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Remarquable philanthrope ! p4

Futurs architectes talentueux p8-9

Volume 53, numéro 27 17 mai 2018

photo Lauren Kovac

Approfondir le Nord

Trois nouvelles chaires de recherche Sentinelle Nord permettront la formation d’étudiants et l’avancement des connaissances dans le but d’aider les populations nordiques à affronter les défis d’un monde en mutation. p3


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recherche

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photo Marc Robitalle

en bref

Des modèles inspirants À l’occasion des cérémonies de collation des grades 2018, qui se tiendront les 9, 10, 16 et 17 juin à l’amphithéâtre-gymnase Desjardins – Université Laval, huit doctorats honorifiques seront décernés à des personnalités remarquables, dont le parcours dans leur champ d’expertise respectif est exceptionnel. Voici les huit récipiendaires de cette année : • Paule Beaugrand-Champagne, présidente du Conseil de presse du Québec Doctorat honoris causa en communication • Brigitte Coutu, présidente-directrice générale de RICARDO Media inc. Doctorat honoris causa en nutrition • Koen De Winter, designer Doctorat honoris causa en design • Robert Samuel Langer, professeur au Massachusetts Institute of Technology Doctorat honoris causa en pharmacie • Ricardo Larrivée, président du conseil d’administration et chef exécutif de RICARDO Media inc. Doctorat honoris causa en nutrition • Peter Libby, cardiologue au Brigham and Women’s Hospital et professeur en médecine à la Harvard Medical School Doctorat honoris causa en médecine • Pauline Marois, politicienne et ex-première ministre du Québec Doctorat honoris causa en travail social • Claude Panaccio, professeur émérite au Département de philosophie de l’UQAM Doctorat honoris causa en philosophie

Charles Morin, président de la Commission de la recherche Charles Morin, professeur à l’École de psychologie et chercheur au Centre de recherche CERVO, vient d’être nommé président de la Commission de la recherche. Le professeur Morin, qui dirige le Centre d’étude des troubles du sommeil, est reconnu mondialement pour ses travaux sur l’insomnie. Il a notamment participé au développement d’une thérapie cognitivo-comportementale dont l’efficacité a été maintes fois reconnue. Au fil de sa carrière qui couvre trois décennies, le professeur Morin a acquis une vaste expérience en recherche interdisciplinaire et une fine connaissance des protocoles de recherche et des enjeux éthiques de la recherche. Rappelons que la Commission de la recherche relève du Conseil universitaire et que son mandat consiste à étudier les questions qui se rapportent au développement et à la coordination de la recherche à l’Université. Elle évalue les demandes de reconnaissance de nouveaux centres et procède à l’évaluation périodique des centres reconnus. Elle se prononce également sur toute question pour laquelle le Conseil universitaire ou la rectrice désire un avis.

Les paris sportifs représentent environ 15 % des recettes de l’industrie légale des jeux de hasard et d’argent et ils viennent au 2e rang au chapitre de la prévalence du jeu problématique, tout juste derrière les appareils de jeux vidéo.

Les jeux sont faits Vos connaissances sur le monde du sport sont peu utiles pour remporter des paris sportifs par Jean Hamann Quand vient le temps de prédire l’issue d’un événement sportif, les personnes qui connaissent bien les athlètes et les équipes en présence font des prédictions plus justes que celles générées par le hasard. Par contre, en raison des caractéristiques inhérentes aux paris sportifs, leurs prédictions rapportent des gains similaires à ceux qu’elles obtiendraient en misant de façon purement aléatoire. Voilà ce qui se dégage d’une méta-analyse publiée dans un récent numéro de la revue Journal of Gambling Issues par des chercheurs du Centre québécois d’excellence pour la prévention et le traitement du jeu de l’Université Laval. Les paris sportifs représentent environ 15 % des recettes de l’industrie légale des jeux de hasard et d’argent. Ils viennent au 2e rang au chapitre de la prévalence du jeu problématique, tout juste derrière les appareils de jeux vidéo. Pour mieux cerner le profil des parieurs sportifs et leurs croyances, Jonathan Mercier, Christian Jacques,

Annie Goulet et Isabelle Giroux, de l’École de psychologie, Serge Sévigny, de la Faculté des sciences de l’éducation, et Michael Cantinotti, de l’UQTR, ont analysé 31 études publiées entre 1980 et 2014 dont l’objet était les parieurs sportifs. « La plupart de ces études sont consacrées aux personnes qui misaient sur les courses de chevaux, constate l’étudiant-chercheur Jonathan Mercier. C’était un sujet de recherche très populaire dans les années 1980 et 1990. On étudiait les parieurs sur place dans les hippodromes. Avec le déclin des courses de chevaux, d’autres formes de paris sportifs sont apparues, notamment les loteries sportives. » Les études recensées par les chercheurs révèlent que la plupart des gens qui s’adonnent aux paris sportifs sont des hommes de 30 à 50 ans. Ils parient plusieurs fois chaque semaine et leur mise hebdomadaire va de 100 $ à 200 $. « C’est plus que ce qui est proposé comme normes de jeu sécuritaire,

On peut le lire en ligne à lefil.ulaval.ca et s’abonner gratuitement à un avis de parution électronique.

Le journal de la communauté universitaire Fondé en 1965, Le Fil est un hebdomadaire publié 29 fois par an par la Direction des communications de l’Université Laval et distribué gratuitement sur le campus.

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précise le doctorant. Une fréquence de pari qui dé passe trois fois par mois et une mise annuelle qui excède

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Les conclusions de notre étude peuvent aider les parieurs à réévaluer leurs croyances quant au rôle réel des connaissances dans l’issue d’un pari sportif

Rédaction Éditeur : Jacques Villemure, directeur des communications Rédactrice en chef : Claudine Magny Journalistes : Matthieu Dessureault, Jean Hamann, Yvon Larose Collaborateurs : Jenny Aumais, Pascale Guéricolas, Stéphane Jobin, Mathieu Tanguay Collaborateurs au Web : Carl Bélanger, Thierry Mellon Rédactrice-réviseure : Manon Plante Agente de secrétariat : Sophie Leroux

Production Infographie : Geneviève Bolduc, Service de reprographie de l’Université Laval Impression : TC Imprimeries Transcontinental, Québec (Québec)

1 000 $ sont des indices qui suggèrent qu’il peut y avoir des problèmes de jeu. » Trois des cinq études qui se sont attardées à la justesse des prédictions concluent que les parieurs font mieux que le hasard à ce chapitre. « Des connaissances poussées sur les équipes, sur les joueurs et sur leurs performances passées et récentes peuvent aider à prédire l’issue d’une rencontre, reconnaît Jonathan Mercier. Par contre, il y a toujours une part de hasard dans le sport, par exemple un joueur clé peut se blesser tôt dans un match. De plus, dans les paris sportifs légaux, il faut faire un minimum de deux prédictions, par exemple quelle équipe va l’emporter et par quelle marge. Cette exigence introduit une plus grande part d’incertitude dans les prédictions. » Une autre raison expliquant pourquoi l’expertise des parieurs ne se convertit pas en gains est que chaque issue possible d’un pari est associée à une cote. Ainsi, parier qu’une équipe dominante de hockey va l’emporter par plus de deux buts sur une équipe faible donne un retour sur la mise beaucoup moins intéressant que la prédiction contraire. Les 11 études consacrées aux croyances des parieurs montrent que ceux-ci surestiment l’influence de leurs habiletés dans l’issue des paris. « La mise en marché des paris sportifs repose d’ailleurs sur l’illusion que les connaissances des parieurs leur procurent un avantage qu’ils peuvent convertir en gains », constate l’étudiantchercheur. Les croyances et les perceptions erronées des parieurs jouent un rôle central dans le développement de comportements de jeu problématique. « Certains parieurs croient qu’en accumulant plus d’informations, en les analysant plus longuement et en améliorant leur stratégie, ils vont réussir à faire plus de gains. Les conclusions de notre étude peuvent les aider à réévaluer leurs croyances quant au rôle réel des connaissances dans l’issue d’un pari sportif », conclut Jonathan Mercier.

Placements publicitaires Claudine Trudel 418 656-2131 poste 6415 Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec, ISSN 022-1-1965

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actualités UL

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Trois nouvelles chaires Sentinelle Nord Raoul-Marie Couture, Caroline Ménard et Gary Wong en sont les titulaires par Jean Hamann Il y a quelques mois à peine, ils travaillaient à Oslo, à New York et à Pékin. Grâce à Sentinelle Nord, ils sont maintenant professeurs à l’Université Laval, où ils mettent leur expertise et leur enthousiasme au service de la formation d’étudiants et de l’avancement des connaissances qui aideront les populations nordiques à affronter les défis d’un monde en mutation. RaoulMarie Couture, Caroline Ménard et Gary Wong sont les titulaires de trois nouvelles chaires de recherche Senti­ nelle Nord, dont le lancement officiel a eu lieu le 9 mai sur le campus. Rappelons qu’il y a trois ans, l’Université Laval a décroché une subvention de 98 M $ du Fonds d’excellence en re­­ cherche Apogée Canada pour son programme Sentinelle Nord. Ce projet oriente les forces de l’Université Laval en recherche nordique et en optique et photonique vers des objectifs communs : le développement de nouvelles technologies et leur utilisation pour améliorer la compréhension de l’environnement nordique et de ses ré­­ percussions sur l’être humain et sa santé. « La création de chaires de recherche est l’un des moyens mis de l’avant pour réaliser les objectifs de Sentinelle Nord, rappelle Martin Fortier, directeur général du programme. Le recrutement de nouveaux chercheurs, qui comptent parmi les plus accomplis et prometteurs dans leur do­­ maine, permet d’enrichir l’expertise des équipes de Sen­ tinelle Nord et de combler des besoins spécifiques. » Raoul-Marie Couture était chercheur au Norwegian Institute for Water Research – NIVA, à Oslo, depuis 2013. Il

s’est joint au Département de chimie, où il dirige la Chaire de recherche Sentinelle Nord en géochimie des milieux aquatiques. Les travaux du professeur Couture portent sur le carbone. « Le cycle de cet élément est au cœur des changements climatiques et c’est aussi le moteur des cycles des autres éléments comme le phosphore, l’azote, le soufre et certains contaminants trouvés dans le milieu aquatique, précise-t-il. C’est pourquoi il est essentiel de mieux le connaître. » Le pergélisol des régions circumpolaires renferme environ 50 % du carbone présent dans les sols de la planète. Sa fonte provoquée par le réchauffement climatique libère des quantités importantes de carbone qui sont entraînées vers les écosys­ tèmes aquatiques où des micro­organismes le transforment en CO2. « Nos travaux visent à déterminer le devenir de ce CO2, explique le professeur Couture. Nous voulons savoir quelle partie se re­­ trouve dans les sédiments, quelle partie est entraînée vers l’océan et quelle partie se retrouve dans l’atmosphère où il crée une boucle de rétroaction qui accentue les changements climatiques. » Ces informations serviront à améliorer les modèles de projections climatiques. « Nos travaux auraient pu être menés n’importe où dans le monde, mais c’est dans l’Arctique que les changements climatiques se produisent le plus rapidement, et ce que nous allons apprendre là-bas pourra être transposé ailleurs sur la planète », ajoute-t-il. Caroline Ménard a été re­­ crutée alors qu’elle était en stage postdoctoral à l’Icahn School of Medicine at Mount

Sinai, à New York. Elle s’est jointe à la Faculté de mé­­ decine et au Centre de re­­ cherche CERVO, où elle dirige la Chaire de recherche Senti­nelle Nord sur la neu­ robio­logie du stress et de la résilience. La professeure Ménard s’intéresse à l’effet du stress chronique sur le développement de la dépression majeure. Des travaux qu’elle a récemment publiés dans Nature Neuroscience établissent des liens entre le stress social chronique, la perméabilité de la barrière hématoencépha­ lique et l’apparition de symptômes de type dépressif. La chercheuse poursuivra sur cette lancée en étudiant les mécanismes biologiques

impliqués dans la vulnérabilité au stress et dans la résilience. Les populations nordiques peuvent livrer des enseignements précieux à ce chapitre. En effet, les habitants du Nord doivent composer avec les changements climatiques et avec des changements culturels importants, notamment sur le plan du régime alimentaire. Ces différents stress chroniques peuvent avoir des effets sur le cerveau, mais aussi sur le microbiome et sur le système immunitaire. « Nous voulons étudier la dynamique de ces éléments et tenter de comprendre comment ils peuvent contribuer au développement de la Les travaux de Gary Wong permettront la mise sur pied d’un dépression et des troubles de réseau de surveillance des virus de l’influenza transportés par l’humeur. Nous voulons aussi les oiseaux migrateurs. photo Isabeau Pratte / ArcticNet

Les travaux de Raoul-Marie Couture portent sur le cycle du carbone, l’élément au cœur des changements climatiques, dans les milieux aquatiques du Nord. photo Marc Robitaille

Le programme des chaires Sentinelle Nord permet le recrutement de nouveaux chercheurs qui comptent parmi les plus accomplis et prometteurs dans leur domaine

De gauche à droite : André Zaccarin, doyen de la Faculté des sciences et de génie, Raoul-Marie Couture, titulaire de la Chaire de recherche Sentinelle Nord en géochimie des milieux aquatiques, Eugénie Brouillet, vice-rectrice à la recherche, à la création et à l’innovation, Caroline Ménard, titulaire de la Chaire de recherche Sentinelle Nord sur la neurobiologie du stress et de la résilience, Sophie D’Amours, rectrice, Gary Wong, titulaire de la Chaire de recherche Sentinelle Nord sur le réseau de surveillance des virus de l’influenza chez les oiseaux migrateurs du Grand Nord, Martin Fortier, directeur général de Sentinelle Nord, et Julien Poitras, doyen de la Faculté de médecine. photo Jean Rodier

tenter de comprendre pourquoi certaines personnes ré­­ sistent mieux à ces stress », précise la chercheuse. Gary Wong était jusqu’à tout récemment stagiaire post­­ doctoral à l’Institut de microbiologie de l’Académie chi­­ noise des sciences à Pékin. Il est maintenant à la Faculté de médecine et au Centre de re­­ cherche du CHU de Québec – Université Laval, où il est titulaire de la Chaire de recherche Sentinelle Nord sur le réseau de surveillance des virus de l’influenza chez les oiseaux migrateurs du Grand Nord.

Les recherches de Caroline Ménard portent sur les mécanismes biologiques qui lient le stress chronique et la dépression majeure. Elle s’intéresse aussi aux facteurs qui contribuent à la résilience au stress. photo Jean-François Rivard

Ses recherches porteront sur les virus de l’influenza aviaire hautement pathogène, notamment le H5N8. Apparu dans des populations de volailles de Corée en janvier 2014, ce virus émergent est maintenant présent dans plusieurs pays, no­­ tamment aux États-Unis où il cause des dommages dans les élevages de volailles et présente un risque pour la salubrité des aliments. « Il n’y a pas encore eu de transmission aux hu­­mains, mais comme on sait que ce virus peut muter rapidement, on ne peut pas écarter la possibilité qu’il saute la barrière des espèces et qu’il infecte des humains comme le font d’autres virus de soustype H5 », souligne Gary Wong. La vitesse de propagation du H5N8 s’explique par le fait qu’il est transmissible aux oiseaux migrateurs comme les canards et les oies sauvages. Son passage de l’Asie vers l’Amérique du Nord s’est fait par la Béringie, ce qui indique qu’il a nécessairement dû passer par le Canada. Le professeur Wong mettra sur pied un réseau de surveillance de ce

virus et des autres virus ­a viaires qui couvrira le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut et le nord du Québec. « La dé­­ tection précoce des virus de grippe aviaire qui mettent en danger l’humain est importante pour assurer la santé publique », ajoute-t-il. « Ces chaires ont un dénominateur commun : une préoccupation sincère pour les résidents du Nord, a commenté la rectrice Sophie D’Amours. Les trois titulaires ont accepté le défi fort complexe, mais stimulant, de mener plus loin nos recher­ ches nordiques en privilégiant l’apport de solutions, de connaissances, d’outils et d’expertises qui profiteront aux populations nordiques. » Sentinelle Nord a réservé une enveloppe de 3 M $ pour la création de six chaires. La première, la Chaire de re­­ cherche Sentinelle Nord sur les relations avec les sociétés inuit dirigée par Caroline Hervé, a été lancée en dé­­ cembre dernier. Les deux dernières chaires seront pourvues prochainement.


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philanthropie

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en bref

Une entente renouvelée Le mardi 15 mai, au Cercle du pavillon Alphonse-Desjardins, a eu lieu une cérémonie de signature pour le renouvellement, pour une période de quatre ans, de l’entente de partenariat relative à l’Observatoire démo­ graphique et statistique de l’espace francophone (ODSEF). La mission de l’Observatoire consiste à assurer la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine démographique des États de la Francophonie et à appuyer les initiatives qui permettent d’étudier les dynami­ ques linguistiques et la place qu’occupe la langue française dans le monde. Les signataires représentaient l’Université, le gouver­ nement du Québec, l’Agence universitaire de la Francophonie et l’Organisation internationale de la Francophonie. Les contributions financières des partenaires totalisent 500 000 $. Pour plus d’info : www.odsef.fss.ulaval.ca Sur la photo : signature du renouvellement de l’entente relative à l’ODSEF. À l’avant : Christine St-Pierre, ministre des Relations internationales et de la Francopho­nie, et Sophie D’Amours, rectrice de l’Université Laval. À l’arrière : le professeur Richard Marcoux, directeur de l’ODSEF, Jean-Paul de Gaudemar, recteur de l’Agence universitaire de la Franco­ phonie, Jean-Pierre Ndoutoum, directeur de l’Institut de la Francophonie pour le dévelop­pe­ ment durable et représentant de l’Organisation internationale de la Francophonie, et François Gélineau, doyen de la Faculté des sciences sociales. photo Jean Rodier

Grands champions ! Ils sont six. Ils étudient tous à l’Université Laval et sont tous des mordus de jeux élec­troniques par équipes. Il y a quelques mois, Jérôme « Earth » Lévesque et ses partenaires de jeu Daniel « Hairy Blob » Gourdeau, Simon « Electromad » Deroy, Patrick « Wouka » Langlois, Bruce « Nesdip » Jouve et Anthony Christopher « Quantum » Charron se sont inscrits, à titre d’équipe représentant l’Université Laval, au tournoi Heroes of the Dorm, organisé par le concepteur de jeux électroniques américain Blizzard Entertainment. Des étudiants de plus de 300 universités québécoises, canadiennes et américaines ont fait de même. En saison régulière, les joueurs de l’UL se sont démarqués comme une grande puissance du jeu vidéo, allant même jusqu’à dominer quelques-unes des meilleures formations inscrites au tournoi. Une première élimination a réduit le nombre d’équipes concur­rentes à 64. Puis, 4 formations ont été retenues pour la fi­­nale, qui a eu lieu le 12 mai devant public au Blizzard Arena de Burbank, près de Los Angeles. Seule équipe canadienne en lice, la formation de Québec a battu en finale, par le score de 3-0, l’Université de Buffalo. Cha­cun des gagnants recevra une bourse d’études annuelle pour le reste de sa ­formation universitaire.

Victoria Thân, lors de la cérémonie Les Remarquables, le 9 mai, en compagnie de la rectrice Sophie D’Amours et du président-directeur général de la FUL, Yves Bourget.

Le don en argent est nécessaire, mais donner de son temps pour aider une personne ou une cause qui rejoint nos valeurs permet de contribuer à l’avancement et au bien-être de la communauté

Leader de la vie quotidienne L’étudiante en kinésiologie Victoria Thân reçoit le prix Jeune Philanthrope 2018 de La Fondation de l’Université Laval par Yvon Larose Du 14 au 16 mai, l’étudiante au baccalauréat en kinésiologie Victoria Thân a participé, à Toronto, à la finale canadienne d’Enactus, une association internationale d’étudiants ayant pour but d’encourager le progrès sociétal par l’action entrepreneuriale. À titre de présidente d’Enactus UL, elle a présenté le projet Entrai-dons. « Ce projet vise à aider, grâce à une monnaie locale, les gens en situation de précarité financière, explique-t-elle. La mise sur pied du projet va bon train. Il s’appuiera sur un partenariat avec des commerçants et des orga­nismes communautaires. Ceux-ci accepteraient que la monnaie d’Entrai-dons soit échangée contre une vaste sélection de produits, no­­tamment de la nourriture, de l’hébergement et des produits d’hygiène. Une monnaie locale, parce qu’elle n’a pas cours sur le marché, évitera de servir à l’achat d’au­tres choses telles que l’alcool ou la drogue. » Le mercredi 9 mai, au Palais Mont­ calm de Québec, Victoria Thân a reçu le prix Jeune Philanthrope de La Fon­ dation de l’Université Laval (FUL). La remise du prix a eu lieu du­­rant la cérémonie Les Remarquables. Par cette récompense, la FUL soulignait l’im­ plication bénévole de la récipiendaire, sur le campus comme dans la société, ainsi que l’incidence de celle-ci sur son entourage. En mars dernier, Victoria Thân a reçu le prix HSBC Women Leader of Tomorrow à l’occasion de la compétition régionale d’Enactus Canada. Rappelons que l’étudiante avait obtenu une Bourse de leadership et développement durable en 2016, quelques mois après son entrée à l’Université. Elle n’avait alors que 19 ans. « Mes parents sont d’origine vietnamienne, indique-t-elle. Dans cette culture, on est très porté à aider les autres. Mes parents ont valorisé cet esprit-là dans notre famille. Quand j’étais petite, mes parents ­s’impliquaient dans des organismes d’entraide. »

Cette année, Enactus a aidé les membres d’entreprises d’économie sociale dans la recherche et l’implantation de stratégies. Enactus a également permis d’aider 150 étudiants, soit 10 étudiants par séance de cuisine collective, à avoir accès à une sécurité alimentaire. « Ensemble, poursuit-elle, nous pouvons être de jeunes leaders de la vie quotidienne et montrer ainsi que nous pouvons être plus que nos futures professions. Nous pouvons certainement con­tribuer ensemble à bâtir un meilleur avenir. » Au cours de la cérémonie Les Remar­ quables, la FUL a honoré 13 personna­ lités réparties dans 5 catégories. Le prix Grands Di­plô­més 2018 a été décerné à Dean Bergeron (actuariat, 1992), à Anne Carrier (architecture, 1982), à Jean Deslauriers (médecine, 1968), à JeanFrançois Lapointe (musique, 1988), à France Légaré (santé communautaire, 1995) et à Robert Pidgeon (droit, 1969). Le prix Jeunes Diplômés 2018 a été remis à Hubert Cormier (nutrition, 2010), à Lara Emond (administration des affaires, 2011), à Étienne Langlois (relations internationales, 2006) et à François-Thomas Michaud (génie chi­ mique, 2009). Le titre de bénévole de l’année a été attribué à Anne-Marie Blais (architecture, 2006) et le prix Coup de cœur philanthropique est allé à Éric Dupont (physiologie-endocrinologie, 1992).

Victoria Thân pratique l’engagement social depuis sa première année du secondaire. Elle a commencé par de simples actions d’entraide. Une fois rendue au cégep Garneau, elle a notamment été présidente de la Jeune Coopérative RoueLibre. Durant sa première année universitaire, elle a accumulé plus de 700 heures comme bénévole ! Cet ex­­ploit, elle l’a accompli tout en suivant son cheminement régulier de 18 crédits par session. « Dès mon arrivée à l’Université, raconte-t-elle, je me suis impliquée dans le groupe des Jeunes Philanthropes de l’Université Laval et dans celui d’Enactus. Je continue à beaucoup le faire. Par exemple, je consacre chaque semaine entre 5 et 7 heures à Enactus. Je ne pourrais pas juste étudier. J’ai besoin de faire autre chose. M’engager permet de donner un sens à mes actions. Je suis étudiante, mais je peux être plus que ça. » Selon elle, être philanthrope au­­ jourd’hui va plus loin que le don en argent. « Une nouvelle vision s’installe chez la jeune génération, soutient Victoria Thân. Le don en argent est nécessaire, mais donner de son temps pour aider une personne ou une cause qui rejoint nos valeurs permet de contribuer à l’avancement et au bien-être de la Pour plus d’information : communauté. » ulaval.ca/fondation

Au cours de la cérémonie, la FUL a honoré 13 personnalités réparties dans 5 catégories. photos Francis Bouchard


recherche

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Cerveau virtuel et Stratiolaelaps scimitus Les étudiants Mohamed Bahdine, d’une part, et Stéphanie Patenaude et Sabrina Rondeau, d’autre part, ont remporté respectivement le 1er et le 2e prix au concours de vidéos Science, action ! du CRSNG par Yvon Larose Mohamed Bhadine est inscrit à la maîtrise en informatique. Il collabore à un projet de recherche sur une meilleure compréhension des maladies mentales. Ce projet est mené au Centre de recherche CERVO – Université Laval. Il y a quelques semaines, le document vulgarisé d’une minute qu’il a réalisé sur ledit projet de recherche lui permettait de remporter le prix de la meilleure vidéo de langue française au concours Science, action ! du Conseil de recherches en ­sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG). En 60 secondes, Mohamed Bhadine explique que plus de la moitié des Canadiens feront face à un problème de santé mentale au cours de leur vie. Une meilleure compréhension de ces problèmes passe nécessairement par l’étude du cerveau. « Parfois, dit-il, il est utile d’en construire un, ce que tentent de faire les chercheurs du CERVO, dans le cadre du programme Sentinelle Nord, en tentant de reproduire virtuellement le cerveau d’un jeune poisson, le poisson-zèbre. » Le cerveau d’un poisson-zèbre en bas âge a la particularité d’être transparent, il contient peu de neurones, soit environ 100 000, et il a été génétiquement modifié pour émettre de la lumière. Il est donc possible de filmer au microscope l’activité du cerveau de cet animal. Grâce à l’intelligence artificielle, les chercheurs soutirent l’activité de chaque neurone et alignent les courbes d’activité, ce qui permet ensuite de simuler l’activité d’un cerveau virtuel.

« Je me passionne pour les arts visuels, souligne Mohamed Bhadine. Cette expérience a été une première pour moi dans le monde de l’animation. J’ai fait le scénario, l’animation et la voix. La partie scénario a été assez rapide puisque j’ai l’habitude de produire des textes de vulgarisation scientifique pour des compétitions. » Stéphanie Patenaude et Sabrina Rondeau sont inscrites toutes deux à la maîtrise en biologie végétale. Elles ont mérité le deuxième prix du concours du CRSNG pour leur vidéo intitulée Un allié au secours des abeilles. Au laboratoire de Valérie Fournier, professeure au Département de phytologie, les ­étudiantes travaillent sur Varroa destructor, un acarien parasite qui vit au sein de colonies d’abeilles domestiques et qui se nourrit sur le corps de ces dernières. Cet acarien est l’un des facteurs contribuant aux importantes mortalités observables, depuis plus d’une décennie, dans les colonies d’abeilles au Canada. « À notre laboratoire, explique Sabrina Rondeau, nous testons une nouvelle stratégie de lutte bio­ logique. Elle consiste à utiliser un ennemi naturel du parasite, Stratiolaelaps scimitus, qui a la capacité de s’attaquer aux parois de Varroa destructor pour s’alimenter. On trouve cet acarien prédateur dans le sol. Il est généraliste et il va con­ som­mer plusieurs autres types d’insectes. Un tel projet de recherche a lieu pour la première fois. La vidéo contient une photo qui montre le prédateur avec son stylet enfoncé dans Varroa destructor. »

L’abeille domestique pollinise plusieurs cultures essentielles pour l’alimentation humaine.

La réalisation de la vidéo, tant le côté audio que le côté animation, a représenté un réel défi pour les étudiantes. La contrainte de 60 secondes, aussi. « Nous avons

dû refaire plusieurs fois le texte, indique Sabrina Rondeau. Nous étions deux. Nous pouvions nous consulter sur des mots que l’on pensait connus de tout le monde,

comme “acaricide”. Nous avons plutôt dit “pesticide”, qui est mieux connu. L’animation s’est révélée beaucoup plus compliquée que l’on pensait. »

Les participants de l’Université ont réussi leur première incursion dans le monde de l’animation vidéo, notamment en gérant bien la contrainte de temps

En laboratoire, les chercheurs testent une nouvelle stratégie de lutte contre Varroa destructor, un acarien parasite qui vit au sein de colonies d’abeilles.

Le cerveau d’un poisson-zèbre en bas âge a la particularité d’être transparent.

Il est possible de filmer au microscope l’activité du cerveau de cet animal.


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environnement

Arts et sciences pour verdir Québec Des membres de la communauté universitaire participent au programme Demain la forêt, qui vise à favoriser la plantation d’arbres sur les terrains privés de la ville de Québec par Matthieu Dessureault C’est Jérôme Dupras, président de la Fondation Cowboys Fringants et bassiste du célèbre groupe, qui en a eu l’idée : créer un programme de plantation d’arbres basé sur la science et les arts afin d’améliorer la résilience et la santé de la forêt québécoise. Lancé en c o l l a b o r a t i o n a ve c l a Fondation David Suzuki, le Jour de la Terre et La Tribu, ce projet prend son envol à Québec. Concrètement, il prendra la forme d’un guichet unique destiné aux citoyens et aux entreprises désireux de verdir des terrains privés résidentiels, institutionnels, industriels et commerciaux. En plus des arbres, les participants pourront bénéficier de l’expertise de chercheurs en foresterie. De fait, des comités scientifiques seront formés pour fournir des connaissances sur la plantation en milieu urbain. « La forêt urbaine comprend des défis qui lui sont

propres, notamment en raison de la pauvreté des sols. Souvent, les terrains en ville sont de très mauvaise qualité. De plus en plus, les citoyens s’impliquent pour reverdir certains quartiers et augmenter la couverture arborescente de leur ville, mais on assiste à des échecs de plantations. L’expertise de nos chercheurs sera donc très utile », indique Louis Bernier, codirecteur du Centre d’étude de la forêt. Tout comme l’Institut des sciences de la forêt tempérée et le Centre de la biodiversité du Québec, cette association a invité ses membres à se mobiliser pour la cause. À l’heure actuelle, ils sont plus de 70 chercheurs à travailler sur différents projets, que ce soit en biologie, en écologie ou en aménagement forestier. « Pour nous, ce programme est une occasion de nous rapprocher de la ville. Beaucoup de chercheurs qui travaillent sur le terrain

Des comités scientifiques seront formés pour fournir des connaissances sur la plantation en milieu urbain

le font en dehors des centres urbains. L’idée n’est pas d’arriver avec nos gros sa­­ bots en disant “voici, nous avons les connaissances”, mais plutôt de donner des conseils et de partager l’expérience que nous avons », précise Louis Bernier, aussi professeur au Département des sciences du bois et de la forêt. En plus de la communauté scientifique, la Fondation Cowboys Fringants s’est as­­ sociée à un artiste de Québec. Le peintre et ci­­néaste Martin Bureau, bien connu pour ses œuvres engagées, a créé une lithographie originale, Anthro­­pocène  13, dont les profits permettront de faire des plantations. La Galerie 3, qui le représente, participera à la vente de l’œuvre tirée à 50 exemplaires. L’artiste, diplômé de la maîtrise interdisciplinaire en art, n’a pas hésité une seconde à embarquer dans ce projet. « J’y ai vu une belle occasion de rendre tangible l’engagement que je porte dans mon travail envers les questions environnemen­ tales et géopolitiques, dans notre rapport aux écosys­ tèmes et à la pression qu’on leur impose. Le programme Demain la forêt me semble être un merveilleux legs pour les générations à venir. C’est donc un honneur pour moi d’y participer », dit-il. Outre la vente de l’œuvre, plusieurs autres activités sont prévues afin de promouvoir et de financer le programme, dont des spectacles et des expositions. La Ville de Québec, pour sa part, y investit 100 000 $ par année pendant trois ans. Pour plus d’information : www.jourdelaterre. quebec/demain-la-foret

Avec leur manque de végétation, certains quartiers de Québec, comme Saint-Sauveur, sont particulièrement propices à la formation d’îlots de chaleur. photo Axel Drainville

le fil | le 17 mai 2018

sur le retrait américain de l’accord nucléaire avec l’Iran Q L’accord avec l’Iran peut-il perdurer malgré le retrait des États-Unis ?

Jonathan Paquin

En octobre 2015, l’Iran convenait avec le groupe 5+1, comprenant notamment les États-Unis, de ne pas produire d’uranium enrichi permettant la fabrication d’une bombe nucléaire. En échange, les pays signataires s’engageaient à lever progressivement leurs sanctions économiques contre le régime de Téhéran. Le 8 mai, cet accord a volé en éclats avec le retrait des États-Unis. Le décryptage de Jonathan Paquin, professeur au Département de science politique et spécialiste de la politique étrangère américaine.

Q Comment expliquer que Donald Trump se retire de l’accord nucléaire avec l’Iran tout en tendant la main au leader nord-coréen Kim Jong-un ? R En premier lieu, il faut se rappeler que, durant la campagne électorale, Donald Trump a beaucoup critiqué cet accord. Selon lui, les Américains faisaient toutes les concessions dans cette entente et les Iraniens, aucune. Le candidat s’était donc engagé à s’en retirer. Aujourd’hui, il tient sa promesse. Même si les militants républicains accordent sans doute davantage d’importance à d’autres thèmes, comme l’immigration ou la mondialisation, ils constatent que le président respecte ses engagements. Ce retrait constitue aussi un message poli­tique pour les démocrates, jugés trop mous. Il « détricote » en quelque sorte l’héritage laissé par Barack Obama. Il ne faut pas oublier non plus que Donald Trump e­ ntretient des liens serrés avec le lobby pro-israélien. Il a reconnu Jéru­ salem comme capitale d’Israël et il vient d’y déménager l’ambassade américaine. Enfin, ce retrait envoie un message clair aux Nord-Coréens, alors qu’il est prévu que le président américain rencontre Kim Jong-un le 12 juin à Singapour. L’ad­mi­ nistration américaine affirme ainsi qu’elle ne signera pas n’importe quelle entente, juste pour donner l’impression de réduire les tensions dans la péninsule nordcoréenne. Tout cela ressemble bien à du chantage, un domaine dans lequel Donald Trump est passé maître….

R Il faudra voir si Téhéran respectera l’entente qui existe notamment avec la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni et si le régime politique actuel perdurera. J’espère que les dirigeants européens pourront exercer un contrepoids face aux positions américaines. On a besoin d’eux. Pour l’instant, personne ne sait comment l’Iran réagira à la décision de Washington. Or, cela va déterminer en grande partie la suite des événements. Cette entente représentait pourtant un succès diplomatique retentissant. Rappelez-vous que dans les dernières années de l’administration Georges W. Bush, autour de 2006, certains « faucons » de son cabinet con­ seillaient de bombarder les usines iraniennes d’enrichissement de l’uranium. Heureusement, il n’y a pas eu de frappes. Plus tard, Barack Obama et son équipe ont réussi de peine et de misère à renouer les liens de confiance avec l’Iran, rompus depuis 1979 (lors de la prise d’otages à l’ambassade américaine à Téhéran, NDLR). Ils ont surmonté cet immense problème pour entreprendre avec Téhéran de longues et ardues négociations qui ont duré deux ans et demi. Le retrait américain constitue un jour extrêmement sombre pour la démocratie. On revient au bon vieux réflexe américain « si vous ne faites pas ce que je vous dis, je vais vous attaquer et faire triompher la puissance américaine… ». Cette politique a donné des résultats désastreux en Irak et en Afghanistan. Q Selon vous, les récents échanges de tirs entre Israël et l’Iran sur le plateau du Golan ont-ils un lien avec le retrait américain de l’accord nucléaire ? R L’Iran a répliqué à des tirs israéliens qui avaient visé ses positions syriennes à Homs il y a un mois. Israël considère, en effet, que les Iraniens mènent actuellement une politique expansionniste en Syrie, en profitant du chaos ambiant. C’est clair qu’on assiste depuis quelques mois à un durcissement des positions israélo-américaines envers l’Iran. Un affrontement direct entre Israël et ce pays n’est peut-être pas exclu, pas plus qu’une attaque américaine. Le président Trump a beau être davantage protectionniste que ses prédécesseurs, il nous a habitués à des retournements de situation spectaculaires en matière de politique étrangère. Il y a seulement six mois, les énormes tensions entre les États-Unis et la Corée du Nord risquaient de mener à un conflit direct. Aujourd’hui, les dirigeants des deux pays doivent discuter en juin, alors qu’aucun président américain n’a rencontré son homologue nord-coréen depuis 1953 ! Avec Donald Trump, tout est possible… Propos recueillis par Pascale Guéricolas


entrepreneuriat

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dans les médias… Sur la valorisation du bois mal-aimé

Un entrepreneur doit comprendre les facteurs socioculturels et les normes réglementaires ainsi que les risques que comporte le marché d’exportation.

Brasser des affaires à l’étranger Les risques géopolitiques ont augmenté sous l’administration Trump, mais les entrepreneurs d’ici sont outillés pour leur faire face par Yvon Larose Comment les entrepreneurs québécois et canadiens peuvent-ils gérer les risques géopolitiques dans un contexte mondial de plus en plus incertain ? C’est la question à laquelle quatre experts, dont le professeur Yan Cimon du Département de management, ont tenté de répondre, le 4 mai à Montréal, lors de la quatrième présentation du Forum St-Laurent sur la sécurité internationale. L’événement était organisé par les HEI de l’Université Laval, l’UQAM et l’Université de Montréal. Qu’il s’agisse de l’insécurité en Afrique due aux groupes terroristes, de la montée du protectionnisme en Chine, de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne en 2019 ou de la renégo­ ciation en cours de l’Accord de libreéchange nord-américain (ALÉNA), les risques géopolitiques d’envergure ne manquent pas. Que faire alors si l’on est un entrepreneur québécois ou canadien désireux de prendre maintenant de l’expansion hors des frontières ? « Le risque géopolitique a toujours existé, répond Yan Cimon. Cependant, avec les politiques de la présidence Trump, le niveau d’incertitude sur le plan mondial a augmenté. Les questions sécuritaires prennent de plus en plus d’importance. Cela dit, les entrepreneurs d’ici qui veulent brasser des affaires à l’étranger bénéficient d’un meilleur accompagnement que par le passé. Ils ne doivent pas avoir peur de se lancer à l’international. Il existe de nombreux outils leur permettant de gérer les risques. » Ces risques sont de tous ordres. Un client étranger peut ne pas payer pour le produit reçu. Les variations des taux de change peuvent influer sur la valeur

des transactions. Une entreprise d’ici peut voir ses actifs physiques en sol étranger menacés par l’instabilité politique. Des employés clés peuvent même être enlevés par un groupe terroriste. Les catastrophes naturelles, de plus en plus fréquentes, constituent d’autres formes de risques. Tout comme la cybercriminalité. « Pour beaucoup d’entrepreneurs, poursuit-il, la gestion des risques est subordonnée à la gestion des coûts et aux différentes réglementations. Le risque qui se réalise peut notamment entraîner l’interruption des affaires. » Yan Cimon considère les entrepreneurs québécois et canadiens « très chanceux ». « Ils doivent se préoccuper des risques, dit-il, mais ils ont des outils pour connaître les probabilités de succès que les entrepreneurs de plusieurs autres nations n’ont pas. » Selon lui, il y a plusieurs portes ouvertes, mais il faut travailler. Une vente à l’étranger n’est pas toujours simple à conclure. Il faut comprendre les risques, il faut aussi tenir compte des facteurs socioculturels et des normes réglementaires différentes. Par exemple, il est interdit d’offrir des pots-de-vin, même dans les pays où cela se pratique. « La gestion des ­risques géopolitiques, surtout dans un environnement international, est, somme toute, un jeu assez délicat, ­souligne-t-il. Certains entrepreneurs décident de ne pas faire d’affaires dans certains pays parce qu’ils ne sont pas prêts à accepter les risques, alors que d’autres calculent qu’ils peuvent accepter la probabilité des répercussions de certains risques sur leur profitabilité et leur réputation. Tout est une question d’équilibre. »

Des institutions financières spécialisées, comme Exportation et développement Canada et Investissement Québec, peuvent épauler les entrepreneurs dans leurs démarches. Des délégués commerciaux, aussi. Des guides produits par l’Organisation internationale de normalisation (ISO) permettent d’appréhender les risques, incluant ceux de nature géopolitique. De grands assureurs couvrent les risques politiques en protégeant des actifs physiques à l’étranger. « Le Canada a aussi la chance d’exporter presque 75 % de ses biens et services aux États-Unis, indique le professeur. En plus, il est à cheval sur deux vastes espaces commerciaux. Si le renouvellement de l’ALÉNA n’aboutissait pas, le Canada, en étant membre de l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste ainsi que de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne, serait dans une situation unique de décision. »

Le Canada exporte presque 75 % de ses biens et services aux États-Unis

Évelyne Thiffault, Département des sciences du bois et de la forêt RDI Info, 9 mai

Regroupés sous le nom de « bois mal-aimé », les arbres qui ne présentent pas d’intérêt pour l’industrie forestière étaient auparavant laissés sur les parterres de coupe. « Comme ils sont maintenant très abondants et qu’on comprend de plus en plus l’importance des produits du bois dans la lutte contre les changements climatiques, on les regarde d’un autre œil et on cherche des fa­­ çons de les valoriser en les utilisant pour fabriquer différents produits », ex­­ plique Évelyne Thiffault. On pense notamment en tirer des biocarburants ou de nouveaux matériaux de construction.

Sur le prix du cannabis

James Eaves, Département de management Le Soleil, 9 mai

L’un des effets de la léga­ lisation du cannabis au Canada devrait être une baisse importante des prix. C’est le point de vue de l’économiste James Eaves. « Dans tous les marchés libéralisés, on a noté une baisse rapide des prix et une hausse du choix. Au Colorado, depuis 2015, le prix du cannabis en gros a diminué de 50 %. En Oregon, la baisse est de 40 % seulement pour les six derniers mois ! »

Sur les inégalités de revenu chez les aînés

Frédéric Hanin, Département des relations industrielles Conseiller.ca, 10 mai

Le nombre de Québécois âgés de plus de 65 ans ­augmente de façon im­­ portante. Au milieu du ­siècle, on prévoit qu’ils formeront près de 30 % de la population. Selon Frédéric Hanin, on constate une augmen­ tation des inéga­lités de revenu chez ces personnes. « Tous les ré­gimes de retraite ont des plafonds, donc à partir d’un certain montant, on ne cotise plus. Cela génère des inégalités de plus en plus fortes. Si on garde le même système qu’au­ jour­d’hui, cet écart va continuer à augmenter. »


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Design et philanthropie Mission réussie pour les étudiants en architecture à qui on avait confié le mandat de transformer l’espace du pavillon PierreLassonde le temps d’un gala philanthropique par Matthieu Dessureault Le défi était de taille et ils l’ont relevé avec brio. Quatre étudiants à la maîtrise en architecture, Francis Gaignard, Sandrine Gaulin, Carine Huot et Gabriel Lemelin, ont revisité les aires principales du pavillon Pierre-Lassonde avec des installations inspirées des qualités architecturales du lieu. Leur concept, choisi par un jury à l’issue d’un concours organisé par l’École d’architecture et le Musée national des beaux-arts du Québec, a été réalisé avec l’aide des autres étudiants du cours Projet d’architecture et fabrication numérique. Le grand dévoilement a eu lieu le 5 mai à l’occasion d’une soirée chic et festive réunissant près de 500 mécènes et personnalités publiques. Intitulée Philanthropie, l’œuvre se veut un hommage aux donateurs qui ont rendu possible la construction du pa­­ villon Pierre-Lassonde. « Notre mandat était de construire une œuvre d’architecture éphémère pour accompagner les invités du gala dans leurs déplacements. Nous avons choisi le thème de la philanthropie puisque c’est en lien avec la soirée, qui visait à amasser des fonds pour la Fondation du Musée », explique Carine Huot.

Pour mener à bien leur projet, les étudiants ont bénéficié des conseils de l’architecte ayant conçu le pa­­ villon, Shohei Shigematsu. Ils ont aussi travaillé en étroite collabo­ ration avec Olivier Dufour et son équipe. Celui à qui on doit de nombreux spectacles multimédias se dit ravi de son expérience. « Ce fut un Sous la direction artistique du concep- grand bonheur de travailler avec les teur multimédia Olivier Dufour, les étu- étudiants. Ce projet a permis de diants ont enveloppé les murs du Musée marier notre expérience en technoloet l’escalier monumental d’une pellicule gies avec leurs idées, qui étaient très plastique. Toute la soirée durant, ce audacieuses. Des fois, on met plein matériau permettait de faire réfléchir les d’idées de côté en se disant qu’elles silhouettes des invités. Il servait aussi de ne sont pas réalisables. Les étudiants, support à des projections élaborées par eux, sont arrivés sans a priori, avec Olivier Dufour et son équipe. « Nous des propositions qui nous ont pousavons voulu créer un effet de surprise, sés à nous dépasser. Ce fut super dit Carine Huot. Le pavillon Lassonde a inspirant. » Le processus s’est aussi avéré des été beaucoup médiatisé depuis son ouverture ; on est habitué de le voir. Par plus formateurs pour ces futurs archiune simple application d’une pellicule tectes. « Une fois que leur projet a été réfléchissante, on vient complètement choisi par le jury, les étudiants ont dû faire face à la réalité du milieu changer l’expérience. » L’utilisation de ce matériau permettait muséal. Travailler dans un lieu neuf aussi de mettre en lumière les noms des et tout propre comme le pavillon donateurs gravés ici et là sur les murs et Pierre-Lassonde engendre des comle grand escalier. Les reflets générés par plexités ; on ne peut pas installer l’œuvre font référence aux retombées d’échafaudage, il faut être délicat dans des dons sur l’établissement muséal. « Ce la construction. En plus des con­ que j’apprécie du projet Philanthropie, traintes budgétaires, de mise en place c’est qu’il évoque la relation fine entre et de sécurité, c’est le défi qu’ils ont su l’individu et la collectivité, soit comment relever », explique leur professeur le geste philanthropique contribue de Samuel Bernier-Lavigne. Vous avez manqué le Gala MNBAQ ? façon importante à la communauté », souligne Annie Talbot, présidente-­ Bonne nouvelle : les installations se­­ directrice générale de la Fondation du ront accessibles au public pendant encore quelques jours. MNBAQ, qui faisait partie du jury.

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1. Le professeur Samuel Bernier-Lavigne et les étudiants du cours a été choisi à l’issue d’un concours organisé conjointement par l’É

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3, 4 et 5. Inspiré du Met Gala, à New York, le Gala MNBAQ est une soirée chic et festive mettant en honneur la philanthropie. L’équipe du Musée espère en faire un événement récurrent. 6. Les invités


Gala MNBAQ

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s Projet d’architecture et fabrication numérique devant une partie de l’œuvre qu’ils ont construite. 2. Le concept de Francis Gaignard, de Sandrine Gaulin, de Carine Huot et de Gabriel Lemelin École d’architecture et le MNBAQ.

Intitulée Philanthropie, l’œuvre se veut un hommage aux donateurs qui ont rendu possible la construction du pavillon Pierre-Lassonde

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s ont eu droit à plusieurs surprises, dont une prestation musicale de Robert Charlebois. photos Ida Labrie

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sciences

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en bref

L’art d’être concis ! Le 2 mars, le doctorant en sciences et tech­ nologie des aliments Guillaume Dufton avait remporté la finale de l’Université Laval du concours Ma thèse en 180 secondes. Sa prestation lui avait également permis de gagner le Prix du public. Le 9 mai, à l’Université du Québec à Chicoutimi, il participait à la finale nationale du concours. Celle-ci s’est déroulée dans le cadre du 86e Congrès de l’Association francophone pour le savoir – Acfas. Quatorze finalistes provenaient d’universités québécoises et un finaliste d’une université ontarienne. Le représentant de l’Université Laval a remporté le troisième prix du jury. Son exposé de trois minutes s’intitulait « Développement et optimisation d’un procédé électrodialytique permettant la désacidification du lactosérum acide ». Le concours Ma thèse en 180 secondes permet à des étudiantes et étudiants au doctorat de démontrer leurs aptitudes de communicateur et de vulgarisateur scientifique en faisant un exposé clair, concis et convaincant, avec des termes simples et devant public, sur leur ­propre projet de recherche. Pour en savoir plus sur le grand gagnant de l’Université Laval ou sur ce concours : bit.ly/2wKxxb1

Un art millénaire Artiste renommé, Truong Chanh Trung en­­ seigne la peinture à l’encre de Chine à l’Université du 3e âge de Québec. Ses étudiants présentent les fruits de leurs efforts dans une exposition à la bibliothèque Charles-H.-Blais. D’encre et de lumière réunit plusieurs œuvres réalisées à partir de techniques ancestrales. Chaque année, l’atelier de Truong Chanh Trung permet aux participants d’exprimer leur créativité et de découvrir le rituel qui entoure l’art asiatique. En plus d’enseigner la calligraphie, l’aquarelle, l’acrylique et la sculpture, Truong Chanh Trung a réalisé de nombreuses œuvres d’art public. Installé à Québec depuis 1980, il fait partie des premiers étudiants à avoir obtenu une maîtrise en arts visuels à l’Université Laval. œuvre Louise Robitaille-Roy

Jusqu’au 3 juin, à la bibliothèque Charles-H.Blais (1445, avenue Maguire). L’entrée est libre. Pour plus d’information sur la démarche de l’artiste : www.chanhtruong.com

Deux des quatre probiotiques testés par les chercheurs proviennent de bactéries présentes naturellement dans le microbiote intestinal de l’abeille. L’étude montre que ces bactéries ont un effet protecteur intéressant contre un champignon pathogène de l’abeille. photo Muhammad Mahdi Karim

Dans le ventre de l’abeille Des probiotiques provenant de l’intestin de cet insecte le protègent contre une infection fongique par Jean Hamann Il n’y a pas que les humains qui gagnent à avoir un microbiote en santé. Des chercheurs du Département de biologie et de l’Institut de biologie intégrative et des systèmes viennent de démontrer que l’ajout de probiotiques à la nourriture des abeilles leur permet de mieux résister au champignon microscopique responsable d’une maladie appelée nosémose. La diminution de la mortalité due à cette maladie chez les abeilles recevant des probiotiques peut aller jusqu’à 40 %, rapportent les chercheurs dans la revue Frontiers in Ecology and Evolution. La nosémose est principalement causée par Nosema ceranae, un champignon unicellulaire d’origine asiatique que les abeilles ingèrent avec leur nourriture et qui se développe dans les cellules de leur paroi intestinale. « Dans des conditions normales, N. ceranae ne cause pas de problème aux abeilles, mais lorsque celles-ci sont soumises à des stress, le microorganisme échappe au contrôle du système immunitaire et l’infection entraîne des diarrhées ainsi que des perturbations du butinage, une réduction du soin aux larves, des problèmes d’orientation et une hausse du taux de mortalité », explique le responsable de l’étude, Nicolas Derome. Présentement, la nosémose est traitée à l’aide d’antibiotiques, mais leur efficacité est en baisse en raison de l’émergence de souches résistantes du champignon. « De plus, ces produits peuvent détruire des bactéries bénéfiques présentes dans le microbiote des abeilles, précise le professeur Derome. Il faut trouver d’autres solutions contre cette maladie et c’est ce qui nous a donné l’idée de tester des probiotiques. »

Les chercheurs ont mesuré l’efficacité de quatre probiotiques sur la prévention et le traitement de la nosémose chez des abeilles placées dans des cages en laboratoire. Deux de ces probiotiques, le Bactocell et le Levucell, sont des produits commerciaux utilisés dans les élevages de porcs, de poulets, de crevettes et de salmonidés. Les deux autres probiotiques contiennent des bactéries – P. apium et Bacillus sp. – que les chercheurs ont isolées du microbiote intestinal d’abeilles. Ces probiotiques ont été administrés aux abeilles en les mêlant à des sirops de sucre. Résultats ? Après deux semaines de tests, les chercheurs ont constaté que le taux de mortalité d’abeilles infectées par N. ceranae était entre 20 % et 40 % plus bas chez celles recevant des probiotiques que dans le groupe témoin. Les quatre probiotiques testés ont affiché une efficacité similaire. « Nos résultats suggèrent que des bactéries du microbiote des abeilles peuvent être aussi efficaces que des probiotiques commerciaux pour traiter la nosémose, constate le professeur Derome. Fait à signaler, les probiotiques testés ne réduisent pas le nombre de N. ceranae présents chez les abeilles, mais ils leur permettent de mieux les tolérer. » Le chercheur et ses collaborateurs entendent profiter des propriétés protectrices des microorganismes présents dans le microbiote de l’abeille pour développer de nouveaux moyens de lutte contre la nosémose. « Des tests que nous avons effectués dans des colonies d’abeilles suggèrent que P. apium est notre meilleur candidat comme probiotique. Nous avons aussi

repéré d’autres souches microbiennes intéressantes et nous espérons maintenant développer une combinaison de probiotiques pour lutter contre la nosémose chez l’abeille. La véritable solution à cette maladie consiste toutefois à trouver et à corriger la source des stress qui perturbent les abeilles », insiste Nicolas Derome. L’étude parue dans Frontiers in Ecology and Evolution est signée par Sarah El Khoury, Pierre-Luc Mercier, Bachar Cheaib, Sidki Bouslama, Pierre Giovenazzo et Nicolas Derome, du Département de biologie, Andrée Rousseau, du Centre de recherche en sciences animales de Deschambault, Alexandre Lecoeur, de l’Université Paris-Diderot, et Vanessa Demey et Mathieu Castex, de Lallemand inc.

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Nous espérons maintenant développer une combinaison de probiotiques pour lutter contre la nosémose chez l’abeille


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Incursion au mitard

arts

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Le MNBAQ propose de revivre le séjour du journaliste Jules Fournier dans l’ancienne prison de Québec avec une immersion sonore en 360 degrés par Matthieu Dessureault Autres temps, autres mœurs : le 12 juin 1909, le journaliste Jules Fournier est condamné par le juge François Langelier pour avoir publié un article diffamatoire au sujet du juge… François Langelier ! Durant 17 jours, il sera enfermé à la prison de Québec, où il rédigera un texte sur ses conditions de détention. Le Musée national des beauxarts du Québec (MNBAQ), qui abrite l’ancienne prison, s’est basé sur son récit pour créer une expérience audio immersive. Ce projet a été réalisé avec la collaboration de la firme Peak Media et du pro­ fesseur Jonathan Livernois, du Département de littérature, théâtre et cinéma. Pour vivre l’expérience, d’une durée de huit minutes, le visiteur doit s’asseoir dans l’une des cellules, enfiler un casque d’écoute et suivre les instructions à l’écran. Il

peut alors entendre la voix d’un comédien qui incarne Jules Fournier et se plonger dans l’univers carcéral de l’époque grâce aux effets sonores diffusés en 360 degrés. Entre les grincements de portes et le son des coquerelles et des rats qui peuplent la cellule, l’effet est pour le moins saisissant ! Souvenirs de prison est un projet issu de l’Alliance culture+numérique, une association lancée par l’Université Laval qui réunit des organismes et des entreprises intéressés à développer des initiatives liant culture, numérique et science. C’est AnneJosée Lacombe, responsable de la médiation numérique au MNBAQ, qui a fait appel au professeur Livernois, spécialiste de l’histoire de la littérature, pour s’assurer que le contenu de la narration soit conforme à la pensée du journaliste. « Le texte original de Fournier est

L’expérience immersive est proposée en français et en anglais. L’écran tactile permet de choisir la langue.

une plaquette d’une soixantaine de pages. Anne-Josée voulait écourter le récit tout en respectant le style de l’auteur et en s’assurant qu’il n’y ait pas d’anachronisme ou d’erreur par rapport à l’époque », explique Jonathan Livernois. Paru en 1910, ce texte de Jules Fournier est un chef-d’œuvre ­d ’humour. Caustique et un brin provocateur, le journaliste y ra­­ conte son séjour carcéral, disséminant ici et là de savoureux commentaires sur l’alimentation et l’hygiène. Il blague, entre autres, sur le repas offert chaque jour aux détenus : du skelley, un gruau qu’il décrit comme « une espèce de moulée opaque ayant à peu près la consistance et la saveur de la colle forte diluée ». Quant à son geôlier, il le compare à un gouverneur, « immobile et ri­­gide comme la statue du Comman­deur ». Au sujet des coquerelles, avec lesquelles il a appris à cohabiter, il écrit : « Matin, midi et soir, je ne guettais qu’elles dans l’établissement. Le soir, en particulier, c’était avec un intérêt toujours nouveau que je les voyais former leurs imposantes cohortes, pour monter, en rangs épais, à l’assaut des fromages épars en nos tiroirs. Touchante image de nos députés aux deux parlements ! » Bien au fait des écrits de celui qui fut journaliste pour La Presse, Le Canada, La Patrie et Le Devoir, entre autres, Jonathan Livernois a pris un malin plaisir à se replonger dans ce texte. « Fournier est un personnage très intéressant. On l’associe souvent à des journalistes pamphlétaires comme Olivar Asselin et Arthur Buies, qui n’hésitaient pas à critiquer le système.

Coincés dans une cellule exiguë, les visiteurs du Musée national des beauxarts du Québec peuvent se plonger dans l’univers de cette ancienne prison qui a été en activité jusqu’en 1970.

Dans son texte, il fait de l’humour typique de sa manière d’exprimer des idées. C’est très amusant de le lire ! » À l’image de Souvenirs de prison, le professeur voit un énorme po­­ tentiel de collaboration entre les chercheurs de l’Université Laval et le MNBAQ. Il caresse le rêve de créer un autre projet de médiation qui tournerait cette fois autour de la collection Maurice-Duplessis. De fait, le Musée a fait l’acquisition en 1959 de plusieurs œuvres d’art ayant appartenu au politicien. « Bientôt, nous célébrerons le 60e anniversaire de l’acquisition de

cette collection. Duplessis était un grand collectionneur d’art. À sa mort, sa famille a légué au MNBAQ une importante collection, dont plusieurs toiles de Krieghoff. Il serait intéressant de montrer comment l’acquisition s’est faite et quels sont les liens qui unissent certaines œuvres à la pensée de Duplessis. » L’expérience Souvenirs de prison est offerte en continu au 2e étage du pavillon Charles-Baillairgé du MNBAQ. Pour plus d’information sur l’Alliance culture+numérique : allianceculturenumerique.org

Souvenirs de prison est un projet issu de l’Alliance culture+numérique, une association qui réunit des organismes et des entreprises intéressés à allier culture, numérique et science

Les cellules se trouvent dans le pavillon Charles-Baillairgé. Classé monument historique, ce bâtiment fait partie du complexe muséal depuis 1991.


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actualités UL

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en bref Ce concours célèbre l’image comme moyen de communication scientifique

Design réfléchi Jour J pour les finissants du programme de baccalauréat en design graphique ! L’exposition NU – Le design réfléchi, au Musée de la civilisation, présente le résultat de leurs trois années d’études. Le vernissage aura lieu sous la présidence d’honneur de 32 MARS. À l’exposition s’ajoute une série de conférences par des professionnels du design et des communications. Plus de 150 personnes du domaine créatif de la région de Québec sont attendues pour l’occasion. Du 24 au 27 mai, au Musée de la civilisation (85, rue Dalhousie). Pour plus d’information : www.facebook.com/exponu

Trésors cachés

Haute définition cosmique, de Laurent Drissen et Alexandre Alarie.

Il faut le voir pour le croire ! Deux photos soumises par des chercheurs de la Faculté des sciences et de génie figurent parmi les œuvres finalistes du concours La preuve par l’image par Jean Hamann

VERTIGES Faite principalement d’aluminium, cette imposante sculpture de René Taillefer surplombe la section centrale du petit atrium de la cafétéria du pavillon Alphonse-Desjardins. Les formes qui occupent le premier étage sont faites de courbes irrégulières qui évoquent l’énergie vitale de l’activité humaine et l’élan créateur. Les formes du deuxième étage sont rigoureusement géométriques. Elles donnent une impression d’équilibre et de force ascensionnelle. Le cylindre tronqué au sommet de la sculpture rappelle l’un des piliers du patio situé près de la terrasse, à l’angle sud du puits de lumière. photo Marc Robitaille

Curieux de découvrir d’autres œuvres de l’Université Laval ? Consultez le site de l’art public de l’Université: www.ulaval.ca/lart-public/ repertoire-des-oeuvres/

Les 20 photos finalistes du concours La preuve par l’image 2018 de l’Association francophone pour le savoir – ACFAS sont maintenant connues. Deux œuvres soumises par des chercheurs de la Faculté des sciences et de génie font partie de la sélection du jury. Rappelons que ce concours vise à célébrer l’image comme moyen de communication scientifique. Les œuvres retenues ont été réalisées par des chercheurs et elles sont en lien direct avec leurs travaux de recherche. Cynthia Gagné-Thivierge et Steve Charette, du Département de biochimie, de microbiologie et de bio-informatique, proposent une image intitulée Coopération bactérienne. Composée de photos prises par microscopie optique puis colorisées à l’aide d’un logiciel d’analyse, leur œuvre montre trois biofilms construits par la bactérie Pseudomonas aeruginosa. Ces biofilms permettent aux bactéries de coopérer pour mieux coloniser un milieu aqueux. Certaines souches construisent des biofilms robustes et résistants, comme sur la photo du haut, alors que d’autres souches construisent des biofilms moins structurés. Les recherches visant à comprendre la cause de ces diffé rences aideront à lutter contre cette bac térie indésirable. Laurent Drissen, du Départe ment de physique, de génie physique et d’optique, et Alexandre Alarie, de l’Université nationale autonome du Mexique, proposent une œuvre intitulée Haute définition cosmique. On y voit une petite portion de la nébuleuse IC 443 résultant de la violente explosion d’une étoile massive.

L’hydrogène, l’oxygène et le soufre y apparaissent respectivement en orangé, en bleu et en vert. L’image, dont la définition est de 4 millions de pixels, a été réalisée au Télescope Canada-France-Hawaï à l’aide du

spectromètre- imageur SITELLE. Cet appareil a été conçu et fabriqué par l’équipe du professeur Drissen avec l’étroite collaboration de la firme ABB de Québec. Le public est invité à voter pour sa photo « coup de cœur » en se rendant à l’adresse ici.radiocanada.ca/concours/la_preuve_ par_l_image/2018/. Une exposition réunissant les photos finalistes sera présentée du 19 juin jusqu’à la fin janvier 2019 au Planétarium Rio Tinto Alcan à Montréal.

Coopération bactérienne, de Cynthia Gagné-Thivierge et Steve Charette.


sur le campus

le fil | le 17 mai 2018

Si elle s’est déjà produite dans d’autres contextes, notamment dans le temps des Fêtes et avant des matchs au PEPS, la chorale « Allez, rions ! » a été créée pour Laval en spectacle, un événement pour lequel elle présente un répertoire différent chaque année.

Le côté givré du personnel UL Laval en spectacle offre, cette année encore, un aperçu des talents artistiques de plusieurs employés de l’Université Laval par Matthieu Dessureault Louis-René Rheault est co­nseiller en systèmes d’information au Bureau du re­­ gistraire. Lorsqu’il ne jongle pas avec les chiffres et les statistiques, il souffle des airs dans son tuba, un instrument qui lui permet de lâcher son fou. Son amour de la scène l’a amené à cofonder Laval en spectacle. Devenu une tradition annuelle sur le campus, cet événement offre la chance aux employés de l’Université et aux retraités de l’établis­ sement de présenter un nu­­ méro, que ce soit en musique, en chant, en danse, en acrobatie ou en humour. « Laval en spectacle est une soirée où il y a ni statut d’emploi ni ­hiérarchie, mais que du plaisir et de la découverte ! D’une année à l’autre, le niveau de qualité des numéros est très impressionnant », assure Louis-René Rheault.

Au programme cette année, du flamenco, du tango, du chant, de la poésie, des reprises de pièces des Beatles et des compositions originales

Cette toile de Claudie Tremblay a été réalisée lors d’un stage de créativité avec l’artiste-peintre Seymour Segal en 2017.

Curieux ? Ça va se passer le 1er juin, à 19 h 30, au Théâtre de la cité universitaire. En tout, une quarantaine d’ar­ tistes feront des prestations. Il y aura du flamenco, du tango, du chant, de la poésie, des reprises de pièces des Beatles et des compositions origi­nales. Animé par JeanPaul Laforest, adjoint à la vice-rectrice aux ressources hu­­maines, le spectacle sera aussi l’occasion d’entendre la chorale « Allez, rions ! » revisiter des œuvres d’Ingrid St-Pierre, de Zaz et du groupe OneRepublic. Comme son nom l’indique, cette chorale dirigée par Louis-René Rheault prône le plaisir avant tout. Ouverte à tous, elle couvre un répertoire très varié. « La chorale “Allez, rions !” permet aux gens qui n’ont pas de numéro à présenter de vivre l’expérience de la scène. Le choix des chansons est fait de fa­­ çon à permettre aux membres d’avoir du plaisir et de toucher différents styles, comme la chanson française, le rock, le disco ou encore le gospel », explique l’employé du Bureau du registraire. Laval en spectacle, ce n’est pas seulement des arts de la scène. C’est aussi une ex­­ position d’art visuel pré­ sentée en amont de l’évé­ nement. De la peinture à la photographie, en passant par le dessin, le collage et la sculpture, une vingtaine d’œuvres sont exposées à l’Espace jardin du pavillon Alphonse-Desjardins. Il s’agit d’une année record pour le taux de participation. « Une des particularités de cette exposition est l’espace créé pour mettre en valeur les talents des employés, ­toutes catégories confondues, de l’Université. C’est une occasion qui s’offre de connaître un autre aspect de ses collègues et de contempler de belles œuvres », dit Claudie Tremblay, coordonnatrice d’opérations au Service de sécurité et de prévention. En plus de faire partie du comité organisateur de l’exposition, elle y présente une œuvre, Reconnaissance. Cette toile a été réalisée lors d’un stage de créativité avec l’artiste-peintre Seymour Segal. « Je n’avais aucune idée ni intention sur sa finalité, admet-elle. À partir de coups de crayon, j’ai tracé des lignes qui sont devenues un tronc d’arbre. J’ai alors pensé à mes amis et à ma famille et je les ai représentés par des couleurs. Je leur ai donné une forme en les entourant d’un trait argenté. C’est comme ça que ça s’est fait, sans trop savoir où j’allais. » Le résultat, chose certaine, est à voir. L’exposition est présentée jusqu’au 21 mai. Pour plus d’information : lavalenspectacle.ulaval.ca

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Femme de lettres, de raison et de cœur La doctorante Virginie Francoeur avance dans la vie en maintenant un équilibre subtil entre deux passions aux antipodes : l’écriture littéraire et la gestion par Yvon Larose Virginie Francoeur, doctorante en sciences de l’administration avec charge de cours, se souviendra sans doute longtemps de la fin du mois de février 2018. Coup sur coup, elle publie deux livres, l’un aux Presses de l’Université Laval (PUL), l’autre aux Écrits des Forges. Le premier est un essai intitulé Leadership machia­ vélique, coécrit avec son directeur de thèse, le professeur Pascal Paillé du Département de management. Le second est un recueil de poèmes intitulé Inde mémoire, un ouvrage inspiré d’un séjour humanitaire, comme enseignante bénévole, en Inde. « Je ne suis pas deux heures en science et deux heures en art, c’est un continuum », explique celle qui se définit comme une passionnée de mots. « C’est vraiment le yin et le yang, poursuit-elle. Mes deux hémi­ sphères sont en symbiose, ce qui me permet d’être équilibrée. » Virginie Francoeur se perçoit comme une musicienne maîtrisant différents styles. Pour elle, un texte scientifique ressemble à une symphonie classique avec sa structure et sa rigueur. Un poème, « ce flash d’émotions », se rapproche d’une pièce de jazz avec son écriture beaucoup plus libertaire, éclatée, improvisée. « Il y a toujours une poésie du langage dans mon écriture plus scientifique, indique-t-elle. La poétesse en moi me permet d’être plus sensible aux autres, de percevoir les enjeux organisationnels différemment, de remettre en question des idées en gestion. » Son amour des lettres, l’étudiante le tient de ses parents, le poète rock Lucien Francoeur et la poétesse Claudine Bertrand. « J’ai grandi entourée de livres dans un milieu très artistique, raconte Virginie Francoeur. J’ai commencé à étudier en gestion pour m’éloigner du milieu littéraire. J’avais besoin de trouver ma voie. Aux HEC, j’ai d’abord étudié en finance, puis en ressources humaines. Ensuite, je suis comme revenue aux sources. En fait, je n’ai jamais cessé de lire et d’écrire. L’écri­ture a toujours coulé dans mes veines. Remettre en question, dénoncer, revendiquer : je suis une re­­ belle dans l’âme. En ce sens, je suis la digne fille de Lucien Francoeur ! » Dans Leadership machiavélique, les coauteurs repensent la manière d’envisager notre modèle de leadership. Ce livre découle de deux constats. D’une part, les étudiants en gestion démontrent un intérêt grandissant pour les programmes d’enseignement centrés sur la responsabilité sociale des entreprises et sur la gestion éthique valorisant la qualité des relations interpersonnelles. D’autre part, les enseignants continuent de

Virginie Francoeur et ses deux récentes publications.

reproduire, dans leur enseignement, les principes de domination classiques axés sur le produire plus, mieux et à moindre coût. Le livre de 55 pages compare deux ouvrages : Alpha Leadership : les 3 A : anticiper, aligner, agir, de Deering, Dilts et Russell, et Le Prince, de Machiavel. « Les rapprochements sont frappants, dit-elle. Mais le livre ne fait pas que critiquer. Il propose et explique de nouveaux modèles de gestion plus humanistes. » Dans le recueil Inde mémoire, la doc­ torante fait entendre la voix de personnes marginalisées qu’elle a connues lors de son séjour en Inde, en 2015. Nous sommes loin ici des panoramas de cartes postales. Ce récit d’un voyage poétique est vu sous l’angle du dépaysement intérieur. La même année, la jeune auteure faisait paraître chez le même éditeur un recueil de poèmes inspiré d’un séjour en Chine intitulé Encres de Chine. Il y a quelques semaines, Virginie Francoeur a signé un contrat avec les PUL pour la production d’un ouvrage sur l’exposition pour le moins originale qu’elle a mise sur pied en 2017. Des étudiants en création littéraire et en design graphique avaient été mis à contribution. Ils devaient écrire un texte et créer une affiche à partir d’articles scientifi­ ques écrits par des chercheurs de la FSA ULaval. « Avec l’exposition, soulignet-elle, je voulais démontrer qu’on peut être en administration et avoir un imaginaire. Je voulais démontrer qu’il y a une complémentarité entre la science et l’art. Avec le livre, je vais montrer que certains professeurs ont des pratiques pédagogiques réellement créatives. » En juin, Virginie Francoeur sera à Paris pour présenter Inde mémoire au Marché de la poésie. En septembre, elle lancera Jelly Bean, son premier roman, chez Druide. « Dans Jelly Bean, explique-telle, je suis les questionnements de trois jeunes femmes. Je joue beaucoup avec le langage parce que je trouve que nous sommes une génération qui se cherche à travers le langage. »


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environnement

le fil | le 17 mai 2018

La ville verte de l’Arthabaska Victoriaville doit son succès en développement durable à l’éducation des jeunes, à l’implication citoyenne, à l’entraide et au leadership municipal par Yvon Larose Cette année, 25 étudiantes et étudiants, tous finissants de la maîtrise en aménagement du territoire et développement régional, ont mené sept projets de recherche sur la ville de Victoriaville et ses environs dans le cadre de l’Essai-laboratoire en aménagement et développement. Le 4 mai, au pavillon FerdinandVandry, ils ont présenté les faits saillants de leurs travaux menés durant les sessions d’automne et d’hiver. Dans l’un de ces projets, les étudiants Vincent Dricot, Lounès Félicin et Dominique Gagnon, supervisés par la professeure Geneviève Cloutier, ont exploré la dimension « verte » de ce chef-lieu de la MRC d’Arthabaska. Cette ville est reconnue comme le « berceau du développement durable » au Québec grâce aux nombreux efforts effectués dans le domaine du recyclage et de l’environnement, et ce, de­­ puis les années 1970. Les étudiants ont analysé des documents et des sites officiels, ils ont fait des entretiens semi-dirigés auprès de répondants clés et ils ont assisté à des ateliers de discussion. « Lorsqu’on pense au développement durable, on pense aux grandes villes, explique Lounès Félicin. Le développement durable dans une ville de 46 000 habitants comme Victoriaville peut paraître difficile à mettre en œuvre. Pourtant, depuis une trentaine d’années, les autorités essaient et réussissent à vendre cette image d’une ville de développement durable, avec plein d’activités de récu­ pération et de recyclage. » Victoriaville est réputée pour sa qualité de vie, pour son côté novateur et technologique ainsi que pour la proximité qu’entretiennent les acteurs de la vie municipale avec les ci­­ toyens au moyen de démarches participatives. Dans cette ville, la dynamique locale en matière de développement durable s’appuie sur un tissu social « tissé serré ». « Les jeunes s’initient au développement durable dès l’école primaire, indique Lounès Félicin. Ils apprennent des concepts tels que le compostage, le respect de l’environnement et le recyclage. Parce qu’elle est tissée serré, la population a fait le choix de la cohésion sociale, du consensus. Les leaders lo­­ caux, eux, jouent le rôle de rassembleurs, de porte-paroles du développement durable, en particulier le maire. » Le côté « vert » de Victoriaville s’incarne notamment dans le Centre de formation en entreprise et récupération Normand-Maurice. Ce centre axé sur l’environnement accom­ pagne les jeunes en difficulté en leur offrant une formation préparatoire au marché du travail. À l’Hôtel de ville, la flotte de véhicules municipaux se meut à l’électricité. Des programmes encouragent la rénovation des bâ­­ timents. Plusieurs espaces verts ont vu le jour dans la municipalité. Règle générale, la Ville apporte son soutien aux activités DD issues du dynamique milieu communautaire. La communication avec les citoyens passe par des sites Internet, des comptes sur les réseaux sociaux et les médias traditionnels. Selon Lounès Félicin, le développement durable semble faire consensus dans la population. Une majorité des répondants à un sondage mené par les étudiants se disent satisfaits de la collaboration de la Ville et fiers de vivre dans un endroit qu’ils jugent à échelle

humaine, où les liens sociaux sont forts et où il est facile de s’engager socialement. Une ville où les initiatives citoyennes sont habilement mises en valeur par les élus. « À Victoriaville, ajoute-t-il, le développement durable, pour les citoyens, se résume à protéger l’environnement. Ainsi, on éco­ nomise l’eau, on fait le tri des matières résiduelles. Mais la municipalité fait beaucoup d’efforts pour développer les deux autres volets du DD : l’économique et le social. Elle veut faciliter la venue d’entreprises. Elle veut aussi faciliter la venue et la rétention d’immigrants. » Sur le plan urbanistique, la municipalité continue de s’étendre. « Elle s’est pas mal étalée sur des terres agricoles au fil des années, dit-il. Certains des nouveaux quartiers sont peu durables, notamment parce qu’ils sont “tout-à-l’automobile”. » L’étude révèle que les projets DD sont ponctuels, la plupart en lien avec la récupération et le recyclage. « Comme si on cherchait à rester en surface, pour éviter de bousculer les habitudes », écrivent les auteurs dans leur rapport. Lounès Félicin renchérit. « C’est un choix de la population, souligne-t-il. On évite les éléments de chicane, on évite ce qui ne fait pas consensus. » Selon les auteurs du rapport, les décideurs locaux gagneront à accorder plus de place aux débats afin « de pousser le projet DD plus loin et de manière cohérente. Cela voudra dire faire face à la critique et gérer d’éventuelles tensions. Cela passera aussi par une planification stratégique globale. » La professeure Cloutier va dans le même sens. « Victoriaville, écrit-elle dans le rapport, gagnerait à oser avoir plus d’attentes en matière d’urbanisme durable. En se donnant des critères de performance à grande échelle, allant au-delà de la maison et des habitudes individuelles, le chef-lieu d’Arthabaska pourrait tracer le chemin à suivre tant pour les autres municipalités que pour la collectivité. »

Le Jardin des rendez-vous, l’un des nombreux espaces verts de Victoriaville. photo Ville de Victoriaville

Victoriaville s’illustre comme un terreau fertile pour les initiatives citoyennes en matière de développement durable. Ici, un atelier de discussion sur le DD dans un café.

Les étudiants Lounès Félicin, Vincent Dricot et Jean-Philippe Michaud en compagnie d’Yvon Camirand. Ce dernier, un enseignant retraité de Victoriaville, leur parle de l’activité pédagogique Un Arbre – Une Vie visant à développer la conscience sociale des élèves du primaire et leur implication dans la protection de l’environnement.

Cette ville est reconnue comme le « berceau du développement durable » au Québec grâce aux nombreux efforts effectués dans le domaine du recyclage et de l’environnement, et ce, depuis les années 1970


sports

le fil | le 17 mai 2018

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photo Hubert Gaudreau

en bref

À vos bâtons ! Avec le retour du beau temps, l’espace extérieur du Golf du PEPS est maintenant accessible aux golfeurs par  Jenny Aumais Même si le printemps a traîné la patte cette année, l’espace extérieur du Golf du PEPS est prêt à accueillir les vrais mordus. Alors, golfeurs, il est l’heure de sortir vos bois et vos fers et de profiter pleinement des installations situées à deux pas du PEPS, au coin du chemin Ste-Foy et de l’avenue du Séminaire. Dans sa partie extérieure, le Golf du PEPS propose 61 espaces de frappe, une fosse de sable, un vert d’entraînement et des cibles géantes. Ces caractéristiques assurent aux golfeurs débutants comme

Soixante et un espaces de frappe, une fosse de sable, un vert d’entraînement et des cibles géantes sont offerts aux golfeurs

peu importe son âge ou son niveau d’habileté, a droit à un panier de 70 balles gratuit. COURS PRIVÉS ET SEMIPRIVÉS AUSSI OFFERTS

avancés de très bonnes conditions d’entraînement. Le terrain de pratique est ouvert de 9 h à 21 h, 7 jours sur 7. Différentes options pour l’achat de balles pour la pratique s’offrent au golfeur : petit, moyen et gros paniers de balles, carte forfait pour un nombre fixe de paniers et carte privilège pour frapper à volonté pendant la saison estivale. À cette liste s’ajoute également la nouvelle carte annuelle, à petit prix, permettant la frappe libre à volonté dans les espaces intérieur et extérieur du Golf du PEPS.

DES COURS DE GROUPE POUR TOUS LES NIVEAUX

Pour pratiquer votre élan sous la supervision d’enseignantsgolfeurs professionnels, deux sessions de cours sont offertes. La première se déroulera du 27 juin au 18 juillet. Les golfeurs de tous les calibres (initiation, débutant et intermédiaire) y trouveront chaussure à leur pied. Les coûts varient selon la session et le statut du participant (étudiant de l’Université, membre ou nonmembre du PEPS). Rappelons que chaque participant inscrit à un cours de groupe,

Si vous voulez voir progresser plus rapidement vos habiletés en golf, les cours privés ou semi-privés (deux personnes) pourraient être une op tion intéressante. Cette ap proche vise à mieux ré pondre à vos besoins personnels selon votre niveau de développement et votre intérêt. Le coût varie en fonction de l’option choisie. Bonne saison de golf !

Hôte de la Coupe Vanier en 2018 et en 2019 C’est avec fierté que l’Université Laval accueillera les deux prochaines présentations de la Coupe Vanier au stade TELUS-Université Laval. Le nom de l’université hôte a été annoncé par U SPORTS le 14 mai. La finale 2018 du Championnat de football U SPORTS, prévue le samedi 24 novembre, sera la cinquième à être disputée au PEPS au cours de la dernière décennie. L’événement a été un franc succès en 2009, en 2010, en 2013 et en 2015. Chacun de ces matchs a attiré des foules enthousiastes dans un stade qui peut accueillir 12 187 spectateurs assis et près de 6 000 spectateurs additionnels debout. « C’est un grand honneur pour l’Université Laval de pouvoir accueillir à nouveau le prestigieux match de la Coupe Vanier pour les deux prochaines années. Toute l’équipe du Service des activités sportives est déjà à l’œuvre afin de s’assurer que les étudiants-athlètes, les entraîneurs, les amateurs et les partenaires profitent d’une expérience extraordinaire lors de leur passage à Québec en novembre prochain », a affirmé la directrice du Service des activités sportives, Julie Dionne. photo Rouge et Or Il est déjà possible d’acheter son billet pour la Coupe Vanier sur bit.ly/2K0Lp2V ou au 418 656-FOOT.

Pour plus de renseignements sur les activités de golf au PEPS, visitez le peps.ulaval.ca ou téléphonez au 418 656-5000.

Campus dynamique

Les efforts de Mathieu Betts n’ont pas suffi ! La formation de l’Est, dont il faisait partie, a été défaite par le score de 15 à 14 samedi dernier, lors du Défi Est-Ouest Valero présenté au stade TELUS-Université Laval. La rencontre mettait en vedette les meilleurs espoirs du football universitaire en vue du repêchage de la Ligue canadienne de football de 2019. photo Mathieu Bélanger

Repêchage de la LCF Le Rouge et Noir d’Ottawa a fait de Marco Dubois le premier joueur du Rouge et Or à être sélectionné, le 5 mai, lors du repêchage de la Ligue canadienne de football (LCF). Marco Dubois, un receveur étudiant en relations industrielles, a entendu son nom être appelé en deuxième ronde, le 13e au total. Le centrearrière Simon Gingras-Gagnon a, pour sa part, été choisi au 35e rang lorsque les Argonauts de Toronto en ont fait leur choix de quatrième ronde. Un second receveur a été sélectionné une ronde plus tard. Tyrone Pierre a, en effet, été le choix des Blue Bombers de Winnipeg au 41e rang. Finalement, Étienne Moisan, un autre receveur, demeure, quant à lui, dans la Belle Province puisqu’il a été repêché au sixième tour (51e au total) par les Alouettes de Montréal. À noter que c’est la première fois de son histoire que le Rouge et Or voit trois de ses receveurs repêchés la même année. Au total, il y a maintenant 63 joueurs de l’Université Laval qui ont été choisis par une formation professionnelle depuis la fondation du club, il y a 22 ans. photo Rouge et Or


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au fil de la semaine

23/05

le fil | le 17 mai 2018

Pédaler en toute sécurité Avec le retour du temps chaud, de plus en plus de gens se déplacent à vélo. Or, les voies de circulation et les installations du campus sont-elles bien adaptées et sécuritaires pour les bicyclettes ? Comment faire pour sensibiliser les cyclistes et les autres utilisateurs de la route aux règles de sécurité ? Voilà des questions que se pose régulièrement le Service de sécurité et de prévention (SSP) de l’Université. Vous aimeriez faire connaître votre point de vue sur ces sujets ? Le SSP organise une rencontre de discussion sur le thème de la sécurité des cyclistes. Pour y participer, composez un court texte (3 lignes maximum) expliquant votre intérêt à être présent lors de ce rendez-vous d’échanges. Mercredi 23 mai, à 11 h 45. Entrée gratuite. Pour vous inscrire, envoyez votre texte avant le 18 mai à ­stationnement@ssp.ulaval.ca. Pour tout connaître sur les infrastructures cyclistes du campus : bit.ly/2e59KWd La Coop Roue-Libre, quant à elle, vous rappelle que la location de vélos en libre-service est de retour depuis le 15 mai. Tous les membres de la communauté universitaire peuvent emprunter gratuitement un vélo pour une période de 3 h. Pour plus d’info : cooprouelibre.com/ pret-de-velo-ul/

17/05

18/05

19/05

20/05

22/05

26/05

Contre le racisme et l’homophobie

Picasso et ses influences

Sur la trace des Irlandais

Du papier et des baguettes

Université en mutation

Des insectes dans son jardin

Le Bureau de la vie étudiante vous invite à profiter d’une bonne bouffée d’air marin lors d’une croisière commentée vers le site historique de la Grosse-Île. De 1832 à 1937, la GrosseÎle a été la station de quarantaine du port de Québec et la principale porte d’entrée pour les immigrants au Canada. Plus de 4 millions de personnes s’y sont arrêtées, dont beaucoup d’Irlandais. Aujourd’hui lieu historique national du Canada, cette île abrite 40 bâtiments patrimoniaux et 8 km de sentiers de randonnée pédestre. En compagnie de guides chevronnés, vous pourrez visiter le Mémorial-des-Irlandais et découvrir tout un pan de l’histoire du pays.

Afin de souligner la Fête des enfants (Tango no sekku) et de vous faire découvrir quelques aspects de la cul­ ture nippone, l­’Espace Japon vous convie à un atelier d’origami et de waribashi (baguettes de bambou). Lors de la Fête des enfants, célébrée le 5 mai au Japon, les petits garçons reçoivent tradi­tionnellement des ré­­ pliques miniatures de casques an­­ciens de samouraïs. Vous serez donc invité à fabriquer avec du papier journal japonais un de ces casques. Avec les baguettes de bambou, vous pourrez fabriquer un autre jouet en suivant les préceptes de l’art ancestral du waribashi.

La France possède une très longue tradition universitaire, qui remonte à la création du collège des théologiens par Robert de Sorbon en 1253, la future Sorbonne. Or, depuis deux décennies, l’université française traverse une crise existentielle. L’État a donc mis en place le programme des investissements d’avenir, destiné à financer des projets d’excellence qui vont révolutionner la place de l’université. Pour en savoir plus sur la révolution majeure que connaît le monde universitaire français, assistez à la conférence « Enseignement supérieur, recherche et innovation : quel nouveau modèle pour la France ? », qui sera prononcée par Olivier Laboux, président de l’Université de Nantes. Le conférencier y expliquera comment la France entend tirer son épingle du jeu dans la compétition internationale du savoir.

Si certains insectes sont nuisibles dans un potager, ce n’est pas le cas de tous. Certains sont même très bénéfiques à la culture des fleurs, des fruits et des légumes. Comment les in­­ viter à fréquenter son jardin ? En leur construisant un hôtel ! Les hôtels à in­­ sectes sont des œuvres fa­­ ciles à réaliser à la maison et ils forment des re­­fuges pour un grand nombre de petites bestioles aux avantages parfois insoupçonnés. Vous aimeriez en apprendre plus sur le sujet ? Mathieu Gaudreault, enseignant en horticulture, répondra à toutes vos questions lors du prochain atelier du Jardin Roger-Van den Hende. Il présentera les insectes souhaités dans un potager et vous expliquera les étapes à suivre (matériaux à utiliser, conditions environnementales gagnantes, etc.) pour une installation réussie.

Vous avez toujours aimé les toiles de Picasso, mais À l’occasion de la Journée vous savez peu de choses internationale contre l’hode la démarche artistique mophobie et la transphobie, de ce peintre ? La conféla revue Service social, de rence « Face à face : d’hier l’École de service social et à au­­jourd’hui, les arts “prede criminologie, reçoit le miers” et Picasso » pourrait père de cette Journée intervous intéresser. Donnée nationale, Louis-Georges par Pascale Mathé, histoTin. Né en Martinique, ce rienne de l’art et formatrice docteur ès lettres est un mi­­ à l’Université du 3e âge de litant mondialement reconnu Québec, cette activité creupour son impli­cation dans sera les questions d’approla lutte contre le racisme et priations et de réapproprial’homophobie. La Journée tions esthétiques entre un internationale qu’il a fondée maître de notre modernité en 2005 est aujourd’hui cé­­ – Pablo Picasso –, les arts lébrée dans plus de 130 pays. anciens non occidentaux et Il est é­ galement président l’art contemporain. La con­­ du Conseil représentatif férencière souhaite mettre des associations noires, une en regard des œuvres non fédération qui lutte contre occidentales et celles de le racisme et le colonialisme. Picasso en s­ ’appuyant sur Son engagement pour les une anthro­pologie de l’art. droits humains a été re­­ peinture Les demoiselles connu par plusieurs prix d’Avignon (détail) de Picasso, internationaux. Lors de 1907, photo Tomás Fano son passage à l’Université, il présentera la conférence Vendredi 18 mai, à 9 h 30, « Réalités des personnes au pavillon Pierre-Lassonde LGBTQ d’origine africaine du Musée national des et caribéenne ». beaux-arts du Québec. Réservations requises Jeudi 17 mai, à 19 h, au 418 644-0893. au local 1630 du pavillon Louis-Jacques-Casault. Entrée libre.

photo Cephas

Samedi 19 mai, départ à 8 h 30 de l’Université et retour vers 18 h. Achetez votre billet au local 2344 du pavillon Alphonse-­ Desjardins ou en ligne à bit.ly/2HorVnO. Pour plus d’info : bit.ly/2jWOshw

Dimanche 20 mai, de 13 h à 14 h et de 14 h à 15 h, à l’Espace Japon du pavillon Jean-Charles-Bonenfant. Activité gratuite. Aucune inscription requise. Le papier et les baguettes sont fournis aux participants.

Mardi 22 mai, à 13 h 30, au local 4542 du pavillon Louis-Jacques-Casault. Inscription obligatoire à bit.ly/2rLqAAX

Consultez le calendrier complet des activités sur le campus à ulaval.ca

Samedi 26 mai, à 9 h 30, au local 1240 du pavillon Envirotron. Pour s’inscrire : bit.ly/2Kskhdc

Le Fil 17 mai 2018  

Le journal de la communauté universitaire

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