

- de 0.5ha

Nb de propriétaires

Surface

46

44ha 54a 55ca

4ha 95a 50ca

de 0.5ha à 1ha

17

10ha 45a 25ca

55ha 59a 05ca

de 1ha à 4ha

20

7ha 23a 80ca

Les communes Ayguatébia-Talau La Cabanasse Caudiès-de-Conflent Eyne Fontrabiouse Formiguères La Llagonne Matemale Mont-Louis Planès Puyvalador Railleu Réal Saint-Pierre-dels-Forcats Sansa Sauto

Source : Charte forestière des Garrotxes

L’outil de la PLAC (le Plan local d’Aménagement Concerté), est d’un plan qui a pour but d’améliorer la maîtrise foncière agricole, pastorale et forestiere. Il se matérialise par une étude opérationnelle devant permettre une gestion des terrains, des échanges et des ventes sans obligation pour les propriétaires. Coût de l’opération : 47 000 €. Aide de 40 % de l’Europe, 20 % de la Région Languedoc - Roussillon et 20 % du Conseil Général des Pyrénées-Orientales. >En ce qui concerne les forêts communales, les missions d’intérêt communautaire sont les suivantes : -L’entretien des pistes DFCI (défence contre l’incendie) définies en fonction des besoins du SDIS (service départemental d’incendie et de secours). -L’entretien et mise en valeur de la ripisylve des berges faisant l’objet de l’étude préalable réalisée en partenariat avec la DIREN et l’Agence de l’Eau. 67


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-Valoriser le patrimoine et développer le tourisme - La réflexion et la mise en place d’une charte de développement durable intercommunal - L’étude, la réalisation et la gestion d’aménagements susceptibles de développer le territoire : signalisation, promotion et aménagements des tables, bancs et places à feux dans les espaces naturels. La gestion des flux touristiques sur les sites d’intérêt communautaire : prospectus de sensibilisation, panneaux signalétiques. Sont d’intérêt communautaire les sites classés (réserve naturelle, classement ministériel, Natura 2000, etc.) ou les sites recouvrants au moins 1/3 des communes membres de la communauté. La sensibilisation à l’environnement. Tous les villages étaient reliés entre eux par des petits santiers très anciens traversant les prairies, les petits bois et les forêts. Il y quelques années, la Communauté de Commune Capcir - Haut Conflent a eu l’initiative de s’occuper du balisage et de l’entretien des sentiers et des chemins. 5 circuits sont répertoriés en détail dans les «Petits guides rando» de la Communauté Ancien chemin d’accès au village d’Ayguatébia de Communes Capcir - Haut Conflent : - «Le sentier des vieux chemins» qui relie les villages de Railleu, Ayguatébia et Caudiès de Conflent entre patrimoine naturel et culturel. - «à la rencontre des cerdidés» une promenade entre Sansa et Railleu au coeur de paysages enchantés où vous pourrez croiser cerfs, biches et chevreuils. - «Le lac de Caudiès» une promenade au départ du village de Caudiès vers le plan d’eau ou l’on trouve une aire avec des tables en bois pour le pique-nique et des barbecues. - «Balade dans la Vallée del Feu» entre le village d’Ayguatébia et le hameau de Talau. - «Du col de Sansa au Col de Creu» une randonnée plus sportive qui vous fera découvrir de nombreux trésors naturels et architecturaux : pla de l’orri, les Estanyols, le col de Sansa... Une boucle est en cours de finalisation au départ de Sansa à la découverte des «orris» (abris en pierres séches) et des «corrals» (anciennes bergeries). La Fédération Française de cyclisme a également balisé de nombreux chemins pout les cyclistes. Plan des sentiers de randonnée réalisé par Jeanne Ferrer 68


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Le Plan Départemental des Itinéraires de Promenade et de Randonnée (PDIPR) Depuis les lois de décentralisation de 1983, les départements ont la compétence pour mettre en place sur le territoire un Plan Départemental des Itinéraires de Promenade et de Randonnée (PDIPR). Le PDIPR est une liste de sentiers sélectionnés par le Conseil Général. Ces sentiers, qui doivent présenter un intérêt touristique départemental majeur sont sélectionnés d’après divers critères. Ils doivent disposer d’une assise juridique fiable garantissant la pérennité de l’intégralité de leur tracé. Cette structure a pour objectif de protéger le patrimoine (chemins ruraux dont beaucoup ont déja disparus), de faciliter la pratique de la randonnée en garantissant la pérennité et la sécurité des itinéraires, de promouvoir une activité touristique maîtrisée axée sur la découverte des territoires en proposant des itinéraires de qualité et en assurant leur promotion à l’échelle locale et nationale par l’édition de «topo-guides». Peuvent être inscrits au PDIPR : les Grandes Randonnées (GR) et les Grandes Randonnées de Pays (GRP), sous maîtrise d’ouvrage du Conseil Général, et les Promenades et Randonnées (PR) sous laîtrise d’ouvrage des collectivités locales (communes et groupement de comunes) e- Des associations à l’échelle communale Bien que très enclavé, le territoire des Garrotxes souhaite mettre en avant son patrimoine historique par la création d’associations comme «l’association Garrotxes Conflent» par exemple. Il s’agit d’une structure qui organise des manifestions culturelles, des sorties découvertes, qui restaure le petit patrimoine hydraulique et à travers le projet de «création d’un point tourisme-animation», financé par le FSE (Fond Solidaire Européen), permet les rencontres des différents acteurs du territoire pour fédérer des actions communes (actvités, sites internet, guide pratique,...) On peut également nommer l’association «Sansa Nostre» dont le but est la préservation, la valorisation et le développement du patrimoine de la vallée des Garrotxes et en particulier celui du village de Sansa. Livret touristique (annexe)

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III - Quel paysage à venir pour la vallée des Garrotxes ? Entre maintien et conservation. 1 - Vers la mise en place d’un nouveau système, en réponse aux enjeux de conservation du patrimoine paysager et du développement local. Les pratiques agro-pastorales et sylvicoles passées ont désormais laissé place à un territoire dominé par un couvert végétal dense avec un taux d’occupation humaine très faible. La mise en place des différentes politiques territoriales depuis plusieurs années voire plusieures décénies pour certaines, nous montre qu’on est aujourd’hui confronté à un passage progressif d’un système à un autre. Un nouveau système de gestion du territoire pour un nouveau système de développement économique en lien avec de nouvelles dynamiques d’acteurs. L’identification d’espaces naturels riches encourage le développement d’enjeux écologiques. La prise en compte et la préservation à long terme des milieux, des ressources naturelles et de la biodiversité, est à la base des réflexions économiques, organisationnelles, techniques et politiques. Dans la préservation de ce patrimoine on requestionne les pratiques pastorales et forestières déja en place pour en faire des outils de préservation et de protection : la réouverture des milieux, une meilleure gestion des forêts (une gestion « écologique) et donc une meilleure protection du milieu naturel et des espaces rares contre les incendies. Mais le maintien de ces activités n’est elle pas également un outil d’attraction touristique par leur caractère «authentique»? Les éleveurs sont ici au centre de la dynamique territoriale et des acteurs majeurs pour le développement local. Mais comme on a pu le voir dans la partie traitant de la situation actuelle des éleveurs, les politiques territoriales favoriant le maintien de ces activités tels que les AFP et les contrats Natura 2000 sont elles suffisament efficaces face aux conflits d’acteurs entre éleveurs et chasseurs ? Vont elles stabiliser la baisse du nombre d’exploitatant? 70

Préserver le patrimoine et le protéger engendre de nouveaux enjeux pour la moyenne montagne et son paysage actuel. Qui dit richesse écologique dit développement de nouvelles activités non seulement pour la protection mais également pour la communication. La mise en avant de ce patrimoine va de pair avec un nouvel intérêt pour la moyenne montagne, on peut parler de tourisme durable. L’introduction de ces nouveaux acteurs se traduit dans le paysage par la création d’hébergements, par la réhabilitation d’anciens mas, par la mise en place de signalitique, par la restauration du patrimoine architectural, ... Ces nouveaux enjeux engendrant l’arrivée de nouveaux acteurs pourrait permettre à la vallée des Garrotxes de reprendre vie et de rentrer dans un nouveau système socio-économique. Le développement local se ferait par le biais de l’exploitation du patrimoine naturel, architectural et paysager au travers des différentes politiques publiques qui gèrent, protègent et divulguent. Des politiques territoriales qui tentent de jongler entre le maintien d’activités pastorales et sylicoles et la conservation et la préservation du paysage naturel d’aujourd’hui. On pourra retenir deux thèmes forts avec une constante : l’écologie. > Améliorer la gestion des forêts et des milieux ouverts en faveur du développement socio-éconmique local et de la préservation de la biodiversité. > L’amélioration et le développement de la vie locale, par l’introduction de nouvelles activités et l’arrivée de nouveaux acteurs. (les villages et les habitations isolées)


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a - L’amélioration de la gestion des forêts et des milieux en faveur du développement socio-économique local et de la préservation de la biodiversité.

Lande boisée de Pin à crochets paturés

Piste de desserte forestière Maintien des milieux ouverts par déboisement, débroussaillage et pastoralisme

Forêt de Pin à crochets traîtée en futaie régulière dont l’objectif est la production de bois d’oeuvre.

Forêt de Pin à crochets, traîtée en futaie jardinée ou en futaie irrégulière, destinée à la protection de la faune et de la flore. 71


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b - L’amélioration et le développement de la vie locale, par l’introduction de nouvelles activités et l’arrivée de nouveaux acteurs. > Les villages

Village s’étend, multiplication des résidences secondaires.

Alentours des villages entretenus, débroussaillés (éviter le risique d’incendie)

Réinvestissement et restauration d’anciennes maisons locales en ruine.

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Multiplication des résidences secondaires, réhabilitation d’anciennes maisons locales en ruine et création de nouveaux accès.


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> Les habitations isolées pinède régulièrement entretenu Espace remis en paturage après débroussaillage

Chemin de randonnée

Entretien et maintien des espaces ouverts autour des habitations

Réinvestissement d’anciens mas isolés

Restauration d’aciens chemins d’accès

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2 - Le maintien du système existant, des menaces de plus en plus pesantes par la fermeture totale du paysage L’évolution du paysage suivant les enjeux précédemment présentés serait une prospective intéressante pour la vallée des Garrotxes. On peut cependant émettre une autre hypothèse d’évolution du territoire en considérant que les enjeux n’arrivent pas à se mettre en place. On pourraît alors assister à une fermeture totale du paysage, la dynamique d’abandon du territoire en cours depuis le début du XX e siècle continueraient son cours. Les menaces auxlesquelles les politiques territoriales tentent de répondre deviendraient alors réalité. On assisterait donc à la fermeture totale du paysage par embroussaillement et colonisation forestière autour des villages. Un phénomène qui augmente le risque d’incendie et la disparition des milieux naturels et des espèces sensibles pour cause de non-gestion ou de mauvaise gestion des milieux ouverts et forestiers. La diminution des espaces à ressources pastorale inciterai les derniers éleveurs à quitter la vallée. La filière bois peu développée renforcerai le déclin d’une économie locale pourtant plein de potentiel. Les conflits d’usages sur l’utilisation des espaces et des dessertes seraient difficilement controlables. La fréquentation touristique, véritable facteur du développement local aujourd’hui, ne pourrait pas ou difficilement se développer.

Embroussaillement des terrasses autour du village. Apparition progressive de la strate arborée.

Evolution de la forêt en direction du village.

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Conclusion Alors que très ouvert au début du XIXe siècle avec une exploitation des ressurces maximum et une système très autarcique, le territoire des Garrotxes, comme beaucoup d’espaces montagnards, a vu ses paysages se refermer et la présence humaine fortement baisser. La nature a eu une bonne trentaine d’années pour reprendre ses droits et est venu recouvrir les nombreuses terrasses supportées par des murs en pierre sèche. S’en est suivi une dynamique inverse : un regain d’intérêt pour le territoire qui montre que notre société aspire à un retour vers la campagne. Le paysage des Garrotxes prend de nouvelles valeures : la biodiversité devient un des principaux enjeux des politiques territoriales qui redonnent un intérêt majeur pour le développement du territoire rural. « Je reste persuadé que c’est ici que les gens viendront se réfugier quand la nourriture manquera en ville. Ici on a toutes les clés en main pour survivre, c’est dailleurs pour cette raison que j’ai investit dans les parcelles à l’entrée de la vallée, on est jamais trop prévoyant ! » (Un habitant des Garrotxes) Les paysages de moyenne montagne comme ceux des Garrotxes, ne sont pas voués à l’abandon, un renversement de situation est possible par l’intoduction de nouvelles activités et systèmes d’exploitation.Il est évident que le futur va se jouer en termes de gestion, il s’agit de requestionner les pratiques anciennes et de les adapter aux enjeux et aux usages actuels. Il dépendra des acteurs locaux mais également des institutions régionales, nationales voire internationales de mettre en oeuvre et de valoriser ces nouvelles potentialités de développement pour faire revivre un tel espace montagnard enclavé.

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Documents relatifs à l’histoire * CANEROT J., COLIN J.-P., PLATEL J.-P., BILOTTE M. Recueil des communications. Colloque organis à l’université de Pau et des Pays de L’Adour. «Pyrénées d’hier et d’aujourd’hui. 2008 Documents relatifs à la recherche géographique du site * PAEGELOW M. Système d’information géographique et dynamique des milieux montagnards méditerranéens. Application aux Garrotxes (Pyrénées-Orientales, France). 1995 * PAEGELOW M., CAMACHO-OLMEDO M.-T. Dynamique des milieux montagnards d’Europe du sud ; approche par SIG. Application aux Garrotxes (Pyrénées-Orientales, France) et à la vallée de Poqueira (Sierra Nevada, Espagne). 1994 Documents relatifs à la forêts, sa gestion et les activités qui y sont rattachées * CHEVALLIER Hélène, «Elaboration de la Charte Forestière de Territoire des Garrotxes : Tome 1 diagnostic technique et patrimonial et Tome 2 des enjeux au plan d’actions. 2007 * DAVASSE Bernard, Forêts charbonniers et paysans dans les Pyrénées de l’est du Moyen Age à nos jours. Une approche géographique de l’histoire de l’environnement. 2000 * LOUVET Jérôme, Etude de faisabilité pour la création et l’amélioration de pistes forestières cherte forestière de Garrotxes. Commune d’Ayguatébia et Railleu, Juillet 2008. ( Conseil National de l’Expertise Foncière, Agricole et Forestière ) (PNR des Pyrénées Catalanes) * METAILIE Jean-Paul, Paegelow Martin. La dynamique du pin à crochets (Pinus uncinata Ram.) dans l’est des Pyrénées françaises: le retour de la forêt en montagne pastorale et métallurgique. * Forêts privées du Capcir orientations de gestion, Orientations régionales de production Schéma régional de gestion sylvicole (Tome 2). 2001 76


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Documents relatifs aux activités agro-pastorales * ABROISE Régis, BONNEAUD François, BRUNET-VINCK Véronique, Agriculteurs et paysages : dix exemples de projets de paysage en agriculture. 2000 * BAL Marie-Claude. «Constructions et dynamiques des espaces et des terrasses agro-pastoraux en zone intermédiaire des Pyrénées du Néolithique à nos jours». (Cerdagne, Pays Basque et Pays de Sault) Approche archéoenvironnementale par la pédoanthracologie. 2006 * BECAT Joan. «Andorre, vie pastorale, société et gestion traditionnelle du territoire XIXe-XXe siècles». 2010 Documents relatifs au tourisme * SOL Marie-Pierre . La patrimonialisation comme (re)mise en tourisme. De quelques modalités dans les « Pyrénées catalanes ». 2004 Dcuments relatifs à la richesse écologique du site * CHEVALLIER H., CHIFFAUT A. «Guide pour la prise en compte des habitats et des espèces d’intérêt communautaire dans les projets d’aménagements». Site NATURA 2000 Capcir-Carlit-Campcardos. * MANGEOT Alain, chef de projet Natura 2000. «Document d’Objectifs pour la site Madres-Coronat, relatif à la mise en oeuvre de la Directive Oiseaux et de la Directive Habitats Faune Flore.» (Tom 1, 2, 3, 4 et 5). 2005-2011 * MILIAN Johan, « Le projet Natura 2000 et la protection du patrimoine naturel » L’exemple des sites expérimentaux pyrénéens, Etudes rurales, 2001/1 n° 157-158, p. 173-194. * PNR des Pyrénées Catalanes. CHARTE NATURA 2000 du site « MADRES-CORONAT », réalisée à partir du Guide régional pour l’élaboration des chartes Natura 2000 en Languedoc-Roussillon. 2006 * TOURNAIRE Marc, LEFORT Gérard, GUIONNET Tatiana, Flore du Parc naturel des Pyrénées catalanes. 2012 * Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique. Modernisation de l’inventaire ZNIEFF Région Languedoc-Roussillon Edition 2008-2010 Groupe de travail Agriculture, Urbanisme et Territoires. «AMÉNAGEMENT DURABLE DES ZONES AGRICOLES ET NATURELLES». Sites internet concernant le site * http://www.capcir-pyrenees.com/ * http://villagesducapcir.blogs.lindependant.com/ * http://valleedesgarrotxes.overblog.com/

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- Recommendations générales pour les territoires situés au sein du périmètre de la zone Natura 2000. - Article paru sur le site de la communauté de communes Capcir Haut-Conflent 10/03/2013 Des vacances autrement au coeur des «Garrotxes» - Article paru sur le site de la communauté de communes Capcir Haut-Conflent 19/01/2013 Le «Pi nègre» à la recherche de ses lettres de noblesse. - Extrait du livret touristique du territoire des Garroxtes

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- Recommendations générales pour les territoires situés au sein du périmètre de la zone Natura 2000. Recommandations de portée générale R1 Respecter les réglementations générales et les mesures de protection en vigueur sur le site R2 Prendre connaissance et respecter les grands objectifs de gestion du DOCOB. R3 Informer la structure animatrice de toute dégradation de milieux et d’habitats d’espèces d’origine humaine ou naturelle. R4 En amont de tout projet, signaler à la structure animatrice les travaux éventuels et changements de pratiques susceptibles d’affecter la biodiversité. R5 Eviter tout dépôt de déchets ou matériaux non compostables. R6 Préférer l’utilisation de produits biodégradables et remporter tout contenant utilisé. A proximité des cours d’eau, préférer l’utilisation d’huile biodégradable et la mise en place de bacs de rétention dans les systèmes de lubrification du matériel mécanique. R7 Favoriser l'intégration paysagère des infrastructures.

Engagements de portée générale du signataire E1 Autoriser et faciliter l’accès des parcelles engagées dans la charte à la structure animatrice du site Natura 2000 et/ou aux experts (désignés par le préfet ou la structure animatrice), afin que puissent être menées les opérations d’inventaire et d’évaluation. La structure animatrice du site informera, 15 jours avant, le signataire de ces opérations, de la qualité des personnes amenées à les réaliser et par la suite, du résultat de ces opérations. E2 Effectuer les travaux ou interventions susceptibles d’affecter la biodiversité pendant les périodes indiquées à la signature de la charte, afin de ne pas perturber la faune et la flore. E3 Ne pas créer de nouvelles voiries ou chemins sans prévenir la structure animatrice et prendre en compte ses recommandations. E4 Informer tout personnel, entreprise ou prestataire de service intervenant sur les parcelles concernées par la charte, des dispositions prévues dans celles-ci et confier, le cas échéant, les travaux à des prestataires spécialisés. E5 Intégrer les engagements de la charte dans les baux ruraux ou conventions de mise à disposition au fur et à mesure de leur renouvellement. E6 Ne pas introduire d’espèces végétales envahissantes et d’espèces animales non indigènes dans et aux abords du site Natura 2000 E7 Ne pas détruire les linéaires de ripisylves, haies, fossés, murets ainsi que les arbres isolés, pierriers, capitelles, orris, terrasses étant des habitats d’espèces et/ou des habitats naturels potentiels de la directive. E8 Ne pas donner l’autorisation de pratiquer des loisirs motorisés 79


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- Article paru sur le site de la communauté de communes Capcir Haut Conflent 10/03/2013 Des vacances autrement au coeur des "Garrotxes"

Nichées en haut Conflent, entre Olette, la Llagonne et Matemale, « les Garrotxes » et ses cinq villages vous accueillent, pour un séjour ou une excursion originale. Si vous êtes foule, lèche vitrine, disco, pressé, ski plein pot, laissez tomber, les « Garrotxes », ce n’est pas pour vous. Ce petit territoire, véritable havre de paix et de tranquillité, avec ses maisons en pierre et ses toits en ardoise, est un petit bijou pour qui sait le découvrir. Ayguatebia, Caudiès/Talau, Oreilla, Railleu, Sansa, des noms de villages ronds, colorés, qui sentent bon la fleur sauvage, l’eau fraîche, la terre travaillée. La centaine d’habitants permanents, curieux et accueillants, sont toujours honorés de vos visites et sauront vous conseiller, vous guider, vous raconter… le tourisme à taille humaine, c’est là que vous allez le rencontrer. 80

Un écrin : passé les cols, vous entrez dans un écrin de verdure, où la faune sauvage abonde, les ruisseaux, qui alimentaient les nombreux moulins courent toujours. Levez le pied, suivez tranquillement la route goudronnée qui serpente, posez vous au premier village. Selon la saison, c’est à pied, en raquette à neige, en vtt, que vous parcourrez les sentiers balisés qui relient les villages, avec des thématiques liées à la nature environnante. Orris (abris de bergers), moulins, lavoirs et fontaines, oratoires, églises romanes, la main de l’homme a construit des petites merveilles avec les matériaux du terroir, de belles découvertes en perspective. Modernité : ce n’est ni le bout du monde, ni une réserve d’indiens. Juste un territoire vivant, avec des habitants actifs, qui se battent pour qu’ici la vie perdure, les traditions se perpétuent, en prise directe avec la vie moderne. Une volonté locale de développer un tourisme d’échange, de rencontres. Et si le ravitaillement se fait par boucher et épicier de la vallée, qui passent avec leur camion étal, ordinateurs, téléphones portables, i phones, tablettes, sont connectés par les ondes, soyez rassurés. Depuis 2012, l’association Garotxes-Conflent, aidée par le Fonds Social Européen, a embauché une chargée de mission tourisme et patrimoine. Un livret "à la découverte des « Garrotxes » et de leurs petites fleurs » est édité. Vous trouverez tous les renseignements pratiques et touristiques sur les deux sites qu’elle a mis en place.


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- Article paru sur le site de la communauté de communes Capcir Haut Conflent 19/01/2013 Le "Pi negre" à la recherche de ses lettres de noblesse les Garrotxes, un espace naturel de verdure avec en point de mire le Canigou. Guide découverte : l’association Garrotxes Conflent vient de publier un livret «à la découverte des Garrotxes et de leurs petites fleurs» qui présente de nombreuses fleurs sauvages de la vallée avec leur histoire, légende et utilisation. On y trouve aussi des notes concernant ce territoire : un peu histoire et de patrimoine et un artisanat oublié, le drap de laine.

Gestion des forêts, filière et ressources, caractéristiques des bois, perspectives d’utilisation des bois locaux en construction et menuiserie au programme de ce colloque transfrontalier sur le pin à crochets. Le Pin à crochets, « pi negre » en catalan est une essence qui couvre 80 % du territoire des montagnes catalanes. Supplanté dans l’utilisation pour la construction et la menuiserie par d’autres résineux (sapin, http://valleedesgarrotxes.overblog.com http://www.facebook.com/lavalleedesGarrotxes

épicéa, pin sylvestre), il a toutefois des qualités indéniables, que les spécialistes ont mises au jour, au cours d’un projet technique. Un travail réalisé dans le cadre du Programme Opérationnel Territoriale Espagne-Frances-Andorre 2007-2013. Quatre vingt personnes, durant deux jours ont participé à ce colloque, qui s’est déroulé au palais des congrés d’Alp, puis à la Maison du Capcir et à scierie de Matemale. 81


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Le projet : les gestionnaires forestiers catalans ont regroupé l’ensemble de leurs connaissances et savoir faire en matière de production de bois, de protection contre les risques naturels, de pastoralisme, de préservation de la biodiversité et des paysages. Cette mise en commun est consignée dans le premier guide de sylviculture dédié au pin à crochets, qui cadrera ainsi la gestion des forêts publiques et privées dans les Pyrénées catalanes. Le deuxième objectif est de certifier le pin à crochets en bois de construction, selon les normes françaises et européennes en vigueur. Un enjeu économique majeur, créateur d’emplois, qui permettrait de relancer la filière bois dans la partie orientale des Pyrénées. Des qualités indéniables : emballage alimentaire, jouet, bois de structure, menuiserie, sont autant d’utilisations possibles pour le pin à crochets. Ses caractéristiques correspondent aux exigences des normes appliquées au bois pour ces différents types d’utilisation. Si autrefois ce bois était utilisé dans la construction, aujourd’hui, son utilisation doit être en accord avec les directives européennes, ce qui sous entend au préalable l’étude très poussée de ses caractéristiques mécaniques, objet du projet transfrontalier. Cette essence doit être rattachée à la norme existante pour les matériaux de construction, triée selon sa qualité et être utilisable en substitution de n’importe qu’elle essence. Philippe Carrière, spécialiste du bois, mandaté par le PNR pour identifier les marchés d’avenir est clair « le pin à crochets a de bonne qualités, mais les catalans n’en sont pas convaincus ». Il propose un effort en amont, dans son sciage, son tri, sa commercialisation. « fédérer les acteurs de la filière bois, gérer leurs motivations, 82

créer une bonne organisation dans la distribution des pins » sont les préconisations de ce spécialiste. L’approche marketing va également être développée. Car si le Pi negre est commun dans le paysage des hauts cantons, il n’en est pas moins une essence rare à l’échelle nationale, un atout à développer pour investir de nouveaux marchés Les partenaires du projet Groupement Européen pour les Pyrénées (FORESPIR) chef de file de l’étude Parc Naturel Régional des Pyrénées Catalanes Office National des Forêts (ONF) Centre Régional de la Propriété Forestière du Languedoc Roussillon (CRPF) Centre de Coopération Internationale en recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD) Généralitat de Catalunya Centre Tecnologic Forestal de Catalunya (CTFC) Institut Català de la Fusta (INCAFUST) Les financeurs du projet Europe (Fond Européen pour le Développement Rural), Conseil Régional Languedoc Roussillon, Conseil Général des PO, Généralitat de Catalunya. Le coût du projet s’élève à 612 0170 €, la participation de l’Europe à 397 811 €.


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- Extraits du livret touristique du territoire des Garrotxes

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Mémoire de fin de premier cycle : Le territoire des Garrotxes  

Un paysage résultant de la pression anthropologique passée et présentant de nouveaux potentiels de développement à venir

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