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n°24


Édito

manny CALAvERA Rédacteur en chef

Ah, ce terrible mois de mai ! Le reste de la population ne peut mesurer ce qui le rend si doux et si rude à la fois pour les pauvres et bienheureux étudiants qui arrivent là au terme d’un cycle. Un terme, oui, celui de la saison universitaire, mourant aussi sûrement que renaît le printemps (et ça, c’est beau). Seulement, le boss de fin est toujours là, à vous attendre : el famoso « PARTIELS », et vous savez qu’il va vous casser les dents, parce que vous avez préféré chiller sur la verte prairie gazonneuse de l’université, sous les rayons ardents annonçant un été plus si lointain. Ayez donc foi en votre talent (surtout s’il ne vous reste que ça), et foncez : les vacances sont derrière ! Qui dit mai, dit aussi Cannes. Le 72e Festival démarre le 14 mai prochain et s’achèvera onze jours plus tard, avec son lot de films issus du monde entier. Le tout se déroulera sous l’œil affairé, audacieux et passionné de la regrettée Agnès Varda, mise à l’honneur sur l’affiche de cette édition 2019, elle qui vient de connaître son dernier printemps. La vénérable cinéaste de 90 ans n’en avait que 26 au moment où cette photo a été prise, lors du tournage de La Pointe Courte (1955). Juchée sur un pauvre technicien lui servant de marchepied pour mieux accomplir son ouvrage cinématographique, on pourrait y voir une pointe de mépris… mais ce serait mal connaître Agnès Varda, dont la bienveillance militante débordait à chaque prise d’image ou de parole, tant pour l’émancipation des femmes que pour la dignité humaine tout entière. Alors, merci à toi, anonyme technicien ! Ton sacrifice d’un instant nous permet de célébrer aujourd’hui la mémoire d’une grande dame de la plus belle des manières, au travers d’une affiche épurée, solaire, espiègle et absolue. Un peu à l’image d’Agnès ? Mais quoi de neuf sur la croisette ? Eh bien, un certain Iñarritu va présider cette séance (histoire d’achever le carton plein de distinctions que le monsieur remplit cette année), tandis que la sélection « Un Certain Regard » sera placée sous la gouverne de Nadine Labaki (récompensée l’an dernier pour Capharnaüm) et que Claire Denis aura la charge des courts métrages et de la Cinéfondation (autre section parallèle à la compétition officielle cannoise). En parlant de compétition (et hors compétition aussi d’ailleurs), comme d’habitude, du beau monde à l’affiche : Jim Jarmusch à l’ouverture (The Dead Don’t Die),

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Almodóvar (Dolor y Gloria), les Dardenne brothers (Le Jeune Ahmed), l’infatigable Xavier Dolan (Matthias et Maxime), le secret et mystérieux Terrence Malick (A Hidden Life), Bong Joon-ho (Parasite), l’engagé Ken Loach (Sorry We Missed You), Bruno Dumont (Jeanne), Claude Lelouch (Les Plus Belles Années d’une Vie), Nicolas Winding Refn (Too Old to Die Young – North of Hollywood, West of Hell), les éminents Werner Herzog (Family Romance, LLC) et Alain Cavalier (Être vivant et le savoir) ou encore Abel Ferrara (Tommaso). Du bon vieux briscard suivi de près par quelques coqueluches ayant émergées ces vingt dernières années, attablés avec une multitude de cinéastes (moins connus mais tout aussi talentueux) issus des quatre coins du globe. Voilà qui annonce un festival aussi rafraîchissant que les précédents, et ce n’est pas plus mal après le passage des cérémonies officielles de la profession (Oscars, César...) qui brillent encore et toujours par un certain conformisme artistique et culturel. Quelques perles vont émerger, à n’en pas douter, alors restez aux aguets ! Enfin, et comme il est désormais d’usage, c’est l’heure de nous quitter ! Avec mai s’achève le tirage mensuel de nos magazines, qui reprendra à la rentrée avec le retour de nos lecteurs estudiantins en cette chère université toulousaine ! Bien sûr, nos supports web ne s’arrêteront pas pour autant, et l’on continuera de vous abreuver d’articles et de nouveautés durant les mois qui arrivent. La saison 2018/2019 a été pour nous tous particulièrement dense (ce que je répète sûrement chaque année, tant nous repoussons sans arrêt nos limites !). Les couvertures de festivals et d’événements ont été plus prononcées qu’auparavant, avec plusieurs nouvelles entités que nous avons eu l’honneur d’explorer et d’ajouter à notre palmarès (le Fifigrot, Extrême Cinéma ou très récemment le Popcon). On ne saurait que renouveler nos remerciements à tous les festivals et salons qui nous ont accrédités pour leur confiance ! Les grosses nouveautés de l’année ont été notre élargissement vers la web radio (grâce à nos amis de Good Morning Toulouse) avec notre émission « Message à Caractère Cinéphilique », mais également notre travail événementiel (et ô combien éprouvant) relatif aux Nuits du Cinéma, qui se sont déroulées tout au long de l’année au CIAM (campus UT2J). Merci là aussi à cette institution pour nous avoir donné les clefs du camion, si j’ose dire, et bien sûr à l’intégralité du public qui a fait de ces manifestations de véritables moments de partage et de célébration du 7e art ! On se retrouve, si tout va bien, au même endroit l’an prochain… D’ici là : jouez, regardez, écoutez, dévorez, et bonnes vacances !

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© Pexels

Photo couverture : pexels.com Chef rédacteur : Manny Calavera Chef éditorial : Doriane Job Maquettiste : Célia Hassouni Rédacteurs : Eye In The Dark, Lilith, Stella, The Watcher, Supertramp, Le Comte Gracula et Doc Aeryn Correctrice : Adeline Dekockelocre


éditorial

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. Box-office :

. Le Ring :

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BioShock Infinite De 2k Games (2013)

Hardcore Henry De Ilya Naishuller (2015)

. La femme dans les westerns 10 La violence envers les femmes dans les westerns

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Crazy Rich Asians De Jon Chu (2018)

. Rétrospective :

Sommaire

PRENEZ PLACE

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. Adam McKay Par The Watcher

À NE PAS LouPER

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Critique

BOX-OFFICE

CRITIQuE BOX-oFFICE

© youwatch-series

Crazy Rich Asians De Jon Chu (2018)

Film ayant fait beaucoup de bruit aux États-Unis, Crazy Rich Asians est passé presque inaperçu dans nos contrées. À raison ou à tort ? Crazy Rich Asians a créé beaucoup d’attente dans le paysage audiovisuel étasunien. Film à très gros budget mettant en avant des personnages peu représentés au cinéma, de nombreuses personnes issues de la diaspora chinoise, singapourienne et est-asiatique de manière plus large espéraient très fort que cette comédie romantique soit réussie et ne tombe pas dans des

clichés racistes trop souvent présents. Précision importante : je suis française et blanche, je n’ai donc aucune idée de la vraisemblance du film. De ce que j’ai pu lire des concerné-e-s, la réaction générale est « film très sympathique mais ne représentant pas la diversité ethnique de Singapour et de l’Asie plus généralement ». Vous voilà prévenus !

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son cadre, puisque la grande majorité de l’action se passe à Singapour ; enfin par les possibilités offertes par la grande richesse des personnages qui peuvent s’offrir les plus grandes extravagances, c’est ce qui rend très bien à l’écran. Petite mention spéciale pour sa bande originale présentant des morceaux jazzy assez classiques en mandarin.

CRA est donc une comédie romantique. Genre vu et revu, avec des codes assez marqués. Le film ne vous surprendra donc pas outre mesure puisque, dès son pitch, il est assez classique : un couple d’origine sino-singapourienne vivant à New-York et d’horizons financiers très différents est mis en danger par leurs familles respectives lorsqu’ils se rendent à Singapour pour le mariage du meilleur ami du petit-ami. Sous cet angle, il s’agit donc d’une romcom reprenant les tropes habituels : héroïne légèrement naïve, petit-ami trop confiant, meilleure amie rigolote et aidante, personnage gay à la pointe de la mode, ex jalouse et (petit divulgachage) bellemère peu coopérative. CRA introduit néanmoins une certaine fraîcheur de par son héroïne Rachel Chu tout d’abord, incarnée par Constance Wu - principalement connue pour son rôle dans la série Bienvenue chez les Huang (2015-en cours, Eddie Huang) -, à la fois très intelligente et stratège (elle est professeure d’économie à l’université de New-York) ; ensuite par

Un autre aspect également important est montré dans le film : le racisme et les différences culturelles. La première scène montre la famille du héros Nick Young (incarné par Henry Golding dont c’est le premier film majeur) se faire refuser dans un palace londonien en 1995 parce qu’ils sont asiatiques, jusqu’à l’intervention d’un client blanc. Rebondissement : ils sont les nouveaux propriétaires de l’établissement. On entre donc de plain-pied dans la question, qui ne sera plus traitée frontalement dans le reste du film mais sera sous-entendue à de nombreuses reprises. Une autre problématique est néanmoins régulièrement mise en avant : être

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d’une origine particulière ne veut pas dire en connaître tous les codes. L’héroïne s’entend ainsi dire par sa mère chinoise « ton visage est chinois, tu parles chinois, mais ici [dans ta tête] et là [dans ton cœur] tu es différente d’eux » lorsqu’elle lui demande pourquoi sa possible future belle-famille ne l’aimerait pas, puisqu’ils sont chinois et elle aussi. Un autre exemple est celui de la tenue qu’elle portera pour les rencontrer. Sa mère lui dit qu’elle marquera des points si elle porte une robe rouge, la couleur porte-bonheur ; néanmoins lorsque Rachel retrouve son ancienne colocataire singapourienne Peik Lin Goh (interprétée par Awkwafina), celle-ci et sa famille se moquent de son choix ringard et dépassé. J’ai beaucoup aimé ce film. Il faut dire que j’aime les comédies romantiques, je suis donc légèrement biaisée. S’il n’est pas incontournable de mon point de vue (qui encore une fois n’est pas celui d’une concernée pour rappel), il annonce peut-être un

renouveau du genre qui fait plaisir à voir et permet de passer un bon moment. D’autant qu’il a été nommé deux fois aux Golden Globes : dans les catégories « Meilleur film live comédie et comédie romantique » et « Meilleure performance par une actrice dans un film live - comédie et comédie romantique » pour Constance Wu. Et pour finir, il s’est avéré très très rentable au box-office étasunien. Il devrait donc faire des émules ! - Le Comte Gracula -

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Chronique

CHRonique © Imdb

La femme dans les westerns La violence envers les femmes dans les westerns Lors du festival Extrême Cinéma, qui se déroulait à La Cinémathèque de Toulouse en février dernier, j’ai pu assister à la projection d’un western Tue et fais ta prière (Carlo Lizzani, 1967). Le traitement violent que subissent certaines femmes dans le film a éveillé mon intérêt concernant les violences subies par les personnages féminins dans les westerns. Cet article n’a pas pour but d’être totalement exhaustif, il n’est qu’une introduction à ce sujet et ne se place qu’en tant qu’exemple. J’ai donc retenu quatre films parmi les classiques des années 50/60’. Excepté

Bandolero qui est bien moins connu que les autres, mais il n’en reste pas moins intéressant à intégrer à cette sélection. Dans Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone (1969), l’une des scènes du film présente « l’homme à l’harmonica » (joué par Charles Bronson) qui arrive chez Jill McBain (interprétée par Claudia Cardinale), et il commence à lui déchirer ses habits avec violence et à lui donner des ordres alors qu’il lui est totalement étranger. Dans ce film la femme, bien qu’on ne le sache pas au début, est en

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fait une prostituée. L’une des scènes est assez ambiguë, entre le viol et le consentement, car Jill use de ses charmes avec Franck (interprété par Henry Fonda) pour ne pas mourir. Vers la toute fin du film on peut aussi noter la réplique du Cheyenne (Jason Robards) adressé à Jill : « à ta place j’irais porter à boire à ces pauvres gars, tu te rends pas compte ce qu’un homme peut avoir de plaisir à regarder une fille comme toi, rien que la regarder… Et si l’un d’eux s’avise de te pincer les fesses fais comme si c’était pas tellement grave (…)». On finit en beauté avec la dernière scène où elle apparaît, le Cheyenne lui met une main aux fesses en lui disant « fais comme si c’était pas grave ».

de l’embrasser. Plus tard elle passe à côté d’un viol durant lequel elle se fait arracher une partie de ses habits par l’un des bandoleros (bandits mexicains). J’ai continué mon périple cinématographique avec La prisonnière du désert de John Ford (1956). Dans celui-ci, au début, toutes les femmes de la famille se font tuer et l’une des filles est enlevée. Pas de scène de viol (bien que cela soit suggéré). Mais lorsqu’une femme indienne, qui a été achetée (sans le faire exprès, petit trait d’humour du scénariste : « oups j’ai acheté une femme ») vient se coucher auprès de Martin Pawley (interprété par Jeffrey Hunter), qui est l’acheteur, il la repousse violemment avec un coup de pied et la fait rouler dans une pente. C’est censé être comique ?

J’ai ensuite visionné Bandolero d’Andrew V. McLaglen (1968). Bien que ce soit un film peu connu sur le sujet de la condition de la femme, il tombe dans les mêmes écueils que les grands classiques du genre. L’actrice principale, Raquel Welch, est harcelée par l’un des hommes de la bande qui l’a enlevée ; il essaye en permanence

J’ai terminé mon voyage avec un ultime classique : Le Bon, la Brute et le Truand (Sergio Leone, 1968) dans lequel la femme brille par son absence. Cependant lors d’une de ses

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© Imdb


timides apparitions, c’est soit pour s’évanouir parce que le mari est mort, soit pour que Sentenza (alias « la Brute ») lui donne des gifles, afin de lui soutirer des informations.

connus comme Convoi de femmes (William A. Wellman, 1951). Néanmoins, dans les films que j’ai choisis (et il faut bien l’avouer, dans beaucoup de westerns) les personnages féminins sont les cibles fréquentes de violences : harcelées, menacées de viol, à moitié dénudées et/ou violentées à coup de claques dans la face. Généralement ces violences sont d’ordre sexuel. Force est de constater qu’aucun homme ne manque de se faire violer dans ce genre de films. Tout cela est symptomatique d’une époque et a marqué l’imaginaire collectif. Certains actes ont même tellement été intégrés qu’ils finissent par sembler totalement anodins lorsque l’on visionne le film.

D’une manière générale, si l’on fait une brève analyse, on constate que les personnages féminins sont relégués à trois rôles classiques du genre. “La figure maternelle” : quasi muette, qui fait figuration en s’attachant à accomplir les tâches domestiques habituelles attribuées aux femmes. Les petits rôles mettent généralement en scène des femmes au foyer qui s’occupent de mettre la table, de faire la cuisine, laver le linge, etc. “La vierge” : bien souvent une enfant, incarnation de l’innocence, qui se fera parfois tuer dès le début du film. “La putain” : une femme vénale, que l’on retrouve généralement dans les saloons et qui se fait maltraiter.

Ces œuvres étaient somptueuses, géniales sur le plan technique, les images, le scénario, la musique... Et avec toutes ces qualités elles resteront (pour certaines) à jamais des classiques qui seront gravés dans nos mémoires. Cependant elles doivent être regardées avec beaucoup de recul. Et pas seulement par rapport au statut de la femme... Mais je m’arrête là, car le genre du western est un vaste sujet que nous aborderons plus largement dans de prochains articles.

Mais ne soyons pas pessimistes de bout en bout, il subsistait aussi à cette époque quelques films où la place de la femme était un peu plus importante et, bien qu’ils fassent office d’apax, ces films ne sont pas passés totalement inaperçus. On citera Calamity Jane (David Butler, 1953), Johnny guitare (Nicholas Ray, 1955), La porte du diable (Anthony Mann, 1950) ou encore d’autres légèrement moins

- Lilith -

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RING

Critique

LE RING © Imdb

BioShock Infinite De 2k Games (2013)

Pendant que la rumeur court que 2K Games travaille sur un nouveau BioShock, il est temps pour Doc Aeryn et Supertramp de s’affronter sur leur dernier bébé datant de 2013 : BioShock Infinite. Le contraste clair entre les deux premiers opus et cette suite aérienne ne plaît pas du tout à Supertramp, et Doc Aeryn tente de la convaincre que le jeu permet à la franchise de respirer un peu (ahah).

let's fight !

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Supertramp : Je ne suis pas SpeedRunner, mais ce jeu j’aurais pu le finir en une heure. C’est une blague ? On insulte les premiers opus là ! La facilité est accablante… Du moment que tu finis le jeu avec une mitrailleuse et un pouvoir de feu, tu te demandes si t’es pas tombé dans un des derniers Call of Duty… Pas de stratégie, juste foncer comme un bourrin. De toute façon y’a pas de stratégie à avoir dans un FPS apparemment… Beaucoup.trop.facile.

Doc Aeryn : C’est quoi cette vénération pour les jeux durs ? T’as quelque chose à prouver ? Retourne sur Cuphead et va pas embêter les gens qui veulent juste s’amuser. L’accessibilité, c’est pas un gros mot.

Supertramp : Trop mignon de vouloir rendre le jeu accessible ! Écoute, à mon époque, on recommençait les jeux des dizaines de fois avant de réussir. Bon là t’as pas de soucis à te faire, le jeu est tellement dirigiste que tu risques pas de te perdre en recommençant un niveau. Et c’est pas le grappin et les quelques “appuyez sur E pour interagir” qui vont me faire croire que ce jeu est ouvert. En fait ce jeu, c’est une visite d’un musée avec quelques robots méchants par-ci par-là. Ah les jeux vidéo de nos jours… 15


Doc Aeryn : À ton époque, laisse-moi rire (sérieusement, t’as quel âge ?). Ton problème, c’est que t’as pas bien saisi à quoi tu jouais. Infinite est un jeu linéaire qui te fait suivre une histoire et tente - mais avec toi ça a raté apparemment - de capter le joueur par la narration. Il a pas le temps de te laisser te balader pour collecter des fleurs dans une 50ème quête annexe, il a une histoire à raconter. Si ce que t’aimes c’est les bacs à sable, retourne jouer à Minecraft.

Supertramp : On peut pas apprécier un jeu quand on est autant déçu par son environnement. Je suis désolée mais Columbia, c’est vraiment pas possible ! Zéro charisme. Il est où mon Rapture sous-marin qui a détrôné Fear par son ambiance glauque et terrifiante ? Non parce que là clairement la seule chose qui me dérange dans ce jeu, c’est qu’il me file une cataracte ! Toutes ces couleurs…

Doc Aeryn : Columbia moins charismatique que Rapture ? L’univers steampunk du jeu est super bien reproduit. On part sur une ambiance tout à fait différente, t’as l’impression que c’est tranquille, mais en fait c’est hyper-glauque. Dystopie classique, certes, mais efficace qui ne s’appuie pas sur les mécaniques éculées du style “oh une petite fille, bah c’est flippant une petite fille non ?” chères au premier BioShock.

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Supertramp : Attends, attends, c’est quoi que je vois au loin là ? Une histoire dans un monde dystopique ? Oh bon sang, ça y est, on vient de réunir tous les clichés possibles et inimaginables. J’hallucine… Une dystopie ? Vraiment ? On peut pas essayer de mettre un peu plus d’originalité ? Ah bah non clairement pas, vu qu’on vient y ajouter une jolie secte doublée d’un chef peu charismatique. Et c’est clairement pas la fin du jeu qui sauve la mise, hein ! Non, non, vaut mieux embrouiller le joueur pour lui faire oublier tout le vomis qu’il vient encore d’avaler… Magie !

Doc Aeryn : Mais t’es vraiment à côté de la plaque en fait. C’est tout l’angoisse du jeu : cette fin, vaine, ta quête, vaine, car tout recommence dans un cycle infernal. Tu voulais quoi, un joli happy end ? Tu trouves le jeu convenu, mais t’es championne de la catégorie.

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RÉTRO

Critique

CRITIQue

rétroSPECtIvE

© 2015 STX Productions, LLC. All Rights Reserved.

Hardcore Henry

De Ilya Naishuller (2015) un film en FPS complètement déjanté Depuis quelques années, la tendance des blockbusters est à l’immersion. L’industrie ne sait plus quoi inventer pour amener l’expérience du spectateur au plus près de celle des personnages, et il faut avouer que les résultats sont parfois bluffants. Si la 3D reste décevante pour beaucoup, car ses effets peinent à se faire ressentir au-delà de quelques minutes de film, d’autres approches comme le Dolby ou encore des scénarios interactifs poussent toujours plus loin le concept du cinéma « comme si vous y étiez ».

Mais jusqu’où un tel concept est-il viable ? Jusqu’à quel degré d’immersion l’œuvre peut-elle continuer à être du cinéma ? C’est en me posant cette question que Hardcore Henry a retenu mon attention. Cet ovni russo-américain, qui a reçu le Grolsch People’s Choice Midnight Madness Award à Toronto en 2015 (un prix dont l’intitulé semble avoir été fait pour lui), a été entièrement tourné en caméra subjective. Si beaucoup de films utilisent ce procédé de temps à autre

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Le réalisateur Ilya Naishuller avait déjà expérimenté cette technique dans un étonnant clip du morceau Bad Motherfucker pour son groupe de rock Biting Elbows. On y suit un otage de ce qui semble être une mafia russe se transformer en machine de guerre et massacrer des hommes de main par dizaines. Si la trame scénaristique n’est pas très fournie, la fluidité de la vue subjective est particulièrement réussie. Le clip est en effet entièrement filmé à l’aide d’une GoPro fixée sur la tête du personnage principal. Avec Hardcore Henry, le réalisateur décline tout simplement l’idée à plus grande échelle dans un film de science-fiction survitaminé, et c’est plutôt bien foutu.

télékinésiques. Vous l’aurez compris, Naishuller ne fait décidément pas dans la dentelle scénaristique, mais le film joue heureusement sur le second degré. Niveau visuel, les plans subjectifs tiennent la route, même s’il faut s’accrocher au début. Durant les premières minutes, il faut en effet batailler pour comprendre l’action qui se déroule, s’habituer aux courses et aux mouvements de tête saccadés de Henry qui ne saisit pas grand-chose de plus que nous. Cette confusion visuelle sert plutôt bien l’histoire et rend l’expérience encore plus immersive : on ne sait pas ce qui est arrivé à Henry, qui se réveille dans un laboratoire après avoir apparemment subi un grave accident, et on n’est pas plus au clair sur les autres personnages qui gravitent autour de lui et qui se disent alliés ou ennemis.

Pendant une heure trente, on est propulsés aux côtés de Henry, cyborg amnésique et muet, qui tente de retrouver sa femme enlevée par un mystérieux gourou aux pouvoirs

Tout comme Henry qui tente peu à peu de démêler la situation dans laquelle il est fourré, on finit par s’adapter à ce visuel à cent à l’heure qui est finalement assez plaisant,

pour représenter le point de vue d’un personnage, peu sont ceux à avoir osé le faire à 100 %.

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© Imdb


notamment lors de séquences de courses-poursuites en parkour où Henry escalade des immeubles à mains nues ou n’hésite pas à sauter des toits (le mec a à peu près l’assurance et la résistance d’un terminator). C’est d’autant plus impressionnant que le film a été réalisé avec un budget relativement restreint pour un film d’action (2 millions de dollars dont une partie récoltée en crowdfunding). Les cascades sont faites à l’ancienne (plusieurs acteurs se sont succédés pour porter la caméra) et le tournage a eu son lot de blessures et de dents cassées, un bilan dont Naishuller s’estime plutôt chanceux compte tenu des risques encourus…

Mais ne partons pas trop loin, car Hardcore Henry est avant tout un solide divertissement parodique. Dans leur surenchère de violence et leurs chorégraphies délirantes, les scènes d’action semblent surtout être là pour notre plus grand plaisir. Les combats rappellent (en plus artisanaux) ceux de chez Matthew Vaughn (Kick-Ass, Kingsman), surtout le grand final, en quasi-plan-séquence, calqué au rythme survolté de Don’t Stop Me Now de Queen. On tient donc ici une esthétique fort prometteuse qui, si elle pouvait s’allier avec un scénario un peu plus fin, ferait des merveilles !

Comme je le disais plus haut, on ne tirera pas grand-chose du film en le prenant au premier degré. J’ai l’impression qu’il y a une volonté de casser les codes narratifs, sans savoir si c’est un choix délibéré de Naishuller ou une simple flemme d’étoffer le scénario. Dans son économie narrative, le film est en effet assez atypique : on a aucune situation d’exposition puisqu’on est plongés dans l’action sans aucun repère, ne connaissant du personnage principal qu’un prénom. On ne peut faire que des suppositions sur ce qui se déroule, et même ces hypothèses se voient cassées vers la fin du film lors d’un retournement de situation où l’histoire perd tout son sens, comme si Naishuller dénonçait l’artificialité des scénarios de films d’action.

- Stella -

© Imdb

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- Instant PUB L'écran s'agrandit avec une Émission webradio une fois par mois

Si vous voulez nous réécouter en replay, rendez-vous sur : www.mixcloud.com/ radiogmt/ Émission en collaboration avec GMT

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Adam McKay

Par The Watcher

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© 2015 Paramount Pictures. All Rights Reserved.

Du gras au grand

LGDC


Il est parfois étrange de voir comment un seul film peut réhausser a posteriori toute une œuvre.

mate-le, c’est d’la baaaalle, mec ! » Grands dieux ! Will Ferrell ? L’espèce de géant frisé à l’humour basé sur les hurlements et la stupidité qui ferait passer n’importe quelle section de maternelle pour l’Académie française ? C’est son réal qui a fait une œuvre aussi intelligente que The Big Short ?

Lorsque que The Big Short (Le casse du siècle) sort en 2015, le nom d’Adam McKay m’est totalement inconnu. Tout au plus, je suppute qu’il a dû réaliser des épisodes d’une quelconque série télé américaine pour se faire la main en attendant d’avoir les coudés franches pour faire “son” film et pas une œuvre de commande. Le film est brillant, racontant avec une pédagogie amusante les méandres de la crise financière mondiale de 2007. Le casting 4 étoiles (Christian Bale, Steve Carell, Ryan Gosling QUI JOUE AVEC DES ÉMOTIONS OMG et Brad Pitt qui produit le film), et des idées de mise en scène inhabituelles mais bienvenues, de même qu’une narration très META (le film nous rappelle qu’il est un film) transforment ce qui aurait pu n’être qu’un film témoin d’un événement historique en grande œuvre cinématographique récompensée d’un très mérité oscar du meilleur scénario pour Adam McKay. C’est à peu près à ce moment là que Gonzo Bob, dont les goûts cinématographiques et éthyliques sont aussi douteux que parfois utiles, me lâche : « Mais c’est le pote à Will Ferrell. Il fait tous ses films. Si t’as pas vu Frangins malgré eux

Il faut savoir que les grosses comédies américaines types Apatow et consorts m’ont, pendant longtemps, profondément ennuyé. Elles m’étaient imposées par mon petit frère, le vendredi soir à minuit en attendant la NBA sur Canal+ à l’époque où c’était cool, qui décompressait complètement de ses études de droit en regardant tout ce qui avait trait à l’imbécilité (NRJ12 étant pour lui “son étude sociologique des cons”). Ainsi j’avais vu Frangins malgré eux (2008) avec John C. Reilly et Will Ferrell en Tanguy attardés qui vivent chez leurs parents à 40 ans et doivent cohabiter (prétexte pour voir deux adultes se battre comme et contre des gosses de primaire). J’avais vaguement écouté Anchorman (La légende de Ron Burgundy, 2004) dont je ne me rappelais qu’une baston de rue entre journalistes qui se terminait dans le sang. Ricky Bobby : roi du circuit ne m’avait marqué que pour avoir un Sacha Baron Cohen, auréolé du succès de Borat, disserter sur les plans à trois, meilleure invention française d’après lui.

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Ainsi, confus du lien qui unissait ces comédies et mon coup de cœur de l’année, j’ai revu ces films ainsi que les autres d’Adam McKay, à savoir Very Bad Cop (2010) et la suite Anchorman 2 (Légendes vivantes). Si le premier est une potache parodie de film policier / buddy movie, l’apport des caméos The Rock / Samuel L. Jackson et le duo Ferrel / Wahlberg étant étrangement très bon, le retour de Ron Burgundy est bien meilleur que son premier volume. Le film qui est une violente satire contre les chaînes d’info en continu, la manipulation médiatique et les liens de soumission aux financiers propriétaires de ces médias annonçait totalement le tournant de la carrière de son réalisateur / auteur. Anchorman 2 profite de l’aura du premier film pour avoir une foultitude de caméos tout en affinant et en renforçant les meilleurs éléments. J’étais dans l’obligation de reconnaître qu’Adam Mckay sait très bien utiliser une caméra et des comédiens, et que ses comédies ne

sont pas si consommables à la chaîne. Son dernier projet annoncé, un biopic sur Dick Cheney, le vice-président de Georges W. Bush Jr, promettait d’être un nouveau coup de pied de rappel des éléments fondateurs de notre société actuelle (après la finance, la “guerre à la terreur” des USA). Il est encore mieux que cela : c’est une histoire américaine comme on en raconte plus et un nouveau grand numéro d’acteurs avec Bale et Carell en tête. La place me manque pour dire tout le bien que je pense du film. Alors je conclurai simplement en disant qu’Adam McKay est un nouveau nom du panthéon d’Hollywood et qu’il faudra compter sur lui dorénavant.

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© 2013 Paramount Pictures

- The Watcher -


- Top 5 Du Rédac -

1. Vice (2018) 2. Big Short (2015) 3. Anchorman 2 : La légende continue (2013) 4. Anchorman : La légende de Ron Burgundy (2004) 5. Very Bad Cops (2010) 25


À ne pas louper

à NE PAS LouPER ! - Théâtre du Capitole -

- L’American Cosmograph -

La saison des festivals de cinéma n’est pas encore terminée dans notre chère ville rose puisque ce moisci, le Printemps du cinéma israélien s’invite dans les salles obscures pour sa 15e édition. Du 05 au 25 mai, de nombreux films seront projetés et des rencontres auront lieu en présence des réalisateurs(ices) ayant fait le déplacement jusqu’ici pour promouvoir un cinéma riche et chargé d’histoire. La programmation s’annonce, comme toujours, particulièrement diversifiée. Alors laissezvous tenter. où

69 Rue du Taur lacinemathequede

>> toulouse.com

>>

Place du Capitole theatreducapitole.fr

© Imdb

>>

24 Rue Montardy americancosmograph.fr

© Allociné

- La Cinémathèque -

© Cinémathèque-toulouse

Séance spéciale au Cosmo ! A Thousand Girls Like Me (Sahra Mani, 2018) sera diffusé le jeudi 09 mai à 20h30. La projection sera suivie d’une rencontre autour du film avec Saida Kasmi, distributrice et ambassadrice du film en France. Ce documentaire afghan suit les pas de Khatera, jeune femme de 23 ans, qui, un jour, décide de briser le silence du calvaire qu’est sa vie afin d’offrir un meilleur avenir à sa fille. Un film coup de poing qui a reçu, cette année, le Grand Prix du Festival International du Film des Droits Humains.

En association avec La Cinémathèque, le Théâtre du Capitole ouvre ses portes le samedi 25 mai à partir de 20h et vous propose un cinéconcert de L’inhumaine (Marcel L’Herbier, 1924). Considéré comme l’un des chefs-d’œuvre du cinéma muet, ce drame français à l’esthétique abstraite narre l’histoire de Claire Lescot, une cantatrice charismatique mais dénuée de sensibilité, qui voit sa vie et sa réputation bouleversées après le suicide de l’un de ses admirateurs qu’elle avait éconduit. La séance sera accompagnée au piano par Michel Lehmann.

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Les pépites du 7ème art

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- Cinéma -

The Dead Don’t Die (comédie, épouvantehorreur) de Jim Jarmusch, sortie le 14 mai

selon nos Rédacteurs

Avec Bill Murray, Adam Driver, Selena Gomez…

Jim Jarmusch, artiste aux multiples facettes, fait son grand retour au cinéma. The Dead Don’t Die, en compétition pour la Palme d’or du Festival de Cannes, est une comédie horrifique qui revisite le mythe des morts-vivants. À Centerville, petite ville de campagne tranquille, des phénomènes étranges se produisent. Un jour, les habitants sont attaqués par des zombies. Trois policiers et une mystérieuse femme originaire d’Écosse décident de s’allier pour vaincre les morts-vivants.

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- Série -

Catch-22 de Luke Davies et David Michôd (drame, guerre), saison 1, lancement le 17 mai, Hulu

Presque vingt ans après son départ de la célèbre série médicale Urgences, George Clooney est à l’affiche d’une nouvelle série en tant qu’acteur et producteur, et pour laquelle il a également réalisé deux épisodes. Adaptation du roman éponyme de Joseph Heller, cette mini-série raconte les tentatives désespérées de Yossarian, bombardier de l’US Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale, pour se soustraire à ses obligations militaires en se faisant passer pour fou. Au casting également : Hugh Laurie et Kyle Chandler.

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- Jeu Vidéo -

Rage 2 (FPS), sortie le 14 mai (PC // PS4 // ONE)

Faisant suite au premier opus, Rage 2 prend place dans un monde post-apocalyptique dont l’esthétique n’est pas sans rappeler les Mad Max de George Miller. L’intrigue du jeu se situe trente ans après Rage, et après la chute d’un astéroïde. Le joueur incarne Walker, un ranger qui dispose d’un arsenal d’armes à feux et de Nitronites (pouvoirs issus du premier volet) afin de venir à bout de ses ennemis. Pas de multijoueur, mais des « fonctionnalités sociales » sont disponibles.

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EYE IN THE DARK  : The Umbrella Academy, Steve Blackman (2019 - en cours) Lilith : Mon nom est personne, Tonino Valerii (2017) Stella : Kingsman : Services secrets, Matthew Vaughn (2015) The Watcher : Unstoppable, Kim Min-ho (2018) Le Comte Gracula : Au fil des jours, Cloria Calderón et Mike Toyce (2017 - ?) Supertramp : Fenêtre sur cour, Alfred Hitchcock (1954) Doc Aeryn : Tempête à Washington Otto Preminger (1962)

- Eye In The Dark -


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Magazine L'écran Mai 2019  

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