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24800 lemagazinequin’enestpasun LACONDITIONURBAINE BIDONBIDONVILLE VIOLENCEEVERYWHERE AFTER CRASHNATURE USALOWCOST IDEES VELOUTÉ FINLANDIA RONRONRONMUECK HOMELANDHOMESWEETHOME GOOGLEMATRIX ELEGANTENATURE RICHESRICHES SOUVENIRDELAMPEDUSA COUCOUMARINEONTARECONNUE MATRIX TRANS BAC+336MOIS DSAACREATEURCONCEPTEURECODESIGN RETOURMAISON ELECTRICLADYLAND DEADONTHEWILDSIDE AGORAPHILE HITCHCOCKIEN ECONOMIECIRCULAIRE CLASHCLASH AMAZON UTOPIE LOGOBULLSHIT&CO UNAMERICAINHEIN! FROZENTIME OH! PARISBYLIGHT HAPPYBIRTHDAY XMAS COVER


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SO MMAI

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Un numéro 11 sobre, épuré. La cause ? La pluie, l’hiver qui pointe le bout du nez ? la décroissance, pardi ! De la sobriété heureuse au fanatisme de l’apocalypse... Il y a les pour et les contre. Aujourd’hui, l’étoile de la croissance s’est éteinte. L’étymologie nous aide à décrire l’état qui en résulte : c’est un «désastre». Sommes-nous en état de prendre la mesure du dilemme où nous sommes ? On ne prive pas un drogué de sa drogue du jour au lendemain. On ne renonce pas à sa foi sans souffrance. Mais il est un fait avéré que vivre dans le mythe de la croissance est bel et bien terminé. Ce

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mythe de l’exponentielle croissance qui va tout résoudre est une résurgence d’une croyance du XIXe siècle dans le progrès économique qui devait fonder, en parallèle, le progrès de l’humanité. Ne faudrait-il pas plutôt travailler moins pour vivre mieux, consommer moins et réfléchir plus ? Cette décroissance aurait au moins le mérite de sauvegarder notre écosystème et comme les lois de la physique sont plus fortes que les lois de l’économie, nous ne couperons pas à la décroissance puisqu’elle est déjà bien présente dans l’emploi, nos revenus, nos esprits. Alors au lieu de paniquer et d’avoir peur, inventons de nouvelles voies, pensons à l’impensable et sortons définitivement du modèle de l’Homo économicus.


LA CONDITION URBAINE VIOLENCE- EVERYWHERE A F T E R - C R A S H N AT U R E - USA LOW COST - IDEES - VELOUTÉ - FINLANDIA - RON RON RON MUECK - HOMELAND HOME S W E E T H O M E - M AT R I X E L E G A N T E N AT U R E . . .

illustration couverture: si scoot

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LA CONDI TION I

URB

AINE


Nous sommes presque tous urbains mais tous les territoires sont-ils urbains ? Aujourd’hui le mode de vie urbain organise les territoires qu’ils soient construits ou pas. Les conséquences de l’urbanisation se font sentir partout. Au Moyen Âge, la ville se distinguait du territoire rural qui lui-même se distinguait de la forêt, qui se distinguait du désert. Le désert n’a pas disparu, ni la forêt mais ils subissent les effets de l’urbanisation. Nous sommes dans un monde où les modes de vie urbains « travaillent » l’ensemble des territoires. Alors pourquoi cette urbanisation généralisée ? À cause des flux. La ville classique de la Renaissance était Venise qui contrôlait ses flux, essentiellement économiques, aujourd’hui, il y a une inversion totale puisque, quel que soit le territoire urbain, microscopique ou mégapole, ce sont les flux extérieurs qui déterminent le devenir urbain et les flux sont plus forts que les lieux. La ville type européenne ne peut plus être idéalisée, comme si on pouvait la reproduire un peu partout. On ne peut pas observer Singapour, shanghai ou Dubaï comme si on avait une reprise de la ville européenne car il y a une question centrale, celle de la vitesse. Ces villes se sont construites en moins de deux décennies, elles se sont coupées du local pour préférer le global. Dans ces villes les connexions sont également des lieux de séparation et les immenses gares chinoises en sont la preuve avec la fluctuation de millions de travailleurs qui doivent impérativement avoir un permis urbain. D’autre villes comme Kinshasa, Sâo Paulo, Johannesburg ont généré des quadrillages hors-ville avec ses bidonvilles. Il y a l’urbanistion officielle, celle des élites et celle qui est invisible, informelle et la grande question est, faut-il la rendre visible ? Il faut voir comment les gens à la lisière cherchent à s’intégrer en formant une ville impropre née dans la violence. Il y a 10 ans les favelas de Rio n’existaient pas sur les cartes urbaines officielles, à Istanbul, le gouvernement a finalement légalisé ces quartiers «gecekondu» qui signifie «arrivés de nuit». La ville s’est faite contre la forêt, le lieu de la barbarie, du crime et pourtant la ville réinvente sa forêt, ses zones forestières où existe l’invisible car la forêt est une obsession urbaine. Regardez ce qu’on construit actuellement aux Halles à Paris : une canopée. L’enjeu des villes se joue plutôt en périphérie qu’au centre, ce qui fait qu’une ville a toujours été en mouvement du dehors vers le dedans. Aujourd’hui les dedans ont tendance à se clôturer et il y a désormais une coupure dedans-dehors. À moins d’être immobile, une trajectoire urbaine a besoin de mouvement et c’est ce que nous rappelle les flux. Le risque à terme c’est que la ville ne devienne qu’un espace commercial mais n’oublions pas que la ville est encore un rappel à l’ordre du politique, les places Tahrir, Taksim en sont les preuves vivantes. Les gens retrouvent l’espace de l’agora pour faire de la politique car Facebook ne leur suffit pas et la ville reste encore le lieu de l’indétermination politique. texte: marc jakobiec, basé sur les écrits de olivier mongin. la ville des flux, l’envers et l’endroit de la mondialisation urbaine (fayard)


BI DON BI DON VI LLE I

La Confinanzas Tower, au centre de Caracas, construite dans les années 1990 devait symboliser l’optimisme et le progrès économique du pays. La crise économique de 1994 et le décès de l’investisseur laisseront ce building, un des plus hauts de l’Amérique du Sud, en état d’inachèvement. L’Etat devient propriétaire des lieux et Hugo Chavez accède à la présidence. En 2007, des personnes isolées et des groupes de sans-abris, puis des familles colonisent progressivement la tour et s’installent dans les plateaux destinés initialement aux hommes d’affaires. La tour de David [le prénom de l’investisseur] après des années d’abandon, prend vie. Une sorte de favela verticale. Certaines façades sont inachevées, sans garde-corps ou rambardes de sécurité, de même pour les escaliers, les ascenseurs n’ont pas été installés, ainsi que l’eau courante et les évacuations des eaux usées. Les habitants ont aménagé leur propre espace à l’intérieur de cette enveloppe vide. Les plus habiles et les premiers arrivants occupent les premiers niveaux et ont bien délimité leur appartement. Les derniers arrivés squattent les étages supérieurs [le 28e étage à ce jour sur 45 étages] et installent simplement un hamac ou une tente. Au fil du temps, la tour est devenue un village vertical dans la ville. Des commerces informels se sont installés, bazars, épiceries, salons de beauté, café internet ainsi qu’un dentiste et un coiffeur. Une église évangélique dispose également d’un lieu de rencontres. Un semblant d’ordre et d’organisation a été établi, ceux qui vivent dans la tour doivent se soumettre à un ensemble de règles établies par la communauté. La tour de David abrite actuellement 2500 personnes. La population se compose de salariés ayant des revenus réguliers, de chômeurs et de personnes totalement démunies, de gangs. La construction privée de logements est à Caracas pratiquement au point mort en raison de craintes d’expropriations par le gouvernement. Le gouvernement qui, dans le domaine du logement social oscille entre indifférence et promesse de construction de logements sociaux et de villages sur des terres laissées en friche à l’orée de la ville. En attendant, la crise du logement à Caracas qui sévit les obligent à vivre ici. D’autres préfèrent ce lieu plutôt que les favelas des collines. La contestation «populaire» au Vénézuela n’est guère possible, mais cela étant, des voix s’élèvent contre le gouvernement : «Cet édifice est un symbole du déclin du Venezuela», a déclaré Benedicto Vera, 55 ans, un activiste dans le centre de Caracas. «Quel est notre avenir, si nos gens vivent comme des animaux dans les gratteciel à risque ?» D’autres ironiques affirment qu’il s’agit d’un des plus beaux symbole de la ville : une tour destinée à la finance, aux hommes d’affaire, colonisée par les plus pauvres. texte: Laboratoire Urbanisme Insurrectionnel


recto

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photographies:

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erik ravelo

U S A - J A P A N - SYRIA- THAILAND KIDS

world

VIOLENCE

everywhere

TOURIST INFO

freekids.com

USD $ +1

(int)

free

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mcdo ever ywhere


Organs south america, south asia, africa


Radiation fukushima


Pedophilia everywhere


Carnage syria, afgahnistan, palestine


Killing us schools


Sex tourism south asia


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AFFF TTTEEER A A R R

GUEULE DE BOIS LE LENDEMAIN ? photos : andré-alexander gieseman et daniel schulz


NICE


PARIS


STOCKOLM


LONDRES


BERLIN


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LE CG R A RAN-

SH N AT U RE I

DEUR

photos: seb janiak


CLIMAT chaud devant

Tous les 6 ans le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) nous gratifie d’un rapport de 2000 pages sur le réchauffement climatique. Son verdict est sans appel. La planète pâtit de plus en plus de l’influence humaine et selon ce rapport les gouvernements sont d’accord avec les climatologues: le climat change vite, fort, de plus en plus vite et de plus en plus fort. À cause des émissions de gaz à effet de serre, si on continue à ce rythme là, le visage de la planète va radicalement changer d’ici 2080. Des simulations montrent des futurs très différents en fonction des politiques énergétiques qui vont être menées durant les cinquante prochaines années. La teneur de l’air en gaz à effet de serre continue d’augmenter à un niveau sans précédent depuis au moins 800 000 ans. La concentration de CO2 a augmenté de 40% depuis 1750 à cause de l’exploitation du charbon, du gaz, du pétrole et de la déforestation avec en paralléle une hausse du méthane de 150%. 9,5 milliards de tonnes de carbone ont été rejetées en 2011, c’est 54% de plus qu’en 1990. La partie stockée dans les océans augmente considérablement leur acidification et menace la vie sous-marine à terme. La capacité limite de stockage des ces gaz dans l’atmosphère et dans les océans s’élève à 270 milliards de tonnes mais au rythme actuel cette limite sera atteinte d’ici 30 ans. Même en menant une politique de l’énergie radicalemnt différente de celle pratiquée aujourd’hui, la hausse de température sera de 1°C et le niveau des mers montera de 40 cm. Dans le cas inverse une augmentation de 4,8°C des températures représentera l’équivalent d’une bascule d’une ère glaciaire à une ère chaude. Jusqu’à présent la terre mettait 5000 ans à générer ce type de phénomène. marc jakobiec


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US A LO

W COST ACCESSOIRES:

1 smartphone 1 petit sac de terre ou de sable 1 Modèle réduit Jeep wagoneer 1 Modèle réduit d’une caravane streamliner 1 Reproduction du désert du Nevada 2 figurines Disposez un peu de terre ou de sable sur une table et placez ensuite en arrière-plan la reproduction Placez harmonieusement la voiture et la caravane puis les 2 figurines Cadrez l’ensemble de façon esthéthique Envoyez votre image via Facebook à vos amis avec un commentaire adapé Likes assurés Vous pouvez également adapter cette formule à n’importe quelle destination.

photo: kurt moses


ID ID EE EES


PEUR TO PEUR à gauche toute

Notre société a peur. Cette société de la peur est beaucoup plus qu’une affaire de personne. On a peur aujourd’hui à l’échelle mondiale : pour soi, ses enfants, pour ses petits-enfants. On a peur du chômage, du terrorisme, de la malbouffe, de la fin du pétrole, des étrangers. Toutes ces peurs ne s’équivalent pas, mais elles se conjuguent pour nourrir les pires dérives. Le pouvoir a tout à y gagner car avec cette peur il en fait un mode de gouvernement. Le patronnat a tout à gagner également à la peur car elle suscite la résignation et la régression. Au bout de la peur il n’y a jamais de révolte, mais la soumission à l’ordre, il y a la haine des autres et le retour des extrêmes. La peur ne recule pas avec la gauche au pouvoir car elle ne fait rien pour sécuriser économiquement et socialement les citoyens. Elle refuse toute idée d’un revenu à vie, elle refuse toute idée de partage des richesses et cette fausse gauche est impuissante car elle est en réalité une deuxième droite. Elle ne comprend pas qu’il faut en finir avec toute idée de sacrifice, donc de dette dans le sens éthymologique du terme. L’église promet le paradis céleste, elle engendre l’Inquisition, l’intégrisme, le fondamentalisme. Le communisme promettait le paradis terrestre pour après-demain matin et il a produit le goulag. Le sacrifice suppose toujours un appareil pour gérer le sacrifice. La gauche, les gauches devraient passer des passions tristes aux résolutions joyeuses. Redonner envie à chacun, redonner de la responsabilité au citoyen avec, par exemple, la mise en place d’un revenu minimum à vie pour tous et de ce fait considérer le travail non plus comme une valeur économique, un salaire, un dû qui emprisonne mais comme une expression de sa citoyenneté et de son rapport aux autres. L’exemple aussi de la gratuité des transports, des moyens de communications, de l’éducation et de la culture et ça n’a rien de ringard, c’est un système d’échange et c’est une expérience commune à tous les jeunes d’aujourd’hui qui en prise avec un monde fini légué par leurs parents n’ont pas d’autre choix. La gratuité, le don c’est ce qui permet de « déséconomiser » nos existences, c’est la possibilité d’inventer des transitions en dehors du capitalisme, du productivisme et de l’hyperlibéralisme qui nous pend au nez. Et si le capitalisme bousille la planète, c’est parce qu’il lui est impossible d’arrêter de produire, toujours plus sinon c’est le système qui se casse la figure. Rien n’est pire qu’une société capitaliste sans croissance, car c’est la misère et la peur qui gagnent. texte: marc jakobiec, basé sur les écrits de paul ariès, ecrivain et politologue.


V E LO U T É

de betteraves


ROUGE de plaisir

Pour 4 personnes, prenez 500 g de betteraves rouges de préférence cueillies la veille où le jour même et de petit calibre car elles sont plus juteuses. Portez à ébullition une casserole d’eau, plongez-y vos betteraves et au bout de 20 mn égouttez-les et épluchez-les. Coupez-les en quartiers dans un bol mixer. Versez de l’huile d’olive, une huile avec du parfum et forte en goût (olives vertes pressées à froid). Versez une petite quantité du jus de cuisson des betteraves. Salez et poivrez. Mixez et rectifiez l’assaisonnement. Il faut que le velouté de betteraves soit assez dense, pas trop liquide. Prenez de belles et grandes assiettes blanches (l’idéal sont celles pour servir le rissoto), versez délicatement le velouté. Coupez en fines lamelles un bloc de mozzarella (di buffla bien sûr), disposez les harmonieusement et terminez la présentation avec un effeuillé de basilic frais. Une petite larme de votre huile d’olive pour parfaire votre plat. Bon App’. marc jakobiec


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FI NLAN DI


La Finlande est un pays plein d’imaginaire que l’on connaît surtout au travers de récits et de quelques idées reçues. C’est le pays du Père Noël, des rennes, des lapons, des aurores boréales. C’est aussi le pays de la wi-fi pour tous et quel que soit l’endroit où vous vivez, normal ! C’est la patrie de Nokia qui a représenté jusqu’à peu 30% de l’activité économique du pays. Du design. On y produit une excellente vodka ( y’a beaucoup de glaçons ). Un peu fous les finnois, ils le sont avec les Championnats du Monde de porter d’épouse («Eukonkanto»), de football en marécage («Suojalkapallo»), de lancer de botte («Saappaanheitto»), d’écrasement de moustiques («Sääskentappo»), de lancer de téléphone portable («Kännykänheittokisat»), de lancer de rouleau de papier toilette et de sauna, sport local pratiqué de façon très intensive. Le comble pour ce pays réputé froid a été le jeudi 29 juillet où la Météo Finlande a enregistré un nouveau record de température à +37,2°C. Et c’est avec beaucoup de poésie dans ce monde étonnant que le photographe finlandais Mikko Lagerstedt illustre cet article. marc jakobiec


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Transperceneige, de Jean-Marc Rochette et Jacques Lob est une BD. Adaptée au cinéma par Bong Joon-ho, le film s’inscrit dans un futur où la planète a été dévastée par un cataclysme climatique (une nouvelle ère glaciaire) et où l’humanité survit à l’intérieur d’un train condamné à tourner sans fin autour du globe. Dans ce vaste monde ambulant, segmenté en différents espaces, règne une stricte hiérarchie de classes : les plus pauvres occupent la queue du convoi, tandis que les riches vivent dans l’opulence des wagons de tête sous les ordres d’un mentor baptisé Wilford. Mais la paix sociale est fragile, les inégalités trop criantes, et bientôt un homme mystérieux (Chris Evans) déclenche une révolution armée, entraînant les prolétaires à remonter un à un les compartiments pour réclamer justice. À partir de ce récit élémentaire, aux enjeux schématiques mais aux nombreuses ramifications secrètes, Bong Joon-ho édifie d’abord une pure expérience plastique guidée par les mouvements du train dont il exploite les infinies potentialités. Sans jamais quitter l’espace clos de sa machine de fer, reconstituée avec une belle minutie visuelle, le film adopte ainsi le rythme d’un crescendo affolant et déploie son action à la manière des jeux vidéo dont il emprunte tous les codes : une progression par niveau, à la fin desquels surgissent toujours de nouveaux enjeux, une variation des points de vue et plus encore une interaction sensible avec son environnement. Qu’il passe sous un tunnel, provoquant une superbe chorégraphie de guerre nocturne, traverse un paysage enneigé ou tente de se frayer un chemin dans la roche, le train est soumis à une multitude d’épreuves qui sont autant de défis relevés par la mise en scène virtuose de Bong Joon-ho. Et dans cette forme évolutive qu’épouse le film, le cinéaste trouve


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ERCE

aussi l’écrin idéal pour son goût des contrastes et des ruptures de tons, chaque nouvel espace visité par les héros prolétaires libérant un nouvel imaginaire. Le comique grotesque de certaines scènes (emportées par Tilda Swinton) se heurte ainsi à la violence tragique du périple des rebelles, et le film maintient jusqu’à son terme cette oscillation détonnante entre plusieurs registres, plusieurs émotions. Léger et grave, il avance par saccades et suspensions (ainsi d’une belle scène de bataille interrompue par la célébration du nouvel an), déjouant les attentes avec un sens aigu de la rupture et dessinant une forme libre de blockbuster, affranchie des conventions du genre. Mais le vrai tour de force de Snowpiercer est ailleurs : il tient dans sa manière profondément retorse de mettre en scène une révolution populaire comme une dynamique toute à la fois juste et malade, une façon de prendre à rebours les figures héroïques du cinéma hollywoodien. Chez Bong Joon-ho, qui a sûrement retenu la leçon de Paul Verhoeven, la révolte est un mécanisme ambigu et l’individualisme précède toujours l’héroïsme. À mesure que le film progresse se dévoilent ainsi la vraie nature et les ambitions secrètes de ses leaders guidant le peuple : tel personnage tentant de réparer un passé trouble (Chris Evans, qui échange la cape de Captain America pour un rôle d’émeutier – on notera l’ironie), tel autre a pour carburant à son addiction une drogue-plastique. La révolution elle-même n’est ici qu’une chimère, une manipulation intégrée au système. Elle est un des rouages de l’État totalitaire, un mensonge auquel seule peut encore résister la force innocente de la jeunesse. C’est l’ultime et déchirant sursaut lumineux d’un grand film tourmenté, une hypothèse de salut au cœur de ses ténèbres. romain blondeau. marc jakobiec


L’EVEIL DE SOI ron mueck Cher Ron, j’ai fait ta connaissance en 2005, enfin plutôt avec tes personnages et tu m’as mis le malaise. En réalité plutôt une sorte d’éveil stimulant comme Rotko ou Bacon dans un autre genre. Ron tu es un artiste plutôt rare qui produit des sculptures hyperréalistes troublantes. Leur vraisemblance est presque hallucinatoire mais les personnages que tu sculptes sont représentés à une échelle soit plus petite, soit plus grande que dans la réalité. L’équivoque est bluffante : l’œil reconnaît ce qu’il voit mais le cerveau sait qu’il y a quelque


RONRON-RON

chose de strictement impossible. Tu sculptes des hommes et des femmes figés dans des scènes toute bêtes, toute simples, de la vie quotidienne. Tu es un sacré illusionniste. Confronté à tes œuvres, tout visiteur tourne autour de tes sculptures comme s’il y avait une énigme à percer. Ventousé par chaque œuvre, on les toucherait volontiers et les seules fois où les spectateurs reculent, ce n’est ni de peur ou d’effroi, c’est juste aux rappels à l’ordre des gardiens. marc jakobiec. photo : fondation cartier


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HOMELAND allah akbamerica

Une série post-11 Septembre intelligente, c’est possible. La preuve avec «Homeland», nouvelle création de la chaîne de «Dexter». Dix ans après les attentats du World Trade Center, le deuil ne s’éteint pas aux Etats-Unis, mais il se transforme et se complexifie. Saturée par les caméras de surveillance, hantée par l’idée qu’aucune image n’est «innocente», cette série montre une Amérique obsédée par l’omniscience et troublée par la peur panique de manquer le signe, l’indice qui pourrait la sauver. Un genre de folie que les épisodes diffusés s’emploient à rendre acceptable. Son héroïne Carrie Mathison, vit chevillée au trauma des tours jumelles. «J’ai raté quelque chose ce jour-là, je ne veux pas refaire la même erreur», explique-t-elle à son boss, qui lui répond : «On a tous raté quelque chose ce jour-là.» Tous deux membres de la CIA, ils doivent faire face à un cas étrange, un soldat américain porté disparu en Irak en 2003 qui refait subitement surface et retrouve les siens. Miss Mathison est persuadée que le «héros» a été retourné durant sa captivité et travaille désormais pour un terroriste islamiste majeur. La thèse de l’ennemi de l’intérieur est un basique de la littérature d’espionnage, mais dans Homeland, elle s’enrichit d’un voile de doute captivant. Deux solitudes, deux visions altérées par la souffrance. Mais ici, la maladie mentale est au centre de la série, même s’il ne s’agit pas à proprement parler de paranoïa. Face à elle, le soldat revenu d’Irak connaît lui aussi des troubles psychiques. Très vite, on comprend que la série va analyser et confronter deux solitudes, deux visions du monde altérées par la souffrance. Reste la question politique. Les caméras de surveillance jouent ici un rôle majeur. Que se passe-t-il dans la tête des humains ? Il y a toujours un point aveugle que toutes les caméras de surveillance du monde ne pourront saisir. Homeland s’y glisse d’une manière très convaincante. marc jakobiec. olivier joyard: photo: graphic exchange


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ON T’A RECONNUE

FN tête de gondole

La nuit, tous les chats sont rose fluorescent. DSK est puceau. Le Coca-Cola ne contient pas de sucre. La torture en Algérie n’a jamais existé. Les camps d’extermination nazis non plus. Il n’y avait personne dans Casimir. Elvis est vivant. Christian Estrosi prend des cours de guitare manouche. Valeurs Actuelles est un journal de gauche. Grand Corps Malade, c’est Baudelaire avec une canne. Jean-François Copé fait le ramadan en cachette. Lance Armstrong n’a jamais pris d’EPO. Frédéric François fait un duo remarqué sur le nouveau Arcade Fire. Clément Méric est mort en tombant tout seul contre un trottoir. Berlusconi est honnête. Gérard Depardieu est sobre. Bernadette Soubirous prenait du LSD. René Bousquet était un fonctionnaire irréprochable. Fumer ne tue pas. Dieudonné n’est pas antisémite. Il n’est pas noir non plus. Jérôme Cahuzac n’a jamais eu de compte en Suisse. Lorànt Deutsch est un immense historien. Les marabouts africains peuvent faire revenir la femme adultère. Christine Boutin défilera en string arc-en-ciel à la Gay Pride. BHL est un grand cinéaste. Cyril Hanouna est sur Arte. François Hollande n’a qu’un ennemi, la finance. Tous les chauffeurs de taxis parisiens sont des amours. La scientologie n’est pas une secte. Les comptes de l’UMP sont au beau fixe. Le dalaï-lama est un tyran sanguinaire. Jacques Séguéla n’a pas de Rolex. Les loyers n’ont pas augmenté depuis dix ans. Christiane Taubira et Manuel Valls passent leurs vacances ensemble. Justin Bieber est le nouveau Leonard Cohen. Eric Zemmour kiffe Besancenot. Jean Roucas va tourner avec Tarantino. L’occupation allemande ne fut pas si inhumaine qu’on le dit. Le Club Med de Lampedusa est très accueillant. Le régime syrien n’a jamais utilisé d’armes chimiques. Liliane Bettencourt a toute sa tête. Daft Punk n’a pas vendu un caramel de son dernier album. Giscard a niqué la princesse Diana. Raymond Barre aussi. Jacques Brel imite très mal Stromae. Francis Heaulme aurait fait un chouette moniteur de colo. Christian Clavier est un acteur brechtien. Adolf Hitler était un grand peintre incompris et le Front national n’est pas un parti d’extrême droite. cristophe conte


photo: erwin olaf


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MA T RI X


GOOGLE hello, my name is Hal

«La martice est universelle, omniprésente. Elle est avec nous ici, en ce moment même...» On se souvient du film des frères Wachowski qui supputait que notre monde n’était qu’illusion, un programme informatique simulant la vraie vie. Matrix s’inspirait largement du grand Philip K. Dick qui dans «Ubik», avait eu la prescience de cette «seconde life» en édictant ce vertigineux paradoxe : «Je suis vivant et vous êtes morts.» Aujourd’hui la SF a rattrapé le présent : un univers parallèle a bel et bien pris forme à côté de l’existant. Au tournant de l’an 2000, une nouvelle dimension numérique est née avec internet «everywhere» et omniscient. Via Google, Facebook ou Twitter l’humain s’est incarné sur le Web, y stockant sa vie entière et toute sa mémoire. Mais ce n’était qu’une étape. Avec ses Google Glass, qui préfigurent la première greffe permanente du réseau sur le corps humain, le géant californien ambitionne désormais de nous offrir le don d’ubiquité pour naviguer entre ces deux mondes physique et numérique. «Augmenté» par ces hyper-lunettes, l’Homo googlicus pourra passer, à tout moment, de l’autre côté du miroir sans avoir à dégainer son smartphone ou sa tablette. Depuis son canapé, dans la rue, au bureau et même au lit (le premier porno a déjà été tourné avec), il pourra plonger à vue dans cet univers bis. Au risque de confondre de plus en plus «In Real Life» et irréel. Allons-nous entrer dans la matrice? Si ce n’était Google, on rirait de ce mauvais trip parano. Mais le grand architecte de l’ère digitale est entrain de numériser nos vies et la planète toute entière. Si les Google Glass sont vraiment l’avenir- ce qui est loin d’être acquis- alors c’est à travers nos yeux que Google parachèvera son grand projet... Et entrera définitivement dans nos têtes. Flippant quand on sait que son cofondateur, Sergueï Brin, un transhumaniste convaincu, a déclaré voulour faire de Google «le troisième hémisphère de notre cerveau». j . c feraud


photo: dimitri daniloff


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Faut-il avoir peur d’une prise de pouvoir des machines ? Hal de 2001 Odyssée de l’espace est partout. Miniaturisé, disséminé, il s’adresserait donc à chacun de nous. Une forme d’intelligence ambiante qui connaîtrait parfaitement nos comportements par l’analyse d’océans de données, le Big Data. Une forme d’intelligence artificielle, un assistant personnalisé qui nous guiderait et devancerait nos désirs. Assisterions-nous à une délégation progressive de nos actes à des systèmes électroniques? Face à l’accélération, à l’effacement du temps et de la distance, serait-ce l’optimisation de la gestion des choses ? Des décisions qui historiquement relevaient de l’humain seraient-elles de plus en plus prises en main par des machines ? Confier sa sécurité sur la route à des voitures intelligentes prévenant les dangers. Confier notre mémoire à des systèmes permettant de les stocker et de les classer pour nous. Le rapport de l’humain à la machine est devenu tactile, morphologique donc organique avec des prises de décisions à la vitesse de la lumière comme dans les sphères financières mais également dans la collecte colossale d’informations au niveau de la vie privée, le cas de la NSA en étant la preuve récemment, dans l’optimisation de cette colossale banque de données qu’offre internet. Pour Google, Apple, IBM et les autres s’agit-il de devenir Big Brother car ils ont compris que notre monde allait passer par la duplication intégrale sous formes de données et sont devenus par la force des choses des monnaitiseurs de leur domination technologique. L’humanité numérique est-elle une marche vers le progrès ou simplement la réalisation technique d’un rêve vieux comme l’humanité, notre aspiration anthropologique à rechercher en toute occasion, le meilleur et le moindre risque par la prédiction ? Ce transhumanisme propose d’augmenter l’humanité en traitant nos déficiences originelles, améliorer nos capacités physiques et cognitives. Alors partants? marc jakobiec


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photo : ellen jantzen


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R ICHE S

« Les riches ne jouiraient pas de leur fortune s’ils étaient privés du spectacle des pauvres. » Mildred Whiterspoon. Alors comme ça les pauvres abusent de leurs droits sociaux et il ne fait pas bon être riche en France. Notre pays se distinguent pourtant par la plus grande concentration de millionaires au monde. En référence au documentaire diffusé par France 2 le mardi 1er octobre 2013 et au travers de quatre portraits de riches qu’apprend-on de cette fameuse classe de nantis ? Il y a l’affable Christian de Luppé, maire et marquis de Beaurepaire dans l’Oise et voilà quatre générations qui se refilent l’hôtel de ville en même temps que le château et ça tombe à pic puisque le château c’est la mairie. Il y a ensuite Denis, comte de Kergolay, souverain en son domaine comme au très sélect Cercle de l’union Interallié qu’il préside bien évidemment. Ces deux châtelains appliquent à la lettre le «tout changer pour que rien ne change». Du côté des fortunes républicaines, Paul Dubrule expatron du groupe hôtelier Accor qui est chez lui partout dans le monde, forcément, et regorgeant qu’on lui « cire les pompes ». Quand à Alain Tinguaud, il jouit en pays agenais d’une influence certaine à la tête de l’équipe locale de rugby, d’une fortune acquise dans les nouvelles technologies et de force parades nuptiales autour des élus locaux et nationaux . Quatre personnages, quatre histoires, quatre tempéraments. Mais une même stratégie pour préserver leur position. Constituer un domaine, assurer sa transmission, confondre état social et condition naturelle, cultiver l’entresoi... Les temps changent pas les passe-droits. Pour résumer en matière de richesse globale, la France se porte bien, merci. Malgré le « pilonnage fiscal » dénoncé par la droite et l’extrême droite, et le manque de « compétitivité » des salariés claironnée par le Medef, la France est le 4ème pays où les individus se sont le plus enrichis en 2013, juste derrière l’Allemagne et la Chine. Si cette richesse était répartie de manière totalement égalitaire, chaque citoyen adulte disposerait d’environ 225 000 euros. Avec les Luxembourgeois, les Français seraient ainsi les citoyens les plus fortunés de la zone euro, devançant largement l’Allemagne (150 000 euros par adulte). Évidemment, il n’en est rien. marc jakobiec.


BOULOT ben c’est devant!

47% des jeunes diplômés en 2012 étaient toujours à la recherche d’un emploi un an après la fin de leurs études. Bon vous avez bien écouté vos parents, passé votre bac, fais une licence ou une grande école de commerce et comme ça ne suffit pas vous avez enchaîné Master, MBA ou autre pour vous retouver au final avec 7 ans d’études en moyenne et un gros prêt à rembourser. Après quelques stages intensifs non rémunérés, pas mal de couleuvres avalées, ça y est, là votre CV commence à ressembler à quelque chose. Seulement voilà, un détail vous tracasse un peu… En effet, vous vous rendez compte petit à petit que tous ces livres que vous vous avez lus, ces cours que vous avez savamment suivis et ces études de cas fictionnelles sur lesquels vous avez pu vous pencher des nuits durant ne vous indiquent pas vraiment comment ça se passe dans la « vraie vie », celle du travail, celle du pragmatisme, de l’adaptation quotidienne, de la hiérarchie, des budgets à respecter, des formulaires à remplir, du risque de licenciement. Dans le CONCRET quoi. Et c’est là que le bât blesse… Mais peu importe, vous vous dites que rien ne vous fait peur et qu’après toutes ces rudes études et nuits blanches à finir mémoires, thèses et autres études de cas, vous êtes bien décidés à faire fi de ce constat pourtant déroutant et à apprendre sur le tas, et cela en un clin d’œil. Après tout, c’est comme ça que vous avez brillé dans votre stage et dans vos implications associatives, non ? Mais là, se dresse devant vous le spectre infranchissable du manque d’expérience. En effet, vous et quelque autre 2,7 millions de jeunes français vous écumez à coups de journées entières les différentes offres que vous pouvez débusquer en ces temps difficiles et que votre profil académique correspond à merveille à ce que l’on demande, vous apprenez dépités que ce poste requiert une expérience préalable minimale de 3 ans ! Et cela se répète jour après jour… Et là ça devient LA contradiction abjecte et incompréhensible. En effet, il n’est pas rare de trouver une offre qui requiert un niveau d’éducation bac+5 minimum, de parler 3 langues étrangères et le tout couronné de 3 à 5 ans d’expérience préalable, tout ça votre prêt sur les bras et n’ayant pas encore atteint les 28 ans ! Alors messieurs-dames les employeurs garder bien à l’esprit, et ceci est fondamental, c’est que ces mêmes cadres en devenir sont encore pleins de rêves, débordent de motivation, de soif d’apprendre et n’aspirent à rien d’autre qu’à faire leurs preuves… Leur désir le plus cher est de mettre enfin toute cette énergie à l’œuvre dans la « vraie vie ». Ce sont ceux-là mêmes qui apprennent sur le tas ou en formation comme un rien tout ce qu’il y a à apprendre et d’avantage, ceux-là mêmes qui savent faire preuve d’adaptation et de flexibilité, qui ne rechignent pas à faire leurs heures supplémentaires, à se dépasser et à faire voir au monde entier qu’ils n’ont pas peur des défis et de se mettre au boulot. Pas d’inquiétude de ce côté-là, ils sont « hungry and foolish » ! Or, tout est fait pour les en dissuader ! C’est vrai, comme beaucoup, vous voilà en train de quémander et d’implorer qu’on vous laisse faire vos preuves dans la vie active pour un salaire minimum, comme si toutes ces années d’études ne suffisaient pas à établir courage et détermination dans l’atteinte des objectifs. Vous voilà en train de passer entretiens sur entretiens pour finalement buter sur je ne sais quel obstacle ultime à l’accession au poste… d’assistant ou de junior ! Enfin, sachez messieurs-dames les employeurs qu’au plus ce jeune diplômé plein d’énergie et d’enthousiasme attendra qu’on veuille bien lui laisser une chance, au moins il se démotivera. Il sera déçu, aigri, désabusé et le jour où enfin il décrochera un premier emploi comme commercial (à bac+5 !), ce sera un jeune sans vie et sans force d’initiative que vous embaucherez car malmené par cette vie active à laquelle personne ne le prépare vraiment quoi qu’on en dise. Alors s’il vous plaît ne les faites pas attendre, sinon ils flétrissent ! Ou pire qu’ils fassent des étincelles mais pas dans le sens que vous imaginez et qu’ils vous explosent en pleine gueule. marc jakobiec


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BA I C 33 mois 6

photo: reynald verfaille

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DS AA EC DE S IG O N

projet aubusson: en haut amandine asa每s. image centrale baptiste bodet


en haut: recherche en design graphique pour l’espace aquatique déluchat à marsac. en bas: atelier feutre


Depuis la rentrée 2012, et après quatre années de montage, une formation tout à fait innovante et dans l’air du temps a ouvert ses portes à quelques étudiants au profil bien spécifique. Il s’agit en effet d’un Diplôme Supérieur en Arts Appliqués (DSAA) formant des créateurs concepteurs en éco-design et design responsable. Cette unité d’enseignement sur deux années (niveau Master 1) a vu le jour grâce au dynamisme et à la ténacité de plusieurs enseignants qui dispensaient déjà pour la plupart, leurs cours au Lycée Raymond Loewy de La Souterraine en Creuse à quelques dizaines de kilomètres de Limoges. Le pari n’est pas aisé de proposer cette formation supérieure dans une région, le Limousin, appartenant au fameux «croissant du désert français». Depuis de nombreuses années, de nombreuses capitales européennes mais aussi d’autres villes françaises possèdent des établissements reconnus par les professionnels du design, de la mode, ou encore de la communication. Pour cet établissement réputé depuis 25 ans pour la qualité de ses formations au niveau BTS, il était nécessaire de se démarquer et de fournir aux étudiants sous forme de cours théoriques, d’ateliers, de projets commandités ou de thèmes spécifiques proposés par les enseignants. La première promotion s’est par exemple vue soumettre l’investigation du concept de propriété. La seconde année est entièrement dédiée à la construction d’un parcours individualisé permettant à chaque étudiant de construire son profil en fonction de sa sensibilité et de ses inclinations en design au travers de la rédaction d’un mémoire applicable au projet de fin de diplôme. L’édition 2013/2014 a fait le plein de nouvelles recrues, celle de 2013 vient de boucler ses projets tels la conception globale du site de l’éco-baignade de Marsac (23), un workshop de valorisation de la laine et du feutre suivi d’un projet prospectif à l’initiative de la Cité Internationale de la Tapisserie et de l’Art Tissé d’Aubusson, visant à ouvrir des pistes d’applications de la tapisserie en extérieur. julien borie http://dsaalasout.wordpress.com & http://www.cite-raymond-loewy.ac-limoges.fr/ aa/dsaa/informations-dsaa

en haut: recherche sur la propriété: jean-baptiste azevedo au milieu: recherche aubusson: jean-baptiste azevedo en bas: projet aménagement marsac


Un nouveau genre de pavillon est apparu sur le marché américain, qui fait désormais des ravages dans les quartiers en construction, développé sous l’appellations «NextGen» par les constructeurs. Cette tendance lourde est en train de transformer le secteur de l’habitat aux Etats-Unis. La raison ? Les enfants adultes reviennent vivre chez leurs parents, qui voient aussi rappliquer leurs propres géniteurs. Pour faire face, les pauvres se résignent en s’entassant, mais les plus riches ajoutent des pièces à leur logement. Des constructeurs ont prévus une maison dans la maison avec sdb, cuisine, chambres. D’autres constructeurs préfèrent offrir des maisons évolutives, dont la salle de jeu, par exemple, peut être convertie en chambre avec salle de bain. Ce peut être aussi un garage à deux places dont l’une peut aisément être aménagée en studette. Au cas où, un jour… De toute façon, même si aucun vieux parent ou nouveau petit-enfant ne vient s’y installer, la grande maison sera ainsi plus facile à revendre. La radio publique NPR s’est récemment penchée sur ce phénomène sociétal et révélait que la taille des maisons américaines recommençait à croître, après avoir

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TOUR MAI SON photo : sacha waldman


sérieusement diminuée à partir de 2008 sombre période des subprimes. Le Pew Research Center s’est plongé dans les données du dernier recensement : 51 millions d’américains, soit 16,7% de la population, vit sous un toit abritant au moins deux générations adultes, ou un grand-parent et au moins un membre d’une autre génération. « C’est la nouvelle normalité. C’est ainsi qu’on vit en période post-récession. » Encore fautil pouvoir se les payer, ces nouvelles maisons élastiques conçues pour assurer le confort de papy, mamie, fils ou filles flanqués de leurs propres rejetons ! Les journaux télévisés ne sont pas avares de reportages plus attendris les uns que les autres montrant des familles ainsi élargies vivant les uns sur les autres, se rendant service après un licenciement, une expulsion consécutive à un défaut de remboursement, ou parce que la maison de retraite est inabordable. Alors bientôt la France sera-t-elle également touchée par ce phénomène ? Mais il y a peu (fin de la seconde guerre mondiale) il n’était pas rare de trouver grands-parents, parents, enfants et petits-enfants vivant sous le même toit. Pour le pire et le meilleur? H. Crié-Wiesner


JANELLE MONAE lady in wonderland

Avec un album inventif, ambitieux et sexy, l’Américaine Janelle Monáe offre à la soul music un merveilleux saut en avant. Le grand disque de l’année ? Fin 2010, Janelle Monáe expliquait qu’elle était très fière d’avoir pu rencontrer un de ses héros musicaux, dont elle s’était inspirée pour la production de son stratosphérique premier album ArchAndroid : Stevie Wonder. Cet album était une révélation, une incroyable échappée dans une soul de science-fiction rétrofuturiste et un hommage conceptuel au chef-d’oeuvre insurpassable du genre, le film Metropolis. Parce qu’on en a vu d’autres, des grands premiers albums sans lendemain, on redoute l’étoile filante, le coup de foudre éphémère. Trois ans plus tard, The Electric Lady balaie les craintes dans un tourbillon de musique omnisciente et voluptueuse, d’une ambition folle. Le titre de l’album est peut-être un clin d’oeil à l’Electric Ladyland d’Hendrix. Cet album est merveilleux, enchanté, et qu’il s’inscrit dans le prolongement des meilleurs albums de soul visionnaire de Stevie Wonder, pas moins. Il s’achève sur un morceau titré «What an Experience», et c’est justement ce qu’on se dit après l’écoute : quel trip, quelle histoire, quelle aventure ! La petite (1,52 m) Monáe n’y est pas allée seule : Prince (évident parrain de cet album), Erykah Badu, Solange, Miguel et Esperanza Spalding sont les guests de The Electric Lady. Ce n’est pas rien (c’est même le grand retour de Prince), mais on pourrait ajouter Michael Jackson, Marvin Gaye, Minnie Riperton, Isaac Hayes, Funkadelic, Bowie, Gershwin, Luke Skywalker et Rachel de Blade Runner à la liste. Suite assumée d’ArchAndroid (Cindy Mayweather, alter ego androïde de Janelle Monáe est toujours là), The Electric Lady est une épopée de science-fiction. Dans ses rêves, Janelle Monáe s’est posée à Detroit et en Californie, à l’époque où la Motown régnait sur la pop et la radio en monarque éclairé, généreuse et progressiste, préservée des tares du r’n’b contemporain (le bling-bling, les prods et les poses putassières) mais pas de ses trouvailles sonores. Ce disque fusionne les genres et les époques, et “profusionne” les arrangements. On y entend de la soul, du funk, du hip-hop, de la musique symphonique, des chœurs, beaucoup de guitare électrique, et uniquement des bonnes vibrations. Le tout en apesanteur, the eclectic lady dansant le moonwalk sur la barre qu’elle avait placée très haut. Inspirée par un large âge d’or de la soul, plus pop et radio-friendly qu’ArchAndroid, The Electric Lady ne sonne pourtant jamais rétro, prévisible ou formatée : c’est un disque terriblement vivant et inventif. Janelle Monáe confirme qu’elle est une artiste démiurge et visionnaire, en totale liberté dans le monde qu’elle s’est créée, batifolant dans un jardin d’Eden où l’espace-temps n’existe pas. On sait qu’on l’y rejoindra le plus souvent possible. Album de l’année-lumière. marc jakobiec. stéphane deschamps


LOU REED transformer

En 1979, étudiant j’ai eu la chance d’organiser pour RTL/KCP un concert de Lou Reed dans les bâtiments de la foire commerciale de Lille. Sur scène sans décors accompagné d’un bassiste et d’un batteur, ce fut un concert magique. Un peu comme s’il avait apporté toute sa ville de New-York avec lui. Lou Reed incarne plus que tout autre, aux côtés de Bob Dylan, la rencontre entre rock et poésie. Mais là où Dylan, après une séquence de protest singer, a ouvert une brèche rimbaldienne dans laquelle s’est engouffré le gros du bataillon des troubadours électriques des années 60, Lou Reed est devenu à l’inverse le barde tantôt cynique, tantôt écorché, d’un réalisme urbain littéral porté par un son saturé qui va déteindre sur tout ce qui sera osé au cours des décennies suivantes. David Bowie comme le rock dit décadent, le punk comme l’indie rock se réclameront en priorité de lui. Dans l’imaginaire collectif, Lou Reed demeure avant tout l’ange noir du rock, célèbre pour son apologie des drogues dures dans des chansons telles qu’Heroïn ou pour sa veine de conteur minutieux et pervers du New York dépravé des années Warhol, symbolisé par sa chanson la plus connue Walk on The Wild Side en 1972. Cet amour empreint d’absolu pour cette musique s’exprimera dans Rock’n’Roll par ces mots “her life was saved by rock’n’roll ”, la Jenny de la chanson étant ici l’équivalent de ce que madame Bovary fut à Flaubert, l’extension romanesque de lui-même. Au milieu des années 60, après une tentative avortée de carrière avec des groupes comme les Shades, il fait la connaissance du violoniste gallois de formation classique John Cale avec lequel il forme les Primitives qui, bientôt rejoints par le guitariste Sterling Morrison et la batteuse Maureen Tucker, constituent le noyau dur du Velvet Underground. New York s’offre dès lors aux deux principaux membres comme un théâtre du plaisir et de la cruauté dont les premières chansons du groupe (Venus In Furs, I’m Waiting For the Man) deviennent les tragédies miniatures. Pris en charge par le prince du pop art Andy Warhol qui leur impose l’actrice et modèle allemande Nico, le groupe enregistre en 1967 un premier album qui malgré un accueil très réservé va se révéler au fil des années comme la pierre angulaire du rock moderne, glaciale, morbide, fascinante. Comme le souligne parfaitement l’écrivain et chanteur Elliott Murphy dans les notes de pochettes de l’album live 1969, les disques du Velvet furent achetés lors de leur sortie par un très petit nombre de personnes mais chacun d’entre eux forma un groupe de rock dès le lendemain. Lou Reed aura fait l’une de ses dernières apparitions publiques au cœur de New York, ville tant aimée, ville qu’il nous aura fait aimer, lors du mouvement Occupy Wall Street. Comme une dernière balade du côté sauvage. Francis Dordor


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DE AD ON THE WI LD SIDE


AGORA PHILE


Une nouvelle fois le centre créatif du coin a fait preuve de créativité et d’audace. A la demande de l’Agora (Pôle National des Arts du Cirque) de Boulazac, nous avons, à partir de fortes contraintes (respect du lieu et de son architecture, accueil du public pour la scène et à la fois hall de la mairie), re-créé cet espace usé par le temps. Par un jeu et un agencement de typographies nous avons pu redonner du souffle à ce lieu dédié à l’acueil de publics différents. Il s’agit là de la mise en scène d’un débordement de couleur et de typos retraçant les innombrable spectacles montés ou reçus dans cette salle de la périphérie de Périgueux. Une

histoire racontée, un appel pour les nouveaux spectateurs en tous les cas, un bel affichage de la vitalité de ce lieu de création. Un design de mobilier a été spécifiquement conçu dans le même esprit. Des banques d’accueil, des panneaux d’informations, des coins de convivialité avec tables, chaises et fauteuils pour rendre cet espace moins hall et plus chaleureux. Dans 5 ans cette réalisation disparaîtra probablement pour laisser place à un réaménagement complet avec la construction et la liaison Agora et future médiathèque. marc jakobiec.


La série de photographies prise au téléobjectif par Arne Svenson aurait pu s’intituler « fenêtre sur cour » comme le célèbre thriller de Alfred Hitchcock mettant en scène James Stewart et Grace Kelly. Loin du propos et de l’ambiance du film du maître du suspens, il n’est pas question dans cette série intitulée «The Neighbors» de meurtre et d’assassin. Bien au contraire, il s’agit d’images de la vie quotidienne, d’images piochées et non pas volées comme le précise l’auteur mais de ces fameuses images où apparaît un détail incongru, une posture amusante ou une attitude étrange, il émane de ces clichés une étrange sensation de poésie où chacun des acteurs involontaires se plie contraint un instant, à un rôle étrange. Pourquoi cette femme de dos? Pourquoi cet homme adossé à la vitre? Dispute, lassitude?... Des questions que l’on peut se poser quand notre regard croise la vie de ceux d’en face. marc jakobiec

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Rien ne se perd, tout se transforme. Les accros geeks sous acide Apple ou autre change en moyenne de portable ou de tablette tous les 2 ans. Nécessité réelle ou entretien d’un rêve hyperconsumériste qui fait les beaux jours des fabricants plus soucieux de faire tourner la machine que les coûts que cela engendre au consommateur, à la société et à la planéte. Extraire, fabriquer, consommer et jeter avec l’obsolescence programmée. Ce gigantesque gaspillage est vieux comme la révolution industrielle. Mais une nouvelle révolution s’annonce avec une économie circulaire responsable qui peut imposer une circonvolution du producteur au consommateur avec retour à l’envoyeur. L’économie circulaire consiste précisement à réintroduire dans le cycle de la production tous les déchets ou objets usés, pour les transformer soit en matière première nouvelle, soit en produit réparé ou réhabilité. marc jakobiec.


haut-parleur: il est mort, il est re-expédié dans l’usine qui les fabrique

batterie: votre batterie est morte, elle est re-expédiée dans l’usine qui les fabrique

ecran: votre écran est mort, il est re-expédié dans l’usine qui les fabrique

appareil photo: mort, il est re-expédié dans l’usine qui les fabrique

www.phonebloks.com

etc: etc... est mort, il est re-expédié dans l’usine qui etc...


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CL ASH CL ASH Nous avons un nouveau problème écologique. Et c’est pas marrant. Le trading à haute fréquence, flash trading, ou encore trading algorithmique – c’est-à-dire le fait de laisser à des ordinateurs la décision d’agir sur les marchés financiers, ce qui représente plus de la moitié des transactions financières aux EtatsUnis – est une question de temporalité. La force de l’ordinateur est d’aller vite, très vite, beaucoup plus vite que l’homme, et donc de pouvoir effectuer des transactions à des échelles de temps telles que l’argent est gagné sur des variations infimes du marché. Dans une étude publiée tout récemment par la revue Nature, et dirigée par un chercheur de l’université de Miami, quelques chiffres sont rappelés : par exemple, un câble transatlantique, spécialement dédié aux échanges financiers, est en train d’être tiré entre les bourses de New York et Londres, dans le but de gagner 5 millisecondes dans les communications. 5 millisecondes… Alors que dans la plupart des activités humaines, le temps de réaction est estimé à 1 seconde environ. Et que même un grand maître d’échecs met 650 millisecondes (soit un peu plus d’une demi-seconde) pour comprendre qu’il est échec et mat. 650 millisecondes contre 5 millisecondes… Nous avons donc construit un monde dans lequel seules les machines ont la capacité d’agir. Et elles agissent parce qu’elles sont programmées pour le faire, via des algorithmes écrits par des génies payés très cher. Des algorithmes sont créés pour déplacer de manière discrète de grosses masses d’argent. En face, d’autres algorithmes sont créés pour détecter ces mouvements discrets. Savez-vous qui fait ça ? Des physiciens. Les mêmes que ceux qui travaillent sur les avions furtifs – ou sur les radars capables de détecter dans l’air des avions furtifs – car, du point de vue de la physique, faire disparaître un avion dans l’air (et faire en sorte qu’il apparaisse comme un vol d’oiseaux aux radars qui surveillent le ciel) ou à l’inverse, créer des algorithmes qui comprennent que ce qui apparaît comme un vol d’oiseaux est en fait un avion, eh bien, c’est la même chose que faire apparaître ou disparaître une masse d’argent sur un marché. Et ces algorithmes se font la guerre, se répondent les uns aux autres, avec une rapidité telle que les hommes ne voient rien. Nous ne voyons rien, au point que cette même étude publiée dans Nature fait un constat inédit : depuis 2006, le marché boursier a connu plus de 18 000 crashes, 18 000 crashes passés inaperçus tant ils ont eu lieu vite (ils durent 1 seconde et demie) et qui se sont accéléré pendant la crise financière de 2008. L’étude en conclut à une sorte d’infra-instabilité des marchés, une instabilité presque insensible, mais qui déstabilise en profondeur l’économie. C’est la conclusion la plus frappante de cette étude : elle suggère qu’il pourrait y voir un rapport de causalité entre cette cascade de crashes et l’instabilité globale subséquente, et ceci malgré des échelles de temps très différentes. Cette étude montre comment les mondes des machines et des humains peuvent s’interpénétrer à des échelles de temps qui vont de la milliseconde jusqu’au mois. Voilà pourquoi les chercheurs parlent d’une «écologie des machines». Parce que ces pratiques de trading informatique ne sont pas séparées de notre monde, parce que nous avons créé un système écologique qui lie les machines entre elles et nous lie aux machines. Parce chaque participant à ce système, chaque producteur d’algorithme financier est comme un pollueur : à son échelle, il ne cause pas grand mal, mais l’accumulation est potentiellement désastreuse. Vu notre capacité à régler notre premier problème écologique, identifié depuis longtemps, on peut douter de notre aptitude à régler celui-ci, beaucoup plus récent. Xavier de la Porte


Image : Les designers de Stamen ont travaillé avec le Nasdaq pour visualiser la frénésie des échanges à haute fréquence en présentant une minute d’échanges du 8 mars 2011. Via BusinessWeek.


Amazon est le géant américain du commerce en ligne un peu comme Wallmart pour la grande distribution. Géant certes en chiffre d’affaire, en implantations dans le monde, car à ce jour il représente en moyenne 60% de la vente en ligne de livres. Mais serait-il un géant aux pieds d’argile ? Avec ses cadences infernales, le flicage, l’absence de pause pour aller aux toilettes et aux conditions de travail très décriées concernant son personnel. Avec ses millions de mètres carrés de stockages, ses plates-formes à l’infini, il fait le bonheur des élus locaux en prise avec le chômage et recrute à bon marché un personnel peu qualifié et très dépendant de cette manne. Rares son les CDI, rares sont les augmentations et rares les organisations syndicales qui arrivent à s’implanter. Pourtant, ce géant du commerce électronique doit faire face depuis plusieurs mois à de nombreuses grèves. Où ça ? En France, pays béni des grèves ? Et bien non! En Allemagne pays modèle, dont la plupart des économistes en vue se gargarisent sur les plateaux télés. Grèves à répétition qui révèle l’impossibilité pour l’américain de comprendre et d’accepter la culture du consensus en Allemagne, autre modèle du genre. En 2006, Wallmart avait jeté l’éponge et Amazon s’apprête à délocaliser en Pologne et en Tchécoslovaquie. Peut-être que les ouvriers allemands en commandant des livres sur Amazon se sont aperçus qu’ils revivaient les mêmes conditions imposées à leurs grands parents et que la mémoire leur est revenue. marc jakobiec

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photo : ben roberts


UNE CASE EN PLUS! Beaucoup conservent leurs modes de vie, certains réfléchissent à « comment construire un autre monde », d’autres essaient. Ils ont la force de croire en eux, ont confiance dans le genre humain et sont de nature optimiste. Là où ils vivent ils reçoivent et donnent, dynamisent le territoire, ravivent les savoirs-faire, sauvent des vies, créés des vocations, abandonnent leurs certitudes. Là où ils vivent, ils se sentent concernés par le sort de la planète et la remercient chaque jour de sa générosité en la défendant... Alternatifs, utopistes, déracinés, penseurs ou acteurs, beaucoup de leurs rêves viennent se confronter aux réalités. Les Entretiens de Sologne existent depuis 22 ans sous l’impulsion de Philippe Desbrosses président de l’Intelligence Verte. Ces entretiens et leurs nombreux invités et participants sont ouverts et co-dépendants au et avec notre monde qui bouge vite, très vite. Ils existent en opposition mais surtout en reflexion et en action et se posent en acteurs autant qu’en inspirateurs. Il suffit de chercher un peu pour les rencontrer, c’est à côté de chez vous. Locales, petites et modestes initiatives (Ferme St Marthe, Ferme du Bec Hellouin...) plus médiatiques (Colibris, Biocoop...) ou à un clic de votre recherche sur internet (End Ecocide, Revenu de base à vie...). La multiplication de ces alternatives ne cesse d’augmenter chaque jour pour faire face, non pas à la déprime générale, mais à ce qui se devine après, à ce que peut être notre existence, plus intelligente, plus verte, plus humaine. marc jakobiec

www.intelligenceverte.org / www.endecocide.eu / www.colibris-lemouvement.org / www.scoop.it/t/slow-money-en-francais / http://revenudebase.info


REVENU DE BASE A VIE LES PIEDS SUR TERRE E T LA TÊ TE DANS LES É TOILES

Pourquoi un revenu de base pour tous dès maintenant ? Parce que c’est une utopie réaliste et que nous avons besoin de réenchanter le monde dans lequel nous vivons et ne pas sombrer dans l’impasse de la précarité, de la misère et des inégalités croissantes. Alors comment? Ce revenu pour tous est finançable à hauteur de 1000 euros mensuels par personne et 400 euros euros pour un mineur. le calcul suivant a été établi par différentes groupes de recherche en France et à l’étranger. En 2007, l’ensemble des prestations de protection sociale versées par l’État aux Français a représenté 578 milliards d’euros, soit 29 % du PIB, soit près de 60 % du total des dépenses publiques, soit un peu plus de 9 000 euros par Français. 44,9 % de cette somme sont constitués par les prestations vieillesse, 35,5 % par les remboursements des dépenses de santé, 9,2 % par les aides à la maternité et à la famille, 6,2 % par les aides à l’emploi, 2,6 % par les aides au logement et 5 % par les aides destinées à combattre l’exclusion sociale. Avec les 200 milliards par an de lutte contre la fraude fiscale et en affectant une partie des richesses qui sont passées, depuis 30 ans, des salaires aux revenus du capital, rien de vraiment utopique, il s’agit plutôt de courage politique, d’honnêteté et de sincérité. Les effets du revenu de base pour tous règlerait enfin la question du chômage, des allocations retraites, des allocations familiales... ici un enfant toucherait quelque soit l’activté et le statut de ses parents, 400 euros par mois dès sa naissance et jusqu’à sa majorité, âge où il accède automatiquement au revenu citoyen mensuel de 1000 euros, cumulable avec tout autre revenu. Il le conserve jusqu’à sa mort et donc n’est pas menacé par une précarisation liée à une perte précoce de son activité ou une trop petite retraite. Dans ce nouveau système serait maintenu le remboursement des dépenses de santé, qui ont atteint 160 milliards d’euros en 2007, et qui resteraient à la charge de la solidarité nationale. On peut faire le pari qu’un tel revenu renforcerait le sentiment de sécurité de chacun et permettrait aussi un niveau de vie meilleur pour tous, une plus grande consommation donc plus de TVA et moins de dépenses de santé. Distribuer à chaque Français un revenu garanti pendant toute la vie ne coûterait pas beaucoup plus au budget de l’État que le système actuel qui a réussi l’exploit de dépenser autant pour faire de la France le pays où le sentiment d’insécurité est le plus élevé. Bien loin d’être une méthode grossière et utopique de lutte contre la pauvreté, l’allocation universelle, dont le coût de distribution est négligeable au regard des dispositifs actuelles, apparaît donc comme un moyen d’atteindre toutes les personnes pauvres à moindre coût. cohen lemoine Quelques sites et liens utiles http://www.libgauche.fr/allocation-universelle-voie-liberale-communisme-jacques-marseille/#.UVwHunY5Bvo.twitter http://www.creationmonetaire.info/2010/10/le-revenu-de-base-traduit-en-francais.html sur les objections... http://www.revenudexistence.org/objections.htm les objecteurs de croissance http://www.les-oc.info/2010/06/mouvement-pour-un-revenu-inconditionnel-dexistence/ http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/social/emploi/221181951/securite-sociale-a-allocation-universelle-solidarite


U TO PIE photo : ken hermann


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Tout le monde aime les logos. Tout le monde veut son propre logo. Tout le monde veut faire son propre logo. Tout le monde a un ordinateur et quelques polices. Après tout en quoi les concepteurs qui les pensent sont si spéciaux ? Qu’ont-ils de plus? Quiconque peut faire un logo, non ! Doute ! Allez ce n’est pas si compliqué. Essayez juste quelques polices et quelques couleurs, choisissez le logo que vous aimez, amusez vous avec la police ainsi elle devient spéciale et faites-la paraître symphatique. Effet assuré. Tout ce dont vous avez besoin est d’un peu de temps, un ordinateur, un bon logiciel de dessin, et le goût, peut-être. Ah le goût ! Tout le monde a-til du goût ? Exercice page de droite. Alors ? marc jakobiec


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UN AM ERIC AIN !!! HEIN ! Dans le Nord de la France, l’américain est l’équivalent du panini italien ou du hot dog made in USA. Très prisé des ch’tis sa recette est simple. Vous prenez une baguette sur laquelle vous étalez généreusement l’équivalent d’un tartare mais dont la texture très hachée s’étale sans problème et dont la composition s’agrémente d’une sauce dite « américaine » incomparable (une sorte de mayonnaise, paprika, ail, échalottes, oignons, harissa) sur lequel on vous sert de belles louchées de frites fraîches et croustillantes. Désormais la région Nord-Pas-de-Calais peut s’enorgueillir d’avoir un autre « américain » qui n’a pas grand chose à voir avec le premier car il s’agit de Jeremy Rifkin, économiste et spécialiste en prospective. Pour 350 000 euros (le prix d’un joli rond-point, commentaire amusé d’un élu) le conseil régional a fait appel durant un an à celui que l’on surnomme l’apôtre de la troisième révolution industielle. Sur une période allant jusqu’en 2050 et avec un budget de l’ordre de 1 milliard d’euros pour commencer, cette région dévastée par la désindustrialisation et le chômage de masse va miser sur la révolution énergétique. Cette vision « décarbonnée » prévoit l’arrivée d’une société avec des milliers d’immeubles producteurs d’énergie, la fin d’un système centralisé où tout part d’une centrale nuclèaire. En baissant de 60% la consommation régionale et en basculant vers 100% de production à base d’énergies renouvellables, c’est la fin d’un système. Des solutions concrètes avec le stockage dans les milliers de kilomètres de galeries des anciennes mines de charbon, d’eau chauffée au solaire la journée et restituée la nuit. La construction systématique d’immeubles (600 en test d’ici 2020) intelligents capables de gérer la consommation des flux de gaz, d’éléctricité éolienne couplée à l’ensemble du réseau. Car pour Rifkin, les producteurs d’énergie vont devoir changer de métier: ils ne vont plus construire des centrales, mais gérer des flux d’énergies différents, couplés et intelligents. Alors qui sait ! Dans quelques temps dans les friteries de la région, on vous proposera un américain 100% nouvelle génération. marc jakobiec


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FRO ZEN TI ME


As a professional photographer I have watched with dismay and sadness as our profession and art have been taken down to the lowest common denominator of technological «plastic wizardry» ( think I-Phone, digi snap, etc. ) that is then seen to replace the art of the creative professional from the « Oi! I can do that » mentality of automatons and dumb ignorance. This slide into the pit of lower than average acceptance of what is art has created a mindset that is akin to the awareness of such as the Archduke replying to Mozart on a composition the genius had just created. « Nice but are there not too many notes? » denies the rightful place of a Michaelangelo, Degas, Avdon to name but a few, from being seen as anything more than another Photoshop or Instagram Wow. Excuse me while I go off stage left and despair for a world lacking sensitivity, wonder and awe! and at least marvel at these excellent images below... jonathan trapman

photo : niki feijen


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photo : laurent chehere


LE COIN DE MARIE sélection littéraire

LU LU Fille de la campagne – Edna O’Brien Edna O’Brien n’a plus à faire ses preuves. C’est une femme qui contrôle sa vie, une femme qui s’est battue pour être écrivaine, pour avoir la garde de ses enfants. Aujourd’hui à 82 ans, écrire ses mémoires est aussi pour elle une autre façon de contrôler sa vie, de devancer ce que d’autres pourraient broder sur elle. Avec une écriture magnifique, fluide, épurée et simple elle retrace pour nous l’itinéraire de son existence. C’est sans fausse pudeur qu’elle nous raconte : Son amour pour une religieuse, sa première expérience sexuelle, la scission avec sa famille, le scandale de son premier roman, sa première expérience de LSD, ses dérives amoureuses. Des personnages aussi célèbres qu’héroïques à nos yeux ont traversé sa vie. Et c’est sans emphase qu’elle nous la raconte. Elle est naturellement libre. Absences – Alice Laplante Comment élucider un meurtre à travers les absences d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer ? C’est le pari que s’est lancé Alice Laplante pour son premier roman. Nous vivons l’enquête enfermés dans les pensées de Jennifer soupçonnée d’avoir tué sa voisine Amanda. Oui mais la maladie de Jennifer progresse, ses absences sont de plus en plus fréquentes et ses pensées de plus en plus désordonnées, elle perd pied avec la réalité. Une narration très originale et déroutante au début. Une fois le style intégré (l’italique pour les voix des autres personnages, de nombreux sauts de lignes) il est difficile de quitter le fil de l’histoire. Mais nous savons dès le départ que nous sommes dans un policier, il va donc y avoir un dénouement et alors que notre curiosité est piquée au vif, Alice Laplante nous entraîne et nous ne pouvons plus lâcher ce livre. Chaque partie du roman est une progression dans l’oubli, une détérioration de l’état de Jennifer.

marie-paule thuaud


INT D E VU E

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photo : renĂŠ burri


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PUT AIN DE GUERR E


1914-1918 la grande faucheuse

L’actualité littéraire récente avec l’attribution du Prix Goncourt à Pierre Lemaitre pour Au revoir là-haut et la commémoration du centenaire de la Première guerre mondiale sont opportuns pour revenir sur l’un des épisodes le plus tragique du XXe siècle. « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels », s’indignait Anatole France en juillet 1922. C’est là le thème central d’Au revoir là-haut, qui lève le voile sur le scandale des exhumations militaires, étouffées par le gouvernement en 1922. Entremêlant deux événements, l’un fictif, l’autre bien réel, ce roman compose une fresque de la France d’après-guerre, où les imposteurs triomphent et les capitalistes s’enrichissent sur les ruines. Bien d’autres écrits évoquèrent déjà cette période tragique. Capitaine Conan de Roger Vercel en 1934, Le Feu de Henri Barbusse en 1916 ou Civilisation de Georges Duhamel en 1918, sans oublier les inoubliables films de Lewis Milestone, A l’ouest rien de nouveau et Stanley Kubrick avec Les Sentiers de la gloire sorti en 1957 aux Etats-Unis et interdit de diffusion par les autorités françaises jusqu’en 1975. Jacques Tardi célèbre auteur de BD fut un grand témoin à sa manière avec 2 ouvrages sublimes, C’était la guerre des tranchées et Putain de guerre. Voilà donc près d’un siècle que des millions d’hommes furent jetés en pâture à cette monstrueuse machine à dévorer la chair et les âmes, écrasant tout sur son passage et marquant à jamais toute une génération. Une génération d’hommes de tous âges, de toutes classes sociales mais dont une grande majorité était issue de la paysannerie française et qui sans rien y comprendre fut littéralement déchiquettée et mise à mort par d’ingénieuses machines de mort produites industriellement. Pourtant la guerre n’était nullement souhaitée par les industriels et les financiers. Les interprétations marxistes des origines de la guerre, derrière les réflexions de Lénine sur l’impérialisme comme stade suprême du capitalisme, allouent une place centrale aux rivalités économiques accentuées par la baisse tendancielle du taux de profit, et au caractère prédateur des milieux industriels. Il y a certes des rapports de force commerciaux entre les blocs en Chine ou dans l’Empire ottoman, entre Britanniques - inquiets du « made in Germany » - et Allemands. La course aux armements dans l’immédiat avant-guerre, dans tous les pays, renforce cette interprétation. Mais l’historiographie a montré que les interdépendances étaient en fait très fortes entre les économies et que, pour nombre de secteurs (assurances, sociétés minières...), la paix était préférable à la guerre. La City a ainsi plutôt poussé à défendre la paix. Par ailleurs, en matière de politique étrangère, les milieux industriels et financiers n’étaient pas unis. Alors ! Patriotes (la fameuse fleur au fusil) Il n’est pas évident de saisir rétrospectivement ces sentiments, ces perceptions de nos contemporains et encore moins de les agréger pour donner une tendance d’ensemble. D’autant que les mots d’une époque (« résignation », par exemple) ne se réfèrent pas forcément à l’identique à nos compréhensions d’aujourd’hui. En 1914, les attitudes face à la mobilisation semblent variées. Elles peuvent aussi évoluer selon les moments et les situations. Il y eut beaucoup de démonstrations d’enthousiasme, mais on ne voit guère de joie dans les quartiers ouvriers de Hambourg, de Berlin, ou dans de nombreuses régions rurales. Beaucoup de témoignages évoquent même de la tristesse. S’il fallait donner une ligne générale, elle tiendrait plus de la résolution et de la résignation que de la « fleur au fusil », véritable mythe véhiculé par les gouvernements des pays engagés. Quant à l’Alsace-Moselle, devenue allemande en 1871, si son sort suscite de nombreuses déplorations en France, à l’école comme dans les journaux, rares sont ceux qui la considèrent comme une motivation profonde à faire la guerre en 1914. Malgré cela des millions d’hommes simples furent dévorés par les obus, la mitraille, la boue, la vermine, les rats, la puanteur des corps décharnés, l’épouvante, le froid et la pluie (10 millions de morts, 6 millions d’estropiés, 150 hommes abattus toutes les 7 minutes durant les grandes batailles comme Verdun ou la Somme). Commandés par des sous-officiers issus majoritairement de bonnes familles, eux-mêmes contraints par des états-majors à l’abri de tout sauf de leur orgueil, des tranchées et des conditions dans lesquelles vivaient poilus et verts de gris côté allemand, les classes sociales restaient bien marquées. Ce conflit fût l’expression d’un type de guerre particulièrement meurtrière car industrielle. Les barons de l’acier et de la finance totalement innocents ? Ils favorisèrent l’ascenscion d’Adolf Hitler au pouvoir dès 1925 s’assurant de mirobolants contrats avec le parti nazi. Hitler patriote fou de la grandeur allemande, ancien de 14-18 et inconsolable de la trahison du Traité de Versailles devint le bras armé, le créateur monstrueux et illuminé d’une autre tragédie où le monde civilisé allait perdre ce qui lui restait d’humanité avec ses massacres à échelle industrielle. De 14-18 sont issues les grandes catastrophes de ce siècle. Cela ne doit pas nous empêcher de penser à ces hommes et ces femmes que l’on oublie trop souvent, ces gueules cassées, ces soldats inconnus, ces terrorisés de l’âme, ces poilus, ces hommes silencieux qui se sont tus si longtemps de peur de se rappeler ou parce qu’ils craignaient chacune de leurs nuits emplies de cauchemars.

marc jakobiec Le bruit et la fureur. http://www.youtube.com/watch?v=ik_Ycwu-7fI


Comme il n’y aura pas de numéro 12 en décembre (c’est bête hein!) bonnes fêtes de fin d’année. Rendez-vous en 2014.


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