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FÊvrier 2016 - n° 61 - lebonbon.fr


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- © CORENTIN FOHLEN.

DES PERSONNES SOLLICITÉES NE PEUVENT PAS AIDER CETTE ENFANT PARCE QUE NAVRÉ MAIS ELLES ONT UNE REUNION DANS 5 MINUTES.

HEUREUSEMENT, 100% DES PERSONNES SOLLICITÉES ONT BESOIN DE MOINS DE 5 MINUTES POUR FAIRE UN DON SUR MEDECINSDUMONDE.ORG

SOIGNE AUSSI L’INJUSTICE C : 100 M : 60 J:0 N:0 Médecins du monde - Identité visuelle FRANCE

08/07/2009


EDITO Avec le mois de février nous vient enfin le mois le plus pourri de l'année, avec pour épicentre son quatorzième jour, dit jour de l'amour. Concentrant en lui-même tout ce qui se fait de mieux en matière de névroses judéo-chrétiennes, le 14 février, dans son infinie vicelardise, a eu en plus le génie de s'enrober d'un mercantilisme dont la guimauve a un goût de jus de cul. Ouais, jus de cul les menus pour amoureux dans les restos-quifont-leur-carte-en-fonction-de-la-saison, les dossiers hystéros et débiles de la presse en kiosque, les offres spéciales pour un week-end à Center Parcs, les soirées Tinder pour célibaputes stressées. Putain, y’a tellement de jus de cul qu'on dirait un fleuve, à qui doit-on tout ce bordel, hein ? Hé bien figure-toi que ce simulacre de célébration de la vie n'est qu'une copie diaphane des Lupercales, fêtes païennes qui se déroulaient dans la Rome antique. Bon, à cette époque, on s'en branlait pas mal du péché originel, et le but du jeu était de « raviver la fécondité de la société humaine en libérant les puissances vitales de la nature de toutes les contraintes de la civilisation » dixit Universalis. Pour faire court, après deux-trois sacrifices de boucs, les mecs couraient à poils dans les rues et fouettaient (culbutaient ?) les femmes (et les hommes ?) qui désiraient “la fertilité”. Un petit coup dans le nez, et tout ça devait finir en partouze/free party, ce qui a nettement plus de gueule que cette Saint-Valentin fadasse qui pue la loose. Allons donc, le soir du 14, sois un peu punk et balade-toi à poil dans les rues de Paris, le sexe à l'air ; là, tranquille, tu participeras au grand rite de la vie. Et n'oublie pas que sur bien des points, ancient world did it better. MPK

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OURS

DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Jacques de la Chaise RÉDACTEUR EN CHEF Michaël Pécot-Kleiner DIRECTEUR ARTISTIQUE Tom Gordonovitch COUVERTURE Clara 3000 par Flavien Prioreau SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Louis Haeffner RÉDACTEUR EN CHEF DIGITAL Hillel Schlegel RÉDACTEURS WEB Olivia Sorrel-Dejerine, Rachel Thomas, Tiana Rafali-Clausse, Simon Kinski Znaty RESPONSABLE DIGITAL Antoine Viger COMMUNITY MANAGER Raphaël Breuil CHEF DE PROJETS Dulien Serriere PARTENARIATS Charlotte Perget RÉGIE PUB Carole Cerbu, Arnaud Laborey, Benjamin Alazard, Thomas Bonnet DIRECTEUR DES VENTES Hugo Delrieu CHEFS DE PUBLICITÉ PRINT Julie Guedj, Nicolas Portalier, Martial Mosconi STAGIAIRE Tristan Brivoal SAS LE BONBON 12, rue Lamartine 75009 Paris Siret 510 580 301 00032 01 48 78 15 64 IMPRIMÉ EN FRANCE


SOMMAIRE

p. 7 À LA UNE Clara 3000 p. 13 MUSIQUE Antigone & François X p. 19 LITTÉRATURE Les mots de minuit p. 23 CINÉMA Les sorties du mois p. 25 ARTWORK Alexandra Miraut Korobov p. 27 NIGHTIVISME Haïku p. 39 PHOTO Romy Alizée


TOUS LES VENDREDIS AU BUS PALLADIUM 4

POUR ÊTRE SUR LISTE RDV SUR LEBONBON.FR 6, RUE PIERRE FONTAINE PARIS 9E


HOTSPOTS

- BONNIE BANANE SUR UN PLATEAU Après avoir écouté son excellent premier EP Dame Nature, il serait fort dommageable de ne pas la voir pour de vrai jouer sur une scène. Dépoussiérant à sa manière le ARE ANDE BI, Bonnie Banane est une femme mi-ganster, miriche en fibre. Jeudi 11 février. 19h30. La Boule Noire.

- MONDIAL DU DESSIN INDÉLÉBILE SUR LA PEAU Tous les meilleurs tatoueurs de la planète Terre seront réunis et ils n'attendront que toi, toi et ta peau de jeune noctambule, tannée par les spotlights de clubs et la lueur blafarde des afters. Tu verras, c'est un peu douloureux mais c'est bien mieux que de mater dans ton lit INK MASTER. Du 4 au 6 mars. Grande Halle de la Villette - LES PHOTOS DE BETTINA RHEIMS On reste sur de l'épidermique avec Bettina Rheims, qui déclarait « J'aime la chair, je suis un photographe de la peau ». Devant tes yeux ébahis donc, une expo qui retrace pour la première fois plus de 40 ans de carrière, centrée sur des femmes qui n'ont rien de vieilles peaux. Salon du tatouage likes this. Jusqu'au 27 mars. MEP. - JEUDI MINUIT, JE DIS VENDREDI « ARRÊT DE TRAVAIL » Sortir le jeudi, c'est toujours la grande classe, c'est un truc de connaisseur, ça te promet de beaux lendemains de merde. Pour optimiser à fond ton potentiel de gueule dans le sac au bureau, on te conseille d'aller voir Krikor et tous ses amis à la soirée du label Fragil Musik. Jeudi 18 février. À partir de minuit. La Java

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À LA UNE T

MPK P FLAVIEN PRIOREAU

CLARA 3000 — CHAOSMOS

Les générations passent, l'ancien monde fuit de toute part et de nouvelles figures viennent incarner les paradoxes d'une époque inédite coincée entre crise, lutte contre la remontée des archaïsmes et déconstruction salvatrice. De ce changement de paradigme, Clara Deshayes - dite Clara 3000 -, tout juste 26

piges mais déjà 10 ans de carrière, est l'un des symboles. DJ/productrice chez le très engagé label Kill The DJ, égérie de Jacquemus, collaboratrice pour la marque Vetements, Clara s'installe irrémédiablement et pour les années à venir à l'avant-garde du combat. Interview. 7


“LE CHAOS, ÇA NE M'ATTIRE PAS, C'EST LÀ OU JE SUIS À L'AISE. C'EST MA ZONE DE CONFORT. ÇA TE FAIT SOURIRE ?”

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J'ai cru comprendre que tu étais assez fan de Foucault, c'est vrai ? Oui, mais attention, je n'ai pas encore tout lu. Disons que Foucault m'a permis d'avoir ma première vraie révélation par rapport au club et à sa symbolique. Tout ça, ça s'axe autour de son concept d'hétérotopie (concept forgé par Michel Foucault en 1967. Les hétérotopies sont une localisation physique de l'utopie. Ce sont des espaces concrets qui hébergent l'imaginaire, comme une cabane d'enfant ou un théâtre, ndlr). Je ne m'en suis pas rendu compte quand je suis arrivée à Paris et que j'ai commencé à beaucoup sortir, mais avec le recul, je m'aperçois que c'est cette notion d'hétérotopie qui m'a toujours attirée. Ça et les basses. Et puis le truc qui est aussi assez unique dans un club, c'est que ça te permet d'être seul. Seul avec tout le monde.

ce qui t'attire tellement là-dedans ? Cette musique a rendu cohérente ma schizophrénie de jeunesse. Ado, j'ai eu une énorme période rock old school, et puis je suis tombée par hasard dans un club. Les rockers en perfecto, si tu leurs disais que t'allais au Rex, tu les trahissais. J'avais l'impression d'être bipolaire. Et puis j'ai découvert le post-punk, avec des points d'entrée comme Liquid Liquid et Talking Heads. Pour moi, ce qui résume le mieux la quête musicale de ma jeunesse, c'est Suicide, avec ces boîtes à rythmes méga droites, ce chaud-froid constant. Le post-punk résume ce qui se fait de mieux dans la musique électronique et le rock.

Être en cabine, c'est aussi un pouvoir. Pour moi, c'est plus un devoir. Un devoir de créer les conditions d'une union, d'un dépassement. Cet aspect fédérateur du club, tu n'en es pas directement responsable, mais c'est toi qui va créer cette zone dans laquelle les gens vont se fédérer. Tu es un catalyseur dans la réaction, en quelque sorte.

Avant Kill the DJ, tu as bossé pour Ed Banger. C'est un peu un grand écart entre les deux... Ce qui me passionne, c'est justement ce genre de paradoxe. Avec du recul, quand on regardera dans 20 ans, même si ça ne se ressemble pas sur le papier, on verra que Ed Banger et Kill The DJ ne sont pas si éloignés que ça au niveau de l'ouverture musicale. Par contre, ce qui change radicalement chez Kill The DJ, c'est la profondeur du discours que tu donnes à la musique. Si les morceaux estampillés KTDJ étaient sortis sur un autre label, ils ne seraient pas politiques. Ce n'est pas la musique en elle-même qui est politique, c'est le discours qu'il y a autour (KTDJ est LE label référence en matière de lutte libertaire et d'égalité des sexes, ndlr). Ça n'a rien à voir avec la démarche de Pedro Winter, qui est celle d'un label manager plus classique.

Tu es connue pour avoir un large spectre musical lors de tes mix, mais je sais que tu as un goût particulier pour le postpunk. Rien que l'évocation de noms de groupes comme November Novelët, Absolute Body Control, Tropic of Cancer ou Lebanon Hanover change ton regard et te fait briller les yeux. Qu'est-

Il y a quelque chose qui revient souvent chez toi, c'est cette fascination pour l'explosion créative de l'Allemagne d'entredeux-guerres. Tu es toujours dans un trip "République de Weimar" ? J'ai une sorte de fantasme sur les périodes de crise, je ne sais pas pourquoi. J'ai toujours eu l'impression que la génération de nos parents

Une solitude peuplée, en quelque sorte... Oui, c'est une sensation que je n'ai jamais retrouvée ailleurs. Je me rends compte aussi que la cabine du DJ, c'est l'endroit où tu es le plus à l'abri et le plus exposé dans le club. C'est très paradoxal.

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a été épargnée, mais que la nôtre se ferait massacrer par une guerre. Cette sensation, ça vient aussi de mon grand-père dont j'étais hyper proche, et qui a vécu le Blitz de Londres. Il ne veut pas en parler, du coup, ça laisse pas mal de place à l'imagination. Ça m'a beaucoup travaillée. Et j'ai une grande-mère qui a fait la guerre d'Espagne côté républicain. C'est un héritage qui te marque ? Complètement, les histoires de famille, ça ne tourne qu'autour de ça. « Tu te rappelles quand Papito s'est fait fusiller ? », « Tu te rappelles quand on nous a séparés de nos frères, et qu'on nous a planqués dans le métro de Londres ? » Le chaos, ça t'attire ? Ça ne m'attire pas, c'est là ou je suis à l'aise. Le chaos, c'est ma zone de confort. Ça te fait sourire ? C'est sexy sur le papier, c'est romantique en interview, mais dans le réel, c'est très compliqué à gérer. L'engagement politique, ça te parle ? Je suis pour l'extermination de la race humaine en général. C'est ça mon combat (rires). Je ne suis pas en révolte contre le monde, car pour être en révolte, il faudrait que je crois en l'être humain, ce qui n'est pas le cas. Comment être heureux alors ? En n'en ayant rien à foutre. Par contre, tu ne peux pas être heureux en faisant semblant de ne pas voir le monde dans lequel on vit. Tu as dit quelque part, du fait que ta famille déménageait souvent : « Je suis un peu bizarre, je ne me suis jamais liée aux gens. Au lycée j’avais ma bande, mais j’étais assez détachée dans ma tête. » Ta bande, aujourd'hui, c'est qui ? Quand tu es enfant et que malgré toi, tu dois déménager tout le temps, tu perds beaucoup de gens. Après, par auto-défense, j'ai décidé de ne pas m'attacher trop aux gens pour éviter de 10

souffrir. Et puis quand je suis arrivée à Paris, ce mécanisme m'a traumatisée et il a fallu que je le casse. Ma bande aujourd'hui, c'est des gens que je connais de longue date : le photographe Pierre-Ange Carlotti, Lotta Volkova qui est styliste pour Vetements, Simon Porte Jacquemus... On est devenus une meute, parce qu'on est tous solitaires à la base. On est tous très très fidèles les uns aux autres. D'ailleurs, c'est aussi par ta "bande" que tu as mis un pied dans la mode en posant pour Jacquemus et en collaborant pour Vetements. A la base, tu n'es pas à proprement parler une "modeuse"... Le milieu de la mode, il n'est pas un peu casse-couille et snobinard des fois ? Ce qui m'alimente là-dedans, ce n'est pas la mode en elle-même, mais les gens qui la font et que j'aime. C'est comme toute chose, si tu dis à une musicien : « parle-moi de la musique aujourd'hui », tu me demandes quoi ? De parler de Kill The DJ ou de la daube que tu entends à la radio ? C'est trop facile de réduire la mode à cet écrin merdique, c'est un peu comme partout, t'as 90% des choses qui sont dégueulasses, qui sont du business de gros mecs foireux. Comme dans tout milieu créatif, il faut regarder ailleurs que la partie visible de l'iceberg. La nuit, elle te fera toujours bander ? Franchement, oui. J'ai le virus. A 8 ans, je faisais des "contests" avec mon frère pour savoir qui allait se coucher le plus tard. Et concernant la musique, y'a plein de choses que je garde dans mon sac à dos et que je ne dévoile pas maintenant. Gamine, j'étais le genre de meuf à ne garder que les crocodiles verts dans mon paquet de Haribo : je mangeais les jaunes en premier, parce que c'était ceux que j'aimais le moins. — facebook.com/clara3000


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MUSIQUE T

ARNAUD ROLLET MANUEL OBADIA + JACOB KHRIST P

ANTIGONE & FRANÇOIS X — FORCE COMMUNE Il a beau porter l’étiquette de mini-album, ce We Move As One réalisé par Antigone et François X a tout d’un grand. Associés pour la première fois sur un disque commun, les deux Français laissent ici transparaître une belle complicité, mais surtout une capacité

presque obscène à créer une dance music âpre, obsédante et sérieusement affûtée pour réchauffer nos corps de pécheurs. Une chose est sûre : le chemin sur lequel ils avancent ensemble ne peut être que salvateur.

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Votre première rencontre ? Antigone : En 2010, au tout début du revival techno, lors d’une soirée Revolver au Djoon… qui avait fait un flop. Je jouais au début et François-Xavier à la fin. Si je me souviens bien, il n’a joué que 20 minutes ! Cela ne m’avait pas empêché de rester car j’étais un grand fan des podcasts qu’il faisait à l’époque. Qu’est-ce qui vous a attiré l’un vers l’autre ? A : On avait plus ou moins les mêmes influences et on appréciait le renouveau porté par Ben Klock et Marcel Dettmann. Pourtant, suite à cette rencontre, on s’est un peu perdus de vue jusqu’à la Concrete. François X : C’est là-bas qu’on s’est revus, quasiment trois ans plus tard. A : Entre-temps, je m’étais mis à faire vraiment de la musique. J’avais sorti un premier EP sur Construct Re-Form en 2011 et peu après, je rencontrais Brice (Coudert, le DA de Concrete, ndlr). Je suis devenu DJ résident, tout comme FX trois mois avant moi. Est-ce que Concrete vous a permis de vous affirmer musicalement ? FX : Cela a été le catalyseur de beaucoup de choses, mais avant Concrete, on avait déjà notre histoire qui, bien que courte, nous permettait de dresser des ponts communs. J’organisais les soirées Dement3d avec Julien Haguenauer, axées sur cette nouvelle techno qui venait de Berlin, avant d’ensuite monter le label du même nom. Alors oui, on se voyait moins régulièrement avec Antonin, mais on gardait tout de même contact. A : En plus, avant Concrete, Julien avait déjà un projet de rassembler les producteurs de Paris… FX : Tel Moïse ! A : On se retrouvait pour des workshops, dans des apparts. C’est comme ça que j’ai rencontré Percyl, Polar Inertia, etc. Même si le projet n’a pas abouti, ce fut un bon moyen de se connaître alors que, dans la musique et la 14

techno en générale, les gens restent trop souvent dans leur coin. Est-ce que vous vous sentez appartenir à différentes "écoles" de techno ? A : Il y a quatre ans, je t’aurais probablement dit non. Aujourd’hui, on est vraiment sur différentes branches. Certains sont dans une techno plus "big room", d’autres essayent une techno plus lo-fi ou plus house sur les bords. Je pense que la nôtre se situerait plus entre tout ça. FX : Lorsque tu embrasses un courant, que tu t’y identifies, ta musique finit par mûrir, par te ressembler davantage. Des influences et ton passif ressortent. Ces différences sont donc logiques. En plus, il ne faut pas oublier que cette techno est encore assez récente. Elle n’a que 4-5 ans et le fait même de parler de "techno" n’est pas forcément adéquat. Avant, on parlait de "dance music" au sens global. Ce terme colle mieux à l’effervescence actuelle. Comment se sont répartis les rôles en studio pour les morceaux de We Move As One ? FX : De façon instinctive. A : L’un de nous amenait une base et on tournait autour. On pouvait alors partir dans une direction comme dans une autre assez rapidement. C’est vraiment une question de flow, de flux. FX : Sans idée précise au départ… A : Ce qui est très important dans la musique car sinon, tu t’enfermes dans un style et ça devient vite ennuyant. Actuellement, il y a de plus en plus de projets réunissant des artistes sous une autre entité. Vous n’y échappez pas non plus (Antigone évolue notamment dans Unforeseen Alliance ; FX dans Hiss : 1292). Là, ce n’est pas le cas. Pourquoi ? FX : Ayant déjà un projet à côté, je trouvais inutile un nouvel alias.


“BIEN QUE LA CULTURE ÉLECTRONIQUE PUISE SES RACINES DANS DES MOUVEMENTS DE PROTESTATION […], EN FRANCE ELLE A TOUJOURS ÉTÉ PLÉBISCITÉE PAR UN MILIEU AISÉ.”

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Antigone & François X – We Move As One (Dement3d). Sortie le 15 février en vinyle et digital. 16


A : Comme on tourne parfois ensemble, notamment en b2b, cela coulait de source. FX : D’ailleurs, quand on voit de plus en plus de soirées annonçant tel projet ou tel b2b inédit, avec telle thématique "système son Funktion One" ou "Vinyl Only", je trouve que ça perd de son sens. Ce genre de chose, c’est intéressant quand c’est fait épisodiquement. Là, avec cette prolifération d’attributs, on a tendance à oublier que les choses les plus simples sont parfois les meilleures. A cause de cette surenchère, avoir seulement un artiste, seul et sous son vrai nom, n’est plus assez "vendeur". Au vu du nombre de soirées, les promoteurs cherchent à se démarquer. FX : Il y a beaucoup de monde, mais peutêtre pas que des bonnes personnes. C’est aux acteurs de cette scène, journalistes comme promoteurs, de séparer le bon grain de l’ivraie pour ne pas se retrouver avec des millions de choses où la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Il faut un équilibre, une forme de modestie. A : Les promoteurs sont en partie responsables. À force de toujours booker les mêmes noms, ils demandent aux artistes d’apporter de nouveaux projets. À cause de ça, on voit plein de collaborations se monter à la va-vite, les artistes n’ayant pas le temps de bosser dessus sérieusement. En parlant de ça, des médias comme Resident Advisor ou les Inrocks vous mettent plus en avant ces derniers temps. Est-ce que cette médiatisation nouvelle est liée à une professionnalisation plus marquée de la scène électronique hexagonale ? A : Peut-être. Il faut dire que pendant pas mal de temps en Europe, les Français de la nouvelle scène n’étaient pas super bien vus par les promoteurs. Le phénomène Ed Banger nous collait à la peau et peu de gens s’intéressaient à nous, y compris les labels qui n’écoutaient pas

forcément nos maquettes. Aujourd’hui, ça a changé. FX : Par contre, le professionnalisme "business" a toujours été là, avec la French Touch ou Ed Banger justement. C’est plus la niche "techno" qui a changé en ce sens, parce qu’il y a plus d’argent. D’ailleurs, ça me fait penser à cette fâcheuse habitude qu’on a, nous Français, de toujours vouloir ressembler aux autres. Avec cette nouvelle vague, on a beaucoup mimé Berlin, le Berghain, le côté industriel un peu libertaire, alors que la musique électronique a toujours été fondamentalement associée à un milieu bourgeois chez nous et encore plus à Paris – même les premières raves étaient peuplées de jeunes branchés. La mixité n’existe pas aujourd’hui, derrière les platines comme sur les dancefloors ? FX : On en parle beaucoup, mais je n’ai pas l’impression que ce soit aussi mélangé que cela. Ça reste stéréotypé. Il faut avoir conscience que cette scène – je parle surtout de Paris – est surtout celle d’une classe sociale aisée tandis que le hip-hop garde une étiquette de musique urbaine. Il y a quelques années, Theo Parrish me disait que c’était l’inverse aux Etats-Unis, avec une musique électronique de qualité de plus en plus appréciée par les classes sociales urbaines, et une culture hip-hop accaparée par les Paris Hilton & co. Bien que cette culture électronique puise ses racines dans des mouvements de protestation en faveur des minorités ethniques et surtout sexuelles, elle a toujours été plébiscitée par un milieu aisé en France. Et si un certain mélange existait dans les années 80, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les populations s’écartent même de plus en plus… A : Et puis, on a beau dire, la musique électronique n’intéresse pas tout le monde non plus. Cela reste une musique de club.

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LITTÉRATURE T

TARA LENNART

LES MOTS DE MINUIT

Blanche comme une page, la nuit s’inscrit aux abonnés absents. Pas de marchand de sable à l’horizon ni de pilules magiques pour baver

dans les bras de Morphée. Ne cherchez plus, lisez. Et dans votre lit, c’est encore mieux !

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Tout plutôt qu’être moi Ned Vizzini Craig est adolescent. Un peu complexé, un peu introverti, un peu compliqué. Comme tous les ados ? En pire, car Craig souffre d’une dépression majeure qui rend infernal son quotidien pourtant confortable, entre séduction lamentable, réussite à un prestigieux concours, copains fumeurs de weed et soirées arrosées. Avec une plume saisissante, drôle et tragique à la fois, chaotique et remarquable de précision, Ned Vizzini décrit le combat pied à pied contre la dépression, sans jamais tomber dans le pathos. On s’attache à Craig comme s’il nous ramenait à nous et nos propres difficultés. Dommage que cet écrivain se soit jeté d’une tour de Brooklyn… — Editions La Belle Colère Compagnie K William March Il y a récit de guerre et récit de guerre. Ce roman d’une sobriété époustouflante dessine le tableau de la Grande Guerre avec un réalisme glaçant. Les chapitres couvrent quelques secondes, quelques heures, quelques semaines, promènent le lecteur dans la réalité distordue de la guerre, telle qu’elle a été vécue par cette troupe de marines envoyée au front pour la première fois. Ne vous engagez pas, qu’ils disaient. — Editions Gallmeister Cinema Hermetica Pacôme Thiellement Pas comme les autres, ce Pacôme. Erudit 2.0, spécialiste de la pop culture au sens large, il livre ici une lecture de 10 films cultes, de Nosferatu à Shining. Loin de se contenter de livrer une simple analyse cinématographique de bons films, il jongle entre les éléments biographiques, historiques, sociologiques et symboliques autour du film lui-même, qui devient une entité culturelle à part entière. Pacôme Thiellement dessine un balet où dansent les références et les connexions. Indispensable aux cinéphiles et aux curieux de culture ! — Editions Super 8 20

En attendant Bojangles Olivier Bourdeaut Attention livre culte, livre fou ! Un petit garçon raconte la loufoquerie de ses parents, deux originaux fous amoureux l’un de l’autre et totalement déjantés, jusqu’à ce que l’unité familiale se fissure et que le réel prenne le pas sur l’imaginaire. Peu de livres possèdent ce souffle, cette énergie, cette tendresse et cette tristesse intimement liées, cette poésie et cette finesse. On a du mal à croire qu’on puisse passer du rire à des émotions bien plus sombres en quelques lignes ! — Editions Finitude Londres Peter Ackroyd Si vous aimez les biopics, enfin les biographies, enfin les bons gros documents ultra pointus, ce livre est fait pour vous. Si vous aimez Londres, vous l’épouserez. Ce livre génial est à la fois une bio, un document, un guide de voyage, une bible londonienne, en quelque sorte. Des bruits de Londres aux stations de métro, des prostituées aux chapeaux melons, aucun détail, aucun habitant, aucune modification de cette superbe ville à travers les siècles n’échappe au scalpel joyeux du génie Peter Ackroyd. Londres nous appelle, là, tout de suite ! — Editions Philippe Rey Wonder Lover Malcom Knox Un bien surprenant et captivant roman, à la fois tendre et déjanté, sur un drôle de type atypique. Un maniaque du détail et de la mesure qui authentifie les records pour le Guinness Book. Et mène trois existences avec trois femmes différentes et six enfants… trois existences hermétiques et bien huilées, jusqu’à ce que l’amour chamboule la vie de John Wonder. Menée de main de maître, l’histoire se déploie, alternant entre la mélancolie et l’absurde, entre le déjanté et le surréaliste sans jamais laisser un ingrédient l’emporter. Wonderfull Wonder ! — Editions Asphalte


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CINÉMA T

PIERIG LERAY

LES SORTIES CINÉ Amis Publics de E. Pluvieux

Chocolat de R. Zem On patauge dans le convenu ; Omar Sy, Noir de service du cinéma mondial, se met en scène et tente inlassablement de vouloir s’inscrire dans des grandes histoires, faire chialer dans les chaumières et nous persuader qu’il est un grand acteur. Tout sonne faux, jusqu’à son réalisateur, usurpateur qui n’a jamais réalisé le moindre bon film (la bave de mon vomi forcé toujours au bord des lèvres après Bodybuilder et Mauvaise foi). L’angle du film est puéril comme un exposé de 3e sur la ségrégation des Noirs. Sortie le 3 février 22

Son frère est un petit cancéreux chauve qui va bientôt clamser. Le fléau principal de la France qui devrait l’assigner à résidence, Kev Adams, tente de lui redonner le sourire en organisant… un faux braquage. Brillant pour un sosie bien malgré lui de skinhead. Erreur de banque, le faux devient du vrai et la calamité sans fond d’un film-déchet tente par l’humoriste préféré des moins de 5 ans de nous happer du sentimentalisme maternel. Celui qui tient plus de 15 minutes gagne un abonnement à Mickey Magazine. Sortie le 17 février


The Revenant de A. Gonzales Inarritu Après Birdman, Inarritu est le réalisateur à Oscars, Di Caprio ne s’est pas trompé et a suivi le pas. Un rôle sur-mesure, performance d’acteur ultime, rédemption et parcours initiatique, combat pour sa survie mais surtout pour décrocher sa statuette dorée. Trop visible, presque sur-joué, ça risque de lui passer sous le nez. Et ça me ferait bien marrer. A part Di Caprio et sa barbe glacée, Inarritu tombe lui aussi dans la facilité. Sortie le 24 février

Les Innocentes de A. Fontaine Des mots-clés suffiront à aiguiser mon propos : Sundance, Macaigne (qui commence grave à nous barber), une énième actrice pensant être la nouvelle Adjani (Lou de Laâge), un couvent rempli de nonnes en cloque dans une zone de guerre en Pologne en 1945. D’un prétentieux grotesque, Anne Fontaine qui lèche le scrotum du cinéma français depuis des lustres avec des titres comme Entre ses mains, Mon pire cauchemar, Nouvelle chance, s’écrase en tentant d’être une grande réalisatrice. Mieux vaut pour elle retrouver Poolvoerde, et vite. Sortie le 10 février

Mais aussi : Steve Jobs de D. Boyle, sortie le 3 février, réveille-toi mon grand, depuis 2002 et 28 jours plus tard, c’est bouse sur bouse (1/5), La tour 2 contrôle infernale de E. Judor, sortie le 10 février, un film à voir dans un Pathé de banlieue, drôle pour de vrai, sans mentir mon frère, j’ai grave kiffé t’as vu, et c’te Katerine, le dep’ là, trop stylé (3/5), Ave, César ! des frères Coen, sortie le 17 février, toujours efficace, mais ça commence à tourner en rond les Cohen (2/5), Pattaya de F. Gastambide, sortie le 24 février, rien que pour voir des nains se foutre sur la gueule, ça vaut le coup (2/5). 23


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Nuit et fantasme Š Alexandre Miraut Korobov


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NIGHTIVISME T

MPK LUDOVIC PARAISON + CLÉMENTINE ANDRÉ P

HAÏKU — LA CONSTANCE DE L'ÉPHÉMÈRE Avec une communication épurée et maîtrisée (« Nos idées sont plus importantes que nos gueules » me préviennent-ils), des plateaux qui imposent le respect (Magda, Dixon, Ame, Michael Mayer...), des espaces de teuf toujours plus originaux et une organisation

impeccable, Haïku boxe désormais dans la catégorie poids lourd des nuits parisiennes. Il était grand temps pour nous de rencontrer Adrien et Nadir, les deux têtes pensantes de cette orga/agence à la croissance organique.

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Bon, pour en savoir un peu plus sur vous, pouvez-vous me décliner taille, poids, régime alimentaire et addiction ? Adrien  : 183 cm. 84 kg. Régime alimentaire varié. Clairement obsessionnel. Nadir  : 182 cm, 82 kg. Trop de junk food et pas assez de légumes. Mon addiction, c'est le sucre. Vous existez depuis septembre 2013, et vous avez déjà proposé pas mal d'artistes très "cotés" malgré la compétition du booking qui fait rage à Paris actuellement. Quel est le secret de votre carnet d'adresses ? A : Ce secret s'appelle Nadir. N : Pas que. C'est un mélange de plein de choses. Ça vient d'abord d'un background, parce qu'avant Haiku, on avait déjà un passif dans le "milieu". Adrien a bossé pour le cirque Bonheur, c'est d'ailleurs là qu'on s'est rencontrés, et moi pour le Bataclan, la Terrassa, Régine... On avait déjà une expérience de programmateur, on n'arrive pas de nulle part. La plupart des artistes qu'on booke aujourd'hui, ce sont des artistes avec qui l'on a déjà travaillé et avec qui on s'entend. A : Notre petit plus, c'est les dîners qu'on fait avec les artistes, et pendant ces dîners, on parle rarement de boulot et de musique. Il y a une relation très simple et très proche entre nous. De plus en plus de collectifs, de soirées à Paris, d'affiches démentes, quelle est votre stratégie pour vous démarquer ? N : On a plein de stratégies pour plein de choses différentes. Se démarquer pour se démarquer, ce n'est pas notre propos, on travaille plutôt sur une identité propre. On a plein d'envies, mais on essaye toujours d'assurer d'abord les basiques : l'accueil, l'optimisation des temps d'attente, le clean et l'accessibilité des toilettes, des prix abordables. Ce sont des b.a.-ba qu'on essaye de maîtriser au maximum. 28

Par votre nom, l'esthétique de vos flyers, il y a aussi chez vous tout un thème très japonisant de l'éphémère. N : Oui, comme les haïkus, nos soirées sont à usage unique. On fait une soirée, le lendemain on passe à autre chose, les gens retournent à leur vie "normale". On n'a pas la prétention de changer leur existence, on veut juste leur offrir un bon moment. Et nos flyers avec leur style zen et épuré font partie intégrante de ce poème festif. Pour parler métaphoriquement, on s'inscrit dans un chapelet de perles éphémères. Niveau anecdote, quelle est la soirée qui vous a mis les larmes aux yeux, vous a fait vous serrer dans les bras et vous dire l'un à l'autre : « Putain, on est dans le vrai, là » ? N : Bizarrement, c'est souvent arrivé à des soirées où on perdait beaucoup d'argent, on se regardait et on se disait : « tu sais quoi, on s'en bat les couilles, ce qui compte, c'est que les gens s'éclatent. » Une en particulier ? N : Celle qui m'a vraiment ému, c'était la première Lost in a Moment au Bourget. C'était le première fois qu'on faisait une soirée en étant complètement indépendants, on avait créé notre structure pour tout produire nousmêmes. On a mis nos couilles sur la table, on est partis de rien, ça a été un challenge de dingue. On a souffert pendant deux mois parce qu'il fallait trouver un lieu, se démerder pour les autorisations, gérer les assurances... A : Oui, et en plus, il fallait être à la hauteur de la confiance donnée par Innervisions ; pour eux, c'était un projet hyper important. N : On n'en menait pas large, et on savait que tout devait être parfait. Tout ce processus a été vachement dur à digérer... A : En plus, il a plu toute la semaine avant l'évènement, pile le moment où tu vends tes préventes. Et vu que la soirée était en exté-


rieur, autant te dire que ça craignait. Les gens se disaient « c'est au Bourget, il pleut, allez vous faire foutre. » Bon, on en a vendu quelquesunes, mais pas assez malheureusement. Et le jour J, lorsque Dixon a commencé à mixer, il s'est arrêté de pleuvoir. N : Et là, grand ciel bleu. A la fin de la soirée, lorsqu'on a vu l'ambiance et l'exaltation des gens, les retours de nos potes et les commentaires sur Internet, on s'est dit qu'on avait sûrement fait un truc cool. Il y avait un mélange de soulagement et de fierté. À la longue, qu'est-ce qui pourrait vous user dans le "milieu de la nuit" ? A : De ne plus travailler avec des artistes dont nous nous sentons proches. N : D'être forcés de faire des choses que l'on n'a pas envie de faire. On n'a pas vraiment de stratégie, mais on sait ce que l'on ne veut pas : entrées onéreuses, tables V.I.P à bouteilles etc... Les peu de fois où l'on a fait des erreurs,

c'était quand on ne s'écoutait pas nous-mêmes et qu'on se laissait influencer. Non pas qu'on ait la science infuse, mais quitte à se reprocher des choses, autant que ce soit nos conneries. Des conseils à donner pour des petits jeunes qui rêvent de vivre de l'orga de teufs ? N : Qu'ils nous respectent (rires). A : Qu'ils dînent avec leurs artistes. N : Qu'ils ne soient pas trop pressés, qu'ils ne visent pas tout de suite le Mont Fuji. Faut vraiment faire les choses step by step. Ne pas arriver de nulle part et proposer 20 000 boules pour un Dj. Ça, c'est raté d'office. — facebook.com/haikuhaikuhaiku 19 février : Henrik Schwarz Live, Frankey & Sandrino à la Machine 3 mars : Dixon et Marcus Worgull toujours à la Machine 29


Holly Falconer Hannibal Volkoff

Expo collective Nightclubbing, du 9 au 21 février au Point Éphémère. Curaté par Alisa

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Chill Okubo Phommahaxay et regroupant le travail de 7 photographes noctambules entre Londres et Paris.

Marie Rouge 31


INTERNET T

CALVIN DIONNET

SURF INSOMNIAQUE

Alors que vous cherchez le sommeil et que les “contacts disponibles” disparaissent comme des confettis, vous vous demandez quoi faire. Bien sûr, vous pourriez terminer cette nouvelle dont vous parlez depuis des années, 32

mais vous avez bien mérité un moment de détente. Nous avons donc patiemment sélectionné une série de sites étranges et fascinants, drôles et sérieux. Comme quoi Internet, ça n’est pas que pour le porno.


Pour triper parano www.stopabductions.com Avec le retour de X-Files, c’est le moment ou jamais de construire votre propre casque antitélépathie alien. Ce site est une merveille de conspirationnisme approximatif. Rempli de tableaux et d’affirmations péremptoires, il vous réserve des heures d’amusement. Un peu comme si les Men in black débarquaient chez vous avec un batteur à œufs. Un bon moyen d’oublier l’actualité.

Pour triper méta indifferent-cats-in-amateur-porn. tumblr.com Associant les deux mamelles d’Internet, le porno et les chats, ce tumblr est une sélection d’apparitions de chats dans des pornos amateurs. Comme vous vous en doutez ils s’en foutent complètement des humains qui se désapent (contrairement à mon chat qui demande systématiquement des câlins au pire moment). NSFW.

Pour triper glauque www.crash-aerien.aero Vous pensiez partir à l’étranger mais vous manquez d’argent ? Ou au contraire vous prenez le premier vol du matin et vous restez éveillé pour ne pas louper votre vol ? Ce site est pour vous ! Très complet avec sa partie “News”, son forum et sa webradio, ce site est spécialisé dans les accidents et incidents aériens. Un peu le Nouveau Détective de l’après 11 septembre.

Pour triper psyché fractalfantasy.net Arty et élégant, ce site regroupe des installations digitales interactives. Le collectif Fractal Fantasy lancé par Sinjin Hawke et Zora Jones propose le genre de choses que tu verrais au Palais de Tokyo, si tu n’avais pas la flemme d’y aller. La musique est en revanche assez discutable (site de Dj's oblige). Un site à ne pas regarder en descente sous risque de se retrouver directement au commissariat pour porter plainte contre « les fantômes dans ton ordi ».

Pour triper zombies mattbierbaum.github.io/zombies-usa Rien n’est plus relaxant que de regarder une carte démographique des USA se couvrir progressivement de zombies. Presque zen. Basé sur un référendum de 2010 et des algorithmes de propagation, vous pouvez y varier les plaisirs et rendre vos zombies plus ou moins mordants. Enfin un épisode de Walking Dead sans dialogues interminables. Pour triper introspectif anasomnia.com Une petite fille qui n’arrive pas à dormir te demande d’éteindre la lumière. Relié à ta webcam, le site détecte quand la lumière est éteinte et l’animation ne se déclenche que dans l’obscurité. Bien entendu, il est facile de tricher mais ce serait louper une expérience. Pendant quelques instants, vous redevenez un enfant, devinant des mondes à travers les ombres de la chambre. Simplement fascinant.

Pour triper cosmos htwins.net/scale2 Classique du web, cette échelle lancée en 2012 par des jumeaux vous donnera une sensation de vertige. Très facile à manipuler, vous pourrez passer de l’infiniment grand à l’infiniment petit aussi vite qu'un match sur Tinder. N’hésitez pas à cliquer sur les objets au passage. Vous pourriez apprendre des choses intéressantes (et impressionner votre prochain plan cul). Pour triper régression nathanfriend.io/inspirograph Un spirographe simple d’usage et étonnamment divertissant. Choisissez vos rouages, la couleur et le point duquel vous voulez partir et préparez-vous à des heures de fun. En particulier s'il est 4h20 en Jamaïque. Nathan Friend, le créateur du projet, a aussi imaginé un thérémine basé sur un détecteur de mouvements. 33


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ART T

CALVIN DIONNET P KILLOFER

PATRICE KILLOFER — STAKHANOVISTE DU CRAYON Patrice Killoffer est un homme étonnant. Après avoir lu Killoffer tel qu’en lui-même, un album autobiographique où il dépeint ses mésaventures, on s'attendrait presque à ce qu’il ait oublié l’interview au profit d’une pinte

de dernière minute. Mais le membre fondateur de L’Association et de l’OuBaPo est bien là, enchaînant les cigarettes et les bons mots à une terrasse de café bruyante. Rencontre avec un monstre d’humanité. 35


Ne vous méprenez pas, je n’ai aucune intention de tomber dans le panégyrique, car comme il le dit, « ce genre de trucs c’est indécent ». C’est d’ailleurs plutôt le contraire qu’illustre Killoffer lorsqu’il se met en scène, son dernier album est « une mise à plat, concomitante avec une analyse et une dépression », une manière de regarder sous le capot, de mettre les mains dans le cambouis. Un peu comme son père, mineur et mécanicien dont il évoque le souvenir très présent et la fascination pour les "matières noires" qu’il manipulait. Il en a d’ailleurs tiré un texte très personnel « qui [le] fait encore pleurer quand [il le lit] » pour l’album Charbons. Cette dimension primaire explique d’ailleurs sa fascination pour le crayon, « matière primaire comme une pierre à feu » avec laquelle il fait des étincelles. Avec de nombreux albums, collaborations et quelques expositions, Killoffer est un débutant permanent « qui commence à connaître son métier quand même » depuis 1981. Il va d’ailleurs lancer avec L’Association un nouveau magazine, MLQ (Mon Lapin Quotidien) dont le numéro moins 1 sera lancé à Angoulême avec le plus de collaborateurs possible. « L’idée, c’est que ça parte dans tous les sens. » Dans son dernier album, on trouve Beauvoir qu’il reprend le temps d’une page, Malraux qu’il cite à sa manière depuis ses toilettes « n’entre pas ici j’en démoule un », ses ex, ses amis, le diable. Foison de personnages tournant autour de son alter ego de papier. C’est Charles Berberian qui lui a soufflé de se prendre comme modèle alors qu’il manquait d’inspiration. Une dimension autobiographique comme un "symptôme" qui s’est aggravé avec le temps. Car s'il ne se ménage pas quand il se met en scène, décrivant ses travers sans concession, il le fait toujours avec humour et une certaine dose de panache.

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« Je ne m’aime pas toujours beaucoup » lance-til à un moment, mais « Le tout, c'est d’essayer d’être drôle, de ne pas trop emmerder les gens ». Mais il est loin de se limiter à ce registre, il multiplie les styles et on le retrouve aussi bien dans la série Donjon « prenant un malin plaisir à faire des monstres » en compagnie de Sfar et de Trondheim que dans les magazines La vie, Fluide Glacial, ou faisant un album pour une édition collector de Renaud. « Il faut s’adapter », évoluer toujours, au risque de disparaître ou pire de s'empâter. Les lecteurs sont les seuls juges car « ce sont eux qui décident ». Bourreau de travail « avec une tendance au roboratif et une horreur du vide », il a appris à se surveiller et à appliquer le conseil que lui a donné Moebius : « C’est pas la peine de travailler tout le temps, les choses se mettent parfois en place en ne travaillant pas. » C’est par exemple d’une histoire d’amour qu’est parti un de ses plus grands succés, 676 apparitions de Killoffer : « J’étais amoureux d’Anna Sommer, une dessinatrice suisse qui fait des choses très belles en gravure ou en papier découpé. Je lui ai déclaré ma flamme avec cinq planches qui contenaient déjà le principe des Killoffers qui se dédoublent. Elle m’a répondu, très gentiment, avec cinq pages pour me dire… Non merci. » Un dédoublement causé par les femmes avec lesquelles il a parfois un rapport compliqué. « Je ne suis pas assez présent » dit-il entre deux gorgées, « le travail est vraiment au centre de ma vie ». On ne peut s’empêcher de sourire quand il décrit Charles Burns indiquer poliment à une jeune femme que Robert Crumb la pelote et qu’elle lui répond que « c’est normal, c’est Robert », bien moins choquée que lui. L’homme est habité, il me reprend de nombreuses fois, toujours poliment, mais avec minutie. Les mots, les concepts et les faits comptent pour lui, il est précis comme il l’est


avec une plume dans la main. L’art ne lui offre pas de passe-droit, même si cela a pu lui arriver de "fauter" quelques fois avec deux ou trois étudiantes quand il était prof ', presque malgré lui. À presque 50 ans, il vient de gagner son premier Prix pour le meilleur livre étranger à Genève. « C’est un bon prix 10 000 francs suisses quand même ! ». Mais aussi flatté qu’il soit, ce n’est pas pour cela qu’il travaille, il n’a jamais attendu : « Tu vends ce que tu es censé vendre [...] le truc c’est de faire des bons livres. » Il cite Bilal dont il trouve les expos « affreuses », et dont les œuvres atteignent des prix délirants (167 000 euros pour un original), « On doit lui dire que ce qu’il fait c’est génial et il croit les gens ». Il en parle avec affect comme s’il évo-

quait le mythe d’Icare : « C’était pas mal pourtant au début ce qu’il faisait. » Même s'il s’amuse, au détour d’une planche, à se représenter en rock star, snobant David Bowie depuis sa limousine, il n’est « pas vraiment connu ». Il a d’ailleurs fait cette planche avant la mort de Bowie et avait utilisé le même gag sur Lemmy. Il est aussi fan de South Park et du film de ses créateurs Team America, fasciné par la capacité à faire quelque chose d’aussi intelligent avec si peu. L’interview se termine et il prend la note, il me demande quand sera publié l’article pour éventuellement le relire. «  Non mais ça va être trop court, t’en fais pas publie ton article, ça me fera moins de travail. » 37


Romy donne à voir une jeunesse tapie de l’autre côté du miroir : notre jeunesse. Multiple, elle se conjugue à l’imparfait, à l’alcool d’épicerie et aux longues nuits de spleen. Héritière du chaos, elle est née nostalgique de tant d’âges d’or révolus. Or il y a, au cœur même de la démarche de Romy, une mélancolie miraculeuse. C’est sans doute, comme elle dit, un refus de dire adieu, un geste pour retenir le soir : capote usée, taie d’oreiller parfumée et le lit vide, défait. Mais son refus opère instantanément, alors même que les cœurs se rencontrent. Son appareil devient l’instrument d’un désespoir solaire ou peutêtre d’un rêve fou, celui de s’affranchir, d’être plus emporté que sa propre existence. Courses orbitales, voilà notre condition d’hommes numériques ! Forant à l’aide de son petit marteau brise-vitre, elle découvre le territoire du vrai, celui de la présence pure de l’Homme à l’Homme. Texte : S.C.R.I.B.E

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Romy Alizée exposera My Room Got Heavy le 5 et 6 mars à la Flèche d'Or. www.instagram.com/romixalizee the-room-got-heavy.tumblr.com

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ANTI-DOSSIER T

PIERIG LERAY

LES PLUS BELLES CUITES DU CINÉMA Ah, cette bonne vieille cuite. L’alcool qui trône et impose son ambivalence manichéenne, cette naïve impression que la nuit tombée le monde nous appartient, pour une fois le soleil levé, ne plus jamais devoir le supporter. De l’amour et son lot d’aventures quand les mots sont plus faciles à sortir, de la violence et sa brutalité sombre quand l’amnésie gagne un cervelet éteint. Quoi de plus cinématogra-

phique que la cuite ? Qu’elle soit en noir et blanc ou en couleurs, en costume ou en training, à la bière tiède ou au champagne millésimé, la cuite fascine ; ascenseur émotionnel intemporel, lieu de culte qui n’a jamais lassé le cinéma, depuis le muet de Charlot et sa désintox (Charlot fait une cure, 1917) jusqu’à la récente nuit berlinoise de Victoria (2015).

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Elle peut être bon enfant, la tête qui tournicote un peu, le regard qui divague mais le chic de ne jamais quitter celui qui la prend de plein fouet. Quelques exemples avec The Party de Blake Edwards et la première cuite d’un Peter Sellers mué en indien maladroit. L’air hagard dans son pyjama une pièce mais l’œil encore assez vif pour ramener la belle Claudine Longet au petit matin. Ce petit matin filmé par Dino Risi dans Le Fanfaron où Vittorio Gassman et JeanLouis Trintignant se réveillent sur une plage toscane, la chemise blanche sortie du pantalon à pinces, pour un concours de ping-pong sous le son de Pepino Di Capri. Ces cuites que l’on rêverait courageusement de vivre, comme les nuits folles de la jeunesse de Saint-Germaindes-Prés dans les années cinquante, traitant la rive droite de "banlieusards" et picolant du whisky sec au "Bona" dans un monde qui déjà leur échappe (Les Tricheurs de Marcel Carné). Dans le registre gouaille parisienne et costume pied de poule, Lautner et ses Tontons flingueurs s'allument à coups de gnole polonaise à faire suer le brave Jean Lefebvre. Cuitissime. Transformant la dépendance à l’héroïne du bouquin en alcoolisme quotidien dans son film, Louis Malle dans Le Feu Follet met en scène un Maurice Ronet au sommet de l’élégance cuitarde.

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On passe du shot au magnum, avec la cuite mono-dread de luxe et sa version hawaïenne et tongs qui gratouille, Endless Summer, ivresse zgeg à l’air, des blondinets de surfeurs à la con qui s’en foutent plein la tronche sur les plus belles plages du monde : paradisiaque. Etre digne dans la cuite, ça, c’était avant, quand le costume était sur-mesure et la raie bien à droite. Karamazov joué par Alain Chabat dans La Cité de la Peur, apothéose du binge drinking, belle cuite provinciale dessinée au Macumba entre vodka-Red Bull et whisky-coca, la pisse sur la banquette, l’effondrement au bar et le slogan du partouzeur solitaire, « toutes des putes ». Un coup de maître. Titubant, la fiole remplie de diluant (une sorte d’alcool à 90° à te faire brûler une plaie croutée) dans The Master de P.T.Anderson, Joaquin Phoenix s’effondre dans le yacht du roi des scientologues, une rencontre rêvée par nos âmes en peine. On passe sous silence Projet X, Very Bad Trip et toutes les bouses récentes qui ne respectent plus rien, bande de petits cons.

La cuite oui, mais qui en serait le plus beau signataire ? Pas facile de tirer un alcoolique parmi les alcooliques, mais Clarke Gable fait définitivement office de maîtrefou. Connu pour être le roi de la bibine à Hollywood, il passa le tournage de Mogambo ivre mort du matin au soir, et pour contourner son interdiction d’alcool sur le tournage d’Autant en emporte le vent, Gable injectait des seringues remplies de gnole directement dans des oranges qu’il avalait toute la journée. Un génie qui a souvent l’œil qui vrille, même dans le


romantisme le plus pathos. Un autre génie imbibé jusqu’à la moelle, Barfly de Barbet Schroeder reprend la vie du disaoûlu Bukowski porté par le non moins soulard Mickey Rourke. Ce pseudo biopic nous balance en pleine poire (« un petit digeo ? ») la cuite qui terrifie, celle qui nous fait basculer du fun au glauque.

La solution par le verre, le coude qui flanche, les problèmes dissipés le temps d’une bouteille. Roi des cernes qui tombent, Bill Murray, de Rushmore à Lost in Translation en passant par Broken Flowers, a toujours su parfaitement jouer la solitude profonde mais toujours avec l’haleine ambrée. Et ce pour trouver un second souffle éthylique à sa carrière grâce notamment à Wes Anderson. Dans le registre « l’alcool me fait oublier mes problèmes », on peut citer Un singe en hiver de Henri Verneuil, réunion AA entre Gabin et Belmondo, la rêvasserie au champagne d’un Dumbo (1941) en pleurs, l’alcoolisme ordinaire de campagne avec les 6 litres de pinard quotidien du Glaude et du Bombé dans le très profond La Soupe aux Choux ou le bien plus glauque Calvaire du pauvre Marc Stevens, séquestré et violé dans un village reculé des Ardennes belges. L’alcool, ami idéal d’un ennui littéralement mortel.

Les histoires d’alcool finissent mal. C’est arrivé près de chez vous, du Petit Grégory au comptoir jusqu’au viol collectif dans une cuisine de HLM, la ligne est franchie, les descentes aux enfers arrivent. Wake in Fright dessine une Australie profondément cuitarde, brutale et terrifiante, rarement un film n’a donné autant envie de s’exploser la gueule à coups de litrons de bière et s’inscrire en désintox, le tout dans la même seconde. On ne peut passer à côté de l’enterrement de vie de garçon de Very Bad Thing, celle qui a engendré les tragiques Very Bad Trip, entre une pute coincée sous les roues et un bain de sang ininterrompu. Mais aussi Black Out de Abel Ferrarra et son amnésie complète après une nuit d’ivresse glauquissime, ou encore Le Poison de Billy Wilder et son week-end cauchemardesque se finissant en bon vieux delirium tremens, la salive qui dégouline, seul, la face au sol.

Qu'elle soit là pour nous faire rêver ou déprimer, nous promettre d’arrêter pour mieux recommencer, la cuite au cinéma n’est finalement que le destin tragique de nos vies contemporaines perdues, cherchant des réponses là où elles ne sont pas, au fond d’un cul de bouteille miteux. Et pourtant, le cinéma est là pour nous le rappeler, l’alcool est un parfait équilibre entre violence et réjouissance, beauté liquidienne soluble que l’on n'est pas prêts d’arrêter de contempler.

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DIVAGATION P

SIDNEY VALETTE

RÊVE 150116 Klakenbück, le 29 décembre 1914 Je m’appelle Wilheim Waletus Grobius, je suis soldat dans l’armée de l’Empire allemand. La guerre fait rage dans le pays depuis plusieurs mois déjà. Envoyé sur le front de l’Est le quinze novembre, je me bats depuis contre les Russes avec la force du désespoir. Bizarrement, depuis plusieurs jours, une vitre en plexiglas de deux mètres de haut nous sépare sur toute la largeur du front, empêchant tout combat. Mais les Russes sont des bêtes en rage, et leur mitrailleuses extrêmement puissantes. Aussi, après plusieurs minutes de mitraillage continu sur ladite vitre, celle-ci se brise et le carnage commence. La plupart de mes camarades se font déchiqueter comme du petit jambon blanc aux herbes, et moi, tout à ma lâcheté, j’ai su passer sous les radars de l’ordre du capitaine, en m’enfouissant à travers tranchées, afin de rejoindre la base arrière. Au cours de ma fuite, deux balles perdues eurent tout de même le temps de me lacérer joyeusement deux orteils du pied droit, me faisant ainsi passer aux yeux des responsables pour un rescapé, alors que je ne fus une fois 46

de plus qu’une petite tapette fuyarde. A ce moment-là, je ne savais pas encore que j’aurais mieux fait de me faire défoncer par les balles, étant donné le tournant catastrophique qu’allait prendre ma vie. Le 30 décembre, j’étais donc soigné à l’hôpital Glötsch Von Bitkrach par deux merveilleuses infirmières aux seins lourds, dépassant allègrement de leur blouse un tantinet déboutonnée, qui soignèrent mon petit pied pendant deux longues semaines comme des fées. Autant vous dire qu’elles ne soignèrent pas que mon pied héhéhé… Enfin bref ! Une fois rétabli, j’obtins une permission de la part des autorités compétentes pour quitter le front pendant trois mois. Cette nouvelle, qui me remplit tout d’abord de joie, s’assombrit vite tant je savais que mon retour dans ce charnier, cet abattoir à ciel ouvert, serait d’autant plus dur. Ainsi, le 16 janvier 1915, je retrouvai ma tendre épouse, après un an de séparation. Ce fut un moment très émouvant, les larmes nous montèrent aux yeux, et la moutarde au nez… Fait remarquable, notre premier baiser se fit sous le son glorieux du


tintinnabulement des cloches de l’église adjacente : « Ma tendre épouse ! Que tu m’as manqué foutredieu ! Rahhhhhh, viens ici que je te tringle comme au temps jadis !!! » lui lancai-je au visage en descendant du train… Nos cris de bêtes endiablées, aveuglées par le beuglement de l’amour rebourgeonnant, résonnèrent dans tout l’immeuble, et nous valurent bien des remarques déplacées pendant plusieurs semaines. Jusqu’au jour où mon épouse, le visage voilé par une tristesse insondable, que j’avais décelée depuis mon arrivée, en vint à m’avouer l’inavouable : pendant mon absence prolongée, le vieux marchand de chaussures du village lui avait fait des avances, et celle-ci avait cédé à la tentation de la chair, avec ce fils de pute d’enculé de sa mère… Complètement furibard, je la traînai par les pieds en place publique, et lui coupai la tête sur le champ face aux caméras TV médusées, avec un couteau de cuisine rouillé, beuglant ma haine à son visage ensanglanté, ohé, ohé, à l’île de Ré, olé, olé !

Je m’occupai ensuite du vieux marchand… La nuit d’après, vers quatre heures du matin, je pénétrai dans l’enceinte de son foyer, trouvai sa chambre plongée dans le noir de la nuit. Je le contemplai quelques minutes, goûtant au silence de ma vengeance secrète. Puis, sans l’ombre d’une hésitation, je lui étouffai tout simplement la bouche avec son bon vieil oreiller, Frère de ses nuits, désormais Père de sa mort… La putain ! Pendant que je me faisais canarder par des 25 mm, cette putain suçait goulûment la queue du marchand ! La putain ! J’allais quand même pas me laisser me faire marcher sur mon honneur ! Mais, bien sûr, cet acte ne fut pas sans conséquences, car mon pays ne tolère pas la loi du Tallion personnel… Alors mon pays, ce même pays qui m’envoya à la Grande Boucherie Internationale, Au Pays de l’Obus Eternel, m’envoya dans une geôle froide et humide, peuplée de demi-morts, de fous au corp torturé par des années de cruelles privations, pour le restant de mes jours… La Suite au prochain Epizode…

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AGENDA

JEUDI 4 FÉVRIER 21h Le Pigalle Gratuit Paris DJs Tour Operator w/ Loik Dury, Betino, Erik Rug… 00h Rex Club 7 / 10€ Délicieuse Musique w/ Paradis, Etienne Jaumet VENDREDI 5 FÉVRIER 23h Bus Palladium La Bonbon au Bus Palladium 22h Le 6B 7 / 13€ Baiser sur la Bûche w/ Alter Paname Camion Bazar, Discomatin, La Mamie’s… SAMEDI 6 FÉVRIER 23h Djoon 10€ Motown Party Tribute to Larry Levan w/ Dj Reverend P 23h Bellevilloise 19€ FUTURE! #2 | Mr Carmack, Gravez, Jarreau Vandal, Superpoze, Dream Koala, Everydayz B2b Phazz JEUDI 11 FÉVRIER 00h Divan du Monde 14€ La Bix invite D.KO w/ Mad Rey w/ Gabriel, Emmanuel Russ VENDREDI 12 FÉVRIER 23h Bus Palladium La Bonbon au Bus Palladium 00h La Machine du Moulin Rouge 10 / 15€ Sntwn présente Zadig All Night Long w/ Zadig + Tr-909

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SAMEDI 13 FÉVRIER 20h30 La Ressourcerie du Spectacle 6€ Music Live Rock Circus w/ Melody Says Thomas Baignères, Jimm, Jack’s on fire… 23h45 La Confiserie 10 / 15€ Black Out à la Confiserie w/ Arnaud Rebotini, Mad Rey, Hardrock Striker MERCREDI 17 FÉVRIER 20h La Folie Paris Gratuit D.KO Live Experiments w/ Flabaire Pieuvres (Featuring Alienized Experimental Live ) VENDREDI 19 FÉVRIER 00h La Rotonde 5€ VERTV « Hotel la Chapelle » Release w/ Mad Rey, Neue Grafik, Hybu & Ev4ns 23h Bus Palladium La Bonbon au Bus Palladium SAMEDI 20 FÉVRIER 22h 1 an de Fée Croquer Gratuit Anniversaire Fée Croquer w/ Token Records Non Series, Mord Records, Planet Rhythm… VENDREDI 26 FÉVRIER 23h Bus Palladium La Bonbon au Bus Palladium SAMEDI 27 FÉVRIER 21h La Bellevilloise 8 / 15€ Mona is 8 w/ Nick V Honey Dijon, Patrick Vidal


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