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le magazine qui n’en est pas un néo

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dépression

deuxmilletreize

9 n°

durable

renaissance

fashion victim softfood mou


douce france

La France déprime. L’Allemagne et l’Italie connaissent aussi une tendance de ce type. Mais ce n’est pas le cas de l’Angleterre, des Pays-Bas, de la Belgique... En gardant nos circonstances de vie inchangées, si nous avions la fonction de bien-être des Belges, cela nous remonterait de plus d’un demi-point sur l’échelle de bonheur. Ce qui est beaucoup. Voici une des nombreuses analyses et conclusions que soutient Claudia Senik, professeur à l’université Paris-Sorbonne et à l’Ecole d’économie de Paris (PSE, Paris School of Economics). Ses recherches portent sur un domaine singulier : « l’économie du bonheur» Alors comment mesure-t-on le bonheur? « Il y a à la fois une dimension cognitive (je porte un jugement sur ma vie) et une dimension plus émotionnelle, plus affective (on demande aux gens si, au cours de la semaine passée, ils se sont souvent sentis joyeux, photo excités, mobilisés ou au contraire déprimés, tristes, erwin en colère, frustrés... puis on calcule une sorte d’indice olaf entre les émotions négatives et positives). Sur ces études-là, les Français sont en haut du classement des pays en termes d’émotions négatives ressenties, et très bas dans le tableau des émotions positives ». La cause de ce phénoméne ? On se berce de l’idée qu’on est le pays de l’universalisme, des Lumières, de la Révolution, un grand pays. Ça nous fait du bien, mais après on le paye, on en souffre, parce que ça ne correspond plus à ce qu’est la France aujourd’hui. Et les dernières affaires en date ne risquent pas d’améliorer les choses. marc jakobiec


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photo erwin olaf

COOL

marc jakobiec

Depuis le mardi 16 avril 2013 (c’est moi qui l’ai décidé) qu’est-ce-qui est cool ? Cool 1: le dernier album de Foals (Holy fire). Cool 2: les 4 derniers morceaux du groupe No Education, groupe inconnu qui mérite à être connu avec un titre qui vous remue les oreilles et les orteils «Blowin», bientôt sur les réseaux sociaux. Cool 3: Dans la guerre héritage/futurisme qui fait rage dans le monde de la basket, Yohji Yamamoto vient de frapper un grand coup en donnant l’avantage au seconds avec une basket-chausson au karma ninja. Cool 4: une chemise à fleur entre l’ex-chanteur Antoine et l’ex-chanteur de Gun’s & Roses. Cool 5: «Irène» troublant fanzine qui explore l’érotisme féminin et qui dit merde au «Printemps Français». Cool 5: Le savon retour aux sources avec ces faux airs de brute, fabriqué à la main pour vous laver vos mains d’écolo converti depuis que vous avez vu le film sur Pierre Rabhi. Cool 6: Depuis que Beaudouy a été remarqué par le guide du Fooding (la branchitude n’est plus réservée à Paris ou Londres). Cool 7: Le clip de The Knife, réalisé par Kakan Hermansson et Roxy Farhat, met en scène, dans un gymnase, la danse étrange d’un groupe d’hommes malhabiles mené par une gamine aux dreadlocks. Une réflexion sur la virilité et les genres. Bon allez voici le lien. http://www.youtube.com/watch?feature=player_ embedded&v=W10F0ezCTIQ#! Cool 8: Depuis que Anne-Gaëlle et Julien sont les parents du petit Camille. Cool 9. Que le texte de loi sur le mariage pour tous est enfin entériné. Cool 10: Qu’au mois de septembre on va se prendre des vacances.


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PRINTEMPS POURRI


marc jakobiec

Le printemps pointe enfin son nez après des températures polaires, des bourrasques et pluies glaciales nous infligeant une intense zone de dépression socialiste à la grisaille tenace, par la grâce d’un ministre du budget avec un sens de l’épargne très pointu et nous renvoyant à l’ère glaciaire. Si l’hiver a fait de la résistance c’est pour une raison bien plus déprimante avec une bande de givrés qui s’est mis à incarner ce fameux «printemps français». En référence au «printemps arabe» ces croisés d’un autre âge sont carrément partis en vrille en devenant les opposants au mariage pour tous. Pour nous laver de nos péchés, les jeunes pousses et les vieilles branches de ce mouvement ont entrepris de bloquer ce texte de loi à force de manifestations éclairées à la bougie, de prières, ont deversé leur sainte colère sur le pavé glissant des avenues chics parisiennes. Une certaine France bourgeonnante de conservatisme, réacs en moccasins à franges préparent de beaux jours au Front National. Ces agitateuts bon teint en apparence n’ont pas froid aux yeux et se sentent investis d’une mission divine, garant d’une certaine idée de la famille. Sans vouloir se hasarder à une quelconque analyse psychoclimatique, il semble que l’hiver ne voulait pas passer la main de peur que ce phénoméne n’engendre avec les premiers rayons de soleil une trop belle éclosion.

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Belgische keuken


marc jakobiec Et si la cuisine française n’était plus la reine des cuisines et que ce soient les belges les rois de la cuisine du 21ème siècle? De Bruges à Anvers en passant par Bruxelles et la proximité de la frontière franco-belge une quantité croissante de chefs s’éclatent au terroir de ce plat pays. Sang Hoon Degeimbre, Kobe Desramaults, Gert de Mangeleer, Julien Burlat, Nicolas Scheit revisitent les produits du potager et vous proposent une cuisine aux couleurs de camaïeux bruns, beiges et terre aux goûts fumés ou brûlés, crus ou fermentés avec subtilité, simplicité et authenticité. On est loin des compositions manièrées nouvelles et anciennes de nos cuisines franchouillardes. La Belgique est proche d’un autre royaume, le Danemark autre pays qui nous donne des leçons d’humilité et de simplicité. Et si la cuisine n’était qu’un prémisse à d’autres leçons... L’air du temps, Liernu. In de Wulf, Dranouter. La Buvette, St Gilles (Bx). Bon-Bon, Bruxelles. Le Dôme, Anvers.

photo JULIA HOTTA

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BINGO!

Etats-Unis (Delaware) Luxembourg Suisse Iles Caïmans Royaume-Uni (City de Londres) Irlande Bermudes Singapour Belgique Hongkong Jersey Autriche Guernesey Bahreïn Pays-Bas Iles Vierges britanniques Portugal (Madère) Chypre Panamá Israël


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Imaginez, c’est votre anniversaire. Vous recevez une grande boite rectangulaire. Dans la boite se trouve un robot. Il est joli comme tout, un Ken taille humaine, ou une Barbie, pas de techno-sexisme, ce serait dommage.Il répond, parle, marche, sourit, rit même, seuls son air candide et ses yeux luminescents le trahissent. Et puis il y a cette raideur toute robotique mais avec le temps on s’y habitue, on s’y attache même, bien plus d’ailleurs que ne le demandent les circuits intégrés et divers mécaniques internes qui ne suscitent pas, au départ, le sentiment. Réjouissez-vous, c’est un beau cadeau. Ce hubot, comme on les appelle, peut, selon les cas, accomplir vos tâches ménagères, faire office de coatch sportif, il est aide à domicile si vous êtes âgés, et même votre amant si vous êtes seul. Pour ça, il vous suffit d’opérer une petite bidouille dans les bas quartiers, là où le robot se recycle pour la satisfaction de toutes les envies les plus sombres. Imaginez à présent des robots, tout aussi serviables, utilisés pour remplacer les hommes dans les tâches dangereuses et dégradantes, puis pour diminuer les coûts de production dans un joyeux humanisme capitaliste. Maintenant, placez tout ça dans une société suédoise qui ressemble suffisamment à notre monde contemporain pour créer la familiarité mais est juste assez imprécise pour admettre l’univers parallèle. Il n’y a pas de contexte géopolitique, pas de politique intérieure, pas d’époque ni de géographie...Vous voilà fin prêt à imaginer, sur un rythme de soap, une cohabitation homme/machine d’un nouveau type narratif et esthétique. Vous obtenez la série suédoise Real Humans diffusées tous les jeudi du 4 avril au 2 mai sur Arte à 20H50.100% humain en français, Äkta Människor en suédois, et en québécois on s’en fout, n’est pas une série d’anticipation et c’est là son originalité fondamentale.Si elle convoque des thèmes science-fictionnesques, comme le nécessaire syndrome Blade Runner – oui, les robots veulent devenir libres, oui ils se mettent à ressentir, oui la métaphore robots/esclaves se dessine, etc.- elle les développe à l’intérieur d’un cadre tout à fait réaliste, pour l’essentiel dans une banlieue pavillonnaire moyenne, et ses environs. Principe souvent fondamental de la forme «série», la géographie limitée agit comme labo d’expérimentation, dans une ambiance de naturalisme télévisuel. Si «Je» est un autre, ici «Je» peut devenir, sur demande, un clone post mortem, un animal empaillé mécanique pour la joie des vivants. C’est ainsi que l’introduction des hubots dans une réalité reconnaissable mais limitée, et plus particulièrement à l’intérieur de foyers familiaux représentatifs, sert la critique sociale, répondant au cahier des charges officieux du genre. Haine motivée par la peur de l’inconnu, robotisation qui engendre le chômage, solitude contemporaine, acceptation et respect des différences (la révélation de l’orientation « transsexualhubots» du fils adolescent en est un exemple), déviance de la science, abandon des personnes âgées, hypocrisie du discours religieux, division face aux mutations de la société. Le robot se fait miroir, la redéfinition de l’humanité apparaît comme essentielle, de quoi est elle composée ? Qu’est ce qui fait qu’on est humain ? Une fois confrontées à l’existence centrale du hubot, toutes ces grandes questions contemporaines bénéficient d’un nouvel éclairage, parfois redoutable, profondément dérangeant, mais qui évacue tout manichéisme. L’objet robot est une exagération, le lieu d’une projection distanciée, il permet dans son caractère hybride Homme/machine, d’ouvrir une réflexion dégagée des réflexes. En passant, car on passe, il faut saluer l’alternance visuelle de scènes d’une sobriété réaliste qui renforcent l’étrangeté, et de remarquables plans pastels, acidulés qui illustrent une consommation ludique, une vie de catalogue dans de propres banlieues géométriques. Ces jolis robots, mèches de côté, petit pull bleu ciel et pantalon jaune pâle, déambulent dans les rayons gigantesques et symétriques de supermarchés éclatants, hypnotiques, comme dans une photo d’Andreas Gursky. (Le premier acte autonome des Hubots « libérés » est de changer de vêtement pour adopter des couleurs sombres). Je me dois de signaler que la lenteur réaliste de la série qui constitue son originalité peut au départ paraître difficile mais passer le cap est tout à fait conseillé, on chope rapidement le rythme qui s’amuse souvent de celui des sitcoms.

Hubots

Marie Arquie


Valeria Lukyanova barbie humaine et son alter ego masculin

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double

On évoque souvent dans les dîners en ville, l’exotisme des dernières vacances passées aux Seychelles, Bali ou thalasso à Hong-Kong, weeks-end échevelés en Limousin, mais on oublie souvent qu’à nos frontières existent des pays et des peuples des plus étranges aux moeurs étonnantes. Prenons l’exemple de la Suisse et du double crème, usage gastronomique couramment usité dans ce beau pays aux paysages buccoliques. Une tuerie! Voire une goinfrerie. La crème double de la Gruyère (district de la Gruyère dans le canton de Fribourg) est une crème comptant au moins 45% de matières grasses, épaisse et onctueuse, produite à partir de lait de la Gruyère. Traditionnellement et fortement liée à la consommation de meringues, on les arrose copieusement avant de les déguster. On le consomme également avec les beignets, les bricelets, les pains d’anis, croquets et les cuquettes. Les recettes normandes à côté font figure de régime WeightWatchers. Mais le plus fou dans l’histoire c’est que ce dessert se prend après une fondue ou une raclette au fromage. Autant dire qu’après cet exercice c’est double régime.

Marie Arquie


Typo exercice


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Dites

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Effet de mode, vintage ou vrai bon son, de nombreux Djs ou amateurs de belles sonorités et de subtils mixages numériques, revisitent régulièrement le bon vieux vinyl disparu de la circulation à la naissance du CD. Cet objet était à une époque pas si lointaine, une référence au temps et à la mode. On attendait avec impatience la sortie du nouveau Pink Floyd car en dehors de son intérêt musical , il y avait cette fameuse pochette, laboratoire expérimental graphique et vecteur d’univers imaginaires ou inconnus. Photos, illustrations et typographies étaient l’esprit du moment et de promesses à chaque fois renouvellées et inattendues. Camel. Yes. Gentle Giant. Iron Butterfly. Quicksilver Messenger Service. Tarkus. CSN&Y. Jimi Hendrix Experience. Grateful dead, Hawkwind. Procol Harum. King Crimson. Scorpions. Steve Miller Band. Jethro Tull. Cream. Black Sabbath. Doors. Supertramp. Roxy Music. Magma. Franck Zappa & the Mothers of Invention. America. Led Zeppelin. Velvet Underground. The Doobie Brothers. Carly Simon. The Who. David Bowie. Genesis. Patti Smith. Pink Floyd... Thank you!

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On connait les travaux d’Emmanuel Todd, qui aime à interpréter les grands mouvements de l’histoire à l’aune de phénomènes anthropologiques tels que les progrès de l’alphabétisation ou la baisse du taux de fécondité des femmes. « Le mystère français » vient de paraître aux éditions du Seuil, co-écrit avec Hervé Le Bras. Les deux auteurs entendent faire parler le territoire. Partant de l’hypothèse qu’il existe une « mémoire des lieux », ils proposent une vision alternative à celles de la sociologie ou de l’histoire. Un type d’approche matérialiste, si l’on accepte de définir le matérialisme autrement que comme un économisme réducteur. Car si les démographes entendent révéler « le primat des mentalités », c’est bien l’importance d’une infrastructure anthropologique, allant des traditions familiales et religieuses à la configuration de l’habitat, qu’ils mettent en lumière. L’une de forces de cet ouvrage réside dans la présence de nombreuses cartes : plus d’une centaine. De sorte que le réel saute aux yeux. Un réel qui va à l’encontre de bien des idées reçues, conduisant les auteurs à un coralie delaume optimisme auquel on n’est guère habitué. De fait, ils décrivent une France différente du pays désenchanté que montrent parfois les sondages. Et, comme s’ils voulaient confirmer leur analyse, ils tâchent de révéler un « optimisme inconscient de la société ». La France irait mieux que prévu, donc, notamment grâce aux progrès très massifs de l’éducation. On acquiesce en partie. Todd et Le Bras excipent des chiffres sans appel : il y a plus de diplômés que jamais. Notamment, ce qui pourrait sembler un paradoxe, dans les zones structurellement les moins égalitaires, où se déploie le « catholicisme zombie » - concept central de l’ouvrage. Plus de diplômés certes, mais faut-il immédiatement se réjouir ? Quid de la qualité de diplômes, dont nombre d’enseignants attestent, expérience à l’appui, qu’elle ne cesse de baisser ? Et que faire de ces diplômes dans un pays déserté par l’emploi ? De cette « nouvelle pauvreté éduquée », identifiée par les auteurs ? Dans une seconde partie du Mystère français, les duettistes s’attèlent à tirer les conclusions politiques des données anthropologiques révélées. Certaines observations sont saisissantes, telle la rémanence du catholicisme dans les régions périphériques et ses conséquences sur les choix électoraux des Français. Décidément, ce « catholicisme zombie », d’autant plus structurant qu’il a cessé d’être une croyance, semble travailler en profondeur la société. Enfin, les clés mêmes de la compréhension du Mystère français données par les auteurs peuvent conduire à de toutes autres conclusions que les leurs. S’il existe, dans la partie anciennement déchristianisée du pays, un substrat anthropologique nourrissant une exigence égalitariste forte, si cette exigence est sans cesse contrariée par les difficultés économiques et l’accroissement des inégalités, et si le communisme ne joue plus son rôle de « couche protectrice », on peut craindre, justement, les effets toxiques d’un choc en retour. N’est-ce pas déjà de cela qu’il s’agit lorsque l’ouvrage dévoile « la force de la droite en zone idéologique égalitaire » ? Peut-on se contenter de n’y voir qu’un phénomène « pathologique » ? Il pourrait s’agir, au contraire, photo kirsty mitchell d’une sorte de « frustration égalitaire », qui risque de pousser des pans sans cesse plus larges de l’électorat dans les bras du FN. D’autant plus que celui-ci poursuit la « gauchisation » de son discours économique et que la succession des affaires (Sarkozy, Cahuzac) semble accréditer la thèse du « tous pourris ». D’autant que le cœur de la stratégie frontiste consiste à se présenter comme le parti des sans-grade, des invisibles et de la lutte des petits contre les gros. Et d’autant que Marine Le Pen a parfaitement intégré cette appétence très française pour la « dimension d’incarnation du pouvoir politique». « L’optimisme des démographes » les conduit à ignorer cette hypothèse. On ne peut que souhaiter qu’ils aient raison.

Sclérose en france part 1


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Sclérose en france part II : les 10 commandements Les ors de la République tu vénéreras L’administration française tu haieras La laïcité tu encenseras Le système D tu utiliseras Le compteur EDF tu pirateras Le pavillon tu adoreras L’anglais, l’américain tu détesteras et l’allemand tu admireras D’argent tu ne parleras De bonne bouffe en mangeant tu te vanteras De la liberté, de l’égalité et de la fraternité tu te gausseras et des leçons au monde tu donneras... photo david stewart

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Wonder bas

Selon les résultats d’une étude menée depuis 15 ans, les seins vieillissent mieux à l’air libre. Le soutien-gorge ne sert à rien. Arrêtez tout et notez la date du jour. Elle pourrait remplacer Noël. D’après une étude menée sur 260 seins et contrairement à tout ce à quoi nous croyions, les seins vieilliraient mieux lorsque leurs propriétaires ne portent pas de soutiengorges ! Avec l’absence du sous-vêtement , non seulement les seins ne «tomberaient» pas, mais mieux : celle-ci permettrait de redresser les seins mais aussi de réduire les maux de dos ! Il s’agit là de l’un des premiers retours de cette expérience menée depuis 15 ans au CHU de Besançon. Le témoignage de Capucine, 28 ans, qui a fait le test depuis deux ans : «L’intérêt est multiple : on respire mieux, on se tient plus droite, on a moins de douleurs au niveau du dos». Une femme épanouie. Une étude serait peut-être la bienvenue sur les slips et caleçons d’homme. Qui sait cela réglerait peut-être une certaine tendance à l’arrogance masculine?


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B

ie

ntô

t!

On élèvera des poules en villes. Dans son jardin, sur son balcon... Parce que le poulailler urbain c’est écolo et c’est cool. D’une, les poules mangent de tout. Epluchures de légumes, peau de poisson, gras de viande... elle peut avaler 150 kg de déchets par an, de quoi faire de sacrées économies ! De deux, elle recyclent tout en oeufs ou en fientes (avec lesquelles on fait de l’engrais !). Le must : avoir une «poule d’ornement», le top des ventes chez Truffaut. Bref : l’animal du compagnie du siècle, tant que vous ne le mangez pas. On ira à des expositions «vides», aux murs complètement blancs. Ben, qu’est qu’on va y voir alors ? Ce qu’une tablette nous présentera ! Le visiteur se voit prêter à l’entrée un ordinateur, un smartphone ou une tablette, puis pénètre dans un espace vide. Tout ce qu’il a à observer est sur son écran. Un routeur charge les données et on admire. L’expo «Offline Art» a inauguré ce nouveau genre, fin février à la galerie parisienne XPO. On aura une application pour tous nos dilemnes. Et ce n’est pas une intelligence artificielle qui nous donnera un coup de main, mais bien des humains. On teste tout de suite avec World it . Une fois l’application téléchargée, on pose sa question «Je vais voir Spielberg ou Tarantino ?», «iphone 5 ou galaxy S4 ?», «vomir ou tenir ?», «me laver les dents ou pas ?». Et World it vous donne la réponse sous forme de vote ... des internautes. 70 % de OUI, 30 % de NON Désolé, mais là il faudra vous laver les dents.


texte anne-gaelle burban

made in local photo david stewart

Nos aïeux avaient tellement envie de nous faire exister qu’ils ont décidé de faire naître Jean-Paul Sartre à Thiviers, ici chez nous. Thiviers est une petite ville du Périgord qui existe depuis des lustres. La preuve : le père et le grand-père de Sartre sont nés à Thiviers, là, en bas à gauche, entre Limoges et Périgueux. Et Jean-Paul? Que ce soit au marché, chez la coiffeuse ou chez le garagiste, nous avons toujours ouïe dire qu’il était lui aussi de Thiviers. Mais d’où tenez-vous cela ? C’est une rumeur. C’est ce qui se dit par ici. On dit même que c’est à Thiviers que Simone et Jean-Paul se sont rencontrés. On mentirait ? Comme c’est mignon. Mais, au fond, ici, on ne ment pas monsieur, on parle. A voix haute, on choisit d’où l’on vient. A coups de petites pépites de réel, on tricote des fagots de vérité, on agence des évènements. De main de magicien, on transforme un tas de petits indices en un tout bien ficelé. Et hop ! La plaque est posée, la cérémonie a lieu et tout le monde applaudit. On dit aussi que dans le tamis des fables, il y a toujours une part d’exactitude. Ici, monsieur, nous sommes au pays de l’homme, paraît-il. Zone de revitalisation rurale, berceau de l’humanité orné de peintures rupestres. Histoire, préhistoire, humanité, humanisme, Montaigne, Eluard, Becker, oies, pot au lait, poulets, poireaux, pommes de terre… alors pourquoi pas « Thiviers, berceau de l’existentialisme » ? C’est logique, ça se défend non ? Disons que c’était linéairement plausible. Mais soyons vigilants, ne prenons rien pour argent comptant. Avec notre pile, allons voir de plus près, là juste sous le voile de(s) l’histoire(s). Pour en avoir le cœur net, osons poser la question à qui de droit. Rendons-nous à la Mairie de Thiviers qui fera passer le message au service civil, qui transmettra à la bibliothèque municipale. Laissons reposer quelques jours jusqu’à ce que la réponse revienne. Claire, nette et précise, la voici: Jean-Paul Sartre n’est pas né à Thiviers mais à Paris en

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1905, un 21 juin. Et oui, chers concitoyens, chères concitoyennes, voilà ce que dit le ban. C’est sans appel, y a pas à chipoter, c’est comme ça. Fin de l’histoire, fin de la rumeur. Soit. Bon, tout ça ne nous arrange qu’à moitié, certes. Mais quand même, savoir qu’il est « originaire de », c’est déjà pas si mal, non ? C’est comme un petit lot de consolation, une médaille de bronze, ou de chocolat. « Etre originaire de », ce n’est pas rien. Oui, c’est même déjà quelque chose. Mais au fait, pour un existentialiste que peut vouloir signifier l’expression « être originaire de »? Vu de la fenêtre Sartrienne, est-ce que la question de l’appartenance à la terre, au patrimoine commun a un sens? Est-ce qu’elle se pose ? En tout cas, on voit bien comment Sartre a anticipé ce que nous allions attendre de lui. Il a complètement tût cette origine là. Et de fait, par ce silence originel, il a fait de notre rumeur une image illégitime, une fille du non-dit. Quoi qu’il en soit Jean-Paul Sartre fait partie du cœur et du patrimoine oral de cette petite ville. D’une certaine manière c’est « un bien de famille » au sens propre comme au sens figuré. Personnalité de notoriété mondiale, l’auteur Des mots est une manière de « trésor public » que certains et certaines ont choisi comme repère, comme héritage. Nous sommes ici face à ce que l’on pourrait appeler une filiation de terrain ou un filon gé(néa)ologique, au choix. Et oui mes amis, la croyance, a ceci de vrai qu’elle trace toujours (en pointillé ou en continu) la ligne d’un désir. La rumeur, comme la religion sert à relier tout cela. Voilà à quoi servent les histoires, les chansons et la poésie aussi. Autrement dit, la transmission orale est une grotte dans laquelle on façonne le monde à sa façon. Et si l’on regarde bien, sous la calcite se révèle pudiquement la création, l’objet authentique de notre désir. Et sous cet échafaudage fabuleux, parmi le sable et les pépites, nous retombons peut-être sur ce que l’on a choisit d’être: des enfants de l’existentialisme.

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Hassan Makaremi

vision hafezienne / un peu de poesie dans ce monde de brutes Né à Chiraz vers l’an 1320, Shams al-Dîn Mohammad Hâfez, plus connu sous le pseudonyme de Hâfez, s’impose, au même titre que Sa’adi, Ferdowsi ou Mowlavi, parmi les grands maîtres de la poésie et de la culture persanes, en particulier renommé pour ses poèmes lyriques, les ghazals, qui, recueillis dans le Divân, reprennent les grands thèmes de la mythologie perse, évoquent ceux mystiques du soufisme, et mettent en scène les plaisirs de la vie. Il s’impose aujourd’hui en tant que représentant authentique de la culture perse, la reprenant dans ses éléments fondamentaux. De nombreuses études ont démontré les apports de ces poètes et leur influence dans la poésie de Hâfez – lequel eut par la suite une influence considérable sur un grand nombre de poètes et artistes, non seulement iraniens, mais encore occidentaux, dont il fut à la fois le précurseur et l’inspirateur. Hâfez inspira en effet les plus grands, de Victor Hugo à Goethe, en passant par Nietzsche, qui perçurent la musicalité de la poésie de Hâfez et se l’approprièrent. Les éléments historiques et biographiques dont nous disposons à ce jour relativement à la poésie hafezienne se révèlent encore insuffisants pour en saisir toute la profondeur et la complexité. Hâfez en demeurant comme absent, et le siècle dans lequel évolue sa poésie semblant par ailleurs appartenir à un autre espace-temps, seule subsiste à la lecture des vers la voix humaine qui les découvre, les récite ; voix anonyme, intemporelle, qui n’appartient ni à ce monde, ni à l’autre. Nous commençâmes par rechercher dans sa poésie les thèmes chers à Hâfez. Puis, nous envisageâmes d’aborder ceux-ci à la lumière de cette science moderne qu’est la psychanalyse. Nous imaginâmes le pari osé d’appréhender chacun des quelques cinq cents ghazals hafeziens compilés dans le Divân comme autant de séances d’analyse au cours desquelles nous aurions placé Hâfez sur un divan.

Des traductions de l’œuvre de Hâfez en français : Par trois fois au cours des cent cinquante dernières années, une traduction intégrale de l’œuvre de Hâfez avait été tentée, sans qu’aucune n’aboutît. Les publications réalisées déjà disponibles ne couvraient pour la plupart qu’une partie de l’œuvre, en abordant des aspects choisis, pour un corpus moyen de cent ghazals analysés. Cependant, au cours de l’année 2006, la publication d’une traduction agrémentée de notes explicatives et détaillées par Charles-Henri de Fouchécour, parachevant un travail de recherche de vingt années, vint permettre l’accès du public francophone à l’intégralité de la poésie de Hâfez . Les prix et distinctions décernés à l’ouvrage témoignèrent de la difficulté de l’entreprise. La poésie hafezienne abondant en tropes majeurs – particulièrement métaphores et métonymies –, sa compréhension est en outre rendue d’autant plus complexe qu’elle regorge de « ponts » existants, non seulement entre distiques, mais encore entre ghazals. L’entendement lors de sa lecture de la poésie de Hâfez requiert un procédé de familiarisation préalable avec l’œuvre entière. Le message délivré par la poésie de Hâfez est ample et intense. De ses vers émergent de nombreuses ramifications, conduisant à une perception multidimensionnelle et multiculturelle de la poésie de l’auteur. Au travers d’un sentiment de futilité et de décadence du monde réel, d’une conviction mystique forte portée par l’être, d’un héritage mythologique, cet ensemble bigarré et unique contribue à la richesse de l’œuvre de Hâfez. Extrait de: Hâfez, par Hâfez - Un Autre regard sur un poète majeur de la poésie persane. Hassan Makaremi. Editions de l’Harmattan


photo kirsty mitchell

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En partant de cet extrait d’un poème de Verlaine « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant...» je me suis amusé à le passer à la moulinette de la traduction Google afin d’obtenir une écriture mécanique et automatique. Voici le résultat. A sa lecture il se peut que le rythme de la langue, l’esprit de cette phrase poétique reste, malgré sa transciption googolienne, poétique. « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant... I often do this strange and penetrating dream ... ek dikwels doen hierdie vreemde en indringende droom ... Unë shpesh e bëjnë këtë ëndërr të çuditshme dhe të thekshëm ... Das tue ich oft dieses seltsame und durchdringend Traum... Man tez-tez bu qaibavanüfuz yuxu na ... amets arraro eta sarkorra honetan egin ohi dut ... Sovint faig aquest somni estrany i penetrant ... mwen souvan fè sa rèv etranj yo ak entelijan ... aesto sam napraviti ovajaudan i prodoran san ... Jeg ofte gør dette mærkelige og gennemtrængende drøm ... A menudo hago este sueño extraño y penetrante ... ma tihti see imelik ja läbitungiv unistus ... Olen usein tämä outo ja läpitunkeva unelma ... costume facer este soño estraño e penetrante ... Rwy’n aml yn gwneud hyn freuddwyd ryfedd a threiddgar ... Sokszor ezt különös és átható álom ... Saya sering melakukan ini mimpi aneh dan tajam ... is féidir liom go minic an bhrionglóid aisteach agus penetrating ... ég oft þetta undarlega og rúms draumur ... Mi capita spesso di fare questo sogno strano e penetrante ... ego saepe, hoc facere alienos et penetrans somnium ... Es bieži šo savado un iekast sapni ... aš dažnai šakeistair skvarbus svajona ... Saya sering melakukan ini impian yang aneh dan menembusi ... I spiss jagamlu din il-aolma stramba u penetranti ... Ik doen dit vaak vreemde en doordringende droom ... Jeg gjør dette ofte merkelige og gjennomtrengende drøm ... I czesto ten dziwny i przenikliwy sen ... Costumo fazer este sonho estranho e penetrante ... Eu fac de multe ori acest vis ciudat ai patrunzatoare ... Casto som to cudný a prenikavý sen ... Pogosto sem naredil to cudno in prodorne sanje ... Jag gör ofta detta märkliga och genomträngande dröm ... Mimi mara nyingi kufanya hivyo ndoto ya ajabu na hupenya ... madalas ko gawin ito kakaiba at matalas na panaginip ...Casto jsem to podivný a pronikavý sen ... Ben genellikle bu garip ve penetran rüya ... Tôi thu’o’ng làm dièu này giâc mo’ ky la và sâu ...»

Automatic

paul verlaine google traduction

E

photo erik johansson


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LouisLouis FURNITURE

made in chestnut

C’est dans le cadre d’une collaboration avec une association d’artisans travaillant le châtaignier, que le centre créatif du coin va permettre à Vincent Dupont, menuisier de son état de fabriquer un fauteuil entièrement monté en bois de châtaignier. Ce fauteuil sera exposé lors du salon Formland en août à Copenhague. Sur une idée de Julien Borie, designer, ce fauteuil alliera rigueur et douceur. L’extérieur du fauteuil se composera d’une carapace de bois inspirée des bardeaux de bois couramment utilisés dans l’agencement des toits en Limousin. L’intérieur avec une assise tout en douceur invitant au repos et au calme. D’autre part sur une idée de Marie-Paule Thuaud avec l’aide de Marc Jakobiec, Vincent Dupont présentera un autre élément de mobilier lors de cette manifestation. Il s’agira d’une table de chevet mange-livre prénommée Louis-Louis. Surmontant des pieds réinterprétant le style Louis XVI, un bloc de châtaignier brut, entaillé pourra recevoir ce fameux livre de chevet compagnon inséparable des lecteurs nocturnes.


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conception marc jakobiec illustration marie-paule thuaud

Bienvenue en Pays de Jumilhac. Situé au cœur du Périgord Vert et du Parc naturel régional Périgord Limousin, c’est une véritable pépite qui s’offre à vous. Voilà donc le principe sur lequel le centre créatif du coin va mettre en place sur ce petit bout de territoire sa communication à destination des vacanciers et des nombreux visiteurs qui passent par là.

Le

entre creatif du

made in perigord vert


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le centre creatif du coin

Ou comment redonner un coup de jeune à une institution vieille de 120 ans que les français méconnaissent ? En faisant appel à la hargne et la pugnacité du Docteur House pour défendre les valeurs et le travail de l’Institut Pasteur. Avec la fin de cette série ( la saison 8 s’achève actuellement sur nos écrans) quoi de plus jouissif que de faire appel à un grand malade pour plaider la cause d’un organisme dédié à la recherche et à son combat à éradiquer tous virus et maladies sur cette planète.


unE OBSESsION VAINCRE La MALADIE ET CELA FAIT BEAUCOUP PLUS D’UNE SAISON QUE ÇA DURE. Chercher, détecter, alerter, protéger, soigner, enseigner, ne jamais abandonner, et vaincre toutes les maladies. Combattre les virus, éradiquer les pandémies. Avec nos 1200 chercheurs, collaborateurs et partenaires, nous avons la rage de gagner pour que la vie triomphe et cela fait beaucoup plus d’une saison que ça dure. Pour nous aider: www.maladiesdaujourdhui.com Fondation reconnue d’utilité publique habilitée à recevoir dons et legs


made in black, mat & beton “Toutes les politiques urbaines actuelles, à Bordeaux, Nantes ou ailleurs, cherchent à aseptiser l’espace public. Avant, les villes étaient des terrains d’expérimentation. Aujourd’hui, la ville est pire que conformiste : elle doit être confortable. Et ce sont les cultureux de gauche qui font des fellations au libéralisme et aux canons esthétiques anglo-saxons qui en sont la cause. Même ici, on dirait que nos politiques veulent faire de la ville une station balnéaire. Mais Marseille n’est pas une plage, c’est un port, avec tous ses excès. Plutôt que de le nier, ou le cacher, on ferait mieux de s’appuyer sur le désordre inhérent à cette ville.” Ce matin-là, son architecte-star Rudy Ricciotti, connu pour être très démonstratif, est en déplacement du côté de Nantes, mais au fond tout le bâtiment parle pour lui : tous deux en font des tonnes, mais avec grâce. Virtuose, l’architecte mélange tous les genres, le standard et le radical, à l’image de l’énorme passerelle en béton qu’il a lancée pour rattacher le MuCEM au Fort Saint-Jean. “On dirait un muscle, c’est très puissant comme geste”, admire un jeune collègue architecte. Le MuCEM est un vaste cube marqué par une débauche de matériaux : une façade en verre façon bureaux, des arêtes de poisson en béton pour faire les piliers, du bois au sol, une promenade extérieure et, côté mer, tourné vers les pays du Sud, un moucharabieh, sorte de résille ou de filet de pêche, à travers lequel on capte des visions éclatées de la Méditerranée. Bientôt, la mer reviendra cerner le bâtiment. L’eau sera filtrée tout autour, pour éviter que ça ne devienne de la vase. Tout est prévu. Très avancé, le lieu a ouvert ce printemps, avec une vaste exposition consacrée aux multiples façons d’être homme ou femme dans les pays alentours : Au bazar du genre, féminin/masculin. C’est osé.

architecte Rudy Ricciotti MuCEM


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artiste Berndnaut Smilde / texte marc jakobiec

made in Vous venez de rapatrier vos fonds placés en Suisse et le fisc vient de vous dépouiller. Il vous reste quelques millions d’euros que vous souhaitez investir de façon sûre avec le meilleur placement qu’est l’achat d’un bel appartement parisien. Justement une excellente affaire s’offre à vous par miracle, un 600 m2 aux abords de la Seine, merveilleusement refait à neuf et pour la modique somme de 10 millions d’euros. Heureux propriétaire, il ne vous reste plus qu’à le décorer selon votre goût, mais le bât blesse il ne vous reste plus qu’un ou deux millions et vous préférez les placer pour des jours meilleurs tout en vous assurant un train de vie honnête sans être pour autant dispendieux. La solution déco du mois que vous propose le 24800 est simple et tellement originale. Faites appel à Berndnaut Smilde, artiste hollandais qui conjugue beauté plastique et ingéniosité technico-scientifique. On pourrait croire à première vue à de simples photomontages. Mais NON, les nuages de la série “Nimbus II”, représentent bel et bien de vrais nuages (quoique artificiels) posés au beau milieu d’appartements, de studios ou de halls d’expositions. Ces créations n’ont rien de miraculeux, elles sont simplement le fruit d’un savant dosage de fumée, d’humidité et de lumière. Et voilà le tour est joué, vous avez un magnifique appartement sublimé par ce petit rien pour la plus grande joie et surprise de vos amis.

small things


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exclusivite

Et pour terminer ce numéro en beauté, 24800 est heureux de vous offrir en exclusivité les portes du paradis. « Kn-kn-knockin’ on heaven’


’s door, kn-knockin’ on heaven’s door, kn-knockin’ on heaven’s door, kn-knockin’ on heaven’s door...» sacré Bob tu nous fera toujours rire


9 n°

24800 24800 est une publication du centre créatif du coin. Beaudouy 24800 St Jory de Chalais www.lecentrecreatifducoin.com / www.beaudouy.com marcjakobiec@gmail.com / mpthuaud@gmail.com + 33 (0)5 51 52 53 70

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