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Le tribunal des enfants. De Guillaume Moraine

gmoraine@gmail.com


Personnages:

Attila Juliette Myriam Myrtille Rose Iris / La maĂŽtresse Lester Patrick Raymond Domino

2 gmoraine@gmail.com


Acte 1

La scène se passe dans une cour d’école, on commence par entendre des bruits de jeux d’enfants, c’est la récréation, le son vient des coulisses. Le rideau s’ouvre, la scène est vide. Entre une fille. Elle vient à l’avant-scène, reste un peu sans parler en regardant le public, elle a l’air en colère. Juliette :

Je suis une enfant très sage ! J’ai toujours été une enfant très sage ! Demandez à mes parents, ils vous le diront ! Je fais mes devoirs, je me couche toujours quand c’est l’heure, je ne mange pas trop de bonbons, je me lave les dents tous les jours. C’est bien ce qu’on attend d’un enfant très sage, ça ! Non ? Non ? Alors, je veux qu’on m’explique pourquoi la vie est aussi injuste ! Depuis le début de l’année, je n’ai pas pu manger un seul de mes goûters à l’école ! Pourquoi ? Parce que Attila me le vole chaque jour ! Tous les jours à l’école, Attila vient me voir dans la cour, et me dit : « Donne-moi ton goûter, ou bien je te tape ! » Alors moi, je lui donne mon goûter. Et quand ma maman me demande si mon goûter était bon, je lui réponds : « Oui maman, mon goûter était très bon. Oui maman, ça s’est bien passé à l’école aujourd’hui ! » Je suis obligé de mentir à ma mère ! Alors que les enfants très sages ne devraient pas mentir à leurs parents ! Et ça fait des semaines que ça dure ! Et j’en ais assez ! Et ça commence à bien faire !

Un autre enfant entre, il est couvert de boue, et a l’air en colère, lui aussi. Lester :

L’eau est précieuse, je le sais, on en a parlé à la télévision, on en a parlé à l’école, tout le monde en parle tout le temps. Et je sais aussi que quand on fait une lessive, quand on lave des vêtements, on utilise de l’eau. Alors si on doit faire une lessive tous les jours, ça fait beaucoup beaucoup d’eau ! Et moi, tous les jours, mes parents doivent laver mes vêtements, parce que tous les jours je tombe dans une grande flaque de boue ! Pourquoi ? Parce que tous les jours à l’école, Attila vient me voir dans la cour, et me pousse dans la flaque en rigolant ! Tous les jours ! Et chaque soir, quand je rentre chez moi, mes parents me disputent parce que je ne prends pas soin de mes vêtements, et parce que l’eau est précieuse ! 3 gmoraine@gmail.com


Je sais tout ça, et je suis obligé de m’excuser tous les soirs parce qu’il faut faire une nouvelle lessive ! Et ça fait des semaines que ça dure ! Et j’en ais assez ! Et ça commence à bien faire ! Un troisième enfant entre. Myriam :

Attila m’a encore volé mes billes ! Ça fait des semaines que ça dure ! J’en ai assez ! Et ça commence à bien faire !

Un quatrième enfant entre. Patrick :

Attila m’a encore tapé, pour que je fasse ses devoirs ! Ça fait des semaines que ça dure ! J’en ai assez ! Et ça commence à bien faire !

Myriam :

Tu n’as qu’à pas te laisser faire, Patrick, dis-lui que tu ne feras pas ses devoirs !

Patrick :

Et toi, ne le laisse plus voler tes billes ! Tu peux donner des leçons !

Myriam :

Attila ne me laisse pas le choix, elle me les prend, et je ne veux pas qu’elle me tape !

Patrick :

Mais moi non plus, mais si je refuse de faire ses devoirs, elle me tapera encore plus fort le lendemain, ou bien elle me pincera, ou elle me poussera dans la boue, ou me volera aussi mon goûter !

Entre Myrtille. Elle se frotte le bras. Myrtille :

Attila m’a pincé !

Entre Raymond. Il se tient le ventre. Raymond :

Attila m’a frappé !

Entre Rose. Elle se frotte la jambe. Rose :

Attila m’a fait un croche-pied !

Myriam :

Attila par ci, Attila par là ! Y en a marre ! Il faut faire quelque chose !

Patrick :

Je suis d’accord, qu’est-ce que tu proposes ?

Myriam :

Je n’en ai aucune idée ! Ça a été tellement vite, elle vient d’arriver dans l’école, personne ne la connaît, et voilà qu’elle fait comme si elle était le chef ! Alors que c’est une nouvelle !

Rose :

On pourrait aller en parler à la maîtresse ?

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Patrick :

Ce n’est pas bien de rapporter !

Myriam :

Et que crois-tu qu’elle va pouvoir faire ? Même si elle la gronde, elle ne sera pas toujours là pour la surveiller ! Et je suis sûr que, pour se venger, Attila sera capable de faire des choses encore pires !

Rose :

Je propose ça parce que vous n’avez pas d’idée ! Si tu es si maligne, tu n’as qu’à trouver une solution !

Patrick :

On ne va pas se battre entre nous, ce serait le comble, quand même !

Myriam :

Alors d’accord, on peut essayer ça. Tu veux qu’on rapporte, Rose ? Mais c’est toi qui y vas ! C’est toi qui vas voir la maîtresse !

Rose :

Je veux bien y aller. Ça ne me dérange pas. J’ai moins peur de la maîtresse que d’Attila.

Tout le monde sort, sauf Rose, qui tourne le dos au public.

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Acte 2

Rose :

Vous savez, je n’ai pas très envie de passer pour une cafteuse, mais je me dis que je n’ai pas le choix. Comme je ne me sens pas assez forte pour me défendre toute seule, et que je n’ai pas très envie de voir tout le temps des bagarres dans la cour de récréation… Je préfère passer pour une trouillarde… Même si les autres n’ont pas l’air content, je sais qu’ils sont d’accord avec moi.

Rose va jusqu’au fond scène, et se retourne vers le public. Elle a l’air très mal à l’aise, comme si elle ne voulait pas déranger, ou qu’elle était très timide. Rose :

Maîtresse ?

La maîtresse est en voix off, on l’entend remuer des papiers et écrire. Rose :

Excusez-moi, maîtresse.

La maîtresse : Qu’y a-t-il, Rose ? Rose s’avance vers le bord de scène. Rose : content…

Ben, je viens vous voir parce qu’avec les autres, on n’est pas trop trop

La maîtresse : De quels autres parles-tu, Rose ? Rose :

Ben toute la classe, quoi enfin presque toute la classe… parce qu’ils étaient pas tous là, mais je pense qu’ils seraient d’accord eux qui n’étaient pas là… enfin, je veux dire…

La maîtresse : D’accord, d’accord, Rose. Ne t’inquiète pas, tu peux tout me dire, qu’est-ce qui vous ennuie autant, toi et le reste de la classe ? Rose :

Enfin presque toute la classe.

La maîtresse : Oui j’avais bien compris ça, Rose. Eh bien ? Qu’est-ce qui ennuie tant presque toute la classe ? Rose :

C’est à cause d’Attila, maîtresse…

La maîtresse : Qu’est-il arrivé à Attila ? 6 gmoraine@gmail.com


Rose :

Oh rien, mais il y a des problèmes… C’est pas facile de le dire…

La maîtresse : Attila a des problèmes ? Que se passe-t-il, Rose ? Allons, réponds-moi ! Rose :

C’est la classe qui a des problèmes avec Attila ! On en a tous marre qu’elle nous embête ! Elle nous vole nos jouets, elle mange nos goûters, elle nous tape sans arrêt, on en a marre à la fin !

La maîtresse : Je vois… Rose :

C’est vrai ! Les autres ne voulaient pas vous le dire ! Mais moi je pense qu’il fallait vous voir !

La maîtresse : Tu sais, Rose, que ce n’est pas bien de raconter des histoires ? Rose :

Je sais.

La maîtresse : Tu sais que ça peut faire du mal aux gens, de raconter des mensonges sur eux ? Rose :

Je sais, maîtresse, mais c’est pas des histoires !

La maîtresse : ça suffit, Rose ! Je connais bien Attila, je te rappelle que je la vois tous les jours ! Et c’est une petite fille adorable ! Très sage et très polie ! Rose :

Mais maîtresse, elle fait semblant ! Dans la cour, avec nous, elle n’est pas du tout comme ça ! Elle est méchante et voleuse !

La maîtresse : Rose, je ne veux pas en entendre d’avantage ! Je ne peux pas croire qu’Attila se comporte de la sorte avec vous ! Je pense que vous ne l’aimez pas parce qu’elle est nouvelle dans l’école, et ce n’est pas très gentil de votre part ! Rose :

Mais maîtresse !

La maîtresse : Encore un mot là-dessus, et je te punis, Rose ! Retourne dans la cour, à présent ! Rose :

Bien, maîtresse…

Rose se tourne à nouveau et va en fond scène. Elle se tourne à nouveau vers le public.

Rose :

Bah voilà, en plus d’être une cafteuse, maintenant, je passe aussi pour une menteuse ! C’est pas très drôle d’être le messager ! Et je suis certaine qu’en plus, les autres vont m’en vouloir ! Ça va être ma faute si la maîtresse ne m’a pas crue ! 7 gmoraine@gmail.com


Acte 3

Rose revient au milieu de la scène, en même temps, les autres reviennent des coulisses, très discrètement, comme s’ils ne voulaient pas être vus et entendus. Raymond :

Rose !

Myrtille :

Rose !

Raymond :

Alors, Rose, dis-nous !

Myrtille :

Dis-nous, qu’est-ce que la maîtresse a dit ?

Raymond :

Elle va punir Attila ?

Myrtille :

Elle va lui dire de rendre les jouets ?

Raymond :

Elle va arrêter de nous taper ?

Myrtille :

On pourra manger nos goûters ?

Raymond :

Allez, Rose, dis-nous !

Rose :

La maîtresse ne m’a pas crue.

Myrtille :

Elle ne t’a pas crue ?

Rose :

Elle m’a traitée de menteuse, elle a dit qu’elle me punirait si je n’arrêtais pas de raconter des histoires !

Raymond :

Mais tu lui as bien tout expliqué ?

Myrtille :

Tu as tout dit, hein ?

Raymond :

C’est sûrement de ta faute si elle ne t’a pas crue !

Myrtille :

Et maintenant on peut plus rien faire contre elle !

Raymond :

La maîtresse est de son côté, maintenant ! Je vais me faire pincer le bras jusqu’à la fin de mes jours ! 8 gmoraine@gmail.com


Myrtille :

Je ne mangerai plus jamais de goûters de toute ma vie !

Raymond :

Je ne vais plus jamais aimer l’école !

Myrtille :

C’est peut-être comme ça que ça doit se passer…

Raymond :

Peut-être que c’est ça la vie !

Tout le monde baisse la tête, d’un air abattu. Tous :

Ah lalalala, ce n’est vraiment pas juste… Ah ça non, alors, c’est vraiment pas juste…

Myriam :

Allons, mes amis, peut-être aussi que les choses vont s’arranger d’ellesmêmes ! Peut-être qu’Attila va comprendre toute seule qu’elle n’est pas gentille ! Et elle va regretter ses méchancetés ! Et elle nous rendra tout ce qu’elle nous a pris !

Au loin, dans les coulisses, soudain, on entend un enfant se plaindre, c’est Domino. Ils regardent tous vers la coulisse Domino :

Tiens, salut Attila ! Comment vas-tu ? Tu veux jouer avec moi ? J’ai apporté mes billes, tu as les tiennes ? Mais arrête ! On joue chacun avec ses billes ! Mais laisse-moi ! Attila tu me fais mal ! Quoi ? Tu veux mes billes ? Mais c’est les miennes ! Arrête ! Aïe ! Au secours, lâche-moi ! Mon bras ! Tu me tords le bras ! À l’aide ! Aïïïeee ! Tiens ! Tiens ! Prends mes billes ! Je te les donne mais lâche-moi !

On voit Attila sortir de la coulisse, un sac de billes à la main, elle joue avec tranquillement. Tous les autres la regardent avec peur. Elle leur jette un coup d’œil, s’arrête. Attila :

BOUH !

Tous :

AAAAHHHHH !!!!

Attila sort de l’autre côté, en riant. Attila :

Quelle bande de trouillards ! C’est vraiment trop drôle !

Domino rentre sur scène, il boite et se masse le bras. Myrtille et Raymond vont l’aider à se relever. Raymond :

ça va Domino ?

Domino :

à ton avis ? J’ai le bras en compote, et je n’ai plus mes billes ! Je vais super bien !

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Raymond (A Myriam) : Tu crois toujours qu’elle va s’arrêter toute seule ? Myriam :

Mais j’ai jamais dit que ça se ferait comme ça, tout de suite !

On entend un autre enfant se plaindre, de l’autre coulisse, c’est Iris. Tout le monde regarde vers la coulisse. Iris :

Tiens, Attila, T’as vu mon goûter ? C’est mon papa qui me l’a préparé, mon préféré ! Un sandwiche de beurre de cacahuète avec un jus d’orange ! J’adore ça. Mais qu’est-ce que tu fais ? Arrête ! C’est mon sandwiche ! Arrête Attila, j’ai super faim ! C’est pas juste !

Attila entre à nouveau sur scène, un sandwiche à la main. Iris la suit, elle boude. Les autres se taisent. Iris :

Tu es injuste, Attila, c’est vraiment pas sympa de me piquer mon sandwiche !

Attila :

Et qu’est-ce que tu vas faire, tu vas me le reprendre ? Ou alors tu vas demander aux autres de le faire ?

Elle s’approche du groupe, qui recule au fur et à mesure. Attila :

vous voulez reprendre le sandwiche, c’est ça ? Ou alors, peut-être les billes ? Eh bien ? Qui veut se faire pincer ? Qui veut se faire tordre le bras ? Qui veut que je le tape ?

Personne ne répond, Attila ressort en mangeant le sandwiche. Iris :

Mais pourquoi vous n’avez rien fait ? Vous étiez vachement plus nombreux qu’elle !

Domino :

C’est vrai, c’est quand même incroyable qu’elle fasse la loi, alors qu’elle est toute seule !

Iris :

Moi je dis que ça suffit, il faut que ça s’arrête, d’une façon ou d’une autre !

Domino :

je suis d’accord avec toi, Iris, et s’il le faut, eh bien c’est pas grave, je me battrai contre elle, même si elle est plus forte que moi ! Et c’est pas grave si je finis avec des bleus partout, au moins j’aurai essayé !

Iris :

je te suis !

Domino :

tu m’aideras ?

Iris :

Je t’encouragerai pendant qu’Attila te mettra la tête dans la boue ! Tu n’as aucune chance tout seul !

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Patrick :

Eh bien, moi, je vais t’aider. A deux, on aura un peu plus de chances de la battre !

Raymond :

Je suis avec vous ! À trois, ce sera encore plus facile ! On va enfin pouvoir se venger !

Domino :

On va lui faire payer tout ce qu’elle nous fait subir !

Patrick :

On va lui tordre le bras !

Raymond :

On va la pincer très fort !

Domino :

On va lui donner des coups de pied dans les tibias !

Patrick :

La faire tomber dans la boue !

Raymond :

L’aider à se relever !

Domino :

Et la faire tomber de nouveau dans la boue !

Patrick :

Encore !

Raymond :

Encore !

Domino :

Et encore !

Tous (sauf Juliette et Lester) : Ouais ! On est avec vous ! On va tous se venger ! Juliette s’avance. Elle n’est pas contente. Juliette :

Moi, je ne suis pas d’accord !

Tous :

Quoi ?

Juliette :

Je dis que je ne suis pas d’accord ! Si on se venge, on fait comme Attila, on est aussi Méchants qu’elle, et je ne veux pas qu’on puisse dire que je suis comme Attila !

Lester :

Je suis assez d’accord avec Juliette. En plus, si on lui fait subir tout ce que vous avez dit, il y a des chances pour que ce soit nous qui nous fassions punir ! Tous ! Je vous rappelle quand même que la maîtresse est de son côté, et qu’elle ne croit pas qu’Attila est méchante !

Juliette :

Il faut trouver une autre solution ! Une solution à nous ! Et que Attila ne puisse pas se plaindre après.

Domino :

Excusez-nous, mais…

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Lester :

Silence ! On réfléchit ! Ce qu’on sait, c’est qu’on est les plus nombreux.

Juliette :

Et en général, c’est les plus nombreux qui gagnent.

Lester :

Les plus nombreux imposent leur loi !

Juliette :

Attila impose la loi du plus fort.

Lester :

Et nous on va imposer la loi des plus nombreux !

Juliette :

Elle n’aura plus le choix !

Lester :

Mais comment s’y prendre ?

Juliette :

On a qu’à faire comme les grands : un procès !

Lester :

C’est ça : un procès ! Il faut organiser un tribunal pour juger Attila !

Juliette :

Comme ça elle saura ce qu’on lui reproche, elle pourra se défendre, et on pourra lui imposer une punition juste !

Lester :

Il faut s’organiser !

Patrick :

J’ai compris ! Et je suis d’accord ! Organisons le procès d’Attila ! La maîtresse ne peut rien pour nous ? Eh bien nous allons nous faire justice nous-mêmes ! Et à notre façon ! Pour un tribunal, il va nous falloir des chaises !

Domino :

Prenons celles de la classe !

Patrick :

Il va nous falloir un accusateur, pour crier tout ce qu’on lui reproche, et pour appeler des témoins de tout ce qu’elle a fait !

Domino :

Je serai celui-là ! Alors ça, elle va m’entendre crier !

Patrick :

Il nous faut un avocat !

Domino :

Pour quoi faire ?

Patrick :

Pour la défendre ! Attila a droit à une défense, comme tout le monde ! Qui s’en charge ?

Tout le monde garde le silence, et sifflote comme si de rien n’était. Patrick :

Que celui qui accepte de défendre Attila avance d’un pas !

Tout le monde recule, sauf Myrtille qui refaisait son lacet. Myrtille :

Quoi, qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que j’ai raté ? 12 gmoraine@gmail.com


Patrick :

Tu seras l’avocate d’Attila ! Il faudra la défendre avec toute ton énergie !

Myrtille : (elle reste un instant silencieuse, puis se tourne brutalement vers le reste du groupe) Bande de dégonflés ! Patrick :

Il va falloir un jury, pour décider si Attila est coupable ou pas ! Vous êtes d’accord, ce sera tous les autres ?

Tous :

Ca marche !

Patrick :

Et pour arbitrer tout ça, nous avons besoin d’un juge. Au hasard, moi ! Et maintenant on met tout en place !

Ils se lancent tous à aller chercher les chaises, bancs et tables pour construire le tribunal. L’installation se fait en musique. Une fois qu’ils ont terminé, chacun prend sa place et la musique s’arrête.

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Acte 4

Ils sont tous en place, juge, jurés, avocat et accusateur. Patrick :

Myrtille, le tribunal te demande d’aller chercher ta cliente, afin qu’elle soit jugée !

Myrtille :

Et si elle n’est pas d’accord ?

Tout le monde se tait. Myrtille (en sortant) : Bande de dégonflés ! Une fois Myrtille sortie, une musique solennelle se lance et Myriam commence son discours. Myriam :

Mesdames et messieurs du jury, et vous chers spectateurs, aujourd’hui est un grand jour ! Un jour qui va marquer l’histoire de la vie de nos cours de récréation, car nous allons juger Attila ! Il nous faudra être fort et justes ! Il ne faudra pas se laisser emporter ! Car la dernière chose que nous souhaitons tous, c’est que ce procès se termine en bagarre générale ! Faites entrer l’accusé !

On attend, l’accusé ne vient pas. Myriam :

Faites entrer l’accusé !

Attila entre seule, très rapidement, elle s’arrête et regarde l’installation. Myriam :

Où est Myrtille ?

Attila :

Elle est là à côté. Elle se repose un peu et elle arrive. Alors, qu’est-ce que c’est que ce cirque ? Vous vous êtes réunis pour jouer à quoi ?

Myriam :

Myrtille n’a pas eu le temps de t’expliquer, Attila ?

Attila :

Elle a essayé, quelque chose comme un procès dont je serais l’accusée ? Vous vous prenez pour qui ? Vous croyez vraiment que je vais accepter d’être jugée par vous ? C’est moi qui commande, ici ! Je suis plus forte et plus courageuse que vous tous ! Pour me juger, il faudrait que j’accepte ma punition, s’il y en a une ! Et vous croyez vraiment que vous allez me punir ? 14 gmoraine@gmail.com


Myriam :

Tu es peut-être plus forte, mais nous tous, nous sommes beaucoup plus nombreux que toi, et si on reste toujours ensemble, on pourra te tenir tête. Tu peux voler le goûter d’un enfant, mais si on est dix à protéger le goûter, qu’estce que tu feras ? Et si on est dix à vouloir te punir, tu peux être sûre qu’on y arrivera ! Le procès, c’est juste pour ne pas faire comme toi, et pour te laisser une chance de te défendre !

Myrtille entre, elle boîte. Myrtille :

Mon client accepte d’être jugé ! Et vous n’êtes qu’une bande de dégonflés !

Attila :

Comment ça, ton client ?

Myrtille :

Je suis ton avocat ! Je suis là pour te défendre !

Attila :

Je t’ai jeté dans la boue la semaine dernière ! Je viens de te donner des coups de pied dans la jambe ! Et tu veux me défendre ?

Myrtille :

Je n’ai pas le choix ! Et tu as intérêt à me laisser faire !

Attila :

Bon. De toute façon ça pourrait être rigolo.

Myrtille (elle lui montre une chaise, et s’assied à côté) : Assieds-toi là. Patrick :

La séance peut commencer ! Accusateur !

Domino :

Monsieur le juge ?

Patrick :

A vous la parole, accusateur !

Domino :

Merci Monsieur le juge ! Mesdames et Messieurs les jurés, la petite fille que nous jugeons aujourd’hui est un vrai démon ! Attila, tu n’as aucun respect pour tes camarades ! Mesdames et Messieurs, imaginez que vous ayez un jouet que vous adorez, le cadeau de Noël dont vous avez toujours rêvé… Attila vous le vole ! Mesdames et Messieurs, imaginez que vous ayez un goûter que vous aimez, votre père vous l’a préparé, avec amour… Attila vous le mange ! Mesdames et messieurs, imaginez que vous portiez des vêtements neufs, propres, vous vous sentez beaux, vous êtes fier ! Attila vous pousse dans la boue ! Je voudrais faire appel à mon premier témoin ! Lester.

Lester :

Monsieur L’accusateur, Monsieur le Président ! Le plus difficile, avec les flaques de boue, c’est que ça se voit. C’est pas d’être sale qui m’embête le plus, c’est de le rester toute la journée, c’est la honte. Je passe toute la journée à être regardé par les autres enfants comme si j’arrivais pas à mettre un pied devant l’autre. 15 gmoraine@gmail.com


La maîtresse est persuadée que je suis maladroit, et que je me moque d’être couvert de boue. Mes parents me disputent chaque soir parce que je gâche de l’eau, à force de devoir faire des lessives ! Le plus dur, c’est pas de tomber dans la boue, c’est la journée, après. Domino :

Merci, Lester. Je voudrais appeler mon second témoin : Juliette !

Juliette :

Monsieur l’accusateur, Monsieur le Président. Je suis une menteuse. Et c’est pas très facile à dire. J’ai toujours fait comme il fallait, mais comme je voulais pas dire à mes parents qu’Attila me volait mon goûter tous les jours, je me suis mise à mentir… Alors le pire, c’est pas de jamais manger mon goûter. Le pire, c’est d’avoir été honnête pendant des années, de faire en sorte d’être toujours très sage et très sincère, et de voir tout ce travail gâché par Attila. Parce que maintenant, quoi qu’il arrive, tout le monde sait que je peux aussi mentir…

Domino :

J’ai terminé, Monsieur le juge, j’espère que le jury tiendra compte de ces témoignages bouleversants, et condamnera Attila, ce monstre !

Patrick :

Merci, accusateur ! La parole est à la défense !

Myrtille :

Merci Monsieur le juge. Mesdames et messieurs les jurés, permettez-moi de vous dire, tout d’abord, que mon client regrette tout ce qu’il a fait…

Attila :

Tu rigoles ou quoi ?

Myrtille :

Chhhuuuuutt !!! Laisse-moi faire ! Mesdames et Messieurs, dites-vous bien qu’Attila n’est pas responsable de sa méchanceté ! Tout a commencé il y a très longtemps, alors que ses parents se promenaient dans une forêt, ils ont eu le malheur de la perdre. Ils l’ont cherchée, cherchée, pendant des mois et des années, ils n’ont jamais retrouvé Attila… Attila a vécu des années dan la forêt, élevée par une famille de loups… Alors il est normal qu’elle ait pris leurs habitudes ! Il faut survivre en forêt ! Il n’y a pas de sandwiche, de frigo, ou de télévision en forêt ! Il faut se battre ! Il faut voler pour manger ! Depuis qu’elle est revenue dans le monde des hommes, Attila a du mal à s’habituer à ne plus voler… Mais ce n’est qu’une question de temps ! Laissez-lui le temps, Mesdames et Messieurs, et Attila deviendra aussi gentille que vous et moi !

Attila :

Tu racontes n’importe quoi ! Je n’ai jamais vécu en forêt ! J’habite toujours avec mes parents ! J’ai jamais mangé avec des loups !

Myrtille :

Moi je disais ça pour t’aider !

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Attila (elle s’avance, menaçante, vers Myrtille) : Tu veux que je t’aide, moi aussi ? Patrick :

Avocat ! Calmez votre client !

Myrtille :

J’aimerais bien !

Attila :

Vous tous, vous me faites bien rigoler avec votre procès ! Alors que si je réfléchis bien, c’est de votre faute si je suis méchante avec vous !

Tous :

Quoi ? N’importe quoi ! C’est vraiment n’importe quoi ! C’est incroyable de dire ça !

Patrick :

Silence, s’il vous plaît ! On a dit qu’on la laissait se défendre !

Attila :

Quand je suis arrivée, au début de l’année, je ne connaissais personne ! J’avais pas d’ami, je connaissais pas la ville, je connaissais pas l’école ! J’étais toute seule ! Quand je suis venue vous voir, au début, vous m’avez pas acceptée ! Rose : tu te souviens quand je t’ai demandé de goûter ton sandwiche ? C’était juste pour discuter ! Mais tu as refusé ! Et les autres se sont moqués de moi, parce que j’avais pas de goûter à moi ! Au début, ça m’a rendue triste, et puis j’étais en colère ! Je vous force à faire mes devoirs parce que tout le monde sait que j’ai du mal à comprendre, mais personne n’a proposé de m’aider ! Je me suis rendue compte que quand j’étais méchante, tout le monde m’écoutait, tout le monde me regardait ! C’était pas le plus agréable, mais c’était déjà ça ! Si je suis comme ça avec vous, c’est de votre faute ! Voilà !

Attila se rassoit sur sa chaise, et boude. Juliette :

Je ne voyais pas les choses comme ça…

Lester :

Il faut avouer qu’on a pas toujours été sympa…

Myriam :

Vous n’allez pas vous laisser avoir ? C’est vous qui avez des bleus partout ! C’est vous qui avez faim le soir ! C’est vous qui avez peur de venir à l’école !

Iris :

Oh, laisse tomber Myriam ! C’est vrai qu’on a jamais partagé avec elle ! C’est vrai qu’on l’a jamais aidée à comprendre les leçons de la maîtresse !

Rose :

Ecoute, Attila, si on n’a pas été sympa au début de l’année, c’est parce qu’on te connaissait pas, mais on pourrait faire un effort, maintenant… Faudrait juste que tu arrêtes de nous tordre le bras…

Iris :

Tu serais d’accord ?

Attila :

Vous voulez que cette histoire se termine bien, c’est ça ? 17 gmoraine@gmail.com


Rose :

Ce serait plus sympa… Plutôt que de continuer à se détester les uns les autres.

Patrick :

Que le jury délibère !

Les jurés se regroupent et chuchotent, puis ils se tournent vers Patrick. Rose :

Le jury a décidé qu’il valait mieux rester copains, et faire en sorte qu’Attila devienne l’une de nos meilleures amies !

Patrick :

Très bien, c’est décidé. Attila ! Tu es condamnée à devenir notre meilleure amie ! Que cela te serve de leçon !

Attila :

Très bien, Monsieur le juge, je ferai attention.

Patrick :

La séance est levée ! Et maintenant, qui veut aller jouer ?

Tous :

Moi ! Moi ! On joue à quoi ? Aux billes, non ? Qui préfère la marelle ? Un colin-maillard ? …

Rideau

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Le tribunal des enfants