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le Gai Savoir apèridique associatif - n°3. été 09 - / 1,50€

Arlesien

Lesde ladessous culture


sommaire

numero 3, sortie le 6 juillet 2009

4-5 Portrait

Lumiere sur Liberte 6 Philosophie

Culture a distance 7 Point de vue

La Prog du Theatre

8 Chronique

la Fete de la musique

16 Vetements

9 Vu a la tele

Les dessous

The Starliners

10-11 Reportage

Enclos st cesaire

17-18-19 Histoires

scene culturelle

12-13 Plans

Bars et expos 14-15 Vision

Let go to Arles

20-21 Actions

Culture politique 22-23 Entretien

Herve Schiavetti

le Gai Savoir, association loi 1901 13, rue Georges Bizet 13200 ARLES assolegaisavoir@gmail.com n°3, premier tirage, n°001 à 200 prix: 1,50€ dépôt légal à parution ISSN 1966-9828 Comité de réflexion: Vincent Antonini, Eric Besatti, Arthur Bonneville, Julia Chauvet, Louise Delépine, Timothée Encinar, Ana Ferrand, Pierre Larguier, Julien Mazars, Valentin Pic, Pauline Pidoux, Pauline Roy, Hélène Serel, Pavlina Simek, Hector Sinapi Maquettiste : Eric Besatti Directeur de publication: Vincent Antonini Photographes : Eric Besatti, Victor Picon/Agence28, Pauline Roy Dessinateurs : Pierre Larguier, Valentin Pic Imprimé sur papier recyclé par Arles Offset - 2, rue Romain Roland 13200 ARLES


Culture(s) ? Arlesienne(s) ?

Arles la médiatique c’est les Rencontres, les Suds, tout au plus les Arlésiennes et le folklore provençal. Les sujets à ne pas traiter étaient déjà tout trouvés. Ou du moins pas pour leur vitrine habituelle. L’équipe du Gai Savoir pour son numéro 3 a voulu diversifier les approches. Facile avec un thême des plus ouvert : la culture. L’été La visibilité des deux ‘‘gros’’ festivals cache un nombre de festivals incalculable. Notre terrain ‘‘d’investigation’’, les dessous de la culture arlésienne. Impossible de parler de tout. Film du Péplum, Envie Rhônement organisé par Ilotopie, Arelate, Convivencia le deuxième festival de musique du monde etc... Page centrale (12-13), nous avons tenté de répertorier le off du off des Rencontres, histoire de voir ce qui n’est pas visible. Ceci couplé au ‘‘Baromètre’’, comparatif du prix du demi et du pastis dans les bars du centre arlésien. Avec ce numéro, vous avez l’opportunité de passer un été sans vous ruiner. Surtout que si les Arlésiens étaient jusqu’alors préser-

edito

vés en bénéficiant des entrées gratuites aux Rencontres, l’Histoire leur joue un mauvais tour. Les partenaires privés réduisent leur participation et l’organisation est obligée de faire des choix : taxer jusqu’aux arlésiens. Deux euros pour les projections de la Nuit de l’année délocalisées aux Ateliers. Pareil pour le plan des Rencontres qui devient payant. Cinquante centimes uniquement pour savoir où aller! En guise de réponse, les habitants de la Roquette organisent eux même lur Nuit de l’année avec un libre accès aux projections d’associations de photographes ou autre(p 18). Pour s’amuser nous avons analyser comment était perçue la ville du côté anglosaxon (p14-15). Si les touristes du petit train ou du parcours classique ‘‘arènes, amphithéâtre’’ se font présenter la ville dans ses grandes lignes, les anecdotes de l’enclos saint Césaire (p.10-11). peuvent même en apprendre à des Arlésiens de naissance.

inspire une réflexion sur l’élistisme culturel (p.7) à laquelle nous avons introduite une profondeur philosophique (p.8). Puis sur le terrain, nous avons focalisé notre regard sur la culture à Barriol (p.18), même si les frontières de la ville, selon les plans des festivals, s’arrête au centre ville. Réduire les fossés entre les différentes communautés et quartier, c’est même l’objet de l’association Petit à Petit (p.19). Pendant ce temps un jeune groupe de rock montent (p.9) et des personnages passent (p.4-5), c’est aussi ça, la culture arlésienne.

Le reste de l’année La culture arlésienne ne transpire pas que deux mois dans l’année. La programmation du théâtre municipal

L’équipe du Gai Savoir

Vous l’aurez compris, ce Gai Savoir numéro 3 diversifie les approches et nourrit le curieux. Pas d’exhuastivité donc, à 40 ans (l’âge des rencontres) nous pourrons peut-être y prétendre, mais aujourd’hui, la moyenne d’âge de l’équipe est de 18 ans et 4 mois. D’ici là, bonne lecture et n’hésitez pas à nous contacter.


Tout le monde l’a déjà croisé, mais peu la connaissent ou même lui parlent. La dame au chien avec ses célèbres volets jaunes ne laisse personne indifférent. Liberté fait partie des personnages arlésiens, monument vivant de la ville, qui intrigue...

Quand on lui reproche de ne pas être dans les normes, elle rétorque « Grâce à Dieu ! ». Et en effet elle est loin d’y être, dans les normes. Simoun Liberté, comme on l’appelle, figure arlésienne, promène sa traîne dans les rues sous les regards des arlésiens et des touristes. Tout le monde la reconnaît, mais très peu la connaissent. Elle intrigue les passants par son allure, surprend par son franc parler. Sa maison jaune annonce la couleur. Attablés avec elle, nous avons écouté sa vie, ses souvenirs, ses coups de gueule. Comment aborder cette femme si particulière ? Nous avons pris le parti de la croire et de retranscrire ses paroles, d’appréhender cette personnalité par fragments épars, afin d’être le plus proche possible du sentiment qui nous a saisi lors de la rencontre. Avec Liberté, ce n’est pas un monologue. Nous échangeons, nous discutons. A chaque réponse donnée, succède une nouvelle question. Après nous avoir demandé si nous

étions conjoints, elle nous parle de son mari : « On m’a forcé à l’épouser quand j’avais 18 ans. Je ne l’aimais pas, bien entendu. Mais il était riche. Et ma mère trouvait que c’était un bon parti…  Il a eu un cancer après, je crois. C’est bien fait pour lui, il n’avait qu’à pas m’épouser ! ». Un rire et elle enchaîne sur autre chose. Ce côté spontané dérange parfois. On ne sait pas sur quel pied danser avec elle. D’une allusion à son père décédé, elle passe à une histoire drôle (préparez votre second degré, entre l’histoire de l’homosexuel chez le boucher à celle sur les arabes, ou le gitan du coin). Elle aime rire de tout. Elle a été mannequin, elle a commencé comme porte chapeau. « On me mettait toujours un truc différent et on me poussait quand il y avait un trou ». Elle a rencontré Lagerfeld et d’autres couturiers, avant de devenir rédactrice pour ELLE. Elle nous parle aussi de ses voyages. La Russie, New York, Porto Rico, le Maroc. Quand elle évoque sa robe blanche


Lumière sur

Liberté

On a l’impression qu’elle s’amuse du regard des autres : elle donne des surnoms à ceux qui l’entoure et accepte ceux qui lui sont donnés. Liberté lui vient d’un noir à Paris; quant à Lumière, ce sont les enfants qui le lui ont attribué. Son vrai nom ne lui plaît pas, c’est le même que sa mère. Elle a plusieurs petits enfants (d’un fils cameraman et un autre réalisateur). Elle nous dit, avec une touche de provoc’, qu’elle préfère la compagnie de ses chiens à celle d’un homme, mais on comprend qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Elle nous parle de sa collection de phallus (chocolat, nougat, tasse de clown…), de son briquet recouvert d’un modèle de Chippendale, de son ancien mari (« Il était nul au pieu. ») ... Elle a aussi du mal parfois à joindre les deux bouts. Elle nous a montré une

facture de gaz « Vous comprenez ce qu’il y a marqué, là ? Ils pourraient pas dire : on va vous couper le gaz comme tout le monde  ?  » Ayant travaillé comme mannequin et changé souvent d’employeur, elle ne touche pas de retraite. Elle gagne un peu d’argent en faisant payer les photos que les touristes prennent d’elle ou de ses chiens. « Barack se couche sur le ventre, il se laisse photographier. Ils adorent ça les touristes  ! Et après je tend la main et je dis ‘’Il faut payer maintenant, c’est 2€  ‘’. La dernière fois je me suis fait 16€ comme ça. C’est pas mal non ? ». Et c’est en disant «  Sarkonazy  » au lieu de Sarkozy qu’elle nous sort «  si il y avait des éoliennes dans la cour de l’Elysée, c’est tout Paris qui s’rait éclairé !» Ses relations avec la mairie n’ont pas toujours était très cordiales, d’abord pour une histoire de peinture de volets non comformes puis parce qu’elle veut un centre ville piéton. Elle n’a pas la langue dans sa poche. Les drogues, elle a essayé. Oui, après le boulot elle enfourchait sa 125 et c’était le petit pétard du soir. Et l’opium du peuple : mosquée, église, temple… En ce moment c’est le bouddhisme qu’elle préfère. C’est ainsi qu’elle se décrit et qu’elle se présente, cette femme qui intrigue. Simoun Liberty. Liberté Lumière. Reine de Sabah, Marquise... Et puis elle touche un peu à tout la dame, abonnée à Charlie hebdo, amatrice Une des plus belles pièce de la collection de ‘‘bite’’ de Liberté

u

et son sabre accroché à sa ceinture, Elle nous rappelle Marguerite Duras, dans l’Amant. Elle a eu des problèmes au cours de ses voyages, bien sûr. Un chef de village aux pulsions libidineuses ou un chauffeur de taxi légèrement violent. Elle a aussi déjà fait de la prison, pour plainte contre plus grand qu’elle dans un pays où la liberté d’expression laissait à désirer. Elle a finalement été libérée rapidement, grâce à l’ambassade de France. Il est vrai que ses relations avec les gens diffèrent énormément. Elle a rencontré des personnalités célèbres, comme Daniel Cohn Bendit en mai 68. « J’allais tous les matins à la Sorbonne, j’adorais ça. Les discussions, les échanges… Après, Cohn Bendit a été exilé, mais elle l’a reconnu plus tard. «Danny le rouge» avait perdu ses cheveux mais gardé son sourire.

de bandes dessinées et d’art. Elle dit en rigolant aimer tout le monde «  Je parle un peu arabe. Ils sont pas tous intégristes » Elle s’assoit et observe, se scandalise de tout ces clones habillés de la même manière qui se succèdent, de ces hordes de vieux « avec les médicaments il y en a de plus en plus », de cette populace «gaie comme des furoncles». « Les gens ont un peu peur de moi mais j’étais trop gentille avant » Et au final, entre gravité, je m’en foutisme et second degré elle se lève le matin, ouvre ses volets jaunes, seule ou pas et respire. Ana Ferrand & Valentin Pic


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Mise a distance culturelle Pierre-Jean Memmi Professeur de philosophie au lycée Pasquet Receuilli par Valentin Pic

Comment définiriez-vous la culture? Il me semble qu’il y a deux manières très distinctes d’appréhender la culture. On peut, en effet, la définir de façon extrêmement réductrice comme ce qui serait la propriété des savants, des lettrés, voire d’une certaine catégorie sociale se targuant, du même coup, de son «habitus de classe» pour reprendre les termes du sociologue Bourdieu. Il va sans dire qu’une telle conception de la culture tend à instrumentaliser, consciemment ou non, cette dernière afin d’en faire un moyen d’identification des élites et d’exclusion de ceux qui ne possèdent pas les codes en question. La culture aurait ses référents obligés, ses lettres de noblesse, une maîtrise nécessaire de la langue. Toutefois, il est possible de définir la culture comme ce qui fait la spécificité de l’homme, de tout homme dans son processus d’arrachement à la nature, à son animalité première. La culture, de ce fait, serait ce qui permet à l’homme d’accéder à la conscience de soi et du monde par le biais d’une langue spécifique, de valeurs, de normes sociales, de techniques, d’art, de savoirs, c’està-dire de tout ce que son inscription dans une société déterminée lui transmet.

La culture, vue ainsi, serait donc moins «élitiste» ?

En effet, le geste du potier façonnant une coupe serait tout autant culturel que celui du poète déclamant ses vers. En cela, la culture peut être vue comme ce qui est constitutif de l’humanité. Elle a une dimension universelle au sens où parler d’un homme sans culture serait une absurdité. C’est pourquoi, l’école a un rôle fondamental et fondateur à jouer : elle doit s’affirmer comme l’espace au sein duquel, au delà des clivages premiers résultant du décalage entre le discours transmis et celui de ceux qui ne s’y reconnaissent pas, le processus d’appropriation de la langue, des savoirs, des techniques, des arts est malgré tout rendu possible. D’ailleurs, je vois là une (sinon LA) tâche majeure qui incombe au professeur que je suis. Là est la condition, je crois, de l’épanouissement, de l’autonomie et de la réalisation de soi des jeunes adultes en devenir qui nous sont confiés. En cela, une société qui néglige son école est une société qui méprise sa jeunesse et, au delà, la culture dans ce qu’elle a d’universel. Une telle société est, généralement, déshumanisante à terme car, dans le déni de l’accès à la culture se profile toujours, d’une manière ou d’une autre, un déni d’humanité.

Que diriez-vous alors de la place de la culture sur Arles?

Arles, par la multiplicité et la richesse de ses différents festivals, colloques, conférences, programmations théâtrales, mais également par ses projets en cours, est sans doute en passe de devenir un espace culturel important de la région PACA. L’une des questions fondamentales demeure, à mon sens, de savoir comment faire en sorte qu’une grande majorité d’arlésiens puisse réellement faire sienne cette présence culturelle. Si tel n’était pas le cas, alors la culture se conforterait dans le sens premier que nous lui avions donné, à savoir un habitus social réservé à une minorité. Lutter contre un tel réductionnisme est l’un des enjeux déterminants de toute politique culturelle digne de ce nom. Mais Arles, j’en suis sûr, saura relever ce défi.


Des bruits qui courent côté jardin pas aller voir cette pièce. Même réaction lorsque la directrice dit qu’elle ne peut parler précisément d’une pièce, toujours en cours de création. La direction du théâtre fait donc preuve de courage en programmant des pièces qu'elle n'a pas encore pu voir.

Il y a 8 ans, le Théâtre de la Ville d’Arles a rouvert ses portes suite à une longue période d’inactivité. Trop souvent jugé élitiste sur le plan intellectuel, avec une programmation réservée à un public restreint, ce théâtre a été fuit par une certaine tranche de spectateurs pendant longtemps. Cette année, nous sommes allés à la soirée de présentation de la programmation pour vérifier ces dires. Étrange de constater, à la lecture du programme 2009-2010, qu’aucune pièce n’appartient à la catégorie des classiques, aucune tragédie grecque en vue. Seulement un Beckett. Le théâtre respecte son orientation axée autour de l’écriture contemporaine. Il est d’ailleurs reconnu comme une scène conventionnée pour les écritures d’aujourd’hui. Le thème de la prochaine saison est, de plus, très ancré dans l’actualité puisque qu’il s’agit du rapport Orient-Occident. Alors, pourquoi le fustige-t-on ? Où est l’élitisme dans un tel sujet? Les chiffres de l’an passé sont éloquents: 80% de fréquentation, 12000 entrées. Alors d’où vient sa réputation et surtout, comment définir l’élitisme culturel ? Une expression qui désigne ce que « la masse » ne comprend pas, et qu’une minorité initiée apprécie. Au cours de la présentation, j’ai pu voir à côté de moi une femme barrer certains spectacles car, aux dires de la directrice « l’écriture est un peu difficile à comprendre ». C’est à l’écoute de ce seul commentaire que ma voisine prend sa décision de ne

Un certain public refuse d’aller à des spectacles, difficiles à la compréhension selon eux, alors que le théâtre est aussi un ressentir. Les émotions sont importantes et prennent bien souvent le dessus sur la compréhension. L’enfant a besoin de volonté pour découvrir le monde, n’en est-il pas de même pour le spectateur ? Comment espérer comprendre les choses auxquelles on ne se confronte pas ? A l’inverse du cinéma, il est rare d’avoir un avis sur le spectacle avant de l’avoir vu : le théâtre relève parfois de la prise de risque puisque l’on peut tomber sur des pièces que l’on adore ou que l’on ne supporte pas. Ce risque fait partie intégrante du théâtre, mais il est vrai qu’une programmation que l’on peut qualifier d’élitiste ou exigeante, peut augmenter ce risque. Il est donc juste que le théâtre garde une programmation plus ou moins mixte sur ce plan avec des spectacles de danse, de cirque, jeune public ou adulte. Les chiffres nous prouvent que cette politique est efficace. Pourtant, un désir de démocratisation continue à se manifester. En voulant répandre la culture et l’étendre à tous, n’allons nous pas l’amputer d’une partie d’elle-même, certes parfois obscure aux non initiés? Cependant, on ne peut obliger un théâtre à avoir une programmation qui plaît à tout le monde, on aboutirait à des saisons semblables dans tous les théâtres de France (ce qui arrive au cinéma). Afin d’avoir accès à cette culture réservée à une catégorie, il faut avoir reçu une éducation souvent absente des programmes scolaires. Cette culture ne serait-elle donc appréciable que par ceux qui auraient la chance d’avoir accès à cette éducation? Mais outre les parents, elle peut s’acquérir de différentes manières. Par exemple, à Arles, le théâtre de la ville travaille avec les écoles et les quartiers

pour accomplir ce travail. Il offrira des stages ouverts à tous au cours de l’année prochaine. La volonté du théâtre est donc de participer à la formation des spectateurs ou des futurs spectateurs. Mais le théâtre n’est pas gratuit, le prix des places varie entre 7 et 21 euros pour un tarif plein, sans abonnement. Il n’est donc pas donné à tout le monde d’aller voir des pièces que l’on n’est pas sûr d’apprécier. Malgré cela, le théâtre fait un effort pour attirer son public vers tous les spectacles qu‘il programme, non pas en soldant les places comme le ferait un marchand, mais en initiant son public à ces différents types de scène. Il est donc essentiel de garder une programmation variée pour satisfaire tous les goûts, même si les déceptions sont parfois inévitables pour certains.

Hector Sinapi


Officialisée par Jack Lang en 1983, deux ans après la victoire socialiste, la fête de la musique est devenu une véritable institution. Son succès n’a cessé de croître, avec une qualité sonore, musicale et scènique toujours meilleure. Mais ce professionnalisme ne cache-t-il pas la disparition de la spontanéité et la folie des première édition de l’évènement?

ment a coûté 24 000 euros. Logistique, sécurité, cachets des 5 artistes pro. Pas énorme, comparé à des villes, qui déboursent des sommes astronomiques pour accueillir des têtes d’affiche venues de loin ou des grandes scènes proposées directement par des majors du disque. A Arles, l’ambiance est restée plus familiale, mais malgré tout, la qualité du spectacle était l’objectif principal du service culturel de la ville. « Les jeunes groupes font pour beaucoup leur première représentation en condition professionnelle. Après il peut arriver qu’ils se ramassent, mais l’important pour nous, c’est de leur avoir offert la possibilité de jouer dans de bonnes conditions.  » Pour cela, des estrades sont installées et du matériel est prêté. «  Notre porte est ouverte à tous les groupes qui le veulent. Il suffit juste qu’ils jouent assez bien pour pouvoir assurer une représentation de qualité et qu’ils se présentent longtemps à l’avance.  » Tout est préparé longtemps à l’avance pour qu’il n’y ai pas de fausse note. Mais derrière ces apparences presque

La musique, et la fête ? Selon Christophe Lespilette, son directeur, le service culturel de la ville d’Arles donne une grande place aux spectacles vivants, et favorise les groupes amateurs et Arlésiens. De fait, seuls cinq groupes sur quarantecinq ayant joué en 2009 étaient des musiciens professionnels non-Arlésiens. En tout et pour tout, l’évène-

idylliques, se cache un changement profond de mentalité. En effet, lors des premières éditions de ce rassemblement musical, les groupes dans les rues ne se comptaient plus, et chaque personnes se sentant, au moins pour un soir, l’âme d’un musicos,sortait dans la rue, un orgue ou un banjo sous le bras. Mais d’année en année, cette tendance s’est perdu. Tellement perdu, qu’un jour la fête de la musique d’Arles s’est arrêtée. les rares musiciens, pauvres erres dans les rue, ne jouaient que pour les murs et les moustiques. Elle a finalement été ressuscitée par le service culturel, armé de sa motivation, de ses scène à foison et de ses vigiles. Mais est elle vraiment revenu à la vie? Cette fête n’estelle qu’une cinquantaine de groupes rangés qui jouent bien, avec de bonnes enceintes, ou est-ce une explosion de spontanéité et de folie musicale ? Ses adeptes avant devant eux des festivités qui sortaient des cadres, mais à présent, le cadre est revenu. Mais il ne dépend que des musiciens, qu’ils soient professionnels ou amateurs, de le faire éclater, et de célébrer comme il se doit leur fête de la musique. Louise Delépine & Pierre Larguier


The Starliners -

Vu a la

TV

Un groupe de rock composé de jeunes arlesiens au look de lycéen passe à la télé. Concécration ? Les voilas confronté au monde du show-biz. Hugo Pouliquen nous explique Depuis les Gispy King, Arles n’avait pas accouché de grandes stars internationales. Musicalement, le répertoire est assez limité depuis la fin de Gérard et les Stars et Fatche d’Eux. Il fallait insuffler une nouvelle dynamique. C’est donc dans le Rock n’ Roll n’ Pop n’ Electro New Age Teen Music Old School qu’il faut chercher. En guise d’appellation, un nom aérien, voir cosmique: The Starliners. Quatre garçons: Hugo, Twist, JB, Tony, comme les Beatles. Sans Liverpool et sans acide. Tous sages, de la musique pour « un public jeune, féminin, entre 15 et 20 ans. Avec dominante de 16-17 ». Pas de sexe, pas drogue; ils sont tous casés et mange des Haribo avant le concert. Une ascension quasi-californienne : répèt’ dans le garage, premier public à la fête du lycée Pasquet, les Fêtes de la Musique, le Cargo (déjà quatre fois), les premières parties de plus en plus vendeuses (BB Brune , Naast, Superbus...) et des

salles de plus en plus prestigieuses (L’Usine à Istres, le Dôme à Marseille, Les arènes de Nimes). Tout ça en trois ans, et consécration le 23 novembre 2008 : une télé chez Drucker à «Vivement Dimanche Prochain». Leur intrusion dans l’univers télévisuel a eu pour effet principal d’impressionner les labels, pour qui les passages sur le petit écran sont des plus compliqués à obtenir. Cependant, tout s’est passé très vite, euxmême ne savent ni pourquoi, ni comment. Repérés à Marseille lors de tremplins en 2008, ils se voient contactés par un des collaborateurs de l’équipe de Drucker. Ils accompagneront JeanClaude Gaudin et représenteront la musique ‘‘provençale’’. Comme cadeau de bienvenue dans la cour des grands, ils ont le droit de s’essayer à un exercice nouveau pour eux: le Playback. «C’était un peu intimidant. C’est bizarre, j’aurais préféré un vrai live. Nous, on avait demandé un live, ils n’ont pas refusé, mais nous ont expliqué gentiment que ce n’était pas «Taratata». Du coup ils n’avaient pas une équipe technique qui faisait un son suffisamment correct. En gros, ils nous disaient que pour un mec de variété, c’était facile de faire du live, mais un groupe de Rock où y a une batterie, le son ne serait pas bon. Ils nous ont dit:‘‘ça va vous déservir’’.

Donc on a fait un playback. Ca marche comme ça.». Leur titre phare, La Relève, chanson simple qu’on retient vite est en français, malgré un répertoire très majoritairement anglophone. Pourquoi de changement linguistique? « Parce que c’était l’envie du moment, parceque y’avait des labels qui nous en parlait, nous on a dit non on sait pas écrire en français, les mecs nous avait dit beh forcez vous. On l’a faite, ils nous on dit beh voila vous voyez, vous écrivez bien en français. Ca sonne, c’est simple, ca se retient, du coup chez Drucker c’est celle qui a été retenu pour la simple et bonne raison qu’elle est en français. En France t’as une histoire de quota avec les radios Dans les conseil des labels labels. En fait [ndlr: les consignes des labels] tu les prend en compte après à savoir si tu les suit. Je pense qui faut pas etre débile. Tu vois de dire non on les prend pas en compte ca serait totalement con. Faut pas etre complé-

tement con à notre âge. Si tu veux te trouver une niche, un public et un label il faut que tu suive un minimum la logique... j’ai pas envi de dire commerciale mais la logique... La démarche marketing francaise » Les Starliners auraient pu se cantonner à une réussite régionale, mais c’était sans compter sur une leur ambition, ainsi qu’un petit coup de pouce de l’Internet : SpidArt. Une plateforme en ligne d’autoproduction. Le but est d’arriver à 50 000 euros. Les gens écoutent la musique, et décident de miser sur de l’argent (bien réel) pour tenter de produire un groupe (le concept a bien marché sur une autre plateforme pour Grégoire, un artiste encore inconnu l’an dernier,). Tout le monde s’y retrouve, les «producteurs particuliers» reçoivent un pourcentage en fonction de leurs mises et les artistes enregistre un album, et tourne un clip. La machine est lancée Labels, managers à démarcher, histoires d’argent, avocats, des sujets à éviter publiquement. Voilà où en sont les Starliners, voilà ce que le show-biz reserve a de jeunes musiciens Arthur Bonneville


Des nonnes,

des pierres,

et des cierges.

Au dessus de la montée Vauban se trouve un groupe d’édifices anciens, faisant partie de ce que l’on appelle l’enclos St Césaire. Il arrive qu’on passe à côté, en se promenant, attiré par l’ombre procurée, le silence, le gazouillis des oiseaux chantant le printemps sur les branches, ou tout simplement le coin accueillant que représente le morceau de rempart à côté de l’église. Or, si on connaît en général la cathédrale paléochrétienne dont les fouilles ont lieu au vu et au su de tous, notre connaissance au sujet de ce monastère reste aussi incertaine que les accusations de pédophilie envers Michael Jackson. L’enclos St Césaire a été construit au début du VIème siècle par l’évêque éponyme. Autrefois moine, menant une morne vie sans sexe, drogue ou rock and roll *, ce dernier est appelé par la ville d’Arles, dont il devient le premier évêque afin d’y développer la religion catholique. Le monastère, d’abord construit à l’extérieur d’Arles, est détruit en 508 par les Francs et les Burgondes, barbares barbus et braillards, et reconstruit à son emplacement actuel, intra-muros. C’est un des premiers monastères de femmes d’Europe ; il accueillait uniquement des jeunes filles de bonne famille. Dans la rue du Grand Couvent se trouve l’entrée de l’époque. Le portail date du XVIIIème, et représente la frontière entre le monastère et le monde extérieur, telle une barrière symbolique empêchant les démons de s’abattre sur les portes du royaume de Dieu. Les nonnes n’avaient, à l’exception de l’abbesse, droit à aucun contact avec l’extérieur. Une fois passé sous l’arche de pierre (permettant à l’abbesse de passer de ses appartements à ses jardins), on peut voir la maison de sœurs converses, appelées ainsi car étant de familles pauvres, elles ne pouvaient prononcer leurs vœux et officiaient en quelque sorte comme soubrettes. L’église Saint Blaise, à côté du lieu des fouilles, était l’église principale du monastère. Les différentes

parties de l’édifice sont construites entre le XIIème et XIVème siècle. On aperçoit sur le côté droit de la façade un porcelet sculpté. La thèse officielle est que la famille des Porcelets (riche famille du quartier de la Roquette), aurait grandement financé le monastère, d’où cette «dédicace» à ces généreux mécènes. Pourquoi les porcelets ? Une antique légende que murmurait mon père au coin du feu, et son père et le père de son père avant lui, raconte cette his-


toire. Une femme de la famille, enceinte des œuvres d’un mâle, aurait offensé une sorcière, aux cheveux aussi noirs que son âme. Pour se venger, elle l’aurait maudite à la suite d’imprécations occultes, lui promettant qu’elle donnerait autant d’enfants que Sidonie, la truie du voisin. Les uns disent que la femme accoucha de neuf enfants, à l’instar de Sidonie. D’autres, plus friands d’exotisme, assurent qu’elle accoucha de neuf porcelets... Sur la façade d’entrée de l’église, se trouve une statue de St Blaise, qui fut évêque en Cappadoce (l’actuelle Turquie), et fut martyrisé à cause de sa religion (avec divers supplices aussi ignobles qu’inventifs…). Il est depuis, on ne sait pour quelle raison, le Saint des maux de gorge (dernier arrivé, dernier servi ?). La porte n’est pas d’origine et date du XVIIème XVIIIème. Les sillons qui la creusent sont dus au vent qui projette du sable et des graviers sur le mur. A l’intérieur de l’église se trouvent quinze trous, destinés à des vases acoustiques (vases devant améliorer l’acoustique de l’église, qui s’était détériorée au fil des agrandissements). On trouve également le couvercle d’un sarcophage, qui daterait du VIème, et serait donc, peut être, celui de St Césaire. A côté de l’église Saint Blaise se trouve l’église St Jean de Moustier. Construite au XIIème siècle, elle est désaffectée au XIVème lorsque sa paroisse ** est englobée par l’église de la major. On utilisera par la suite ses pierres pour

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L’enclos va abriter un hôtel d’entreprise. Fin des travaux prévus fin 2009. Coût des travaux 5 M d’€.

construire des remparts destinés à se protéger des soldats anglais en maraude pendant la guerre de 100ans. L’enclos est évidemment abandonné et saccagé à la révolution française, et ses célestes vitraux souillés par la boue des rues. Par la suite, ses bâtiments seront réutilisés pour diverses fonctions toutes aussi avenantes que les nonnes (caserne de pompiers, pompes funèbres, maison de retraite...), et les femmes, libérées du joug de la religion, pourront se soumettre à d’autres. *Un moine appartient au clergé dit «régulier» (qui suit des règles), par opposition au clergé «séculier» (qui vit dans le siècle : un curé, un evêque, un cardinal...) ** Paroisse : Fidèles d’une certaine zone que rassemblait l’église Valentin Pic


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Les expos

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1- Agence28, 10 boulevard des Lices du 4 au 10 juillet, de 10 à 20 heures 2- « L'Appart'44 », ArtCourtVidéo, Rue de la République, du 7 au 11 juillet, de 18 à 22 heures 3- « Voir la Nuit 2009 », A. Bagarry, A.Giroux, W.Trouvé, Quartier de la Roquette, du 4 au 15 juillet, de 22 à 2 heures. 4- « Course camarguaise et arlésienne », Peintures de T.Garcia, Maison des Gourmands, du 1er juillet au 11 octobre, de 9 à 19 heures.

5- « Sculptures d'Eté », A.Vuillemet, Jardin d'Eté, du 1er juillet au 25 septembre, toute la journée. 6- « Beauduc, la vie même », Regards et mémoire, Quartier de la Roquette, du 5 juillet au 4 septembre, de 9h45 à 17h45. 7- « Lueurs d'ailleurs », Thalassinos, Rue du Port, La Roquette, du 7 au 12 juillet, de 14 à 19 heures. 8- « Réunion au Sommet », travaux d'étudiants, Siège du parti communiste – Place

Voltaire, du 7 au 12 juillet, de 14 à 19

9- « Le Festival International de l'Ima ronnemental », Galerie « L'Atelier du Salle J. et P. Dedieu, du 7 au 12 juillet à 19 heures.

10- « Instants d'élégance », Afrique en rue Chartrouse, du 7 au 13 juillet, de 1 heures.

11- « Proche(s) », Galerie « L'Atelier Midi », rue du Sauvage/ rue Maïstro, d 18 juillet, de 15 à 19 heures.


BaromEtre

p

p p pp

21

p

Prix, en salle, à 20cts près, relevées le 28.06.09 conseil : aller vous servir au comptoir

8

18

Nom du bar - prix du demi / prix du pastis

13

Place Voltaire / La Cavalerie

p

Le Cube Bar de la Paix Bar des Arenes Le Narval Le Tamaris Café Le Capitole Hôtel de Paris Le Philo Bar Le Lido

4

12

à 19 heures

Image Envidu Midi », illet, de 11

e en vie, 30 de 10 à 23

lier du ro, du 7 au

2,30 / 1,70 2,50 / 2 2,50 / 2 2,20 / 1,60 2,40 / 1,80 2,20 / 1,60 2,40 / 1,80 2,20 / 1,80 2,00 / 1,50

Boulevard des Lices

Le Malarte Bar du Marché Le Waux-Hall Coco Bongo Walabeer Pub Le Baroque Le Saxo Le Wilson

2

5 p

2,50 / 1,80 2,50 / 2 3,00 / 2,50 2,50 / 2 2,50 / 2 2,60 / 2 2,50 / 2 2,50 / 2 2,50 / 2

Place du forum

Bistrot Arlésien 2,60 / 2,20 Café Van Gogh 3,20 / 3,20 Le Tambourin 2,50 / 2 Mon Bar 2,40 / 2 L’Apostrophe 2,50 / 2

Arènes

L’Afficion Atlantic Bar

3,50 / 2,50 2,60 / 1,70

Ateliers SNCF

Bar des Ateliers Le Rallye

2,60 / 1,60 2,30 / 1,60

La Roquette

El Niño 2,50 / 2 Chez Ali selon l’humeur du patron Le Penalty 2,00 / 1,50 Le Longchamps 2,20 / 1,60 Le Clémenceau 2,30 / 2 Le cyrano 2,20 / 1,80

p

12- « The Half : côté coulisses », Galerie Huit, Rue de la Calade, du 7 juillet au 11 août, de 10 heures à 12 heures et de 15 à 19 heures. 13- « Local Studies », Galerie Voies Off, Rue Raspail, du 7 juillet au 30 septembre. 14- « Corée ! », Grosso, rue de la Liberté, du 8 au 16 juillet. 15 -Agence28, boulevard Emile Zola, du 4 au 10 juillet, de 10 heures à minuit. 16- Voies Off, Cour de l’Archevêché, du 6 au

11 juillet, à partie de 22 heures 17- Archipels en Arles, rue des Douaniers, du 5 juillet au 16 août, de 17 à 19 heures. 18- «Etats des lieux», ArtGalerie13, rue Voltaire, du 7 au 13 juillet, de 11 à 19 heures. 19- «Homenaje Al Negro», Circa, 2 rue de la Roquette, du 7 juillet au 12 septembre. 20- Natures et Cultures, 7 rue de l’Hoste, tous les jours sauf le lundi, de 10 h 30 à 19 heures.

21- Work in Progress, église St Julien rue du septembre, du 7 au 12 jullet 22 Coffee Socks, 17 rue jouvène, à partir du 6 juillet 23 Les plus belles années photos , Gérard Farissenet, Les 2 fondus, juillet- oût

Plus d’infos et d’expos s www.taca-arles.fr


Let’s go to... Arles Nous avons interrogé la propriétaire de Soléileis, Marijtje Langendijk, afin d’avoir son opinion. Hollandaise arrivée en France en 1997, elle a travaillé un temps au Calendal pendant l’hiver, mais elle se repose désormais hors saison, quand sa boutique est fermée. Assis à sa terrasse, tout en savourant les plus délicieuses glaces, nous avons discuté des touristes venant l’été, qui représentent un quart de sa clientèle. « Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il y a beaucoup moins de touristes anglo-saxons en juillet août qu’hors saison, en pourcentage. C’est peut être qu’ils se noient plus dans le nombre, mais j’en ai l’impression». Est ce que les gens vous trouvent par hasard ou bien ont-ils un guide? Non, en général ils me trouvent grâce à un guide. Je suis sur le Let’s Go, mais en général les touristes me trouvent grâce au Rick Steves. C’est un guide américain très connu et apprécié, qui couvre surtout les restaurants, glaciers, bars... Je pense aussi que je suis dans un guide japonais, étant donné que j’en ai de plus en plus qui viennent en cherchant l’endroit. On le voit, ils marchent vite, regardent l’enseigne et se posent. Quels sont les touristes qui viennent principalement ? Beaucoup d’américains, environ 50% de mes clients étragers, des italiens également, des espagnols... Et puis des japonais, des hollandais, et des anglais et allemands, mais un peu moins. J’ai plusieurs anglais qui sont installés à Arles, parce qu’ils ont rencontré un ou une français(e). Je vois également de plus en plus des touristes d’Europe de l’Est, ils commencent à venir en France. Les américains sont souvent des retraités, très actifs au demeurant, c’est impressionnant. Mais j’ai également des familles. Pour les japonais, ce sont essentiellement des filles. Je pense qu’elles voyagent à la fin de leurs études, avant de rentrer et de se marier, Valentin Pic, Pauline Pidoux, Pauline Roy

quand les garçons, eux, doivent travailler directement. Quelles sont les remarques et les opinions des touristes ? Les américains sont surprenants. Ils trouvent en général la ville très mignonne : «Cute» disent-ils. Lorsque j’étais au Calendal, des américains avaient pris, comme souvent, une chambre donnant sur les arènes. Et un matin l’un d’eux m’appelle et me demande «C’est quoi ce mur en face avec tous ces trous ?» J’ai dû lui expliquer, et il a compris lorsque j’ai fait la comparaison avec le Colisée. C’est leur référence en général par rapport à ça. Beaucoup de touristes américains font un voyage en Europe et passent donc par la France. Ce n’est pas particulièrement pour la culture, c’est juste «normal» chez eux, un peu comme les voyages que l’on faisait au XIXème, c’est bien vu. C’est parfois amusant de voir les différences. Plusieurs fois des tou-

ristes américains m’ont demandé si c’était de l’»ice-cream» ou de la «gelatto». Je leur ai répondu que je n’en savais rien puisque pour moi «gelatto» veut simplement dire «glace» en italien. Ils m’ont dit qu’eux non plus. C’est un autre touriste plus tard qui m’a expliqué que l’ice-cream était faire à la crème, et la gelatto au lait. Il y a des différences comme ça. De même, en Hollande, on appelle «glaces à l’italienne» les glaces que je vends. Or ici ce sont les glaces moins froides. Au début donc, j’avais tendance à répondre «oui» aux gens qui me demandaient si j’avais des glaces à l’italienne. Maintenant j’arrive à m’adapter. Je parle anglais, ce qui facilite les échanges. Mais même si vous n’avez pas forcément plus de touristes proportionnellement, avez vous plus de fréquentation en juillet-août ? Ca dépend... Je ne fais pas forcément beaucoup plus de chiffre d’affaires ces deux mois. Mais j’ai des pics. Le soir du 14 juillet par exemple, j’ai énormément de monde à chaque fois. Et la semaine d’ouverture des rencontres également.


Dès l’arrivée des beaux jours, Arles pullule de touristes : allemands, japonais, américains, espagnols, italiens, hollandais... Par cars entiers ou en famille, ils parcourent les rues à la recherche d’une cité pittoresque. Arles version guides anglosaxons : un condensé de l’histoire antique. A travers une liste quasi-exhaustive des monuments romains arlésiens, le Let’s Go et le Rick Steves, équivalents américains du Guide du Routard, offrent une vision très réduite de la ville : Arles, ses arènes, son théâtre antique, ses thermes. Comme nous l’explique la propriétaire de Soléileis (voir l’interview ci-contre), « Leur culture est plus récente. Ils n’ont pas de patrimoine antérieur à 300 ans. Pour eux, une maison de 200 ans est une très vieille maison, alors 2000 ans… ils ont souvent du mal à s’en rendre compte. » Ainsi, c’est cette culture qui les dépasse,

puisque quasi-inexistante chez eux, qui est mise en avant dans ces guides touristiques ; le visiteur est fasciné, épaté de se trouver dans des vestiges que sa civilisation n’a pas connue. « Pourquoi Arles ? Pour voir les ruines ! » Les touristes n’y restent cependant que quelques jours ; la capitale de la Gaulle n’est qu’une étape dans un parcours régional visant à aborder la France provençale ; Nîmes, Avignon, les champs de lavande et les Alpilles sont les autres sites les plus plébiscités. Et parmi ses caractéristiques principales, le passé artistique de la région semble dominé par Vincent Van Gogh. En effet, trois espaces arlésiens lui sont dédiés, sans pour autant que la ville ne possède une de ses œuvres ; le Café de la Nuit,

l’Espace Van Gogh, le Jardin d’Eté. Ces deux aspects culturels de la ville d’Arles semblent donc être la principale motivation des visites méridionales des anglo-saxons. Mais, plus généralement, c’est la culture française qui attire. Un touriste américain interrogé nous confie ainsi qu’il a toujours été « amoureux » de la France, de sa cuisine et de sa langue. Il se dit « heureux » de pouvoir la pratiquer  ; la connaissance de la langue serait-elle alors une des raisons qui orienterait le choix de la destination des vacances, davantage que le patrimoine d’une région?


Le dessous des dessous L’été arlésien, les Rencontres de la Photo, les Suds... Quel magnifique étalage de culture ! Quel bonheur de faire partie d’une civilisation si raffinée, qui sait apprécier les photos de voyage sur papier glacé ou d’autres sujets passionnants et originaux ! Mais, ne le nions pas, ne nous voilons pas la face : nous nous intéressons parfois à d’autres cadrages, à d’autres cordes du métier (ou plutôt d’autres bretelles). Assis à une terrasse de café, en train de boire un bon «passeutisse», tandis que le soleil réchauffe les monuments encore endormis, une brise légère nous étire la bouche en un sourire mutin... Oui, oui, si nous devons parler des dessous de l’été, il nous faut également aborder d’autres types de dessous : les sous-vêtements. Quelle sera la mode cet été ? Que nous montrent les statistiques (dont nous ne citerons pas le nombre d’interrogés compte tenu du caractère modulable des sondages) au sujet des sous-vêtements ? Au niveau des garçons, nous aurons bien entendu droit aux caleçons de type boxers, les slips commençant à devenir démodés. Et puis, c’est l’été, mieux vaut avoir le bon goût d’être hermétique si l’on doit se mettre en caleçon en public. Pour les couleurs, le bleu et le marron seront préférés, malgré quelques éclaircies vers le blanc en fin de mois d’août. On ne pourra pas passer à côté de l’excentricité des caleçons fashion. Nous faisons confiance à notre jeunesse pour nous offrir un véritable festival de Cannes en matière de sous-vêtements : sujets Marvel comme Hulk, The Avengers ou les Fantastic Four (superbes modèles

disponibles, jetez un coup d’oeil dès que vous apercevez un pantalon tombant), hauts en couleurs, allant jusqu’à être dotés de bulles permettant de suivre les aventures des héros (lecture extrêmement pratique en cas d’ennui aux toilettes). Mais d’autres modèles originaux sont également disponibles. Concernant les filles, on aura tendance à mettre du blanc bien entendu. Mais plutôt dans des formes simples. Quelque chose de léger, de confortable pour l’été. Les bretelles de soutien-gorge en plastique seront comme toujours au rendez-vous. Certaines ne porteront même rien, ce qui peut être une erreur si, par exemple, on doit crocheter la porte de la cabine de pilotage d’un avion qui va s’écraser (voir OSS 117 Rio ne répond plus, avec également un superbe modèle de caleçon étrenné - avec succès- par Jean Dujardin dans un style «boxer écossais»). Les culottes en revanche seront présentes, surtout si des amatrices désirent imiter Marylin Monroe un jour de Mistral (eh oui, la mode arlésienne évolue surtout en fonction du vent). On trouvera encore, comme chaque été, la petite ficelle qui remonte au-dessus du pantalon. Très inconfortable, mais extrêmement utile d’un point de vue topographique : elle indique la direction du cerveau (à l’image de la cravate pour les hommes diront certains). Evidemment, encore une fois, ce seront les plus fines bandes de tissus qui seront responsables des plus graves accidents. Un été qui saura donc à la fois se montrer coloré et sobre, voilà qui devrait ravir les connaisseurs. Pensez y donc cet été, avant de vous lever, vous êtes à Arles, ville de la culture, du Mistral, du saucisson et du soleil. Le choix de vos sous-vêtements est essentiel, puisque comme la culture, «au moins on en a, au plus on l’étale». Valentin Pic


de la scene culturelle locale Le milieu culturel arlesien qu’est ce que c’est ? On pense d’abord aux grands festivals de l’ete. Les rencontres, Les Suds. Cette vision ‘‘touristique’’ est tres limitee. Certains parlent de tissus associatifs ou bouillonnement culturel. Il y a aussi des rapports de force, des contestations, une histoire. De drole de petites d’histoires...

Introduction au contexte culturel arlésien Les anciens ateliers de réparation SNCF vont se transformer en énorme cité culturelle. Sous l’impulsion de sa mécène Maja Hoffman. La riche héritière de l’empire pharmaceutique Hoffman-La Roche arrose la ville dans tous les sens. Participation aux budgets des Rencontres de la Photo, elle prévoit même d’investir 100 Millions dans la construction d’un bâtiment dédié à la photographie qui abriterait le siège de sa fondation (LUMA) dans les futurs Atelier SNCF version friche industrielle reconvertie pour l’usage culturel. Un complexe de 7 hectares d’anciennes friches industrielles qui rassemblerait les grands acteurs culturels institutionnalisés de la ville dans un même lieu. La maison d’édition Actes Sud est sur le coup, l’école nationale de la photo, les ren-

contres de la photo et sont déjà installé l’école d’animation Supinfincofom et un IUT. Arles se tourne résolument vers le secteur culturel pour faire vivre son économie. En témoigne les développement souhaité des industries culturelles à travers le programme régional des Prides (Pôle Régional d’innovation et de Développement Economique Solidaire) dédié à l’édition et l’imagerie numérique. Les premiers signes sont la maison de l’édition aux ateliers SNCF et le projet de médiapole dans l’enclos Cézaire du centre ancien qui aboutira en pépinière d’entreprise. Après la fermeture du dernier signe de l’âge industriel arlésien dans les papeteries Etienne, la reconversion semble vitale pour l’emploi sur Arles.

Petites histoires de la contestation culturelle Derrière la vitrine offerte par les Rencontres, Les Suds, l’école de la photo, des acteurs plus modestes existent et tentent de se faire entendre. Un des derniers exemples : les ateliers SNCF. Avant l’arrivée du Messie (la fondation LUMA) et ses fonds. Un appel à projet avait été lancé par la mairie. Un collectif de seize associations s’est regroupé pour présenter un projet sur l’aménagement des ateliers. « La fabrique » avait pour objectif de recenser les besoins dans le domaine de la création arlésienne. En résulte une proposition ambitieuse de créer un lieu de production. Un espèce de forum idyllique de création artistique. La démarche est soucieuse de la question de l’appropriation de l’espace par les acteurs arlésiens plus que de son financement. Toujours le même

problème. Le réalisme a rattrapé les bonnes volontés et c’est la fondation LUMA avec ses 100 millions d’euros qui ont remporté les faveurs de la mairie. Plus tôt dans l’histoire, au début du millénaire, c’était un autre collectif avec plus ou moins les mêmes acteurs qui avaient tenté l’aventure. Le but était moins ambitieux : donner une salle de répétition aux groupes arlésiens. A l’époque l’Association des Musiciens Arlésiens Concerné (AMAC) s’était même vu proposer un lieu, puis un autre. L’AMAC avait même fait venir un architecte pour travailler les plans du futur lieu. Le dernier argument fut le manque de salubrité pour la future salle qui devait être en dessous du monument aux morts boulevard des Lices. Sentiment amer

de Jean Colombina de l’assocatiation Attention Culture! qui faisait parti du collectif : « On s’est fait balloter dans tout les sens pour rien au final ». La contestation n’est pas stérile sur le terrain arlésien. Le festival Convivencia de musique du monde qui se déroule au même moment que Les Suds est né d’une scission avec les Suds. Attention Culture s’est créée au moment ou la boutique Musique Arles a arrêté de travailler avec les Suds. Ne remuons pas le couteau dans la plaie, pour Marie José Justamond, directrice des Suds, qui «  l’avait mauvaise au début » c’est de l’histoire ancienne et pour Attention culture, l’heure n’est plus à l’opposition, le festival fête sa 8ème édition dans le cadre intimiste et gratuit de la rue Réattu.


Chronique d’un séisme à La Roquette Cataclysme sur Arles depuis l’annonce de l’annulation de la nuit de l’année par les rencontres de la photo. La cause : le budget des rencontres qui ne peut plus assumer les 80 000 euros nécessaire à la tenue de l’évènement. La direction (parisienne) des Rencontres a fait le (mauvais) choix d’organiser la nuit de l’année dans les ateliers SNCF et de faire payer l’entrée deux euros. Scandale dans la population arlésienne, le sujet anime les conversations pendant quelques jours et Vauzelle en déplacement pour la conférence de presse des Suds en profite pour fustiger publiquement la décision des Rencontres. Mais qu’Arles se rassure, les habitants de la Roquette sont là pour sauver la ville du néant culturel. On ne sait pas de qui part l’idée étant donné que tout le monde revendique sa paternité, mais toujours est-il qu’un collectif se réunit dans la rue des porcelets pour discuter d’une organisation alternative. Pour s’organiser dans le milieu associatif arlésiens c’est toujours « spécial ». D’autant plus à La Roquette lorsqu’on convoque autour d’une table 20 personnes motivé par l’affaire, le plupart d’entre elle représente une association; On discute à tour de rôle (ou pas) pendant des heures pour enfin prendre une décision. La date est

ainsi passée de vendredi dans la tête de certains et jeudi dans d’autres, puis samedi pendant près d’une heure pour revenir au jeudi définitif. ‘‘C’est antidémocratique, c’est la foire d’enpoigne’’ regrette une madame qui se tiendra finalement à l’écart d’organisation roquoise (requetoise, roquetiste). Et l’organisation se poursuit avec l’appui du CIQ (Comité d’Interet de Quartier) et de la mairie. Pour suivre les avancés, Un wiki (une page internet qui s’édite par les internautes) à été créé par ‘‘les tordeurs’’ en bon Roquois. Finalement, tout se planifie et chacun s’organise dans son petit coin. La mairie accorde une subvention spéciale et le courageux M. Hautebou prend (directeur général des services de la mairie) prend à bras le corps toute les demandes d’autorisation pour faire ça dans les règles malgré l’organisation aléatoire. Au final la nuit de la roquette aura bien lieu le jeudi 9 juillet (un jour avant la nuit d l’année, volonté de pas faire de l’ombre aux rencontres et aussi parce que les habitants de la Roquette voulaient aller voir les expos), et sera même qualifié d’initiative citoyenne par la classe politique et les adeptes de grands concepts. Le langage cache souvent des réalités moins glorieuses, ou simplement plus marrantes.

Barriol : cité culturelle

La culture géographiquement parlant c’est surtout au centre ville. Ce constat simpliste est confirmé par la carte des rencontres, celle de l’office du tourisme qui présente essentiellement. La vision de la culture des centres villes du territoire globale est comparable à celle des touristes sur les festivals arlésiens qui se limite aux Suds et aux rencontres. La culture arlésienne, ce n’est pas le centre ville. A Barriol, la culture c’est toute l’année. De la danse Hip Hop, Modern jazz, du Rap. Moktar Lahouzi, jeune actif de 25 ans, porte un projet de film « qui montre la vraie vie du quartier ». Une histoire autour des différences de vécu pour un jeune des quartiers et des bourgeois. « Montrer que malgré les différences économiques, culturelles de cadre de vie, on peut vivre ensemble ». Le scénario est en train d’être finalisé, le tournage est prévu pour bientôt. La culture « permet un travail éducatif énorme, donner des leçons de morale, des exemples de vie » tout au long de l’année autour de l’Espace Familial de Vie. « Chanter, danser au lieu de faire des connerie » le principal effet de la culture explique simplement Moktar. « Les jeunes voient qu’il y a d’autres choses à faire ». D’autres choses à faire. Ça pourrait être le leitmotiv d’un certain dynamisme associatif qui cherche à créer des initiatives. Premier exemple. Pendant la fête du quartier de Barriol, au milieu de la kermesse, atelier de maquillage, de costume, du tournoi de foot : une expo photo. Sur le mur de l’Espace Familial de Vie attenant à la Place Rouge, des portraits d’habitants se montrent au grand jour. Un travail de 2 mois, 10 séances avec un photographe professionnel. David Pinzon, photographe arlésien d’origine colombienne jouait le rôle de technicien pour laisser son appareil photo aux habitants. Outre leur côté esthétique, les photos sont intéressantes pour « le regard que porte les habitants sur eux même, il suffit de leur donner deux ou trois outils ». Les habitants ont joué le jeu grâce au bouche à oreille, le réseau de l’Espace Familial de Vie, et un studio qui s’installe devant le centre commercial. L’idée est venue des Rencontres mais s’est faite approprié par les habitants : « Là au moins on a senti un vrai partenariat, c’est pas comme les fois d’avant où on avait l’impression qu’ils venaient lancer des cacahuétes aux fauves, une fois par an pour leur bonne action annuelle » Nathalie, photographe éphémère a été une des habitantes les plus assidues, photographiant ses voisins et tout le quartier. Le résultat sera présenté en sélection officielle des Rencontres aux ateliers SNCF. Deuxième exemple. Du côté des Suds, l’autre grand festival, on y va de sa démarche culturo-pédagogique. Une radio éphémère pendant la


semaine du festival. Le casting des reporters et présentateurs se fait dans les pôles formations, les foyers, maisons des quartiers, et les bonnes volontés qui prennent contact avec le festival. Une démarche qui permet de développer l’assiduité, la prise de parole et l’expression. Depuis l’année dernière en partenariat avec la radio associative Raje, la démarche se poursuit tout au long de l’année avec les pôles formation. Une quinzaine de jeunes ont pu participer cette année avant la grande messe anuelle. La radio des Suds fréquentera le 102.9 FM du 13 au 19 juillet avec l’appui logistique de l’association de professionnels du son et de la radio convaincus par la ‘’cause’’. Ces initiatives redondantes sur le terrain arlésien ont pour point commun une démarche implicite, celle de combler le déficit de représentation de toute une population souvent stigma-

tisée. Donner la parole aux gens qui n’ont pas l’habitude de la prendre. Noble cause? Petit à petit est une association qui a pour objectif de créer des rencontres entre des populations qui ne se parlent pas. Avec comme leitmotiv ‘’Partageons nos différences’’, l’association a organisé des journées de rencontre inter-quartiers. Plus récemment, cette année elle a fait se rencontrer la communauté gitane du Quai des platanes et la communauté musulmane « deux communautés qui ont du mal à se côtoyer ». Au cours de son histoire, l’association a pu remarquer des vices de démarche dans les initiatives destinées aux ‘’quartiers’’. Anne Drilleau, présidente de Petit à petit s’est rendue compte « qu’on ne pouvait pas travailler dans de l’assistanat pur, faire à la place de. Qu’il fallait vraiment faire ensemble » Cette travailleuse des relations inter-culturelles, in-

ter-communautaires remarque que les transformations ne peuvent se produire que « grâce à des rencontres authentiques » fustigeant des discours langue de bois version bien pensante. « Ce qui est important c’est de dire que c’est vraiment un travail avec les gens, j’ai vécu quasiment avec les gitans pendant 3 ans ou j’y allais tout les jours. Fallait être présente, puis après on a pu aller plus loin parce qu’il y avait ce lien de confiance qui avait été créer. Y’a eu 6 mois où ils m’ont testé. » Eric Besatti


culture

Pourquoi parle t-on de culture politique ?

Le terme de militant est devenu péjoratif : gauchiste, droit-del’hommiste, utopiste, communiste. De toute façon, on entend assez souvent : ‘‘le meilleur des systèmes est celui dans lequel nous vivons‘‘. Alors a quoi bon resister, se revolter, manifester ou encore agir en fonction de ses idées ? certaines associations, groupuscules, commités ont pour objet d’agir pour des principes qui leur semblent ‘‘bons’’, ‘‘humains’’. ‘‘Nous’’ sommes tous evidemment ‘‘bien pensant’’ et certains d’entres ‘‘nous’’ vont plus loin que l’adhesion a Greenpeace et l’autocollant sur la boite aux lettres. Marginaux ? Sur Arles, pas tant que ça. Minoritaire comme partout, mais ici particulierement actifs. Bizarement, ce sont les mêmes personnes que l’on retrouve syndiquées, en manif ou dans des collectifs de soutients. La liste est longue, de cette culture politique, deux exemples : ATTAC et RESF...

politique conscience

La parole est à l’ Comptant une centaine d'adhérents sur la ville d'Arles et ses alentours, l'organisation citoyenne ATTAC -Association pour la Taxation des Transactions pour l'Aide aux Citoyens-, crée il y a un peu plus de 10 ans, s'inscrit dans la lignée des mouvements altermondialistes. Garder un oeil sur les services, comme l'assainissement de l'eau ou la restauration scolaire, voila un exemple de missions que les militants se sont données dans la région. ATTAC s'immisse donc pour cela dans des organisations plus institutionnelles en effectuant une veille citoyenne. Ainsi par exemple, la commission consultative des services public locaux, dont ATTAC fait partie avec d’autres associations représentatives de la commune d’Arles, a refusé d’approuver le rapport d’exercice de

la Sodex. L’entreprise de restauration scolaire s’est vu refusé l’approbation de son bilan pour cause d’opacité et d’erreurs grossières dans de nombreux domaines. Elle est priée de revoir sa copie pour septembre. Mais l'action d'ATTAC Pays d'Arles ne s'arrête pas à ce type d'intervention. L'organisation altermondialiste, agit au quotidien à travers des propositions concrètes pour améliorer les conditions de vie. Par exemple, ATTAC fait partie de nombreuses autres organisations associatives, dont le CODETRAS, réseau de défense des travailleurs immigrés. Cette coopération a permis la régularisation de plusieurs ouvriers saisonniers clandestins, qui travaillaient dans la région. Une pression sur les instances

étatique utile pour les citoyens et la justice sociale. L'objectif ultime d'ATTAC reste un changement global des mentalités et des comportements. Alors « Que faire du capitalisme ?  » vague question, à laquelle les militants d'ATTAC, ou les curieux à la recherche d'une conscience politique, pourront essayer de répondre lors de l'Université d'Eté de l'association, du 21 au 25 août prochain à Arles. Une organisation qui revient à Arles pour le dynamisme de la section locale. En janvier dernier ATTAC Pays d’Arles avait fait venir tout les experts pour une journée autour de la décroissance. E.B, L.D, P.P, P.R


Welcome

au pays des droits de l’homme Le Réseau Education Sans Frontière n’est pas une association, mais comme son nom l’indique un réseau de citoyens. Ce réseau, créé au niveau national en Juin 2004, a pour but de venir en aide en priorité aux jeunes immigrés sans-papiers scolarisés en France dans les démarches visant à les régulariser, leur évitant ainsi d’être expulsés du territoire français à leur majorité. Par « régularisation », il faut comprendre la délivrance d’une carte de résident valable 10 ans, ou d’un permis de séjour allant de 10 mois à 2 ans avec ou sans autorisation de travail. Cette dernière est obtenue dans 99% des cas. «  La loi est telle qu’elle crée des sans-papiers » nous explique une membre de la branche arlésienne de RESF. Les conditions d’obtention de la nationalité française, ainsi que celles du rapprochement familial se sont considérablement durcies ce dernières années : les mariages franco-étrangers sont de plus en plus suspects. On pourrait s’attendre de la part du gouvernement à une politique d’immigration qui fixerait un quota annuel de personnes à régulariser. Or en ce moment même, la logique inverse est appliquée: 27000 sans-papiers doivent être expulsés chaque année depuis 2006 (25000/an de 2004 à 2006). Maintenir des personnes dans une position de non-droit légitime est une politique de répression, et offre l’avantage considérable d’avoir sous la main des travailleurs au noir sans protection sociale et corvéables à merci. C’est le cas par exemple de la plupart des maîtres-chien des gares de la SNCF, qui, rappelons-le, est pour l’instant encore un service public. De plus, l’existence d’une telle main d’oeuvre menace officieusement le droit de grève et de revendication des syndicats. Les salariés « normaux » se voient ainsi accepter, contre leur gré, certaines conditions de travail. RESF Arles, créé en septembre 2006 sur l’initiative de la FSU, compte aujourd’hui une bonne cinquantaine de membres venant majoritairement d’Attac, CGT, CPE, FSU, NPA (ex LCR), LDH, PCF et Sud Education. Le premier cas concret est arrivé dès 2004 : le père d’un élève scolarisé au lycée Privat fut expulsé, l’alerte avait malheureusement été donnée trop tard, l’homme se trouvant déjà en centre de rétention à Marseille. Depuis, le réseau arlésien s’applique à prévenir ce genre de situation. D’une part, ils aident les sans-papiers se manifestant, à monter un dossier de demande de régularisation (en partenariat avec le CIDF). Ainsi, 3 jeunes ont été régularisés sur Arles. D’autre part ils multiplient les campagnes de

popularisation d’idées, les pétitions, les stands informatifs, les débats, les affichages... Vous pourrez notamment les rencontrer au stand qu’ils animeront lors de l’Université d’été d’Attac du 21 au 25 août 2009, du coté de Barriol et signer des pétitions à l’entrée de chaque concert des SUDS au théâtre antique. En 2009 le cinéma s’est beaucoup interressé aux immigrés sans- papiers, (Welcome de Philippe Lioret, Eden à l’Ouest de Costa-Gavras, Pour un instant la liberté d’Arash T. Riahi). « Ces films ne touchent qu’un public déja averti

, nous répond l’activiste RESF, lorsque je distribue des tracts sur le marché du samedi matin, les gens ne semblent pas plus sensibilisés qu’avant. Ils sont plus préoccupés par la crise qui les concerne directement, ils ne veulent pas accueillir toute la misère du monde. La majorité des personnes qui soutiennent les expulsions pensent que les immigrés ne sont ici que pour toucher les allocations ». Un sanspapiers par définition n’a pas droit à beaucoup de choses en France, et surtout pas aux allocs... Pavlina Simek


Hervé u lors d’une de ses 300‘‘rencontres publiques’’ annuelles : un ‘‘battle’’ au walabeer. photo Victor Picon

un monsieur maire Que faites-vous le plus souvent quand vous êtes en ville ? - Serrer des mains, dire bonjour. A peu près tous les arlésiens mettent un visage sur leur premier magistrat. Impossible de le croiser sans qu’il vous dise bonjour. Chez lui, serrer la main est une seconde nature, « C’est une marque de respect, ça montre l’amitié ». Une technique qui visiblement marche bien, Hervé Schiavetti s’est fait réélire dès le premier tour des municipales de 2008 pour son second mandat. Maire, il a voulu l’être quand il travaillait au cabinet de Jacques Perrault (ancien maire). Plus tôt, déjà engagé au parti communiste, il entreprend des études de sociologie qui lui ont permis « de mieux comprendre pourquoi j’avais ce choix politique ».

Se représenter pour un troisième mandat ? «  Il est bien trop tôt pour le dire », sa succession éventuelle se jouera entre quelques adjoints «  jeunes et talentueux ». Le jeudi 25 juin, le maire suivait son rythme effréné en recevant Le Gai Savoir à 9h du matin. «  On reçoit environ 3000 personnes par an. J’ai 600 réunions dans l’année, et je participe environ à 300 réunions publiques. » Au niveau des vernissages... - Oui, c’est ce que j’appelle les réunions publiques. Comme les repas de quartiers, tout ça... - Mmmmh Avant l’interview, des rumeurs couraient sur le coucher tardif du maire, il était 9h du matin... 2 clopes plus loin et 30 minutes plus tard... Morceaux choisis...


Et ça ne vous fatigue pas ce rythme de vie ? C’est un choix, on peut en avoir d’autres. On n’oblige personne à faire ce choix.

un projet dans la ZAC, la Zone d’Aménagement Concertée des ateliers SNCF, que la possibilité de développer des projets alternatifs nés d’initiatives associatives est exclue.

Les entreprises qui ont fermé sont des grosses entreprises industrielles et des pôles de compétitivité. Quel impact cela a-t-il sur les autres sociétés, sur les emplois ? Je dirais que ce n’est pas la nature grande ou petite qui détermine la fragilité. Ce sont des entreprises qui dépendent de groupes internationaux et dont les décisions ne sont pas régionales ou locales. Elles sont beaucoup plus fragiles que des entreprises qui sont nées d’initiative individuelle ou collective, et qui sont à Arles pour des raisons liées à des choix humains. On le voit bien d’ailleurs pour Michelin, ou pour d’autres grands secteurs de l’industrie. Les grands groupes, dont les logiques capitalistes sont prédominantes, peuvent prendre des décisions en quelques jours ce qui les amènent à fermer des sites industriels pourtant porteurs dans le groupe. Ce n’est pas le cas des entreprises dont le capital n’est pas détenu par le secteur bancaires ou financier et mais plus établi sur la connaissance d’un métier, d’un savoir-faire.

Mais dans un premier temps ce sont quand même ceux qui ont les capitaux qui portent le projet ? Comme vous le dites, à partir du moment où on a les finances, c’est plus facile que lorsqu’il faut rechercher des financements. Finalement les initiatives associatives aux ateliers SNCF se feront une fois que la structure sera là ? Les éléments qui vont être structurants dans le dossier des ateliers, ce sont les éditions Actes Sud, la fondation LUMA, et puis la partie cinéma, boîte à musique, loisirs culturels. Après cela, émergeront les projets plus associatifs et publiques.

Des petites entreprises, d’initiatives locales, c’est ce que vous aimeriez voir dans l’hôtel d’entreprises de Saint Césaire ? Oui notamment, mais j’ai envie de dire que c’est aussi le cas avec Actes Sud et Harmonia Mundi, et à la fois Hubert Nyssen et Bernard Couttas qui ont décider de venir créer à Arles des entreprises dans le domaine de l’édition de la musique et du livre et qui sont plus importantes que des entreprises qui appartiennent à des grands groupes dans le domaine du papier et de l’industrie chimique. Pour les ateliers SNCF, il existait un projet porté par un collectif d'association. Il n'a pas été retenu au profit de celui de Maja Hoffmann. Qu'est t-il devenu ? Les projets qui pourraient voir le jour sur des lieux affectés à des créations ne sont pas exclus du projet. Ce n’est pas parce que la fondation LUMA apporte

N’est ce pas symptomatique, l'incapacité à organiser et à fédérer les associations pour des projets d’envergure ? Non ce n’est pas difficile de fédérer des associations, simplement elles ont des logiques qui les amènent à avoir recours à des fonds publics pour mener à bien leur projet. Comme chacun le sait la ressource publique est rare donc elle n’est pas disponible comme peut l’être, par exemple, le conseil d’administration d’une maison d’édition comme Actes Sud ou les moyens mises à la disposition de la fondation LUMA. A propos des Rencontres, comment vous avez vécu la baisse du budget, en tant que vice -président ? Il n’y a pas eu de baisse du budget aux Rencontres, il y a eu au contraire une constante évolution du budget des Rencontres grâce aux collectivités publiques. Ce qui est aujourd’hui plus fragile, c’est la participation privée, de par les conséquences de la crise. Comme nombre d’institutions culturelles, elles sont amenées à faire des choix pour maintenir leur objet et proposer des initiatives qui soient enthousiasmantes. La nuit de l’année ! Etes-vous satisfait qu’il n’y ait pas eu de conflit avec les habitants de la Roquette qui organisent eux aussi une soirée ?

Je ne suis pas content que la Nuit de l’Année n’ait plus lieu à la Roquette. Il ne faut pas considérer que l’initiative qui a été prise pourra se substituer simplement à ce qui était organisé par les Rencontres de la Photo. Mais il est vrai, qu’un festival évolue sans cesse, puisque c’est un espace de création, de moments de passions et d’émotions. Immanquablement on est confronté à des évolutions dans l’appréhension du territoire par le festival lui même et des espaces qui lui sont réservés. J’avais connu le même problème, il y a une dizaine d’années, quand les organisateurs avaient décidé d’ouvrir aux ateliers SNCF et de ne plus systématiquement organiser les Nuits au théâtre antique. Le fait de ne pas organiser la Nuit de l’Année à la Roquette fera partie du bilan que les élus souligneront. Et ceux qui ont la charge d’animer le festival prendront ça en compte et auront à proposer des choses. Vous sentez-vous communiste en tant que maire d’Arles ? Non, le maire d’Arles est au service de tous les citoyens, quelques soient leurs idées, quelques soient leurs sentiments et leurs préférences politiques. Et en tant que maire, je ne me sens que maire. Un évènement comme la fermeture des papeteries Etienne ne vous permet-il pas de réfléchir aux logiques nationales, et d’affirmer un peu votre logique politique communiste sur le plan local ? Il y a le regard que je peux porter en tant que citoyen, engagé dans la vie politique, ayant la responsabilité de la gestion d’une commune. Il est certain que les membres de l’UMP n’ont certainement pas la même analyse que la mienne sur la mondialisation de la finance, le rôle des groupes dont les capitaux ne sont pas maîtrisables. Et sur les conséquences pour l’Homme au sens générique du terme. Ensuite, j’ai l’obligation de me conformer aussi, en tant que maire, à appliquer les lois de la République, et à faire en sorte que les décisions qui sont prises par le gouvernement, qui est de droite et libéral, soient aussi appliquées à Arles même si cela ne correspond pas à l’idée générale que je peux avoir sur tel ou tel sujet traité par la loi. receuilli par Eric Besatti


le Gai Savoir apèridique associatif - n°3. été 09 - / 1,50€

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