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Champs Elysees

Champs-élysées Dictionnaire Historique Architectural et Culturel

ISBN : 978-2-35340-133-8

Ledico 95e

éditions

Dictionnaire Historique Architectural et Culturel Pascal Payen-Appenzeller et Brice Payen

Pascal Payen-Appenzeller et Brice Payen

Dictionnaire Historique, Architectural et Culturel

Champs-élysées

Depuis Louis XIV et le tracé de la promenade par Le Nôtre, régimes, invasions et coups d’état ont cohabité sur l’avenue avec les manifestations les plus folles et les plus abouties de cet art de vivre à la française qui sert aujourd’hui d’écrin aux plus grandes marques mondiales. L’avènement et l’évolution des Champs-élysées sont au cœur d’une histoire nationale tour à tour grandiose et frivole, dont ils sont la mémoire et le vivant reflet, de la monarchie à la République mondialisée. Premier tome de la collection du « Dictionnaire historique, architectural et culturel des rues de Paris », cet ouvrage invite à un parcours guidé et à une découverte de l’avenue la plus visitée de France.

Couverture : © Marc Riboud - 4e de couverture : © Iberfoto / Photoaisa / Roger-Viollet (1), Roger-Viollet (2), Musée Carnavalet/ Roger-Viollet (3), Studio Lipnitzky/Roger-Viollet(4), DR (5)

Pascal Payen-Appenzeller et Brice Payen

Ledico

Ledico


La perspective des Champs-élysées, Paris 1989. © Marc Riboud


01.

place de la Concorde

La place de la Concorde d’hier à aujourd’hui La place de la Concorde a été réalisée en un peu plus d’un siècle, entre la fin du règne de Louis XV et le Second Empire. Dédiée au roi puis à la Révolution, elle a vu couler le sang et gronder les révoltes. Là, le peuple a donné l’assaut aux Tuileries puis au Parlement, les armées étrangères ont pris leurs quartiers, la République a été proclamée, le Dauphin puis l’Empereur se sont mariés. son nom, hommage à la déesse romaine de l’harmonie, est un appel à l’équilibre, symbolisé par l’Obélisque qui, depuis 3 300 ans, incarne l’alliance entre les hommes et les dieux. L’assaut final de l’Automobile-Club à la Libération de Paris. © Robert Pichonnier / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

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01.

La place de la concorde

La Concorde médiévale, sur les terres épiscopales (carte de 1589). © BNF

De la mitre à la Couronne À l’époque médiévale, la future place, située entre les Tuileries et le village de Chaillot, fait partie des terrains marécageux qui entourent la colline du même nom, dont les vignes fournissent la Capitale en vin depuis le Moyen Âge. Aboutissement d’un chemin qui unit la propriété de l’évêque de Paris à la rive droite du fleuve, elle porte dès 1316 le nom d’« Abreuvoir l’Évêque ». Ces terres épiscopales aux portes de la ville donneront leur nom au faubourg de la « Ville l’Évêque », dont la paroisse fut la première église de la Madeleine. Les berges de la place sont un endroit idéal pour abreuver les chevaux des laboureurs, certaines sources indiquant même l’existence d’un petit port qui exporte les produits locaux vers l’évêché et les marchés parisiens. Mais Paris s’agrandit. À la fin du XVIe siècle, l’enceinte dite « des Fossés Jaunes », commen­ cée en 1566, annexe les Tuileries à la Capi­ tale. L’emplacement qui nous intéresse est au cœur de cette expansion vers l’Ouest, entre la nouvelle porte de la Conférence et le cours la Reine, que Marie de Médicis fait construire en 1616 le long du fleuve pour que la Cour s’y promène. Une grille clôt l’accès de cette pro­ menade à l’italienne où les carrosses défilent, comme aujourd’hui les voitures. Cette entrée Le cours la Reine. © Musée Carnavalet / Roger-Viollet sera précédée, un siècle plus tard, d’un accès 18


Sept ans pour un projet

Sept années seront nécessaires pour que les plans de la place voient le jour. Un premier concours a lieu en 1748, où plus de 150 projets seront présentés. Seuls trois d’entre eux concernent alors l’emplacement de la future place, dont celui du frère du comte d’Argenson, secrétaire d’État à la Guerre, chargé de l’administration de la ville de Paris. Mais aucun n’est finalement retenu à cause du coût des expropriations. Une fois l’endroit choisi par le roi en 1750, un autre concours est organisé en 1753. Dix-neuf projets sont présentés... puis rejetés. Finalement, le roi charge Gabriel, son dit de Gabriel, par premier architecte, de lui présenter un ultime projet, qu’il valide Portrait Jean-Baptiste Greuze. © RMNle 9 décembre 1755. Grand Palais (musée du Louvre) / F. Raux

en forme de fer à cheval, emprunté par les très riches usagers du cours. Au nord de la place s’étend le dépôt des marbres du roi. Si cette dernière reste pratiquement inchan­ gée au cours du XVIIe siècle, ses abords évoluent rapidement grâce à Le Nôtre, qui transforme les jardins des Tuileries et les prolonge vers l’Étoile. En 1664, il rem­ place le bastion de l’entrée par deux ter­ rasses. Un pont tournant, ajouté au début La porte de la Conférence et le petit port vers 1662. © Musée Carnavalet / Roger-Viollet du XVIIIe siècle, permettra d’enjamber le fossé d’égout situé au pied des murailles et d’accéder à la place. Par ailleurs, le jardinier du Roi-Soleil perce la future avenue des Champs-élysées sur des terrains achetés par Colbert. Avec le cours la Reine et une troisième allée à l’angle nord-ouest de la place, elle doit converger vers la place en forme de patte d’oie. La porte Saint-Honoré et les maisons des maraîchers sur la future place, 1650-1655. © Musée Carnavalet / Roger-Viollet

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01.

La place de la concorde

La banque américaine Guarantee Trust Company, sensible à l’histoire franco-amé­ ricaine du bâtiment, dans lequel fut signé le traité d’alliance entre la France et les États-Unis en 1778, lui sera longtemps fidèle. L’hôtel appartient désormais au gouvernement du Qatar qui y a installé des services administratifs, après sa transfor­ mation en immeuble de bureaux. Implanté depuis 1898, trois ans après sa fondation, aux nos 6 et 8 de la place, l’Automobile Club de France est donc le propriétaire le plus L’assaut final de l’Automobile Club à la Libération de Paris. ancien de la colonnade de gauche. La réu­ © Robert Pichonnier / Musée Carnavalet / Roger-Viollet nion de ces deux hôtels par l’architecte Gustave Rives, quelques années plus tard, a permis de dégager une surface de 11 000 mètres carrés qui abritent les réunions de la Fédération Internationale de l’Automobile, dont cet édifice emblématique est également le siège. Une place sensible... à la polémique Site d’exception, la place de la Concorde est aujourd’hui classée monument historique et ins­ crite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1991. La plupart des composantes de la place (fontaines, statues des villes, colonnes rostrales...) et des hôtels ont fait l’objet d’une restauration, sauf la façade de l’Automobile Club de France, l’Obélisque et d’autres éléments moins remarquables – telle la balustrade des Tuileries qui rappelle l’alignement des fossés de Gabriel. Ce souci de protection et de préservation a même fait l’objet d’un rapport rédigé en 2010 par l’architecte en chef des bâtiments de France, Étienne Poncelet, qui prévoyait la réouverture des fossés, dont les fondations sont encore en place, afin de réserver de nouveau la place aux piétons et à la promenade, comme cela fut le cas jusqu’au Second Empire. Sa célébrité et son rayonnement en font un lieu idéal non seulement pour les touristes mais aussi pour le montage d’opérations spec­ taculaires. Ainsi, le 1er décembre 1993 entre 6 et 8 heures du matin, un préservatif rose de 40 mètres de long, fabriqué par Benetton et posé par les militants de l’association Act Up, recouvre l’Obélisque afin de commémo­ rer la journée mondiale contre le SIDA. De Campagne Benetton, le 1er décembre 1993. © G. Julien / AFP Paris à New York, tous les journaux repren­ 44


Š Ledico Éditions / Martin Argyroglo


02.

les champs-élysées

Les champs-élysées d’hier à aujourd’hui

Depuis Louis XIV et le tracé de la promenade par Le Nôtre, régimes, invasions et coups d’État ont cohabité sur l’avenue avec les manifestations les plus folles et les plus abouties de cet art de vivre à la française qui sert aujourd’hui d’écrin aux plus grandes marques mondiales. L’avènement et l’évolution des Champs-élysées sont au cœur d’une histoire nationale tour à tour grandiose et frivole, dont ils sont la mémoire et le vivant reflet, de la monarchie à la République mondialisée. Avions, automobiles et attelages sur les Champs vers 1910. © Roger-Viollet

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Le C42, un plissÊ audacieux. Š Artedia/Leemage


02 .

Les champs-élysées

Ora et labora : les Champs des paysans et des défricheurs Concentrée sur la rive gauche après l’invasion romaine, puis repliée dans l’île de la Cité au Bas-Empire afin de résister aux vagues d’envahisseurs déferlant sur la Gaule, Paris ne se développera que tardivement sur la rive droite de la Seine. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle qu’elle conquiert l’imposante colline de Chaillot dont le flanc est aujourd’hui traversé par l’avenue des Champs-Élysées. Difficile d’imaginer les cultures, les vignes et les jardins qui faisaient de l’actuel 16e arrondissement l’un des greniers de la ville médiévale. Après la chute de Rome, des paroisses s’y installent au rythme des défrichements de l’immense forêt de Rouvray dont les chênes couvrent l’ouest parisien. L’hégémonie franque est une période troublée. Mais au début du VIIe siècle, Clotaire II, arrière-petit-fils de Clovis, met un terme provisoire à des décennies de luttes fratricides entre la Neustrie et l’Austrasie. La Gaule respire sous la houlette de saint Éloi, et le domaine de Nimio ou Nigeon, qui s’étend au sud des Champs-Élysées, prospère sous l’autorité de l’évêque du Mans Bertram, fidèle au nouveau roi. Les vignes abondent entre Passy et Chaillot, dont le vin fera l’honneur des tables parisiennes au Moyen Âge. Bertram profitera peu de cette période d’accalmie. Il meurt en 623, moins de dix ans après l’avènement de Clotaire. Sa propriété est rattachée au diocèse de Paris qui possédera longtemps tout le nord-ouest de la capitale actuelle. La censive de l’évêque, terre soumise au paiement d’un impôt annuel à l’archevêché, s’étend au Moyen Âge de la rue Saint-Denis à la place du Trocadéro. Le pouvoir de l’évêque sur ces fiefs, qui englobent les futurs Champs-Élysées, est cependant relatif car le roi impose sa haute justice dès 1222 ainsi que sa basse justice sur les routes qui traversent les vastes possessions de l’évêque, entre le Louvre et Chaillot. Peu à peu, l’autorité royale supplante celle des seigneurs parisiens, qu’ils soient laïques ou ecclésiastiques.

Vue depuis la colline de Chaillot en 1690. © Musée Carnavalet / Roger-Viollet

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Le fief de Commynes, un fidèle à « taux variable » Louis XI fait don de Chaillot-lès-Paris à son « fidèle » diplomate et chroniqueur, Philippe de Commynes, le 7 octobre 1474. Ce dernier est un ancien conseiller du duc de Bourgogne Charles le Téméraire, qu’il a abandonné pour se mettre au service du roi de France deux ans auparavant, après avoir aidé Louis XI à s’échapper des griffes du duc à Péronne. Le roi souhaite s’attacher à tout prix les services de ce brillant transfuge. Outre Chaillot, il lui fait don de nombreuses terres dans le Poitou qui lui seront contestées après la mort du suzerain. Commynes prendra alors le parti du duc d’Orléans contre le jeune Charles VIII. Arrêté, jeté dans un cachot, il sera disgracié quelque temps avant de reprendre ses fonctions de conseiller à la Cour. Chaillot ne restera pas longtemps dans les mains de ce suzerain inconstant qui le cède en 1480 au seigneur de Marly. Il retournera à la Couronne en 1676. Le gisant de Philippe de Commynes. © Photo Josse/Leemage

La forêt de Rouvray, dont le bois de Boulogne n’est qu’un vestige, est peu à peu défrichée. On y cultive entre autres du vin et des gourdes, non pour y mettre le précieux breuvage mais pour consommer la chair de ces courges dont l’actuelle rue Marbeuf portera longtemps le nom. Le village de Chaillot, mentionné pour la première fois au XIe siècle, émerge peu à peu dans le triangle formé aujourd’hui par les Champs-Élysées, l’avenue Kléber et la Seine. La rue de Chaillot évoque ce lointain passé. Aujourd’hui raccourcie, puisque le tronçon touchant l’avenue a été rebaptisé Quentin-Bauchart en 1919, du nom d’un conseiller de Paris mort au champ d’honneur, elle constituait la rue principale du petit bourg, qui échoit au domaine royal à l’époque médiévale.

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02.

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Les Champs-Élysées

7/ 21

Le couple Morny/Le Hon et les hôtels des 9/15 Tout commence en 1844. Charles-Auguste Demorny, dit comte de Morny (cf. 52/60), vend la plus grande partie des terrains qu’il a acquis progressivement à sa maîtresse, Fanny Le Hon. Demi-frère de Napoléon III qui l’élè­ vera au rang de duc, ce génie de la situation et des affaires est le fruit d’un triple adul­ tère. De sa liaison avec Louis XV, Mademoi­ selle de Longpré a une fille Adélaïde Filleul qui épouse le comte Flahaut de la Billarde­ rie tout en donnant un fils à son amant Tal­ leyrand-Périgord, alors évêque d’Autun. Né en 1785, Auguste-Charles de La Billarderie, ancien aide de camp de l’Empereur, devient l’amant de la reine Hortense de Beauharnais,

La comtesse Le Hon. © Roger-Viollet

Le duc de Morny. © Roger-Viollet

fille de Joséphine, d’où un fils CharlesAu­gus­te Demorny, né le 17 septembre 1811. Lui-même épousera Sophie Troubetzkoï, fille naturelle du tsar Nicolas Ier. Fanny Le Hon est l’épouse séparée depuis 1842 de M. Le Hon, ministre plénipotentiaire de Belgique en 1831 et l’un des fondateurs du nouveau royaume de Belgique. Fille du banquier Fran­ çois Mosselman, propriétaire des mines de la Vieille Montagne en Belgique, elle a une fille de son amant, Louise-Léopoldine, d’où ce quatrain : « Quel est ce visage blond/Qui ressemble à la reine Hortense ?/C’est la fille à Monsieur Lehon/Morny soit qui mal y pense. » Alors député du Puy-de-Dôme et Orléaniste, entrepreneur et spéculateur, M.  «  Demorny  » s’adresse en 1844 aux deux archi­ tectes Louis Moreau et Victor Lemaire auxquels il commande deux hôtels, inspirés comme la mode le veut de la Renaissance, séparés par une allée, le 9 pour Madame Le Hon et le 15 pour lui. Dans la Revue de l’Architecture et 274


L’hôtel Le Hon (n°9) en 1855. © Archives Dassault

des Travaux publics de 1845, César Daly, le savant théoricien de l’immeuble bourgeois, décrit ainsi l’hôtel Le Hon : «  Comme sil­ houette générale, nous serions bien tentés de la prendre – la maison – pour une aile de château du siècle dernier  ; mais en appro­ chant et en examinant les détails, nous nous ravisons, et nous disons qu’ils appartiennent au temps de Henri II ; cependant, si nous y regardons de plus près encore, nous y retrou­ vons des morceaux antiques et d’autres de divers styles modernes. Décidément, il y a dans cette maison un peu de tout. » Tous les samedis, un dîner de quatorze cou­ verts réunit les convives dans un climat de grande liberté et l’on y parle politique fort brillamment. Les bals permettent aux invi­ 275

tés de découvrir les collections de peintures hollandaises et les sujets de chasse dus au pinceau d’Alfred de Dreux qui ornent les panneaux du grand escalier. Les escaliers intérieurs en bois de chêne sculpté, formant balcon, font l’admiration du comte Apponyi, l’illustre ambassadeur d’Autriche dont les réceptions sont les plus fameuses du Paris romantique. Le 15 ne comporte qu’un niveau avec une fenêtre large et encadrée de sculptures. On l’a surnommé « la Niche à Fidèle » ! L’inté­ rieur est bien différent. Sa richesse est celle d’une caverne d’Ali Baba. C’est un sanctuaire ouvert à tous les chefs-d’œuvre, à tous les prodiges de l’art : hautes curiosités, marbres, tableaux sans prix y occupent la plus


03.

place de l’étoile

La place de l’étoile d’hier à aujourd’hui

Point culminant des chamPs-ÉlysÉes, l’Étoile attire dePuis toujours les regards et les Pas des Promeneurs. cœur excentrÉ de l’avenue, elle marque sa frontière, entre le PrÉsent et la mÉmoire, entre Paris et sa banlieue, entre les chamPs et l’horizon dont l’arc est une Porte ouverte sur l’infini. on l’aPPelle aujourd’hui charlesde-gaulle, mais fuyant les hommages troP PrÉcis, elle reste l’Étoile de tous les anonymes, de tous les visiteurs et du soldat inconnu qui habitent ses rives. La place de l’Étoile en 1868. © Roger-Viollet

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Champs Elysees

Champs-élysées Dictionnaire Historique Architectural et Culturel

ISBN : 978-2-35340-133-8

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Dictionnaire Historique Architectural et Culturel Pascal Payen-Appenzeller et Brice Payen

Pascal Payen-Appenzeller et Brice Payen

Dictionnaire Historique, Architectural et Culturel

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Depuis Louis XIV et le tracé de la promenade par Le Nôtre, régimes, invasions et coups d’état ont cohabité sur l’avenue avec les manifestations les plus folles et les plus abouties de cet art de vivre à la française qui sert aujourd’hui d’écrin aux plus grandes marques mondiales. L’avènement et l’évolution des Champs-élysées sont au cœur d’une histoire nationale tour à tour grandiose et frivole, dont ils sont la mémoire et le vivant reflet, de la monarchie à la République mondialisée. Premier tome de la collection du « Dictionnaire historique, architectural et culturel des rues de Paris », cet ouvrage invite à un parcours guidé et à une découverte de l’avenue la plus visitée de France.

Couverture : © Marc Riboud - 4e de couverture : © Iberfoto / Photoaisa / Roger-Viollet (1), Roger-Viollet (2), Musée Carnavalet/ Roger-Viollet (3), Studio Lipnitzky/Roger-Viollet(4), DR (5)

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