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Journal

n°15 | décembre 2007 | mensuel gratuit

Les nouveaux visages du féminisme

Elles créent des partis politiques, retirent leurs soutiens-gorge, mais sont moins militantes : tour d’Europe des nouvelles affranchies. >> Dossier p. 12

MINI TRAITÉ Vous avez dit “simplifié” ? >> p. 4

POLOGNE Écotourisme en classe business >> p. 8

BELGIQUE Voyage au bout de la capitale >> p. 9

ESPAÑA La Marcha Real levanta la voz >> p. 19

REPORTAGE PHOTO

Naufrage diplomatique en Crimée >> p. 10


Pour cette nouvelle année universitaire, le journal Europa te propose de venir partager tes expériences dans la rédaction d'un mensuel d'information européenne! dossier de candidature à retirer et à déposer au Pôle étudiant

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Le Journal EUROPA a pour vocation d’améliorer la connaissance mutuelle et l’échange d’information entre les jeunes européens. En proposant une information en provenance de tout le continent, il a pour objectif de rapprocher les peuples et de concrétiser la notion de citoyenneté européenne.

Dossier :

Elles créent des partis politiques, retirent leurs soutiens-gorge, mais sont moins militantes : tour d’Europe des nouvelles affranchies.

Journal d’information européenne publié par l’association Europa Production Nantes

Pour participer, envoyez-nous vos candidatures à : epn@journaleuropa.info

Directeur de la publication : Cyril Bérard Rédacteur en chef : Antoine Krempf Rédacteur en chef adjoint : Loup Besmond Secrétaires de rédaction : Fabien Mollon, Guillaume Siaudeau, Claire Gandanger, Xavier Begué, Cécile Hamet, Sophie Mancel, Charles Ayats, Elsa Sanchez, Sophie Girard Relations internationales : Emmanuel Lemoine Publicité : Guillaume Siaudeau Communication / Relations presse : Sophie Mancel Maquette : Cyril Bérard Webmaster : Antonin Jourdan Ont participé à ce numéro : Rédaction (par pays concernés) : Allemagne : Gaëlle Cousin, Cécile Hamet, Belgique : Jonas Roland, Aurélien Frances, Bélarus : Aliaksandra Startsava, Espagne : Iris Sanchez, Miguel Jimenez, Finlande : Saara Marjavaara, GB : Bastien Leclair, Italie : Marco Fiorello, Pologne : Alice Legrat, Thibault Deleixhe, Katia Vandeborre, Valentin Behr, Roumanie : Guilaine Trossat, Russie : Diane Bihannic, Serbie : Marc Botte, Slovaquie : Marek Hrusovsky, Suède : Dévina Azis, Ukraine : Olena Kucheryava, Igor Alkhimovitch, Claire Vilpoux, France : Eric Monnet, Louise Fessard, Mathieu Herry, Clotilde Tonnerre, Guillaume éS Responsables géographiques : Jonas Roland (Bénélux), Maud Czaja (Royaume-Uni, Irlande, Islande), Mathieu Herry (Suède, Finlande, Norvège, Danemark), Clotilde Tonnerre (Russie, Caucase, Belarus, Ukraine), Fabien Mollon (Grèce, Turquie, Chypre, Malte), Gaëlle Cousin et Cécile Hamet (Allemagne, Autriche, Suisse), Cyril Bérard (Italie, Slovénie), Noémie Lehouelleur et Charlotte Houang (Territoires outre-mer européens et Relations extérieures de l'UE), Alexis Lebrat et Elsa Sanchez (Espagne, Portugal), Joséphine de Boisséson (Albanie, Macédoine, Croatie, Serbie, Bosnie-Herzégovine) Alexandra De Boucheron (Rép. tchèque, Slovaquie, Pologne, États baltes) Joséphine de Boisseson (Roumanie, Hongrie, Moldavie, Bulgarie). Illustrations : Alexandre Hébert a.k.a. Alex, Thibault Roy a.k.a. Troy, Clémence Bourdaud a.k.a. Clé, Romain Virly a.k.a. R.R, Delphine Hourdequin a.k.a Kyua, François Martin, Gabriel Papapietro, Nicolas de la Casinière a.k.a. Lacase, Amandine Poirier, Jean Luc Aulnette a.k.a. Jilu, Cédric Noël a.k.a. Cdriiik, JD Lichtfus, Laureline, Arthur Senant, Benoit Pouydesseau, a.k.a. Pinkou, Victor Hareng-Pinaut, Pierre Malenfant, Maël Guesdon, Guillaum èS. EUROPA Production Nantes, Chemin de la Censive, 44312 Nantes Cedex 3. Tél : +33 (0)2 72 64 04 50 Rédaction : redaction@journaleuropa.info Publicité : publicite@journaleuropa.info Communication : communication@journaleuropa. info Dessins : illustration@journaleuropa.info Abonnements : abonnement@journaleuropa.info Impression : Ouest-France, ZI Sud Est, 35 051 Rennes Cedex 9 Diffusion : Nantes, Angers, Le Mans, Cholet, Laval, La Roche/Yon, St Nazaire, Rennes Tirage : 20 000 exemplaires ISSN : 1778-171X Dépôt légal : à parution Tous les articles signés avec le nom de leurs auteurs ne représentent pas nécessairement l’opinion de la rédaction.

Les nouveaux visages du féminisme

>> pages 12 à 15 Les nouveaux visages du féminisme >> p. 12 Halimi : l’avocate féministe >> p. 12 Les femmes sont passées du Mayflower au Titanic >> p. 13 Le parti des jeunes filles, des épouses, et des mères >> p. 13 La pasionaria des trottoirs >> p. 14 Les féministes de l’Est veulent rejoindre les autres >> p. 14 Un brin de mimosa et une peluche >> p. 14 Voyez ces seins que je ne saurais cacher >> p. 15

4 | décryptage MINI TRAITÉ | Vous avez dit “simplifié” ? PORTUGAL | Polka à la portugaise La chronique économique

5 | En vrac ACTUS | Des bisous au pays des frites, Kouchner bling bling, Molaires plombées air pollué, La citation...

6 | Politique & Société RUSSIE | Ingouchie, sombre miroir de la Tchétchénie ESPAGNE | Good bye Franco ITALIE | Protection reprochée

7 | Europe SERBIE | Parlez-vous Voïvodine ? SLOVAQUIE | L’histoire slovaque à la mode Schengen

8 | Terre à terre BELGIQUE | Rest in natural peace POLOGNE | Écotourisme en classe business ESPAGNE | Séville : une ville au régime solaire

9 | Culture BELGIQUE | Voyage au bout de la capitale NELE KARAJLIC | Sa vie est juste un simple jeu

10 | Reportage photo UKRAINE | Naufrage diplomatique en Crimée

16 | Media BELGIQUE | La revanche du son INTERNET | Facebook vs. Hatebook

17 | Sport FINLANDE | Finlandais au volant, champion au tournant GB | Destins tronqués sur la pelouse

18 | Europe locale CINEMA | La scène a réveillé mes envies d’enfance FÉMINISME | Simone de Beauvoir regarde l’Europe JOURNALISME | Nous faisons de l’information européenne de proximité

19 | La voix de la V.O. ESPAÑA | La marcha Real levanta la voz Un week end à... Lviv

Edito | par Antoine Zéo

C

Une lettre d’Allemagne

onnaissons-nous vraiment nos voisins ? Souvent, on n’ose même pas aller sonner chez le type bizarre qui habite sur le même palier pour lui demander 200 grammes de farine. Si on le croise dans l’escalier, on lui dit bonjour, mais c’est pour être poli. Alors, quand les voisins s’appellent les Allemands et qu’on leur a fait tellement de guerres qu’on n’en sait même plus le nombre exact, vous imaginez les malentendus. Thierry Roland vous le raconterait mieux que moi. En vrac, les Allemands sont stricts, blonds aux yeux bleus, disciplinés, rigoureux et ils ne se nourrissent que de saucisses. Ils sont aussi un peu nazis, et toute discussion portant sur l’Allemagne se doit de comporter une allusion (au moins implicite) au IIIe Reich. Hélas, le voyage à Berlin est très décevant pour l’amateur de clichés. Aiment-ils l’ordre, nos voisins ? Oui, bien sûr, et d’ailleurs, les piétons attendent toujours que le feu soit vert avant de traverser la rue. En revanche, en une semaine entière, je n’ai pas aperçu une seule fois l’uniforme vert de la Polizei. Peut-être un coup de chance, mais pour qui arrive de France et plus particulièrement de Paris, le contraste est saisissant, et reposant. Dans le métro berlinois, pas d’équivalent non plus des miliciens à crânes rasés de la RATP, équipés d’armes à feu qui laissent supposer qu’à Paris le voyage sans ticket est passible de la peine de mort. Et leur passé ? À Berlin, on le sent un peu partout, et pas seulement dans l’étrange et vaste monument aux victimes de la Shoah construit récemment tout près du Reichstag. Toutes les occasions semblent bonnes pour graver dans le marbre le repentir des Allemands pour les fautes de leurs pères. En France, le nouveau pouvoir se vante, lui, de tenir la « repentance » pour une faiblesse de vaincus : « Ce n’est pas la France qui a inventé la Solution finale », a cru bon de pérorer le président de la République il y quelques mois. Au moins les Allemands sont-ils forcés de connaître leur histoire, et il est peu probable que le Bundestag vote un jour une loi sur les effets positifs du national-socialisme. Vue de chez nous, l’Allemagne n’a pas l’air très glamour, avec son budget excédentaire et sa politique extérieure plus efficace que spectaculaire. Les pauvres, il leur manque sans doute le grand frisson de la « Rupture » ! Berlin, elle, n’est pas très riche, mais on peut y faire la fête sans dépenser des fortunes et manger des saucisses à toute heure de la nuit (car certains clichés ont un fond de vérité). Allemagne 2, France 0, c’est encore Thierry Roland qui va gueuler. 2012, ODYSSÉE POST-KYOTO Dans le cadre de la conférence des Nations Unies, l’Union européenne prépare l’après Kyoto sur le changement climatique. La Conférence se tiendra à Bali du 3 au 15 décembre 2007, en vue de faire un bilan et de lister les principaux enjeux de négociation qui devront voir le jour d’ici 2009. En ce qui concerne l’évolution climatique, l’objectif serait de limiter les gaz à effet de serre, et de sensibiliser davantage encore la population sur les menaces croissantes liées au réchauffement climatique. Dès 2012, l’UE aimerait réunir les pays grâce à un accord global qui permettrait une lutte plus intensive contre ces problèmes écologiques.


4 | Décryptage

Vous avez dit “simplifié” ? |

par Antoine Krempf

“Mini”, “réformateur” ou encore “modificatif”, on a beaucoup glosé sur le traité de Lisbonne. Avec ce texte, l’Union européenne se dote d’une boîte à outils indispensable à son fonctionnement. Signature prévue à Lisbonne le 13 décembre. Quesaco ? Le “mini-traité”, “traité réformateur”, “traité modificatif” ou “simplifié”, voire “traité de Lisbonne”, a été adopté par les dirigeants de l’UE les jeudi 18 et vendredi 19 octobre dans la capitale portugaise. Il vise à mieux faire fonctionner la machine institutionnelle de l’UE après le rejet du projet de Constitution européenne par les Français et les Néerlandais en 2005. Quand ? La date d’entrée en vigueur est prévue pour le 1er janvier 2009. Avant cela, chaque pays doit le faire ratifier par son Parlement national ou par référendum. Référendum or not référendum en France ? Not. Pas de référendum en France sur le nouveau traité. « J’ai été autorisé par le peuple à faire ratifier le traité par le Parlement

sans passer par le référendum », a déclaré à la mi-novembre Nicolas Sarkozy devant les eurodéputés, et sous les sifflets de certains. Une Constitution bis ? Pas tout à fait. Le terme de “constitution” disparaît. Les symboles de l’Union européenne ont été retirés du texte : plus de référence au drapeau étoilé, à l’hymne européen (“Ode à la joie”), à la devise (“L’Union dans la diversité”), ou à l’euro. Les changements dans la tuyauterie La présidence du Conseil de l’Union devient stable pendant deux ans et demi, au lieu de six mois actuellement. Le vote à la majorité qualifiée est étendu à de nouveaux domaines, en matière de justice par exemple. Le Parlement européen voit donc son pouvoir augmenter. Un “Monsieur affaires étrangères” Alias « Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ». Il sera chargé de la politique extérieure de l’Union. Une fonction qu’assure déjà plus ou moins l’Espagnol Javier Solana. Les parlements nationaux renforcés

Les parlements nationaux ont désormais huit semaines pour examiner un texte proposé par la Commission européenne. Auparavant, ils ne disposaient que de six semaines. Si le projet est contesté par la majorité des parlements nationaux, la Commission devra justifier sa position sur le texte. Et pour les citoyens européens ? La Charte des droits fondamentaux devient contraignante pour les États membres. Son contenu regroupe l’ensemble des droits civiques, politiques, économiques et sociaux des citoyens européens. Le “droit d’initiative citoyenne” permet à un million de citoyens d’inviter la Commission à soumettre une proposition. Cependant, la réunion d’un million de signatures en faveur d’un projet n’a rien de contraignant. Les petits trucs obtenus par la France après le NON La mention de la « concurrence libre et non faussée » disparaît du texte. Paris a par ailleurs obtenu que l’Union « contribue à la protection de ses citoyens ». Par ailleurs, la France a fait inclure un protocole sur les services publics. Il souligne l’importance des services d’intérêt général. Les articles de la troisième partie du projet de Constitution, qui avaient fait débat en 2005, disparaissent

Polka à la portugaise |

par Valentin Behr

Un pas en avant, un pas en arrière. Entre le problème de la représentation du pays au sein des institutions communautaires, et la charte des droits fondamentaux, la Pologne a discuté ferme le mois dernier à Lisbonne.

L

a Pologne a remporté un énorme succès au sommet de Lisbonne. Elle a confirmé son statut de grand État européen. » Au lendemain des négociations, l’ancien Premier ministre polonais Jaroslaw Kaczynski ne cache pas sa joie. La première revendication du pays portait sur l’inscription dans le traité du “mécanisme de Ioannina”. Le traité prévoit en effet le changement de système de vote au Conseil. Et pour la Pologne, ce changement s’apparente à une perte d’influence au sein de l’Union européenne. Pour compenser cette perte, le mécanisme de Ioannina doit permettre de réunir plus facilement une minorité de blocage comprenant « au moins trois quarts de

vie : « L’attitude de Kaczynski à l’égard de cette charte ne me surprend pas. Les traditions et Donald Tusk recule la morale sont très importantes Autre point de désaccord entre pour les Polonais. » Un avis que Varsovie et ses homologues : la ne partage pas Hubert, professeur Charte des droits fondamentaux. de langues : « Notre président Elle ne devrait pas porter atteinte, pensait à des “menaces”, telles selon la Pologne, au « droit des que la sécularisation de notre société ou l’autorisation « Notre président pensait à des “me- pour les homosexuels naces”, telles que la sécularisation de se marier. Ce sont de notre société ou l’autorisation des choses personnelles pour les homosexuels de se marier. » et pas politiques. » Un étudiant en journalisme de Varsovie. Donald Tusk, le tout États membres à légiférer dans nouveau Premier ministre, avait le domaine de la moralité publi- fait de l’acceptation de la charte que, du droit de la famille ainsi l’un de ses objectifs. Il a pourtant que de la protection de la dignité abandonné cette idée vendredi 23 humaine ». novembre, au terme d’un discours Rien de plus normal selon Tomek, fleuve de plus de trois heures sur étudiant en journalisme à Varso- sa politique générale. • la population ou au moins trois quarts des États membres ».

et retrouvent leur place dans les traités existants. Les exigences anglaises et polonaises Les deux pays ont obtenu que la Charte des droits fondamentaux ne soit pas obligatoire pour eux. À la demande de la Grande-Bretagne, la primauté du droit européen sur le droit national n’est pas réaffirmée. La Pologne a obtenu que la règle de la double majorité soit repoussée à 2014. Cette règle admet qu’une décision est prise lorsque 55% des États représentant 65% de la population votent dans le même sens. Varsovie a aussi dé-

croché l’inscription de la mention des “héritages religieux” entre les héritages culturels et humanistes de l’Union.

Un traité “simplifié” ? Pas si sûr. 296 articles sur 147 pages faisant constamment référence aux Traités de Maastricht (1992) et de Nice (2001). Le tout fait bien ses 279 pages, avec 69 pages de protocole et 63 déclarations unilatérales. •

LA CHRONIQUE ÉCONOMIQUE d’Eric Monnet

La Banque Centrale Européenne et l’Euro : pourquoi et comment intervenir ?

L

a BCE semble actuellement en France la source de tous les maux ; accusée de maintenir de manière irresponsable une monnaie et des taux d’intérêt trop élevés. Bien que caricaturales, ces assertions ne sont pas sans fondement. Il faut remarquer que ces deux problèmes sont liés puisqu’il existe théoriquement une relation presque mécanique entre taux de change et d’intérêt. A considérer que le taux d’intérêt est le prix de la détention de monnaie et que le taux de change est le prix de la monnaie domestique en monnaie étrangère, alors, si les taux d’intérêt et le niveau des prix étrangers restent constants, une hausse des taux d’intérêt domestiques entraînera un renchérissement de la monnaie qui se traduira par une appréciation du taux de change. Mais dans les faits, le taux de change est beaucoup plus volatile et est déterminé par de nombreux paramètres. Ainsi la faiblesse actuelle du dollar, si elle est confortée par des taux d’intérêts maintenus bas en raison d’une croissance ralentie, s’explique principalement par l’énorme déficit extérieur des USA (6,5 % du PIB américain, i.e à peu près 2 % du PIB mondial). Pour combler ce déficit, les USA doivent exporter à tout prix, leur offre est beaucoup plus forte que la demande, et la valeur du dollar baisse donc par rapport aux autres monnaies mondiales puisque nous sommes dans un système de taux de change flexibles. Il y a donc une dimension mécani-

que et irrémédiable à cette baisse. Pour beaucoup d’économistes, la question pertinente est même plutôt : pourquoi le dollar est il encore si haut ? Pour la zone Euro, cette baisse du dollar n’est pas sans avantages : elle réduit le prix des importations (ce qui permet de moins ressentir la hausse continue du prix des matières premières), force les entreprises à devenir plus innovantes pour conserver leur part de marché, et confirme surtout l’envergure internationale de l’euro. Mais l’inconvénient majeur est que l’appréciation de l’euro freine les exportations vers les USA. Même si la part des exportations vers les USA est assez faible (15 % de la part totale des exportations de la Zone euro, soit à peine 3 % du PIB de la Zone), le problème est réel à long terme. Bien que la BCE soit indépendante du pouvoir exécutif, cette question est bien politique et doit être débattue par les membres de la zone euro afin d’évaluer les dangers potentiels et la meilleure attitude à adopter. D’autant plus que la BCE peut freiner l’appréciation de la monnaie sans augmenter son taux d’intérêt, et donc sans déroger à son objectif de stabilité des prix pour laquelle elle est mandatée. Pour cela elle peut intervenir sur le marché des changes, en achetant des dollars et en vendant des euros, ce qui augmente le prix du dollar. Si elle ne règle pas définitivement le problème, cette solution permettra néanmoins de gérer de manière raisonnable et palliative la dépréciation inexorable du dollar.


Le chiffre

>> Selon l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies, la cocaïne est la deuxième drogue la plus consommée par les Européens. 4,5 milllions d’entre eux déclarent avoir sniffé en 2006. C’est un million de plus que l’année précédente. Plus inquiétant : 7500 personnes sont mortes d’overdose en un an. Le cannabis reste la drogue numéro un en Europe avec 70 millions d’amateurs. Le Danemark, la France et le Royaume-Uni sont les plus grands consommateurs.

Des bisous au pays des frites

>> Des bisous et des câlins pour guérir la Belgique. 500 étudiants flamands et francophones se sont bécotés mercredi 21 novembre place de la vieille cité flamande de Louvain, à une vingtaine de kilomètres à l’est de Bruxelles. Là même où en 1968, les francophones avaient été chassés aux cris de « Wallen Buiten ! » (« Les Wallons dehors ! »). Le slogan de l’opération ? « Embrasse un Flamand et bois une bière avec lui ! »

En vrac | 5

En hausse

«Ja» pour un kransekage

>> En 2008 les Danois diraient « ja » (oui) à

Au secours du Darfour

l’euro à 52% contre 56% de « nej » (non) en 2000. L’euro fait les frais de la baisse des exportations du vieux continent, mais est devenu le nouveau chouchou des investisseurs du monde entier. L’euro aurait-il fait ses preuves chez nos amis danois ? Bref espérons un « ja » grand et massif pour que l’on puisse acheter du kransekage (gâteau à la pâte d’amandes) en euros.

Kouchner bling-bling >> On le connaissait médecin

ou porteur de sacs de riz, voici Bernard Kouchner le rappeur ! En visite officielle à Berlin, le ministre français des Affaires étrangères et son homologue allemand FrankWalter Steinmeier ont rappé en compagnie de Muhabbet, un chanteur de hip-hop allemand d’origine turque. Yo Kool Chner !

>> Salih Mahmoud Osman

Molaires plombées, air pollué

>> La mauvaise hygiène dentaire des Britanniques pollue leur air. En Grande-Bretagne, la population est adepte de l’incinération, or bien souvent leurs disparus ont les dents plombées, ce qui dégage d’importantes vapeurs toxiques. Si rien n’est fait, les crématoriums seront les principaux responsables des émissions de mercure dans le pays d’ici 2020.

Les araignées profitent de la mondialisation

La citation

n’est pas une métaphore. Selon une étude de l’Université de Berne, le développement du commerce mondial est responsable de l’arrivée d’une nouvelle espèce d’araignée tous les deux ans en Europe. En 150 ans, 87 nouvelles espèces de petites bêtes poilues ont débarqué en Europe. Comme tout est lié, le réchauffement climatique permet aux araignées subtropicales asiatiques de s’installer sur le continent. Pas de panique, la morsure d’aucune de ces nouvelles immigrées n’est mortelle. Enfin, pour l’instant…

(« Ma chérie, un pénis et une montagne »). Lors de l’interprétation de l’hymne croate avant le match de qualification Angleterre/Croatie pour l’Euro 2008, le chanteur britannique Tony Henry a commis une légère erreur de prononciation : « Ma chérie, un pénis et une montagne » au lieu de « Tu sais ma chérie, comme nous aimons les montagnes ». De quoi donner une poussée de testostérone aux joueurs croates qui ont éliminé les Anglais de l’Euro.

>> L’araignée de la mondialisation

>> « Mila kura si planina »

L’avocat soudanais est le lauréat du prix Sakharov 2007 pour la liberté de penser. « En lui remettant ce prix, le Parlement européen souhaite saluer le travail d’un homme courageux » a déclaré Hans-Gert Pöterring, président de l’hémicycle. Salih Mahmoud Osman, membre de l’Organisation soudanaise contre la torture, est récompensé pour l’assistance juridique qu’il fournit aux victimes de la guerre civile au Darfour. Il a été préféré à la journaliste russe assassinée l’an dernier Anna Politkovskaïa et au couple de dissidents chinois Hu Jia et Zeng Jinyan.

En baisse

Marionnettiste démasqué >> Silvio Berlusconi

Beaucoup d’Italiens étaient convaincus que le Cavaliere manipulait les médias, ils avaient raison. Entre 2001 et 2006, les proches de Silvio Berlusconi placés aux postes à responsabilité de la Rai (télévision publique italienne) entretenaient des relations intimes avec Mediaset, regroupant les chaînes privées du Cavaliere. L’objectif ? Ménager le plus possible l’ancien chef du gouvernement. Des centaines d’écoutes téléphoniques ont par exemple révélé comment la Rai et Mediaset se sont entendus pour minimiser à l’antenne des résultats catastrophiques de Berlusconi lors des élections régionales.


6 | Politique & Société RUSSIE

| par Diane Bihannic

L’Ingouchie, sombre miroir de la Tchétchénie En cinq ans, plus de 150 Ingouches ont disparu. Les services secrets russes sont omniprésents dans la petite république qui prend de plus en plus des airs de sa voisine tchétchène.

N

azran, capitale économique de l’Ingouchie. Le 19 septembre, une manifestation de mères en colère réclame la libération de deux jeunes Ingouches. À 2 heures du matin, les deux hommes réaparaissent inexpliquablement. Du jamais vu dans le pays. Alors que le conflit tchétchène est officiellement terminé, la république voisine, l’Ingouchie, doit faire face aux exactions du FSB (services secrets russes). Depuis 2002, 157 personnes ont disparu. Tous ceux qui ont voulu les retrouver ont été “mystérieusement” assassinés. Assassinats en plein jour Selon l’ONG locale Machr, le pro-

ESPAGNE

cédé d’enlèvement est toujours le même : des hommes, en voiture non immatriculée, kidnappent des Ingouches en pleine rue. Ils disparaissent pour toujours. D’autres sont assassinés en plein jour et de nombreux témoins affirment avoir vu les hommes du FSB glisser des armes dans les mains des cadavres pour faire croire à des suicides.

les boeviks, augmente de jour en jour. Les récents meurtres de leurs compatriotes attisent la colère de la population russe qui se range derrière l’avis du président Vladimir Poutine. « Derrière chaque Ingouche, il y a un terroriste wahhabite (groupe sunnite radical, ndlr)», a récemment déclaré le maître du Kremlin. Ces meurtres sont pourtant le fait de militaires russes qui se sont forgés une sombre réputation en Tchétchénie et ont été arrêtés dans la plus grande discrétion par les autorités fédérales.

Le conflit latent de l’Ingouchie profite évidement au gouvernement russe qui, en s’appuyant sur de faux arguments, assure la légitimité de son action dans cette région. Certains avancent même qu’une guerre en Ingouchie permettrait à Poutine de déclarer l’état d’urgence et d’annuler les élections présidentielles de 2008, au moins pour un temps. •

Une histoire chaotique Pourtant, rien apparemment dans l’histoire de l’Ingouchie ne fait penser à la Tchétché« Derrière chaque Ingouche il y a un nie. Ce bout de terre de terroriste wahhabite. » 4 000 km2 ne souhaitait Vladimir Poutine, chef du Kremlin. pas être indépendant de À en croire la population, la situation la Russie. C’est d’ailleurs la raison ressemble de plus en plus à celle de pour laquelle elle avait fait scission la Tchétchénie juste avant le début de la Tchétchénie au moment de la du premier conflit des années 90. chute de l’URSS. Le nombre de rebelles ingouches, L’Ingouchie : 467 294 habitants, une

| par Miguel Jimenez

Goodbye Franco

Trente ans après la chute du régime dictatorial, l’Espagne est en passe de tourner une des pages les plus noires de son histoire, avec l’interdiction de tous les symboles franquistes.

L

population à l’histoire tourmentée. Après avoir été déportés par Staline en Asie en 1944, les Ingouches ont été autorisés à rentrer chez eux. Suite à un redécoupage de la région, le territoire dont ils étaient originaires est devenu l’Ossétie du Nord. Mais là-bas, ils ont dû faire face à l’animosité de la population installée et fuir vers l’actuelle Ingouchie.

e gouvernement espagnol a adopté gement culturel pour la nouvelle génération une nouvelle loi dite “de la mémoire mais surtout pour les anciens ayant vécu historique” qui provoquera la dispa- cette période : ils ne verront plus quotirition de tous les symboles franquistes et diennement ces emblèmes, statues, plaques ceux favorables à la guerre civile dans toute commémoratives, restes de l’Espagne franl’Espagne. Les institutions, mairies et par- quiste ; souvenirs à leurs yeux d’années de ticuliers devront de fait retirer toutes Retirer régime totalitaire. marques “pro-franquistes” sous peine toutes marde se voir refuser des subventions ou ques proRetour des “deux Espagne” franquistes En plus de cette “réparation modes aides. Cette modification de la loi de la mé- sous peine rale” à ceux qui ont pu souffrir de moire historique « entre dans la lo- de se voir persécution ou de violence pour refuser des gique de la transition démocratique subventions des raisons idéologiques, politiques de 1976 » et « est une reconnaissance ou des ou religieuses durant la guerre morale des victimes de la guerre et de aides. civile et la période franquiste, les la dictature », explique la vice-présiadministrations publiques sont dente du gouvernement espagnol, Maria autorisées à fouiller le territoire pour reTeresa Fernandez de la Vega. trouver les fosses communes, identifier les Dans la vie quotidienne, il s’agit d’un chan- personnes enterrées, et ainsi fermer définitivement les blessures du passé. Cependant, à travers cette nouvelle donne, on assiste à la réapparition des “deux Espagne” de la guerre civile pour une partie de la population, encore politiquement marquée par les quarante années de régime dictatorial. Point d’orgue de cette loi, la “dépolitisation” de la Vallée des morts, lieu symbolique à la gloire de la guerre civile et de la dictature. Selon le chef du gouvernement José Luis Zapatero, le lieu servira maintenant à honorer ceux qui sont tombés pendant la guerre civile et sera un lieu d’études de cette période historique. • traduit de l’espagnol par Alexis Lebrat

ITALIE

| par Marco Fiorello

Protection reprochée Face au racket de la mafia, les commerçants d’Italie du Sud s’organisent de mieux en mieux. Un comité, « Libero Grassi », tente d’inciter les 20 000 commerçants de Palerme à la rébellion.

U

ne nouvelle association anti-racket région : « Un peuple tout entier qui paie le vient de voir le jour à Palerme : Libero pizzo est un peuple sans dignité. » Futuro. Ce nom rappelle celui de Libero Grassi, un entrepreneur palermitain assassiné Conscience anti-mafia en 1991. Le mobile ? Ne pas avoir payé le Aujourd’hui, Libero Futuro garantit et pizzo, la “taxe” soutirée régulièrement aux assiste les commerçants et entrepreneurs commerçants du sud de l’Italie par la mafia dans leur démarche de dénonciation, de la locale, Cosa Nostra. En échange, mise à disposition d’informations Plus de 200 l’organisation offre sa protection aux entreprejusqu’à l’assistance juridique en cas rackettés. Certaines études estiment neurs ont de procès. La nouvelle organisation que 80% des commerçants de Pa- décidé de travaille déjà à la mise en place d’une lerme s’acquittent du pizzo. Ce qui s’opposer nouvelle campagne« Contro il pizzo publiqueles pousse parfois à s’endetter. cambia i consumi » (« Contre le pizzo, Libero Futuro reprend en fait le ment aux la consommation change »). Le but : travail initié il y a trois ans par Ad- extorsions sensibiliser les consommateurs afin mafieuses diopizzo (Adieu Pizzo). Ce groupe qu’ils privilégient les commerçants qui autonome de commerçants et d’entrepreneurs se rebellent contre le pizzo. C’est ce que les avait cherché à s’organiser face à ce phéno- associations appellent « la consommation mène. Depuis, plus de 200 entrepreneurs critique anti-pizzo ». Le comité s’efforce ont décidé de s’opposer publiquement aux également de diffuser la conscience anti-mafia extorsions mafieuses. À l’époque, le slogan dans les écoles et prévoit de maintenir la de l’association avait retentit dans toute la pression sur les institutions politiques. Dans les faits, Libero Futuro et Addiopizzo se partagent le travail. Libero Futuro reste en lien avec la police et s’occupe des problèmes des commerçants. Le comité Addiopizzo continue quant à lui de promouvoir l’expérience de la consommation critique anti-pizzo. À ce jour, Adiopizzo regroupe plus de 200 commerçants et Libero Futuro une quarantaine. Avec les 20 000 commerçants que compte Palerme, une chose est sûre : les deux organisations ne sont pas prêtes de manquer de travail. • traduit de l’italien par Cyril Bérard


Europe | 7 SERBIE

| par Marc Botte

Parlez-vous Voïvodine ? Voïvodine, nord de la Serbie. Dans cette région frontalière avec la Hongrie, on peut avoir 25 ans, être autochtone, et ne pas parler un traître mot de serbe, la langue du pays.

À

l’heure où la Serbie craint de perdre grandi dans la région et ne pas parler le Kosovo, la Voïvodine, région du un mot de serbe. Pas un seul mot ? « Je nord du pays, se distingue elle aussi connais quelqu’un dont l’amie est Honpar le jeu des minorités : pas moins de groise, explique Nataša, une étudiante 25 groupes ethniques sont recensés dans serbe. Elle ne parle pas serbe. Difficile de cette région. À Subotica, quatrième ville communiquer. Du coup, je vois beaucoup du pays derrière moins mon amie…» Belgrade, les Hon- « Une formation dans la langue maL’écrivain roumain ternelle des minorités garantit une grois représentent Emil Cioran disait : éducation plus cohérente. » 35% de la popula- Slobodan Camprag, directeur d’un lycée multilingue . « On n’habite pas tion, contre 25% un pays, on habite de Serbes. Même le maire est hongrois. une langue. » En Voïvodine, la maxime Parmi les langues officielles de ce puzzle, prend tout son sens. on compte le serbe, le hongrois, le slova- À Subotica, deux populations cohabique, le roumain ou encore le ruthène. tent dans cette fracture linguistique. Elles évoluent dans des cercles d’amis différents, des emplois différents. Les « On habite une langue » En Voïvodine, on peut avoir 25 ans, garderies et les administrations sont être diplômé de l’université locale, avoir devenues des sortes de chasses gardées

SLOVAQUIE

| par Marek Hrusovsky

pour les Hongrois. Ici, tout est en serbe, soit en alphabet latin soit en cyrillique, le tout traduit en hongrois. Un vrai casse-tête pour le non-initié ! Quand le croate s’en mêle Respect des minorités ou communautarisme ? Pour Slobodan Camprag, directeur du lycée multilingue Svetozar Markovic, « garantir une éducation dans la langue maternelle des minorités permet d’assurer à chacun une éducation cohérente. Pour les Hongrois, tout est disponible dans leur langue, de la garderie à l’université ». Olga Jankovic, professeur d’anglais, se

souvient : « Avant, le service militaire faisait que tous les hommes parlaient serbe. Avec le service civil, ce n’est plus le cas. » Chacun peut rester dans son village d’origine, où l’homogénéité linguistique est très forte. Depuis septembre 2007, le lycée de Slobodan Camprag dispense ses cours dans une troisième langue : le croate, 6ème langue officielle du pays. Une subtilité de plus qui pose des questions sur la volonté d’unir la population locale, alors que le désir d’indépendance de la région est grandissant. Qu’il est loin, le fantasme de l’esperanto, en Voïvodine, Serbie. •

L’Histoire slovaque à la mode Schengen Le 21 décembre, les pays d’Europe centrale et orientale qui ont rejoint l’UE en 2004 entreront dans l’espace Schengen. La Slovaquie est appelée à devenir la nouvelle frontière orientale de cette zone de libre circulation.

D

epuis un an, le gouvernement slovaque n’a plus qu’une idée en tête : l’entrée du pays dans l’espace Schengen. À tel point que “Schengen” est devenu une formule magique aux oreilles des électeurs, qui attendent avec impatience la répétition de l’Histoire, avec la disparition des frontières artificielles nées en 1918 lors de la partition de l’Empire austro-hongrois. Signe fort : la Slovaquie vient d’achever la construction de l’autoroute qui relie désormais Bratislava à Vienne. Et mi-novembre, le pays a scellé avec la Hongrie un accord sur la construction de deux ponts au-dessus de la rivière Ipel, au centre de la Slovaquie. Pourtant, les relations des deux pays ne sont pas au beau fixe. Les tensions sont régulières, surtout pour des questions concernant la minorité slovaque de Hongrie et la minorité hongroise vivant en Slovaquie. « Un nouveau rideau de fer » À la frontière avec la République Tchèque, on se réjouit du rapprochement avec la Slovaquie. Les deux pays s’étaient séparés en 1993. « Les Slovaques et les Tchèques sont comme des frères », expliquent les habitants de la région du triangle Slovaquie-République Tchèque-Pologne. « Les Polonais pourront venir ici pour acheter et vendre toutes sortes de biens. Et nous pourrons aussi commercer là-bas. » Dans la région, on attend également une amélioration du trafic touristique, notam-

ment dans le Haut Tatras, la partie la plus élevée de la chaîne des Carpates, au nord-est de la Slovaquie. « Nous sommes heureux de pouvoir aller librement en Hongrie ou en Pologne, expliquent les Ruthènes de l’Est, qui habitent dans les Carpates. Mais juste derrière nous se bâtit un nouveau rideau de fer, au-delà duquel les fonds européens n’arrivent pas. Pourtant, des membres de nos familles vivent juste de l’autre côté de la frontière. » À quelques kilomètres de là : la Ruthénie subcarpatique, partie intégrante de l’Ukraine. Une région qui, au fil des siècles, est passée de la Hongrie à la Tchécoslovaquie, puis finalement à l’Ukraine. Immigration illégale « Abolissons aussi cette frontière, poursuivent certains Ruthènes. La région est beaucoup plus sûre qu’avant. Les criminels ne sont plus aussi puissants qu’il y a quelques années. La police a construit un nouveau centre d’asile et a édifié de nouveaux bâtiments. Nous savons que tout cela provient des fonds européens. » Avant de tempérer : « Mais il n’y a pas de travail pour nos enfants ici. » Une chose est sûre : la Slovaquie et la Pologne seront sans doute confrontées à un nouveau problème : l’immigration illégale provenant de l’Est. Les Roumains et les Bulgares ne sont pour l’instant pas intégrés à l’espace Schengen, et voient donc le déplacement de leurs ressortissants limité. •


8 | Terre à terre BELGIQUE

| par Jonas Roland

Rest in natural peace

Après les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, la Belgique propose, via la société Arteus-Europa, des cercueils biodégradables en fibre de cellulose.

O

n estime la production mondiale quotidienne de cercueils à 360 000 unités, et puisque ceux-ci nécessitent un arbre par unité, ce ne sont pas moins de 31 536 km² par an de forêt qui sont détruits. Pour chaque vie perdue, un arbre est abattu. Un parallélisme probablement

POLOGNE

en phase avec notre société consumériste et encore bien peu écologique, comme s’il fallait marquer la nature au fer rouge pour chaque humain disparu. De ce constat, un nouveau type d’approche se pose : des entreprises proposant des cercueils écologiques, biodégradables, font leur apparition. En acceptant le retour du corps à la nature, il s’agit finalement de considérer la mort comme une étape de la vie. Au Royaume-Uni et en Australie, « des cérémonies funéraires alternatives, se déroulant dans des parcs funéraires, et où les défunts sont représentés par des arbres que l’on plante, plutôt que par des pierres tombales, se pratiquent

| par Katia Vandenborre

Ecotourisme en classe business À en croire le nouveau gouvernement polonais, l’écotourisme est une manne financière. Destination de plus en plus cotée, l’environnement a peut-être lui aussi quelque chose à y gagner.

P

etite pause dans les gorges de Paklenica, rencontre avec les bisons de Bialowieska, promenade dans le Parc national de Roztoczanski : voilà le programme qui attend les écotouristes en Pologne. Cette mode de retour à la nature à l’heure urbaine est un phénomène de plus en plus répandu. Le nouveau gouvernement polonais espère bien en tirer profit. « L’environnement ? Ça doit rapporter, d’après Maciej Nowicki, le ministre polonais de l’Environnement. Nous devons le protéger. C’est un atout pour attirer toute une masse d’écotouristes. » De quoi s’interroger sur les projets “écologiques” du gouvernement de Donald Tusk. Le nouveau Premier ministre se fait le fervent défenseur de l’environnement et de l’écotourisme. Respect ou exploitation ? L’écotourisme ne serait qu’un business basé sur l’exploitation de la nature ? Or, qui dit exploitation, dit dégradation. Rafal Muszczynko, militant écolo de Mazovie Verte et étudiant en gestion de l’espace, est plutôt optimiste : « L’écotourisme implique de préserver la nature. L’écotouriste vient pour voir la nature et s’attend à voir les mêmes paysages s’il revient un an après. En fait, tout est entre les mains des autochtones. Or, beaucoup d’entre eux ont le sens du respect de la nature. » Pour Ewa Chorzelska, militante WWF, « l’écotourisme menace moins les animaux que les autres formes de tourisme. C’est même un bon moyen pour les connaître et apprendre à les respecter ». Respect de la nature et prise de conscience écologique : l’écotourisme a de précieux atouts. Sans compter que la Pologne peut miser sur l’écotourisme pour

relancer son activité économique. « Avant, les gens n’auraient jamais pensé gagner leur vie ainsi. Ils trouvaient normal d’accueillir gratuitement les voyageurs chez eux », explique Rafal Muszczynko. C’est ainsi que l’écotourisme a par exemple changé la vie de Barbara et Kazimierz Jochymkowie, propriétaires d’Eko-Tourist Farm à Bukówka, dans les Sudètes. Ils ont laissé tomber travail et banlieue bétonnée pour se lancer dans l’écotourisme grâce aux fonds de l’Union européenne : « L’écotourisme : une chance pour nous et pour notre Terre. » « Pas sans encadrement » Cependant, la prudence s’impose. Certains professionnels du tourisme craignent qu’un développement chaotique de l’écotourisme entraîne un danger pour l’environnement. « Ecotourisme, d’accord. Mais pas sans encadrement », prévient une employée de l’Office du tourisme de Varsovie. Dans l’idéal, il faudrait que l’écotourisme se développe en accord avec Natura 2000, l’un des programmes européens de protection de l’environnement. •

Cdriiik

de plus en plus régulièrement », indique Pierre Sylvestre, un des fondateurs de la société. Fumer les maïs par les racines La firme Arteus-Europa propose depuis 2004 plusieurs produits en accord avec ces idées. Ainsi, on peut trouver des cercueils en fibre de cellulose (matériau biodégradable réalisé à partir de papier, de fibres de bois, de chiffon et de carton), mais aussi des urnes funéraires fabriquées à partir de maïs : « La fibre de cellulose (…) permet toutes les formes et toutes les couleurs : du vert au bleu, en passant par le rougeorange. Ces cercueils correspondent aux normes en vigueur dans la profession. Ils respectent les recommandations de la Fédération des entreprises de pompes funèbres et peuvent être utilisés pour la crémation et l’inhumation », précise

ESPAGNE

monsieur Sylvestre. Si certains sont convaincus, on peut évidemment constater une certaine réticence dans les mentalités, principalement du côté des entreprises de pompes funèbres. Les cercueils écolos sont moins chers que les traditionnels, et la dimension économique y est sûrement pour beaucoup dans ces circonspections. Espérons une longue vie (façon de parler) à cette alternative funéraire qui fera certainement encore des émules. •

| par Iris Sánchez

Séville : une ville au régime solaire

L’énergie de l’astre solaire, déterminante dans la production d’énergies naturelles. Au sud de l’Espagne on commence déjà à construire de quoi produire une énergie saine, autant qu’indispensable.

À

Sanlucar (ville andalouse), et Séville, c’est l’heure de la révolution écologique. Le site jonché d’oliviers et des collines désertes des mines du Boliden abritera en 2013 la plus grande plateforme solaire du monde. Elle permettra de produire 300MW d’électricité, et couvrira la consommation de 180 000 foyers, soit l’équivalent de la population de Séville, afin d’éviter l’émission de 600 000 tonnes de CO2 par an dans l’atmosphère. Les écologistes et les scientifiques du monde entier ont en effet les yeux rivés sur cette gigantesque plateforme solaire de 800 hectares, construite sur le site d’une ancienne ferme agricole appelée Casaquameda. Au départ, cette révolution écologique part du projet PS10, une centrale solaire de 115 mètres de haut, produisant 11 MW, et censée générer de l’énergie renouvelable propre. Ce projet co-financé par la Commission Européenne et le gouvernement espagnol (pour un coût total de 1200 millions d’euros) sera la première tour centrale d’énergie solaire thermoélectrique construite dans le monde.

Elle place Solucar, tête d’affiche du groupe solaire d’Abengoa, et l’Espagne, à la pointe de l’avant-gardisme technologique solaire.

Pour quelques mégawatts de plus Cette énorme plateforme solaire est pour le moment composée de trois centres. Le premier, appelé PS10, est composé de 624 panneaux solaires de 120 mètres carrés, orientés automatiquement en fonction du soleil, et surplombés d’une tour de 115 mètres de haut. Le rayonnement solaire se concentre sur le récepteur de la partie supérieure de la tour, et celui-ci profite de l’énergie pour produire de la vapeur d’eau transformée en énergie électrique. La centrale Sevilla PV, elle, est une installation photovoltaïque de 1,2 MW, composée de 154 panneaux solaires en silicium, qui produisent de l’électricité grâce au soleil. Le troisième centre “PS2O” est actuellement en phase de construction. C’est une tour centrale thermoélectrique de 20 MW, identique au projet PS10, et équipée d’une zone de démonstration de collecteurs cylindro-paraboliques, dont la technologie va être utilisée dans les centrales Solnova 1 et 3. Le début de sa construction est prévu pour avril. Les prochaines centrales de la plateforme de Sanlucar vont se construire pendant les six prochaines années avant de devenir un macro projet. Casaquameda s’est d’ores et déjà convertie en un lieu de pèlerinage et de réflexion pour la protection de la couche d’ozone et l’orientation des politiques environnementales à venir. • traduit de l’espagnol par Alexis Lebrat


Culture | 9 BELGIQUE

| par Jonas Roland

Voyage au bout de la capitale Microcosme sociétal, la très bruxelloise rue Antoine-Dansaert concentre toutes les tensions, tous les clivages modernes : urbanistiques, politiques, économiques, sociaux.

R

ue Antoine-Dansaert, cen- que. Quelques pas plus tard, tre-ville de Bruxelles, ses on croise les premiers snacks grandes artères et méditerranéens, en laisLe canal ses magasins chics, ses sépare sant derrière nous les bâtiments Art-nouveau, clairement derniers bars branchés, ses touristes asiatiques deux villes, on tombe sur le canal. et ses drapeaux belges rarement en Barrière géographique d’époque. Quelques mè- résonance, de circonstance, le canal tres plus loin, c’est le do- qui pourtant sépare clairement deux maine de la mode, très à se côtoient villes, rarement en résoet s’obserla mode, flamande : tous nance, qui pourtant se vent. les noms de magasins côtoient et s’observent. ont des consonances néerlan- Même s’il ne prend pas plus de daises, et aucun jeune n’y circule dix minutes à pied, le trajet du sans coiffure déconstruite et centre-ville à Molenbeek (une vêtements faussement négli- commune bruxelloise) via la rue gés. Intérieurs très lounges et Antoine-Dansaert, est une expélumières tamisées. rience très dépaysante, qui nous fait voyager dans des paysages Les deux visages et des faunes très différents. de Bruxelles Caractéristique d’une certaine Une pancarte délabrée de évolution urbaine, la rue est un l’Armée du salut, placée avec chemin entre deux visages de humour au-dessus d’une ban- la capitale belge, radicalement

antagonistes. Bruxelles, contrairement à d’autres agglomérations, a toujours eu un centreville relativement populaire, les plus riches préférant la périphérie. Un canal entre bobos et prolos Néanmoins, depuis la fin des ann��es 80 surtout, une gentrification intense (de gentry,

Sa vie est juste un simple jeu |

petite noblesse en anglais ; désigne l’évolution sociologique et sociale d’un quartier au profit d’une couche sociale supérieure) se déroule dans ce centre-ville, notamment grâce aux eurocrates et aux jeunes disposant d’un patrimoine familial important, attirés par le rapport qualité-prix très intéressant et par la proximité des poumons culturels et économiques de la

capitale. De fait, les prix des quartiers historiques augmentent, et leurs habitants n’ont d’autre choix que de migrer, petit à petit, vers des communes moins chères. Cet ailleurs est ici, derrière l’eau du canal, dans l’une des communes les plus pauvres du pays, Molenbeek. Derrière l’eau d’un canal que les touristes ne franchissent jamais. •

par Mathieu Herry

Quand Nele Karajlic, le leader du No Smoking Orchestra, ouvre sa loge strasbourgeoise, ça cause nomadisme, musique... et politique, avec Emir Kusturica en guest star.

S

ur les affiches du groupe, c’est le nom d’Emir Kusturica qui apparaît en gras. Mais le leader du No Smoking Orchestra, c’est bien lui : Nele Karajlić. Mi-novembre, à Strasbourg, la salle du Rhénus ne s’y trompe pas. C’est lui qu’elle acclame quand il entre sur scène en trombe, costume blanc sur maillot de football. Un peu plus tôt, dans les loges, celui que Kusturica annonce comme “Docteur Nele” explique : « J’ai créé ce groupe il y a deux cents ans et aujourd’hui, j’écris et je chante. Mais surtout, je me marre en faisant le tour du monde ». L’aventure a en fait commencé dans les années 80, à Sarajevo, dans ce qui était encore la République de Yougoslavie. Le groupe, qui s’appelle alors Zabranjeno pušenje (« Interdit de fumer »), fait partie d’une scène qui mêle rock garage et influences traditionnelles. 1991,

est sans conteste la principale source du punk tzigane du No Smoking Orchestra. Mais le style ne ressemble à rien d’autre. « Nous l’avons appelé le Unza Unza, quand nous avons commencé notre aventure mondiale la guerre. Les membres sont en 1999. » Une étiquette collée à séparés. Le groupe se reforme contrecœur. « Je n’aime pas ces autour d’un noyau serbe et bos- noms donnés à la musique. La niaque, à Zagreb. De son côté, musique est la même partout. Nele Karajlic fonde un nouveau C’est l’industrie qui a créé ces groupe, le No Smoking Orches- titres pour vendre des disques tra, à Belgrade. Mais quand il dit plus facilement. » « mon pays », c’est toujours pour Quand on lui parle de la cendésigner sure qu’il l’ex-You- « Vous ne pouvez pas vivre dans la a connue goslavie région des Balkans sans être prêt à l’époque dans son à bouger. Tous les 50 ans il y a une de la Youguerre. » ensemble. goslavie Nele Karajlic, leader du No Smoking Orchestra commuLe nomade du Unza Unza niste, Docteur Nele sourit. « Ce D e s o n v r a i n o m N e n a d n’est pas le genre de censure Janković, né à Belgrade en 1962, auquel vous pensez. Pas de cenNele accepte en plaisantant la sure d’Etat comme en URSS, définition de nomade : « Vous mais un système dans lequel ne pouvez pas vivre dans la ré- les labels de musique savaient gion des Balkans sans être prêt comment faire pression pour à bouger. Parce que tous les 40 changer les paroles des chanou 50 ans, il y a une guerre. Il sons. Aujourd’hui, c’est le confaut toujours avoir sa valise traire. Surtout dans mon pays prête... » qui a explosé dans ces changeL’influence des nomades des ments disons démocratiques. Balkans, qui « transportent On peut dire ce qu’on veut mais leur musique de pays en pays », je ne suis pas sûr que ce soit

Laureline

beaucoup mieux. Finalement c’est presque pareil. Le système incite les gens à ne pas penser à certains sujets. » Politique au pied du Parlement Cette énième réflexion politique de l’avant-concert est le moment choisi par Emir Kusturica pour passer la tête dans l’encadrement de la porte de la loge. « Our director (notre réalisateur) », dira Nele sur scène. Les deux hommes se vannent, sur la politique en particulier. « Il y a un Parlement à deux pas d’ici, tu n’as qu’à aller y parler politique »,

lance Nele à son ami Emir. Une scène digne de Super 8 stories, le documentaire de Kusturica sur la tournée du No Smoking Orchestra. « Il est l’heure de rentrer à l’hôtel », lâche le réalisateur serbe, alors que la discussion part un peu dans tous les sens et que les notes commencent à monter des autres loges. L’heure d’aller troquer les sweat-shirts Life is a miracle (le dernier film de Kusturica) pour les vêtements de scène. Nele le chantera quelques heures plus tard : pour le No Smoking Orchestra, la vie n’est pas un miracle, elle est « juste un simple jeu ». •


10 | Reportage Photo

Naufrage diplomatique en Crimée. texte Olena Kucheryava | photos Igor Alkhimovitch.

Article 17 de la Constitution d’Ukraine: « Sur le territoire ukrainien le placement des bases militaires étrangères est interdit ». Pourtant, la flotte militaire russe demeure toujours en Crimée. Bien que le terme du bail se termine en 2017 les russes n’ont pas l’air prêts à partir. La position géographique de la côte russe en Mer Noire est défavorable au placement de la flotte militaire. Il faut ajouter que les ports russes sont surchargés, et que le déplacement de la flotte russe de Crimée toucherait une grande partie de l’exportation du pétrole de l’Asie vers l’Europe, un handicap pour l’économie russe. Après quelques 30 années d’exploitation de la plupart des navires russes, leur état devient critique. L’ouragan sur la Mer Noire, à cause duquel les navires marchands russes ont déversé des quantités importantes de souffre, en est un exemple. Paolo Kochta, Le président du Comité sur les questions du transport et du tourisme du Parlement européen a fait remarquer que les Etats-membres de la CE doivent assumer la responsabilité des navires qui dépendent de leurs drapeaux, et qu’il faut poursuivre ceux qui n’ont pas respecté ces mesures de sécurité. Rappelons que le 11 novembre 2007 l’ouragan avait défait une dizaine de bateaux dans le détroit de Kertch en Mer Noire. Selon les dernières données, 12 bateaux auraient été touchés, dont 4 coulés (trois cargos russe - Kovel’, Volnogorsk et Nakhichevane, et un géorgien – Khatch-Izmaïl), 6 bateaux rejetés sur le banc de sable, deux péniches russes, le robinet maritime à Sébastopol et trois cargos (deux turcs et un ukrainien). En 2003, les russes ont entrepris la construction d’une digue reliant la presqu’île de Tamane à l’île ukrainienne de Touzla, ce qui a été considéré comme une atteinte au territoire ukrainien. Après une importante dispute diplomatique la Russie s’est résignée à la construction de cette digue. Mais depuis peu la reprise des travaux est annoncée, sous prétexte d’empêcher la tache pétrolière de se propager sur la mer d’Azov. La politique n’est pas un long fleuve tranquille.


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Dos-

Dossier

Les nouveaux visages du féminisme européen 51

À quoi sert encore le féminisme en Europe ? Loin des clivages traditionnels, on compte presque autant de mouvements féministes que de femmes. Car chaque pays à sa propre législation en la matière. Une situation que “Choisir la cause des femmes”, l’association féministe de Gisèle Halimi souhaite voir évoluer. En 2006, elle s’est lancée dans un grand projet : la clause de l’Européenne la plus favorisée.

S

on nom rappelle la clause de la nation la plus favorisée. Un vieux principe commercial qui veut que les avantages accordés à un partenaire doivent être également accordés à tous les autres. Mais la clause de l’Européenne ressemble plus à un manifeste qu’à du commerce. L’idée de cette clause ? Comparer ce qui se fait de mieux pour les femmes dans les législations des 27 Etats de l’Union européenne et l’offrir à toutes les Européennes. En décembre 2004, l’Espagne a adopté une loi-cadre contre les violences faites aux femmes qui associe plusieurs ministères et englobe prévention, protection et punition. « Pourquoi ne pas généraliser ce type de loi au niveau européen ? », demandent les féministes de l’association “Choisir”. Elles sont une dizaine de bénévoles –juristes, professeurs, avocates, cadres dans le

privé– à éplucher depuis un an crit dans les traités, il faut qu’il les législations nationales des fonctionne d’abord et soit déjà pays membres afin d’en extraire passé dans les mœurs. » le meilleur pour les femmes, dans cinq domaines : choix de donner Le « non » a été un électrola vie, droit de la famille, violen- choc ces faites aux femmes, travail et Outre l’Espagne et sa loi contre représentation politique. la violence, la Suède, éternelle « Nous nous fondons sur du droit bonne élève en la matière, fourqui existe déjà : dans tel pays, les nit sa loi contre la prostitution femmes ont ça, nous voulons la qui pénalise le client ainsi que même chose », résume Violaine son congé parental obligatoireLucas, coordinatrice du “Nous nous ment alterné entre le père projet et professeur de fndons sur et la mère. « La Suède et français dans un lycée de du droit qui les pays nordiques ont Saint-Nazaire. existe déjà : mis en place énorméLa démarche est loin d’être dans tel pays, ment de choses positives nouvelle : « Beaucoup de les femmes mais nous trouvons des lois européennes sont ins- ont ça, nous avancées dans chaque voulons la pirées de cas nationaux, pays, nuance Violaine même chose” la création ex-nihilo au Lucas. La législation de niveau du Parlement européen la Lituanie sur le harcèlement n’existe pas », explique Véroni- sexuel, par exemple, est la seule que de Keyser, députée d’origine qui punisse le harcèlement sur belge du Parti socialiste européen. le lieu de travail mais égale« Pour qu’un changement soit ins- ment en dehors des relations de travail. » La clause de l’Européenne la plus favorisée trottait dans la tête de Gisèle Halimi depuis une vingtaine d’années. Et puis l’avocate a été prise par d’autres combats dont la lutte pour l’introduction de la parité dans la loi électorale française. En 2005, le « non » français au referendum sur le projet de Constitution européenne sonne comme un électrochoc. « Les Français avaient une vision très négative de l’Europe, comme la cause de leurs malheurs sociaux et économiques, explique Violaine

Lucas. Or si la base, les femmes, tout en ce qui concerne la justice s’emparent du droit, ce dont et la sécurité. Ce qui ne constielles bénéficieront aujourd’hui tue pas un obstacle aux yeux de profitera à l’Europe tout entière Gisèle Halimi qui a défendu la demain. » clause lors d’une audition publiCalqué sur le calendrier de la que au Parlement européen, le feuille de route de la Commis- 28 novembre dernier : « Les dision européenne (2006verses compétences sont 2010), le projet devrait “Pourquoi toujours pragmatiques, d’abord se concrétiser le droit de jurisprudentielles, en choisir de par un ouvrage prévu donner la vie constante évolution. » pour le printemps 2008. ne devien« Il ne s’agit que d’une « Nous souhaitons que drait-il pas proposition, rappelle la clause devienne une une exigence l’avocate, il faut que les référence juridique et se à l’entrée femmes s’approprient ce diffuse au gré des chan- dans l’UE, au texte : il doit être soumis gements politiques, indi- même titre à réflexion. » Plusieurs que Violaine Lucas. Au que l’abolition intervenantes se sont en de la peine de Portugal, la légalisation mort?” effet interrogées sur les de l’avortement, encore critères employés pour inenvisageable il y a deux ans, a définir la meilleure loi euroété votée cet été grâce à l’arrivée péenne. Sur des sujets essenau pouvoir de Jose Socrates. tiels comme le congé parental, Pourquoi le droit de choisir de plusieurs avis s’affrontent au donner la vie ne deviendrait-il sein même des rangs féminispas une exigence à l’entrée dans tes, et qui semblent aujourd’hui l’Union européenne, au même inconciliables. titre que l’abolition de la peine La démarche est-elle réaliste ? de mort ? » « Ce qui est réaliste, c’est ce qui est voulu politiquement. Je sais Définir la meilleure loi que la volonté politique n’appaeuropéenne raît jamais spontanément, elle Sur la forme, les féministes a besoin d’un soutien », répond imaginent une intégration de Véronique de Keyser. Le projet, la clause à la Charte des droits inapplicable en l’état, entre donc fondamentaux, du style « Les clairement dans une phase de États membres sont appelés lobbying. D’abord convaincre à appliquer les meilleures lois les parlements nationaux de concernant les femmes » ou une l’intérêt de la clause puis « la directive. Problème : la législa- faire fonctionner, voir ce que tion pour l’égalité entre hommes ça soulève ». • et femmes reste en grande partie Louise Fessard, Strasbourg de la compétence des États, surJons Roland, Bruxelles

Gisèle Halimi, l’avocate féministe

Avocate, écrivaine, présidente du mouvement “Choisir la cause des femmes”, les casquettes de Gisèle Halimi sont multiples.

A

près des études de droit et de philosophie à la Sorbonne, Gisèle Halimi s’inscrit au barreau de Tunis en 1949. Sept ans plus tard, sa défense du FLN algérien la mettra pour la première fois sur le devant de la scène. Elle devient très rapidement l’avocate de personnalités comme Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir ou Françoise Sagan. C’est justement avec Simone de Beauvoir qu’elle fonde, en 1971, le mouvement féministe “Choisir”. Avec celui-ci, elle s’engage en faveur de la dépénalisation de l’avortement et pour une contraception libre dès 1972. C’est l’année du procès de Bobigny. Une jeune fille qui

avait avorté après un viol et quatre femmes majeures sont jugées pour complicité ou pratique de l’avortement. Le procès, dont la défense est assurée par Gisèle Halimi, connaît un énorme retentissement. En 1981, elle est élue députée et s’engage, au cours de son mandat, contre des sujets aussi différents que la peine de mort, les mères porteuses ou la prolifération des centrales nucléaires. Elle dépose également une dizaine de propositions de lois en faveur des femmes. Dans les années 80 et 90, elle occupe des fonctions d’ambassadrice auprès de l’ONU et de l’Unesco. Aujourd’hui, à 80 ans, Gisèle Halimi préside toujours le mouvement “Choisir”. •


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Dossier ROUMANIE

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| rencontre avec Mihaela Miroiu

“En Roumanie, les femmes sont passées du Mayflower au Titanic” Mihalea Miroui, fondatrice du mouvement féministe en Roumanie, enseigne les sciences politiques à Bucarest. Elle a initié plusieurs programmes d’études doctorales orientés vers le féminisme.

« 87% des femmes présentes dans les médias le sont en tant que top models ou stars. » Les communistes ont tué le mouvement féministe fort que nous avions dans les années 40, combattu comme “déviance bourgeoise”. Puis, après 1989, le féminisme n’était vraiment pas la priorité dans les agendas public et politique. Il fallait d’abord installer la démocratie et mettre en place le capitalisme.

POLOGNE

Est-ce que le communisme n’a pas aussi eu des effets positifs sur le rapport des femmes au travail ? Il est vrai que les femmes qui ont connu cette période sont très attachées à leur indépendance financière et font tout pour la conserver. Mais la nouvelle génération a perdu cette culture. Les médias véhiculent le “modèle Barbie” auprès des jeunes : 87% des femmes présentes dans les médias le sont en tant que top models, stars et maîtresses ou femmes de quelqu’un d’important. Seuls 5% le sont en tant qu’étudiantes ou représentantes d’une profession. Le message véhiculé est que la réussite, pour une femme, se réduit à trouver un mari riche. Pensez-vous que 1989 a été un rendez-vous manqué pour la cause féministe ? Les femmes ont été les principales victimes des privatisations des années 90. Les secteurs

Amandine

Journal Europa : Quels doivent être, selon vous, les combats prioritaires des féministes roumaines ? Mihaela Miroiu : Le féminisme roumain est porté par la société civile et par les universitaires, mais pour le moment, la notion de “combat” féministe n’est pas à l’ordre du jour. Les femmes luttent avant tout pour survivre et l’heure n’est pas à la mise en place d’un mouvement organisé.

parmi les 300 plus grosses fortunes du pays. Parallèlement, les femmes sont bien présentes dans les chiffres de la pauvreté. Les hommes ont privatisé la Roumanie à leur profit.

Mihaela Miroiu

dans lesquels elles travaillaient comme le textile, l’agro-alimentaire, les services et le commerce ont été les premiers privatisés. Elles ont donc été les premières touchées par le chômage sans bénéficier des aides et compensations financières qu’ont eues les hommes employés, par exemple, dans l’industrie lourde. Beaucoup se sont alors retrouvées sur le marché du travail au noir, privées de tout droit et de toute protection sociale. Je parle souvent du passage du Mayflower au Titanic : alors que nous étions tous égaux, aujourd’hui on ne compte que 6 femmes

Comment voyez-vous l’avenir ? Je suis malgré tout très optimiste : la société évolue vite, notamment sous l’influence des Roumains qui ont vécu à l’étranger. Ainsi, s’il y a 7 ans, 73% des Roumains se disaient hostiles à l’idée d’être dirigés par une femme politique, ils ne sont plus aujourd’hui “que” 47%. • Propos recueillis par Guilaine Trossat

| par Alice Legras et Thibault Deleixhe

Malgré les 0,28% des voix qu’il a obtenus aux dernières élections législatives polonaises, le Parti des femmes s’est imposé dans les débats politiques. Au grand dam de certains courants féministes.

P

ourquoi un parti des femmes ? Et pas un parti des enfants ? Des étudiants ? Ou encore des amis de la bière ? » Piotr, 35 ans, n’a sûrement pas voté pour le Parti des femmes lors des élections législatives en octobre dernier. Wittoria, rencontrée sur un forum de discussion, non plus. Le Parti des femmes ? « C’est du folklore, seulement du folklore ! » Wittoria et Piotr ne sont pas des cas isolés : le parti n’a recueilli que 0,28% des voix. Son ancrage dans le jeu politique est donc pour l’instant très fragile. Mais l’enthousiasme de sa création en février 2007 reste impressionnant. En quelques mois, pas moins de 500 comités locaux ont été créés à travers le pays. « Ce sont des garçonnes » À l’origine de cette formation politique : Manuela Gretkowska, écrivaine et essayiste polonaise,

Droit et Justice (PiS), devant les caméras de la télévision publique en novembre 2006. Une déclaration de trop pour les femmes à l’origine du parti.

Motus sur l’IVG Si le résultat des urnes n’a pas été concluant, il ne faudrait pas auteur d’une demi-douzaine de négliger l’importance qu’a eue livres rendus célèbres pour leur la création de ce parti dans la parfum de scandale et leur accent lutte des féministes polonaises. féministe. Dans les colonnes du Malgré sa marginalisation au moment du vote, le « Vous savez, le femmes ici au Parlement, ce sont plutôt des garçonnes. » Parti des femmes a Jacek Kurski, membre du PiS, parti des frères Kaczynski. permis de maintenir la problématique de la magazine Przekrój, hebdomadaire discrimination des femmes en Posatirique de gauche, elle invitait logne au cœur du débat politique toutes les Polonaises à fonder leur pendant la campagne. Ce nouvel propre formation politique. Pour élan donne espoir aux Polonais. accomplir quelle mission ? Les « Le parti a sa raison d’être. S’il femmes doivent défendre leurs a eu un mauvais résultat aux intérêts en tant que jeunes filles, élections, c’est simplement parce épouses ou mères. qu’elles se sont réveillées trop Une idée qui a germé après les dif- tard », déclare Wladyslaw, 75 férentes déclarations des hommes ans. « Il y a une grande force politiques lors des débats agres- cachée dans les femmes. Nous sifs sur le thème de l’avortement. nous en sortirons », affirme avec « Vous savez, les femmes ici au confiance Gosia, 19 ans. Parlement, ce sont plutôt des Reste que le Parti des femmes est garçonnes », expliquait le parle- sévèrement critiqué par certains mentaire Jacek Kurski, membre du courants féministes, qui l’accusent parti des frères jumeaux Kaczynski d’être trop proche du féminisme

Cdriiik

Le parti des jeunes filles, des épouses et des mères catholique et de ne pas se prononcer de façon suffisamment claire et

engagée sur des questions cruciales, comme l’IVG par exemple. •


Dos-

14 | SUÈDE

Dossier

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| par Dévina Azis

La pasionaria des trottoirs Figure de proue du féminisme radical suédois, Petra Östergren oppose le libre-arbitre des travailleuses du sexe à la politique bien-pensante du gouvernement.

L

a Suède fait depuis longtemps figure de modèle en matière de féminisme et de droits des femmes. En 1999, le gouvernement suédois a adopté une loi criminalisant les clients et non pas les prostituées. Une mesure révélatrice : dans le pays, les femmes liées à la prostitution ou à la pornographie sont généralement considérées comme des femmes-objets, soumises à la violence masculine. Du même coup, l’égalité des sexes ne peut être atteinte tant qu’un homme peut avoir l’idée « d’acheter le corps d’une femme ». Le corps, outil de travail Loin des sculpturales et angéliques ingénues de Bergman, Petra Östergren ne l’entend pas de cette oreille. Cette brune à la crinière féline veut briser l’image d’Epinal selon laquelle

«Prostitution d’appartement» Dans son livre intitulé Pornographie, putes et féministes, publié en 2006, Petra donne la parole aux travailleuses du sexe : elles sont fortes, aiment leur travail, ne les femmes sont naïves, réifiées et dominées subissent pas de violence, mais se sendans leurs rapports avec les hommes. Elle tent stigmatisées par la morale sexuelle revendique leur droit à l’autodétermination suédoise. Car sexe et politique ne font pas sexuelle. Et les arguments sont nombreux. bon ménage. Les prostituées se disent victimes de l’attitude adoptée Le sexe est une affaire privée et les La prostitu- par le gouvernement. En effet, rapports sont conclus entre adultes tion devrait consentants. Les femmes sont des être considé- les clients effrayés osent de moins sujets qui ont le droit de choisir leurs rées comme en moins les aborder dans la rue. Elles ne peuvent plus exercer leur partenaires sexuels. Elles sont do- une prestaactivité aussi facilement, et doitées d’une “volonté libre” et peuvent tion de serchoisir de faire l’amour devant une vices et non vent ainsi rejoindre des réseaux caméra ou de se prostituer, c’est-à- comme nune ou aller sur Internet pour trouver dire utiliser leurs corps comme outil domination de des clients. l’homme sur Petra soutient que la loi, censée de travail. Pour la figure de proue du la femme. protéger les prostituées, les disféminisme radical suédois, la prostitution devrait être considérée comme une crimine. La Suède, qui se félicite de la prestation de services, et non comme une diminution de la prostitution de rue, voit en réalité la “prostitution d’appartement” domination de l’homme sur la femme. augmenter fortement. Quant aux femmes

“Les féministes de l’Est ont envie de rejoindre celle des autres pays” Le Forum féministe européen (FFE), créé en 2001 à Amsterdam, veut renouveler le militantisme européen grâce à internet. Les 13 et 15 juin prochain, le FFE organise une rencontre en Pologne. Rencontre avec Joanna Semeniuk, Polonaise de 25 ans, coordinatrice du forum. Journal Europa : Quel est l’objectif du cientes de ce qui se passait réellement derrière Forum féministe européen ? le rideau de fer. Joanna Semeniuk : Nous nous sommes rendues Aujourd’hui une nouvelle génération d’universitaires compte que les organisations féministes euro- et d’étudiants occidentaux s’engage dans un fémipéennes n’avaient pas revu leur agenda nisme post-marxiste et crée une nouvelle depuis une vingtaine d’année. Il existe “Une nouvelle gauche qui a compris les erreurs du passé. un fossé générationnel qu’il faut combler génération Mais pour les féministes qui ont vécu sous en se demandant quels sont les enjeux d’étudiants le soviétisme, il reste difficile d’inscrire leurs d’aujourd’hui pour les femmes : les bio- occidentaux actions dans une perspective socialiste et de s’engagent technologies, l’égalité de salaire... se référer à des écrivains post-marxistes. Le dans un Nous nous intéressons particulièrement à féminisme terrain d’entente théorique entre les deux l’impact des migrations sur les questions post-marxiste féminismes reste à trouver. de genre, aux effets de la montée du néo- et crée une libéralisme sur les droits des migrantes nouvelle Et sur le plan pratique? gauche qui a Dans l’Est, il y a moins de ressources, moins dans leur recherche d’emplois. compris les d’associations féministes et il est beaucoup erreurs du Pour la rencontre de Varsovie, vous plus difficile d’agir. C’est pourquoi les fépassé.” espérez rassembler plus de 500 féministes de l’Est ont envie de joindre leurs ministes européennes, quelles sont les forces avec celles d’autres pays. Quand on parle différences entre cultures féministes de d’Est, il faut distinguer les ONG des nouveaux l’ouest et de l’est? pays membres de l’Union européenne et celles La première différence est théorique. Pour les fem- du reste de la région. Les premières bénéficient mes élevées sous le système soviétique, le point de de meilleures conditions économiques et d’une départ était le postulat marxiste de l’égalité entre situation politique plus stable. Organiser cette hommes et femmes. En clair : hommes et femmes conférence en Pologne, un pays qui traditionnelleétaient également oppressés par le système. ment a toujours servi de lien entre l’Est et l’Ouest, Au contraire, la base du féminisme occidental est est un moyen de faire dialoguer les féminismes un combat pour gagner un statut égal à celui des européens. • hommes. Les féministes de l’Europe de l’ouest propos recueillis par étaient attirées par le marxisme sans être consLouise Fessard

qui vendent leurs services sur Internet, elles ne peuvent plus sélectionner leurs clients comme avant. Ainsi, elles sont davantage sujettes aux violences, car la prostitution se fait dans l’ombre. Anticonformiste et engagée, Petra participe au débat sur la pornographie et la prostitution depuis une dizaine d’années. Elle s’attire les foudres d’autres féministes car sa conception de la sexualité ne cadre pas avec les idéaux du féminisme traditionnel. Qu’on l’aime ou qu’on la déteste, une chose est sûre : Petra ne restera pas enfermée dans un moule Ikea. •

“Un brin de mimosa et une peluche” Chaque année le Bélarus célèbre la journée internationale de la lutte pour le droit des femmes. Témoignage d’Aliaksandra Startsava, 23 ans, originaire de Minsk. « La veille du 8 mars, dans mon université, je me vois offrir, à l’instar de toutes les femmes dans toutes les universités, écoles et entreprises, un traditionnel brin de mimosa et une peluche par mes collègues hommes. Le jour de la fête sont diffusés à la radio et à la télévision des vœux d’amour et de bonheur pour “nos chères femmes”. Chaque fils, chaque père et chaque mari se sent obligé de faire un cadeau et en

plus de cela de laver la vaisselle. Et le soir, dans le métro, je vois de nombreuses “chères femmes”, qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour se rendre belles, accompagner leurs maris et leurs copains parfois ivres. Les hommes sont relaxes, ils ont exécuté leur obligation annuelle. Mais pour elles la fête est finie, elles sont déjà concentrées sur les problèmes de demain : travail, enfants, maison. » •


Dos-

Dossier SUÈDE

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| par Jasmiina Laurmaa

Voyez ces seins que je ne saurais cacher

L’affaire des baigneuses aux seins nus dénote par rapport au féminisme normalisé, de mise en Suède. En 2007, le Forum économique mondial a jugé que celle-ci était en tête des pays où il fait bon être une femme.

Louise

U

ne nouvelle campagne féministe intitulée au travail. La parité est au coeur de la législation Bara bröst («Seins nus»/«Juste des seins»), suédoise. La loi de 2003 contre la discrimination s’est formée depuis peu en Suède, par solida- (“lag mot diskriminering”) interdit toute différité envers deux femmes à qui l’on a demandé de renciation tarifaire sur la base du sexe. C’est ainsi quitter la piscine municipale d’Uppsala, que les coiffeurs suédois ont adopté un tarif dans le nord de Stockholm, pour s’y être Les revendica- variable selon la longueur de cheveux du baignées seins nus. Le réseau déplore la tions féminis- client, et non selon que l’on soit une femme “sexualisation” des femmes et revendique tes majeures ou un homme. le droit des femmes d’aller à la piscine torse concernent l’élimination nu, tout comme le font leurs homologues de l’écart des Fini les soutiens-gorge brûlés masculins. « Nous ne voulons pas subir de salaires et du En Suède, pays où la promotion de l’égalité discrimination », écrit Ragnhild Karlsson, harcèlement des genres est omniprésente à la fois dans l’une des deux principales intéressées, sexuel. les médias et dans la politique, il semblerait dans sa lettre au Médiateur pour l’égalité toutefois que le terme “féminisme” se voie des chances. Cette entité devra décider dans les quelque peu normalisé, voire banalisé, désignant jours à venir si elle traitera ou non du cas de ces aujourd’hui la simple volonté d’atteindre la parité baigneuses aux seins nus. entre femmes et hommes. Les revendications “féministes” majeures concernent aujourd’hui l’élimination de l’écart des salaires (qui est de 7%) Parité jusque chez le coiffeur Le Médiateur pour l’égalité des chances est l’une de et du harcèlement sexuel contre les femmes, qui va ces nombreuses institutions, avec le ministère de de la simple remarque à la violence physique. Le l’Intégration et de l’Egalité des chances, qui visent cas des baigneuses aux seins nus est un phénomène à placer les femmes sur un pied d’égalité avec les rare. Le temps des militantes radicales brûlant hommes. Depuis les années 70, les organisations leurs soutiens-gorge est désormais révolu. À force et mouvements féministes, dont les revendica- de se focaliser sur les revendications des femmes tions ont été incluses dans le programme du parti en termes de droits, la Suède ne risque-t-elle pas dirigeant, les Sociaux-démocrates, ont joué un d’en oublier les hommes ? À quand un mouvement rôle prépondérant dans l’accomplissement d’un d’hommes suédois, qui revendiqueraient le droit niveau optimal de parité. En effet, les Suédoises de se maquiller pour aller travailler ? • travaillent aujourd’hui autant que les hommes et tous deux sont également représentés dans le gouvernement. Les deux sexes jouissent du droit à un régime de congés parentaux. Il n’est donc pas rare de voir des pères emmener leur enfant au parc pendant que leurs femmes passent la journée

Kyua

La troisième vague Après l’époque réformiste du XIXe siècle et de la Première Guerre mondiale, la troisième vague féministe en Angleterre vient de la main des blogs et webs spécialisés. Quand le féminisme s’empare du web en Angleterre. Sur The F-Word, films, expos, actualité, santé, tout est vu sous l’oeil du deuxième sexe britannique. Le dernier film de Tarantino “Boulevard de la mort” n’échappe pas au procès en machisme. Selon l’auteur Emma Wood, même si Tarantino, pendant la promotion du film à Liverpool, affirmait que son film “renforçait” les femmes, elles apparaissent en réalité comme “des cibles d’une violence érotisée”. The F-Word permet aussi aux internautes de laisser des commentaires passionnés et poignants. En réaction à un article critiquant le traitement médiatique du viol, Nikky explique qu’elle a été victime de deux viols. Au lieu d’exhorter les femmes à se battre entre elles pour la cause des femmes, elle aurait aimé trouver des conseils concrets pour les victimes. Sur son blog, l’éditeur de The F-Word, Jess Mc Cabe, traite de l’actualité sur un ton souvent ironique, critiquant par exemple une nouvelle chaîne de télévision sportive destinée exclusivement aux hommes.

Les pays nordiques en tête, la France à la traîne D’après un rapport du Forum économique mondial, publié fin novembre 2007, les pays nordiques arrivent en tête de l’indice sur les inégalités entre hommes et femmes. La Suède, la Norvège, la Finlande et l’Islande prennent les quatre premières places. L’indice permet de mesurer l’inégalité entre les sexes, en fonction de l’éducation, des opportunités économiques ou de l’influence politique. Huit des dix premières places du classement sont occupées par des pays européens. L’Allemagne se classe 7ème, le Danemark 8ème, tandis que l’Irlande prend la 9ème place, suivie de près par l’Espagne. La Lettonie (13ème) et la Lituanie (14ème) sont les pays qui ont le plus progressé dans le top 20 depuis 2006. Ils gagnent respectivement six et sept places. En revanche, mauvais point pour la Suisse, qui perd douze places au classement et se retrouve 40ème. La France est 51ème mais a fait, affirme le Forum économique mondial, des avancées considérables en matière d’éducation et de santé. En 2006, l’Hexagone pointait à la 70ème place.

Des revues féministes européennes Comment dit-on un homme-orchestre ou un cameraman pour désigner une femme ? Et quand, à l’inverse, la sage-femme est un individu au sexe pointu, comment la désigner ? Le numéro de novembre de la revue francophone internationale Nouvelles questions féministes se penche sur la question de la place des femmes dans la langue. Vous apprendrez à parler l’épicène (nonsexist writing), un langage sexuellement correct qui remplace « les droits de l’homme » par « les droits humains », ou encore « les électeurs » par « l’électorat ». >>> www2.unil.ch/liege/nqf/index.html Traditionnellement les études de genre (gender studies) sont la chasse gardée des universitaires nord-américaines. Mais depuis 1990, Wise, l’association d’Europe des études féministes internationales, publie les travaux de chercheuses européennes dans sa revue European Journal of Women’s Studies (hé oui c’est en anglais !). Au menu du numéro de novembre et en vrac : des papiers très savants sur le discours nataliste de Poutine, la donation d’ovules en Norvège, et un article révélant que la théorie darwiniste de la sélection naturelle est bel et bien sexiste. >>> http://ejw.sagepub.com

Les inégalités en chiffres >> Les femmes représentent 52 % de la population européenne. >> En Europe, seul un tiers des cadres et un tiers des entrepreneurs sont des femmes. À compétences et travail égaux, les Européennes gagnent 15 % de moins que leurs collègues masculins. >> Elles sont plus touchées par le chômage que les hommes : 9,6% recherchent un emploi contre 7,6 % des hommes. >> Enfin, 55,7% des femmes européennes ont un emploi (l’objectif de Lisbonne est de 60% pour 2010).


16 | Médias BELGIQUE

| par Aurélien Frances

Post-radio : la revanche du son Arte Radio, Silence Radio : des webradios participent à l’évolution lente et discrète de la création sonore. Ou quand le podcast devient une alternative au monopole des stations commerciales.

A

rchipel du Cap-Vert. Oreilles ouvertes, Henri Morelle nous emmène à 20 centimètres d’un orifice dans une roche calcaire poreuse. L’eau s’engouffre. La roche respire (« Succion dans un récif rocheux », silenceradio. org.). La création sonore ne se limite pas à la prise de son brut. Sur Arte Radio, partez « à la campagne » avec Emma Walter (arteradio.com). Après 15 années passées à Paris et en banlieue, toute la famille se met au vert ; nouveaux voisins, nouvelle vie.

INTERNET

Images sonores Arte Radio et Silence Radio : deux sites de création radiophonique, un nouveau rapport au son. Ces diffuseurs proposent de remettre l’éventail de la création sonore à sa juste place. Sur votre écran, des pastilles desquelles s’échappent des images sonores. « Silence Radio est un laboratoire, un bazar, un magasin acoustique qui propose à l’auditeur de nourrir son imaginaire, explique Irvic D’Olivier, cofondateur de Silence Radio. Elle répond aux attentes

de notre société. La radio n’est diophonique) de Bruxelles plus écoutée en famille, mais propose, depuis 1996, un esindividuellement. » pace d’accueil à la création. L’occasion de décréter Structure d’expéri« Le postle “post-radio”. Explicaradio est une mentation sonore, tions : « Le post-radio tentative l’ACSR produit des est une tentative d’ap- d’appréhen- documentaires, préhender de nouvelles der de noureportages, poésies formes de langages, velles formes ou encore fictions. d’expressions sonores de langages, Afin d’assurer une difet de mode de diffusion d’expressions fusion aux réalisateurs, sonores et qui se propagent au-delà et de garder un espace de mode de d’une volonté de contrôle, diffusion. » de liberté, l’ACSR crée en de propagande ou de 2005 Silence Radio : un discours. » S’adressant malgré nouveau souffle dans un paysage lui à un public averti, « le post- audiovisuel défiguré. radiophonique » travaille le son Car l’emprise des radios comdu quotidien. merciales sur la bande FM laisse très peu de place à la création Révolution en micros radiophonique ; elle contraint les dispersés auteurs à trouver une alternative Fondateur de ce courant, l’ACSR au monopole. Le petit monde du (Atelier de création sonore ra- son fait sa révolution en micros

| par Clotilde Tonnerre

Haïr devient un loisir isir «Poule mouillée», «tête de noeud», «crapule»... constituent le langage courant du site web Hatebook. Un défouloir qui fait fureur en Europe.

V

ous connaissiez sans doute Fa- qui regarde cebook, un site internet destiné le profil de à entretenir des liens sociaux, à ses ennemis partager des photos ou des hobbies d ans Hat eavec vos amis. Imaginez sa parodie : book est déelle s’appelle Hatebook. Cette nouvelle noncé et insulté trouvaille, pleine d’ironie et de dérision, de tous les noms, rend, il faut bien l’avouer, la mais en même communication très basique : « contraire- temps incité à le faire ». Car il ment à Face- est bien connu qu’il faut connaître elle permet aux membres de book, celui « haïr gratuitement », c’est- qui regarde le ses ennemis pour pouvoir les haïr. à-dire de se défouler les uns profil de ses Hatebook nous propose aussi une sur les autres sans vraiment se ennemis dans passerelle vers le monde réel, si connaître, tout en cachant, bien Hatebook est par hasard nous avions tout à dénoncé et in- coup envie de rencontrer le susouvent, sa vraie identité. Une fois inscrit en ligne, votre sulté de tous jet ou la cause de notre haine. profil apparaît, sur un fond les noms, La « carte mais en même rouge vif qui se veut diaboli- temps incité d i a b o l i que. On vous invite à choisir les à le faire ». que », un personnes et objets que vous planissouhaiteriez haïr, ainsi que les moyens phère en ligne, pour ce faire : injures, menaces, rendez- permet de sivous maléfiques… À chacun de donner tuer le lieu de libre cours à son imagination et à son résidence des sens de l’humour. Gare à vous, si par personnes insmégarde, vous oubliez votre mot de crites. Et là, on passe de connexion, on vous traitera se rend compte de « sale con ». Alors, le site jouerait- que l’Europe est il sur les vices sadomasochistes des u n c o n t i n e n t internautes ? très hatebookophile, et que Espagne et Italie : les plus friands pays d’ennemis de ce nouveau Ce qui est sûr, c’est que Hatebook cher- concept sont nos che à attiser le voyeurisme de ses mem- amis, ou plutôt bres. Violaine, nouvellement inscrite et nos ennemis, peu convaincue par le concept, souligne d ’ E s p a g n e e t que « contrairement à Facebook, celui d’Italie ! •

INTERNET

dispersés. Irvic D’Olivier : « L’administration belge, par exemple, s’intéresse peu à la création sonore. Il n’y a toujours pas de plan de fréquences sur la bande FM, (répartition équitable des radios selon leur ligne éditoriale, ndlr), le service publique est mou ; ce qui nous oblige à travailler sur d’autres modes de diffusion. » L’écoute à la carte (podcast) reste encore le meilleur moyen de personnaliser l’audience, et de proposer sans rien imposer. •

| par Guillaume Siaudeau

Internaute cherche amis Il ne suffit que de quelques minutes pour apprivoiser facebook et se faire de nouveaux amis. Appel à tous ceux qui se sentent seuls, délaissés, et qui disposent d’un niveau d’anglais sommaire.

A

u x amis d’enfance et autres connaissances professionnelles, il faut maintenant ajouter les amis virtuels. Facebook fait surface depuis quelques temps, s’appuyant sur la vague myspace, et copains d’avant, qui étaient déjà parvenus à conquérir une poignée d’internautes. Son utilisation reste aisée, et quiconque maîtrise les bases de l’anglais peut dès à présent ouvrir son compte et partir à la recherche de nouveaux copains ! Après avoir

choisi un pseudo et un mot de passe, il ne reste plus qu’à chercher d’anciens contacts oubliés, à moins qu’ils ne viennent eux-mêmes faire appel à vos bons souvenirs. En quelques clics le réseau se tisse, et confirme bien que « les amis des amis sont nos amis ». Sur facebook, on peut donner une bourrade virtuelle sur l’épaule d’un pote, lui envoyer un cadeau, ou encore lui laisser un petit commentaire qui le fera sourire après sa rude journée de travail. En quelques sortes, Facebook permet de réaliser bon nombre d’actions de la vie courante, que le plus timide des internautes n’oserait pas faire au même inconnu dans la rue. Des groupes se constituent, qu’ils soient professionnels, associatifs, ou purement ludiques. Aussi, vous pourrez très vite rejoindre des communautés aussi bizarres que celle des “vampires”… Étrange, soit, mais qui n’a jamais rêvé de devenir ami avec Dracula ? L’organisation de la page reste basique et quelque peu déstructurée, et l’on est très vite submergé par les requêtes et sollicitations en tout genre. Facebook reste donc un gigantesque réseau qui relie tous les pays, toutes les classes, toutes les cultures, avec un brin d’humour et de bonne humeur. Pour les réticents, ils pourront toujours se créer un compte sur Hatebook afin d’extérioriser leur colère, ou bien se contenter de leurs amis d’enfance, qui resteront toujours des amis pour la vie ! •


Sport | 17 FINLANDE

| par Saara Marjavaara

Finlandais au volant, champion au tournant Non contents de briller en Formule 1, les “Flying Finns” trustent les premières places du championnat du monde des rallyes. Quel est le secret de cette réussite ?

E

Souvent, les adultes nous disaient de faire attention aux “fous du volant” qui utilisaient les routes de graviers pour assouvir leurs ambitions de pilotes de rallye.

Pierre Malenfant

nfant, quand j’étais en vacances dans l’Est de la Finlande, j’avais peur de traverser les routes étroites, pour aller me baigner dans le lac voisin.

GB

Une majorité de l’élite du rallye mondial est finlandaise. Depuis les années 60, des noms comme Aaltonen, Mäkinen, Mikola, Sundström, Rovanperä et Grönholm occupent régulièrement les premières places du championnat du monde des rallyes. C’est au début de cette période qu’est née l’expression “Flying Finns” (les Finnois volants). Elle a servi de surnom aux nombreuses figures du sport finlandais, particulièrement dans le milieu automobile. Rallye bizness Pour expliquer ce succès, plusieurs théories existent. Certaines sont absurdes, comme celle qui prétend que les Finlandais possèdent un « système de GPS génétique ». Un « sixième sens de pigeons voyageurs » intégré qui expliquerait aussi bien le succès des pilotes finlandais lors des manches nocturnes des rallyes que la faculté qu’ont les pilotes d’avions à faire atterrir leurs appareils dans des

conditions atmosphériques quatrième génération de piloépouvantables. Mais dans le tes et le nombre de champions sport automobile, il y a d’autres est impressionnant. défis à relever que la simple orientation sur le terrain. Idoles en série Hannu Itkonen, professeur de La passion est même inculquée sociologie du sport à l’universi- dès le plus jeune âge. Les paté de Jyväskylä, a une opinion rents finlandais emmènent qualifiée sur le sujet : « Pour leurs enfants à des compétiobtenir des succès dans un tions de mini-voitures, qui sont sport, un certain nombre d’élé- considérées comme un diverments sont indispensables : tissement du week-end. Enfin, des ressources économiques, les médias finlandais assurent des modèles perforlargement la couverture mants, des conditions Les des champions nationaturelles adéquates Finlandais naux. La production de et une tradition exis- possèdent futures idoles des rallyes un « systante autour du sport tème de GPS semble donc assurée. en question. Quand on génétique ». Et puis il y a les routes parle de rallye en Finde graviers, qui représenlande, toutes ces content un tiers des routes ditions sont réunies. » finlandaises. Et où, ailleurs En effet, des ligues pour les que sur ces routes, les pilotes amateurs et leurs voitures auraient-ils pu développer leurs artisanales aux “Finlandais techniques de conduite ? Envolants” des championnats du fant, en allant me baigner, je monde, le sport auto finlandais suis sûre que je n’ai pas été la génère beaucoup d’argent. Les seule à guetter les bruits de sports motorisés en sont à leur moteur. •

| par Bastien Leclair

Chaque année, des dizaines de gamins sont recrutés à prix d’or par les centres de formation des clubs de football européens. Mais quelques années plus tard, très peu d’entre eux deviennent professionnels.

I

l est membre de notre centre de formation [...] Nous engageons chaque année une quarantaine de recrues de son âge et décidons ensuite de résilier leurs contrats ou de les garder. » C’est en ces termes qu’un porte-parole de Manchester United éludait au mois d’août dernier les questions autour du recrutement de Rhain Davis, un prodige australien de neuf ans, recruté sur DVD par le club mancunien et déjà considéré par certains comme le « futur Wayne Rooney ». Neuf ans, et déjà l’on parle de contrats, de Premier League, et d’objectifs de performance. Une situation habituelle dans un monde où la loi du plus fort est une règle

unique. Ainsi, des joueurs d’une dizaine d’années sont soumis à un entraînement déjà quotidien, et malgré les efforts des instances pour promouvoir leur éducation, elle n’est que trop rarement la priorité des clubs. L’illusion est la règle Pourtant, tous ne deviendront pas des Zidane ou des Gerrard... En vérité, dans un centre de formationtype, seuls deux ou trois membres d’une catégorie d’âge feront un jour leurs premiers pas sur la scène professionnelle, et l’on ne parle pas de premiers rôles. Les autres pourront se chercher un destin au-delà des pelouses.

Les meilleurs partent chercher la bonne fortune à l’étranger. Parfois avec succès. En 1998, Mickaël Silvestre quitte le club de Rennes avec son coéquipier Ousmane Dabo, et rejoint l’Inter de Milan. Le départ du joueur, qui n’est même pas encore passé professionnel en Bretagne, entraîne une bataille judiciaire de près de deux ans (1). Depuis, Silvestre s’est fait une place à Manchester United et en équipe de France. Son compère a eu moins de chance et se contente de bouts de matchs dans des équipes de deuxième catégorie. Nombreux sont les exemples de destins sportifs tronqués, dans un monde où l’illusion est la règle. Depuis le fameux arrêt Bosman, qui permet aux clubs de recruter un nombre illimité de joueurs européens dans leurs rangs, les instances sportives tentent de protéger les plus jeunes d’un monde où la pitié n’est pas une option. Des accords de Bamako (2002), régulant le recrutement des jeu-

colorisé par Maël Guesdon

Destins tronqués sur la pelouse

nes joueurs africains, aux lois sans cesse remaniées des organes sportifs européens, chacun se rend compte de la gravité d’une situation devenue incontrôlable et qui déteint sur d’autres sports. Mais allez faire comprendre à un gamin

que l’argent qu’on lui promet pour réaliser son rêve n’est qu’un cadeau empoisonné... • (1) A l’époque, la procédure a abouti à l’indemnisation du club formateur par le club recruteur. Depuis, le jugement fait jurisprudence en Europe.


18 | Europe locale CINÉMA

Une carrière entre chance et témérité Milan Peschel a presque passé les quarante années de sa vie dans sa ville natale : Berlin. Il y fait ses débuts au théâtre… comme charpentier au Deutschen Staatsoper de Berlin. Il devient ensuite régisseur pour la Volksbühne de Berlin (scène de théâtre prestigieuse), avant de passer de l’autre côté du rideau, en commençant des études d’art dramatique. Son diplôme en poche, il va d’une troupe de théâtre à l’autre. Ses débuts dans le cinéma sont récents. En 2004, il joue dans son premier long métrage. Chance et témérité s’unissent : Milan Peschel accepte de jouer dans un film sans avoir lu le scénario et sans être payé. L’aventure de Netto (“Tout ira bien”) commence. En France comme en Allemagne, le film est un succès. Deux années de suite, il est présenté au festival du cinéma allemand de Nantes. Depuis, Milan participe à environ trois films par an. Il applique au cinéma son talent d’improvisation, et c’est peut-être cela qui rend son jeu aussi “vrai”.

| rencontre avec Milan Peschel

“La scène a réveillé mes envies d’enfance”

Figure montante du cinéma allemand, l’acteur Milan Peschel a été mis à l’honneur lors du festival du cinéma allemand à Nantes, où il représentait trois films : Lenz, Schwarze Schafe et AlleAlle.

Journal Europa : Votre parcours est-il le fruit du hasard ou de vos choix personnels ? Milan Peschel : Les deux. Enfant, je rêvais d’être acteur. J’ai longtemps travaillé dans un théâtre, d’abord en tant que technicien, puis en tant que comédien. La scène a réveillé mes envies d’enfance. Ensuite, à la Volksbühne, j’ai rencontré les bonnes personnes. La chance, ma ténacité et ma générosité au travail ont aussi joué.

FÉMINISME

Vous jouez souvent les mêmes rôles. Pourquoi ? Après Netto, les propositions étaient toujours les mêmes : alcooliques, paumés, etc. Mais j’ai refusé ces rôles pour le petit écran. C’est parce que j’ai un cer-

aussi des metteurs en scène, de mes amis dans le milieu, du moment et du casting.

Avez-vous participé à d’autres festivals en Europe ? Avec AlleAlle, c’est la « Le cinéma allemand est de mieux en première fois que je mieux représenté même s’il y a plus de présente un film dans mauvais films que de bons ! ». un festival en Europe. tain intérêt pour ces personnages Je serais heureux de continuer de société. En revanche, je joue- dans d’autres pays. J’ai été rarais bien des rôles plus originaux rement sollicité pour participer ou plus classiques. Ça dépend à d’autres manifestations de ce

| rencontre avec Hélène Pochat

Simone de Beauvoir regarde l’Europe

Entretien avec Hélène Pochat, directrice de l’Espace Simone de Beauvoir à Nantes, lieu d’information et d’échanges pour les femmes. Journal Europa : Comment jugez-vous l’impact de l’Union européenne sur l’évolution de la condition féminine ? Hélène Pochat : Mon avis reste partagé sur cette question. Tout d’abord on peut se féliciter de l’engagement de l’UE sur des questions ayant trait au travail des femmes, je pense notamment à l’égalité des salaires. Dans ce domaine l’Europe contribue à faire avancer les choses. Cependant, la condition des femmes reste un sujet sensible sur lequel l’Europe peut difficilement avoir une position commune. En effet, on observe de telles divergences dans le traitement de l’IVG et de la prostitution par exemple, qu’il est délicat pour l’Union européenne de s’engager dans la voie d’une homogénéisation entre les législations des différents pays. Je crains donc qu’il y ait peu à attendre de l’Europe sur ces questions. Par ailleurs, on peut s’inquiéter de la tolérance de l’UE quand, par exemple, le Conseil de l’Europe valide des lois reconnaissant la prostitution comme un travail légal, volontaire, et légitime, dans plusieurs pays européens. Quelles relations entretenezvous avec les autres pays européens ?

Vis-à-vis de l’étranger, nos actions se limitent à écrire aux gouvernements, nous n’hésitons pas à interpeller les pouvoirs publics des pays concernés quand le droit des femmes nous semble être en péril. Nous avons des contacts ponctuels avec des associations féministes à l’étranger, mais à notre niveau il reste beaucoup de choses à faire en France. Aujourd’hui nous retenons l’exemple positif de l’Espagne où il y a eu de nombreux progrès, ainsi que celui des pays scandinaves, qui restent les bons élèves du féminisme européen. Quel sujet reste le plus préoccupant à l’heure actuelle, et pourrait mériter selon vous un combat commun ? Le droit à l’avortement, qui n’est pas encore acquis pour toutes les Européennes, nous semble fondamental. Même en France, il est fortement remis en cause de manière insidieuse, par un manque de moyens et de volonté. Par des prises en charge tardives, de nombreuses françaises sont contraintes de partir à l’étranger, en Espagne et en Grande-Bretagne notamment, si elles désirent avorter. • propos recueillis par Claire Gandanger et G. Siaudeau

genre et ça ne correspondait pas à mes disponibilités.

plus. Ce serait une solution pour l’Allemagne.

Que pensez-vous du cinéma allemand contemporain ? Il est de mieux en mieux représenté même s’il y a plus de mauvais films que de bons ! Mais c’est partout pareil, sauf qu’en France, la production est encouragée et soutenue. Elle produit

Des projets ? Le film Mitte Ende August sortira l’année prochaine. C’est une adaptation cinématographique de l’histoire des proches de Goethe. Je ne peux pas vous en dire plus. • propos recueillis par Cécile Hamet et Gaëlle Cousin

JOURNALISME

| rencontre avec Laurence Aubron

“Nous faisons de l’information européenne de proximité” Les 23 et 24 novembre derniers, EuradioNantes organisait les rencontres Neonet, avec des acteurs du monde journalistique européen. Entretien avec Laurence Aubron, directrice d’Euradio.

Journal Europa : Comment vous est vecoup de journalisme participatif notamnue l’idée de ces rencontres européennes ment. du journalisme de proximité ? Je ne crois pas que je les intègre. Je ne pense pas Laurence Aubron : Nous sommes partis du que le citoyen lambda soit réellement journaliste constat qu’il y a un véritable problème aujourd’hui aujourd’hui. Avec Neonet, on voulait diagnostiquer autour de l’information européenne. Elle ne serait pas nos lacunes au niveau de l’enseignement. Réunir vendeuse et les rédacteurs en les professionnels avec des chef ne veulent pas de cette « Réunir des professionnels et des enenseignants nous a permis seignants nous a permis de préparer un ouverture européenne. Nous, nouvel enseignement du journalisme ». de préparer un nouvel ennous faisons de l’information Laurence Aubron, directrice d’Euradionantes. seignement. Il faut faire ateuropéenne de proximité. tention à la façon dont on Neonet, c’était l’occasion de réunir des journalistes traite l’information. Être journaliste c’est un vrai professionnels qui font l’information européenne et métier. Je voudrais simplement que ce métier soit qui rencontrent ce problème depuis des années et plus ouvert et plus curieux pour rentrer dans une les enseignants en écoles spécialisées qui forment problématique européenne. les futurs journalistes. L’objectif est de travailler en amont et de former différemment la génération Est-ce que cela sous-entend des mutaà venir. Sans oublier que dans le lot de ceux que tions profondes dans la pédagogie de nous formerons, certains seront également les l’enseignement journalistique ? rédacteurs en chef de demain. Certainement. On en a parlé lors des rencontres. Les journalistes professionnels nous avouaient Comment est née la notion de journalisme qu’il leur était très difficile de parler de la culture européen de proximité ? de l’autre. Il leur manque de la compréhension, le Jean Lemaître, journaliste à l’IHECS de Bruxelles, point de vue d’un autochtone et surtout la maîtrise qui était invité, est le père de la notion de journa- d’une langue étrangère. Il faut absolument qu’il y lisme européen de proximité. Cette école travaille ait cet enseignement dans les écoles de journalisme. sur cette notion depuis longtemps. C’est en créant Il ne faut pas oublier le point de vue économique, EuradioNantes que nous en avons entendu parlé. nous en avons longuement discuté pendant Neonet. Nous sommes partis du constat du manque de mise La jeune génération a de plus en plus de mal à en perspective de l’information locale. Sans ça on décrypter l’information économique européenne tourne vite en rond, et c’est le même problème au alors qu’elle est nécessaire pour comprendre l’acniveau national. Nous prenons le pari d’une ouver- tualité. Il faudrait aussi revenir dans la formation ture systématique des sujets sur l’Europe. sur l’histoire de la construction européenne. Il me semblait important que les enseignants des Comment comptez-vous y intégrer les écoles de journalisme entendent ces différentes mutations importantes du métier de lacunes. • journaliste ? On parle aujourd’hui beaupropos recueillis par Cyril Bérard


La voix de la V.O. | 19 ESPAÑA

| por Miguel Jiménez

La Marcha Real levanta la voz Las tradicionales onomatopeyas de cuando se toca el himno nacional van a ser sustituidas por fin por letras. Ahora España es uno de los pocos países que aún no tiene letra en su himno, aunque la situación no se va a prolongar mucho más.

E

l próximo 19 de diciembre se presentará la letra que acompañará a la Marcha Real, de entre las 6.983 propuestas recibidas entre las cuales propuestas locas que hablan de algunas costumbres españolas, como la que propone «se bebe vino y cañas con un buen jamón». En effecto en los últimos tiempos ha saltado a la palestra un proyecto auspiciado por el Comité Olímpico Español y la Sociedad General de Autores y Editores para dotar de una letra al Himno de España. El problema es el debate del motivo : el motivo aducido es que el himno sin letra genera, al parecer, cierto complejo a algunos deportistas, que ven cantar sus himnos a sus adversarios sin poder

cantar nada. No existe ninguna demanda social por una letra para el Himno. Para una gran parte de la población es como si pusieramos letras a la quinta sinfonía de Beethoven. Aquí se debe recordar que la idea no es nueva : en el pasado ya se hicieron intentos de encajarle una letra a la Marcha Real, y todos fracasaron (incluso la letra “franquista” de Pemán no llegó a ser oficial), por lo que no cabría esperar mayor éxito a este nuevo intento. Historicamente, el actual Himno nació como una marcha para marcar el paso (por algo se llama “Marcha Granadera”, luego “Marcha Real”), no como un canto, y sin letra, y así ha permanecido la mayoría del tiempo.

Además sabemos todos de antemano, incluidos los promotores de esa idea, que sea cual sea la letra escogida no va a gustar a todos y habrá sectores que la rechazarán y que dejarán de sentir ese “himno con letra” como “su himno”. Ahora y eso es la peculiaridad de España la Marcha Real es un “himno de todos” sin letra ya que cualquiera puede aceptarlo, hacer suya su melodía e interpretar su significado de la manera que prefiera, evocando en cada uno la idea de España y patriotismo que mejor sienta. Fijar ahora una letra, después de tanto tiempo, significa fijar el significado de esta música, de tal manera que se estrechan los márgenes en la manera de entender y sentir el

Himno, y se excluye a aquellos que tengan otra manera de entender y sentir la misma melodía. Esta posibilidad no existe por ejemplo en Francia que tiene un himno con letras históricas que aún hoy está discutada por una parte de la población. La última vez que un símbolo cambió fue durante la segunda república con su bandera propia, entonces podemos preguntar-

nos si entramos en una fase de la historia que justifica cambiar los símbolos mientras la ley de memoria histórica pretende unir el pueblo español y no dividirlo. Estamos hoy a 500.000 firmas de una proposición de ley en las Cortes. ¡Qué se toca la verdadera Marcha Real ! • Retrouvez la traduction de cet article sur le www.journaleuropa.info

et de cadeaux. Pour Noël, fêté ici le 6 janvier, les églises sont bondées. Dans la rue, des groupes de jeunes déguisés ou vêtus de leur habit traditionnel, entonnent des Koliadky ou des Vertepy (chants de Noël). À Lviv, la période de Noël est synonyme de gastronomie. Dans les familles, les plats ne cessent de s’accumuler. Pour commencer on offre volontiers un thé accompagné de chokoladky. Une fois à table, les douze plats traditionnels

alignés impressionnent : viandes, poissons, salades, varenyky (sorte de raviolis), borchtch (soupe aux betteraves), et une soupe sucrée à base de miel, de blé et de fruits secs… Sans oublier la boisson locale : ici, la vodka a pour nom horilka. •

Un week end à... Lviv | par Claire Vilpoux

L

e visiteur qui arrive à Lviv, petite ville de l’ouest de l’Ukraine, a toujours pour réflexe de sillonner la ville de long en large, pour tenter de tout voir : la tour de l’Hôtel de Ville, le marché artisanal, la place de l’Opéra. Mais dans ce berceau de la révolution orange, il faut parfois savoir s’arrêter. Le lieu idéal : le café et art-center Dziga, près de la place du Marché. La terrasse compte quelques tables, l’occasion de rencontrer des habitants de la ville. Un soir, votre reporter attablée en fait l’expérience. Un homme se joint à nous pour boire un verre. Andrej nous raconte dans un russe à peine intelligible qu’il vient de fêter le jour de l’an juif. À Lviv, la population est très cosmopolite ; le Dziga se situe en plein milieu de l’ancien quartier juif de la ville. Une fois notre Lvivske Pivo (bière de Lviv) terminée, nous suivons notre guide d’un soir dans un autre bar où l’on donne un concert de rock ukrainien. Une foule survoltée Assez intime, le Lialka est ins-

tallé au sous-sol d’un théâtre de marionnettes. Le bar est plein à craquer, la foule survoltée : sur scène, un groupe ukrainien de musique expérimentale. Pour un peu, on en oublierait qu’on

est en Ukraine. L’ambiance du bar est très européenne. La scène est peu commune, car les Ukrainiens n’ont pas pour coutume de fréquenter les bars. Un peu plus loin, la place de l’Opéra accueille un immense sapin. La ville est en pleine effervescence. Les gens, le visage rougi par le froid, engoncés dans leurs manteaux de fourrure et leurs chapkas, encombrent les rues, tenant à bout de bras leurs sacs Boss remplis de nourriture

Bon à savoir >>

Les sorties culturelles sont généralement accessibles. Certains endroits proposent des prix à la hauteur des Européens de l’ouest... Une journée bien remplie d’activités culturelles et de sorties en tous genres vous amène à dépenser moins de 30 ¤. 10 hryvnias (ua) équivalent à 1,50 ¤.

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Le logement bon marché reste l’auberge de jeunesse, rue Rustaveli (environ 15 ¤). Des hôtels situés dans le quartier de la gare proposent des chambres à tarif économique. Pour les plus aventureux, les cités universitaires peuvent mettre à disposition des chambres d’étudiants à moindre coût.

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Concernant les transports locaux, vous aurez l’embarras du choix : minibus (1 ua) et tramways (0,50 ua). Les taxis décident arbitrairement de leurs prix (autour de 20 ua pour un trajet Opéragare) mais la négociation reste ouverte…

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Ne buvez pas l’eau du robinet car elle n’est pas potable. journaleuropa - photo : Claire Vilpoux

Bière locale et chants de Noël : rien de tel pour conjurer l’hiver ukrainien. Entre rock expérimental et grande bouffe, le réveillon sera chaud dans cette ville phare de la révolution orange.

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Surveillez vos sacs, comme partout les pickpockets rôdent autour des touristes, ne vous laissez pas surprendre et ce n’est pas la police qui vous aidera !

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Les langues ukrainienne, russe, polonaise, anglaise, allemande, française, sont couramment parlées, pour le reste c’est un peu plus rare. Mais pas de panique : on arrive toujours à trouver un langage commun.



Numero 15