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Janvier 2012 — www.le13dumois.fr

CULTURE

Par Anaïs Heluin Photographies Mathieu Génon

LA PORTE OUVERTE À TOUS LES ABUS ? À l’approche des présidentielles, la Maison des Artistes relance une vieille controverse autour de la politique d’attribution des ateliers d’artistes. Où copinage et occupation abusive seraient les deux mamelles d’un système pas franchement équitable. Coup d’œil dans le 13e du côté des Cité Fleurie, Cité Chagall ou rue Ricaut.

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our vivre heureux, vivons cachés, semblent se dire les artistes de la Cité Fleurie. Dans Le 13 du Mois de juillet, on avait été frappé par l’isolement des trente ateliers d’artistes qui composent l’agréable cité arborée. Symptôme d’une mauvaise conscience ou volonté de travailler en paix ? Les deux, à en croire le discours très contrasté des habitants de la Cité.

OÙ SONT PASSÉS LES ARTISTES À LA CITÉ FLEURIE ? Incisif, le photographe Joël Cadiou ouvre la ronde des mécontents : «  J’en connais qui ont leur atelier ailleurs et qui vivent ici, qui ont transformé leur atelier en maison bourgeoise », commence-t-il. Une fois lancé, il ne s’arrête plus : « Certains sont des planqués de ministère qui n’ont pas la moindre peinture dans leur atelier ! » Selon lui, seuls sept artistes sur

QUAND ON NE TRAVAILLE PAS, ON ARGUMENTE

trente bûchent vraiment dans leur atelier-logement du boulevard Arago... Un constat validé par bien des voisins de Joël Cadiou, dont le peintre Daniel Solnon ou le sculpteur Serge Benoît. Certains résidents sont certes trop vieux pour continuer à travailler mais ça ne suffit pas à expliquer pourquoi ces ateliers sont devenus, en majorité, de simples résidences aux loyers avantageux. →

QUI PEUT PRÉTENDRE À UN ATELIER PUBLIC ?

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eorges Rousse et Danielle Bordet figurent parmi les chanceux de la Cité Fleurie. Le premier jouit d’une renommée internationale. Il expose un peu partout, est représenté par des galeries à Berlin, Turin ou encore Genève. On peut penser qu’il aurait pu se passer de l’aide de la Ville de Paris. D’autant plus que « Mr Rousse est rarement à Paris », nous a expliqué le plus naturellement du monde son attachée de presse. Et pour cause : George Rousse possède un autre atelier en Normandie et vit une bonne partie de l’année à Nice. Pourtant, l’homme affirme avec fermeté habiter et créer dans son logis du boulevard Arago. « Il y a des années où je vends bien, d’autres où c’est difficile », juge-t-il utile de compléter... Professeure d’arts plastiques, Danielle Bordet est arrivée comme beaucoup au moment du squat des lieux dans les années 70 et n’a jamais quitté la Cité depuis. Aujourd’hui, elle s’occupe essentiellement de son association Piroguiers, destinée au développement de la scolarisation des enfants africains. Dans son atelier, les masques qu’elle ramène d’Afrique sont aussi nombreux que ses sculptures entreposées sur des étagères. On peine à y voir un lieu de création artistique mais plutôt un espace de vente. « Je ne suis pas une artiste à plein temps, explique-t-elle, et quand je sculpte je le fais dans le salon. »

Pas d’atelier sans statut professionnel. Le demandeur doit être inscrit à la Maison des Artistes qui rassemble la quasi-totalité des plasticiens professionnels français. L’atelier-logement fonctionnant sous le régime des logements sociaux, l’artiste ne doit pas dépasser certains plafonds. Une fois le dossier de demande constitué, les chances de chacun dépendent a priori du parcours artistique, de l’ancienneté de la demande et de son urgence. 35

Le 13 du Mois n°14  

Le magazine indépendant du 13e arrondissement

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