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R 28895 - 0036 - F : 3.90 €

N°36 13 Janvier → 13 Février | www.le13dumois.fr | En vente le 13 de chaque mois | 3,90 €

REPORTAGE AUX OLYMPIADES LA FOLIE K-POP PORTRAIT EXSONVALDES, ARTISANS DU ROCK

–> ANNÉES 70-80

La naissance de

CHINATOWN racontée par ses habitants

DANS L'ACTU DU 13e

MUNICIPALES : PAROLE À LA CANDIDATE FN L’EXTENSION DU CENTRE ITALIE 2 S'INVITE DANS LA CAMPAGNE LA SANTÉ FERME SES PORTES * NOUVEL AN CHINOIS : LES SECRETS DE LA DANSE DU LION SÉLECTION SORTIES * BON PLAN RESTO


SOMMAIRE

Janvier 2014 — www.le13dumois.fr

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n°36 p.03

Édito

p.06

Courrier des lecteurs

p.08

Le 13 en bref

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POLITIQUE p.10

Municipales : parole à Marie-Amélie Dutheil de la Rochère, candidate FN dans le 13e

— p.11

p.48

Sélection sorties

Municipales : l'extension du centre Italie 2 s'invite dans la campagne

p.56

L'image du mois

SOCIÉTÉ

p.57

Billet - L'inconnu-e du 13

p.58

Le 13 fois 13

p.12

p.14

Toutes les photographies de ce magazine (sauf indication) sont réalisées par Mathieu Génon. Photographie de couverture : Mathieu Génon

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Port de la Gare : nouvel avis de tempête sur les quais — Fermeture de la prison de la Santé : la fin d'une époque


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SOMMAIRE 38

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p.16

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DOSSIER ANNÉES 70-80 LA NAISSANCE DE

CHINATOWN

MÉTRO MON AMOUR, MA HAINE p.52

RACONTÉE PAR SES HABITANTS p.28

13e ŒIL p.32

LOISIRS

DOSSIER - PORTRAIT Buon-Huong Tan, l'ancien boat-people devenu adjoint au maire

Les reposeurs : des militants sans pub et sans reproche

p.53 p.54

Bon plan resto : Chez Yong — Un resto, un chef, une recette : Jean du Bouche à Oreille

Reportage : rencontre avec des accros à la K-pop

— p.38

p.46

Portrait : Exsonvaldes, artisans du rock

PAR-DESSUS LE PÉRIPH'

P.37

S'ABONNER

À Ivry : Radio-Cartable donne la parole aux écoliers

P.07

COMMANDER LES ANCIENS NUMÉROS 5


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Par Philippe Schaller

SOCIÉTÉ

— Port de la Gare

Nouvel avis de tempête sur les quais Les relations entre Ports de Paris et certains exploitants du Quai de la Gare n’ont pas toujours été au beau fixe. Nouvelle pomme de discorde, l’appel soudain de charges supplémentaires. Mauvaise surprise pour les uns, scandale pour les autres, elles se chiffrent à plusieurs milliers d’euros. Ports de Paris parle de son côté de simple rattrapage.

P

our la péniche El Alamein, l’horizon s’est, ces dernières semaines, quelque peu assombri. En cause, une facture difficile à avaler. Marine Pequignot et Olivier Rossetti, qui ont pris les rênes de l’exploitation début 2013, n’en reviennent toujours pas : ils doivent s’acquitter de 30 000 euros auprès de Ports de Paris. Les deux exploitants mettent en cause la nouvelle convention qui lie les péniches et le gestionnaire, Ports de Paris. En signe de désaccord, ils se sont longtemps refusés à la signer, alors que d’autres le faisaient des deux mains, trop contents d’avoir enfin un « contrat » qui pérennise leur activité et leur permette de voir à long terme. Les deux exploitants d’El Alamein ont finalement paraphé la nouvelle convention il y a quelques semaines. Mais ils n’entendent pas abandonner le combat. Car il en va de la survie de leur travail. La mauvaise surprise des 8 500 à 15 000 euros à régulariser À quoi correspondent ces 30 000 euros ? Outre la hausse d’usage de la redevance, «  que nous ne contestons pas », les deux exploitants disent faire face à une forte augmentation de charges et à un dépôt de garantie requis plus large. Pour eux, assurent-ils, la facture s’est

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Les patrons des péniches s’organisent. Ils font revivre l’association Treize au quai pour demander des explications à Ports de Paris.

alourdie à 1 000 euros par mois, soit 35% de hausse. Si bien qu’ils se sentent submergés. «  Mais nous ne sommes pas les seuls, poursuit Marine Pequignot. Les autres bateaux ne s’étaient pas vraiment penchés sur la convention et ils tombent de haut. Ils reçoivent des régularisations de charges exorbitantes qui se chiffrent entre 8 500 et 15  000  euros  !  » Les autres exploitants confessent effectivement des factures à plusieurs milliers d’euros. « Je ne m’attendais pas à des suppléments de charges, d’autant que ça n’avait pas été annoncé clairement », explique Philippe Holvoët, de la Dame de Canton. Pour


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Par Philippe Schaller

SOCIÉTÉ

— Fermeture de la Santé

La fin d’une époque Cent quarante-sept ans après son ouverture, la célèbre prison en lisière du 13e, aux conditions de détention tant décriées, va enfin subir un lifting. Pour ceux qui côtoient les lieux régulièrement, il ne sera pas de trop. D’autres, en revanche, préfèrent la prudence : pas sûr les prisonniers gagnent au change.

E

nfin ! Vieillissante, délabrée et insalubre, la prison de la Santé va être réhabilitée. Ouverte en 1867, elle se prépare à un remodelage bien mérité, 147 ans plus tard. Les travaux devraient démarrer à la fin de l’année 2014, pour cinq ans. Un rafraichissement plus que nécessaire : l’établissement pénitentiaire parisien a plusieurs fois été épinglé pour ses conditions de détention indignes. «  Des rats grouillaient partout, des bouts de plafonds s’effondraient, un maigre filet d’eau coulait des douches », se souvient encore Véronique Vasseur, médecin dans les années 1990 et auteure d’un livre coup-de-poing intitulé Médecin-chef à la prison de la Santé. « La verrière crée une chaleur étouffante tout été, et l’hiver, les détenus sont frigorifiés  », abonde François Bès, coordinateur en Ile-de-France de l’Observatoire national des prisons (OIP). Malgré la fermeture des blocs les plus délabrés, le contrôleur général des prisons relevait encore dans son rapport de 2012 les procédures disciplinaires excessives ou le manque d’intimité aux parloirs. 95 % De cellules individuelles Si le projet n’est pas encore clairement établi, des pistes se dégagent. La construction et la gestion de la prison (nourriture, laverie, travail...) feront l’objet d’un partenariat

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public-privé – dont nous avons déjà évoqué dans nos colonnes les errements, notamment à l’université Diderot. Le cahier des charges prévoit 95% de cellules individuelles (contre environ 50% aujourd’hui) avec douches et WC personnels et une offre d’activités –  ateliers tertiaires et industriels, formation professionnelle et scolaire, gymnase, espaces culturels et cultuels – étendue. Une grande partie du bâtiment sera simplement réhabilitée, « dans un souci de conservation et de valorisation des éléments architecturaux les plus remarquables, le mur d’enceinte, le porche d’entrée, le panoptique, la rotonde ou les nefs des quartiers bas  », vante Pierre Rancé, le porte-parole du ministère de la Justice. Le quartier haut et l’entrée rue Messier seront, eux, rasés et reconstruits. Il est aussi prévu d’installer des parloirs familiaux, de la visioconférence pour ceux qui ne pourront pas se déplacer et des «  équipements permettant d’éviter les points d’accroche  » afin d’éviter les suicides. Un temps envisagée, la proposition de Pierre Botton « C'était merdique, c'était –  ex-homme d’affaires, incarcéré ici pour sale, mais c'était plus sympa abus de biens sociaux dans les années qu'ailleurs » 1990  – n’a finalement pas été retenue. Son — Véronique Vasseur, projet de promenades sur le toit, restaurant ancienne médecin-chef à la Santé — panoramique et plans de réinsertion a été jugé (trop) « audacieux ».


DOSSIER

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ANNÉES 70-80 La naissance de

Chinatown 16


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DOSSIER Il y a quarante ans, le Triangle de Choisy, délimité par les avenues d’Ivry, de Choisy et le boulevard Masséna, n’était pas Chinatown. Pas de phó au coin de la rue, pas de lampions en papier rouge, pas même de Tang Frères et de Paris Store. C’était pourtant le début de quelque chose : de l’autre côté du globe, la mer de Chine ne tardera pas à être prise d’assaut par les boat-people fuyant les régimes communistes. Ces immigrés, qui ont investi les tours et fait du quartier ce qu’il est devenu, avaient une vie avant le 13e. Un travail, une maison, une famille. Il s’en est fallu de peu pour que l’on n’ait rien à écrire dans ce dossier, tant les langues sont liées et les yeux fermés sur leur exode et leurs conditions d’intégration. Quelquesuns ont fait exception et accepté de faire la lumière sur une période qui a marqué à jamais l’histoire du 13e arrondissement. Texte : Pierre-Yves Bulteau, Jérôme Hoff et Virginie Tauzin

racontée par ses habitants 17


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DOSSIER

TÉMOIGNAGE HONG TRANG —

« Les Français ne

savaient pas ce que nous avions vécu et d’où nous venions »

Dans les locaux de l’Association des résidents en France d’origine indochinoise (ArFoi), située sur la dalle des Olympiades, un homme refuse tout d’abord de nous adresser la parole. Puis, au bout d’une heure, Hong Trang, 70 ans, nous fera asseoir en face de lui. Mme Eng Sin, la viceprésidente de l’association, traduira. « J’ai toujours vécu dans le 13e. On peut dire que je suis un témoin de sa transformation. En 1980, quand je suis arrivé, c’était très déserté, ça ne ressemblait pas à maintenant. Je suis venu y habiter parce que j’avais entendu que c’était là que se regroupaient les Asiatiques. Et qu’on pouvait trouver des soupes de Phnom Penh. Petit à petit, à mesure qu’on parlait entre nous, d’autres venaient s’installer ici, pour le commerce essentiellement. Ceux qui avaient de l’argent ouvraient les plus grands commerces. Tous louaient un appartement d’une pièce au début, et s’entraidaient pour le travail. La langue, c’était secondaire. Quand on doit travailler à tout prix, on n’a pas le temps d’apprendre à communiquer dans une autre langue. Et puis à un moment, il y eut tellement d’Asiatiques qu’on a commencé à se regrouper en associations. Ça nous a permis de nous aider à obtenir des informations, à prendre des cours de français. « Au début, moi, je lavais les verres dans une brasserie de Châtelet. Les hommes étaient dans la restauration et les femmes plutôt dans la confection. J’ai fait beaucoup de choses, comme patron d’un grand restaurant, Asia Palace, aujourd’hui tenu par d’autres. Pour moi les affaires n’ont jamais été très bonnes.  « Nous sommes arrivés à Paris en avion. J’avais 38 ans. Quelque temps avant,

nous avions fui Phnom Penh, avec ma femme et ma fille de 8 ans, pour rejoindre Bangkok et un camp de réfugiés du HCR [Haut commissariat aux réfugiés, ndlr]. Le voyage vers la Thaïlande a duré trois mois. Au Cambodge, je travaillais dans un grand commerce. Nous sommes partis sans rien,

« La Croix-Rouge demandait dans quel pays nous souhaitions aller. Pour nous, la France, c’était évident. » simplement les habits que nous portions sur nous. De toute façon, sous Pol Pot et le régime des Khmers rouges, tous les vêtements étaient confisqués, on avait une tenue d’hiver et une tenue d’été, c’était tout. C’est la Croix-Rouge qui a payé le billet d’avion. Elle nous a dit : « Si vous pouvez rembourser, signez là. » Il fallait garantir que nous paierions, car à l’arrivée en France nous serions introuvables. C’était 1 100 francs. Ceux qui ne pouvaient pas ne signaient pas, mais la plupart pensaient : « Il faut payer pour permettre à d’autres de fuir aussi. » La Croix Rouge demandait

ensuite dans quel pays nous souhaitions aller : France, Angleterre, États-Unis ? Pour nous, la France, c’était évident. J’avais appris le français à l’école étant enfant. La France, c’était même une idée fixe. En arrivant, on nous a mis dans une école de Port-Royal. C’était le 15 août 1980, alors elle était vide. Là, on attendait de pouvoir contacter des personnes que l’on connaissait, des amis, de la famille, et qu’ils puissent nous loger ou nous aider à trouver un logement. « Nous avons bien senti le regard des Français sur nous, pas forcément accueillant, mais on s’en fichait. Ce qui importait, c’était de continuer à vivre. Travailler, nourrir notre famille. Le racisme, cela ne sert à rien de s’en occuper. J’ai une grande connaissance de mon pays, je lis beaucoup. Je n’avais que faire de ce que l’on pouvait dire. Les autres ne savaient pas ce que nous avions vécu et d’où nous venions. « On vit mieux ici. Il y a eu l’aide sociale et on a fait des efforts pour continuer à chercher une vie meilleure. Nous avons une grande reconnaissance envers la France et sa politique. Par exemple, à l’école, il y avait la cantine gratuite. Ce sont des gestes comme ceux-là qui ont marqué notre mémoire. » !

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DOSSIER

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les personnes étaient envoyées dans toute la France. Ceux qui y avaient déjà de la famille pouvaient se rendre auprès d’elle, les autres n’avaient pas le choix de leur destination. » Telle coiffeuse de l’avenue de Choisy a alors grandi à Tourcoing, tel restaurateur voisin a posé ses bagages à Vienne, d’autres ont été dirigés vers la Seine-Saint-Denis, le Val d’Oise, la Bretagne, Marseille... À Paris, à ce moment-là, un espace immense reste à occuper : les tours de trente étages construites dans le cadre de l’opération Italie 13 quelques années auparavant près des portes de Choisy et d’Ivry. Laissées vacantes par les Parisiens, particulièrement par les jeunes cadres, auxquelles elles étaient destinées, elles seront investies par les Sud-Asiatiques débarqués à Paris. « Pourquoi le 13e ? Parce qu’il y avait de la place et que c’était très peu cher, se souvient le Sino-cambodgien Hong Trang (lire son témoignage p. 19).

Comme nous avons été assez soudés, c’est allé très vite. Tous ceux qui étaient à Paris se sont regroupés là. » Pour Francis Phomnouansy, la raison pour laquelle les Asiatiques ont choisi cet arrondissement est avant tout... alimentaire : « Que font les gens qui se sentent perdus dans un pays étranger ? Ils cherchent à manger comme à la maison. Et où est-ce qu’on mangeait comme à la maison ? Chez Tang [ouvert en 1976, ndlr].  » D’autres emplacements, plus ou moins laissés à l’abandon, trouvent repreneurs. Bientôt, grâce à la tontine, ce système d’entraide financière communautaire, la plupart des fonds de commerces du Triangle de Choisy, que l’on a progressivement

TÉMOIGNAGE KIM MÉNG CHHEANG —

« C’était vraiment le bordel » M. Chheang vit dans un petit studio à côté du Géant Masséna. À 82 ans, ce sportif rigolard, toujours sur son 31, ne reste jamais enfermé chez lui. Du café au bar-tabac, où il joue chaque jour au Kéno ou au tiercé, en passant par le restaurant asiatique du centre commercial, il est un incontournable de l’avenue de Choisy. « Je me souviens de ce jour. C’était le 5 mai 1978. Avec ma fille, qui n’avait même pas 10 ans, nous avons posé le pied en France. Aéroport Charles-de-Gaulle. J’avais 47 ans. En 1975, nous avons fui du Cambodge pour aller au Vietnam. Ça nous a pris trois mois entiers, de mai à août, car nous étions à pied. Ma femme est décédée à ce moment-là. Seuls les Vietnamiens avaient le droit de passer la frontière, mais heureusement, je parlais vietnamien et ai réussi à berner les gardes pour traverser. Les trois années au Vietnam ont été terribles. C’était vraiment le bordel. Triste et dur. Puis la Croix-Rouge nous a pris en charge pour nous emmener en France. Deux de mes neveux étaient déjà arrivés à Paris avant la guerre. « Au départ, nous avons été dans le 15e, dans un tout petit studio, pendant un an. Nous avons ensuite déménagé dans le 13e, place d’Italie, pour un autre studio, puis à Olympiades, où c’était plus grand. Depuis peu, je suis ici, en plein dans le quartier asiatique. Je connais tout le monde ici. « Pendant plus de 30 ans, j’ai travaillé dans les filtres photographiques Cokin, dans le 13e puis à Rungis. Avant, au Cambodge, j’étais dépositaire de produits pharmaceutiques. Jusqu’à la retraite, j’ai toujours travaillé, jamais au chômage, jamais malade. Toujours une santé de fer. Quand le patron était absent, c’est à moi qu’il confiait les responsabilités. Il me faisait confiance. Je me suis toujours débrouillé tout seul. « Si je gagne au loto, je retournerai au Cambodge, mais seulement pour des vacances. Des vacances seulement car il y a trop

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de corruption et pas de système de soins. J’ai encore un frère là-bas, qui a 88 ans, mais ma vie est ici maintenant, avec ma fille et mon petit-fils. » !


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DOSSIER

— L'intégration par le travail

Petites et grandes affaires dans le quartier chinois Partis de leur pays sans espoir de retour, les Asiatiques - en majorité Chinois - débarqués dans le 13e arrondissement se sont fait, en une vingtaine d’années, une place dans le paysage grâce au travail et au commerce.

C’

est ici que tout a commencé. À l’ombre de la tour Bergame, une galerie commerciale à ciel ouvert qui part du boulevard Masséna, passe derrière un célèbre fast-food américain et fait un coude pour relier l’avenue de Choisy. Autour d’un carré de gazon clôturé, quelques devantures carrelées s’alignent sous un portique dont le plafond a perdu quelques dalles. Le plus ancien des restaurants asiatiques du 13e est là, près du kiosque porte de Choisy. Lequel est-ce ? Une source nous indique qu’il s’agit du restaurant Le Paris : spécialités chinoises, thaïlandaises, vietnamiennes, soupe cuisine à la vapeur. Derrière son comptoir, la propriétaire dément. Si elle est bien là «  depuis trente ans  »  , elle s’est installée après Mme Khoa, qui possède le grand restaurant thaïlandais Tricotin 1 et le plus grand encore Tricotin 2, la cantine chinoise toujours bondée qui lui fait face. Pas de chance, nous n’avons pu la rencontrer pour lui demander la date exacte d’inauguration.

Chicang Hang, gérant de boutique de prêt-à-porter traditionnel et président de l'association des commerçants du quartier asiatique.

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Trois-cents commerces asiatiques, dont les fameux frères Tang Une chose est sûre : elle a suivi de près l’arrivée des boat-people dans les tours environnantes. « Dès 1976, les Chinois du Vietnam, du Cambodge et du Laos ont ouvert de petites épiceries pour se fournir en produits de leurs pays. Puis d’autres commerçants les ont rejoints », explique Buon-Huong Tan, adjoint au maire chargé des questions relatives au développement économique. Également commerçant, l’élu connaît bien l’histoire des marchands asiatiques du 13e pour l’avoir vécue de l’intérieur (lire notre portrait p.28). Il se souvient de l’époque où un supermarché Suma trônait en lieu et place du Paris Store. Il a vu des familles arrivées sans le sou racheter petit à petit les boutiques qui « étaient fermées ou vivotaient » sur les avenues de Choisy et d’Ivry et le boulevard Masséna et, en 20 ans, faire du Triangle de Choisy le prospère Chinatown de Paris. Trois-cents commerces sont aujourd’hui tenus par des Asiatiques. La moitié sont des restaurants. Selon Buon Tan, le négoce occuperait 80% de la diaspora chinoise du 13e.


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DOSSIER

— Et à 25 kilomètres de là...

Lognes, le prolongement du Chinatown 13e Avec plus de 60 % d’habitants originaires d’Asie du Sud-Est, cette petite ville de Seine-et-Marne est connue pour son titre de « première ville asiatique de France ». Pourquoi elle ? Explications.

L

ognes. Ses petits pavillons semblables les uns aux autres, son étang, ses aires de pique-nique, son ambiance flegmatique, sa station de RER, ses supermarchés Tang Frères et Paris Store... Cette ville seine-et-marnaise est depuis une vingtaine d’années le théâtre d’un étonnant phénomène : alors qu’en 1975, seules 248  personnes y étaient recensées et déjà 1 700 en 1982, elle en a tout a coup compté 13  000 en 1990, et jusqu’à près de 15 000 aujourd’hui. Les nouveaux arrivants ? Une majorité d’Asiatiques venus de toute la France, et beaucoup du 13e arrondissement. «  Lognes est située sur le périmètre d’urbanisation de Marne-la-Vallée. Dans les années 70, l’État a décidé de construire ces villes nouvelles. Ici tout s’est accéléré à partir de 1980  : la ville s’est agrandie de milliers de nouveaux logements et de nouveaux habitants  », raconte Michel Ricart, maire PS depuis 1989. Selon lui, le milieu des années  1980 coïncide avec le moment où les Asiatiques débarqués dans le 13e quelques années auparavant se sont lassés des tours de trente étages. «  Les promoteurs immobiliers allaient mettre des publicités dans les boîtes aux lettres du 13e pour les attirer jusqu’ici. » « L’occasion rêvée d’accéder à la propriété » Le cadre de vie proposé par Lognes, avec sa toute nouvelle gare RER (35 minutes de Châtelet par la ligne A), ses petites maisons individuelles plain-pied et ses immeubles à bas étages à proximité d’espaces verts, a donc séduit beaucoup d’anciens réfugiés sud-asiatiques, qui se sont «  passé le mot, d’après Bernadette Laforge, présidente de la Maison des associations. C’était pour eux

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l’occasion rêvée d’accéder à la propriété car les prix étaient bas. » C’est le cas de Michel (1), d’origine cambodgienne. En 1984, il projette de fonder une famille. Des amis de Noisiel, ville voisine qui subit une transformation similaire, lui parlent de Lognes. «  Ce qui m’intéressait par-dessus tout, c’était de devenir propriétaire », dit-il. Mme Vongprasenth, Taïwanaise mariée à un Sino-Laotien a, elle, emménagé à l’été 1987. « Le frère de mon mari vivait déjà ici. Nous avons acheté l’appartement mitoyen. Je ne parlais pas un mot de français, alors j’étais contente de retrouver des personnes de la même culture que moi. » Rapidement, la ville accumule les records : première ville asiatique de France avec au moins 60% de sa population issue de la diaspora asiatique, mais aussi la plus jeune, les nouveaux logements étant essentiellement conçus pour de jeunes couples avec enfants. En 1990, 84% des habitants étaient âgés de moins de 40 ans. Enfin, à Lognes, le multiculturalisme est une seconde nature : plus 70 nationalités y sont représentées. « Asiatiser » au risque d’en faire trop « C’est une ville de déracinés, une ville d’accueil  », renchérit Michel Ricart. Depuis sa première élection, le maire est devenu un grand ami de l’Asie, multipliant les manifestations culturelles et donnant la part belle aux associations, dont Marnasia, qu’il a créé en 1989 pour «  faire de l’alphabétisation. En 1994, nous l’avons

« Les promoteurs immobiliers allaient mettre des publicités dans les boîtes aux lettres du 13e pour les attirer jusqu’ici  » — Michel Ricart, maire de Lognes —

transformée en ONG locale pour recueillir des dons à destination du Vietnam, du Cambodge... », précise-t-il. Du «  cocooning municipal  », pour le candidat UMP Francis Phomnouansy, dont les parents ont émigré du Laos  : «  Certaines associations, comme Marnasia, ont un financement hors-normes, alors que les assistantes maternelles ne récoltent, elles, que 100  euros par an...  », accuse-t-il. Lui parle d’une «  saturation  » de la part de certains habitants. D’ailleurs, dans la toute proche Bussy-Saint-Georges, composée à 30% d’Asiatiques, «  la moindre fête asiatique est prétexte à accrocher des drapeaux des pays partout. Le maire s’est totalement converti, ça exaspère les habitants, même les Asiatiques, dont certains quittent carrément la ville  », raconte le candidat. Virginie Nguyen, 21 ans, Lognotte d’origine vietnamienne, envisage, elle, de rejoindre Paris, mais certainement pas le 13e : « Pour notre génération, à force d’être trop avec des Asiatiques, il y a un rejet. » Michel Ricart est confiant quant à la prochaine échéance municipale, et n’accorde que de la dérision au mot de Jacques Toubon, alors maire du 13e, qui lui dit : « Toi, tu seras le dernier maire européen de Lognes. » Francis Phomnouansy et Cuong Pham Phu, candidat Europe Écologie, se tiennent prêts. " V.T. (1) Le prénom a été changé


DOSSIER

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— Portrait DOSSIER

Le pressé monsieur Tan Texte : Rozenn Le Carboulec Photographies : Mathieu Génon

Adjoint au maire chargé des questions économiques, Buon-Huong Tan, qui figure sur la liste de Jérôme Coumet pour les municipales, compte se faire le porte-voix de la population d’origine asiatique. Ce boat-people parti du Cambodge en 1975, qui assure ne pas s’être préparé à faire de la politique, maîtrise pourtant à la perfection l’art de la communication.

R

encontrer Buon-Huong Tan ne fut pas chose aisée. Il a fallu insister, expliquer, trouver le bon créneau, le décaler d’une heure au dernier moment, et puis en fait non... Entre ses fonctions à la mairie du 13e, ses engagements associatifs et son entreprise, l’Empire des thés, l’emploi du temps de M. Tan ne laisse pas vraiment place aux rêveries. C’est finalement à la mairie qu’il nous reçoit, après avoir monté les marches deux par deux et en courant. « Monsieur Coumet et son équipe m’ont convaincu que le travail d’adjoint n’était pas si chronophage. Je les remercie aujourd’hui, mais ils m’ont roulé dans la farine : si l’on veut bien faire les choses, ça prend du temps ! », balance, rieur, celui qui occupe depuis 2008 le poste d’adjoint chargé des questions relatives au développement économique. Il n’est pas au bout de ses peines. Quelques semaines avant notre rencontre, le 27 novembre, Anne Hidalgo a apporté son soutien à celui qui est désormais encore mieux placé sur la liste de Jérôme Coumet pour les prochaines municipales  : «  Je souhaite vivement que BuonHuong Tan, colistier dans le 13e, devienne conseiller de Paris », a fait savoir la candidate du Parti socialiste dans un communiqué. Une agréable surprise et une preuve de confiance pour l’élu du 13e, qui ne cache toutefois pas sa crainte : « Vais-je être à la hauteur ? » « On aurait été fusillés » Buon-Huong Tan, aujourd’hui figure emblématique du quartier asiatique, a appris la politique sur le tas. «  Je n’avais pas prévu

6 DATES 13 mars 1967 : naissance dans une famille de négociants chinois, qui a ensuite émigré au Cambodge

cela », assure-t-il. Loin de la politique, et même très loin de la France. En 1975, les Khmers rouges ont pris Phnom Penh, la capitale du Cambodge, où il habite avec sa famille. Alors âgé de huit ans, Buon Tan doit fuir sa maison, accompagné de ses sœurs, ses parents et son grand-père. Partis avec seulement quelques vêtements, ils se retrouvent à travailler dans les champs. Puis la petite balade d’une journée se transforme en exode. Faire demi-tour est bien trop risqué : « On aurait été fusillés », se souvient-il. Ceux qui sont restés en ont payé le prix fort : grands-parents paternels, oncles et tantes ont été brûlés vifs dans leur immeuble. C’est grâce à un pêcheur vietnamien que la famille Tan peut finalement quitter le Cambodge. «  Il nous a couverts, nous a emmenés au Vietnam sur son bateau  », raconte Buon Tan, plein de reconnaissance pour cet homme qui lui a donné, selon lui, «  une leçon de vie  ». Arrivée à Saïgon, la famille obtient un visa pour la France et pour la liberté. Un lien «  affectif et !

17 avril 1975 : les Khmers rouges prennent Phnom Penh, la capitale du Cambodge. BuonHuong Tan et sa famille fuient le pays 1978 : arrivée dans le 13e arrondissement 2001 : création de l’Empire des thés, spécialiste des thés de Chine Mars 2008 : adjoint au maire chargé des questions relatives au développement économique 27 novembre 2013 : sur la liste de Jérôme Coumet pour les municipales de 2014, obtient le soutien d’Anne Hidalgo, qui souhaite le voir élu conseiller de Paris

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13e ŒIL

— Reportage

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13e ŒIL

s l u o b a M de l u o é S La mode de la K-pop, la pop sud-coréenne, a fait irruption en France en 2011. Les deux seules boutiques consacrées à ce mouvement se trouvent à 50 mètres l’une de l’autre, dans la galerie marchande Oslo, sur la dalle des Olympiades. Le 13 du Mois y a traîné ses guêtres afin de comprendre ce qui rend ces ados si accros.

la langue, la musique ne se distingue pas des morceaux de R’n’B qui font fureur de l’autre côté du Pacifique. Non, ce qui fait se pâmer ces demoiselles et damoiseaux, c’est le packaging dans sa globalité : danse, look, attitudes... Tout semble maîtrisé au millimètre près. Et pour cause : les groupes de K-pop sont des produits commerciaux, assumés en tant que tels, même par leurs fans.

Texte : Elsa Sabado Photographies : Mathieu Génon

Le made in Korea de la musique manufacturée Recrutés adolescents par les grandes majors coréennes comme SM, YG ou JYP, les membres de ces boy’s et girl’s band reçoivent durant plusieurs années une formation intense dans les académies de ces labels. « En Corée, les idoles de K-pop dansent, chantent, sont mannequins, font de la pub, passent dans toutes les émissions des trois chaînes nationales... Bref, elles sont omniprésentes et doivent savoir tout faire  », raconte Hansith Soukanhgna, fondateur du site asiaworldmusic.fr qu’il gère directement depuis la boutique Musica. Une fois mûrs, les jeunes hommes et femmes sont sélectionnés et regroupés par les majors pour entrer dans un groupe, avec lequel ils doivent vivre jusqu’à ce que la mort (du groupe) les sépare. Pour devenir une idole, être « mignon » (kawaii en japonais) est incontournable. Cela induit, la plupart du temps, de passer à 20 piges sous le bistouri pour se faire débrider les yeux ou avoir un menton en V. Bref, comme tous les produits coréens, les membres des boy’s band sont très standardisés. Au départ, les petits Français n’étaient pas vraiment les cibles des magnats de la musique coréenne. À la fin des années 1990, !

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es yeux brillants rivés sur l’écran mural, quatre adolescentes frôlent l’état de grâce. Leurs mains jointes masquent leur bouche, qu’on devine s’agiter au rythme des paroles d’Exo, leur groupe de K-pop favori. La communion se déroule au Musica, une échoppe spécialisée dans le commerce de produits liés au mouvement pop sud-coréen et située dans la galerie marchande Oslo, sur la dalle des Olympiades. L’objet de leur transe ? Un clip. Un clip dans lequel douze éphèbes androgynes, silhouettes longilignes moulées dans un slim, chantent en coréen et réalisent une savante chorégraphie. Le tout se déroule dans un décor, des costumes et une lumière extrêmement travaillés. Hormis

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13e ŒIL

— Portrait Exsonvaldes

ARTISANS DU ROCK

Texte : David Even Photographies : Mathieu Génon

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Né dans le 13e il y a presque quinze ans, le groupe de pop-rock Exsonvaldes écume depuis les salles françaises et européennes. Si ce n’est pas le groupe le plus en vue de France, il est cependant en train de se faire une place au soleil de l’autre côté des Pyrénées. Parce que le 13e demeure leur point de chute, nous les avons suivis pendant quatre mois et découvert à travers eux ce que signifie faire du rock en 2014 à Paris. C’est à lire ici et à écouter ensuite sur vos enceintes.

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e message d’Antoine, le guitariste du groupe de poprock parisien Exsonvaldes, est tombé sur notre boite mail le 21 juin dernier : « En ce jour de Fête de la musique, je vous écris pour vous parler d’un groupe que je pense être emblématique du 13e  arrondissement  :  Exsonvaldes. Certes mon objectivité est sans doute à revoir puisque je suis guitariste au sein de cette formation, mais je pense que notre parcours et notre rapport au 13e peuvent intéresser un magazine comme le vôtre.  » Bingo  ! Nous avions enfin trouvé ce que nous cherchions secrètement depuis une trentaine de numéro. Rendez-vous fut pris fin août, point de départ d’une bonne dizaine de rencontres (13  exactement, histoire de rester dans le thème  !) dans des troquets de l’arrondissement où ont été écrites certaines pages de l’histoire du groupe, lors de quelques concerts comme à Petit Bain ou dans des appartements à Lille. Exsonvaldes, ce sont quatre trentenaires qui jouent du rock, de la pop pour être plus précis. Leur nom ne vous dit pas forcément grand-chose, pourtant ils ont déjà plusieurs centaines de concerts dans les jambes, en France et ailleurs en Europe.  !

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13e ŒIL

Exsonvaldes en concert le 23 octobre 2013 à Petit Bain dans le 13e. Ce soir-là, le groupe a enregistré plus de 200 entrées payantes, deux fois plus que lors de leur précédente date parisienne au Nouveau Casino en juin.


Par Vincent Fargier

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— Bon plan resto : Chez Yong LOISIRS

SICHUAN, SI PROCHE Loin du Chinatown convenu, le quartier des Peupliers abrite un établissement modeste et authentique, sans kitsch et sans claque à la douloureuse. Au programme : méduses, panses, rognons et piments.

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ous pensez avoir quitté Chinatown et divaguez tranquillement vers Montsouris. Tout à coup, dans le calme résidentiel de la rue de la Colonie, votre regard s’arrête : un petit morceau de Chine se dresse devant vous, celle du Sichuan et du Shandong. Passée la porte, le décor sobre et la présence de locaux du pays laissent espérer une cuisine authentique. L’accueil simple mais honnête vous remet entre les mains une carte longue comme un jour sans pain. Ici, on annonce un C4 pour un émincé de porc au piment vert et E15 rime avec riz sauté aux crevettes. Dans l’assiette, on voyage sans escale. C17 ou agneau au cumin présente des accents maghrébins agréables avec une viande tendre et des légumes bien relevés. C33 ou canard croustillant craque vraiment sous la dent, mais laisse la bouche sèche. Au rayon des spécialités, les tripes de bœuf à la sauce Sichuan n’attirent pas l’œil, mais la marinade s’apprécie en bouche. Les raviolis cives-œuf-crevettes de la maison ont l’avantage du frais, sans toutefois égaler certains concurrents. L’une des plus belles surprises de la carte se trouve dans les rognons sautés, racés, tendres et finement accompagnés. Côté mer, les calamars sautés offrent une variation sucréesalée ingénieuse mais on a trouvé le mollusque un peu mou. Le tout est généreux, on n’a pas osé les desserts. Les grandes tablées autour de nous se félicitent du rapport quantité-prix imbattable sur les menus du midi ou se délectent des grandes marmites sichuanaises (au boudin, aux fruits de mer...). En revanche, on soulignera l’arrivée aléatoire des plats (quinze minutes entre le premier et le dernier, gênant lorsqu’on souhaite déjeuner... ensemble) et une impression générale de mets un peu trop gras et pimentés à l’excès. Papilles sensibles, méfiez-vous de la signalétique : trois piments = trois kleenex. Bref, vous l’aurez compris, on ne tutoie pas les monts sacrés du Sichuan, mais l’escale demeure agréable. Privilégiez les spécialités sichuanaises et le « fait maison », vous ne le regretterez pas. !

CHEZ YONG — 72 rue de la Colonie. Ouvert midi et soir du mardi au dimanche

Réservations au 01.45.65.17.88. Menus déjeuner à 8,50€, 10,50€ et 14,50€.

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UN RESTO, UN CHEF, UNE RECETTE

— Le Bouche à Oreilles

Par Pierre-Yves Bulteau

Chaque mois, retrouvez ici le fruit d’une conversation menée dans la cuisine d’un(e) chef cuistot de l’arrondissement. Parcours, inspirations, culture culinaire et générale, le chef partage tout, y compris ses recettes.

La (ré)création de Jean Après presque cinq années passées aux commandes de cette institution de la Butte-aux-Cailles, Amélie et Éric plient bagages pour de nouvelles aventures. Pas de panique pour les habitués du Bouche à Oreilles, c’est Jean, le chef cuistot, qui reste aux fourneaux.

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uand on lui demande si cette daube de bœuf aux zestes d’orange qu’il nous a préparée lui ressemble, Jean tire un peu plus profondément sur sa cigarette et répond : «  C’est un mélange inattendu qui me correspond bien. » Du haut de ses 31 ans, le chef  cuistot du Bouche à Oreilles a débuté il y a huit années en «  gastro  », chez le chef parisien Guy Savoy. Un laboratoire culinaire récompensé de trois étoiles au Michelin où l’on compose la cuisine à plusieurs. «  En gastronomie, on monte une assiette à quatre mains tout en y mettant beaucoup de volume. » Une organisation qui a tout de suite séduit ce pianiste porté par « la recherche du

goût » et les rapports humains, sincères et francs. « La création culinaire est une façon de m’équilibrer  », explique Jean, avant de marquer un temps d’arrêt. « En fait, plus que je ne créé, en cuisinant, je me complète.  » L’harmonie professionnelle à l’unisson de la sculpture et de la peinture, ses deux autres passions. «  À chaque plat que j’imagine, j’apprends le calme et je retrouve la sérénité. Je relativise l’existence. » « Si tu ne bouges pas de resto, il faut que ça bouge dans ton resto » Jean raconte le bonheur de travailler « dans ce cadre  », à proximité de la piscine de la


Le 13 du Mois n°36 - extraits  

Le magazine indépendant du 13e arrondissement

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