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N°8 Mai-Juin 2006 - 3,2 €


Sommaire n°8

Après nous, le déluge...

Tdu matin explosait le réacteur n°4 de la centrale nucléaire ukrainienne.

riste anniversaire que celui de Tchernobyl. Le 26 avril 1986 à 1 h 23

Enquêtes, portraits et reportages Biocarburants : l’Or Vert ! - Page 4 Filières courtes ou longues ? - Page 6 Fabriquer soi-même - Page 8 Le Shell EcoMarathon - Page 10 Le tri sélectif : un acte citoyen ! - Page 12 Alarmes de psicines : arnaque ? - Page 14 Coup de jeune sur l’Armagnac - Page 16

Le colza : nouvelle source d’énergie.

Insalubrité en Gascogne - Page 18

Cet événement fut d’une puissance symbolique sans précédent sur le plan politique et économique. Pour cette raison, il est aujourd’hui impossible d’en connaître l’épouvantable bilan humain exact. Le centre International de Recherche sur le Cancer (qui fait partie de l’Organisation Mondiale de la Santé) évalue à 16 000 le nombre de décès que devrait entraîner la dissémination des particules radioactives On est déjà bien au delà des chiffres publiés par le Forum de Tchernobyl en septembre 2005 qui évoquait seulement 4 000 morts. Pour sa part, Greenpeace qui se base sur une étude de l’Académie Russe des Sciences parle de 93 000 décès. Sans compter les horribles malformations et les accidents génétiques qui ont suivi l’accident.

Si ces chiffres restent flous c’est qu’ils sont « politiquement incorrects » et font peser sur les dirigeants et fonctionnaires de l’ex-URSS une responsabilité qu’ils ne veulent endosser. Sur le plan Nadine Rusé peint le rugby - Page 22 symbolique, ils stigmatisent le danger du « tout nucléaire » et montrent comment la mauvaise gesAlquier : peintre et photographe - Page 25 tion d’une centrale et les négligences humaines peuvent entraîner une catastrophe à échelle continentale. Cybercafé à Condom - P. 28 Le renouveau de Compostelle - Page 20

Tondeur de moutons - Page 29 Son dada : louer des chevaux ! - P. 30 Le domaine de Moléon - Page 32 La confrérie du porc noir - Page 34 English Pages The Tarbes stud farm- Page 36 Le Pavé dans la mare - Page 38 Naturism in Gascony - Page 40 Cd, bouquins, etc... Page 42 Photo de couverture Charlotte Jacquet. (Merci aussi à Laurent Jouandet qui apparaît dans le dossier des biocarburants). (Photos Jean-Michel Danard) Bulletin d’abonnement Page 31 Ne ratez pas notre prochain numéro sur le thème suivant :

A la découverte de la Gascogne ! Parution le 12 juillet 2006

Tout est lié.

Le prix du pétrole grimpe en flèche parce que l’Iran, 4ème producteur mondial, a annoncé au grand jour sa stratégie nucléaire. On notera que ce prix ne monte pas en raison de la pénurie mais bien à cause d’affrontements politiques. Il y a encore du pétrole en quantité. Il n’empêche qu’on nous prépare psychologiquement au baril à 100 $, ce qui devrait faire grimper le litre de super aux environs de 2,20 € contre 1,32 € au moment où j’écris ces lignes (dont 74% de taxes…). Dans ce contexte de désinformation et d’intoxication, les biocarburants auxquels nous avons consacré une enquête, représentent une voie intéressante. Même s’ils coûtent plus cher à produire que d’extraire du pétrole, ils ont le mérite d’être éternellement renouvelables et ne peuvent pas causer de catastrophe écologique. En Gascogne, il y a deux sites nucléaires (Blayais près de Bordeaux et Golfech près d’Agen). C’est donc avec satisfaction que nous voyons s’ouvrir deux usines de biocarburants (Bordeaux pour le Diester et Lacq pour l’éthanol), même si – comme vous le lirez dans ces colonnes – cela ne va pas sans polémiques. Le monde doit réduire sa dépendance au pétrole et le choix du nucléaire, s’il est objectivement utile, ne peut-être la seule réponse. Les biocarburants non plus d’ailleurs. Il y a donc urgence à financer plus de programmes de recherche sur les énergies alternatives : le soleil, la mer, le vent, la terre et l’air sont des sources inépuisables d’énergie qui ne demandent qu’à être exploitées. C’est l’appât du profit des actionnaires du monde pétrolier qui a trop longtemps retardé l’investissement dans ces nouvelles technologies. Je ne suis ni contre le nucléaire, ni contre le profit. Mais je ne veux pas que l’avenir de mes enfants dépende de l’incurie de politiciens à gérer un parc nucléaire, ou de la soif irraisonnée de dividendes de la part d’actionnaires dont la devise pourrait être « après nous le déluge !  ». Salutations gasconnes ! Jean-Louis Le Breton

Le Canard Gascon, 2, av. du Général Leclerc - 32110 - Nogaro. Tél. : 05 62 09 03 61 - Fax : 05 62 69 03 69. www.le-canard-gascon.com. Mail : info@le-canard-gascon.com Rédaction Directeur de la publication et rédacteur en chef : Jean-Louis Le Breton. Maquette et conception graphique : Pierre Giès. Ont collaboré à ce numéro : Nina de Voogd, Jean-Paul Amic, Faustine Milard,. Le personnage du Canard Gascon est de Elger. Impression : Dauba, Nogaro - Publicité : Caroline Le Breton (06 81 84 29 24) Crédit Photos : Jean-Michel Danard, Jean-Louis Le Breton, Jean-Paul Amic, Eric Despin (tri sélectif), Faustine Milard, Haras de Tarbes. Editeur : Anyware sarl, 2, av. du Général Leclerc - 32110 - Nogaro. Dépôt légal, 2ème trimestre 2006. Service des ventes au journal (05 62 09 03 61). - Numéro de commission paritaire : 0207 I 86098. ISSN 1772-6573. Abonnement : 36 euros pour 12 numéros – France métropolitaine. Autres régions, nous consulter. Chaussez les loupes et les verres grossissants, voici l’édito-bis. Celui où l’on peut crier fort, vu que c’est écrit tout petit, ça ne s’entend pas. Ici, je peux dire que Ségolène ne me branche pas (trop rigide et langue de bois), pas plus que Sarko (trop d’appétit) ou De Villepin (trop sourd), que le CPE était une belle connerie politique et que pourtant un peu de flexibilité dans le boulot ne ferait pas de mal. Mais faire bouger la France, c’est dur. Nous sommes les champions du « non » et des réponses à côté de la plaque. On avait dit NON à De Gaulle pour la décentralisation qui était une super-idée, rien que pour mettre à la porte le Général. On a dit NON à la Constitution Européenne pour embêter Chirac (mais il n’y avait pas de plan B), NON au CPE pour faire plier De Villepin (mais il faut de la souplesse), NON à la réforme de l’enseignement public (mais il faut dégraisser le mammouth). Et si on disait OUI de temps en temps, ça nous empêcherait de dormir ? OUI à l’évolution, OUI au progrès maîtrisé, OUI à un meilleur environnement, OUI à l’Europe ? Bon d’accord, quand il s’agit de Bush et de l’Irak, on peut continuer à dire NON… Le Canard Gascon N°8 - Page 3


BIOCARBURANTS la ruée vers l’Or Vert !

La raréfaction du pétrole et son coût de plus en plus élevé amènent naturellement les états du monde à se tourner vers de nouvelles filières. Les biocarburants représentent un espoir pour l’agriculture qui est de plus en plus sinistrée en France. Mais à qui iront véritablement les plus-values générées par l’or vert ? Les dés sont-ils déjà jetés ?

E1892, Rudolf Diesel se doutait-il n inventant un nouveau moteur en

que plus de cent ans après il ferait encore la Une de l’actualité ? Si aujourd’hui encore les moteurs Diesel carburent essentiellement au pétrole, leur inventeur avait d’abord conçu et vérifié leur bon fonctionnement avec des huiles végétales. Une caractéristique que les pétroliers s’étaient bien gardés de mettre en avant jusqu’à présent. Mais le monde change, les réserves Rudolf Diesel d’or noir s’amenuisent. On se bat autour des puits pétroliers, tant sur le plan militaire qu’économique et chacun voit bien que l’ère du « tout essence » touche à sa fin. Pourtant les besoins en énergie n’ont jamais été aussi importants. Non seulement sur le plan industriel, mais aussi pour maintenir cette liberté de déplacement individuel qui différencie tant notre siècle des précédents. Qui voudrait réduire sa capacité de transport ou de voyage et donc sa liberté ? Personne.

L’avenir de l’agriculture ?

Alcool et huile végétale

Les biocarburants portent mal leur nom puisqu’ils sont rarement issus de l’agriculture « bio ». On devrait les nommer les « agro-carburants », mais cette appellation sonne moins bien à l’oreille et n’évoque en rien des lendemains qui chantent dans un monde de verdure et de petites fleurs (flower-power !) cher à la génération baba-cool aujourd’hui aux manettes de l’économie. Deux filières principales portent les espoirs des biocarburants : l’éthanol et les huiles végétales.

L’éthanol.

L’éthanol est un alcool que l’on produit à partir de la betterave, du blé, du maïs ou de la canne à sucre. On l’utilise dans les véhicules roulant traditionnellement à l’essence. L’éthanol est fabriqué en France sous la forme d’un dérivé : l’Ethyl-tertio-butyl-éther (ETBE). Il est utilisé comme additif oxygéné dans la formulation des essences sans plomb et diminue considérablement les rejets en CO². Les Etats-Unis et le Brésil ont largement développé la filière éthanol. Toutes les voitures à essence peuvent utiliser de l’éthanol, mais pour rouler 100% à l’éthanol il faut un moteur particulier baptisé « flex ». Volkswagen a été le premier constructeur a proposer un tel modèle en 2003. Au Brésil Peugeot et Renault viennent à leur tour de présenter des voitures « flex »… mais elles ne sont pas vendues en France ! Une voiture flex peut indifféremment rouler à l’éthanol, à l’essence ou au mélange des deux.

Pour les agriculteurs, les biocarburants sont un nouvel espoir de débouchés. Jusqu’à aujourd’hui leur tâche était de nous nourrir. Ils vont maintenant subvenir à nos besoins énergétiques, ce qui n’est pas moins noble. Il Les huiles végétales s’agit donc pour eux d’organiser de nouvelles On les produit principalement à partir du filières et les choix d’aujourd’hui vont condicolza, du tournesol, du lin ou du chanvre. tionner leurs revenus de demain. Mais plus de deux mille espèces végétaC’est pourquoi on assiste aux débuts d’une les et quelques espèces d’algues peuvent nouvelle guerre entre « filières courtes » et en fournir. Les huiles sont utilisées dans « filières longues » dont l’issue décidera de les moteurs Diesel soit comme additif au la répartition des plus-values, mais aura aussi gasoil, soit à 100% à condition de proBiocarburants : leur heure est venue ! des conséquences environnementales. Faudracéder à des aménagements (voir l’intert-il privilégier l’agriculture intensive que prôview d’Alain Juste). Elles présenteraient nent les grandes coopératives ou l’agriculture aujourd’hui le meilleur bilan énergétique. Celui-ci prend en compte raisonnée défendue par les écolos et les environnementalistes ? l’énergie utilisée pour produire le carburant qui est à soustraire de Cette enquête n’amène pas de réponse tranchée, mais des éléments de réflexion et d’information pour vous aider à mieux appréhender l’im- l’énergie produite par le carburant lui-même. Le Diester est une version « esthérisée » des huiles végétales. On fait portance de l’enjeu. entrer en réaction une tonne d’huile avec 100 kilos de méthanol pour Le Canard Gascon N°8 - Page 4


produire une tonne de Diester et 100 kilos de glycérine. Selon les industriels qui le produisent, le Diester présenterait de meilleures caractéristiques et une plus grande stabilité de qualité que les huiles brutes. Ce que contestent fermement les adeptes de la filière courte.

Les biocarburants en France

Disons-le clairement : la France est nettement à la traîne en matière de biocarburants en comparaison de l’Allemagne, des pays nordiques ou de l’Amérique en général. La Suède, par exemple, s’est fixé comme objectif de se passer de pétrole dans les quinze ans à venir, sans pour autant recourir au nucléaire. En France, sans doute, notre partielle indépendance énergétique due au nucléaire n’a pas favorisé l’émergence des filières biocarburants. Mais jusqu’à nouvel ordre on ne fait pas tourner les voitures au combustible nucléaire. Le 28 février dernier au salon de l’agriculture, Dominique de Villepin annonçait la création prochaine de dix nouvelles usines de fabrication de biodiesel et de bioéthanol. Chacune d’entre elles reçoit un agrément de fabrication pour une quantité donnée et pour répondre aux objectifs gouvernementaux d’incorporation de carburants d’origine végétale dans l’essence ou le gasoil à savoir : 5,75% en 2008, 7% en 2010 et 10% en 2015.

Les usines dans le Sud-Ouest

Soprol (filiale financière de Sofiprotéol) et à 33,34% au groupe américain Bunge. Saipol a récemment racheté le groupe Lesieur. Une usine d’éthanol va être ouverte l’an prochain à Lacq, près de Pau (voir interview des dirigeants de Vivadour) par l’industriel espagnol Abengoa et devrait produire 180 000 tonnes avec la récolte 2007.

En prenant du recul

Il existe déjà une usine de production de Diester à Boussens dans la Haute-Garonne qui appartient à l’industriel allemand Cognis et dont la capacité de production est d’environ 140 000 tonnes. Une nouvelle usine, appartenant au groupe Saipol sera prochainement ouverte à Bassens près de Bordeaux et pourra produire plus de 200 000 tonnes à l’année. Saipol est une entreprise appartenant à 66,66% à la société française

Les biocarburants sont intéressants à deux titres : ils viennent alléger la consommation de pétrole et offrent de nouveaux débouchés pour les agriculteurs. Pour autant, ils ne sont pas la solution idéale pour l’avenir compte tenu des énormes besoins énergétiques de la planète : Amérique, Europe, Japon, Chine et Inde sont à eux seuls des consommateurs effrénés. Avec la raréfaction du pétrole il faudra choisir : consommer moins ou trouver des énergies du substitution. La production de biocarburants est nécessairement limitée par la surface des sols. Et leur développement irraisonné mènerait à une désastreuse déforestation. Ils ne peuvent donc être considérés que comme une énergie d’appoint. Beaucoup misent sur l’hydrogène, mais le bilan énergétique de celui-ci est loin d’être intéressant. L’énergie déployée pour produire ou stocker de l’hydrogène est quasiment équivalente à l’énergie dispensée par l’hydrogène lui-même. Celui-ci est pourtant une voie d’avenir car il est en quantité illimitée dans l’univers et utilisé comme carburant, il rejette… de l’eau ! Actuellement les analystes s’accordent sur le fait qu’il faudra attendre encore 20 à 30 ans avant de bien maîtriser l’hydrogène. Une période qui correspondrait au début de l’épuisement des stocks de pétrole. Hasard ? Jean-Louis Le Breton

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Il est très facile de produire des huiles végétales. Une presse et un C’est la filière courte. Mais pour produire de grandes quantités, grande distribution, il faut construire des usines. C’est la filière rencontré des représentants de chaque

Biocarburants : la filière courte

Alain Juste: l’expérience Valenergol

Alain Juste est le Président de l’Institut Français des Huiles Végétales Pures (IFHVP) et l’un des fondateurs de la société Valenergol qui commercialise des huiles comme biocarburants. Alain Juste se bat pour la «filière courte»...

prix du gazole rouge qu’ils peuvent également utiliser, la marge n’est pas très intéressante et ils sont peu nombreux à le faire. Il faudrait qu’ils puissent produire pour vendre aux véhicules routiers.

Le Canard Gascon : c’est ce que vous faites avec Valenergol. Mais estce légal ? Alain Juste : Depuis 10 ans, je suis en procès avec l’Etat. En 1995, la Direction Générale des Douanes est venue nous voir pour nous signaler le « non paiement sur la TIPP ». On nous réclame aujourd’hui 10 000 euros Au passage, on notera que les huiles végétales ne sont pas un produit pétrolier. Les procès ont commencé en 1997. Nous avons perdu toutes les procédures en France. Mais avec l’Institut nous avons effectué un énorme travail juridique et législatif. Et nous nous appuyons maintenant sur le droit européen pour vendre des huiles à destination domestique. Le Canard Gascon : Les producteurs de Diester mettent en avant la qualité de leur produit… et vous ? Alain Juste : Nos huiles végétales doivent être normées pour parler de qualité. Nous avons donc déposé la marque Vegetol avec un cahier des charges que le producteur s’engage à respecter.

A

lain Juste milite depuis des années pour faire reconnaître l’intérêt des huiles végétales pures en tant qui biocarburant. L’IFHVP dont il est le Président est une association fondée il y a trois ans dont les buts sont la recherche scientifique et la pédagogie d’utilisation. Il ne fait pas mystère de ses convictions écologistes et se bat pour que les plus-values générées par les biocarburants tombent dans la poche des agriculteurs plutôt que dans celles des industriels, des pétroliers ou de l’Etat. Alain Juste : Les huiles végétales pures sont compatibles avec l’ensemble des motorisations Diesel. Sur un moteur à injection directe ou indirecte, on peut monter jusqu’à 50% de mélange avec le gasoil. Au delà, des aménagements et des réglages sont nécessaires. Sur les nouvelles motorisations HDI ou DCI on peut aller jusqu’à 30%. Au delà, il faut utiliser un kit et reprogrammer l’injection. Le Canard Gascon : Qu’est-ce qui différencie le Diester des huiles végétales pures ? Alain Juste : Diester est une marque qui appartient à l’Institut Français du Pétrole. Elle est promue et financée par SOFIPROTEOL qui récolte les cotisations obligatoires sur les oléagineux et les protéagineux. Le processus Diester consiste à esthérifier les huiles avec du méthanol. Il nécessite la mise en place de raffineries : un système lourd et inaccessible au commun des mortels. Et au final le bilan énergétique du Diester est moins bon que celui des huiles végétales pures. Celles-ci sont très faciles à produire. Il suffit d’une presse et de filtres. En sortie on récupère de l’huile immédiatement utilisable et des tourteaux pour l’alimentation animale. De nombreux pays autorisent la production d’huiles végétales pures et laissent au citoyen la possibilité de la fabriquer et de la vendre. C’est le cas de l’Allemagne, de l’Autriche, du Danemark, de la Belgique, de l’Irlande, etc. En Allemagne, par exemple, 230 pompes sont directement gérées par des groupes d’agriculteurs. Le litre d’huile est vendu à 0,80 € pour un coût de production de 0,32 à 0,38 €. Le Canard Gascon : Et en France ? Alain Juste : En France, seuls les agriculteurs ont le droit de produire et d’utiliser de l’huile végétale dans leurs tracteurs. Mais compte tenu du

Le Canard Gascon : Vous êtes partie prenante de l’expérience de Villeneuve-sur-Lot ? Alain Juste : Oui. La Communauté de Communes et la mairie de Villeneuve ont fait le choix de faire rouler leurs bennes avec des huiles végétales pures à 30%. Après six mois d’expérience, le bilan est très poJulio Gonçalvez, chef mécanicien et Lamine sitif sur les onze premiers Boukhari, responsable du service environnement camions. Une douzaine à Villeneuve-sur-Lot sont «satisfaits de l’expérience huile végétale pure». d’autres devraient suivre. L’huile est fournie directement par un agriculteur et ça fonctionne bien. Mais la préfecture qui représente l’Etat a entamé une procédure qui est en cours auprès du tribunal administratif. L’Etat veut plutôt favoriser les filières industrielles, mais nous défendons la filière courte pour des méthodes culturales plus raisonnées et pour que les plus-values restent aux agriculteurs. Le Canard Gascon : Que pensez-vous du plan biocarburants et de la création de deux usines dans le Sud-Ouest ? Alain Juste : Pour moi, ce plan n’a pas d’avenir immédiat. En particulier parce que l’éthanol du Brésil est déjà 30% moins cher que celui qui sera produit en France. Les pétroliers choisiront donc plutôt l’éthanol brésilien pour l’incorporer à l’essence. Je pense que ces usines seront rapidement en « stand by » et qu’à terme ce sont les pétroliers qui les rachèteront. En attendant, elles sont financées en partie par les régions et l’Etat… Le Canard Gascon : Finalement, comment voyez-vous l’avenir ? Alain Juste : Je le vois très mal. Nous avons déjà bouffé presque toute l’énergie fossile. Ca fait trente ans qu’on aurait dû prendre des décisions. On commence seulement à s’inquiéter maintenant alors qu’on va droit dans le mur… Propos recueillis par Jean-Louis Le Breton

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filtre suffisent pour passer du tournesol au réservoir de la voiture. garantir une qualité irréprochable et entrer dans le circuit de la longue. Deux concepts qui s’opposent radicalement. Nous avons camp qui défendent âprement leurs positions.

Biocarburants : la filière longue Des nouveaux débouchés pour le maïs ! Jean-Marc Gassiot, vice-président de la grande coopérative céréalière Vivadour et Bernard Pupin directeur adjoint de l’Association Générale des Producteurs de Maïs détaillent leur vision à long terme des biocarburants.

(5%). Le coût de l’opération est d’environ 150 millions d’euros. Nous pourrons produire environ 180 000 tonnes d’éthanol à partir de 500 000 tonnes de maïs sur la production 2007. Ce qui représente environ 10% de la production totale de ce bassin du Sud-Ouest. Le site devrait créer environ 300 emplois directs et générer 150 000 tonnes de drèche qui est un bon substitut du tourteau de soja pour l’alimentation animale.* C’est un formidable projet agricole. Nous nous sommes structurés pour approvisionner le site en créant une société commune : Oceol. C’est la première fois qu’il y a une volonté commune de s’organiser entre les producteurs de maïs. Et l’industriel Abengoa n’aura qu’un seul interlocuteur. Le Canard Gascon : Cela signifie-t-il une hausse des revenus pour les agriculteurs qui travailleront pour la filière des biocarburants ? Jean-Marc Gassiot : Nous pensons surtout que ce projet va conforter le revenu des agriculteurs. Les débouchés du maïs sont actuellement en baisse. Plusieurs amidonneries ont fermé. C’est donc un formidable espoir. Il y a longtemps qu’une telle occasion ne s’était pas présentée. Nous voyons un nouveau marché s’ouvrir et il y a de fortes chances que les prix montent grâce au débouché de l’énergie. C’est aussi une nouvelle vocation noble pour les agriculteurs.

Jean-Marc Gassiot et Bernard Pupin : «Un formidable projet agricole...»

Len 2007 sur le site de Lacq à côté de Pau.

a première usine de production d’éthanol du Sud-Ouest verra le jour

Le Canard Gascon : vous êtes partie prenante de ce projet ? Jean-Marc Gassiot : A Vivadour, nous étudions le dossier des biocarburants depuis une dizaine d’années. Nous voulons tout mettre en œuvre pour pérenniser les exploitations de nos adhérents et il faut reconnaître que les débouchés du maïs s’estompent. Nous avons donc participé à l’étude de faisabilité de ce projet industriel de production d’éthanol à Lacq à partir du maïs. Les accords de Kyoto et les nouvelles directives européennes nous ont également confortés dans nos convictions. Bernard Pupin : La partie industrielle est confiée à la société espagnole Abengoa. Ils sont les premiers producteurs européens d’Ethanol en Europe et les 3ème aux Etats-Unis. Ils seront majoritaires dans l’opération (51%). Le reste se répartit entre cinq organismes : Vivadour, Maïsadour, Euralis, Lur Berri et les établissements Lacadée (35%). Ce projet est également soutenu par AII, un fond d’investissement d’Elf Aquitaine (8%), l’AGPM (1%) et Dyneff un distributeur indépendant d’essence

Le Canard Gascon : ne craignez-vous pas d’être victimes du prix mondial de l’éthanol et de la concurrence brésilienne ? Bernard Pupin : Le prix de l’éthanol est la seule chose qui n’est pas calée définitivement. Mais nous faisons confiance à l’industriel qui fait son métier et nous amène les débouchés. Pour nous, le montage est exemplaire. On a toujours dit que les plus-values étaient du côté des industriels, mais cette fois, en tant que producteurs de maïs, nous sommes partie prenante du projet à hauteur de 35% ! Jean-Marc Gassiot : Nous avons fait le choix du projet collectif. Pour réussir, il faut s’investir humainement et économiquement. Si nous ne faisons rien, ces produits viendront d’ailleurs. Bernard Pupin : Pour nous, de telles initiatives vont pérenniser et redynamiser l’agriculture en France et en Europe. Le Canard Gascon : Que pensez-vous de ceux qui prônent les filières courtes ? Jean-Marc Gassiot : En tant qu’agriculteur, je ne me pose pas vraiment la question puisque j’ai choisi le système coopératif. Sans doute les filières courtes peuvent-elles faire vivre quelques agriculteurs, mais pas l’ensemble de la profession. C’est un marché de niche limité et nous pensons qu’il vaut mieux se structurer. Propos recueillis par Jean-Louis Le Breton * Rappelons que l’Europe et la France en particulier sont très largement dépendantes des Etats-Unis pour le soja et donc l’alimentation animale.

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Biocarburants : pour fabriquer soi-même... La loi autorise les agriculteurs à produire leur propre biocarburant. A un coût de revient d’environ 38 centimes du litres contre 69 centimes pour le gazole rouge, ça devient intéressant… Une autre piste : la biomasse

La biomasse est la fraction biodégradable des résidus de l’agriculture, de la sylviculture et de leurs industries connexes. C’est ainsi que la paille et les déchets céréaliers ou forestiers peuvent être dans un premier temps gazéifiés à haute-température. Dans un second temps, le gaz est transformé en gazole suivant le procédé dit Fischer-Tropsch déjà utilisé pour produire du GTL (Gas-To-Liquid) ou du CTL (Coal-To-Liquid).

Quelques sites Internet à visiter

http://www.presse-filtre-huile.com http://www.biodys.com http://terresacree.org/tournesol.htm

Une pompe pour fabriquer de l’huile

Iburant. L’Allemagne et les pays nordiques étant beaucoup plus perls sont nombreux en Europe à s’équiper pour produire leur biocar-

missifs que la France (championne de l’administration et des lois), les conseils et les outils de fabrication se sont largement développés chez nos voisins. Heureux les agriculteurs teutons ou bataves qui peuvent produire du bio-carburant et le vendre. En France, on peut facilement se procurer dans le commerce des presses à huile pour fabriquer de l’huile végétale pure. Chez la Mécanique Moderne par exemple (http://www.la-mecanique-moderne.com/) . On peut également fabriquer du biodiesel. Le principe de production est simple à mettre en oeuvre : il s’agit de mélanger un ester avec de la soude dans des proportions précises, et de les faire réagir avec l’huile végétale brute ou usagée, afin d’obtenir après lavage et filtration , un produit comparable dans ses applications au diesel traditionnel. J.-L. L.B.

Le Canard Canard Gascon Gascon N°8 N°8 -- Page Page 88 Le

Produire son biodiesel http://www.grownfuel.com/ (site australien) http://www.biodieselcommunity.org/ http://www.dancingrabbit.org/biodiesel/ http://www.biodieselsolutions.com/ products/fuelmeister.asp


Le Shell Eco-Marathon : carburons mini ! Du 19 au 21 mai, sur le circuit de Nogaro, plus de deux cents équipes venues du monde entier vont tenter de battre le record de distance, 5 835 km, avec l’équivalent d’un litre d’essence !

Cparticulières. Le prix du carburant ne cesse de flamber en raison des

ette année, le Shell Eco-Marathon se déroule dans des conditions

2005 de l’équipe de Zurich qui, avec un véhicule propulsé à l’hydrogène, a pulvérisé le record atteignant 3 836 km (pour l’équivalent énergétique d’un litre d’essence) sur le circuit de Nogaro. Dans un deuxième temps, cette même voiture, « la Pac Car », établissait un nouveau record mondial sur le circuit Michelin de Ladoux avec 5 835 km/l, laissant loin derrière tous ses concurrents.

tensions au Moyen-Orient et avec l’annonce inlassablement répétée de la diminution des réserves mondiales. Notre dossier sur les bio-carburants (une manne inépuisable et renouvelable) montre que des alternatives énergétiques sont possibles. Les concurrents du Shell Eco-Marathon vont encore plus loin en améliorant sans cesse leur record de distance parcourue avec l’équivalent d’un litre d’essence. Car ce ne Un enjeu international. sont pas seulement des véhicules roulant au super qui particiCette année à Nogaro, l’équipe de Zurich ne se représente pent au Shell Eco. Tous les carburants sont repas. Mais l’IUP de Bordeaux relève le défi présentés : gazole, bio-carburant, ethanol, avec Eco’Kine, un prototype avec pile Diester de colza, GPL, solaire et à combustible hydrogène. Les hydrogène. Le Shell Eco-Maénergies alternatives seront rathon 2006 aura lieu sous d’ailleurs bien représenle patronage d’Andris tées par les équipes de Pielbags, membre de Gascogne : le lycée la Commission EuroAlfred Kastler de péenne en charge Talence roulera au de l’énergie. C’est solaire avec son dire l’enjeu de la proto « YA-K », compétition. Et et le Lycée Jeanpour le pétrolier Baptiste de Baudre Shell, c’est évid’Agen présentera demment un obserun véhicule, « CAvatoire de premier LENE » tournant à ordre sur le plan des l’huile végétale pure idées développées mais de tournesol. L’université aussi un formidable vivier Paul Sabatier, INSA de Toud’ingénieurs passionnés par louse qui s’était classée seconde La PAC II détient le record de distance. la « mobilité durable » ! l’an passée et première des moteurs

Qui battra l’hydrogène ?

Jusqu’à l’an passé, les carburants fossiles (issus du pétrole) se taillaient la part du lion dans les résultats et l’équipe Micro Joule du lycée de la Joliverie (Nantes) semblait indéboulonnable avec son record de 3 103 km pour un litre de Shell Formula Super 95. La surprise est venue en

à essence, compte bien défendre âprement son titre. Plus de 200 équipes sont d’ores et déjà inscrites dont près d’un tiers viennent de l’étranger : Allemagne, Arabie Saoudite, Belgique, Brésil, Danemark, Espagne, Finlande, Grande-Bretagne, Grèce, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, république Tchèque, Slovaquie, Suède, Suisse et Turquie.

Femme au volant, trophée au tournant !

Le Shell Eco-Marathon est l’une des courses les plus sympathiques qui se déroulent sur le circuit de Nogaro dont la piste vient d’être refaite. Pendant trois jours, le paddock se transforme en un immense campus festif et la musique jaillit de tous les stands. C’est l’occasion unique pour les étudiants et les lycéens venus de tous horizons de se rencontrer, de faire la fête et d’être unis autour d’une même préoccupation : trouver des solutions innovantes aux problèmes d’économie d’énergie. C’est aussi l’une des rares compétitions où les pilotes sont majoritairement des femmes : plus petites et plus légères , elles sont parfaitement adaptées pour conduire ces engins futuristes (qui doivent rouler à la vitesse minimale de 35 km/h). Venez nombreux à Nogaro du 19 au 21 mai… L’entrée est gratuite ! Jean-Louis Le Breton Plus d’infos sur : www.shell.com/eco-marathon Le Canard Gascon N°8 - Page 10


Echos du Shell Eco-Marathon

La Joliverie : un passage à la pompe tous les 3500 kms !

Je carbure à l’hydrogène !

«Flower Power» dans le moteur et sur le chassis !

«Je la sens bien cette course !»

Le campement des extra-terrestres

Régime jockey pour les pilotes...

Carrossée façon Gaston Lagaffe...

La voiture capote, pour un max de protection !

Un cx d’enfer pour atteindre royalement... 35 km/h !

Stand Turquie : traditions et modernité. Le Canard Gascon N°8 - Page 11

Grande gueule mais petit appétit !

Modèle spécial pieds plats !


Le tri Sélectif : un geste citoyen ! Le recyclage est une clé importante pour l’avenir de notre environnement. Le tri des déchets est un acte simple qui facilite la réutilisation des matériaux de base comme le plastique, le papier ou le métal. Visite dans un centre de tri. tre elles étaient recyclées. La gestion des déchets en 2002 a coûté 10 milliards d’euros** et a occupé 82100 emplois directs. Or, la revalorisation est un enjeu capital car les matières premières ne sont pas inépuisables et il faudra bien se résoudre à réutiliser de plus en plus nos déchets. En 2003, sur un gisement de 12,3 millions de tonnes de déchets d’emballages, 5,9 millions de tonnes ont été recyclées et 1,9 millions de tonnes ont été valorisées énergétiquement, soit pour produire de l’électricité soit du chauffage.

Le centre de tri d’Auch

Bon exemple pour le recyclage, le centre de tri d’Auch a été mis en activité en 2004. Sa construction aura représenté un budget d’environ 4 millions d’euros, financés par les collectivités, l’Europe et l’ADEME. Il a été conçu pour une capacité annuelle de 9 600 tonnes d’emballages

C’est de la balle !

Une caractérisation : de l’intérêt de bien trier !

Dsidérablement améliorée. Il existe encore des décharges sauvages,

epuis quelques années, la collecte des ordures ménagères s’est con-

mais elles sont de plus en plus rares. Partout en France, les communes se sont regroupées en syndicats (Sitom, Syctom, etc.) et gèrent de façon plus rationnelle leurs déchets. Le prix de traitement de la tonne de déchets ayant été multiplié par vingt depuis les années 80, l’enjeu concerne à la fois l’environnement et l’économie des ménages. Trier et recycler sont donc deux actes majeurs de notre société, grande pourvoyeuse de déchets ménagers. Bien sûr les industriels ont une grande part de responsabilité dans la gabegie des emballages en plastique ou carton. La production annuelle de déchets en France est de l’ordre de 620 millions de tonnes. Plus de la moitié vient de l’agriculture et la sylviculture (375 Mt), puis des entreprises (106 Mt), des mines et carrières et du BTP (100 Mt), des ménages (31,4 Mt), des collectivités (14 Mt) et des activités de soin (0,2 Mt)*. En quarante ans, la production annuelle d’ordures ménagères de chaque français a doublé.

Pas assez de recyclage

Pourtant, en 2002, le stockage et l’incinération représentaient encore plus de 80% du devenir des ordures ménagères et seulement 12% d’enLa chaîne de tri manuel

et de produits issus des collectes sélectives. C’est aussi un outil pédagogique que les groupes peuvent visiter. Une salle y est aménagée pour la diffusion de films sur les métiers des déchets et leur valorisation. La partie la plus impressionnante est sans doute la chaîne de tri où s’effectue le tri manuel des matériaux qui sont envoyés vers la filière papier ou métal. Au final, une première presse génère d’énormes balles de papier carton qui partent en recyclage (chaque balle rapporte environ 45 €), une autre presse à acier produit des balles de métal.

Les caractérisations

Pour encourager le tri sélectif, chaque syndicat qui alimente le centre de tri est régulièrement soumis à une opération de « caractérisation ». Celle-ci consiste à ouvrir au hasard quelques sacs de déchets pour évaluer la qualité du tri. Les critères sont rigoureux et permettent d’attribuer des notes. Les déchets sont classés en catégories : papiers, cartons, plastiques opaques ou transparents, acier, aluminium… et rebuts. Dans cette dernière catégorie on trouve tout ce qui ne peut pas être recyclé et qui partira à l’enfouissement en déchet ultime. Bien évidemment plus le taux des rebuts est élevé et moins bonne sera la note finale. Les « mieux Le Canard Gascon N°8 - Page 12


En quarante ans, la production annuelle d’ordures ménagères de chaque français a doublé. notés » bénéficient de crédits qui permettent de minorer la fiscalité municipale. C’est le cas du Sictom Ouest du Gers.

Que deviennent les produits recyclés ?

Le papier deviendra du papier recyclé et à partir des plastiques on fabriquera des matériaux comme la laine polaire ou des objets comme le mobilier de jardin, les gaines électriques, ou encore des conteneurs et des poubelles. Un exemple : le pisciniste Desjoyaux utilise du plastique recyclé pour les coffrages de ses piscines. Les filières sont nombreuses et rapportent de l’argent. Alors pensez à votre environnement et à celui que vous laisserez à vos enfants et petits enfants. Triez et devenez éco-citoyen ! Jean-Louis Le Breton * source ADEME (Agence gouvernementale de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), ** source IFEN (Institut français de l’environnement).

Le guide rapide du tri : Dans les bacs verts :

· On met, sans bouchon, ni capsule, ni couvercle : les bouteilles, les bocaux de conserve, les pots (confitures, bébé, yaourts) et les flacons de shampoing, de gel douche, de sels de bain qui sont en verre · On ne met pas la faïence, les pots en terre, la vaisselle cassée, les ampoules électriques : ce ne sont pas des emballages.

Dans les bacs jaunes :

· On met avec les bouchons les bouteilles et flacons en plastique de toutes tailles : les bouteilles de soda, d’eau ou de lait, les flacons d’adoucissant, de lessive, de liquidevaisselle, les conteneurs à vin, les flacons plastique de shampoing, de bain moussant, de gel douche quelle que soit leur taille. · On met sans les laver mais en les vidant bien : les briques alimentaires même avec leurs bouchons, les boîtes de conserve, les canettes, les aérosols (même ceux de la salle de bain), les barquettes en aluminium, les boîtes et leurs sur-emballages en carton. · On ne met pas : les sacs plastiques, les petits emballages en plastique tels que les pots de yaourts, de crème fraîche ou les barquettes en polystyrène, tout ce qui contient des restes, les couches-culottes, les papiers salis ou gras, les barquettes sales, les mouchoirs en papier et autres articles hygiéniques, les films plastiques enveloppant les revues et les emballages.

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Dans les bacs bleus :

· On met (sans les films plastiques) : les journaux, magazines et revues.


Alarmes de piscines : une arnaque ?

La loi est formelle : depuis le 1er janvier 2006, toutes les piscines privées de France doivent être équipées de l’un des quatre dispositifs d’alarme qu’elle préconise. Mais derrière les bonnes intentions de ce texte, on peut réellement se poser des questions sur l’efficacité de la mesure. Rencontre avec Ludovic André, un professionnel du secteur.

Pbourses. On trouve sur le marché des modèles très économiques, osséder une piscine est aujourd’hui un luxe à la portée de toutes les

depuis le simple bassin gonflable hors-sol jusqu’aux piscines en kit. Par simple effet mécanique, leur multiplication devrait donc avoir augmenté d’autant le risque des noyades d’enfants et c’est la raison pour laquelle on a voulu légiférer sur le sujet. Mais ce qui paraissait comme une intention louable au départ devient une aberration au regard des chiffres et des statistiques.

45 000 euros d’amende.

Malgré cela nul n’est censé ignoré la loi qui prévoit une amende de 45 000 euros pour ceux qui n’auraient pas correctement sécurisé leur bassin. A supposer que des contrôles soient mis en place par la DDE, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Qu’en pense un professionnel de la piscine et quels sont les quatre dispositifs agréés ? C’est ce que nous explique Ludovic André*. Le Canard Gascon : Qui est concerné par la nouvelle loi ? Ludovic André : Depuis le 1er janvier 2006 elle s’applique à tout le monde. Toutefois les piscines hors-sol de moins de 20 m² ne dépassant pas 1 mètre de hauteur ne sont pas concernées puisqu’elles ne font pas l’objet d’une déclaration.

Plus d’un million de piscines privées concernées.

En 2005, il y avait en France un million cent cinquante quatre mille (1 154 000) piscines privées. La même année, 10 enfants de moins de cinq ans se sont noyés dans une piscine privée, contre 17 en 2004. Ce nombre a donc diminué avant l’application de la loi. Et pour 2004, près de la moitié de ces noyades ont eu lieu dans des bassins déjà sécurisés ! Ces chiffres montrent bien que les systèmes de protection sont loin d’être efficaces et l’investissement imposé semble disproportionné par rapport au problème. Si l’on considère que la moins coûteuse des alarmes vaut environ 500 €, les dépenses occasionnées par la loi atteignent un montant théorique de plus de 550 millions d’euros… N’y avait-il pas là matière à mener une bonne campagne d’information pour sensibiliser parents et propriétaires de piscines au fait que la seule vraie protection est la surveillance des bassins ?

Le Canard Gascon : Quels sont les systèmes d’alarmes conformes à la loi ? Ludovic André : Ils sont au nombre de quatre. Le premier est l’alarme immergée fixée au bord du bassin et qui se déclenche en cas de chute d’un objet ou d’une personne dans l’eau. En France ces systèmes doivent être homologués (norme NFP 90-306). Attention aux alarmes vendues sur Internet qui ne possèdent que l’homologation européenne. Celle-ci n’est pas suffisante en France. Ludovic André Ces alarmes coûtent environ 500 €. Elles présentent de nombreux inconvénients : on peut les voler facilement, si elles se déclenchent en l’absence du propriétaires elles sont inutiles, etc. Et actuellement, Pour tous ceux dont les maisons sont isolées, les systèmes d’alarme les assurances ne proposent aucune clause tenant compte de ce genre sont évidemment sans effet dès lors que le propriétaire n’est plus chez de système… lui. La protection n’a donc dans ce cas qu’un intérêt juridique en cas Viennent ensuite les barrières ou les bornes périmétriques. Il y en a pour de procès et coûte plus cher qu’une assurance. Lorsque les adultes sont tous les budgets. Les barrières sont la solution la moins esthétique, mais sur place et se baignent, les alarmes sont également déconnectées et un pour moi la plus efficace tout simplement parce qu’elles empêchent l’accès au bassin. Les bornes sont plus discrètes mais leur installation moment d’inattention suffit pour que l’accident arrive… Le Canard Gascon N°8 - Page 14


est d’environ 2400 €… donc plutôt chère ! Le troisième système est celui du volet roulant ou flottant qui peut être mécanique ou électrique. Le problème est qu’on oublie souvent de le refermer. Il représente un budget de 4 à 5000 €. On doit pouvoir marcher dessus. Il faut bien vérifier que le volet soit homologué et toujours demander un certificat issu d’un organisme indépendant. Enfin le dernier système est l’abri de piscine. On Alarme Sensor part du petit abri en cloche, coulissant ou latéral généralement peu esthétique pour aller jusqu’à l’abri très haut, très joli mais très cher ! Comptez un budget de 15 000 à 50 000 € et plus ! Le Canard Gascon : Que pensez-vous de ces systèmes ? Ludovic André : Pour ma part, je considère qu’aucun d’entre eux ne représente une protection totale. Rien ne remplace la surveillance. Et j’estime donc qu’il s’agit d’une taxe camouflée. D’ailleurs beaucoup de piscines ne sont pas encore équipées. Les gens se réveillent maintenant parce que les beaux Barrière © Encloture jours arrivent et qu’ils

Abri de piscine © Abridefrance

commencent à préparer leurs bassins pour l’été. Mettre en place ces systèmes n’est pas d’un grand rapport financier pour nous. Ce sont surtout les fabricants d’alarmes qui ont poussé pour que cette loi passe et qui ont défini le cahier des normes. Propos recueillis par Jean-Louis Le Breton * Ludovic André est fabricant de piscines traditionnelles et en bois en Gascogne et il installe des bassins dans toute la France.

Volet de protection

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Coup de jeune sur l’Armagnac ! Le whisky se taille toujours la meilleure part dans la vente des alcools bruns. Certains producteurs d’Armagnac ont décidé de réagir et partent à la reconquête d’un marché perdu depuis au moins deux générations.

Idaient de créer une filière commune, Fivigers, pour valoriser les im-

l y a trois ans de cela, les coopératives Vivadour et Plaimont déci-

portants stocks d’Armagnac qu’elles possédaient suite au rachat de la cave coopérative de Cazaubon en 2001. C’est à Thomas Lechat que Fivigers a confié la tâche de mettre en place un nouveau plan marketing. « Nous avons examiné le champ des possibles et fait trois constatations. D’abord que nous étions nouveaux sur le marché des produits conditionnés et qu’il fallait donc créer quelque chose de neuf. Ensuite que le marché de l’Armagnac ne s’adressait qu’aux connaisseurs. Et enfin qu’il fallait élargir ce marché au-delà des digestifs et proposer une offre complémentaire de l’existant. »

Elargir les instants de consommation

Thomas Lechat veut rajeunir le marché de l’Armagnac

Fort de cette première approche, Thomas Lechat investit dans une étude sur un panel de consommateurs qui montre le taux de pénétration des alcools dans les foyers : 40% pour le whisky, 6% pour le Cognac et 2% pour l’Armagnac. « La stratégie à mettre en place est donc claire : il nous faut recruter de nouveaux consommateurs. Nous allons être l’Armagnac hors du marché des connaisseurs et pour les autres. Nous voulons élargir les instants de consommation de l’Armagnac et nous placer dans les domaines de l’apéritif, du festif et de la dégustation. » Le résultat de ces réflexions se concrétise aujourd’hui sous la forme d’une gamme de produits dont la composition et la présentation ont été soigneusement étudiées.

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Gascon Club (prononcez ‘gasconne cleub’…)

« Le Gascon Club On Ice est une eau de vie qui a été élaborée pour être bue sur glace et donc pour concurrencer un bon whisky haut de gamme. C’est moins sec qu’un whisky, aussi léger mais plus fruité puisque l’alcool vient du raisin et non du grain. Pour bien nous faire comprendre nous avons placé des glaçons sur l’étiquette. »

Gascon Kiss

Le marché visé par Thomas Lechat ne s’arrête pas aux alcools bruns. « Nous avons saisi l’opportunité d’entrer sur le créneau des alcools blancs qui sont très dynamiques avec le Gascon Kiss qui est un Armagnac blanc. Il est moins neutre au goût qu’une vodka et moins fort qu’un rhum. Mais on reste dans les codes de la vodka haut de gamme ou de la tequila et on préconise son utilisation dans des cocktails du style margarita. » Ici, ce sont clairement les jeunes qui sont visés, voire des populations branchées ou même gays. « Aux Etats-Unis, les gays ont très souvent été prescripteurs de nouveaux produits. Ce sont eux , par exemple, qui ont lancé les caleçons Calvin Klein… Mais pour notre part nous ne faisons aucune discrimination, et si vous buvez du Gascon Kiss, vous n’aurez bien sûr aucune étiquette sur le front ! »

Gascon Mix…

Pour compléter sa gamme de produits, Thomas Lechat propose trois liqueurs à l’Armagnac : les Gascon Mix au raisin rouge, au caramel liquide ou au cranberry (une baie rouge dont le goût se situe entre la groseille et l’airelle). Ces trois liqueurs présentent un degré d’alcool de 18% et passent aussi bien à l’apéritif qu’en digestif ou lors de moments festifs. « Au bout de six mois de mise en marché, Gascon Mix représente plus de 70% de nos ventes et Gascon Club 25% ». Nul doute que la bataille sera rude face au rouleau compresseur Whisky qui continue sans cesse de progresser. Mais c’est déjà un premier pas vers la reconquête d’un territoire trop longtemps abandonné aux AngloSaxons ! Propos recueillis par Jean-Louis Le Breton

Armagnac et Orange…

Fcommercialise ses produits sous l’appellation Marques de Gascogne rédéric Raynaud dirige la cave coopérative de Vic Fezensac qui

(MDG). Comme son collègue Thomas Lechat, il a décidé de mettre en place une nouvelle stratégie de marketing en se lançant dans les produits conditionnés parallèlement à la vente de vin en vrac. Après avoir mené diverses études et planché à la fois avec les maîtres de chai et une agence de communication, il met donc sur le marché une liqueur d’Armagnac à l’orange baptisée AO. Pour ce faire, le design de la bouteille et celui de l’étiquette ont été soigneusement étudiés. Nous sommes loin de la traditionnelle basquaise et le but ici encore est de conquérir de nouveaux consommateurs. J.-L. L.B. Tous les produits présentés dans ce reportage sont à consommer avec modération, cela va sans dire…

Frédéric Raynaud lance AO, une liqueur Armagnac et Orange Le Canard Gascon N°8 - Page 17


Insalubrité en Gascogne Les vieilles bâtisses sont nombreuses en Gascogne et s’arrachent comme des petits pains sur le marché de l’immobilier. Toutefois, le rêve peut tourner court lorsque ces mêmes bâtisses ont des normes électriques datant de 1960, que l’humidité emplit toute la maison ou encore que les rats prennent le pas sur les chats. Bienvenue dans la vie d’une famille gasconne qui aspire à vivre en HLM plutôt que de profiter de belles pierres dans des conditions déplorables.

Yinstallées depuis près de asmina et sa famille sont

deux ans en Gascogne. Comme tout un chacun, les quatre membres de cette petite communauté espèrent vivre dans les meilleures conditions qui soient. Mais côté logement, ils ont de gros soucis. En effet, ils font partie de ces locataires qui La famille de Yasmina garde ont fait le choix des sa bonne humeur malgré tout... vieilles bâtisses gasconnes, que beaucoup de Parisiens nous envient, mais qui restent plus que difficiles à entretenir du fait de leur vétusté et de leur insalubrité. La famille de Yasmina a bien voulu nous accueillir dans son foyer, pour mettre en lumière les difficultés rencontrées dans un tel logement. « Dans notre rue, nous explique dans un premier temps la maman, il y a eu plusieurs rénovations de la voirie. Depuis ces travaux, une sortie d’évacuation est bouchée. Les eaux usées s’arrêtent sous notre immeuble, elles stagnent et y croupissent... Les rats ont eu vite fait de s’y acclimater ». Houda, la plus âgée des deux adolescentes, ajoute inquiète : « quelque fois on les entend la nuit depuis notre lit ! ».

« L’humidité est partout »

Hormis, ce problème bien spécifique à leur immeuble, les inconvénients les plus courants sont dus à une mauvaise isolation. Les résidents d’ap-

partements anciens ou encore ceux des maisons de campagne se plaignent souvent, comme la famille de Yasmina « que les jours dans les fenêtres, et la mauvaise isolation des murs, augmentent considérablement la consommation d’énergie ». Quant à l’humidité générée par toutes ces entrées et sorties d’air, Des branchements non conformes... « elle est partout dans la maison, témoigne Yasmina. Et ce n’est pas sain pour élever une famille ». En ce qui concerne l’électricité, les normes sont aussi rarement à jour Chez Yasmina, les compteurs datent de 1967 ! Tous ces soucis quotidiens n’arrangent pas les finances familiales. Pourtant beaucoup de personnes, comme Yasmina et les siens, ont accepté ce genre de location car ils n’ont pas les moyens de louer autre chose. « Maintenant, on attend de pouvoir aller dans des logements sociaux qui seront moins difficiles à entretenir », ajoute la chef de famille. Quant aux propriétaires, l’engagement financier que nécessitent des travaux complets de remises aux normes, d’isolation ou d’assainissement de leurs vieilles bâtisses, est souvent trop exorbitant pour qu’ils puissent y songer. Pourtant, des solutions existent, par exemple avec l’ANAH. Faustine Milard * Merci à Rachida, qui a été au cœur de cette rencontre

L’ANAH* au secours des propriétaires...

Cvient en aide, depuis 35 ans, aux propriétaires bailleurs ou occupants ette Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat (ANAH),

de bâtisses ou d’immeubles d’habitation construites il y a plus de 15 ans. Une subvention peut en effet être allouée à certains propriétaires, après étude de leur dossier, à hauteur de 20 à 70% sur le montant total des travaux, sachant que le plafond des travaux subventionnables ne dépasse pas les 30 000 €. Ces travaux peuvent aussi bien concerner du gros oeuvre, de la charpente, des menuiseries, des ravalements de façades, ou encore des travaux d’aménagement et d’équipement relatif à la sécurité des biens et des personnes, ou bien des traitements contre les xylophages. Une des conditions sine qua non d’attribution de ces subventions est, entre autres, de s’engager à occuper les lieux ou de mettre en location le logement rénové pendant un minimum de neuf ans à un tarif social. FM

Un disjoncteur qui date des années 60...

*Contact: www.anah.fr Le Canard Gascon N°8 - Page 18


L’éclatante renaissance des chemins de Compostelle Les quatre principaux chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle (dits de Tours, de Vézelay, du Puy, d’Arles) traversent tous la Gascogne puisqu’ils convergent vers les Pyrénées-Atlantiques. Les trois premiers se réunissent à Ostabat, près de Saint-Jean-Pied-de-Port et le dernier emprunte le Col du Somport. Ils ont parcouru, auparavant, les campagnes de Haute-Garonne, du Gers, du Tarn-et-Garonne, du Lot-et-Garonne, de Gironde, des Landes ou des Hautes-Pyrénées. Ils font donc intégralement partie de l’environnement de notre région. Depuis plus de mille ans !

LGodescale, évêque du Puy. Il fit le voyage en

tre, il s’occupait de randonnée pédestre dans les années 70 et il semble normal qu’il se soit alors intéressé 951. L’église de Nogaro (Gers), construite aux « Chemins » dans le Gers. « Notre premier autour de l’an 1060 renferme une fresque, travail fut le repérage » déclare-t-il « puis le très récemment mise à jour, qui représente nettoyage avant la réouverture effective du un pèlerin de Saint-Jacques, reconnaisChemin du Puy vers 1978-1980. Il fallut sable à sa coquille et son bourdon. C’est alors s’occuper de balisage avant la rédacla plus ancienne image d’un marcheur de tion des premiers topoguides, puis, dans les Compostelle connue à ce jour. On peut afannées 80-85, de la mise en place des prefirmer que des centaines de milliers de pèmiers gîtes d’étape avec l’apport de crédits lerins se lancèrent à sa suite dans les siècles du FEDER ». Marie-Françoise Migeot, suivants, l’apogée se situant entre les années A la même époque (1978), il faut citer la paruMaria Guerra,Sorina Capp 1200 et 1600. Puis il y eut un déclin (mais jamais tion du livre « Priez pour nous à Compostelle » un arrêt total) avec la révolution française et le déde Barret et Gurgand, deux jourveloppement de la civilisation industrielle. Le « credo » nalistes qui effectuèrent à pied le pèledans la puissance de la science fit passer au second plan la spiritualité. rinage de Saint-Jacques et dont la relation écrite Mais dans les années 1950 s’amorça un renouveau que nous allons obtint un grand succès (toujours disponible en Liessayer de résumer jusqu’à l’orée actuelle du vingt et unième siècle où vre de Poche). le pèlerinage est en pleine renaissance. Le matérialisme omniprésent Le chemin du Puy (toujours 1er au « hit-parade » semblerait avoir besoin d’un contre-poids sous forme d’une recherche des chemins) connut ainsi une centaine de mard’absolu… cheurs par an, vers Compostelle, dans les années 1980, un bon millier dans les années 1990 et entre Georges Courtès 10 000 et 15 000 en 2005… De tous pays, de touLa société des Etudes Compostellanes. Dans les années 1950, René de la Coste-Messelière crée à Paris la So- tes races, de toutes religions, voire athées ! e premier pèlerin français recensé fut un dénommé

ciété Française des Amis de Saint-Jacques et des Etudes Compostellanes. Il regroupe autour de lui un ensemble d’érudits, de religieux dont la première tâche sera de retrouver les itinéraires historiques. Au niveau de notre région, deux abbés gersois, les Pères Loubès et Bernès, étudient le tracé local de ces chemins partiellement oubliés. L’abbé Loubès publie un opuscule sur « Les Chemins de Saint-Jacques dans le Gers », toujours réédité et disponible dans les offices de tourisme. Diverses expositions à l’échelon national et régional viennent alors sensibiliser le public. René de la Coste-Messelière effectue un pèlerinage médiatique à Compostelle, à cheval. Les chemins intéressent à la fois les pouvoirs religieux, culturels mais aussi sportifs. Ainsi, plusieurs associations de randonnée pédestre estiment que ces itinéraires sont très valables pour leurs membres et se penchent sur leurs tracés.

Le rôle éminent de Georges Courtès.

Un personnage politique et culturel va devenir incontournable dans la renaissance des chemins de Compostelle : Georges Courtès, actuel Vice-Président du Conseil Général du Gers (par ailleurs auteur d’un livre sur le sujet aux éditions Sud-Ouest). Il était alors professeur au lycée de Lectoure et Président des offices de tourisme (UDOTSI) du département puis du comité départemental de tourisme (CDT). A ce ti-

Le classement au patrimoine mondial de l’Unesco.

En 1992, la partie espagnole du « Camino Francès » est classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Georges Courtès, alors responsable des chemins historiques au sein de la Fédération Française de Randonnée Pédestre (FFRP) se dit : « Et pourquoi pas en France ? ». Il introduit donc au Ministère de la Culture un dossier qui aboutira à une demande auprès de l’Unesco puis au classement effectif en 1998 de 72 sites majeurs et d’une douzaine de segments (dont celui de Lectoure au pont d’Artigues dans le Gers), choisis sur les quatre chemins français, dans ce « gotha » des haut-lieux culturels (et donc touristiques) de la planète. « J’étais simplement au bon endroit au bon moment » déclare-t-il en toute modestie.

Une cinquantaine d’associations régionales.

Au cours des années 1980-1990, se créent un peu partout à travers la France des associations « d’Amis de Saint-Jacques-de-Compostelle » dont celle du Gers, en 1993, à l’initiative de Marie-Françoise Migeot. L’association d’origine, la « Société » de Paris, connaît en effet une « crise de succession » après le décès de René de la Coste-Messelière et se trouve de toute façon dépassée par l’explosion de questions con-

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La collégiale de La Romieu

La cathédrale d’Auch

cernant les chemins, la plupart étant d’ordre extrêmement local. Ces associations – elles sont maintenant une cinquantaine – essaient de répondre au mieux à la demande : contacts avec les personnes désireuses de partir à pied, à vélo ou à cheval vers Compostelle, délivrance du Carnet de Pèlerin (appelé « Credencial » en Espagnol), centralisation des offres commerciales d’hébergement et des possibilités d’accueil (« hospitalité ») proposées par des particuliers bénévoles, réception des pèlerins à l’étape du soir, promotion des chemins, etc.

Le rôle fédérateur de l’Union Jacquaire.

En 2000 se crée à Paris la première fédération d’associations, l’Union Jacquaire de France présidée par Maria Guerra. Depuis son dernier congrès national, tenu à Lectoure fin février, elle regroupe une trentaine d’associations françaises disséminées sur tout le territoire. Un profond travail de collecte et de diffusion d’informations est en cours à l’échelon national et européen. Parallèlement à l’Union Jacquaire qui se veut être un organisme laïc voué à faciliter la tâche des pèlerins dans l’organisation de leur périple, il faut signaler une structure religieuse appelée « Pastorale des Réalités du Tourisme et des Loisirs » qui dépend de chaque diocèse et dont le rôle, outre celui de l’accueil dans des presbytères ou des couvents, est évidemment plus religieux. Mais ces deux organisations travaillent en excellente entente. Enfin, il faut citer la Fédération Française de Randonnée Pédestre (FFRP), tout à fait laïque, qui ne parle pas de pèlerins mais de randonneurs. Pour elle, le chemin du Puy est le GR 65 et celui d’Arles le GR 653. Elle a le grand mérite du balisage desdits chemins. Tous les pèlerins de Compostelle ne sont pas des croyants mais rappelons cette phrase d’un athée : « Je suis parti de mon domicile comme un randonneur. Je suis arrivé à Compostelle comme un pèlerin » !

L’église de Nogaro

Dans notre région…

Le Gers, sous l’impulsion encore de Georges Courtès, joue un rôle exemplaire à l’échelon national. Le département est traversé par le chemin du Puy et le chemin d’Arles. Le Conseil Général a donc pris en charge la mise en site propre de chacun des chemins (quand il passait sur la route), son paysagement avec la plantation de centaines d’arbres, l’achat de lanières de terre à des propriétaires particuliers quand cela était nécessaire. Cette action sera terminée en 2007 pour le chemin du Puy et en 2008 pour celui d’Arles. Dans les Landes, une association d’Amis de Saint-Jacques très active gère le passage des trois chemins principaux (Le Puy, Vézelay et Tours) plus celui du littoral. En Lot-et-Garonne, l’association d’Amis de Saint-Jacques, présidée par Mme de Saint-Exupéry, a fait reconnaître officiellement la variante du chemin de Vézelay passant par Périgueux, Agen et Moirax pour rejoindre le chemin du Puy à La Romieu (Gers). Dans les Hautes-Pyrénées, l’association locale d’Amis de Saint-Jacques travaille au balisage du « chemin du Piémont Pyrénéen » et gère le passage du chemin d’Arles. Jean-Paul Amic

Plus d’infos sur Internet

Union Jacquaire : www.union-jacquaire-france.net Association du Gers : www.st-jacques-compostelle-gers.org Aquitaine : www.saint-jacques-aquitaine.com Sur chaque site, de nombreux liens vous ouvriront la porte de dizaines d’autres Les aquarelles sont communiquées gracieusement par l’Association des Amis de Saint-Jacques-de-Compostelle dans le Gers, La Sallasse, 32700 Lectoure. Tél. : 05 62 68 79 29

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Nadine Rusé

peintre du rugby et de la corrida ! Cette artiste inclassable est une magicienne qui sait tout faire de ses dix doigts : couture, lettrages de bandes dessinées, patchworks… Mais depuis qu’elle s’est lancée dans la peinture elle bénéficie d’une vraie reconnaissance grâce à son travail sur le rugby et la corrida : deux de ses passions personnelles. tion de la Vocation et je suis entrée dans la presse. » Pendant des années, Nicole Rusé a réalisé des créations très variées pour des magazines comme Maisons & Travaux : des broderies, des patchworks, des bouquets, des objets pour les enfants. Et puis, il y a trois ans, elle se lance dans la peinture. « Je faisais des collages et je pensais que je ne savais pas peindre. Ca m’a piquée au vif. Je m’y suis mise et neuf mois après j’avais ma première expo à Mont-de-Marsan. » Les deux thèmes principaux qui inspirent sa peinture sont le rugby et la tauromachie. « J’ai des tas de copains à Dax. Tous mes amis, qu’ils soient de Paris ou des Landes sont branchés là dessus. Chez moi c’était naturel et graphiquement, ça m’intéresse. C’est une question de culture personnelle. »

L’art du cadrage

Ncore dans les Landes. Sa famille est originaire de Saint-Sever et adine Rusé vit à Malakoff où elle est née, mais son cœur est en-

elle-même possède une maison à côté de Grenade-sur-l’Adour où elle se rend dès que reviennent les beaux jours. C’est là que nous l’avons rencontrée. « J’ai commencé par travailler comme sténo-dactylo. Je détestais ça. J’ai ensuite été caissière dans le cinéma que possédait mes parents. Mon père m’a inscrite dans un cours d’initiation artistique et ça a été le déclencheur. J’ai commencé par des petits boulots comme des lettrages de bandes dessinées. Puis j’ai créé des patchworks hyperréalistes avec des images choc en trompe-l’œil. J’ai obtenu une bourse de la Fonda-

Elle réalise donc des toiles très originales et ce qui la différencie des autres peintres, ce sont les cadrages : « Je vais toujours à l’essentiel. Souvent on voit moins de choses quand on voit tout. Je mets en valeur l’importance et la beauté du détail. » Elle avoue ne pas savoir dessiner (ce n’est pas notre avis) mais être à l’aise avec la couleur et la photo aussi puisque ses toiles s’inspirent de ses propres clichés. En trois ans, Nadine a réalisé plus d’une centaine de toiles dont quatre vingt ont déjà été vendues preuve de l’engouement qu’elle suscite. « C’est à la fois un plaisir et une horreur de les voir partir. Certaines n’ont même pas été exposées et je me dis que personne ne les verra… » Jean-Louis Le Breton Nadine Rusé a de nombreuses expositions en préparation. Retrouvez toutes les informations sur son site Internet : www.nadineruse.com. Elle a également écrit plusieurs ouvrages aux éditions Charles Massin : Drôle de bouquets, Des ours à coudre et à habiller, Décors en tissus appliqués, Objets de déco en pâte à sel, Patchworks et décors contemporains, etc.

Peintures de Nadine Rusé

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Peintures de Nadine RusĂŠ

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Godmak Peintures


Godmak Peintures

Alain Alquier

peintre abstrait et photographe Ce peintre abstrait qui jouit d’une notoriété certaine en France et à l’étranger est surtout connu localement comme photographe. Rencontre avec un homme de l’art. Attiré par l’abstraction...

Alain Alquier se tourne vers la peinture abstraite. « J’étais plutôt attiré par l’abstraction lyrique et influencé par des artistes comme De Koning, Tal Coat ou Marfaing. J’aimais le lyrisme du geste et de la couleur. Je pense qu’il faut une certaine culture pour comprendre la peinture car ce que je fais découle de ce qui était avant moi. Sinon on pratique de l’art brut, comme le facteur Cheval par exemple. » Aujourd’hui, après des années de recherche et de réflexion, Alain Alquier est parvenu à une expression minimaliste. « Je recherche la lumière, l’espace, la transparence, la fluidité, le vaporeux, l’immatériel. Il faut regarder longuement mes peintures pour essayer de voir tout ce que j’y mets. Je vais de plus en plus vers le simple, mais c’est très compliqué de faire simple. Que ça corresponde ou non à des gens n’est pas mon problème. Ma démarche a d’abord été de fragmenter et fractionner la toile. J’en suis arrivé à travailler avec des verticales et des horizontales. Aujourd’hui j’ai éliminé l’horizontal. La verticalité m’intéresse. Elle part de la terre et s’élève vers le ciel. Elle exprime une forme de spiritualité qui, pour ma part, n’a rien à voir avec la religion. Je travaille beaucoup la transparence, dans un souci de calme, de méditation, de sérénité. Ma peinture est un refuge. Je me protège, je créé ma bulle, mon monastère en dehors du monde… »

Photographe aussi...

Ld’une démarche et d’une réflexion artistiques pas toujours comprises. a peinture abstraite est un monde à part et sa pratique résulte souvent

A une époque où la création d’image est à la portée de tous avec la photo numérique et les logiciels de retouche, la peinture non figurative est peut-être l’un des rares domaines où les véritables artistes sont en prise directe avec la création.

Les Beaux-Arts

Né à Tarbes, Alain Alquier a suivi une formation à l’école des BeauxArts de Toulouse. « Très jeune j’avais des facultés pour le dessin. Vers sept ans, je griffonnais déjà. J’étais aussi un bon sportif passionné d’athlétisme. En 1968, je me trouvais aux beaux Arts et ça a été un choc au sortir d’une vie que je qualifierai de ‘normale’. Des profs m’ont fait lire des ouvrages de philosophie. On a beaucoup discuté et ça m’a ouvert les yeux. Mon épouse qui enseignait pratiquait déjà la pédagogie Freynet. Nous ne vivions pas dans la contestation mais dans la réflexion et ça a décidé de la façon dont on conduirait nos vies. »

Lorsqu’il ne peint pas, Alain Alquier n’est pas en dehors du monde. Il pratique la photographie et en a fait son premier métier. « J’ai ouvert un magasin à Riscle en 1972. Je croyais pouvoir faire de la photo en tant qu’artiste. En réalité je suis rentré dans le système artisan-photographe avec un travail qui me prenait de plus en plus de temps et je me suis mis à peindre la nuit. » Depuis vingt cinq ans il travaille (entre autres) pour le groupe Plaimont et photographie tous leurs produits. « Je n’ai jamais photographié leur bouteilles deux fois de la même façon ! » Sensible aux couleurs de la nature, il pratique aussi la photo de façon personnelle. « La photo m’oblige à regarder autour de moi alors que ma peinture est introspective. Finalement tout cela forme un équilibre… » Jean-Louis Le Breton Alain Alquier a participé à de très nombreuses expositions en France et à l’étranger. En 2004 ses œuvres étaient présentées à l’Abbaye de Flaran. Il expose actuellement jusqu’au 10 juin à la Galerie Bleue à Riscle. (Vernissage le 20 mai). Contact : alquier.alain@wanadoo.fr

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Photographies d’Alain Alquier

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Peintures d’Alain Alquier

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Cybercafés : l’Internet pour tous ! Le phénomène des cybercafés commence à se répandre en Gascogne. Jusqu’à présent, ces lieux publics où l’on peut surfer à moindre frais tout en sirotant une boisson était l’apanage des grandes cités. On en trouve aujourd’hui dans les petites villes de province. Reportage à Condom.

CSébastien Verzoni, 27 ans, passion-

ondom en avait besoin, il l’a fait...

né d’informatique a offert à sa ville son premier et unique cybercafé : « Jeux M’Inform ». Un soulagement pour les habitants qui bénéficient enfin d’un service leur permettant de s’ouvrir au reste du monde.

Un service indispensable

Lorsque Sébastien a démarré son aventure, le seul endroit public de Sébastien Verzoni la ville offrant l’accès à Internet était le point information jeunesse (PIJ). Ce qui était bien peu pour les quelques 7 000 habitants de la commune... « Dès l’ouverture, beaucoup de Condomois sont venus nous voir, soulagés d’avoir enfin accès à ce type de service. Car tous ceux qui ont besoin d’Internet n’ont pas forcément les moyens d’investir, ni même l’envie. Nous nous sommes donc installés ici pour pallier ce manque. Et depuis, les témoignages que nous recueillons montrent qu’il s’agissait d’un service réellement indispensable…». Toutefois, la seule activité du cybercafé ne fait vivre ni Sébastien, ni son employé. « Nos principales sources de revenus restent la vente et le dépannage de matériel informatique » commente Sébastien. Et dans ce domaine aussi, il y a souvent un manque dans les petites cités gasconnes. « Il est certain que nous avons envie de rentabiliser la partie ‘cyber’ mais il n’y a pour l’instant pas suffisamment de fréquentation pour ça ».

Travailler notre identité visuelle

Alors, pour être sûrs de rester à la pointe, les deux compères comptent sur plusieurs projets. « Dans un premier temps, nous allons travailler notre identité visuelle en essayant d’être présents dans la vie quotidienne des gens. Soit par le biais de la publicité (tracts, insertion publicitaires dans différents magazines...), ou en démarchant camping, gîtes et hôtels. Mais nous allons aussi améliorer la vitrine du cybercafé , afin que ce petit coin dédié au futur soit visible de tous et de loin... » Et pour que personne ne soit perdu dans ce monde fermé de l’informatique, Sébastien insiste sur le fait qu’il parle bien en Français à ses clients et non pas dans un jargon informatique incompréhensible. « De même que nous maîtrisons l’anglais, ce qui est apprécié chez nos clients étrangers étant donné la technicité de notre métier ».

Entre cyber et jeux en réseau

Mais ce n’est pas tout. Sébastien a également spécialisé son « cyber » dans les jeux en réseau. «C’est la partie jeune de mon entreprise. Pour 10 €, n’importe qui peut venir passer son samedi après-midi à jouer en réseau sur des jeux de rôles et de combat ». Une activité en plus dans le cartable des jeunes ruraux (ou des moins jeunes, ne soyons pas sectaires..) qui n’ont pas beaucoup de choix d’activités surtout lors de la saison froide. L’esprit d’initiative est donc très présent chez « Jeux m’inform ». « Il fallait trouver de nouvelles idées pour éviter que l’activité ne stagne », explique Sébastien. Surtout que sa société vient de fêter ses deux ans d’existence et qu’elle n’a donc plus droit aux exonérations d’impôts. « Le début d’année a été rude car nous avons été soumis à des charges énormes. Il a fallu débourser 4 800 € entre l’Urssaf, les Assedic, la retraite, la TVA, la taxe professionnelle et les impôts locaux.... Je ne m’attendais pas à tant. Je pensais que le tout s’élèverait aux alentours de 2 000 à 3 000 €. Mais maintenant que tout cela est passé, il faut se donner un coup de boost !». Coup de boost digne aussi d’un bon coup de balai car Sébastien et son acolyte ont décidé de transformer ce cybercafé en un endroit totalement non fumeur et sans alcool. Quant au café, il est préparé « avec de l’eau de source que l’on va chercher nous-mêmes ». Un bonheur pour leurs clients qui n’hésitent pas à les congratuler en leur déclarant à chaque visite qu’ils ont le meilleur café de Condom ! Faustine Milard Jeux M’inform, 33 Blvd de la république, 32100 Condom. Téle.: 05 62 68 39 92. www.jeuxminform.com

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Profession : tondeur de moutons !

Stéphane Bounet parcourt les routes de France, d’Espagne ou de Nouvelle-Zélande… pour tondre les moutons ! Une profession peu connue qui réclame de l’endurance et de la passion.

Ples : l’une d’apiculteur et l’autre de berger. Celle-ci a

lus jeune, il avait fait la demande pour intégrer deux éco-

Payés avec la laine

Si le travail est facile à trouver, il est plus dur de se faire payer correctement. Niveau salaire, la tradition veut que les tondeurs soient rémunérés avec les revenus de la laine. En la vendant les bergers récoltent un pécule qui leur permettra ensuite de payer le tondeur. Toutefois, le prix de la laine augmente rarement, contrairement à celui de la tonte. « C’est une situation assez difficile pour les tondeurs car les bergers se plaignent d’année en année du coût de la tonte et les cheptels de France sont un peu en diminution ». Pour autant, il n’y a nul besoin de faire appel à des tondeurs étrangers, « car en France, la formation de tonte est à un niveau assez élevé. Nous sommes tous assez qualifiés. »

été la première à lui répondre. Il n’a pas hésité... Ainsi a débuté la vie de « tondeur nomade de moutons » de Stéphane Bounet ! Originaire du Gers, Stéphane n’y met plus les pieds aujourd’hui que pour tondre quelques élevages et voir un peu sa famille. Il passe le reste de l’année sur la « route du mouton », entre les divers élevages de France et d’Extremadur (Espagne), où il a décidé de créer un pied à terre. « Cela fait quinze ans que je suis dans le métier. Les premières années, j’étais berger dans des élevages et il y avait environ trois à quatre mois de tonte par an. Puis j’ai décidé de me spécialiser et de partir vers la « Mecque » de la tonte : la Nouvelle-Zélande ! J’y ai vraiment fait mes premières armes.»

150 brebis par jour

Stéphane Bounet

La vie d’un tondeur est à l’opposé de celle d’un berger qui aura la charge d’un troupeau à surveiller quotidiennement toute sa carrière. Le tondeur, lui, se doit de parcourir les routes de France et de Navarre afin de proposer ses services aux bergers. Car les époques de tonte varient et les moutons ne sont tondus qu’une fois l’an. « En France la grosse période se situe aux mois d’avril et mai. Le reste de l’année, il faut aller ailleurs : en Espagne, voire en Australie ou en Nouvelle-Zélande. » Sur le territoire français, les cheptels sont plutôt de petite taille, il n’y a donc pas « d’attrapeurs de moutons », contrairement à la NouvelleZélande. Et si le berger ne met pas la main à la patte pour aller chercher l’animal à tondre dans le lot du troupeau, ce sont les tondeurs qui s’y collent. Cent cinquante brebis ou béliers par jour de quatre vingt kilos chacun à retourner et à maintenir entre ses jambes, pour ensuite les tondre en un peu plus de deux minutes : c’est un challenge physique, pour lequel il faut savoir s’économiser !

Défendre la laine

Aujourd’hui, Stéphane continue sa « route de la tonte », mais il s’est également lancé dans un second combat : celui de la promotion de cette laine vivante. « Je me suis diversifié en me concentrant sur le travail de la laine expérimentale. C’est-à-dire, transformer la laine fraîchement tondue en des tissus naturels (tricot, feutre...), teints de manière saine. Mais le plus dur est de faire comprendre aux bergers qu’ils ne doivent en rien traiter la laine sur le dos des moutons avec des insecticides ou des pesticides pour lutter contre les parasites externes, car ces produits la rendent inapte à une utilisation naturelle ». Bien décidé à défendre l’industrie de la laine de mouton, il s’est lancé avec enthousiasme dans cette nouvelle aventure, mais ne délaisse pas pour autant sa première passion puisqu’il participera prochainement aux compétitions de tonte du côté de Martel (46)*. Faustine Milard * Il y a deux compétitions de tonte en France par an. Renseignements sur le site de l’association des tondeurs de moutons: http://atm.tondeur.free.fr/associationatm.htm

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Son dada : louer des chevaux !

Bruno Parant, jeune patron de la société « Les Chevaux Gascons » propose des formules de location pour les vacances et organise également des randonnées équestres.

Ction. Mais faire partager sa passion des chevaux autour d’un autre réer un nouveau centre équestre dans la région, il n’en était pas ques-

carte des GR, un topo-guide et un guide touristique pour qu’ils puissent créer leur parcours. Si la randonnée dure plusieurs jours, nous leur trouvons le gîte et chaque soir nous passons prendre l’apéro avec eux pour voir comment vont les chevaux et si d’éventuelles difficultés sont apparues. L’autre concept consiste en l’adoption temporaire d’un cheval à domicile. Cela s’adresse encore une fois aux cavaliers expérimentés qui possèdent une résidence principale ou secondaire dans le Gers, et veulent pouvoir profiter d’un cheval pendant quelques jours, voire plus. Là aussi, un test est passé avant tout accord. Nous pouvons aussi clôturer le parc du client s’il ne l’est pas avant l’arrivée du cheval.». Sur le site, Bruno va mettre à profit son savoirfaire et s’il obtient l’agrément Centre Equestre en septembre, il proposera en plus de ses activités actuelles des cours personnalisés. Au lieu de suivre scrupuleusement un programme pédagogique, les cavaliers décideront de ce qu’ils veulent apprendre et réaliser : cross, jeux, travail en carrière... Les possibilités sont multiples !

concept, ça c’était possible! C’est ainsi que Bruno Parant a décidé de reprendre le flambeau de l’unique loueur d’équidés de la région, maintenant à la retraite, et de mettre au monde la Sarl des Chevaux Gascons. Du haut de ses 23 ans, Bruno qui descend tout droit de Paris, a des airs de PDG de start up. Pourtant ce jeune homme dynamique baigne dans les boxes de chevaux depuis l’âge de cinq ans. «J’ai commencé à monter très jeune et ne me suis plus arrêté jusqu’à mes dix huit ans. Mais un problème de santé m’a empêché de faire du cheval de manière intensive. Dès lors, j’ai stoppé mes études et suis rentré dans la grande distribution. » Pourtant la vie parisienne partagée entre son travail et ses amis ne lui a pas convenu longtemps. « Ma famille paternelle est originaire du Gers et j’y passais assez souvent mes vacances. Voilà neuf ans, j’ai rencontré le dernier loueur d’équidés du département. Lorsque j’ai eu assez de ma vie à Paris, je me suis installé sur son domaine Auto-financé pour démarrer cette nouvelle activité. Puis, il y a deux Bruno Parant Bruno à monté son entreprise en mai 2005 et il n’est pas mois j’ai rencontré le futur propriétaire du parc à cheau bout de ses peines. Car créer une activité ne veut pas vaux où je suis désormais installé à mon compte ». Ainsi, dire devenir millionnaire rapidement. « Je me verse un salaire soixante hectares d’anciennes terres agricoles ont été partagés enéquivalent à 400 € par mois… Je me suis auto-financé. C’était de toute tre un parcours de quad et les chevaux de Bruno. « Je lui loue huit façon la seule solution car quand j’espérais avoir des aides, j’étais tout hectares de terres pour faire paître les chevaux et depuis nous proposons le temps dans la mauvaise case et je n’avais donc droit à rien »... Ce qui quelques activités en commun. » n’ a pas empêché ce « Lucky Luke des vallons » d’avancer au galop

Un cheval à domicile pour les vacances

Bruno a développé plusieurs idées autour du cheval. « Le premier concept s’adresse à des cavaliers expérimentés (nous effectuons au départ un test de leurs capacités). Il s’agit d’organiser pour eux des randonnées de une ou plusieurs journées dont ils ont la maîtrise. Je leur fournis la

afin de ravir tous les amoureux de l’équidé durant la prochaine saison estivale. Faustine Milard Sarl Les Chevaux Gascons à Auch, 05 62 63 61 03. contact@chevauxgascons.com

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Le domaine de Moléon

Au coeur du bien-être et de la relaxation... Yves Bordeneuve a transformé le Domaine de Moléon en un centre accueillant des stages et des séminaires de relaxation. Au cœur du bien-être en pleine campagne !

Iner, de surprendre mais en même temps de rassurer

l est des destinées humaines qui ne manqueront pas d’éton-

Un lieu d’épanouissement.

sur les capacités de l’humain à s’adapter à de nouvelles situations, à créer, à innover. C’est un peu le cas d’Yves Bordeneuve, personnage atypique de notre campagne gasconne qui s’ouvre complètement sur le 21e siècle et sa recherche de « Mieux-Etre ». Yves Bordeneuve est né au village de Labrihe, à quelques kilomètres de Mauvezin (Gers) et de la commune de Monfort. Ses parents, maintenant en retraite, étaient cultivateurs, sa mère assurant aussi les fonctions de secrétaire de mairie à Labrihe, St Orens, Sérempuy et Monfort. Une jeunesse dans un environnement complètement rural.

Alors qu’il n’a jamais été ouvrier du bâtiment, Yves Bordeneuve décide de transformer sa grande maison en lieu de réception de séminaires. Il va tout faire par lui-même. Aujourd’hui, son domaine offre une salle de conférence/exposition de quatre vingt dix mètres-carrés, une salle de restaurant de cinquante places et toutes les installations de cuisine nécessaires, généralement (mais non obligatoirement) dévolues à la cuisine végétarienne, l’hébergement avec trente quatre lits en onze chambres différentes, avec sanitaire complet. Des fenêtres ouvrent sur la campagne environnante, les champs de blé, de tournesol ou d’ail. Un espace Yves Bordeneuve Plus près de la nature. de vie en pleine nature, la première maison étant à Arrivé en âge de se marier, Yves Bordeneuve vient s’insun kilomètre environ. Un sentier de randonnée traverse taller avec son épouse, puis bientôt leurs deux enfants, au Domaila propriété, à travers bois et prairies. Un lac de cinq hectares ne de Moléon, maison natale de sa mère. Il n’a pas la vocation d’agri- est aussi un but de promeculteur et met ses terres en fermage tout en gardant la grande maison nade. perdue sur une butte au milieu des champs. Il devient alors chauffeur L’idée a donc été de proroutier international, parcourant à longueur d’année la totalité de l’Eu- mouvoir un lieu régi par rope de l’Ouest et de l’Est, le Maroc aussi. A partir de 1989, il se sent une charte bien définie attiré par ce que certains appellent « l’irrationnel » (peut-être parce que précisant que le Domaine nous avons perdu les cheminements permettant d’aboutir à une certaine de Moléon est « un site compréhension du monde ?). Il s’intéresse à tout ce que l’on redécouvre exclusivement réservé peu à peu aujourd’hui et qui concerne la place de l’homme dans la na- aux stages et séminaires ture, ses rapports profonds avec les éléments, avec l’univers. Un divorce permettant à tout être de amène une rupture de vie. Yves quitte les camions et étudie durant trois se développer et de s’éleans et demi la radiesthésie, la chromothérapie, le magnétisme et la ré- ver sans avoir toutefois flexologie plantaire chez un couple praticien de Marmande. de vocation à recevoir de mouvement sectaire ». La relaxation, la randonnée pédestre dans la nature gersoise, les rencontres de peintres, de musiciens, les week-ends de ressourcement, les techniques de bien-être font partie des activités souhaitées. C’est pour toutes ces raisons et pour la beauté du site que l’association « Mieux En Gascogne » a décidé d’organiser, en ce lieu, les samedi 8 et dimanche 9 juillet prochains son premier « FESTIVAL DES SENSATIONS », une fête grand public qui réunira des expositions de peinture, des concerts de musique diverses, des stands de produits gastronomiques, d’artisanat d’art et de praticiens de relaxation et de mieux-être, sans oublier le 6e sens, la spiritualité… Jean-Paul Amic Domaine de Moléon - 32120 Monfort. Tél.: 05 62 06 71 54

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La confrérie du Porc Noir ! Cette jeune confrérie, créée dans les Hautes-Pyrénées en janvier 2000 a pour mission de défendre et de promouvoir les jambons issus du porc noir gascon, alias le « Noir de Bigorre ».

Pgorre ? Non, il n’y a pas de

orc de Gascogne ou de Bi-

querelle régionale sous cette dualité de noms. Ce porc qui était traditionnellement élevé dans les fermes des HautesPyrénées, du Gers, de HauteGaronne et de l’extrémité Est des Pyrénées-Atlantiques jusque dans les années 70, est officiellement appelé « porc noir gascon ». Au début des années 80, il ne restait guère plus que quelques verrats et une trentaine de truies de cette espèce. Les paysans avaient oublié cet animal car, fait pour vivre en liberté dans la nature, il supportait assez mal le confinement dans des porcheries où l’espace lui était limité. C’est alors qu’un groupe de passionnés au nombre desquels se trouve Jean Guilbaux, vétérinaire à Trie-sur-Baïse (la capitale française du cochon) et actuel Grand Maître de la Confrérie, décide de préserver cette race. C’est chose faite depuis le milieu des années 90. Ces sauveteurs du porc noir gascon ont créé un consortium regroupant des éleveurs, des charcutiers et des salaisonniers. Aujourd’hui, le porc noir est à nouveau en plein essor.

Vers l’appellation contrôlée

Cette interprofession, consciente de la qualité exceptionnelle des charcuteries issues du porc noir, fixe alors une charte très stricte concernant son élevage et son affinage: obligation de maintenir les lignées, les six derniers mois de vie de l’animal passés en plein air avec pas plus de vingt cinq porcs à l’hectare, nourriture de céréales, de glands et châtaignes, abattage à un an dans les abattoirs de Tarbes, jambons séchés durant au moins dix huit mois. Tout cela contribue à faire le meilleur jambon français et a pousser les professionnels à déposer une demande d’appellation contrôlée sous le nom de « Noir de Bigorre » puisque ce savoir-faire se trouve dans un rayon de cinquante à soixante dix kilo-

mètres autour de Tarbes. Cette appellation est en cours et nul doute, vu la qualité exceptionnelle du produit, que celle-ci soit attribuée bientôt. Mais cela prend quelques années… Donc, «Jambon Noir de Bigorre » est le nom du produit fini et de l’appellation contrôlée, mais ce régal provient bien du porc noir gascon !

Autour de l’Aròu

La Confrérie du Noir de Bigorre se réunit plusieurs fois dans l’année, autour de « l’aròu », la bannière noire dont le nom signifie « la ronde ». Le Grand Chapitre solennel a lieu fin juin, à l’abbaye de l’Escaladieu, près de Capvern les Bains. « La noblesse de ce lieu, qui abrite aussi le siège social de la confrérie, sied parfaitement à la haute qualité de notre produit » précise Jean Guilbaux. Mais la confrérie intronise aussi des membres dans divers haut-lieux des produits de bouche : Le Salon Agricole de Paris, le Salon de la Qualité Alimentaire de Toulouse, Gascogne-Expo à Auch, etc. Le Grand Conseil arbore la tenue officielle : costume noir ; chemise blanche (qui va se transformer en chemise noire sous peu), cravate avec l’emblème de la confrérie, ruban et médaille en terre cuite. Les impétrants reçoivent la médaille, symbole de leur nouvelle appartenance à la docte confrérie, la cravate siglée et un demi-jambon. Tout cela se passe dans une ambiance fort amicale et joyeuse avec le groupe de chanteurs « Eth Bandoleth’s »… sans oublier la gastronomie avec force tranches de jambon de « Noir de Bigorre » évidemment. Depuis sa création, une cinquantaine de personnalités ont déjà été intronisées ; citons Martin Malvy, Président du Conseil Régional de MidiPyrénées, Philippe Martin, Président du Conseil Général du Gers, Gérard Trémège, Maire de Tarbes, Jean-Marie Leblanc, directeur du Tour de France mais aussi des membres des milieux de la télévision et du spectacle et des restaurateurs. Il faut enfin préciser que la Confrérie du Noir de Bigorre est jumelée avec la Confrérie du Haricot Tarbais et que l’une ne saurait imaginer un événement sans la présence de l’autre ! Goûtez le vrai jambon de « Noir de Bigorre » ! Vous demanderez aussitôt à adhérer à la Confrérie ! Jean-Paul Amic Confrérie du Noir de Bigorre - Abbaye de l’Escaladieu - 65130 Bonnemazon. Hommage à Séverin Gratianauld

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The Tarbes stud farm

Le Haras de Tarbes :

TNapoleon who needed good horses for his armies…

Cnational de Tarbes. L’empereur avait besoin de bons chevaux pour

Haras de Tarbes. Information : 05 62 56 31 01 www.haras-nationaux.fr

Haras de Tarbes. Renseignements : 05 62 56 31 01. www.haras-nationaux.fr

pour les amoureux des chevaux

a place for the horsey set

he Tarbes national stud farm was created in 1806 during the reign of

This stud farm remains a key breeding center of race horses even today, and applies modern methods for the improvement, selection and preservation of the equine species’ genetic stock. It is also an outstanding architectural example, the result of the work of more than one builder. All of the buildings are in the neoclassic style, and are spread out over a magnificent set of grounds about 23 acres in size planted with trees over a hundred years old. The stables, which date from 1881, still have their archway made of chestnut wood and their mangers made of marble from the Pyrénées. They were restored in 1992 and consist of box stalls made of solid oak. In 1995 a “Maison du Cheval” was created in the old riding school set in the very center of the stud farm, and has now become a museum for educational and cultural purposes. A number of other buildings were restored at the same time, such as the saddlery, smithy and the breeding facility. Visits to the stud farm are led by professional guides, and events are organized according to the seasons. The stud farm boasts a saddle exhibition as well as a good many horse-drawn carts, in keeping with a tradition that calls for a great deal of style and precision. Jean-Louis Le Breton (trad.: Nina de Voogd)

’est sous Napoléon 1er, en 1806 exactement, qu’a été créé le haras

son armée… Aujourd’hui encore, le haras est l’un des centres importants de reproduction de chevaux de race. Il utilise des techniques modernes pour l’amélioration, la sélection et la conservation du patrimoine génétique équin. C’est également un ensemble architectural remarquable qui résulte de l’action de plusieurs bâtisseurs. L’ensemble porte la marque du style empire. Les bâtiments sont disposés dans un superbe parc de neuf hectares arboré d’essences plus que centenaires. L’écurie, créée en 1881, a conservé sa voûte en châtaignier et ses mangeoires en marbre des Pyrénées. Restaurée en 1992, elle se compose de boxes en chêne massif. En 1995, une « Maison du cheval » a été installée dans l’ancien manège situé au centre du haras. C’est aujourd’hui un musée à vocation éducative et culturelle. De nombreux autres locaux ont été restaurés à la même époque : la sellerie, la forge et l’unité de reproduction. La visite du haras est organisée par des guides professionnels et les événements peuvent varier en fonction des saisons. Le haras possède une sellerie d’honneur et de nombreux attelages hippomobile. La tradition de l’attelage y est maintenue avec beaucoup de rigueur et d’élégance. Jean-Louis Le Breton

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The Tarbes stud farm Le Haras de Tarbes


Le pavé dans la mare

Le pavé dans la mare

Jrant called “Le Pavé dans la Mare” in Condom.

Jrant « Le Pavé dans la Mare » à Condom.

She was born in France to a Vietnamese family who came from Saigon. He is a Parisian. They met…. at the “Bistrot Romain” where Jean-Paul worked in the kitchen and Martine was a waitress ! “We worked as team members for quite a while for that particular chain of restaurants, and took part in openings of new ones in Rheims, Rennes, Nice and Toulouse before settling down for seven years in Marseille. That’s when we started a family, Jean-Paul was promoted to the rank of chef and we decided to start our own business”. As Marseille was out of reach financially, they started looking in the Midi-Pyrénées region, where they liked the pleasant setting of the “Pavé dans la Mare” near Condom in the Gers. It is set on the banks of a pond full of ducks, and boasts a pleasant terrace for outdoor dining in spring and summer. “I didn’t know this region, and decided right away to work with good-quality local products”, says Jean-Paul, and Martine adds that she just knew he would hit it off with local duck and wine producers. They do indeed offer a mouthwatering menu full of dishes such as duck liver sautéed with honey, papillotes de coeurs de canard au foie gras à l’armagnac and feuilleté de ris de veau braisé. Memories of Marseille are never far away, however : “depending on the week, I like to offer fennel-flavoured grilled fresh fish like bass and whiting…” Full of courage, this young couple keeps its restaurant open six days a week all year, and every single day throughout the summer. “Of course we do not have enough time for our family, but that is the choice we made so as to be available for our customers, friendly and ordinary people who like to get to know us, and also many foreigners who enjoy our food.” J.-L. L.B. (trad. Nina de Voogd)

Elle est née en France d’une famille vietnamienne originaire de Saïgon. Lui vient de la région parisienne. Ils se sont rencontrés… au « Bistrot Romain » où Jean-Paul cuisinait et Martine servait ! « Nous avons longtemps travaillé en équipe pour cette chaîne de restaurants. Nous avons fait des ouvertures d’établissements à Reims, Rennes, Nice, Toulouse avant de nous fixer sept ans à Marseille. Et puis nous avons fondé un foyer, Jean-Paul est passé chef et nous avons décidé de monter notre propre affaire. » La côte phocéenne étant hors de prix, le jeune couple a cherché en Midi-Pyrénées et a été séduit par le cadre charmant du « Pavé dans la Mare » à l’entrée de Condom dans le Gers. L’établissement est situé au bord d’un étang où s’ébattent des canards et il dispose d’une jolie terrasse pour accueillir les clients dès les beaux jours. « Je ne connaissais pas la région et j’ai tout de suite voulu travailler avec des produits locaux de qualité » raconte JeanPaul. « Je me suis dit : il va s’éclater avec tous ces producteurs de canards et de vin ! » ajoute Martine. Et de fait, le jeune couple propose une carte alléchante avec du foie poëlé au miel, des papillotes de cœurs de canards au foie gras à l’armagnac ou un feuilleté de ris de veau braisés. Mais l’ambiance de Marseille n’est pas loin. « Selon les semaines, j’aime aussi proposer des poissons frais grillés comme de la dorade ou du loup au fenouil… » Ce couple est particulièrement courageux puisque le restaurant est ouvert six jours sur sept pendant l’année courante et tous les jours pendant la période d’été. « C’est vrai qu’il nous manque du temps pour notre vie de famille. C’est un choix pour pouvoir accueillir notre clientèle : des gens simples et chaleureux qui cherchent à nous connaître et aussi beaucoup d’Anglais qui apprécient notre cuisine. » Un pavé à ne pas manquer… J.-L. L.B.

ean-Paul Lamas and Martine Marcelin recently took over the restau-

Le Pavé dans la Mare. Route d’Eauze. 32100 Condom. Tel/fax : 05 62 28 25 00

ean-Paul Lamas et Martine Marcelin ont récemment repris le restau-

Le Pavé dans la Mare. Route d’Eauze. 32100 Condom. Tél/Fax : 05 62 28 25 00

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Naturism in Gascony

Naturisme en Gascogne

Sholidays are in the air….So instead

Ls’imagine déjà à rêver à nos vacances

pring is here and thoughts of summer

e soleil commence à pointer et l’on

of spending a fortune on a trip to some sandy beach, why not take a stab at naturism, a pastime devoted to things natural, a form of communion with nature, and above all a way of doing away with social distinctions. Interview with Marc Delville, the man in charge of “Les Roches”, a naturist camping site set atop a hill in the Gers. Le Canard Gascon : Just for openers, could you explain the difference between a nudist and a naturist ? Marc Delville : Naturism is a way of life, an individual step in by which to do away with all barriers between people. As one lives naked among others, one also does away with the hierarchy in social relations that is part and parcel of the world of “textile”. A nudist, though, is someone who strips now and then on the beach, just for the fun of it … Le Canard Gascon : So what, besides going naked, are naturists really looking for ? Marc Delville : The mere fact of nakedness is not what really matters, but rather the fact of taking that particular step. People become naturists in their search for conviviality devoid of any exterior aspects. Nakedness makes for a certain degree of humility, and more respect for others. No one is perfect, we all have our scars, deformities and complexes. The fact of showing them for all to see is a way of learning to live with them. And on a daily basis, it does not make for the same kind of seduction as in civilian life. Le Canard Gascon : When your critics accuse you of being voyeurs or exhibitionists, what do you say to them in reply ? Marc Delville : No voyeur or exhibitionist will take the slightest pleasure in joining us. A voyeur likes to hide in order to observe, while an exhibitionist is in seventh heaven if he alone is naked among people wearing clothes. For them there is no point in it, and suspect behaviour is soon spotted. In any case in a small camping site ours this rarely happens. Faustine Milard (Trad. Nina de Voogd)

Camping site Les Roches, open from May till October, 40 slots, pool (20 x 8 meters). Do not miss National Naturism Day on June 17, when the camping site will be open to the public. Contact :campinglesroches@wanadoo.fr – tel. 05 62 66 30 18

d’été... Alors, au lieu d’aller dépenser des fortunes sur des plages de sables fins, pourquoi ne pas se convertir au naturisme ? Un mode de vie où le naturel est roi, une communion avec la nature, et surtout une façon appropriée de faire tomber toutes les barrières sociales. Rencontre avec Marc Delville, responsable du camping naturiste « Les Roches »*, posé au sommet d’une colline gersoise. Le canard Gascon: Pour éviter toute confusion dès le départ, pourriez-vous nous expliquer la différence entre un nudiste et un naturiste? Marc Delville : Le naturisme est un mode vie, une démarche personnelle pour aller vers les autres. Le fait de se déshabiller n’est qu’un vecteur qui permet de faire tomber toutes les barrières. En vivant nu avec les autres, on gomme ainsi tous les rapport hiérarchiques et sociaux présents dans la société « textile ». Alors qu’un nudiste, fait ça de temps en temps sur la plage, pour l’aventure... Le Canard Gascon: Alors, hormis le fait d’être nu, que recherchent vraiment les naturistes? M.D.: Ce n’est pas le fait d’être nu qui importe vraiment, mais la démarche personnelle qu’on y insère. Les gens adhèrent au naturisme pour retrouver un esprit de convivialité, sans s’embarrasser des aspects extérieurs. Être nu, impose une certaine humilité et un plus grand respect vis-à-vis des autres. Nul n’est parfait, on a tous des balafres, des malformations, des complexes. Les monter au grand jour, nous apprend à vivre avec. Et au quotidien, ce n’est pas le même travail de séduction que dans la vie civile. Le Canard Gascon: Quand vos détracteurs, vous parlent de voyeurisme ou d’exhibitionnisme, que leur répondez-vous? M.D.: Le voyeur comme l’exhibitionniste ne prendra aucun plaisir à se joindre à nous. Le voyeur prend son pied en vivant caché pour observer, L’exhibitionniste, lui, sera aux anges s’il est seul nu au milieu de gens habillés. Ils n’y trouvent ici aucun intérêt, et les attitudes suspectes sont vite repérées. D’autant que dans un camping comme le nôtre, de petite envergure, c’est un fait plutôt rare. Propos recueillis par Faustine Milard. Camping les Roches, ouvert de mai à Octobre, 40 emplacements, piscine (20x8m). Le 17 juin, ne manquez pas la journée nationale du naturisme. Journée portes ouvertes au camping. Contact: www.campinglesroches.net campinglesroches@wanadoo.fr/ 05.62.66.30.18

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Ô moun païs... qué parlan de tu... Peu de nouveautés dans cette période un peu creuse entre les fêtes de fin d’année et les sorties d’avant les vacances. C’est le moment de parler de quelques publications déjà plus anciennes mais toujours disponibles et qui restent des « classiques » de la culture de notre Gascogne. DIEU EST-IL GASCON ?

de Christian Millau (Editions du Rocher) Un nouveau livre de Christian Millau (oui, celui du guide « Gault et Millau ») qui n’est pas Gascon de naissance puisqu’il a vu le jour à Paris d’une mère moscovite et d’un père normand et qu’il habite sur la Côte d’Azur. On ne peut donc l’accuser de chauvinisme ! Et bien, ce journaliste qui connaît parfaitement la France et la plus grande partie du monde puisqu’il a bourlingué un peu partout (comme tout reporter qui se respecte) pense que, sur cette terre, l’endroit béni des Dieux est bel et bien la Gascogne !!! Il s’efforce de le prouver par de courts textes de présentation de personnages connus ou anonymes possédant tous, ancré au fond d’eux-mêmes, un art de vivre extraordinaire fait de bon sens paysan, d’accord avec la nature, de recherche instinctive des plaisirs -à commencer par ceux de la table- et de philosophie profonde. Seul fait quelque peu surprenant, sa notion de Gascogne s’étend jusqu’au Périgord ou au Quercy. Il faut toutefois reconnaître que la façon de vivre (incluant la cuisine) est, du côté de Périgueux ou de Cahors, à peu près la même qu’à Auch ! On pourrait croire une série de nouvelles écrites par un Pagnol gascon mais les personnages sont réels ! Trois titre de chapitres donnent l’ambiance du livre : « L’Armagnac ne s’achète pas, il se chasse » , « La fièvre de l’oiseau bleu », « Les cèpes du Père Augustin ». Pour nous, qui avons la chance de vivre dans ce lieu que Dieu aurait paraît-il choisi, lire ce livre est une façon de nous prouver que, pour être heureux, nous devons bien continuer à suivre nos habitudes ancestrales, sans succomber aux tentations d’un modernisme clinquant. Une cure d’optimisme et de jouvence mais aussi d’humour.

on vous propose un verre « d’huile de souquette » (de vin) après avoir « donné la main à » (aidé) un voisin…Plus besoin de « rouméguer » (ronchonner) parce que vous n’avez pas compris ce que l’on voulait vous dire !

HILH DE PUTE – MACAREL

de Charles Daney (Editions Loubatières) Dans la même série que le précédent ouvrage. Il s’agit du « dictionnaire des jurons, insultes, injures, blasphèmes, imprécations, invectives, gros mots, etc. » de notre sud-ouest. Tout ce qu’il faut pour devenir un vrai Capitaine Haddock gascon !!! Et que « le hourcut te crame » si tu ne m’écoutes pas ! N’oubliez pas qu’en Gascon le « h » remplace le « f ». Le « fourchu », c’est bien sûr le diable.

BANDAS A CONDOM

(auto-édition – voir site www.festival-de-bandas.com)

A BISTO DE NAS

de Bernard Vavassori (Editions Loubatières) Un livre sorti il y a déjà deux ou trois ans mais toujours réédité car c’est un classique de la culture occitane. A lire absolument pour les « Néo-Gascons », les ex-citadins installés depuis peu dans notre région. On y découvre des expressions – ou des tournures de phrases – qui sont passées de la langue gasconne (ou de sa cousine l’espagnol) dans le Français parlé chez nous. Vous saurez au moins à quoi vous en tenir si

Un cd qui retrace les gagnants des années 1999-2003 au concours du Festival des Bandas qui se tient chaque année à Condom le 2e weekend de mai. Un disque éminemment tonique, à écouter au soleil, au moment de l’apéritif. Toute l’atmosphère des fêtes du Sud-Ouest, des corridas ou des matchs de rugby dans votre chaîne stéréo. Jean-Paul Amic

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Le Canard gascon n°8  
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Bio-carburants : la ruée vers l'or vert !

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