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Pour les congressistes de passage : notre guide maison des lieux à voir à Québec. p10

Édouard Launet fait l’humour à la science ! p5

Volume 48, numéro 27 2 mai 2013

Curiosité 101

Chasseurs de tornades, clowns contre la souffrance, dissidence des juges : 12 articles pour découvrir la richesse du congrès de l’Acfas. p8-15


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Le patronage du congrès par l’UNESCO nous offre une occasion de rayonner dans toute la francophonie

Irina Bokova et le recteur Denis Brière, sur le campus, le 7 mars dernier. photo Marc Robitaille

Yves-François Blanchet, ministre québécois du Développement durable.

De la grande visite ! Riche en réflexions sur des enjeux d’avenir, le congrès attirera des invités de marque sur le campus. Ainsi, Yves-François Blanchet, ministre du Développement durable, ouvrira la rencontre « Les 40 ans de la Loi sur la qualité de l’environnement », jeudi matin. Les discussions porteront sur le principal instrument juridique qui protège l’environnement au Québec. Mardi soir, le colloque « La diplomatie publique et culturelle de demain », qui s’intéresse à la stratégie du gouvernement québécois pour faire connaître sa vision du monde, pourra compter sur la présence de Jean-François Lisée, ministre des Relations internationales. Yolande Grisé, présidente de la Société royale du Canada, et Chad Gaffield, président du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, feront partie des invités au colloque « L’avenir de la recherche en sciences sociales », qui se tiendra jeudi après-midi. La journée du mardi, l’événement « Soutenir la recherche et assurer la relève universitaire », qui compte dresser un bilan du Sommet sur l’enseignement supérieur de février dernier, attirera aussi bien Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, que Martine Desjardins, présidente sortante de la Fédération étudiante universitaire du Québec.

En retard pour le congrès ? Il n’est plus possible de s’inscrire en ligne pour le congrès de l’Acfas. Les participants de dernière minute pourront toutefois le faire sur place dès le dimanche 5 mai à l’Atrium du pavillon Alexandre-Vachon (niveau 0). Les heures d’ouverture seront de 15 h à 18 h 30 le 5 mai, de 7 h 30 à 18 h du 6 au 9 mai et de 7 h 30 à 15 h le 10 mai. Lors de votre inscription, vous pourrez devenir membre de l’Acfas, ce qui vous donnera droit à un rabais substantiel sur le tarif d’inscription. À titre d’exemple, il en coûte 106,91 $ (taxes en sus) pour l’étudiant qui s’inscrit au congrès sans devenir membre, et 93,91 $ pour celui qui le devient. Le grand public, lui, devra débourser 316,81 $ sans adhésion, et 280,82 $ s’il choisit d’adhérer à l’Acfas. Un tarif spécial est accordé aux retraités et employés d’OBNL. Prenez note qu’il n’est pas possible de payer à la pièce pour un colloque ou une conférence en particulier. Toutes les modalités de paiement sont acceptées. Bon congrès!   

Unis pour la science Un événement solidaire et écologique : c’est le vœu du recteur pour le congrès qui s’ouvre lundi par Claudine Magny Professeurs-chercheurs, étudiants, bénévoles, partenaires d’affaires… Le campus fourmille de monde ces jours-ci! Un grand nombre de personnes préparent le 81e Congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas). Et l’énergie est palpable. À quelques jours de l’événement, même le recteur Denis Brière se fait loquace, fier du travail que la communauté universitaire est en voie d’accomplir. « Pour la 21 e  fois depuis 1933, l’Université Laval est l’hôte de cet important rendez-vous scientifique, qui s’annonce cette année d’une envergure sans précédent », souligne-t-il. On attend 6000 participants. Plus de 850 d’entre eux travaillent ici. Professeurs, chargés de cours ou étudiants aux cycles supérieurs, ils présenteront un exposé sur leur propre campus. L’organisation du grand événement scientifique de

l’année repose notamment sur le travail de 150 bénévoles. Toutes les facultés et unités sont aussi mises à contribution. Il faut assurer la gestion des locaux, la sécurité, l’ouverture des résidences, l’accès aux technologies de l’information, le roulement des concessions alimentaires, etc. « Je suis fier de la confiance accordée par l’Acfas et reconnaissant de la mobilisation dont a su faire preuve l’ensemble de notre communauté », poursuit Denis Brière. Le recteur rappelle que la présidente d’honneur de ce rassemblement multidisciplinaire francophone a été confiée à Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, à qui il a remis un doctorat honoris causa en mars dernier. « C’est tout un honneur pour l’Université Laval. M me  Bokova possède un riche parcours. De plus,

On peut le lire en ligne au www.lefil.ulaval.ca et s’abonner gratuitement à un avis de parution électronique. Écrivez-nous ! Le Fil accueille vos idées avec plaisir.

Le journal de la communauté universitaire Fondé en 1965, Le Fil est un hebdomadaire publié 30 fois par an par la Direction des communications de l’Université Laval et distribué gratuitement sur le campus.

Les lettres destinées au courrier des lecteurs – 400 mots maximum – doivent nous parvenir au plus tard le vendredi midi précédant la parution, à l’adresse le-fil@dc.ulaval.ca. Le contenu de ce journal peut être reproduit à condition de mentionner la source et l’auteur. Rédaction Éditeur: Jacques Villemure, directeur des communications

l’UNESCO est une organisation internationale prestigieuse dont les objectifs et les valeurs rejoignent à plusieurs égards les nôtres. Elle promeut un développement économique et social duable basé sur une éducation de qualité accessible à tous, le partage des savoirs et des cultures, la science et l’innovation. Son patronage du congrès nous offre une occasion de rayonner dans toute la francophonie, et partout dans le monde. » L’événement se veut par ailleurs écoresponsable. Grâce à la collaboration de nombreux partenaires, il affichera les « couleurs vertes » de l’Université en offrant diverses mesures. Par exemple, les participants pourront compenser les gaz à effet de serre engendrés par leurs déplacements en participant de façon volontaire au programme institutionnel visant à diminuer l’empreinte carbone du campus (www.ulaval. ca/jecompense). Une équipe se tiendra dans les cafétérias pour veiller à la récupération des matières recyclables. De plus, les participants pourront profiter de mesures

facilitant le transport écologique, comme un laissez-passer gratuit du Réseau de transport de la Capitale et une plateforme Web de covoiturage. « Le développement durable, on en a fait une priorité à l’Université Laval depuis 2007 », poursuit le recteur. Un fonds de 2 M$ soutient les initiatives de la communauté dans ce domaine, et plusieurs programmes sont offerts aux étudiants. L’Université est d’ailleurs le premier grand établissement canadien à avoir obtenu la certification Campus durable de la Coalition jeunesse Sierra. « Pour nous, cette philosophie passe aussi par la promotion de saines habitudes de vie auprès des étudiants et du personnel. Notre nouveau programme Mon équilibre UL et celui consacré à l’excellence sportive figurent parmi les meilleurs au pays. » Denis Brière entrevoit cette édition du congrès de l’Acfas comme une expérience d’équipe extraordinaire. « C’est l’occasion de faire rayonner l’excellence et le dynamisme qui animent notre communauté universitaire », conclut-il.

Rédactrice en chef : Mélanie Saint-Hilaire Journalistes : Jean Hamann, Renée Larochelle, Yvon Larose Journaliste nouveaux médias : Julie Picard Collaborateurs : Matthieu Dessureault, André Philippe Drapeau Picard, Pascale Guéricolas, Nathalie Kinnard, Édouard Launet, Catherine Lévesque, Julie Picard Rédactrices-réviseures : Anne-Marie Lapointe, Julie Pelletier Secrétaire à la rédaction : Josée Nadeau Production Infographie : Léa Robitaille, Service de reprographie de l’Université Laval Impression : Les Presses du Fleuve, Montmagny (Québec)

Ventes publicitaires Élisabeth Farinacci 418 656-2131 poste 4618 Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec, ISSN 022-1-1965 Pour nous joindre 2325, rue de l’Université, local 3108 Québec (Québec) G1V 0A6 Téléphone : 418 656-2131 poste 4687


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Rencontrer, échanger, comprendre Les technologies de l’information n’ont pas encore remplacé les bons vieux contacts humains qui s’établissent pendant les congrès par Jean Hamann En 2013, un chercheur peut se tenir au fait des plus récentes avancées dans son domaine sans avoir à quitter la quiétude de son bureau. De son poste de travail, il peut échanger, sur la plateforme de son choix, avec des collègues des quatre coins du monde sans se taper des heures d’attente dans les aéroports et des milliers de kilomètres de vol dans des avions bondés. Pourtant, chaque année, ce même chercheur fait ses valises et prend la route pour rencontrer ses pairs en chair et en os. Une bonne partie des 6000 participants au congrès de l’Acfas peuvent en témoigner. En cette ère des technologies de l’information, le rituel du colloque est-il une figure imposée ou sert-il encore une fin? « Nous vivons de plus en plus dans un monde virtuel, ce qui renforce le besoin de nous rencontrer en personne », estime Allison Bain, professeure d’archéologie et directrice du Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions (CELAT). Ce besoin semble impérieux chez les membres de ce centre qui a des antennes à Québec, Chicoutimi et Montréal. Le colloque multisectoriel « Lieux de passage et vivre ensemble » présenté par le CELAT à l’occasion

du congrès de l’Acfas s’étend sur cinq jours! « L’an dernier, nous avions décidé de tenir notre réunion annuelle pendant l’Acfas, rappelle la professeure Bain. Nous avons fait un appel de communications auprès des 30 membres du CELAT qui l’ont eux-mêmes fait circuler dans leurs réseaux. La réponse a été excellente. » Le terme est faible : pas moins de 80 communications et tables rondes se succéderont pendant ce mégacolloque. Des chercheurs du Mexique, de la France, de la Belgique et du Maghreb se joindront aux participants québécois. Ce besoin de se rencontrer en personne est présent même chez les chercheurs du domaine des technologies de l’information et des communications! À preuve, l’autre mégaévénement du prochain congrès de l’Acfas, le colloque sur les villes intelligentes organisé par l’Institut Technologies de l’information et Sociétés (ITIS), occupe toutes les plages horaires de la semaine. Ici encore, le programme aligne quelque 80 communications, tables rondes et activités grand public portant sur la gouvernance, le patrimoine, l’éducation, la santé et les transports. « Plus de 60 % des participants sont

de l’extérieur de l’Université Laval, dont 10 qui viennent de France », souligne la directrice de l’ITIS, Marie-Andrée Doran. Ces événements embrassent large, mais étreignent-ils bien? Au colloque du CELAT, il sera aussi bien question du courrier du cœur que de la crise des musées autochtones et du tourisme dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. À celui de l’ITIS, des experts en numérisation du patrimoine parleront à des spécialistes de la prise de décision partagée patientmédecin et à des cracks du covoiturage intelligent. Tour de Babel droit devant ? Cet éclatement de sujets ne nuit en rien à la pertinence des

Les tête-àtête informels représentent le moment de consécration du rituel

rencontres, bien au contraire, assurent les deux organisatrices. « Pour un chercheur ou un étudiant-chercheur, cette diversité constitue une occasion extraordinaire d’avoir une vue d’ensemble sur les villes intelligentes brossée par des experts du domaine, fait valoir Marie-Andrée Doran. Les participants en apprendront beaucoup plus en assistant à tout le colloque qu’en lisant pendant cinq jours sur le sujet. » Même son de cloche du côté d’Allison Bain. « Certaines de nos idées de recherche s’inspirent de ce que font les chercheurs des autres domaines, renchéritelle. Un colloque multisectoriel nous donne l’occasion d’élargir nos horizons. » Le point culminant d’un congrès survient toutefois à l’extérieur des salles de conférence. En effet, les tête-à-tête informels qui se déroulent autour d’un café, d’un lunch ou d’une bière représentent le gros de la plus-value d’un congrès, le moment de consécration du rituel, l’instant qui en justifie l’existence. « Ce n’est pas un mythe, assure Allison Bain. En plus, le contact direct permet de cerner la personnalité des gens et de voir si ça peut cliquer entre eux et nous. » D’ailleurs, le succès d’un colloque ne se mesure pas au nombre de participants, estime Marie-Andrée Doran. « Ce qui compte vraiment, c’est qu’il y ait un partage de connaissances et des échanges qui conduisent à de nouvelles collaborations et à de nouveaux projets. »

Vue aérienne du campus lors d’un match de l’équipe de football du Rouge et Or, le 7 octobre dernier. photo Marc Robitaille

Le président du Groupe Uniprix, François Castonguay, entouré des doyens Pierre Moreau et Jean Lefebvre. photo M.R.

Création d’un programme passerelle en pharmacie Un nouveau programme passerelle en pharmacie verra le jour en janvier 2014 à l’Université Laval et à l’Université de Montréal. Il sera destiné uniquement aux diplômés de ce domaine déjà en exercice. Ce programme permettra à ces pharmaciens d’acquérir des connaissances qui tiennent compte des plus récents changements apportés à la profession. Ils pourront de plus, une fois leur programme terminé, obtenir le titre de docteur en pharmacie, comme ceux qui terminent le doctorat de premier cycle en pharmacie qui a été implanté en 2007 à l’Université de Montréal et en 2011 à l’Université Laval. La création de ce programme a été annoncée le 23 mai en même temps que le partenariat philanthropique qui l’a rendue possible, une donation de 700 000 $ du Groupe Uniprix. Pour l’occasion étaient présents le président de l’entreprise, François Castonguay, le vice-recteur adjoint à la qualité de la formation et à l’appui à la réussite de l’Université Laval, François Pothier, ainsi que les doyens de la Faculté de pharmacie de l’Université Laval et de l’Université de Montréal, Jean Lefebvre et Pierre Moreau. « Ce partenariat avec les deux universités […] s’inscrit dans un contexte de continuité avec le développement des deux premiers programmes de doctorat de premier cycle en pharmacie au Canada et avec la modification récente de la législation québécoise qui permet aux pharmaciens d’accroître leur implication dans notre système de santé », a précisé François Castonguay. En effet, le programme de doctorat de premier cycle en pharmacie met l’accent sur l’acquisition des compétences cliniques professionnelles pour préparer adéquatement les étudiants aux nouvelles réalités du travail de pharmacien. « Au-delà de la simple quête d’un nouveau titre professionnel, celui de docteur en pharmacie, le programme passerelle permettra aux pharmaciens bacheliers de faire reconnaître des acquis scolaires, des expériences de travail et des activités d’engagement professionnel dans la communauté », a déclaré Jean Lefebvre. Le Groupe Uniprix est le plus important regroupement de pharmaciennes et de pharmaciens propriétaires et la deuxième plus importante chaîne de pharmacies de détail au Québec.


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actualités UL

en bref Du nouveau pour les Hautes Études internationales 
 Pierre S. Pettigrew présidera le conseil d’administration des Hautes Études internationales (HEI) de l’Université après le départ de Michaëlle Jean. Annoncée le 12 avril, cette nomination permettra aux membres des HEI de bénéficier de l’expertise de l’ex-ministre. Conseiller de direction aux affaires internationales chez Deloitte, Pierre S. Pettigrew a dirigé auparavant quelques ministères du gouvernement canadien. « Ayant connu mon premier élan vers les affaires internationales au début des années 1970, quand je fréquentais le Centre québécois des relations internationales, prédécesseur des HEI, je connais viscéralement l’importance d’une telle institution pour les jeunes », a mentionné.

Révoltes au Maghreb L’Association des Tunisiens à Québec présente la conférence « Des révoltes arabes aux contrerévoltes : enjeux locaux et internationaux ». Rachad Antonius, professeur en sociologie à l’UQAM, traitera de l’enjeu de la laïcité à la lumière de l’émergence des courants islamistes. Noomane Raboudi, professeur en politique à l’Université d’Ottawa, évaluera si l’islamisme est en train de devenir un obstacle à la transition démocratique en Tunisie. L’événement est ouvert à tous. Vendredi 3 mai à 19 h, au local 2320 du pavillon Alphonse-Desjardins.

Jardinez sur le campus  Avec le retour du soleil, le Jardin communautaire biologique de l’Université Laval se prépare pour une nouvelle saison. Tout le monde est bienvenu : étudiants, employés et grand public. Pour louer une parcelle pour la première fois, présentez-vous le samedi 4 mai, entre 13 h et 15 h, sur le site du jardin, coin Robert-Bourassa et Quatre-Bourgeois, pas loin du PEPS. La location coûte 25 $. Une somme identique doit être versée en dépôt remboursable. jcbul.ca ou secretariatjcbul@yahoo.ca

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Que l’aventure commence ! L’Université est prête à accueillir la grande fête du savoir francophone : 6000 visiteurs, 4000 communications et des heures de plaisir par Matthieu Dessureault Permettre les mises en échec au hockey de niveau pee-wee influe-t-il sur la performance des joueurs ? Quelles sont les limites à prendre en compte pour diriger une recherche scientifique dans un pays mené par un régime autoritaire ? Comment le courrier du cœur dans les journaux est-il représentatif de l’évolution sociétale ? Ce ne sont là qu’une infime partie des questions qui seront soulevées du 6 au 10 mai. Au menu, près de 4000 communications, réparties dans plus de 200 colloques et activités. La coprésidente du congrès, Francine Saillant, reconnaît que le programme de l’Acfas ratisse large. « On couvre tous les secteurs, de la musique à la biologie, en passant par la médecine, les arts et les sciences sociales. Cette diversité de sujets est à l’image de l’interdisciplinarité du monde scientifique francophone », affirme la professeure titulaire à la Faculté des sciences sociales. On s’attend à ce que près de 6000 participants investissent les pavillons Charles-De Koninck, Ferdinand-Vandry et Alexandre-Vachon. Il s’agit de 2000 personnes de plus qu’en 2002, alors que l’Université accueillait le 70e Congrès de l’Acfas. L’établissement est bien représenté cette année,

avec la présence de quelque 850 experts, toutes disciplines confondues. « C’est la volonté de ce congrès d’établir des ponts entre les secteurs de recherche », dit le président de la Commission de la recherche et coprésident Ils coprésident le congrès 2013 de l’Acfas : Pascal Daleau, de la du congrès, Pascal Daleau. Une nouveauté de cette Commission de la recherche, et Francine Saillant, de la Faculté des 81e édition : des colloques se sciences sociales. photo Marc Robitaille tiendront sur plusieurs jours. être en mesure de faire des Le coup d’envoi sera donné suggestions constructives et avec un séminaire sur les sages pour son avenir », souvilles intelligentes, organisé ligne le professeur Daleau. par l’Institut Technologies de Plus de 500 chercheurs prol’information et Sociétés. Un venant de l’étranger seront événement à ne pas manquer, Ce congrès présents. Parmi eux, Pauline selon Pascal Daleau. On y Gagnon, de l’Organisation parlera de patrimoine, de permet à européenne pour la recherparticipation citoyenne et de che nucléaire de Genève. Elle médias sociaux. Les techno- de grosses démystifiera ce qu’est le boson logies de l’information et des organisations de Higgs, particule détectée communications, faut-il le pour la première fois en juillet rappeler, s’imposent de plus de l’investir, dernier. Cette découverte en plus comme outil de déve- mais aussi cause encore aujourd’hui loppement urbain. tout un émoi dans la commuD’autres activités sont pré- à de jeunes nauté scientifique. vues en marge du 75 e anni- chercheurs versaire de la Faculté des Comme c’est souvent le cas sciencessociales. Les congres- d’organiser dans les grands rendez-vous sistes pourront assister à des colloques internationaux, de nombreux une table ronde sur l’avenir étudiants seront sur place de la recherche. On promet rafraîchissants pour livrer le fruit de leurs des avis pertinents, parfois recherches. « Les événements dérangeants, sur les enjeux et sont de taille variable, exdéfis de la recherche sociale plique Francine Saillant. C’est dans les prochaines années. l’intérêt d’un congrès comme « Notre société est dans une celui-là : permettre à de phase où son évolution s’acgrosses organisations de l’incélère de façon impressionvestir, mais aussi à de jeunes nante. Il faut essayer de comchercheurs d’organiser des prendre ce qui se passe pour colloques rafraîchissants. »

Bienvenue sur notre campus ! La recherche scientifique fait partie de nos gènes.

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ulaval.ca/acfas


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Louise Dandurand sur les raisons de causer science en français

Le congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) qui s’ouvre le lundi 6 mai constitue le plus grand rassemblement scientifique de la francophonie, ainsi que l’un des événements les plus importants du genre au Canada. Louise Dandurand, qui préside cette association après avoir agi comme vice-rectrice à la recherche et aux études universitaires à l’Université Concordia, exprime sa vision d’une science qui se vit en français. Q Quelle place occupe aujourd’hui la recherche en français sur la scène mondiale ? R Une place très importante grâce à l’action de l’Acfas, qui a réussi à donner à la science en français ses lettres de noblesse à une époque ou la lingua franca est l’anglais. Il faut le reconnaître : les chercheurs francophones, qu’ils soient du Québec, de la France, de la Belgique ou d’ailleurs, publient dans la langue de leurs collègues anglophones. Je ne connais pas de chercheur qui ne rêve pas d’être publié un jour dans Nature, New England Journal of Medicine ou Science. Ces revues accueillent les contributions de scientifiques de toutes origines, peu importe leur langue maternelle. Elles contribuent ainsi à la circulation des connaissances. Il faut cependant faire une distinction entre la langue de publication que choisissent les chercheurs et celle qu’ils utilisent dans leurs activités et échanges. Ici, comme dans d’autres pays, la science se fait en français, elle se transmet en français dans les salles de cours, et elle entretient en français son dialogue avec la société. Il y a moyen d’offrir au monde des vitrines du savoir dans cette langue. Q Comment les chercheurs peuvent-ils concilier l’obligation de publier en anglais pour poursuivre

leur travail avec leur désir de faire de la science en français ? R Cela dépend des disciplines. Le domaine des sciences de la santé est dominé par l’anglais, mais en sciences sociales et humaines, il existe de très grandes revues internationales en allemand et en français. Et puis, rien n’est immuable. Dans trois décennies, c’est peut-être le mandarin qui sera la langue d’échange ! En matière de promotion de la science en français, le Québec constitue un exemple remarquable. Les étudiants peuvent effectuer leurs travaux dans cette langue même s’ils fréquentent une université anglophone. Il n’existe pas ici d’établissement qui ait abandonné le français comme langue de travail dans les équipes de recherche. Certaines écoles d’administration, il est vrai, offrent aussi des cours en anglais et en espagnol, mais cette dynamique relève plus de la concurrence que se font les universités pour attirer des étudiants étrangers que d’un déclin de la recherche en français. Par ailleurs, si le fait de publier dans des revues de prestige revêt une grande importance lors de l’embauche d’un professeur d’université, il y a bien d’autres moyens pour faire vivre une science. Les travaux dans les laboratoires se font en français, les groupes de recherche se rencontrent en français. Les gens vivent leur vie de scientifique dans leur langue. Q De quel type de réseau bénéficient les chercheurs échangeant en français ? R Il existe un nombre impressionnant d’échanges entre les universités de France, de Belgique et du Québec. Les chercheurs de ces établissements font preuve d’une mobilité remarquable. J’envisage ces liens avec beaucoup d’optimisme. Un des objectifs de l’Acfas au cours des prochaines années, sous ma présidence, sera d’augmenter encore son rayonnement international dans les espaces francophones et au-delà. Par exemple, une émission quotidienne scientifique de France Inter, La tête au carré, captera certains moments du congrès cette année, comme elle l’avait fait l’an dernier. La voie « sciences et société » constitue selon moi une façon de développer ces réseaux. Il existe aussi des liens d’échanges comme celui qui est en place depuis plusieurs années avec des chercheurs d’Amérique du Sud. Nous discutons ensemble des politiques de recherche dans les différents pays, par exemple à l’occasion de la réunion annuelle des scientifiques latino-américains. Propos recueillis par Pascale Guéricolas

Inquiétante duplicité du pont Un écrivain français livre ses réflexions sur le charme changeant des colloques multidisciplinaires par Édouard Launet Peu de gens le savent (mais vous en faites probablement partie) : certaines conférences ou communications scientifiques peuvent être fort réjouissantes, pour autant que l’on soit totalement étranger à la discipline concernée et que le thème de recherche semble avoir été concocté sur la planète Mars. Figurez-vous qu’en 2006, le Centre d’études canadiennes de l’Université de Bordeaux 3 (France) a organisé pas moins de deux jours de colloque autour de ce seul thème : « Le pont, une métaphore du lien ». Il ne s’agissait pas de travaux publics, mais de littérature comme le mot « métaphore » permettait de le soupçonner. Bon, eh bien voilà les amis, le pont vu comme lien : vous avez 20 minutes pour vous exprimer, bonne chance et bon courage. Pour mettre les contributeurs sur la voie, les organisateurs du colloque avaient consenti à donner cette maigre indication : « Au propre comme au figuré, le pont domine, écrasant de sa hauteur l’horizontalité du fleuve, tandis que la pérennité qu’il affiche rend plus instable encore la transitivité d’une eau dans laquelle nul ne se baigne deux fois ». Après avoir lu ça, il est certain qu’on ne regarde jamais plus un pont de la même manière. Mais de quel genre de communications cette sibylline invitation a-t-elle bien pu accoucher ? Eh bien, sachez que Claude Gonthier, du Cégep SaintLaurent, est venu discourir sur « Frontière socio-économique et lien moral : le pont dans L’argent est odeur de nuit de Jean Filiatrault ». Que Marie-Lyne Piccione, de l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, s’est alarmée de « L’inquiétante duplicité du pont dans la fict i o n qu é b é c o i s e  » . E t qu e Joachim Bouflet, de Bordeaux 3 également, a eu cette terrible

révélation : « Le Pont mystique, ou les mariophanies sous les arches ». Supposons maintenant que vous ouvriez la revue Evolution and Human Behavior à la page 443 du 6e numéro du volume 23 : vous tomberiez sur une autre extravagance, titrée celle-là « Intérêt masculin pour les indices visuels de risque de compétition spermatique ». L’intitulé apparaît à la fois follement exotique et légèrement familier. Mais qu’est-ce donc qu’une « compétition spermatique »? Un concours de masturbation ? Une course de spermatozoïdes ? Une nouvelle épreuve aux Jeux olympiques d’hiver ? Non, non et non : une compétition spermatique est une situation où madame est seule tandis que plusieurs hommes tentent de lui faire sa fête. Et que les meilleurs gagnent ! C’était, paraît-il, un cas de figure assez courant à l’époque des cavernes et des peaux de bêtes. Les hommes qui s’en sortaient le mieux, et donc qui se reproduisaient le plus, étaient ceux que cette situation (plusieurs mâles s’activant autour de la même femelle) excitait le plus. D’où une sélection génétique de ce type de profil au fil des âges, nous suggèrent la théorie de l’évolution et le signataire de l’article. Les hommes auraient ainsi gardé, jusqu’à notre époque moderne, un goût particulier pour ce genre de scènes. C’est du moins l’hypothèse qu’a essayé de valider l’auteur – le psychologue Nicholas Pound – avec une méthode plutôt originale : il a ratissé les sites pornos de la planète entière pour y recenser les images mettant en scène une femme avec plusieurs hommes, puis celles réunissant un homme avec plusieurs femmes. Résultat de cette recherche de haut niveau, menée à l’Université McMaster (Ontario) : le premier

type d’images est beaucoup plus courant que le second. Bingo ! Ce qui, corollairement, tend à indiquer que les concepteurs de ces sites sont influencés, à leur insu, par des pratiques vieilles de plusieurs dizaines de milliers d’années ! Lors d’un colloque pluridisciplinaire, un exposé sur la « compétition spermatique » aurait sans doute plus de chances de tenir les auditeurs en éveil qu’un long développement métaphorique sur les ponts, surtout si les intervenants appuyaient leurs discours de quelques diapositives. Mais nous parlons ici un peu légèrement puisque notre affirmation ne repose, pour l’heure, sur aucune donnée concrète. Il faudrait monter une expérience vraiment scientifique. Par exemple, un groupe de volontaires se verrait projeter, juste après déjeuner, une série de diapositives de ponts et l’on compterait, au bout d’une heure, le nombre de gens endormis. Il serait prudent de prévoir des civières pour évacuer les cas les plus graves. Un « groupe témoin » aurait droit, lui, à une sélection d’images de partouzes scientifiquement sélectionnées. Un discret service d’ordre veillerait à ce qu’il n’y ait aucun débordement dans la salle. Puis, nouveau comptage. À l’issue de cette expérience (pourquoi pas ici, à Québec ?), il serait établi de manière irréfutable que la psychologie évolutionniste est plus passionnante que la recherche en littérature. Ou l’inverse, peut-être. Ensuite, on essaierait de d é p a r t a g e r l a m é c a n i qu e quantique et l’anthropologie psychanalytique, avec ou sans diapos. Ingénieur défroqué, Édouard Launet s’est d’abord fait un nom comme journaliste scientifique. Il a publié au Seuil quatre recueils humoristiques sur la « science champagne », celle qui fait tourner la tête et réjouit le cœur, dont Au fond au labo à gauche, en 2004. Il couvre aujourd’hui la culture pour Libération.


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international

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ils ont dit... Sur les fausses factures et la commission Charbonneau La commission Charbonneau a fait état de fausses factures fabriquées par des firmes de génie afin de pouvoir verser des sommes majeures à des partis provinciaux ou municipaux. Selon Maurice Gosselin, ces situations auraient dû être détectées. « Pourquoi personne n’a élevé la voix? Les comptables sont liés par le secret professionnel, mais ils ont le devoir éthique de s’opposer à des comportements nuisibles pour la collectivité et les entreprises. » Maurice Gosselin, directeur de l’École de comptabilité. Les Affaires, 27 avril

Sur le drame des enfants autochtones au pensionnat La Commission de vérité et réconciliation du Canada a révélé le désarroi vécu par les enfants autochtones arrachés à leur famille pour être placés dans des pensionnats dirigés par des Blancs. « On a brisé les liens et la transmission du savoir parental. On a créé des générations qui ne savaient plus être parents, parce qu’ils n’avaient pas été élevés par des parents », déplore Denys Delâge. Denys Delâge, professeur émérite du Département d’histoire. La Presse, 23 avril

Sur la maternité tardive des Québécoises Les Québécoises sont de plus en plus nombreuses à retarder leur première grossesse à l’âge de 35 ans. Malheureusement, la fertilité commence à chuter à cet âge. Avec le résultat que les femmes ne tombent pas enceintes aussi facilement qu’elles le souhaiteraient, une fois leur décision prise. « C’est un choc dans une société où on est habitué de demander quelque chose et de l’avoir tout de suite », estime Tamarha Pierce. Tamarha Pierce, professeure à l’École de psychologie. Le Soleil, 20 avril

Égide Royer, professeur au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage Le Journal de Québec, 25 février

En pays de connaissance Entretien express avec les scientifiques qui viennent de partout dans le monde pour présenter leurs recherches en français au Québec par Pascale Guéricolas La présence de plus de 550 chercheurs étrangers venus des 4 coins de la planète francophone contribue à faire du congrès de l’Acfas un événement scientifique unique. Pourquoi choisissentils de se déplacer au Québec pour présenter leurs travaux en français ? Le Fil leur a posé la question par courriel. Plusieurs des participants s o u l i g n e n t d ’ a b o r d qu e l’usage du français permet des échanges de meilleure qualité entre les chercheurs dont c’est la langue maternelle. « L’anglais utilisé par les scientifiques est toujours limité par le niveau moyen de maîtrise des interlocuteurs, ce qui reporte l’analyse fine sur l’écrit. Parler de nos recherches dans notre langue maternelle permet donc une efficience plus grande et permet de clarifier

des concepts qui sont débattus », estime Samuel Heinzen, professeur en philosophie pour les enfants et en culture religieuse à la Haute école pédagogique à Fribourg, en Suisse. À Québec, il prononcera une conférence sur la formation éthiquedes enseignants. Cette opinion est partagée par Walid Merouani, chercheur au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement, en Algérie. Il participera à un colloque sur les processus de marginalisation et l’inclusion des groupes vulnérables en Amérique. « Deuxième langue parlée en Algérie après l’arabe et le berbère, le français est la langue dans laquelle les gens de chez moi font leurs études universi- taires et celle qu’ils maîtrisent le mieux, indique-t-il. Cela me

met plus à l’aise lors de rassemblements scientifiques francophones. » Mais la facilité d’expression n’est pas le seul motif de participation au congrès de l’Acfas. Car si de nombreux professeurs et étudiants aux deuxième et troisième cycles viennent de pays comme la Suisse et la Belgique, beaucoup d’autres sont originaires des États-Unis, du Brésil ou de Colombie. Ils ont donc volontairement choisi le français pour communiquer avec leurs collègues scientifiques. C’est le cas de la chercheuse en traduction Maria Dasca, qui vit entourée de gens qui parlent aussi bien le catalan que l’espagnol. Elle se dit bien décidée à prononcer aussi ses exposés en français, en plus de l’anglais. « Pour une Catalane, c’est toujours intéressant de mieux connaître un contexte culturel bilingue comme celui des Québécois », précise cette chercheuse postdoctorale de l’Université Pompeu Fabra, à Barcelone. De son côté, Rayen Condeza, professeure à la Faculté des communications de la Pontificia Universidad Católica de Chile, à Santiago,

est « fière et contente de pouvoir communiquer, partager et apprendre en français ». Cette chercheuse amoureuse du Québec, où elle a effectué une partie de ses études, dénonce le manque de pluralisme linguistique des échanges scientifiques aujourd’hui. Selon elle, les organismes subventionnaires chiliens en sciences humaines privilégient trop souvent les chercheurs qui publient in english. « La production et le partage des connaissances dans une langue autre que l’anglais me semblent des pratiques légitimes et nécessaires, surtout pour les chercheurs de l’Amérique latine, sur lesquels on exerce beaucoup de pression afin qu’ils présentent et publient leurs travaux en anglais, explique-t-elle. Il me semble que l’Acfas est aussi le reflet d’une empreinte particulière dans la formation des personnes au Canada. Les étudiants jouissent d’un lien horizontal avec les professeurs, le dialogue est de mise dans le cadre de débats respectueux au sein d’une communauté créative, et l’intérêt pour les idées des autres est véritable. » Elle viendra parler de l’engagement des jeunes étudiants dans les mouvements sociaux pour la qualité de l’éducation. Y aurait-il une certaine communauté d’esprit entre les scientifiques de langue française ? Chercheuse spécialisée en psychologie clinique sur la question des enfants nés dans des familles homoparentales lesbiennes, Émilie Moget, de l’Université catholique de Louvain, en Belgique, le croit, elle qui s’inquiète de la perte de diversité culturelle et scientifique qu’entraîne le recours massif à l’anglais. Elle se réjouit de sa participation à un congrès qui lui permet « d’intégrer un réseau de chercheurs compétents à l’intérieur duquel les échanges seront facilités par un recours à des traditions épistémologiques communes ».


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Sprinteur de la science Représentant l’Université Laval au concours Votre soutenance en 180 secondes, Luis-Felipe Gutierrez a patiemment perfectionné son exposé par Julie Picard

Les carnets du congrès Cinq étudiants en journalisme couvriront le rendez-vous scientifique pour la revue en ligne Découvrir par Matthieu Dessureault Armés de leur calepin de notes, cinq apprentis journalistes sillonneront le campus pour couvrir en direct le 81e Congrès de l’Association francophone pour le savoir. Ces étudiants, choisis pour la qualité de leur dossier de candidature, sont issus des programmes de journalisme de l’Université Laval et de l’Université de Montréal. Ils rédigeront en tout 25 textes durant la semaine. On pourra les suivre dans la revue en ligne Découvrir qui est publiée par l’Acfas. Le congrès couvrira tous les grands domaines de la recherche, de la biologie aux sciences sociales. Ce programme diversifié représente une occasion en or de découvrir les projets de chercheurs. Pour un futur diplômé en journalisme, il s’agit d’un terreau fertile pour l’apprentissage. « On tenait à ce que ces étudiants n’aient pas tous étudié la rédaction scientifique afin de permettre à des généralistes de s’initier à la recherche et de découvrir un monde hyperactif », souligne la rédactrice en chef de Découvrir, Johanne Lebel. Rabéa Kabbaj, étudiante en communication publique à l’Université Laval, se réjouit à l’idée d’ajouter une nouvelle corde à son arc. « J’ai suivi un cours passionnant de journalisme scientifique à l’automne 2011. L’offre de l’Acfas me donnera l’occasion d’aborder ce genre de sujets. » Comme ses collègues Laurence Houde-Roy, Bérengère Capdequi, Renaud Manugerra-Gagné et Alexandre Guertin-Pasquier, elle devra vulgariser en peu de mots des recherches complexes. Ce travail sera encadré par Valérie Borde, qui s’assurera d’un équilibre dans la couverture. Celle qui enseigne le journalisme scientifique à l’Université Laval en connaît un rayon dans le domaine. En plus de tenir un blogue sur le site du magazine L’actualité, elle est l’auteure de près de 1000 articles dans des dizaines de magazines.

Parions que ses conseils seront appréciés des étudiants. La chargée de cours reconnaît que couvrir un congrès scientifique peut s’avérer déstabilisant. Se plonger dans le programme est déjà en soi toute une étape. Il faut faire des choix, ce qui peut être angoissant. Comment choisir les sujets qui plairont aux lecteurs parmi cette pléthore de conférences ? « Le congrès de l’Acfas est comme un magasin de bonbons, formule-t-elle. Je conseille aux étudiants de prendre quelques valeurs sûres, tout en leur rappelant que c’est aussi l’endroit pour tester de nouvelles choses. On peut faire de belles découvertes ! Il faut se transformer en éponge et se laisser émerveiller. » Ce type de partenariat entre un média et un établissement d’enseignement est bénéfique sur plusieurs plans, poursuit-elle. « Aux étudiants, ça donne une expérience réelle, en plus d’un salaire. Les médias, eux, peuvent découvrir des talents et investir dans la formation de gens qu’ils vont peutêtre engager un jour ou recruter comme pigistes. »

L’étudiant au doctorat en sciences et technologie des aliments Luis-Felipe Gutierrez représentera l’Université Laval à la grande finale du concours de vulgarisation Votre soutenance en 180 secondes, qui se déroulera le 8 mai en soirée, à l’atrium du pavillon Charles-De-Koninck. « C’est la présentation la plus courte que j’ai faite de ma vie, mais c’est celle qui a été la plus longue à préparer. J’ai rédigé sept versions avant d’en arriver à la finale », affirme le Colombien d’origine. Habituellement, quand il se prépare pour un exposé, il n’écrit pas son texte. Dans ce cas-ci, il l’a fait. « En trois minutes, il n’y a pas place à l’improvisation. Il faut être bien sûr de ce qu’on va dire, mais sans apprendre tout par cœur parce que le risque de bloquer est trop grand », explique-t-il. Pour s’assurer de mémoriser les éléments de son discours, LuisFelipe Gutierrez a répété plusieurs fois… sous la douche ! Et le 17 avril, jour de la finale locale, il l’a répété mentalement en marchant du pavillon Paul-Comtois au pavillon La Laurentienne, lieu de l’événement. « J’étais stressé parce que c’est rare que je me prépare autant. Je n’ai pas peur de faire face à un public mais, dans ce cas, c’est une compétition. Je voyais les finalistes

des autres facultés comme des adversaires. » L’étudiant, qui a pour directeur de thèse Khaled Belkacemi, professeur à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, avait un peu de poids sur

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C’est la présentation la plus courte que j’ai faite de ma vie, mais c’est celle qui a été la plus longue à préparer

les épaules. L’an dernier, lors de la première édition du concours tenue sur le campus, c’est une étudiante de la Faculté qui a remporté le deuxième prix et la palme du public. Cette année, ils étaient deux représentants de cette faculté à se rendre en finale. Quand le jury a dévoilé le nom du gagnant, le principal intéressé s’est montré surpris. « J’étais très content, mais étonné. J’avais peur que mes fautes de français me fassent perdre des points. C’était un défi du point de vue de la langue pour moi. » Depuis, le doctorant est passé d’une présentation de trois minutes à une de… trois heures. En effet, il a officiellement soutenu sa thèse la semaine dernière. « Ça pourrait jouer à mon avantage, estime-t-il. Mon projet est concret et pratiquement terminé. » À moins d’une semaine de la grande finale du concours, LuisFelipe Gutierrez est confiant. « J’ai le pressentiment que j’offrirai une bonne performance! J’espère gagner, mais me classer parmi les trois premiers me satisferait. Je serais heureux de donner ce prix à l’Université Laval, que je garderai dans mon cœur toute ma vie. » Lui qui retournera enseigner dans une université en Colombie à la fin de l’année pense à lancer le projet dans son pays d’origine. « C’est intéressant de faire ce type d’exercice. Vulgariser un long projet en trois minutes, ce n’est pas rien. » Mercredi 8 mai de 17 h à 19 h, à l’atrium du pavillon Charles-De Koninck.

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Pour suivre la couverture étudiante du congrès : www.acfas. ca/publications/decouvrir.

Le congrès de l’Acfas est comme un magasin de bonbons ; il faut se laisser émerveiller Luis-Felipe Gutierrez songe à introduire ce concours dans son pays natal, la Colombie. photo Julie Picard


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Un vent d’exaltation Aux États-Unis, des voyages organisés offrent la possibilité d’observer des tornades par Yvon Larose Une forme plutôt originale de tourisme prend de l’ampleur aux États-Unis : la chasse aux tornades. L’activité consiste à sillonner pendant des jours les routes des Grandes Plaines du centre du pays à la recherche de formations nuageuses pouvant évoluer en phénomènes météorologiques violents, idéalement en tornades. Afin de mieux comprendre cette nouvelle forme de tourisme, l’étudiante Catherine Morin Boulais, aujourd’hui doctorante en anthropologie, a passé trois mois en Oklahoma en 2009. Elle préparait alors son mémoire de maîtrise. Le 6 mai, elle présentera les faits saillants de cette recherche à l’occasion du congrès de l’Acfas. « L’Oklahoma est situé au centre du couloir où naissent le plus de tornad e s , ch a qu e a n n é e , a u x États-Unis, expliquet-elle. En trois semaines, j’ai parcouru 12 500 kilomètres et traversé huit États. » La chasse aux tornades chez nos voisins du Sud a véritablement pris son essor après la sortie du film Twister, en 1996. Aujourd’hui, l’industrie compte plus de 20 entreprises spécialisées dans les voyages offrant la possibilité d’observer de tels phénomènes. Les clients sont habituellement des hommes et des femmes retraités,

dans la cinquantaine ou la soixantaine. Ils sont prêts à débourser environ 3 000 $ par semaine pour faire de longues heures de route à bord d’un véhicule utilitaire sport ou d’une fourgonnette. Les tours peuvent durer jusqu’à deux semaines. La compagnie fournit le conducteur ainsi qu’un météorologue. « Le matin, le météorologue consulte son ordinateur et se base sur les prévisions météo pour déterminer la route à suivre durant la journée, raconte Catherine Morin Boulais. Il peut dire, par exemple, qu’il va peutêtre se passer quelque chose à 600 ou 700 kilomètres de l’endroit où nous sommes. On s’y rend. On n’attend pas. » Les cellules nuageuses les plus susceptibles de produire

Ce qui attire surtout, c’est la possibilité de se confronter à un phénomène plus grand que soi

Vue sous l’extrémité ouest d’une supercellule, assez puissante pour produire une tornade, quelque part dans les Grandes Plaines, aux États-Unis. photo Catherine Morin Boulais

des tornades sont isolées dans le ciel bleu, généralement en fin de journée. Une fois rendus à destination, les chasseurs peuvent apercevoir tel petit nuage qui se déplace au loin et qui pourrait avoir le potentiel de devenir une cellule orageuse. La traque commence. « Il arrive qu’il ne se passe rien, souligne-t-elle. Durant mes trois semaines de chasse, je n’ai vu aucune tornade. » Restée sur son appétit, elle est retournée sur le terrain en 2010, avec plus de chance cette fois, puisqu’elle a pu assister à ce phénomène météorologique. Catherine Morin Boulais a interviewé 25 clients, conducteurs et météorologues. Six propriétaires de compagnie

ont répondu à ses questions par courriel. L’ensemble des réponses indique que les chasseurs de tornades recherchent les sensations fortes. « Lorsqu’on chasse pendant une heure ou deux, l’adrénaline agit sur nous, dit-elle. Il y a de l’énergie dans l’air. C’est accrocheur. C’est vivant. » Ces touristes particuliers recherchent aussi le plaisir des yeux. « Le nuage ressort du paysage et offre une esthétique qu’on ne trouve pas ailleurs. On a le plaisir d’admirer la nature, de l’observer dans une de ses expressions originales. » Mais ce qui attire surtout, c’est la possibilité de se confronter à un phénomène plus grand que soi. « La tornade, explique l’étudiante,

est l’une des dernières manifestations de la nature sur laquelle l’humain n’a aucun contrôle. Il ne peut ni la prévoir ni l’arrêter. En plus, face à sa puissance de destruction, l’humain devient vulnérable. Certains m’ont dit que la tornade donne une leçon d’humilité. » L’objectif des chasseurs de tornades est de se positionner de manière à pouvoir prendre les meilleures images, photos ou vidéos. Le but ne consiste donc pas à s’approcher le plus près possible, encore moins à traverser une tornade comme certains scientifiques vont chercher à faire. En fait, le plus grand danger viendrait de l’engorgement des routes. Une tornade va attirer,

entre autres, des médias, des photographes pigistes et des étudiants en météorologie venus comprendre de visu les phénomènes qu’ils étudient. « Souvent, les gens sont seuls dans leur véhicule, dit Catherine Morin Boulais. Ils doivent regarder en même temps la route, le ciel et leur ordinateur. » Une expérience dans le vent ! Regard anthropologique sur le tourisme de chasse aux tornades

Lundi 6 mai à compter de 8 h 30 au local 1443 du pavillon Charles-De Koninck. Inscription au congrès obligatoire.

De leur propre bouche Le sentiment d’aliénation vécu par certaines femmes offrant des services d’escorte serait lié à la perception qu’elles ont de leur gagne-pain par Renée Larochelle La question du plaisir ressenti par les escortes féminines est un sujet tabou. Est-il possible pour une prostituée d’atteindre le septième ciel avec un client? Comment départager la sexualité vécue au « travail » et dans la vie privée? Offrir son corps contre de l’argent est-il une expérience aussi aliénante qu’on le croit? Dans son doctorat en sociologie de la sexualité, Jacqueline Comte tente de mieux comprendre la façon dont des femmes ayant choisi librement d’exercer le plus vieux métier du monde vivent leur propre vie amoureuse. D’entrée de jeu, et au risque de se mettre bien des féministes à dos, la sexologue critique l’expression « vendre son corps »

souvent employée pour parler des prostituées. « Si ces femmes vendaient leur corps, elles ne l’auraient plus ensuite, affirme-t-elle en entrevue. Elles offrent des services sexuels, c’est tout. » Aux fins de sa recherche, Jacqueline Comte a réalisé des entrevues avec 16 escortes, des femmes payées par une agence ou travaillant à leur compte qui se rendaient à l’hôtel ou au motel pour rencontrer leur client. La plus jeune avait 21 ans et la plus âgée, 54. Selon qu’elles disaient prendre du plaisir lors de leur travail ou, au contraire, éprouver un certain malaise et même du dégoût, la sexologue a dégagé quelques profils.

« Chez celles qui laissaient venir le plaisir lorsqu’il se présentait lors de la relation physique, la sexualité était quelque chose de beau et d’agréable à explorer, dit la doctorante. Prendre du plaisir était une façon positive de vivre le travail d’escorte. Dans leur esprit, la sexualité n’avait pas besoin d’être vécue à l’intérieur d’un lien amoureux pour être agréable et épanouissante. » En revanche, des participantes disaient s’empêcher d’avoir du plaisir sexuel, car elles craignaient de ne plus jamais avoir une vie de couple normale après avoir mis une croix sur leur travail d’escorte. L’une d’elles expliquait qu’avoir du plaisir sexuel avec un client équivalait à tromper son conjoint. « Mon hypothèse était que les femmes mal à l’aise dans ce travail croyaient que la seule bonne sexualité devait se vivre dans une relation amoureuse, dit Jacqueline Comte. À la lumière de ce que m’ont révélé mes répondantes, je ne me suis pas trompée. Le sentiment

d’aliénation est bel et bien lié à la perception qu’elles ont de leur travail et de la sexualité qui y est vécue. » Selon la sexologue, ces découvertes viennent bousculer l’idée que les prostituées n’ont pas de plaisir sexuel avec leurs clients. « Sans compter qu’on veut nous faire croire que toutes ces filles ont vécu des agressions sexuelles durant leur enfance. Il faut dire que les médias ne présentent que des histoires de filles de la rue, vulnérables, sans-abri et sous la tutelle d’un souteneur. Mais il existe d’autres réalités que j’ai voulu montrer. » Le plaisir dans la performance sexuelle chez des femmes offrant des services d’escorte

Mercredi 8 mai à 8 h 30, au local 1257 du pavillon Charles-De Koninck. Inscription au congrès obligatoire.


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Rire aux larmes Les clowns qui interviennent auprès des enfants hospitalisés n’ont qu’un défaut : ils donnent le mauvais rôle aux infirmières par Jean Hamann Aller à l’hôpital, ce n’est drôle pour personne, mais c’est pire pour les enfants. Pas facile pour eux de comprendre que c’est pour leur bien qu’on les amène dans ces lieux inquiétants où des inconnus les palpent, tâtent, sondent, auscultent et piquent. L’anxiété qui en découle augmente le stress des tout-petits tout comme celui de leurs parents et du personnel soignant. Heureusement, il existe un remède simple à ce problème : le clown thérapeutique. Amélie Dumas et Hélène Patenaude, de la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval, et leur collègue Florence Vinit, de l’UQAM, ont évalué l’effet de la présence d’un duo de clowns sur 30 enfants traités au Centre mère-enfant de Québec. L’observation s’est déroulée au moment où les petits devaient subir l’installation d’un soluté, une vaccination, une ponction ou une infiltration, des procédures qui génèrent habituellement leur lot de peurs et de pleurs. « L’intervention des clowns thérapeutiques n’est pas prédéfinie, précise la professeure Patenaude, qui a elle-même suivi une formation dans ce domaine en Belgique. Le duo utilise la musique, la danse, le conte et l’improvisation non pas comme spectacle,

mais pour entrer en contact avec l’enfant et le distraire. » Lorsque son attention est tournée vers les clowns, l’enfant serait moins anxieux par rapport au traitement qui l’attend et sa perception de la douleur pourrait même être atténuée. La théorie est bien jolie et, en plus, elle fonctionne. Selon les données recueillies par les deux chercheuses, environ 80 % des parents et des infirmières jugent que les clowns réduisent le niveau d’anxiété de l’enfant avant et après la procédure. Par ailleurs, 70 % des répondants estiment que l’intervention diminue la douleur des petits. « Certains ne se rendent même pas

Environ 70 % des répondants estiment que l’intervention diminue la douleur des petits

compte qu’un geste thérapeutique est posé », glisse la professeure Patenaude. Enfin, 80 % des parents et des infirmières considèrent que cette méthode a permis l’établissement d’une complicité entre eux. « Les clowns favorisent une rupture dans la routine courante des soins et dans les modalités de communication entre patients et soignants, ajoutet-elle. Elle réintroduit toutes les personnes présentes dans le monde où l’enfant est un être qui joue et qui s’amuse. » La seule réserve exprimée par les infirmières ? Les clowns ont le beau rôle dans l’affaire, ce qui fait craindre à certaines que les enfants retournent chez eux avec un souvenir bien arrêté de leur séjour à l’hôpital : les clowns font rire et les infirmières font pleurer. « La plupart s’accommodent bien de la situation, souligne toutefois Hélène Patenaude. L’organisation du travail dans les hôpitaux est telle que les infirmières n’ont pas le temps de distraire les enfants avant, pendant et après une procédure, de sorte qu’elles apprécient l’aide apportée par les clowns. » Impact de l’accompagnement par un duo de clowns thérapeutiques lors d’une situation de procédure de soin intrusive chez un enfant.

Jeudi 9 mai à 13 h 30, au local 2269 du pavillon Ferdinand-Vandry. Inscription au congrès obligatoire.

L’organisme Dr Clown travaille deux jours par semaine auprès des jeunes patients des grands centres pédiatriques de Montréal et de Québec. photo Rémi Coignard-Friedman

Claire L’Heureux-Dubé, ex-juge à la Cour suprême du Canada. photo CP

La juge de la dissidence Juge à la Cour suprême du Canada de 1987 à 2002, Claire L’Heureux-Dubé a mérité le titre de « plus grande dissidente » de l’histoire de cette institution. Elle a inspiré la professeure MarieClaire Belleau, qui dirige à la Faculté de droit une recherche sur la pratique des opinions dissidentes à la Cour suprême, avec Rebecca Johnson de l’Université de Victoria. À quoi sert-il de ne pas toujours se ranger derrière le groupe? Voici les explications de la chercheuse. Q Que signifie ce titre de « plus grande dissidente » de l’histoire de la Cour suprême du Canada? R Il faut savoir que les décisions de ce tribunal sont prises à la majorité des voix par des groupes comptant cinq, sept ou neuf juges. La majorité des pourvois sont rendus à l’unanimité. Les opinions divergent dans 38 % des causes. Les dissidents peuvent parvenir à une conclusion différente du groupe – ce qu’on appelle la dissidence sur le résultat – ou arriver à la même solution tout en différant sur les arguments – soit la dissidence sur les motifs. Claire L’Heureux-Dubé a été dissidente dans 63 % de ces décisions.

R Chaque fois qu’une cour reconsidère une question de droit, l’opinion dissidente d’une cause antérieure abordant le même sujet la force à évaluer de nouveau les arguments. L’opinion minoritaire permet aussi d’élaborer de nouveaux principes, d’exposer les développements du droit sur la scène internationale et de rechercher des argumentations persuasives dans les jugements des hautes instances d’autres pays. Elle peut même susciter un dialogue à l’échelle internationale, dans la mesure où les tribunaux étrangers, à la recherche de solutions à des problèmes sur lesquels ils n’ont pas encore de jurisprudence bien développée, peuvent choisir parmi plusieurs approches. Par exemple, certaines dissidences de Claire L’Heureux-Dubé ont été reprises dans des décisions majoritaires et unanimes de l’Afrique du Sud et d’Israël.  

Q Quel intérêt présentent-elles au juste pour les universitaires? R Les dissidences suscitent un dialogue fructueux entre les tribunaux et les universités. Elles sont un outil pédagogique important pour former la relève. On demande aux étudiants d’évaluer le mérite relatif des opinions majoritaires et dissidentes. L’exercice développe leur Q Ces dissidences ont-elles eu une esprit analytique et les sensibilise au fait influence sur des lois? R Une dissidence célèbre est surve- que le droit permet souvent plusieurs nue dans la cause Mossop, où Claire solutions à un même problème. L’Heureux-Dubé a reconnu que la notion de famille pouvait englober Q Les juges femmes sont-elles plus les couples homosexuels. En 1993, un portées à être dissidentes que homme demande une journée de « congé les hommes ? de deuil » pour assister aux funérailles R Tous les juges signent des opinions du père de son conjoint des 20 dernières dissidentes. Nos statistiques démonannées. L’employeur accepte d’accor- trent toutefois que certaines femmes der le congé, mais refuse de le consi- de la Cour suprême du Canada (Marie dérer comme un congé de deuil. Claire Deschamps, Bertha Wilson, Claire L’Heureux-Dubé veut accorder ce droit L’Heureux-Dubé) tendaient à le faire à l’individu concerné. Elle va ainsi à plus souvent que leurs collègues mascul’encontre de la majorité de la Cour lins. Cela pourrait s’expliquer par le fait suprême, qui ne considère pas l’homme que les femmes n’ont que récemment été comme un membre de la famille proche admises à y siéger. Il y a 30 ans à peine, du défunt. Cette dissidence exprimée seuls des hommes rendaient les jugepar la juge sera cependant reprise par la ments de la plus haute instance judiciaire majorité de la Cour suprême dans plu- du pays. La première juge de sexe fémisieurs décisions des années 1990. Elle nin, Bertha Wilson, y a été nommée en va culminer dans l’adoption d’une loi 1982. Depuis, l’expérience des femmes reconnaissant le mariage entre parte- et leurs points de vue sont entendus à ce naires du même sexe en 2004. L’année tribunal. Il s’agit là de l’une des valeurs suivante, cette loi sera reconnue consti- de la diversité dans la magistrature. tutionnelle par la Cour suprême dans Propos recueillis par Renée Larochelle une décision unanime. C’est donc dire que, dès 1993, Claire L’Heureux-Dubé Que sont devenues les avait semé le germe de la reconnaissance dissidences ? de certains droits des homosexuels ! Lundi 6 mai à compter de 9 h, au local 1289 du pavillon Charles-De Koninck. Q Les opinions dissidentes jouent Inscription au congrès obligatoire. donc un rôle concret en droit?


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Par ici la sortie !

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Notre guide de voyage à Québec, bricolé exprès pour les amoureux de la science et de l’histoire par Pascale Guéricolas Dans la plupart des villes touristiques du monde, il suffit de s’éloigner d’une ou deux rues des grands monuments pour brusquement sortir de la carte postale sans surprise. C’est à cette promenade par des chemins de traverse que nous vous invitons lors de votre séjour scientifique à Québec. Des suggestions de sorties sélectionnées sans prétention avec l’aide de quelques chercheurs et étudiants.

Les embryons du savoir

Tout juste sortis des catacombes québécoises, les visiteurs n’ont que quelques pas à faire pour se rendre au Musée de l’Amérique française. Ils peuvent y voir l’exposition « Révélations, L’art pour comprendre le monde » qui souligne les 350 ans du Séminaire de Québec, créé justement par Monseigneur de Laval. Le parcours donne un aperçu de la façon dont les peintures, les objets d’orfèvrerie, les livres anciens, les instruments scientifiques accumulés Roc’n’roll au fil des ans par les prêtres ont contribué à ouvrir À tout seigneur tout honneur, la découverte des la société québécoise sur l’art et la science pratrésors cachés de Québec débute par celle du tiqués ailleurs. campus. Le quatrième étage du pavillon AdrienPouliot abrite une des plus importantes collections www.mcq.org géologiques de l’Amérique du Nord. Au Musée de géologie René-Bureau se trouve le plus gros cris- Un charme très anglais tal d’ilménite au monde, trouvé au Lac-Saint-Jean. Autre trésor historique caché à un jet de pierre : Les visiteurs peuvent rêver devant les 35 vitrines celui du Morrin Centre. Cette bibliothèque au pleines des créations de la nature qu’offrent cer- décor victorien n’a rien à envier à celle qui protège, tains cristaux spectaculaires. La collection de René à Poudlard, les grimoires des sorciers dans les films Just Haüy, un des pères de la minéralogie moderne, de Harry Potter ! La plus ancienne société savante y figure en bonne place, avec ses 400 échantillons du Canada, la Literary and Historical Society légués au Séminaire de Québec en 1816. La visite of Quebec, s’y réunissait dès 1868. Les antiques peut se conclure par une balade dans le Jardin rayonnages abritent des bijoux littéraires vieux de géologique, situé entre les pavillons Vachon et quatre siècles. Au moins un écrivain a bien connu Pouliot et constitué de spécimens extraits de l’endroit. Il s’agit de l’historien et écrivain Philippe Aubert de Gaspé, auteur du premier classique mines québécoises. de la littérature franco-canadienne, Les anciens Canadiens. Il a été emprisonné pour dettes penwww2.ggl.ulaval.ca/musee/index.html dant trois ans dans les cellules du Morrin Centre ! Vue sur l’histoire Le lieu a en effet servi de première prison moderne Il suffit de se diriger vers le Vieux-Québec pour au Canada, en 1800, avant de devenir un collège constater que la situation géographique de la ville, pour l’élite anglophone en 1862. perchée en partie sur le cap Diamant, offre des vues saisissantes. L’Observatoire de la capitale, Il faut réserver pour la visite de la prison au tout en haut du Complexe G, permet d’embrasser 418 694-9147. www.morrin.org une bonne partie du paysage de l’Université Laval jusqu’au Vieux-Québec. Mais la plus jolie perspec- Pac Man dans Saint-Roch tive est peut-être offerte par un tout petit endroit Même si l’histoire occupe une place importante à niché au cœur de la vieille ville, qui ne dévoile ses Québec, la ville est aussi tournée vers l’avenir. À charmes qu’à ceux qui aiment se perdre le nez au preuve, la présence de plusieurs industries du jeu vent. Le parc Cavalier-du-Moulin, situé au bout de vidéo (Beenox, Sarbakan, Frima, Ubisoft), dont les la rue du Mont-Carmel, non loin des coulisses du bannières sont très visibles au cœur du quartier Château Frontenac, constitue un vestige de la forti- Saint-Roch. Le Musée de la civilisation consacre fication française du 17e siècle. À cette époque, cet d’ailleurs une exposition à ce loisir dont le marché ouvrage défensif s’appelait cavalier. Installé sur un dépasse maintenant celui du cinéma. Des premiers banc dans ce minuscule écrin vert, on peut contem- jeux Pong commercialisés dans les années 1970 pler à loisir les toits de la cité que la perspective jusqu’aux images en haute définition d’aujourd’hui, transforme en maisons de poupée. les amateurs de Pac Man, Mario Bros, Elder Scrolls ou World of Warcraft peuvent s’en donner à cœur www.capitale.gouv.qc.ca/realisations/parcsjoie sur les consoles disponibles au musée. Des espaces-verts/parc-du-cavalier-du-moulin.html accessoires, des extraits de films et des entrevues avec les programmeurs remontent aussi le fil du La crypte de Monseigneur temps de ces jeux vidéo qui ont marqué la dernière Une fois que l’on est immergé dans l’atmosphère génération. historique de ce coin d’Amérique, on peut poursuivre l’expérience en se rendant à la basilique www.mcq.org Notre-Dame de Québec, juste en face de l’hôtel de ville. La visite de l’église vaut la peine, bien sûr, mais Des berges, pas du béton celle de la crypte constitue un véritable voyage dans La rivière Saint-Charles est un exemple de revitale temps. Là-dessous, on peut voir les fondations lisation environnementale à Québec. Considéré d’origine de cette église construite pour la première comme un égout à ciel ouvert dans les années 1970, fois en 1647. De nombreux notables y sont enterrés, le cours d’eau attire aujourd’hui des milliers de prodont quatre gouverneurs de la Nouvelle-France. Le meneurs sur un parcours qui relie sa source à son cercueil en plomb de Monseigneur François de embouchure, au Vieux-Port, sur une trentaine de Laval – celui qui a créé le Séminaire de Québec, kilomètres. À l’initiative d’une poignée de citoyens, établissement fondateur de l’Université qui porte la municipalité a entrepris des travaux pour enlever son nom – reposait d’ailleurs dans un des trous des les murs de béton qui étouffaient les rives et resmurs de la crypte, comme la coutume de l’époque treindre la pollution des affluents. Quinze ans plus tard, les berges verdissent et la rivière accélère son le voulait. débit, entraînant dans son sillage carpes et poissons-chats, petits poissons très prisés des grands Il faut réserver auprès de la Corporation du touhérons, des aigrettes blanches et des canards risme religieux au 418 694-0665.

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plongeurs qui fréquentent le site. Au printemps, des crapauds d’Amérique y chantent la sérénade. Des chercheurs du Département de génie civil et de génie des eaux collaborent maintenant avec la municipalité pour étudier les effets de sédimentation du barrage régulant les marées du SaintLaurent à l’embouchure de la rivière.

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Cartes et itinéraires des navettes au societerivierestcharles.qc.ca. Tél. : 418 691-4710.  Un long fleuve peu tranquille

Les Québécois redécouvrent aussi avec plaisir les bords du Saint-Laurent, en roulant, en patinant ou en marchant sur les 2,5 km de la promenade Samuel-de-Champlain, non loin des ponts qui relient Québec à la Rive-Sud. Cet espace, bordé autrefois par un boulevard inhospitalier, offre depuis cinq ans une fenêtre sur l’horizon. Il est aussi important sur le plan historique. C’est à l’Anse au Foulon que débarquèrent en 1759 les troupes britanniques du général Wolfe, défaisant en 20 minutes les soldats français lors de la bataille des plaines d’Abraham et mettant un terme à l’aventure de la Nouvelle-France. Les berges du fleuve se souviennent aussi du bois qui provenait de centaines de kilomètres en amont au temps de la drave. Des milliers d’ouvriers au 19e siècle ont travaillé dans cette industrie pour exporter des billots vers l’Angleterre, coupée de ses fournisseurs scandinaves par le blocus de Napoléon. www.capitale.gouv.qc.ca/realisations/ promenade-samuel-champlain/

1 La promenade Samuel-De Charles renaît. photos Marc d’art du Séminaire de Québ Frank Vachon/Perspective


tourisme intelligent

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e-Champlain a rendu le fleuve aux gens de Québec. 2 Vue sur le Vieux-Québec depuis le parc Cavalier-du-Moulin. 3 Le Jardin géologique du campus. 4 Débarrassée de son carcan de béton, la rivière Saintc Robitaille 5 La bibliothèque du Morrin Centre, témoin de l’éclosion de la vie intellectuelle à Québec. photo Morrin Centre 6 Une pièce de l’exposition Révélations : J. Purves Carter, restaurateur des œuvres bec, en 1908. photo Musée de la civilisation, fonds d’archives du Séminaire de Québec 7 Réessayez les consoles d’antan au Musée de la civilisation dans Une histoire de jeux vidéos. photo Nicolase 8 L’Éboulis du Cap-Diamant, Joseph Légaré, 1841. Cette année-là, un glissement de terrain avait entraîné la chute d’un mur des fortifications de Québec. À voir au Musée de l’Amérique française.


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Diplomatie made in USA Les États-Unis sont toujours les chefs de file de l’OTAN malgré une divergence croissante d’intérêts avec leurs alliés par Yvon Larose

Confidentiel, dites-vous ? L’anonymat des banques de données est mis à rude épreuve à l’ère du Web 2.0 par Jean Hamann Il ne suffit pas de retirer le nom des personnes, leur numéro d’assurance sociale ou leur adresse civique d’une banque de données pour rendre celle-ci confidentielle. La compagnie de location de films Netflix l’a appris à ses dépens en 2009. Elle a dû verser 9 M$ pour avoir négligé de protéger convenablement l’anonymat de ses abonnés, rappelle AnneSophie Charest, professeure au Département de mathématiques et de statistique. Ce genre de situation a de quoi préoccuper les chercheurs responsables de banques de données qui, par définition, se trouvent dans une position délicate, souligne la spécialiste. « D’une part, on promet aux personnes qui participent à des études ou à des enquêtes que leurs répo n s e s re ste ront co n fidentielles. D’autre part, les chercheurs utilisent ces réponses pour produire des études qui sont divulguées publiquement. » La solution intuitive qui consiste à retirer les données nominatives ne suffit pas, comme le démontre l’exemple de Netflix. L’entreprise avait divulgué des renseignements très limités concernant ses abonnés : un numéro d’usager sans signification, le nom de six films qu’ils avaient vus, la cote qu’ils avaient attribuée à chacun d’eux et la date de l’évaluation. Ces données avaient été rendues publiques à l’occasion d’un concours visant à améliorer l’algorithme utilisé pour formuler des suggestions de films aux abonnés. Malheureusement pour Netflix, le recoupement de ces informations

avec les renseignements contenus sur le site Internet Movie Database permettait théoriquement d’identifier individuellement 80 % des abonnés. « La promesse de confidentialité doit tenir compte des recoupements possibles avec des données existantes, notamment avec celles que les personnes divulguent ellesmêmes sur Internet », souligne la professeure Charest. La solution qui consiste à publier des données agrégées, en faisant des regroupements d’individus par groupe d’âge par exemple, peut aussi laisser des brèches, poursuit-elle. Une étude publiée en 2008 dans PLOS Genetics montrait que des données génomiques agrégées fournies par le National Institute of Health ne parvenaient pas à masquer parfaitement l’identité des personnes. Il y avait une possibilité que soient divulguées des informations personnelles sur des gènes ayant une incidence sur la santé. L’organisation américaine a donc dû placer une partie de ses données génomiques derrière un pare-feu. Il existe déjà quelques solutions pour mieux protéger la confidentialité des banques de données. Ces approches, qui misent sur la réduction ou la perturbation des données, présentent un inconvénient majeur : si on les applique trop rigoureusement, elles diminuent l’information qu’on peut tirer de la banque. « Une approche idéale doit respecter l’engagement de confidentialité tout en maximisant l’utilité des données pour la recherche », résume Anne-Sophie Charest.

Ses propres travaux portent sur une nouvelle façon de protéger adéquatement les données: la confidentialité différentielle. « Grâce à cette approche, on peut promettre aux répondants qu’une tierce personne mal intentionnée n’apprendra rien – ou presque rien – de plus sur eux qu’ils acceptent ou non de participer à l’enquête. Et on ne suppose pas de limites aux données accessibles à l’adversaire, ce qui représente tout un défi avec la quantité d’information maintenant accessible sur Internet! » Protéger la confidentialité des données statistiques.

Lundi 6 mai à 9 h 15, au local 3820 du pavillon Alexandre-Vachon. Inscription au congrès obligatoire.

La promesse de confidentialité doit tenir compte des recoupements possibles avec des données existantes

En 2003, à l’ONU, les États-Unis et plusieurs pays européens s’étaient affrontés sur la présence possible d’armes de destruction massive en Irak. Cette collision frontale, qui a fini par déboucher sur une intervention militaire, a-t-elle affecté les relations entre les principaux alliés de l’OTAN que sont les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ? « La guerre en Irak n’aurait pas eu de conséquences néfastes permanentes », répond le professeur Jonathan Paquin, du Département de science politique. Ces dernières années, l’Alliance atlantique a traversé une période de turbulences. Une divergence d’intérêts est apparue. « Mais la France et le RoyaumeUni n’ont pas cherché à prendre leurs distances des États-Unis, poursuit-il. Les Américains ont réussi à maintenir leur leadership au sein de l’Alliance. » Au congrès de l’Acfas, le professeur Paquin fera une présentation conjointe avec l’étudiant Philippe Beauregard, inscrit à la maîtrise en science politique. Leur communication portera sur l’analyse de 415 déclarations officielles émises par les trois principaux alliés de l’OTAN lors de 4 crises survenues depuis l’invasion de l’Irak. Ce sont la crise libanaise de 2005, le conflit entre Israël et le Hezbollah en 2006, la révolution égyptienne de 2011 et la guerre civile libyenne, également en 2011. Le professeur et l’étudiant cosignent aussi un article scientifique sur le sujet, article qu’ils viennent de soumettre à la revue britannique Cooperation and Conflict. Certains faits se reproduisent lors des trois premiers événements. « Les Américains parlaient les premiers dans une majorité de cas, précise Jonathan Paquin. Les Français et les Britanniques disaient souvent la même chose 24 ou 48 heures après. » Ainsi, dans 71 % des cas durant la crise libanaise, les Américains ont été les premiers à faire une déclaration officielle. L’analyse révèle également un net alignement de Paris et de Londres sur les positions défendues par Washington. Durant le conflit entre Israël et le Hezbollah, Français et Britanniques ont déclaré la même chose que les Américains dans 58 % et 66 % des cas. Les positions consistaient, entre autres, à condamner l’implication de l’Iran et de la Syrie, et à apporter une aide humanitaire à la population. Les deux chercheurs ont découvert que le fossé ne s’est pas creusé entre les trois puissances alliées depuis la guerre en Irak. La cohésion diplomatique demeure forte sur les dossiers importants. Cette harmonie peut s’expliquer par l’interdépendance économique des acteurs en présence et le partage de valeurs communes, telles que le libéralisme économique et la démocratie.

L’analyse confirme l’existence d’une relation spéciale entre Américains et Britanniques. « Le Royaume-Uni est le follower par excellence des ÉtatsUnis, affirme Jonathan Paquin. Les Britanniques ont même adopté la rhétorique de Washington concernant l’extrémisme, le terrorisme et la menace iranienne. » Quant aux Français, même s’ils ont parfois employé un ton différent de celui de leurs principaux alliés, ils ont rarement adopté une position divergente de celle des États-Unis. La guerre civile en Libye représente un cas à part. En ce qui concerne les trois autres crises, les États-Unis avaient parlé les premiers dans plus de la moitié des cas. Cette fois, la France a parlé la première plus de la moitié du temps. Dans cette crise, la présidence française fut la première à demander au colonel Kadhafi de renoncer au pouvoir et la première à faire allusion à de possibles sanctions. Dans ce dossier, l’administration Obama s’est alignée sur les positions françaises. « Le dossier libyen constitue une situation inhabituelle et inattendue, indique Jonathan Paquin. Il suggère une transformation dans la dynamique

Cette harmonie peut s’expliquer par l’interdépendance économique des acteurs en présence et par le partage de valeurs communes

des relations transatlantiques. Il faut voir si, à long terme, les alliés des ÉtatsUnis prendront de plus en plus de place. Est-ce que les Américains accepteront de leur céder du terrain et de faire de la gestion de crise à partir des coulisses ? » Selon lui, l’intervention militaire française au Mali, cet hiver, visant à déloger des groupes islamistes armés, semble aller dans le sens d’un certain désengagement américain au profit des alliés. « Les Américains, dit-il, ne se sentent pas menacés par leurs alliés. Ils sont beaucoup plus puissants qu’eux. Mais ils sont empêtrés dans des difficultés économiques. De plus, ils renforcent leur présence militaire en Asie face aux ambitions géopolitiques grandissantes de la Chine. Il serait donc logique que les autres partenaires de l’OTAN jouent un rôle plus important dans les autres régions du monde. » Leadership, alignement et opposition : les relations transatlantiques depuis la guerre en Irak.

Lundi 6 mai à 13 h 30, au local 1435 du pavillon Charles-De Koninck. Inscription au congrès obligatoire.


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Une députation mature et élitiste Près des trois quarts des députés qui forment l’actuelle Assemblée nationale du Québec ont de 45 à 64 ans. Globalement, l’âge moyen est de 53 ans. Pour Magali Paquin, doctorante en sociologie, ces chiffres représentent la surprise de la 40e législature. « L’âge des élus est particulièrement élevé, souligne-t-elle. Depuis 2003, l’âge moyen variait entre 48 et 50 ans. » Selon elle, deux facteurs expliqueraient ce vieillissement de la députation. D’abord, le fait que peu de ces politiciens en soient à leur premier mandat. Ensuite, le fait que les nouveaux sont assez âgés. « Dans les trois législatures précédentes, dit-elle, le nombre de nouveaux députés variait entre 45 et 59. Cette fois, ils ne sont que 38. » C’est à l’occasion du congrès de l’Acfas, le 6 mai, que Magali Paquin fera un exposé sur le profil sociodémographique des parlementaires québécois de la 40e législature. Les 125 députés élus le 4 septembre 2012 seront analysés selon quatre indicateurs : le sexe, l’âge, la scolarité et l’occupation professionnelle. L’étudiante a tiré ses données de différentes sources, dont les sites Internet de l’Assemblée nationale et des partis politiques. « Ma communication permettra d’éclairer un peu plus les dynamiques de notre démocratie et de nos institutions politiques », explique-t-elle. Règle générale, les tendances observées durant les années 2000 se maintiennent. Les femmes, qui représentent 32,8 % des députés, sont toujours sous-représentées par rapport à la société. La situation s’améliore lentement. En revanche, depuis 1970, elles occupent plus de place au Conseil des ministres que dans l’ensemble de la députation et qu’au sein du parti au pouvoir. « Le cabinet Marois compte 37,5 % de femmes, indique Magali Paquin. En comparaison, le premier ministre libéral Jean Charest avait instauré une politique de parité des sexes dans son cabinet. » Durant les 15 dernières années, un nouveau groupe s’est imposé à l’Assemblée nationale : celui des gestionnaires-administrateurs. Ces professionnels représentent actuellement 41,6 % de toute la députation. Si les députés issus du domaine de la gestion tendent à être plus nombreux qu’avant parmi les péquistes, ils dominent largement chez les libéraux et les caquistes. Une pondération semblable caractérise le Conseil des ministres, puisqu’on y trouve 45,8 % de gestionnaires. « Les élus, soutient l’étudiante, ne sont pas des individus désincarnés : ils importent dans le travail parlementaire leurs expériences, leurs idéologies, leurs réseaux sociaux et leurs méthodes de travail. Ainsi, on peut penser que le nombre grandissant de gestionnaires parmi les députés a une incidence sur les dynamiques politiques, la conduite de l’État et le contenu des politiques publiques. » Selon elle, un statut socioprofessionnel élevé, ainsi qu’un haut niveau d’instruction donnent un profil élitiste à la députation québécoise. Depuis quelques décennies, les diplômés universitaires dominent l’Assemblée nationale. Dans la législature actuelle, trois députés sur quatre ont ce profil. « Un diplôme universitaire représente un avantage indéniable pour être élu député, affirme Magali Paquin. Au Conseil des ministres, c’est flagrant. Ce l’était aussi sous les libéraux. Dans le cabinet Marois, 96 % des ministres ont fréquenté une université, la moitié d’entre eux ayant une maîtrise. Lorsqu’il s’agit d’accéder au Conseil, un haut niveau de scolarité devient une véritable clé. » Yvon Larose Le profil sociodémographique des parlementaires québécois : la 40e législature.

Lundi 6 mai à 8 h 30, au local 1466 du pavillon Charles-De Koninck. Inscription au congrès obligatoire.

Des bras à rabais L’absence de réglementation chez les agences de location de personnel conduit à des abus qui menacent la santé et la sécurité des travailleurs par Renée Larochelle Denise occupe un poste de secrétaire dans une entreprise. Pour dénicher cet emploi, elle a fait appel à une agence de location de personnel qui l’a tout de suite engagée. Un jour, au hasard d’une conversation entendue au bureau, elle apprend que son salaire est beaucoup moins élevé que celui d’une collègue effectuant des tâches similaires. Malheureusement, Denise saura bientôt qu’elle partage le sort de tous les employés d’agence : à travail égal, il n’y a pas de salaire égal. Ses chances d’obtenir une rémunération équitable sont pour ainsi dire nulles. L’inégalité dans le traitement salarial fondée sur le statut d’emploi est l’une des caractéristiques de l’industrie de la location de personnel au Québec. Dans certains cas, l’écart peut atteindre 40 %, selon que la personne reçoit son salaire de l’agence ou de l’entreprise. Cette discrimination n’est pourtant pas considérée comme illégale, la location de personnel n’étant pas réglementée au Québec. C’est ce qu’a expliqué Jean Bernier, professeur émérite associé au Département des relations industrielles, lors d’une entrevue accordée en marge du colloque sur les agences de travail temporaire.

« Depuis une dizaine d’années, la location de personnel par des agences de travail a connu un développement considérable, dit ce spécialiste de la question. Selon Statistique Canada, l’industrie a généré 800 M$ en revenus d’exploitation en 2001 pour atteindre 1,2 G$ en 2011, seulement au Québec. C’est énorme ! » Parmi les domaines où l’on trouve le plus de travailleurs recrutés par des agences de location figurent la manutention, l’entreposage, la transformation des aliments et les emplois de bureau. À l’origine, ce système servait à pallier les absences temporaires des employés permanents ou encore à expédier un surcroît de travail. Au fil des années, une sorte de normalité s’est installée, tant et si bien que faire appel à une telle agence est devenu, pour beaucoup d’entreprises, une nouvelle façon de fonctionner. Or, les lois du travail au Québec, basées sur la relation employeur et employé sans intermédiaire, ne sont pas adaptées à cette situation, affirme Jean Bernier. Par exemple, en matière de santé et de sécurité au travail, qui, de l’agence ou de l’entreprise cliente, donnera la formation adéquate au salarié ?

Qui fournira les équipements individuels de protection comme les bottes et les gants ? Cette responsabilité incombera-t-elle à la firme qui signe le chèque de paie, à celle qui distribue les tâches, ou encore au travailleur luimême ? De plus, en l’absence de réglementation à cet égard, certaines compagnies seront portées à faire exécuter par des salariés d’agence les travaux particulièrement pénibles ou dangereux. Une résistance collective à ce système est difficile. Dans une agence, la main-d’œuvre est mobile et flottante, ce qui rend tout compte fait la syndicalisation impossible. Si un syndicat s’en mêle, l’entreprise va s’adresser à une autre agence pour combler le manque de personnel. Si les agences sont assujetties aux droits et aux obligations définis dans les lois du travail au Québec, elles n’ont toutefois aucune obligation de s’enregistrer, d’obtenir un permis ni même de faire preuve de solvabilité, rappelle Jean Bernier. Elles peuvent ouvrir leurs portes un jour, engager du personnel le lendemain et fermer le surlendemain, sans rémunérer les employés. « Le Québec est l’une des rares provinces au Canada où cette industrie n’est pas règlementée », constate Jean Bernier. La ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais, a récemment annoncé son intention de déposer un projet de loi en ce sens. Le professeur croit cependant que les chances que le projet fonctionne

sont minces. D’abord, il y a la force du nombre : le Québec compte 600 agences, et l’association qui représente leurs intérêts s’oppose à toute forme de législation. Ces établissements se considèrent comme des entreprises comme les autres et ne souhaitent surtout pas perdre la grande flexibilité que leur procure la formule. « Enfin, poursuit-il, le gouvernement représente un gros client pour les agences. Les encadrer risque d’augmenter ses coûts. » Tout n’est pas complètement sombre dans le paysage où ces agences poussent comme des champignons. Pour les étudiants qui cherchent un emploi d’été ou les personnes qui veulent concilier le travail et la famille, la formule peut être avantageuse. Même chose pour les nouveaux venus qui souhaitent trouver du travail rapidement. Jean Bernier demeure toutefois circonspect. « On parle parfois des agences comme étant des mécanismes d’insertion pour les immigrants, dit-il. À mon avis, il s’agit plutôt là d’une façon de trouver de la main-d’œuvre à bon marché. » L’industrie de la location de personnel : un univers très particulier, non réglementé, en pleine expansion et peu connu scientifiquement.

Mardi 7 mai à 10 h, au local 1231 du pavillon Charles-De Koninck. Inscription obligatoire.


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Gretzky chez Freud Ce que la psychologie révèle sur le hockey, le stress des joueurs bagarreurs et l’attachement des partisans par Yvon Larose Le hockey est-il violent par essence ? Pour quelles raisons les joueurs sont-ils superstitieux ? Et pourquoi la perte des Nordiques de Québec a-t-elle fait si mal ? De toute évidence, les questions surgissent lorsqu’un psychologue se penche sur le hockey, en particulier celui pratiqué dans la Ligue nationale. C’est justement ce que compte faire le professeur Simon Grondin, de l’École de psychologie, lors de sa conférence du 10 mai au pavillon Charles-De Koninck. Ce passionné de hockey, doublé d’un fin connaisseur de l’histoire de la Ligue nationale, entretiendra son auditoire du thème traité dans Le hockey vu du divan, un essai qu’il a publié en 2012 aux Presses de l’Université Laval. La communication aura lieu à l’occasion des activités spéciales grand public du congrès de l’Acfas. Sport spectaculaire s’il en est un, le hockey sur glace se caractérise par la rapidité et l’habileté des joueurs sur la patinoire. Il comporte, en particulier dans sa version nordaméricaine, un bon degré de rudesse, voire de violence dont la bagarre à coups de poing constitue l’expression ultime. « Je comprends que ces gestes sont dans la culture de ce sport, souligne Simon

Grondin. Mais à un certain moment, on peut décider que le hockey n’a pas à être comme ça. » Ce dernier estime que la solution aux gestes disgracieux réside dans des sanctions sévères. Ces sanctions devraient faire mal tant aux joueurs fautifs qu’à leur équipe. D’autant plus que, selon le professeur, moins de violence ne nuirait pas à l’intensité du jeu. Simon Grondin croit que les joueurs perdent parfois leurs repères, le gros bon sens, dans le feu de l’action. « Il faut les protéger contre eux-mêmes », affirme-t-il. En ce domaine, les durs à cuire, les « goons », sont dans une classe à part. Au niveau

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Les partisans arrivent à s’approprier la réussite des joueurs comme s’il s’agissait de la leur

Le 20 avril 1984 dans l’ancien Forum de Montréal. En finale de division, les Nordiques de Québec affrontent les Canadiens. La rivalité entre les deux équipes et l’importance de l’enjeu entraînent des gestes disgracieux. photo CP/Arne Glassbourg

junior, ces joueurs au talent limité, mais qui aspirent à la Ligue nationale, sont encouragés à développer leur talent de pugiliste. Ils l’acceptent d’autant plus que ce type de comportement est valorisé sur la glace, en plus d’être toléré par le système de justice. Mais ce cheminement a un coût. Ces joueurs vivent un stress démesuré parce qu’ils reçoivent et donnent des coups de poing. Cela va à l’encontre des vertus du sport et du comportement normal en société. Simon Grondin croit qu’accepter la violence comme ils le font entraîne nécessairement des séquelles. « Ce comportement, expliquet-il, peut conduire à l’abus

d’alcool et de drogues dures. À l’été 2011, la Ligue nationale a déploré la mort de trois de ses bagarreurs. Ils étaient âgés de 27, 28 et 35 ans. Deux d’entre eux se sont suicidés. » Dans la pratique de son sport, un hockeyeur peut avoir des comportements irrationnels. Ce n’est une question ni d’intelligence, ni d’instruction, ni de talent. Même les plus grands athlètes peuvent être superstitieux. Pensons au gardien de but Patrick Roy qui parlait aux poteaux de sa cage avant d’entreprendre une partie. Ou bien au gardien Ken Dryden qui pensait connaître un mauvais match si le premier lancer pendant la période d’échauffement

n’atteignait pas la bande à la droite de son filet. « Les humains ont beaucoup de comportements irrationnels, souligne le professeur. Il est normal que les sportifs en aient. À plus forte raison lorsque les enjeux sont importants. Pourquoi ? Parce qu’on a besoin de contrôle. L’important n’est pas le contrôle réel, mais bien l’impression de contrôle. » Les Nordiques de Québec ont quitté la capitale en 1995. Les amateurs ont vécu à cette occasion un deuil, celui de l’illusion d’éternité. La présence de cette équipe professionnelle incarnait une certaine continuité, un sentiment de stabilité dans un monde où tout change rapidement. De

nombreux amateurs avaient développé un profond sentiment d’appartenance aux Nordiques. Le jour du départ, ils se sont sentis dépossédés. « L’identification à l’équipe peut avoir des bienfaits psychologiques importants, indique Simon Grondin. L’équipe devient une extension de soi. Les partisans arrivent à s’approprier la réussite des joueurs comme s’il s’agissait de la leur. » Le hockey vu du divan.

Vendredi 10 mai à 12 h, dans l’atrium du pavillon Charles-De Koninck. Entrée libre. Réservation recommandée à l’adresse inscriptionacfas@fss.ulaval.ca.

La constance du criminel Les téléséries policières disent vrai : les agresseurs sexuels en série tendent à suivre certaines habitudes lorsqu’ils commettent leurs crimes par Renée Larochelle Un beau dimanche de juillet, à Québec. Dans le vestiaire d’une piscine publique, une petite fille pleure à chaudes larmes. Alors qu’elle prenait sa douche, un inconnu a surgi et s’est masturbé devant elle, avant de prendre la poudre d’escampette. En émoi, la mère appelle la police. Sans indice, comment parviendra-t-on à retrouver l’agresseur? « Pour faciliter l’identification d’un suspect potentiel, il est probable que les enquêteurs feront le lien avec d’autres agressions de cette nature commises dans des lieux publics similaires, dit Nadine Deslauriers-Varin, criminologue et professeure de criminologie à l’École de service social. En fait, deux courants s’affrontent en la matière. Certains

spécialistes tiennent pour acquis que le délinquant sera stable dans son mode opératoire, qu’il démontrera une certaine constance dans son comportement. D’autres pensent plutôt qu’il agira sur le coup du moment et selon les occasions qui se présentent, ainsi que sur les chances qu’il pense avoir de réussir l’agression. » Afin d’en savoir plus long sur la stabilité du comportement chez les criminels, Nadine Deslauriers-Varin a décidé d’effectuer une étude sur le sujet. L’échantillon comptait 72 délinquants sériels sexuels masculins purgeant une peine de plus de deux ans entre 1995 et 2004, au Québec. Au total, les participants avaient commis 361 crimes sexuels sur

des victimes inconnues et avaient été reconnus coupables d’avoir commis une moyenne de cinq délits. Les agressions allaient du simple attouchement au viol. En analysant la façon de procéder de ces individus, la criminologue a trouvé certains fils conducteurs. Ainsi, les individus qui choisissaient d’attaquer la victime immédiatement après l’avoir rencontrée étaient susceptibles de procéder de la même manière lors d’une prochaine agression. Le lieu aussi avait de l’importance : les individus avaient tendance à choisir des milieux qui leur étaient familiers pour commettre leur méfait et à y retourner. Ces lieux pour eux familiers pouvaient être aussi bien un centre commercial situé près de leur résidence, un parc, une ruelle ou encore les abords d’une école du voisinage. Le moment où l’on commet le crime est également un bon indicateur pour les méfaits suivants, rapporte Nadine Deslauriers-Varin. À cet égard, les hommes qui avaient agi

durant la fin de semaine avaient tendance à récidiver durant cette période. Par contre, ceux qui avaient sévi les jours de la semaine étaient moins « stables » quant au moment de commettre leur prochaine agression, qui pouvait survenir à tout moment. Enfin, l’expérience contribue à renforcer le caractère stable du comportement criminel de l’agresseur sériel. Plus un individu a de crimes à son actif, plus il a tendance à répéter le même scénario. « Quand une façon de faire a fonctionné, l’individu se dit que ça marchera la prochaine fois. Il est donc plus confiant et procédera de la même façon, », conclut Nadine Deslauriers-Varin. Stabilité du mode opératoire des délinquants sexuels sériels et crime linkage.

Mercredi 8 mai, à 13 h 30, au 1447 du pavillon Charles-De Koninck. Inscription au congrès obligatoire.


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Le carnaval des animaux transgéniques L’éthique « peine » à trouver des remparts pour harnacher l’impétuosité des chercheurs en biotechnologie animale par Jean Hamann Des porcs qui produisent des médicaments dans leur semence. Des lapins et des poissons fluorescents. Des modèles animaux d’obésité morbide, de cancer et d’alzheimer. Les prouesses du génie génétique ont de quoi donner le tournis éthique. Pour l’instant, les chercheurs qui s’interrogent sur les limites de l’acceptable n’ont pour réponse, hormis le critère du bien-être animal, que l’écho de leur propre conscience. C’est ce que constate, à contrecœur, Lyne Létourneau, professeure au Département des sciences animales et spécialiste de l’éthique dans ce domaine. Les technologies d’addition ou d’élimination de gènes permettent maintenant d’outrepasser la frontière des espèces pour créer, à la carte, des organismes inédits. Et les scientifiques ne s’en privent pas. Le grand questionnement qui entourait ces questions dans les années 1990 a perdu de sa vigueur, reconnaît la philosophe. « Jusqu’au début des années 2000, on s’inquiétait des plantes et des animaux d’élevage qui faisaient l’objet de manipulations génétiques. Avec le temps, le débat sur les plantes génétiquement modifiées est devenu moins passionné, et la même chose s’est produite avec les animaux. Il faut dire que les recherches ont beaucoup ralenti du côté de la transgénèse animale, entre autres parce qu’il n’y avait pas d’acceptabilité sociale. Mais le problème des balises demeure entier. »

Selon certains, le critère du bienêtre animal devrait servir à tracer la ligne. Cette proposition a ses mérites, mais elle croise bien vite ses limites, souligne Lyne Létourneau. La multiplication des animaux transgéniques utilisés en recherche médicale en fait foi. Le bien-être animal ne fait pas le poids devant les intérêts supérieurs de l’humain. La souffrance des animaux transgéniques – tout comme celle des animaux de laboratoire classiques – est vue comme un mal nécessaire pour soulager la souffrance humaine. « Et qu’advient-il lorsque la manipulation génétique ne fait pas souffrir l’animal? demande la professeure. Est-il acceptable de modifier le génome d’une espèce pour le simple plaisir de l’œil comme dans le cas des poissons fluorescents ? Ou pour rendre une espèce mieux adaptée à ses conditions d’élevage ? »

«

Est-il acceptable de modifier le génome d’une espèce pour le simple plaisir de l’œil ?

À l’instar d’autres éthiciens, la philosophe admet ressentir intuitivement un malaise face à pareilles situations. « Nous avons de la difficulté à fonder sur une justification solidement étayée le sentiment d’inconfort provoqué par la perspective de créer de tels animaux, admet-elle. On dirait que la souffrance de l’animal est la seule chose qui nous empêche de le considérer comme une nullité morale, à notre entière disposition pour la satisfaction de tout besoin ou désir. Il doit pourtant y avoir autre chose qui justifie ce malaise. » En l’absence de balises claires, les chercheurs doivent faire appel à leur propre conscience pour départager l’acceptable de l’inacceptable, une situation qui ne rassure guère Lyne Létourneau. « Il y a eu des dérives, même avant l’arrivée des outils de transgénèse. Il suffit de voir à quelles aberrations ont conduit les croisements de chats ou de chiens. La clé pour éviter de telles dérives se trouve peut-être du côté d’idéaux de vertus comme le respect. » La philosophe n’a pas l’impression d’être seule à ramer contre le tsunami des avancées scientifiques. « Quand j’ai commencé à m’intéresser à ce domaine, nous étions bien peu à nous poser de telles questions. Aujourd’hui, nous sommes assez nombreux pour tenir le symposium “ Animal : conscience, empathie et justice” au congrès de l’Acfas! » Progrès de la biologie et animaux inédits : de la capacité de l’éthique animale à « poser » des limites.

Mercredi 8 mai à 16 h 30, au local 1459 du pavillon De Koninck. Inscription au congrès obligatoire.

Ces tétras noirs sont modifiés génétiquement par l’ajout d’un gène de fluorescence. Prisés par les aquariophiles, ils suscitent toutefois un malaise chez certains éthiciens. photo www.glofish.com

Les résidants de la magnifique île d’Orléans ont raison de se méfier de leur eau potable, si l’on en juge par la prévalence de la contamination bactériologique. photo Marc Robitaille

Des bactéries au paradis Il y a trois fois plus de puits contaminés sur l’Île d’Orléans qu’ailleurs dans la grande région de Québec par André-Philippe Drapeau Picard De nombreux habitants de l’Île d’Orléans ne consomment pas l’eau de leur puits artésien ou de surface, par crainte qu’elle soit contaminée. Leur méfiance s’est vue justifiée lors du projet de Vanessa Dion Dupont, étudiante au baccalauréat en microbiologie, qui a montré que leurs puits privés sont largement plus contaminés que ceux de la grande région de Québec. Pour son analyse, la future microbiologiste a examiné 1000 échantillons d’eau provenant de puits privés de surface ou artésiens de l’île et de la grande région de Québec. À sa grande surprise, 16 % des échantillons de l’Île d’Orléans étaient contaminés par E. coli, une bactérie qui peut représenter un danger pour la santé humaine, contre 5,2 % pour le reste de la région. De plus, la quantité totale de coliformes par échantillon était beaucoup plus élevée sur l’île. « Cette grande différence soulève un questionnement important quant aux causes et aux conséquences possibles de cette contamination bactériologique », souligne l’étudiante. Ces chiffres sont le reflet d’une réalité connue par les habitants de l’Île d’Orléans, qui ne dispose pas d’un réseau public de distribution d’eau potable. Pour l’instant, il est difficile de désigner les causes des taux anormalement élevés de contamination. « Les résultats obtenus soulèvent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses »,

note Andrée Maheux, stagiaire postdoctorale à la Chaire de recherche en eau potable de l’Université Laval, qui a supervisé cette recherche. « Une étude plus approfondie qui considérerait la vulnérabilité des eaux souterraines et les activités présentes sur le territoire, comme l’exploitation agricole et les fosses septiques, aiderait à formuler une explication. » La santé microbiologique : des puits privés d’eau potable dans la grande région de Québec. Le cas particulier de l’île d’Orléans. Communication par affiche.

Mardi 7 mai à 10 h, dans l’atrium du niveau 1 du pavillon Ferdinand-Vandry.

Environ 16 % des échantillons étaient contaminés par E. coli


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médias

le fil | le 2 mai 2013

Blogue  est-il un mot français ? CONSEIL UNIVERSITAIRE Séance ordinaire du 14 mai 2013 ORDRE DU JOUR

1. Ouverture de la séance 2. Adoption de l’ordre du jour 3. Adoption du procès-verbal de la séance ordinaire

du 9 avril 2013 4. Communications du président 5. Questions des membres 6. Horizon 2017 : orientations de développement de l’Université Laval 7. Programme de certificat en psychologie du développement humain : création Présentation par le doyen de la Faculté des sciences sociales Avis du Comité-conseil de la Commission des études Recommandation du vice-recteur aux études et aux activités internationales Centre de recherche Québec-Océan-Laval : évaluation périodique 8. Avis de la Commission de la recherche 9. Recommandations de la vice-rectrice à la recherche et à la création 10. Faculté de médecine – Département de pédiatrie : critères de promotion 11. Règlement concernant l’ombudsman : modifications 12. Clôture de la séance

CONSEIL D’ADMINISTRATION Séance ordinaire du 15 mai 2013 ORDRE DU JOUR

1. Ouverture de la séance 2. Adoption de l’ordre du jour 3. Adoption du procès-verbal de la séance du

17 avril 2013 4. Communications du président et du recteur

5. Questions des membres 6. Sur consentement des membres :

Comité exécutif : rapport des activités au Conseil d’administration pour la période du 1er au 31 mars 2013 Recommandation du Comité exécutif Huis clos (points 7 à 13) Ordre du jour courant 14. Horizon 2017 : orientations de développement de l’Université Laval 15. Règlement concernant l’ombudsman : modifications Autorisation des emprunts temporaires 2013-2014 16. Contrats de service pour les travaux de récolte de bois à la forêt Montmorency : autorisation préalable à la passation d’un marché Recommandation du Comité exécutif 17. Clôture de la séance

Un nouvel ouvrage présente aux curieux les meilleurs billets scientifiques publiés dans la blogosphère francophone

Open Laboratory, qui rassemble les meilleurs billets de blogues de science écrits aux États-Unis. « Nous sommes dans un contexte où les médias

par Nathalie Kinnard Plus d’un millier d’anglophones le font, contre seulement une centaine de francophones dans le monde. Bloguer de science est devenu une façon personnelle et conviviale de commenter l’actualité scientifique. « Le blogue est le symbole des outils de communication de notre époque, croit Pascal Lapointe, rédacteur en chef de l’Agence Science-Presse. Il n’est pas normal qu’après tout ce temps, si peu de gens blogue dans le domaine de la science en français ». C’est pour cette raison que cet ancien journaliste du journal Le Fil a publié ce printemps Les meilleurs blogues de science en français. Ce premier recueil francophone rassemble 80 billets de blogueurs de science du Québec et de la France, mais aussi de la Suisse, de la Belgique, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire et de la Tunisie. Les propositions ont été reçues à la suite d’un appel lancé à la blogosphère – l’univers des blogues – par courriel ainsi que dans différents sites Internet et réseaux sociaux. Un jury de sept personnes, dont Aline Richard, directrice de rédaction de la revue f r a n ç a i s e L a R e ch e r ch e , Matthieu Dugal, journaliste en nouvelles technologies à Radio-Canada, et Pascal Lapointe, ont épluché 169 billets provenant de 98 auteurs.

Quatre anciens ou actuels blogueurs de Contact, le magazine des diplômés de l’Université Laval, ont trouvé leur place dans l’anthologie. Il s’agit de Paul Boisvert, Colette Brin, Agnès Blais et Simon Langlois. Ils se démarquent notamment par leur traitement des sciences sociales. À souligner également : les billets de Valérie Borde, chargée de cours en journalisme scientifique, Florence Piron, professeure à la Faculté des lettres et, bien sûr, Pascal Lapointe, diplômé de l’Université. Bien que le coordonnateur du recueil ait été agréablement surpris d’avoir reçu autant de candidatures, il n’en reste pas moins que 98 plumes, c’est bien peu. « Les blogueurs de science de la francophonie ne forment une masse critique que depuis 2012. On observe un réseau embryonnaire, notamment autour des blogues de l’Agence Science-Presse, instaurés en 2005. Nous espérons que notre anthologie aidera à créer un esprit de communauté, construire des ponts et favoriser des regroupements entre les rédacteurs francophones, comme ce fut le cas aux ÉtatsUnis », révèle-t-il. En effet, la communauté américaine de blogueurs de science s’est cristallisée en 2007 autour du premier congrès Science Online (anciennement Science Blogging) et de la publication de l’anthologie annuelle The

«

Nous espérons que notre anthologie aidera à créer un esprit de communauté entre les rédacteurs francophones

Les blogues de Contact La discussion est ouverte !

Propos d’un écoloquace

Regard sur la société

Croquis de Russie

André Desrochers

Simon Langlois

Agnès Blais

Nutrition au menu

Impressions d’architecture

Passion marketing

Simone Lemieux

Martin Dubois

Frank Pons

S’informer à l’heure du numérique Colette Brin

vivent une crise et où le financement de la science n’est pas voué à devenir une priorité. Il est donc important de réunir nos forces, mais aussi de se connaître mutuellement », de dire Pascal Lapointe. Au début, scientifiques et étudiants-chercheurs ont vu dans le blogue un canal de diffusion de leurs résultats de recherche et un moyen de communiquer leur savoir au public. Aujourd’hui, professeurs, journalistes et passionnés de sciences se les approprient pour commenter l’actualité scientifique et aborder des sujets non traités par les grands médias. « Donner son opinion reste l’essence même du blogue, mais on voit apparaître depuis quelques années de nouvelles tendances, note le reporter. Par exemple, des blogueurs comme Florence Piron abordent le fonctionnement de la recherche en traitant de l’évaluation par les pairs, du financement, de l’accès libre à la science. D’autres ont une visée purement pédagogique, non calquée sur l’actualité. Quelques-uns, mais trop peu encore, s’adressent aux jeunes. Les sciences sociales prennent également de plus en plus de place. » Pascal Lapointe espère faire de son anthologie une tradition annuelle pour donner une deuxième vie aux meilleurs billets rédigés dans la langue de Pasteur. Et pourquoi pas, encourager les blogueurs francophones à maintenir une production régulière pendant plus de deux ou trois ans, ou à pondre plus d’un billet par jour. Au nom de la science… en français !


arts

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en bref

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«

Les astrocytes sont des cellules du cerveau; leurs prolongements ressemblent à des étoiles 1 Guitté Hartog, Quand les enfants sont spécialistes en violence 2 Amy Daradich, Une myéline emballante 3 Pierre Coupel, Une algue qui forme des falaises 4 Étienne Labrie-Dion, Contempler les astres 5 Kevin C.K. Ma, Un nouvel envahisseur biologique translucide

C’est quoi ce machin ? Les chercheurs finalistes au concours La preuve par l’image créent des œuvres mystérieuses qui piquent la curiosité par Renée Larochelle Prendre la science par l’image et non par les mots : tel est l’esprit du concours La preuve par l’image organisé annuellement par l’Acfas. Consacré aux photos et illustrations issues de recherches scientifiques, ce concours est ouvert à tous les chercheurs travaillant dans le domaine public ou privé. Cette année, 5 des 20 finalistes sont reliés à l’Université Laval. Leurs œuvres font l’objet d’une exposition à la bibliothèque Gabrielle-Roy. L’une de ces personnes est Guitté Hartog, docteure en psychologie. La chercheuse à l’École de service social a donné le pinceau à des jeunes de 10 à 15 ans de quartiers marginalisés de l’État de Puebla, au Mexique. L’image

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qu’elle présente au concours est un montage. La partie supérieure illustre la violence faite à l’environnement et aux humains eux-mêmes, avec la terre rouge souillée de sang, tandis que la partie inférieure montre ce que pourrait être une société où les gens s’entraident et sont respectueux des autres. « Au Mexique, la violence constitue un véritable virus social, dit Guitté Hartog. Les enfants sont les premiers à souffrir de cette violence et possèdent donc une grande expertise en la matière. Ils sont pourtant les derniers à être consultés sur la façon de l’enrayer. » L’image suivante est bien différente. Titulaire d’une maîtrise en neurobiologie,

Étienne Labrie-Dion est assistant de recherche à la Faculté des sciences et de génie. Sa photo montre deux astrocytes provenant d’une culture d’hippocampe de rat. Il a pris ce cliché alors qu’il testait une drogue qui permet d’inhiber une protéine jouant un rôle majeur dans la mémoire « Les astrocytes sont les cellules les plus abondantes du cerveau, dit le neurobiologiste. Leurs prolongements ressemblent à des étoiles. » Chercheur en biologie marine, Pierre Coupel présente une algue marine unicellulaire au nom poétique d’Emiliania huxleyi. Ces minuscules créatures peuvent atteindre une telle concentration à la surface de l’océan qu’elles sont visibles de l’espace, note le chercheur. Lors de leur mort, leurs coquilles s’accumulent au fond de l’océan, formant de véritables falaises de craie mesurant plusieurs centaines de mètres. La photo d’Amy Daradich nous fait pénétrer dans la

moelle épinière d’une souris : on y voit la myéline (en vert) s’enrouler autour des axones (en bleu). « La myéline est une protéine qui agit comme isolant du système nerveux, souligne la chercheuse du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec. La perte de myéline est en partie responsable des troubles moteurs associés à la sclérose en plaques. » Enfin, Kevin C.K. Ma, docteur en océanographie, nous fait faire la connaissance d’un animal marin nuisible, le tunicier. Cette espèce envahissante a été aperçue pour la première fois dans les eaux canadiennes sur les côtes de la Nouvelle-Écosse. Les trois gagnants seront connus en septembre lors de l’émission Découverte présentée à la télévision de Radio-Canada. Du 5 mai au 2 juin, dans l’atrium de la bibliothèque Gabrielle-Roy (350, rue Saint-Joseph Est).

La soprano Marie-Josée Lord

Des airs de printemps Le Chœur de l’Université Laval, sous la direction musicale et artistique de Guy Lavigne, présente son concert printanier au Palais Montcalm. La soprano Marie-Josée Lord, considérée comme l’une des plus belles voix du Québec, y interprétera de grands airs d’opéra. Parmi ceux-ci, des extraits de Madame Butterfly, La Traviata, Carmen et Nabucco. Au programme figurent également quelques classiques de musique sacrée dont la Messe en ré majeur de Dvorak et le Laudate Dominum de Mozart. Samedi 4 mai à 20 h, au Palais Montcalm. Billets disponibles au 418 641-6040 ainsi que sur le réseau Billetech.

Allô, ici Pluton Pluton va en appel : c’est le titre de la pièce de théâtre créée par Jean-Marie de Koninck, professeur au Département de mathématiques, et son équipe, Science et mathématiques en action. Dernière planète à avoir intégré notre système solaire en 1930, Pluton a été aussi la première à en sortir en 2006. Cette destitution ne fait cependant pas l’affaire de la principale intéressée. Elle décide donc de porter en appel la décision de l’Union d’astronomie internationale. Avec humour, les auteurs de la pièce présentent des éléments fascinants de Pluton et tentent de semer le doute sur son statut de planète naine. La pièce sert aussi de prétexte pour discuter des prochains projets astronomiques mondiaux. Vendredi 10 mai à 17 h, à l’amphithéâtre Hydro-Québec du pavillon AlphonseDesjardins. Entrée libre.

Courtepointe tissée serrée Les 18 finissants au baccalauréat en enseignement des arts plastiques soulignent la fin de leurs études en dévoilant leurs œuvres au grand public. L’exposition « Courtepointe » présentera leurs créations réalisées au cours des quatre dernières années ainsi que quelques projets d’apprentissage. Du beau travail réalisé par une équipe tissée serrée! Du jeudi 16 au dimanche 19 mai, à l’Espace 400e Bell situé au 100, Quai Saint-André. Jeudi de 17 h à 21 h (vernissage), vendredi de 12 h à 21 h 30, samedi et dimanche de 12 h à 17 h.


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biologie

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en bref Pleins feux sur la Fondation L’équipe de télémarketing de la Fondation de l’Université Laval joue un rôle-clé pour rapprocher l’organisme des diplômés et des membres de la communauté universitaire. Cette année, 26 étudiants composent cette belle équipe. Parmi eux, Charlotte Lemaire, étudiante à la maîtrise en administration. Quelles raisons l’ont incitée à s’impliquer ainsi ? « En travaillant à La Fondation, je peux aider tous les jours à améliorer notre université. Comme je suis moi-même étudiante, je vois à quel point les dons généreux des diplômés aident au développement de l’enseignement et de la recherche. De plus, j’aime le dynamisme de toute notre équipe, toujours motivée à faire connaître les projets des facultés. » Lors de la campagne universitaire, plus de la moitié des dons sont récoltés par l’équipe de télémarketing. Vous seriez intéressés à en faire partie ? Contactez Fabiola Lorng à l’adresse Fabiola.Lorng@ful.ulaval.ca.

Les souris explorent leur environnement en reniflant et en agitant leurs vibrisses plus de 700 fois à la minute. Ces commandes motrices doivent être lancées avec un parfait synchronisme du cerveau.

Du pif et du cerveau Des chercheurs découvrent une région du cerveau qui permet à la souris de coordonner sa respiration et les mouvements ultrarapides de son museau par Jean Hamann Quiconque a déjà observé une souris ou un hamster a vite réalisé que ces petites créatures explorent le monde et interagissent avec leurs congénères grâce à leur museau et à leurs moustaches. Ce qui est moins évident est comment s’harmonisent ces frénétiques reniflements et battements de vibrisses. Comment parviennent-ils à ne pas interférer avec la respiration normale ou la mastication de l’animal ? L a r é p o n s e s e t r o u ve rait dans une région bien

délimitée du cerveau qui agirait comme horloge centrale de la respiration. Cette zone coordonnerait aussi les commandes envoyées aux muscles impliqués dans les comportements orofaciaux (mouvements du visage et des oreilles). C’est ce qu’avance, dans l’édition du 28 avril de la revue Nature, une équipe i n t e r n a t i o n a l e d e ch e rcheurs, à laquelle sont associés Martin Deschênes et Maxime Demers de la Faculté de médecine.

« Les rongeurs explorent leur environnement en reniflant et en agitant leurs vibrisses, des poils qui sont en fait des organes tactiles, explique le professeur Deschênes. La fréquence des reniflements et des battements de moustaches peut dépasser 700 à la minute, et plusieurs muscles impliqués dans les comportements orofaciaux sont aussi actifs durant la respiration, ce qui soulève le problème de leur coordination. » Les travaux qu’il a menés avec des chercheurs américains et japonais suggèrent que ces comportements seraient coordonnés par la respiration et gouvernés par une horloge centrale située dans le bulbe rachidien. Cet oscillateur synchroniserait l’activité rythmique des neurones qui actionnent les

vibrisses et enverrait des projections neuronales vers les centres moteurs qui contrôlent la plupart des muscles faciaux. Ces travaux ouvrent une p orte p ou r m i eu x c om prendre le fonctionnement du cerveau humain. « Plusieurs régions du système nerveux central génèrent des activités rythmiques qui contrôlent la motricité, les états d’éveilsommeil et la cognition, souligne Martin Deschênes. Il s’agit de comprendre comment ces oscillateurs neuronaux coordonnent leur activité pour assurer le fonctionnement normal du cerveau. Un dérèglement de ces rythmes ou de leur contrôle peut entraîner des problèmes neurologiques tel le tremblement dans la maladie de parkinson et l’épilepsie. »

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sports

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en bref

Cours privés, semi-privés et champ de pratique ; voilà un aperçu des services que les sportifs pourront trouver au Golf Campus.

Golfeurs, à vos bâtons ! Seydou Junior Haïdara photo Yan Doublet

Depuis la mi-avril, il est possible de s’élancer sur le champ de pratique du Golf campus, à deux pas du PEPS par Catherine Lévesque Le Golf campus s’adresse autant à la communauté universitaire qu’à la collectivité régionale. Le programme comprend des cours de groupe, des cours privés et semi-privés, des stages techniques et un volet jeunesse. Le personnel, composé principalement d’athlètes du Rouge et Or, d’enseignantsgolfeurs professionnels et d’étudiants en éducation physique, offre un encadrement de qualité. Les golfeurs ont plus de 60 espaces de frappe pour s’exercer, ainsi qu’une aire de frappe synthétique, une fosse de sable et des cibles. Le site est ouvert 7 jours sur 7 de 10 h à 21 h jusqu’au 10 mai, et prolonge ses heures d’ouverture le reste de l’été, soit de 9 h à 22 h. On peut acheter un petit, moyen et gros panier de balles, une carte forfait pour un nombre fixe de paniers de balles ou la carte privilège qui

permet aux adeptes de frapper à volonté. Les cours se donnent sur trois sessions, soit du 13 mai au 6 juin, du 2 au 23 juillet et, nouveauté cette année, du 5 au 28 août. Les débutants-initiés pourront opter pour l’un des 15 groupes inscrits à la programmation printemps-été, parmi un choix d’horaires s’échelonnant du lundi au dimanche. Ils s’initieront aux bases théoriques et à la pratique de l’élan. Le niveau intermédiaire est conçu pour ceux qui jouent environ 10 parties par saison. Ils pourront y parfaire leur élan et s’initier aux coups d’approche, en pente, en trappe de sable ainsi qu’au putting. Six groupes sont au programme du lundi au vendredi. Pour les joueurs d’expérience jouant plus de 15 parties par saison depuis au moins deux à trois ans, l’inscription

aux cours avancés les mènera à une meilleure maîtrise des techniques pour une meilleure performance de jeu sur le terrain. Finalement, le cours clinique technique – coups de départ permet de développer des habiletés techniques menant à un coup de départ efficace. Une attention particulière sera accordée à la posture. Chaque participant inscrit à un cours de groupe, dont les coûts varient de 79 $ à 158 $, a droit à une location gratuite d’un panier de 70 balles. Des cours privés et semi-privés (deux personnes) sont aussi offerts, notamment en forfait de quatre périodes d’une heure. Les jeunes ne sont pas oubliés. Le Golf campus offre également des cours de groupe aux 9 à 15 ans les samedis et dimanches de la session de printemps. Un parent peut s’inscrire avec son enfant. Les camps d’été constituent aussi une très belle occasion pour les jeunes de développer leurs habiletés avec un entraîneur-chef du Rouge et Or. Composez le 418 656-PEPS pour les cours de groupe et le poste 6029 pour les camps.

Silence, on roule  En 2012, 1954 cyclistes ont été victimes d’accidents sur les routes du Québec et 13 d’entre eux en sont décédés. Parmi ces victimes se trouve Didier Mouginot, qui était professeur à la Faculté de médecine. C’est pour honorer la mémoire de ces personnes que la population est conviée, le mercredi 15 mai, au Tour du silence 2013. À Québec, comme dans 300 autres villes du monde, le départ sera donné sur le coup de 18 h 30. L’année dernière, entre 250 à 300 personnes avaient pris part à cet événement malgré la température peu clémente. Cette année, les organisateurs attendent de 400 à 500 participants. Le point de ralliement sera le stationnement situé du côté nord de la rue de l’Université, en face du pavillon Desjardins. Les cyclistes s’engageront en silence sur le boulevard RenéLévesque jusqu’au Parlement et reviendront sur le campus par la Grande Allée. La randonnée d’environ 15 kilomètres, encadrée par les Sentinelles de la route et les forces policières, devrait durer une heure. Le port du casque protecteur est obligatoire. photo Guy Cyr www.fqsc.net/tour-du-silence

Un espoir nommé Haïdara Le receveur de passes du Rouge et Or Seydou Junior Haïdara figure au 11e rang des 15 meilleurs espoirs universitaires pour le repêchage 2013 de la Ligue canadienne de football. L’étudiant-athlète originaire de Québec a capté 23 passes pour des gains de 394 verges et 3 touchés lors de la dernière saison régulière. En séries éliminatoires, il a notamment établi le record d’équipe du plus long jeu par la passe avec un touché de 103 verges. Âgé de 24 ans, Haïdara est l’unique receveur répertorié dans cette liste, et le seul espoir du Réseau du sport étudiant du Québec. Parmi ses collègues du Rouge et Or, les receveurs de passes Yannick Morin-Plante et Guillaume Rioux pourraient aussi trouver preneur lors de la séance de repêchage de la Ligue, qui aura lieu le lundi 6 mai prochain. L’événement sera diffusé en direct sur les ondes de la chaîne de télévision TSN, et en ligne au www.cis-sic.tv.

Du personnel en forme Le Comité en santé globale, en collaboration avec le Service des activités sportives, offre au personnel de suivre des cours de mise en forme. Six cours au choix : yoga pour débutants (mardi 12 h 15 -13 h 15) ou pour initiés (jeudi 12 h 10 -13 h 10), pilates pour débutants (mercredi 12 h 10-13 h 10) ou pour initiés, marche sportive (lundi 12 h 10 -13 h 30) ainsi que zumba (mardi 12 h 10-13 h 10). Les inscriptions sont en cours. Infos sur place ou au 418 656-PEPS. www.peps.ulaval.ca

Sports et sciences : une alliance intelligente Le programme estival 2013 propose aux jeunes le camp Sports et Sciences. Élaboré pour les ados de 12 à 14 ans, ce programme d’une durée de cinq jours est rempli de découvertes. L’avant-midi est consacré à la pratique d’activités sportives diverses au PEPS alors que l’après-midi se passe dans l’un des nombreux laboratoires du campus. Par des expériences scientifiques, les participants auront la chance de se familiariser avec des disciplines variées tout en s’amusant. Cette initiation leur permettra peut-être de découvrir le scientifique caché en eux ! Deux camps se tiendront cet été, soit du 8 au 12 juillet et du 15 au 19 juillet. Le coût est de 200 $. www.peps.ulaval.ca - onglet Activités jeunesse, section Camps sports


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au fil de la semaine

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Le boson de Higgs vulgarisé L’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) a découvert l’été dernier une particule élémentaire qui pourrait être le boson de Higgs, une nouvelle qui a fait beaucoup jaser. Pauline Gagnon, physicienne travaillant dans ce prestigieux laboratoire, viendra démystifier cette percée qui stimule tant les experts en physique des particules. Elle parlera d’abord du modèle théorique actuel, appelé modèle standard, selon lequel toute matière est faite de particules élémentaires qui interagissent entre elles en échangeant d’autres particules appelées bosons. Elle expliquera comment le boson de Higgs vient résoudre un problème de fond de ce modèle : l’origine de la masse pour les composantes de la matière. Finalement, elle racontera comment les chercheurs du CERN s’y sont pris pour créer et détecter le nouveau boson, en plus de décrire le rôle de l’accélérateur et du Grand Collisionneur de Hadrons dans cette découverte. Il s’agit d’une conférence grand public de l’Acfas.

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Réduire la fracture numérique

« L’homme peut-il 5 à 7 sur le risque s’adapter à luiet la criminalité même ? » 

Si l’intégration des Technologies de l’information et de la communication est de plus en plus cruciale pour le développement des villes, notamment pour leur économie et leur gouvernance, comment éviter qu’elle ne creuse un fossé entre les jeunes et les vieux, entre les pauvres et les riches ? Cinq intervenants viendront mesurer l’ampleur du problème, sonder ses conséquences et réfléchir à des solutions lors d’une table ronde se tenant à l’occasion de l’Acfas. Il s’agit de Marie-Renée Fountain, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation, Hugo Grondin, directeur général de la Ville de Québec, Kevin Granger, directeur des opérations de l’entreprise de recrutement We seek you, Pascal Plantard, anthropologue à l’Université de Rennes 2, et Dave G. Pelletier, directeur de ZAP Québec, qui vise l’accès gratuit à Internet dans les lieux publics. Lundi 6 mai de 19 h à 20 h 30, au Cercle (228, rue Saint-Joseph Est).

En rendant sa vie plus facile et en augmentant son espérance de vie, notamment par un meilleur accès au garde-manger de la planète, l’être humain a multiplié par cent sa facture énergétique comme sa production de carbone et de polluants. L’espèce humaine va-t-elle pouvoir s’adapter aux changements qu’elle a elle-même suscités ? En a-t-elle encore les moyens physiologiques et biologiques ? À partir de ses travaux les plus récents, Gilles Bœuf, spécialiste de physiologie environnementale et de biodiversité à l’Université Pierre et Marie Curie, viendra faire le bilan de la situation actuelle et proposer des solutions pour protéger l’humain contre lui-même et calmer sa soif du « toujours plus ». Il s’agit de la conférence d’honneur qui ouvre le Forum de l’Institut EDS sur le thème « Développement durable et biodiversité : le rôle des universitaires  » les 7 et 8 mai. Mardi 7 mai à 18 h 30, au local 2860 du pavillon Alexandre-Vachon.

Cette activité grand public de l’Acfas est dans l’air du temps. Redoutez-vous les pédophiles ou encore la cybercriminalité ? Que pensez-vous des milliards dépensés dans la sécurité ? Avez-vous l’impression qu’en martelant constamment l’importance de sévir davantage contre les criminels, les gouvernements alimentent la peur chronique chez certains ? Stéphane Leman-Langlois, professeur de criminologie à l’École de service social, viendra faire le point, mardi, au Pub, sur la peur d’avoir peur et sur le risque réel d’être victime d’un crime. Il se demandera notamment si les discours alarmistes des gouvernements font partie d’un marketing intensif de l’insécurité. Mardi 7 mai de 17 h à 19 h, au Pub universitaire du pavillon AlphonseDesjardins.

Mardi 7 mai de 19 h à 20 h 30, dans le hall du Musée de la civilisation. Il est préférable de réserver par téléphone au 418 643-2158 ou encore par courriel à jlaurence@mcq.org.

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Grande finale de Atelier sur Votre soutenance la physique en 180 secondes en réalité augmentée C’est mercredi que nous saurons qui remportera la grande finale de ce concours parmi les 17 candidats sélectionnés par autant d’universités canadiennes. Cet exercice de concision ultime a été relevé brillamment par ces derniers qui ont su présenter leur recherche en français, en 180 secondes, de manière invitante et passionnante. Luis-Felipe Gutierrez, doctorant en sciences de l’agriculture et de l’alimentation, représentera l’Université Laval. Le communicateur Pierre Chastenay animera cette finale à haute teneur scientifique durant laquelle le grand public sera appelé à voter pour le meilleur vulgarisateur. Mercredi 8 mai, de 17 h à 19 h, à l’atrium du pavillon Charles-De Koninck.

Mercredi soir prochain, le public présent au Cercle pourra expérimenter le jeu pédagogique Parallèle basé sur la réalité augmentée mobile. Cette application pour tablette tactile iPad2 est conçue pour aider les étudiants de niveau collégial à mieux comprendre l’électromagnétisme, une branche de la physique réputée difficile. Les participants pourront découvrir, au cours de cette activité de l’Acfas, les différentes étapes de réalisation du jeu et en faire l’essai en compagnie de ses concepteurs : la professeure au Département de sciences géomatiques Sylvie Daniel, le professeur de physique au Cégep de Sainte-Foy Mathieu Fortin et le chercheur au Centre de transfert collégial en imagerie multimédia et médias interactifs Jean-Nicholas Ouellet. Mercredi 8 mai de 19 h à 20 h, au Cercle (228, rue Saint-Joseph Est).

Consultez le calendrier complet des activités sur le campus à ulaval.ca

09/05

La Route de Soi L’exposition La Route de Soi, présenté par le Laboratoire de muséologie et d’ingénierie de la culture (LAMIC), met en valeur les journaux de voyage d’AnneMarie Palardy, épouse de l’industriel de Chicoutimi Julien-Édouard-Alfred Dubuc. Celle-ci a rédigé ces textes de l’intime lors de voyages effectués en France, en Angleterre et en Italie entre 1907 et 1923. L’exposition explore les façons de valoriser ce patrimoine intangible au moyen de la technologie numérique et de formes scénographiques, dont la performance théâtrale La Route de Soi, un soir de printemps, qui aura lieu le 9 mai. Ce chantier pédagogique est réalisé par une équipe d’artistes et de professionnels en muséographie, dont des étudiants au 2e cycle, notamment sous la direction de Philippe Dubé, professeur au Département d’histoire. Performance théâtrale : jeudi 9 mai de 19 h 30 à 21 h, à l’Expolab du LAMIC (local 3545-A du pavillon LouisJacques-Casault). Exposition : du lundi 6 au vendredi 10 mai, de 10 h à 19 h.


Le Fil 2 mai 2013