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> ARGU FLASH < 12 mars 2013

ÉDUCATION : LA GAUCHE VEUT FAIRE DU NEUF AVEC DU VIEUX Après avoir fait passer par décret la réforme des rythmes scolaires et abrogé la loi de lutte contre l’absentéisme en classe, Vincent Peillon poursuit ses « réformes » de l’Education nationale : sa loi sur l’école est examinée cette semaine à l’Assemblée nationale. Ce projet de « refondation » de l’école est essentiellement dicté par les impératifs du vieux socialisme mitterrandien : idéologie, clientélisme et immobilisme. 1°) Chacun convient de la nécessité d’une grande réforme pour l’Ecole car :  nous dépensons 71,5 milliards € dans le primaire et le secondaire chaque année soit plus que l’Allemagne (70,3 Mds €) pour des résultats qui sont moins bons (la France est au 22ème rang du classement PISA de l’OCDE et l’Allemagne au 20ème) ;  1 élève sur 5 sort du CM2 sans savoir ni lire ni écrire correctement ;  Environ 120 000 à 140 000 « décrocheurs » sortent chaque année sans diplôme du système scolaire ;  L’école joue de moins en moins son rôle d’ascenseur social. 2°) Malheureusement, le projet de Vincent Peillon ne permettra pas d’inverser la donne, car il est prisonnier de l’idéologie et du clientélisme. Il se contente de donner certains « gages » aux syndicats d’enseignants et aux idéologues de la gauche mais ne contient rien de sérieux ni sur la refonte du collège unique –indispensable pour assurer l’égalité des chances-, ni sur l’orientation, ni sur l’apprentissage, ni sur le soutien individualisé aux élèves en difficulté, ni sur l’enseignement des fondamentaux lire, écrire, compter, ni sur l’autonomie des établissements… La loi comprend 9 mesures principales : a) La programmation des 60 000 créations de postes sur 5 ans Cette mesure est symptomatique des dérives du gouvernement de François Hollande : démagogie, clientélisme et addiction à la dépense publique. Elle a pour unique objet de ménager les syndicats d’enseignants, alors qu’elle sera inefficace et coûteuse.  Il est faux de dire que l’Education nationale a besoin d’effectifs supplémentaires. Nous avons aujourd’hui beaucoup plus de professeurs pour beaucoup moins d’élèves qu’en 1990. Selon l’INSEE, entre 1990 et 2010, le nombre total d’enseignants a augmenté de 61 857 tandis que le nombre d’élèves diminuait de 480 000. En moyenne il y a donc eu, en 20 ans, 1 professeur en plus pour 12 élèves en moins. Malheureusement cela n’a pas www.u-m-p.org 1


permis au niveau des élèves français de progresser. En effet, il n’y a pas de corrélation systématique entre nombre d’élèves par classe et réussite scolaire. La Corée du Sud, 2ème meilleur système scolaire au monde selon l’OCDE, compte jusqu’à 35 élèves dans l’enseignement au primaire, contre 22,6 élèves en France.  Recruter 40 000 enseignants est pratiquement impossible car nous manquons de candidats pour passer les concours pour devenir professeurs. 40 000 enseignants, cela revient à recruter 80% des candidats qui se présentent aujourd’hui aux concours. Est-ce qu’un système de qualité recruterait 8 candidats sur 10 aux concours ?  Nous n’avons pas le premier euro pour recruter des fonctionnaires supplémentaires. Recruter 60 000 professeurs cela coûtera à terme 2,5 milliards par an. Et la facture devrait dépasser les 100 milliards au total, car un enseignant est embauché à vie, il faut donc lui verser au moins 40 ans de salaire, plus sa pension de retraite… Alors que François Hollande annonce que son gouvernement ne pourra pas tenir ses engagements de réduction des déficits, cette mesure n’est pas responsable.  Cette mesure se fera au détriment des professeurs eux-mêmes car quand on augmente les effectifs, on ne peut pas augmenter en parallèle les salaires. A l’inverse, durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la moitié des économies réalisées par le nonrenouvellement d’un fonctionnaire sur deux a été réaffectée à l’augmentation du salaire des jeunes professeurs qui a atteint, l’année dernière, 2000€ brut par an. Il conviendrait de continuer dans cette voie. La nouvelle majorité se lie les mains en créant 60 000 postes supplémentaires, se privant de tout moyen pour améliorer le statut des enseignants. b) L’introduction d’un enseignement moral et civique de l’école primaire au lycée. Cet enseignement est introduit dans le Code de l’Education alors même que l’on n’en connaît pas la teneur puisque Alain Bergounioux, Rémy Schwartz et Laurence Loeffel qui ont été missionnés par Vincent Peillon pour réfléchir sur la teneur de cet enseignement ne rendront pas leur rapport avant fin mars. Le procédé est donc pour le moins surprenant et inquiétant… Personne ne conteste la nécessité de transmettre à l’école des règles élémentaires essentielles au vivre-ensemble comme la politesse, le respect de l’autorité, la connaissance de nos valeurs, des droits et des devoirs. D’ailleurs, la majorité précédente, avec Luc Châtel, avait mis en place de l’instruction civique et morale. Mais c’est tout autre chose que propose Vincent Peillon. Il nous explique que sa morale laïque vise à instaurer une « laïcité intérieure ». Derrière ce concept abstrait, Vincent Peillon cache à peine qu’il veut inculquer une idéologie aux élèves. Cela peut être dangereux :  L’école ne doit pas se tromper de rôle, sa priorité c’est de transmettre des savoirs : à quoi bon parler d’enseigner une morale laïque quand nous avons près de 10% de la population en situation d’illettrisme ? Vincent Peillon doit d’abord réduire l’illettrisme avant de penser à l’enseignement abstrait d’une morale laïque. C’est l’illettrisme qui est le terreau du délitement de la société pas l’absence de « laïcité intérieure ».

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 Le même gouvernement qui expérimente les salles de shoot nous explique qu’il prétend enseigner la morale aux élèves… Où est la cohérence ?  Enseigner la morale à l’école a pour but, selon Vincent Peillon, d’« arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethniques, social, intellectuel » (JDD, 2 Septembre 2012). Cela risque d’être l’école contre les familles et contre les religions. Ce discours est nocif, les familles sont le premier lieu d’éducation des enfants, elles ne sont ni déterministes, ni en compétition avec l’école, dont elles sont complémentaires. c) La réaffirmation dogmatique du collège unique Cette réaffirmation a notamment pour conséquence la suppression de la loi Cherpion adoptée en juin 2011 qui a introduit le DIMA (Dispositif d’Initiation aux métiers en alternance) pour les jeunes âgés de moins de 15 ans. Pourtant ce dispositif répondait à une vraie demande de diversification des parcours à partir de la 4ème : pour tous, un tronc commun composé des fondamentaux et des langues vivantes, et pendant une partie de la semaine, en fonction des profils et des choix des élèves, la possibilité pour certains d’approfondir les disciplines académiques classiques et pour d’autre d’être initiés au monde professionnel. Ce projet de loi confirme tout le mépris de la gauche pour l’apprentissage qui est pourtant une filière d’excellence à développer. En Allemagne, il y a aujourd’hui 1,6 millions d’apprentis alors que nous n’en avons que 600 000. Le résultat est simple : le taux de chômage des jeunes y est de 5,5% alors que chez nous il est de 25,7%. C’est pour cette raison que nous avions prôné la possibilité d’offrir un apprentissage dès 14 ans.

d) La mise en place du fonds de compensation de la réforme des rythmes scolaires. La réforme des rythmes scolaires n’est pas à proprement parler dans le projet de loi, puisque son décret a été publié le 26 janvier 2013, et qu’il fixe au 31 mars la date limite pour les communes qui souhaitent demander le report de la réforme à la rentrée 2014. En revanche, le texte crée les Projets éducatifs territoriaux et le Fonds spécifique d'aide qui avait été annoncé en accompagnement de cette réforme. Toutes les communes auront droit à une dotation de 50€ par élève à condition d'appliquer la réforme dès la rentrée 2013 avec un complément de 40 € par élève pour les communes éligibles les moins favorisées. Mais pour nombre d’élus locaux, le compte n'y est pas, car le coût de la réforme serait d’environ 150 € par élève... Sauf à faire payer les parents d’élèves, les communes ne pourront assurer le financement de la réforme. Ce problème financier, couplé à une absence de concertation sur cette mesure qui concerne pourtant plus de 6 millions d’écoliers, leurs parents ainsi que des milliers de professeurs, explique que l’opposition à cette réforme soit toujours aussi vive, y compris dans les communes de gauche comme Lyon, Montpellier, Strasbourg, Auxerre tandis que Lille et Paris hésitent encore à l’appliquer dès 2013.

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e) La généralisation de l’accueil des enfants de moins de 3 ans en maternelle. Sur ce sujet qui divise les pédopsychiatres, la dernière loi de programmation du 23 avril 2005 avait déjà accordé une attention en terme d’ouverture de place pour la scolarisation des enfants de moins de 3 ans, aux territoires les plus en difficulté. Bien sûr, il est souhaitable que les enfants de moins de 3 ans qui vivent dans des familles en difficulté sociale, ou qui ont du mal à s’intégrer, puisse bénéficier d’un accompagnement individualisé et d’un suivi efficace de la part de services de l’Etat, ce qui est d’ailleurs déjà souvent le cas, mais il ne s’agit pas de généraliser une scolarisation dès 2 ans à tous les enfants de France, pour au moins deux raisons :  cela nécessiterait beaucoup de nouveaux moyens financiers et humains : locaux, professeurs etc. Qui va payer ? Comment les collectivités vont pouvoir faire face alors que la moitié des communes ont déjà dit qu’elles seront dans l’incapacité de mettre en place la réforme des rythmes scolaires en 2013 ?  cette scolarisation ne doit pas être utilisée comme une forme de défiance par rapport à la famille. Une certaine partie de la gauche défend ainsi cette mesure car elle voit la famille comme un lieu de déterminisme pour les enfants et qu’il faudrait donc au plus tôt les retirer de la garde et de l’influence des parents. Il faut bien distinguer les choses : l’éducation revient à la famille, tandis que l’instruction revient à l’école ; confondre les deux, c’est s’exposer à ne réussir ni l’une ni l’autre. Chacun ses responsabilités. Le rôle de l’école n’est pas de gérer la petite enfance. La généralisation annoncée de cette scolarisation n’est pas consensuelle chez les pédopsychiatres et les psychologues. f) La création des Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education (ESPE) et la refonte de la formation initiale des enseignants Malgré les annonces faites sur une amélioration de la formation, le dispositif tel qu’il est présenté ressemble à s’y méprendre aux IUFM, réformés en 2009, dont tout le monde s’accordait à dire qu’ils ne répondaient plus aux enjeux de formation pédagogique et de qualification des enseignants. En outre, ces ESPE restent très flous quant à leurs missions, leur place au sein des universités et le contenu de la formation des enseignants : selon Vincent Peillon « Les Espe ne seront pas absolument parfaites pour 2013 » (8 février 2013).

g) La suppression du Haut Conseil de l’Education qui est remplacé par un Conseil supérieur des programmes qui formulera des propositions sur les enseignements dispensés aux élèves et d’un Conseil supérieur d’évaluation du système éducatif Le Conseil supérieur des programmes sera placé auprès du Ministre de l’éducation. Il reprend en grande partie les compétences du Haut Conseil de l’Education concernant la rédaction des programmes sur lesquels il formule des propositions. Pourquoi créer deux nouvelles instances dont la composition est en grande majorité acquise au Ministre de l’Education, en lieu et place d’un seul organisme qui a pourtant faits ses preuves ? La « commissionnite » de la gauche est dispendieuse et sert à placer des amis.

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h) La diminution des redoublements, la remise en cause des notes et des devoirs à la maison : vers le retour d’une pédagogie du laxisme ?  Les redoublements ne sont pas une panacée, ils coûtent chers et ne permettent pas forcément à un élève de rattraper son retard mais que propose Vincent Peillon aux élèves en situation d’échec ? Le risque est de fermer les yeux en faisant passer automatiquement un élève en difficulté de classe en classe sans lui donner de nouvelle chance, jusqu’à ce qu’il sorte finalement du système sans qualification.  Les notes sont implicitement remises en cause par ce projet de loi : il ne faut pas confondre le thermomètre avec la température. Le problème ce n’est pas les notes, mais bien les difficultés des élèves qu’elles peuvent refléter. Si les notes ne sont pas l’Alpha et l’Oméga de la pédagogie, elles sont indispensables pour évaluer l’évolution des acquis des élèves et mettre en place les instruments adéquats pour suivre les enfants qui rencontrent des difficultés. C’est dans l’intérêt de l’enfant qu’on se doit d’évaluer par des notes sa progression. La Suisse, la Suède, le Danemark et les Etats-Unis, qui ont essayé la suppression des notes, reviennent sur cette décision. En France, une expérimentation a été menée au collège Van der Meersch de Roubaix en 2009. Les enseignants ont dressé ce constat : «L’ambiance de travail s’est dégradée […] Les élèves ont eu tendance à devenir moins compétents à cause d’un manque de rigueur. […] Seuls 3 élèves ont fait l’effort d’apprendre leurs conjugaisons, les autres ne s’en sont pas donné la peine et il semble que l’absence de note en est une cause aggravante. […] La disparition de la note ne semble donc pas être une solution pour agir sur la motivation des élèves. » Cette mesure risque de tirer tous les élèves vers le bas, plutôt que de susciter une émulation positive.  Les devoirs à la maison devraient être interdits au primaire. À l'école primaire, l'interdit concernant les devoirs écrits à la maison date de 1956, mais est très peu respecté par les professeurs, qui trouvent que le travail à la maison présente des vertus pour l’élève (en termes d’autonomie, d’interaction parents/professeurs, d’appropriation des savoirs par la répétition, les exercices…) et les parents pour lesquels les « devoirs » sont souvent un moyen de suivre et d’aider leurs enfants. Cette mesure est d’autant plus contestable qu’elle est défendue au nom de l’égalité des chances afin de ne pas désavantager les enfants que les parents ne peuvent pas aider. Mais chacun sait que la suppression des devoirs à la maison ne changera rien : les parents qui en ont les possibilités continueront à faire travailler leurs enfants ou à leur payer des « petits cours ». i) La promotion de la théorie du genre dans les missions de l’école primaire Les parlementaires de gauche ont voté en commission un amendement intégrant dans les missions de l'école primaire la promotion de la théorie du genre. Cet amendement est inquiétant, la théorie du genre nie l’altérité sexuelle comme fondement de la société, c’est une idéologie. A ce titre elle ne doit pas être enseignée dans le cadre de l’école primaire comme une vérité scientifique.

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Argumentaire - Peillon sur l'école fait du neuf avec du vieux