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Adieu souveraineté budgétaire

Stalingrad Une bataille de titans

le réveil

Hugo Chavez Un homme d’exception

des combattants

Mars 2013 - N°791

Pour l’amitié, la solidarité, la mémoire, l’antifascisme et la paix

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congrès DE L’ARAC

Un congrès engagé dans la défense des valeurs républicaines, de la paix, de la France des droits de l’homme Le journal des droits de tous les anciens combattants et victimes de guerre


LE RÉVEIL ACTUALITés

Communiqué de l’ARAC

19 mars La loi doit être appliquée partout en France M. Christian Estrosi n'a pas terminé la guerre d'Algérie : le 20 octobre 2012, M. Estrosi, député-maire de Nice, président de la métropole Nice-Côte d’Azur, manifestait dans sa ville pour contester le dépôt de la proposition de loi qui allait officialiser le 19 mars comme « Journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc ». A cette occasion il s'exclamait : « Vive l'Algérie Française ! » Déjà en juillet 2012, il inaugurait un monument en « Hommage aux Français d'Afrique du Nord de toutes confessions ». Maintenant que cette loi qui officialise le 19 mars est votée, il refuse de l'appliquer dans sa ville et mène campagne pour que d'autres maires s'y opposent également. Cet ancien ministre sarkoziste, non seulement « oublie » que la paix en Algérie a été ratifiée par une très large majorité d’Algériens et de Français, mais désormais refuse d'appliquer la loi. Quel exemple de démocratie, pour un maire, ancien ministre de la République ! L'ARAC demande au gouvernement de prendre toutes les mesures pour que cette loi soit appliquée dans toutes les villes et villages de France, y compris à Nice. Villejuif, le 8 mars 2013 2-

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Monsieur Kader ARIF Ministre délégué à la Défense chargé des Anciens Combattants 37 rue de Bellechasse 75007 Paris Villejuif, le 8 mars 2013 Monsieur le Ministre, Le 19 Mars a été reconnu « Journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc ». Nous avons salué, comme il se doit, cette décision du parlement, du gouvernement et du Président de la République. A son propos, nous attirons votre attention sur la déclaration de Monsieur Christian Estrosi, député-maire de Nice, et président de la métropole Nice Côte d’Azur, qui refuse d’appliquer cette loi et mène campagne pour que d’autres maires s’y refusent à leur tour. Dans la circulaire n° 121 du 13 février 2013 que vos services nous ont communiqué, vous avez demandé à Mesdames et Messieurs les préfets et hauts-commissaires qu’une cérémonie officielle soit organisée au chef-lieu de chaque département et que l’ensemble des anciens combattants y soit invité. Monsieur le député-maire Christian Estrosi s’oppose donc à la loi et à son application. A un moment où se multiplient les tentatives de réhabilitation des putschistes de l’OAS, que toute une série de gens se réclament de l’Algérie française et de la politique coloniale de la France, ce comportement est inacceptable. En conséquence, nous souhaitons, Monsieur le Ministre, une intervention de votre part afin que cette loi soit appliquée sans aucune exception. Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre considération distinguée. Raphaël VAHE - Président national de l’ARAC

La lettre de l’ARAC au ministre chargé des Anciens Combattants


ÉDITO LE RÉVEIL

Un congrès engagé

SOMMAIRE Actualités p. 4 Adieu souveraineté budgétaire.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 La préoccupation de Goodyear : ses actionnaires.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 Un salaire de misère pour Carlos Ghosn ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6 Charonne : n’oublions jamais.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6 Une hécatombe à la française. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7 Un quart des Européens menacé par la pauvreté. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8 International p. 10 Italie : des élections qui doivent faire réfléchir. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 Hugo Chavez, un homme d’exception. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 Mali : entrer dans la voie de la démocratie.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 L’UNICEF et la détention des jeunes en Israël . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 Vos droits p. 21 Budget des ACVG 2013 : réagir sans attendre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21 Point de pension : proposition de loi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22 ERP de Soisy-sur-Seine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23 Usagers handicapés et service public. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 Vie de l’ARAC p. 22 Un voyage en Russie... réussi !.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 Une 1re journée de formation à l’ARAC. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26 La vie des comités. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27 Magazine p. 31

P. 13 D o s s ier

Stalingrad Une bataille de titans Des témoignages de combattants des différentes nations en présence : Soviétiques russes et ukrainiens d’un côté, Allemands et Roumains de l’autre.

www.le-reveil-des-combattants.fr LE RÉVEIL DES COMBATTANTS Fondé en 1931 par Henri-Barbusse Mensuel de l’Association républicaine des anciens combattants et victimes de guerre. Commission paritaire n° 0713-A 06545 Édité par les Éditions du Réveil des Combattants SARL au capital de 45 734,41 - Siret : 572 052 991 000 39 2, place du Méridien, 94807 Villejuif cedex Téléphone : 01 42 11 11 12 Télécopie : 01 42 11 11 10 reveil-des-combattants@wanadoo.fr

Tirage : 60 000 exemplaires Gérant Directeur de la publication : Raphaël Vahé • Directeur délégué - Rédacteur en chef : Patrick Staat • Comité de Rédaction : Brigitte Canévêt, Hervé Corzani, Jean-Pierre Delahaye, André Fillère, Laurence Gorain• Service photos : JeanClaude Fèvre • Administratrice : Annick Chevalier • Secrétariat de rédaction, conception graphique : Escalier D Communication • Impression : RIVET P.E. - 24 rue Claude-Henri-Gorceix, 87022 Limoges cedex 9

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e 55 e Congrès de l’ARAC s’ouvre dans un contexte politique et social difficile. La Nation, la souveraineté sont mises à mal. Les hésitations du gouvernement, son refus de s’attaquer aux traités européens, son refus de mettre en œuvre une autre politique, font peser de lourdes menaces sur notre avenir. Il faut rompre avec le choix de la finance, le choix des multinationales. Le patronat, de Denis Kessler à Laurence Parisot, n’a de cesse de casser la conception sociale de notre pays, fruit de deux siècles de luttes et de combats émancipateurs. On nous parle de la crise, on installe la France dans la récession économique au nom de l’austérité, alors que se multiplient les cadeaux au patronat. C’est la casse du code du travail, la remise en cause des lois sociales, la flexibilité et le travail sous-payé, le droit à la retraite contesté, les droits des ACVG bafoués, l’école à deux vitesses, la Sécurité sociale remise en cause… C’est un recul de société, un recul de civilisation. La France est mutilée, 1 500 emplois sont supprimés chaque jour, 1 000 entreprises ont disparu depuis 2009. Ce n’est pas en se transformant en va-t-en guerre, en appelant à lever l’embargo des armes pour les rebelles syriens, en mettant de l’huile sur le feu qui couve dans cette région, que nous répondrons aux besoins des Français, à la nécessité de prendre nos distances avec une politique européenne tournant le dos aux intérêts des peuples et des nations. Voilà pourquoi notre congrès, dans cette situation, prend toute sa place. L’ARAC, ses militants porteront haut et fort aux travers de multiples initiatives les valeurs républicaines de la France. Le Congrès est un appel à l’engagement, au rassemblement de tous ceux qui ne se résignent pas à faire de la France un pays soumis au diktat européen de l’argent roi. Créée en 1917, l’ARAC a toujours été actrice des combats émancipateurs, des luttes sociales, des combats pour l’indépendance, la liberté de la nation, et la paix. Notre France, c’est le pays des droits de l’homme et du citoyen, c’est le Front populaire, c’est la lutte contre l’occupant, c’est la Résistance, les innovations sociales du CNR, les acquis de 1968, c’est celle qui doit répondre aux besoins d’aujourd’hui. En 2013, l’ARAC démontrera qu’elle n’a rien perdu de son héritage et de ses motivations depuis 1917, pour que notre pays reste la France des droits de l’homme. Patrick Staat LE RÉVEIL - N°791 - mars 2013

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LE RÉVEIL ACTUALITÉS

Adieu souveraineté budgétaire !

Notre prochaine loi de finances doit d'abord passer par la Commission européenne Le Pacte budgétaire ayant obtenu toutes les ratifications nécessaires avant la fin de l'année 2012, il a pu entrer en vigueur dès le 1er janvier 2013. En France, cette entrée en vigueur, permet à la règle d'or budgétaire d'être applicable dès le 1er mars 2013 : « La présente loi organique s'applique à compter du 1er mars 2013 ou, si l'entrée en vigueur du traité signé le 2 mars 2012 précité est plus tardive, un mois après son entrée en vigueur ». Suite à la ratification controversée du Pacte budgétaire à l'automne dernier par le Parlement français, ce dernier a sans difficulté approuvé la loi organique chargée de mettre en œuvre la règle d'or prescrite par l'article 3 du Pacte budgétaire. Une loi organique approuvée par la quasi-totalité des parlementaires, dont un nombre important de ceux qui, pourtant, s'étaient bruyamment opposés au Pacte budgétaire. Ainsi, conformément à cette loi organique, la prochaine loi de programmation des finances publiques devra respecter la limitation du déficit structurel. Ces dernières, votées tous les trois ans, construisent en quelque sorte un « tunnel » dans lequel doivent évoluer les lois de finances votées chaque année. Selon l'article 3 du Pacte budgétaire, les lois de finances devront permettre, à terme, d'obtenir un déficit structurel inférieur à 0,5 % du PIB. Cet objectif devra être atteint par les États dès lors que ces derniers seront parvenus à réduire leur déficit conjoncturel à moins de 3 % du PIB. Par conséquent, l'assainissement « structurel » de la France commencera vraisemblablement en 2016 ou 2017. Il faut noter que la France s'est cependant engagée à obtenir l'équilibre structurel de ses comptes publics : un engagement qui surpasse donc le niveau d'exigence imposé par le Pacte budgétaire. Le 1er mars marquera aussi l'entrée en vigueur des dispositions relatives à la création d'un Conseil budgétaire indépendant et d'un mécanisme de correction automatique des déficits. Le Haut Conseil des finances publiques sera chargé de veiller constamment à ce que les comptes publics ne s'écartent pas trop du « tunnel » défini par la loi 4-

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de programmation. Nous connaissons quelques noms parmi les futurs membres du Conseil (source Les Echos). Quant au mécanisme de correction automatique, la loi organique n'est pas très précise quant à ses modalités concrètes. Elle renvoie aux lois de programmation le soin de le définir, indiquant seulement dans quel contexte il peut être enclenché. Il reste donc à savoir si les dispositions prévues par le gouvernement seront suffisamment précises aux yeux des rédacteurs du Traité. Dans le cas contraire, la CJUE (Cour de justice de l’Union européenne) pourrait être saisie (par la Commission européenne notamment). Pour finir, j'ajoute qu'à partir de l'an

prochain, les lois de finances devront donc non seulement respecter le critère de déficit structurel, mais également passer entre les mains de la Commission européenne. En effet, un nouveau règlement européen (two pack) devrait vraisemblablement être adopté lors de la séance plénière de mars. Il prévoit l'obligation de transmission des projets de lois de finances à la Commission européenne. Si la Commission estime que ce plan présente un «manquement particulièrement grave», elle pourra en demander la révision dans un délai de 15 jours. Nous voici donc face à une année 2013 pleine de nouveautés. Et si finalement le changement c'était maintenant ?

Souveraineté de la France Un nouveau pas dans la restriction Le Parlement et le Conseil européen devaient sceller, mercredi 20 février, un compromis au terme duquel de nouveaux pouvoirs budgétaires seront conférés à la Commission européenne, cette dernière, en échange, opérant une (très) timide ouverture sur la mutualisation des dettes. Au terme de ce compromis, qui met fin à des mois de tractations destinées à muscler le contrôle des budgets des États par les instances européennes, Olli Rehn, le commissaire européen chargé des Affaires économiques et monétaires, pourra demander aux gouvernements des pays de la zone euro en déficit excessif, comme la France, l’Espagne ou les Pays-Bas, de modifier leur projet de budget, juste avant leur adoption par les Parlements nationaux. La législation, surnommée «two-pack» dans le jargon

bruxellois, vient compléter le pacte de stabilité et de croissance, tel que renforcé à l’automne 2011, au plus fort de la crise des dettes souveraines.

Un an plus tard Le dispositif devrait s’appliquer lors de la préparation des budgets 2014, soit avec plus d’un an de retard sur le calendrier initial. Ces prérogatives inédites permettront de vérifier que les différentes recommandations formulées par Bruxelles au fil de l’année, dans le cadre des procédures dites du «semestre européen», ont bien été suivies. Un non-respect de ces requêtes pourrait accélérer la mise en place de sanctions financières contre les États les moins vertueux. Philippe Ricard - Bruxelles, bureau européen - Le Monde.fr du 20-02-2013


ACTUALITÉS LE RÉVEIL

La France pays le plus désindustrialisé d’Europe 266 fermetures d’usine annoncées en un an Toutes les disparitions d’usines ne font pas la une des journaux, ni l’ouverture du « 20 heures », mais elles reflètent la réalité de la désindustrialisation, autant sinon mieux que des sinistres spectaculaires comme Petroplus ou Goodyear. De plus en plus de petites usines sont en effet rayées de la carte. En 2012, quelque 266 fermetures de sites industriels ont été recensées, soit 42 % de plus qu'en 2011. La taille moyenne de ces sites est de 71 salariés, selon les chiffres publiés, mardi 5 février, par la société Trendeo, qui traque les annonces de création et de destruction d'emplois. Au final, Arnaud Montebourg a beau se mobiliser en faveur du «redressement productif» le délitement du tissu industriel tend au contraire à s'accélérer. Et l’année 2013 démarre mal : « Le mois de janvier, avec les annonces de Renault puis de Goodyear, a été le plus mauvais en terme de suppressions d’emplois depuis que nous collectons les données », indique David Cousquer de Trendeo (1). Après avoir culminés en 2009, au plus fort de la tempête économique, les fermetures de sites et les plans sociaux s'étaient un peu calmés en 2010 et 2011. Le mouvement est reparti de plus belle à partir de l'été dernier. Résultat : en quatre ans, 1 087 fermetures ont été annoncées, pour seulement 703 ouvertures. La France compte ainsi 384 sites industriels de moins qu'au début de 2009. C'est « le pays le plus désindustrialisé d'Europe », selon Patrick Artus (2), de Natixis. (1) www.trendeo.net (2) Patrick Artus, directeur de la recherche économique chez Natixis

La préoccupation de Goodyear : ses actionnaires Une journaliste étrangère commente l’actualité française. Ana Navarro Pedro, correspondante de l’hebdomadaire portugais Visão, sur la menace de fermeture de l’usine Goodyear d’Amiens. Courrier international : Quelles réflexions vous inspire l’annonce de la fermeture prochaine de l’usine d’Amiens ? Ana Navarro Pedro : C’était attendu. Goodyear, qui est une entreprise américaine importante, la première de son secteur, a fait depuis 2001 ses ajustements face aux fluctuations du marché en réduisant les coûts. Son but premier, c’est de privilégier la rémunération des actionnaires et pour ce faire de baisser la masse salariale. Dès 2007, elle avait annoncé qu’il y aurait des licenciements en Europe. Est-ce une bonne stratégie ? Y aurait-il d’autres façons de faire ? Làdessus, le débat est ouvert. C.I. : La position de la CGT a été beaucoup critiquée. Qu’en pensez-vous ? A.N.P. : La CGT a refusé les offres de flexibilité en matière de salaire, de temps de travail et, pour cela, elle est montrée du doigt. En France, les négociations syndicales se déroulent souvent dans le rapport de forces. On ne sait pas exactement ce qui a été proposé aux syndicats à l’usine d’Amiens, mais, aux États-Unis, des organes d’information aussi sérieux que The Wall Street Journal ou Bloomberg News ont souligné que les accords de flexibilité proposés aux

salariés n’avaient pas des objectifs très clairs. Cela dit, dans l’affaire française, il ne s’agit pas de désigner un coupable : il faut juste se rappeler, comme le dit l’expression anglaise, « qu’il faut être deux pour danser le tango ». C.I. : Le candidat Hollande avait promis une loi pour interdire les licenciements boursiers. C’était irréaliste ? A.N.P. : D’abord, il faut noter que l’expression « licenciements boursiers » n’existe qu’en France. Promettre une loi qui les interdirait, c’est faire comme s’il n’y avait que des entreprises cantonnées aux frontières de l’Hexagone ; et le gouvernement ne pourrait être qu’embarrassé face aux conséquences d’une telle initiative législative, si elle devait voir le jour. Il serait plus intéressant de chercher à en finir avec l’impunité des directions ou des décideurs en cas de mauvaise gestion, de pronostics erronés. La plainte que le ministère de la Justice américain va déposer contre Standard & Poor’s me semble aller dans la bonne direction.

Courrier International du 28 février 2013

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LE RÉVEIL actualités

Que va devenir Carlos Ghosn,avec son salaire de misère ? 12,6 millions d’euros par an… Le PDG de Renault propose de reporter une partie de son salaire à 2016, si les syndicats acceptent de signer l’accord de compétitivité actuellement en négociation. Un sacrifice dérisoire au regard de sa rémunération totale.

C’est un petit geste salarial de la part d’un grand patron, et qui n’a sans doute pas fini de faire couler de l’encre. « Lors du conseil d’administration du 13 février 2013, M. Ghosn a proposé le report de 30 % de sa part variable de l’année 2012 au 31 décembre 2016, date d’échéance de l’accord Renault, sous réserve de la signature de ce dernier », a déclaré le constructeur dans un communiqué.

26 000 euros par jour Selon Les Échos qui ont révélé l’information, la somme reportée correspondrait environ à 430 000 euros. C’est conséquent. Sauf si l’on compare cette somme aux 2,23 millions d’euros (fixe

+ variable) que le patron devrait quand même toucher pour 2012. En 2011, Carlos Ghosn avait touché 2,89 millions d’euros au titre de ses responsabilités chez Renault. Sans surprise, les syndicats du groupe n’ont pas vraiment applaudi le « sacrifice » du grand patron. « Il se moque du monde », a réagi sur France Info Ali Kaya, représentant CGT de l’usine de Flins. « En réalité, il va passer son salaire journalier de 36 000 à 34 500 euros. Les dirigeants sont prêts à tout pour augmenter les profits des actionnaires, c’est scandaleux ! » Si la comparaison avait du sens, on pourrait ajouter qu’actuellement la direction de Renault demande à ses salariés d’accepter des gels de salaires pour 2013 et une augmentation du temps effectif de travail.

aussi parce qu’aujourd’hui la majorité de ses revenus proviennent de son poste de PDG du constructeur japonais Nissan. Sur le dernier exercice écoulé (avril 2011- mars 2012), Carlos Ghosn a, en effet, touché un salaire de 9,92 millions d’euros. Une rémunération considérable faisant de lui le patron le mieux payé de l’archipel. A titre d’exemple, le patron de Toyota, le n°1 mondial de l’automobile, perçoit une rémunération sept fois inférieure. Soit au total pour l’année 2012, Nissan + Renault = 13 millions d’euros. On comprend mieux, dès lors, les réactions outrées de certains syndicats et politiques face à cette annonce. Surtout quand on connaît la rémunération de nos dirigeants et qu’au même moment, des chômeurs s’immolent devant Pôle Emploi…

Ghosn, patron le mieux payé du Japon

L’habitué des petits sacrifices

Si le petit geste du grand patron semble si dérisoire aux yeux de certains, c’est

Ces dernières années, Carlos Ghosn a été un habitué des petits sacrifices... Lors de la fausse affaire d’espionnage

Le 8 février 1962, Charonne : N’ou Il y a 51 ans, le 19 mars 1962, les accords d’Evian mettaient fin à 8 ans d’une guerre qui n’en portait pas encore le nom. Environ 400 000 algériens, 90 000 harkis et près de 30 000 militaires français sont morts. Cette guerre de libération nationale, de luttes contre le fascisme et le colonialisme a conduit à l’indépendance de l’Algérie. Un mouvement puissant existait en France pour « La paix en Algérie ». 6-

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Le 8 février 1962, une manifestation rassemblant des dizaines de milliers de personnes, en cinq cortèges, se développe dans Paris. Au moment de la dispersion, au carrefour Voltaire et Charonne, les brigades spéciales d’interventions de la police à la solde du triste préfet Papon se ruent sur les manifestants qui se dispersaient vers les métros. Les manifestants sont piégés et subissent les coups des policiers. Les corps sont massacrés, hommes, femmes, jeunes,


actualités LE RÉVEIL

qui a secoué Renault en 2011, lui et son numéro deux, Patrick Pélata, avaient renoncé à la part variable de leur rémunération acquise au titre de 2010 (soit 1,6 million d’euros pour le seul PDG). En 2009, après les aides massives accordées par l’État aux constructeurs automobiles, Carlos Ghosn avait également renoncé à un bonus annuel de l’ordre du million d’euros. Philipe Varin, le patron de PSA, a annoncé quant à lui qu’il renonçait à l’intégralité de la partie variable de sa rémunération en 2012. Tout comme il l’avait fait en 2011. Mais il est vrai qu’il est à la tête d’un groupe en bien plus mauvaise situation financière puisqu’il vient de publier une (fausse) perte historique de 5 milliards d’euros. (Source : L’Expansion) Mon pauvre Carlos, que vas-tu devenir avec tes 12,6 millions de revenus annuels, qui divisés par 365 jours ne donne que la modique somme de 34 500 euros par jour, soit 2 fois le salaire moyen annuel des Français.

blions jamais ! par la volonté du ministre de l’Intérieur Roger Frey, du préfet de police : la détermination de faire mal et de tuer est évidente. Le bilan est effroyable, des centaines de blessés, neuf morts âgés de 15 à 58 ans. 700 000 à 1 million de personnes seront aux obsèques des militants pour la paix, des militants ouvriers. Neuf étaient syndicalistes membres de la CGT, huit au Parti communiste.

Une hécatombe à la française Nous assistons, depuis près de trois ans maintenant, à une véritable hécatombe industrielle dans notre pays. Nous publions une liste non exhaustive d’entreprises publiques et privées qui ferment ou qui licencient massivement. Cette liste ne concerne pratiquement que 2012 et il en manque des centaines puisque de 2009 à 2012 ce sont plus de mille entreprises qui ont fermé en France. Les entreprises publiques comme l’APHP par exemple dépendent du gouvernement et donc de sa politique, c’est le choix de la casse qui est fait, la casse de notre système de santé, la remise en cause du service public et de sa volonté de privatisation à outrance. Évidemment s’agissant du privé, nous sommes sur un tout autre registre, c’est exclusivement la recherche du profit qui justifie aux yeux des patrons les fermetures des sites. Nous constatons d’ailleurs que les entreprises qui ferment réalisent déjà des profits énormes, mais insuffisants aux yeux des actionnaires. Un autre élément, essentiel à nos yeux, nous interpelle. Il apparaît que la casse de l’outil industriel dans notre pays permet à l’échelle de l’Europe à l’Allemagne (qui fait tout, elle, pour sauvegarder et étendre sa production industrielle), de prendre le leadership économique et politique sur les autres pays. En clair, en préservant et protégeant son outil industriel. L’Allemagne, plus forte économiquement, dicte sa loi à l’Europe et aux autres pays. Évidemment sa loi, c’est d’abord et toujours l’austérité et la misère pour les peuples et le profit le plus juteux possible aux capitalistes. Cela peut même aller jusqu’à l’avilissement du pays entier à ces directives. La Grèce, le Portugal, l’Espagne en savent quelque chose. Et l’hécatombe de nos entreprises avec l’aval de Hollande nous met sur cette dangereuse pente. Nous devons dénoncer et agir contre un tel danger non seulement économique mais également politique. Depuis 2 siècles, l’Allemagne se veut hégémonique, que ce soit par les armes ou

actuellement avec la mise en place des traités européens et la complicité des différents gouvernements, le but, c’est celui d’avoir les moyens économiques et politiques de dicter sa loi aux peuples européens et en particulier à notre peuple, de construire une Europe fédéraliste aux plus grands plaisirs de ceux qui souhaitent une Europe de la concurrence libre et non faussée. Jamais nous ne laisserons de tels schémas s’appliquer à notre pays. Hervé Corzani

1re liste non exhaustive des entreprises concernées (par ordre alphabétique) 2x moins cher - 3 Suisses - ADP Arcadie Sud Ouest AbattoirArcelor Mital - Bonna Sabla Bouygues Télécom - Caisse d’Epargne Ile-de-France Cauval - Centre Beaubourg CEPAP La Couronne Chomarat - Cofinoga - CWF Danone Europe - Delbard DMI - F2R - Fagor-Brandt Freescale - Fuji Seal - Honeywell Hop - Hôpital Province - Iveco Camiva - Lejaby - Marionnaud Merk - Michelin - Mory Transport - PSA (plusieurs plans de licenciements) - Quelle France Rencast - Rio Tinto Alcan - Sanofi - SCAPSAV -SUD - Sea France Sitl ex Fagor-Brandt - SNCF Fret Société Générale - Still Thales - Total - Unilever Urssaf.

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LE RÉVEIL actualités

Près d’un quart des Européens menacés par la pauvreté L’Europe cache une réalité souvent peu connue : près d’un quart des Européens, soit plus de 115 millions de personnes, sont menacés par la pauvreté et l’exclusion. La bataille autour du Programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD) témoigne des divergences profondes qui existent entre les États membres lorsqu'il s'agit de solidarité européenne. Mais comment comprendre que l'on conteste ce programme alors que, dans le même temps, l'Europe, avec la stratégie « Europe 2020 », se donne pour objectif de sortir 20 millions de personnes de la pauvreté et de l'exclusion sociale ? Comment comprendre ce choix si l'on nie aux citoyens européens le droit fondamental et essentiel qui est celui de se nourrir ? Comment comprendre cela alors que l'Europe est en crise et que seule la solidarité peut répondre au risque de repli sur soi ?

Les montants alloués pour l’aide aux plus démunis, dans le cadre du budget européen, sont considérablement réduits : 2,5 milliards d’euros contre 3,5 milliards. Certains États membres estiment ces sommes encore trop élevées et remettent en cause le principe même de cette aide au niveau européen.

130 millions de repas distribués en 2012 Grâce à ces fonds, les associations d'aide alimentaire (les Restos du cœur, les Banques alimentaires, la Croix rouge française et le Secours populaire) ont distribué, l'an dernier, 130 millions de repas à quatre millions de nos concitoyens. Derrière ces chiffres, il y a le formidable travail des bénévoles et des militants, qui œuvrent pour la survie et la dignité de personnes en situation de précarité. Sans ces financements euro-

péens, leur action ne pourrait être aussi étendue. Les quatre associations (Banques alimentaires, Croix rouge, Restaurants du cœur et Secours populaire français) se sont battues sans relâche. Elles sont déçues et préoccupées par les conséquences de cette décision. A partir de 2014, en France, près de la moitié des repas distribués pourraient être supprimée. Les associations se trouveront devant un choix inhumain : donner moins, mais surtout à qui, faire un choix terrible, fixer des nouveaux critères de sélection entre pauvres, plus pauvres, très pauvres. Et cela à un moment où la politique d’austérité imposée par la même Europe va voir grandir le nombre de familles touchées par le seuil de pauvreté en France (12 millions de Français aujourd’hui).

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LE RÉVEIL - N°791 - mars 2013


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Italie Des élections qui doivent faire réfléchir Les élections législatives italiennes des 24 et 25 février ont accouché d’une situation compliquée. Aucune force n’a de majorité au Sénat. Le bipolarisme italien, avec son alternance entre une coalition de centre-gauche et une autre de centre-droit, a explosé. Car l’austérité ne fait plus recette. Le traitement de cheval administré par le gouvernement technique d’union nationale de Mario Monti a eu trois effets politiques : le retour de Silvio Berlusconi, la gauche au plus bas depuis 1948 et l’émergence d’un mouvement populiste.

Monti offre un boulevard à Berlusconi Personne n’aurait parié une lire sur l’avenir politique de Silvio Berlusconi en novembre 2011, quand il a démissionné, poussé dehors par les révélations sur des scandales sexuels et des taux d’intérêts sur la dette italienne intenables. Dans les sondages, le cheval Berlusconi n’était plus coté qu’à 10 %. Et pourtant, son parti, le Peuple de la liberté (PDL) obtient 21,56 % des voix(1). Les partis de sa coalition pèsent au total 29,18 % de l’électorat. Une remontée impressionnante donc. C’est que l’électorat de droite, de près de 50 % de l’autre côté des Alpes, n’allait pas disparaître. Il reste que, par rapport à 2008, le PDL perd 15,8 points et l’ensemble des partis de la coalition berlusconienne 17,6 points. Le centre-droit aurait pu choisir un autre leader pour conduire la coalition. Par exemple Angelino Alfano, secrétaire du PDL et dauphin de Berlusconi. Mais, tandis que le premier soutenait le gouvernement technique, le second se démarquait par des critiques contre Monti « qui ne comprend rien à l’économie », la politique allemande ou l’euro. A

l’heure de tourner la page du montisme, Berlusconi ��tait le seul candidat à pouvoir incarner une droite populiste.

La gauche obtient un résultat historiquement bas En novembre 2011, quand Silvio Berlusconi démissionne, le Parti démocrate (PD), principale formation de centre-gauche, est donné gagnant dans les sondages. Mais il fait alors le choix de voter toutes les mesures d’austérité présentées par Mario Monti, tout en tentant - il est vrai - de faire valoir le besoin de justice sociale. De plus, en fin de campagne, le leader de la coalition de centre-gauche et secrétaire du PD, Pier Luigi Bersani, a dit clairement qu’il entendait s’allier, après le scrutin avec le centre de Mario Monti. Le résultat a été sans appel. Le PD n’obtient que 25,42 % et l’ensemble des partis de la coalition de centre-gauche, 29,55 %. Soit un recul d’environ 8 points sur le scrutin de 2008. Pis, dans ce contexte, le total des voix de gauche n’est que de 32 %, soit le plus bas score depuis 1948… Car les listes de la gauche anti-libérale n’ont obtenu que 5,55 % des voix. Mais elles sont parties divisées. Celle à laquelle participaient les communistes, Révolution civile, s’arrête à 2,25 % et n’entre pas au Parlement. Elle a été victime d’un double vote utile. Une partie des électeurs s’est prononcée pour la coalition démocrate, de peur d’un retour de Silvio Berlusconi au pouvoir. Mais une autre partie s’est tournée vers le vote populiste pour Beppe Grillo.

Le Mouvement cinq étoiles : premier parti du pays C’est ce comique génois qui a capté le « vote utile » pour dire « basta ! », grappillant des voix tant à droite qu’à gauche. Mais c’est surtout dans le vivier des mécontents de la gauche anti-libérale et du Parti démocrate qu’il a puisé ses suffrages.

Ce mouvement « ni de droite, ni de gauche » devient le premier parti du pays avec 25,55 % des voix. Son succès s’explique par plusieurs ressorts. Le premier est son discours sur la moralisation de la vie politique et les « coûts de la politique ». A cela s’ajoute que les partis installés ont été incapables de juguler la crise. En 2012, le PIB a reculé de 2,7 %(2) ; le taux de chômage est passé de 9,6 % à 11,7 %. Le leader populiste a séduit par un discours simple, fait de promesses de baisse de taxes pour les petits entrepreneurs et d’un revenu de citoyenneté pour les travailleurs pauvres et chômeurs. Le troisième ressort est d’avoir, comme Berlusconi, bousculé la construction européenne actuelle, avec notamment la proposition d’un référendum sur la sortie ou non de l’euro. Dans ce pays jadis très européiste, l’inflexibilité de la chancelière Angela Merkel crée de l’impatience, tandis que les bienfaits de l’Union européenne (UE) et de la monnaie unique convainquent de moins en moins. Sur ces sujets, l’hésitation est grande car une sortie de l’euro apparaît pour beaucoup comme catastrophique. La grande dévaluation de la lire en 1992 avait été douloureuse surtout pour les familles populaires et avait facilité l’acquisition à bas prix de nombre d’entreprises par des multinationales étrangères. Même si c’est par un vote populiste, la volonté de changement s’est exprimée en Italie. Pour le moment, le Mouvement cinq étoiles peut encore passer à gauche, vu son électorat. C’est la responsabilité des forces politiques italiennes, mais aussi des autres gouvernements italiens que de ne pas le laisser dériver sur une pente glissante réactionnaire ou d’extrême-droite. Et pour cela, il faut recréer l’espoir. Celui qu’ont perdu les Italiens. Gaël De Santis (1) Sauf indication contraire, le pourcentage est celui des voix obtenues pour la Chambre des députés, où votent, contrairement au Sénat, les électeurs de moins de 25 ans. (2) Les statistiques proviennent de l’office européen de statistiques Eurostat. LE RÉVEIL - N°791 - mars 2013

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Hugo Chavez

Un homme d’exception État de choc à Caracas et sur le continent latino-américain. Le président bolivien laissera l’empreinte d’un lutteur passionné pour l’émancipation des peuples. Le peuple vénézuélien en deuil pleure son président, Hugo Chavez décédé le 5 mars, vaincu par la maladie, lui qui sa vie durant avait lutté contre d’autres cancers… ceux qui asservissaient son peuple, pillaient les richesses du pays et se les octroyaient. Tout un continent a salué la mémoire de celui qui a redonné espoir, montré le chemin de la résistance à l’ultralibéralisme et aux volontés hégémoniques de Washington. Le temps n’est plus où la Maison-Blanche jugeait des « bons » et des « mauvais gouvernements », décidait de les soutenir ou de les abattre en fonction des intérêts de l’Amérique ou de ses alliés. Avec la « révolution bolivarienne », Chavez et les Vénézuéliens ont ouvert une voie et aujourd’hui, le Brésil, l’Argentine, le Nicaragua, l’Équateur et bien d’autres nations du continent latino-américain montrent, chacune à leur manière, qu’elles ne veulent plus être « l’arrière-cour » de l’Amérique. Dès l’annonce de sa disparition, les commentaires n’ont pas manqué ! Dictateur,

autocrate, népotisme ! Ses détracteurs, des néo-libéraux à certains sociaux-démocrates, s’en sont donné à cœur joie, soulignant le caractère « démagogique des réformes et son autoritarisme », critiquant ses fréquentations à l’étranger. Certes, certaines de ses « amitiés » avec l’Iranien Ahmadinedjab, Kadhafi et autres dictateurs ternissent son combat, mais Hugo Chavez a d’abord développé la solidarité et la coopération avec les autres peuples, ouvert des chemins nouveaux pour l’émancipation. C’est bien cela qui lui est reproché aujourd’hui ! Et à bien y regarder il leur est difficile de contester des changements profonds et des réformes salutaires qu’il a initiés… Concernant la démocratie, notons le commentaire du député Nicolas Dupont

Apartheid à Tel-Aviv L’initiative fait scandale. Lundi, Israël a lancé un service de bus réservé aux Palestiniens qui travaillent dans les villes de l’Etat hébreu. Le lancement de ces deux lignes reliant le passage d’Eyal, dans le nord de la Cisjordanie, à l’agglomération de Tel-Aviv fait suite à des protestations de colons mécontents de devoir partager les transports en commun avec les Palestiniens, invoquant des risques d’attentat. Pour le ministre israélien des Transports, cette mesure a pour but de mettre fin à l’activité des « opérateurs pirates qui transportent les travailleurs à des prix exorbitants ». Un avis que ne partage pas 10 -

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l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem, qui a dénoncé une « ségrégation écœurante ». De son côté, le Syndicat des travailleurs palestiniens s’est élevé contre « une mesure raciste ». Mais ces bus n’auront roulé que quelques heures à peine. Dans la nuit de lundi à mardi, deux de ces véhicules controversés ont été incendiés. Une enquête a été ouverte. J.-P. D.

Aignan : « Curieux dictateur tant décrié par la pensée unique que cet homme qui s’est toujours soumis au vote populaire quand tant de nos « démocrates » autoproclamés s’en lavent les mains… »

Au service des peuples De son côté, le géographe Alain Musset, spécialiste de l’Amérique latine et directeur d’études à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales), pense qu’il faut inscrire à l’actif d’Hugo Chavez la refondation du système politique. Le chercheur estime que « les élections sont libres et propres et montrent qu’il (Chavez) a toujours un appui populaire. Ensuite, le changement social. Il y a toujours des inégalités, mais Chavez a relancé une réforme agraire (…) utilisé les bénéfices des compagnies pétrolières pour mettre en place des missions dans le secteur de la santé, de l’éducation (…) On peut discuter les chiffres mais la pauvreté a reculé. C’est incontestable ». Dans un article paru dans le quotidien Le Monde, le 7 mars dernier, intitulé « La révolution bolivarienne a privilégié le social au détriment de l’économie », on peut lire : « Il faut mettre à l’actif d’Hugo Chavez la réorientation de la rente pétrolière au profit d’une vraie politique sociale, même si celle-ci est clientéliste. Ses prédécesseurs ignoraient la misère des classes populaires, le président vénézuélien a affecté au mieuxêtre de celles-ci les centaines de milliards de dollars que lui ont valu le décuplement du prix du pétrole durant les années 2000 (…) Le nombre des professeurs a été multiplié par cinq sous sa présidence. Des milliers de médecins cubains soignent gratuitement dans les quartiers les plus déshérités. Les prix des produits de première nécessité ont été totalement encadrés. Le secteur public a offert massivement des emplois.» Si la suite de l’article est très critique sur le plan de la réussite économique,


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pour l’auteur, le Venezuela affiche des indicateurs sociaux brillants. Il est le pays le moins inégalitaire d’Amérique latine. Le taux de pauvreté (moins de 2,5 dollars, soit 1,9 euro, par jour de revenu) est tombé de 49 % en 1998 à 27 % aujourd’hui. La mortalité infantile y a été divisée par deux. Il est bien là le socle de la popularité d’un président qui a développé une relation étroite avec les plus démunis, défié le FMI et la Banque mondiale, développé la démocratie et la solidarité. En apprenant sa disparition, le grand réalisateur américain Oliver Stone a déclaré : « Je pleure la perte d’un grand héros pour la majorité de son peuple et pour ceux qui luttent dans le monde pour avoir une place ». Nous nous joignons à cet hommage. Jean-Pierre Delahaye

Déclaration de l’ARAC

Maghreb et Mali

Pour entrer dans la voie de la démocratie La France, qui vient de perdre à nouveau un des siens au Mali, nous en saluons la mémoire, connaît actuellement une situation qui doit la conduire à s’interroger sur la nécessité d’ouvrir au plus vite de nouvelles coopérations ayant l’objectif de contribuer à stabiliser la vie économique, la démocratie, la vie sociale et politique de ce pays. Tout retard pris sur ce plan ne peut que favoriser la poursuite, voir le développement de l’action néfaste des groupes politico-militaires fanatiques se réclamant d’un Islam radical financés en partie par les pétromonarchies auxquels font face actuellement les troupes françaises, les troupes maliennes et les contingents africains. Ces groupes pourraient ouvrir largement la voie aux pétromonarchies qui ambitionnent de s’assurer la domination du Sahel, ainsi que le montre leur opposition à l’application de la résolution 2085 du 20 décembre 2012 du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant le déploiement d’une force internationale d’assistance au Mali. Pour le Mali, comme pour tous les pays du Maghreb et l’ensemble du Sahel, la France doit exercer sa solidarité en s’engageant prochainement dans des projets de développement nouveaux. Ces peuples attendent de la France qu’elle mette un terme à la pratique du système Françafrique, cela prouvera la volonté de jouer désormais un rôle historique nouveau au service d’une démocratie porteuse d’avenir pour toute l’Afrique. Villejuif, le 27 février 2013

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les améliorations intervenues ces dernières années, tant en ce qui concerne la détention des mineurs que s’agissant « des procédures du système de justice militaire ». L’Etat juif s’engage à étudier les conclusions de ce rapport et à travailler à leur mise en oeuvre « en coopération avec l’Unicef, dont, est-il précisé, nous saluons et respectons le travail ».

Argentine

Lu dans Le Monde du 9 mars

L’Unicef dénonce les conditions de détention des mineurs en Israël Les jeunes sont systématiquement maltraités en prison, selon l’agence onusienne. «Systématique » : tel est le terme utilisé dans le rapport que l’Unicef a rendu public, mercredi 6 mars, pour qualifier les mauvais traitements auxquels sont soumis les enfants palestiniens dans les prisons israéliennes. Ils sont « répandus, systématiques et institutionnalisés » tout au long du processus judiciaire, « à partir de l’arrestation jusqu’au jugement de l’enfant et son éventuelle condamnation », a constaté l’Unicef. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance fonde ses conclusions sur l’analyse de 400 cas d’enfants détenus depuis 2009, ainsi que sur des entretiens avec des représentants officiels israéliens et palestiniens. Chaque année, 700 enfants et adolescents âgés de 12 à 17 ans, des garçons pour la plupart, sont arrêtés, interrogés et détenus par l’armée israélienne, la police et les services de sécurité. Depuis dix ans, quelque 7 000 d’entre eux ont été détenus au sein du système judiciaire militaire. Les pratiques en vigueur relèvent des cas visés par la Convention internationale des droits de l’enfant et de la Convention contre la torture s’agissant des traitements ou punitions cruels, inhumains ou dégradants. Le rapport en fait l’inventaire : arrestation au domicile entre minuit et 5 heures par des soldats armés ; yeux bandés et mains attachées par des 12 -

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liens en plastique ; agressions verbales et physiques pendant le transfert vers un centre d’interrogatoire ; privation d’eau, de nourriture, d’accès aux toilettes et de soins médicaux ; violences physiques et menaces ; confessions forcées ; absence d’avocat ou d’un membre de la famille. Jusqu’en septembre 2011, Israël ne considérait comme mineurs que les enfants de moins de 15 ans. L’âge de la majorité pour les tribunaux militaires a été élevé de 16 à 18 ans, ce qui n’empêche pas des enfants de 16 et 17 ans d’être encore condamnés par ces juridictions. En septembre 2009, à la suite de cas montrant des condamnations d’enfants de 12 ans, l’Etat juif a créé un tribunal militaire pour enfants (12 à 15 ans), devenant ainsi le seul pays au monde à disposer d’une telle institution. La plupart des garçons concernés sont poursuivis pour avoir lancé des pierres, un crime passible d’un maximum de vingt ans de prison.

Réaction mesurée L’Agence de l’ONU relève que les aveux, obtenus « sous la contrainte, constituent dans la majorité des cas la preuve principale de la culpabilité de l’enfant ». Le gouvernement israélien a réagi avec une modération inhabituelle. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères souligne que l’Unicef a accueilli favorablement

Le Conseil national de l’ARAC s’adresse à la Présidente, Cristina Kirchner Le Conseil national de l’ARAC a engagé une nouvelle démarche auprès de la Présidente de la République d’Argentine, en faveur de certains anciens combattants de la guerre des Malouines, toujours exclus de la reconnaissance de la Nation et de leurs droits à réparation. Dans un courrier remis à l’ambassadeur argentin à Paris, Son Excellence Aldo Ferrer, Raphaël Vahé (président national) et André Fillère (vice-président) renouvellent et prolongent la démarche entreprise par l’ARAC le 21 mars 2011, laquelle soulignait la légitimité des anciens combattants argentins des Théâtres d’opérations de l’Atlantique sud (TOAS) à être reconnus comme tels et, appuyant leur demande auprès des autorités nationales, la relayaient auprès de la Fédération mondiale des anciens combattants (FMAC). Le 23 novembre 2012, Son Excellence Edgardo Malaroda (ministre conseillé chargé des négociations) nous faisait savoir que la Mission diplomatique avait remis nos textes aux autorités de la chancellerie qui se chargeaientt de les faire parvenir à la Présidence, au gouvernement et aux chambres parlementaires.


LE CAHIER MÉMOIRE

le réveil

N° 791 Mars 2013

des combattants

Pour l’amitié, la solidarité, la mémoire, l’antifascisme et la paix

Une bataille de titans

LE RÉVEIL - N°791 - mars 2013

Par Paul Markidès

Édité par le Réveil des combattants - 2 place du Méridien - 94807  Villejuif - Tél. 01 42 11 11 12

ÉDITO

Stalingrad

Ce deuxième cahier de la Mémoire sur la bataille de Stalingrad (août 1942-février 1943) vient compléter le premier à l’occasion de l’anniversaire de cet événement déterminant de la guerre de 1939-1945 qui en fut le grand tournant : le moment du conflit où les forces antifascistes prenaient le dessus sur les forces nazies grâce à la Résistance sans précédent de l’armée soviétique, tandis que s’unissaient grâce à Jean Moulin les forces constitutives de la Résistance en France. Ce cahier révèle les conditions de combat dans lesquelles s’est déroulé cet affrontement. Il s’agit de témoignages de combattants appartenant aux nations opposées : soviétiques de Russie et d’Ukraine d’un côté, Allemands et Roumains de l’autre. Ils nous éclairent sur les sentiments qui animaient ces russes et ces ukrainiens, défendant jusqu’aux limites de leurs forces leurs terres et leurs vies, les combattants allemands perdant confiance dans le nazisme qui les avait conduits dans cette situation où l’ennemi devenait, jour après jour, de plus en plus invincible, tandis que les roumains, leurs alliés, appartenant à un peuple ami du peuple russe, combattaient sans conviction dans cette guerre. Les soviétiques se battaient pour vaincre, les allemands et les roumains pour rester en vie et se sortir de ce bourbier. Ces constatations faites, il n’est pas inutile, bien au contraire, de réfléchir aujourd’hui avec Jean-Marie Chauvier sur ce que représente la victoire de Stalingrad pour notre pays, pour l’Europe, pour la planète entière et pour quelles raisons les tenants de l’idéologie dominante ne veulent mettre en évidence que le débarquement anglo-américain en Normandie le 6 juin 1944. Alors amis, bonne lecture attentive et bonne réflexion.

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Dans les tranchées de Stalingrad Ce 2 février, Moscou célèbre le 70e anniversaire de sa victoire sur l’Allemagne nazie. On oublie parfois que cet affrontement dantesque ne fut pas seulement russo-germanique. D’autres nations ont participé à ce qui reste la plus grande bataille de tous les temps. Plongée dans une mémoire européenne.

Stalingrad 1943 - Bruxelles 2013 Jean-Marie Chauvier Le hasard veut que ce 23 février est le jour anniversaire de la fondation en 1918 de l’Armée Rouge des Ouvriers et des Paysans, le nom que porta l’armée soviétique jusqu’à Stalingrad. On le célèbre toujours en Russie comme fête des défenseurs de la patrie et de petits plaisantins la rebaptisent « fête des hommes » en complémentarité avec la fête des femmes qui a lieu le 8 mars ! Il y a quelques jours, dans une librairie, j’ai découvert une BD sur la Seconde Guerre mondiale

destinée à des adolescents. La couverture était illustrée par un grand débarquement de soldats américains. La guerre hitlérienne contre l’Union soviétique était traitée comme un aspect parmi d’autres. La capitulation allemande signalée était celle du 7 mai à Reims, et non celle du 9 mai à Berlin, au siège du QG soviétique, qui mit réellement fin à tous les combats. Ces choix d’enseignement ne sont pas innocents, ils participent d’une guerre idéologique que le

lecteur, enseignant, parent ou élève, n’est généralement pas en mesure de déceler, d’autant que cette réécriture de l’histoire correspond à ce qui en est largement propagé dans les médias. C’est ce qu’on appelle « la guerre des mémoires ». Mémoires des peuples, mais aussi mémoires construites par les États. Ainsi, glorieusement célébrée en Russie et dans d’autres pays de l’Est : la mémoire de la bataille de Stalingrad, d’août 1942 à février 1943, grand tournant de la guerre, de la bataille de Koursk en juillet 1943, décisive dans la compétition entre techniques militaires allemande et soviétique, la mémoire de la Victoire alliée sur le fascisme en 1945. Cette mémoire, également célébrée chez nous à la Libération, ne l’est plus désormais, et l’antifascisme n’est plus au goût du jour.

Comment expliquer ce divorce des mémoires ? On peut relever au moins trois raisons. La première raison, c’est qu’on n’a pas vécu la même guerre. L’occupation et les violences nazies que nous avons subies sont sans commune mesure avec la guerre d’anéantissement et de génocide perpétrée à l’Est par l’Allemagne nazie et ses alliés. L’anéantissement des États procédait de l’objectif même de cette guerre à l’Est. Il était d’ordre colonial, dans le prolongement des guerres impérialistes. Le General Plan Ost, élaboré par les experts scientifiques allemands, prévoyait le nettoyage de la Pologne, 14 -

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de l’Ukraine, de la Biélorussie, de la Russie européenne pour y installer des colons de race blanche afin d’y édifier une économie moderne sur le modèle européen. C’était une entreprise de civilisation, au sens colonial. Les dirigeants nazis envisageaient pour l’URSS trente millions de morts et trente à cinquante millions de déportés vers la Sibérie. S’y ajoutait la logique racialiste qui impliquait l’élimination des Juifs, des Tsiganes, des malades mentaux, d’une partie des Untermenschen slaves. Fin 1941 déjà, après six mois d’invasion hitlérienne, 900 000 Juifs étaient génocidés par fusillades, femmes, enfants, vieillards compris, et, selon des historiens allemands, deux millions de prisonniers de guerre soviétiques exterminés. Le bilan de cette guerre pour l’URSS a été de 26 à 27 millions de vies humaines perdues, dont une dizaine de millions de civils dans les territoires occupés et huit à dix millions de soldats, dont 3, 5 millions de prisonniers de guerre exterminés par la faim et les fusillades. Une partie de ces victimes l’ont été, également, des répressions et des déportations staliniennes juste avant et juste après la guerre. Le grand affrontement entre les blocs de l’Axe et de la Coalition anti-hitlérienne s’est, il est vrai, compliqué au gré de conflits exprimant d’autres clivages et les tensions existant au sein de cette Coalition « contre nature ». Ainsi, les guerres civiles qui ont déchiré Polonais, Ukrainiens, Biélorusses, Caucasiens, et plus largement encore la Yougoslavie, la Grèce, dans ce dernier cas, les forces britanniques œuvrant à l’écrasement de la résistance communiste. Prémices de la guerre froide : les services secrets américains et britanniques exfiltraient vers les Amériques ou vers leurs centres

Réunion à Poltava, en Ukraine. En mai 1942, Hitler convoque les principaux commandants chargés de diriger l’offensive d’été.

de propagande et d’espionnage en Allemagne de l’Ouest, nombre de cadres nazis, comme le Réseau Gehlen, de Waffen SS et de collaborateurs, notamment baltes et ukrainiens. Il y a une deuxième raison au divorce des mémoires. C’est qu’à l’Est comme à l’Ouest, les puissances, les états, et spécialement les nouveaux États post-soviétiques se construisent des mémoires collectives, des histoires officielles de nature à légitimer les pouvoirs en place. C’est ainsi que les dirigeants actuels de la Russie, même anticommunistes, vont chercher dans le passé des victoires soviétiques, entre autres, des occasions de renouer avec des sentiments populaires durement affectés par l’effondrement de l’Union et les ravages du capitalisme de choc. Dans nos pays de l’Ouest, sous hégémonie américaine, il n’est pas ou plus politiquement correct de reconnaître le rôle décisif des « rouges » dans la défaite du nazisme. Alors, plutôt que de valoriser les combats de Stalingrad et Koursk, en 1942-43, on met en relief le débarquement anglo-américain en Normandie du 6 juin 1944. Les États-Unis ouvraient heureusement le second front qui allait permettre de libérer nos pays, mais l’Union

soviétique, sur le premier front depuis juin 1941, avait déjà défait la machine de guerre fasciste aux trois quarts concentrée sur ce front de l’Est. C’est l’Armée rouge qui a permis la libération de l’Europe et qu’un terme soit mis au génocide nazi dans les camps d’extermination. La Russie officielle actuelle entend donc tirer gloire de sa victoire de 1945, fût-elle surtout soviétique et donc, non seulement russe, mais ukrainienne, biélorusse, kazakhe, ouzbèque, géorgienne, arménienne, de tous les peuples soviétiques engagés dans cette lutte, et au nom desquels fut planté sur le Reichstag à Berlin, non point le drapeau national tricolore de l’actuelle Russie, mais le drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau, un emblème qu’on cherche à escamoter. L’Ukraine est aujourd’hui partagée entre cette fidélité au combat soviétique qui fut très majoritairement le sien et la réhabilitation des armées national-fascistes des régions de l’Ouest qui ont plus ou moins collaboré avec l’Allemagne nazie. En Ukraine occidentale, à Lvov, Lviv, comme chaque année le 28 avril, on célébrera la Waffen SS « Galichina », sous l’égide du parti néofasciste au pouvoir « Svoboda ». En Lettonie, on verra LE RÉVEIL - N°791 - mars 2013

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défiler le 16 mars, comme chaque année, la Waffen SS « Latvia » et ses sympathisants, et ce, dans une capitale de l’Union européenne, tolérante sinon complaisante. On peut, à ce divorce des mémoires, détecter une troisième raison. Ce sont les motifs politiques actuels pour lesquels les classes dirigeantes de nos pays ont intérêt à faire oublier l’histoire des fascismes, des ralliements, des collaborations qu’il a suscitée, et surtout des résistances, des rôles clé qu’y ont joué l’Armée rouge et les résistances populaires armées. Ce révisionnisme est donc rétrospectif, il tend à substituer à la réalité des luttes de l’Europe d’hier le discours lénifiant d’un consensus compassionnel autour des victimes qui met tout le monde d’accord en évacuant tout débat de fond. Il est aussi d’actualité et géostratégique : il s’agit de disqualifier la Russie, tant pour ses victoires passées que pour son rôle actuel. L’histoire et la mémoire sont instrumentalisées dans la géostratégie, autant que dans les mythologies destinées à la construction de nouvelles identités nationales. C’est pourquoi le devoir de mémoire auquel nous sommes souvent conviés est aussi régulièrement piégé par ces stratégies. Il serait encore plus important d’assurer, de nous assurer ainsi qu’aux jeunes générations, le droit à l’histoire.

« La Russie, encore aujourd’hui, nous en veut » Adrian Cioroianu - Historia (extraits) Bucarest Adrian Cioroianu est doyen de la faculté d’histoire de l’université de Bucarest, ex-ministre des Affaires étrangères roumain.

La contreoffensive soviétique

Friedrich Paulus vaincu se rend aux Soviétiques, malgré le stratagème d’Hitler : récemment promu à ce grade, il fut le premier maréchal allemand de l’Histoire à se rendre à l’ennemi.

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Le 19 novembre 1942, quand la contre-offensive soviétique est déclenchée, elle vise directement la bouche du Don, défendue par la IIIe armée roumaine (dans l’ouest de Stalingrad), qui subit de lourdes pertes. Dans le temps, dans le sud de Stalingrad, dans la steppe Kalmouke, la IVe armée roumaine est attaquée elle aussi. La défaite de Stalingrad a eu un impact considérable sur les forces armées roumaines, alliées de l’Allemagne depuis juin 1941. Elle a contribué en particulier à affaiblir considérablement le moral des troupes. La Roumanie a perdu plus de 150 000 hommes, lors des opérations dans la boucle du Don, dans la steppe kalmouke et à Stalingrad même. Une grande partie des équipements et des capacités de combat de l’armée

roumaine a été détruite pendant la bataille. De toutes les discussions que j’ai pu avoir avec mon grand-père, qui s’était battu sur le front de l’Est, ainsi qu’avec d’autres spécialistes de la question, il ressort que, jusqu’à l’automne 1942, les Roumains ont continué d’espérer, et l’armée allemande paraissait invulnérable. La guerre promettait de se conclure de façon positive pour la Roumanie. Mais, après 1942, et surtout à partir de février 1943, cet espoir s’est dissipé. La presse roumaine, dont le ton était jusque-là très optimiste et triomphaliste, a commencé à changer de position : des doutes se sont fait jour, la censure est devenue plus pensante. La presse est toujours un excellent baromètre. Elle est bavarde tant que l’armée avance,


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mais devient muette quand elle se retrouve acculée à la défensive, puis contrainte au repli. Par la suite, les divergences entre Bucarest et Moscou ont longtemps été occultées au sein du Pacte de Varsovie, alliance de circonstance imposée par l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS) en 1955. Mais de grandes dissensions referont surface en 2004, lors de l’entrée de la Roumanie dans l’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord (OTAN), que la Russie considère comme un adversaire potentiel.

J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Dmitri Rogozine, ancien représentant de la Russie à l’OTAN, aujourd’hui vice-premier ministre. Il se lance volontiers dans de violentes diatribes pour dénoncer la participation de la Roumanie à la guerre contre l’URSS. Dans le cadre des relations tendues entre Moscou et l’OTAN, il est naturel pour lui de reprocher à la Roumanie d’avoir pris part à l’offensive contre l’Union soviétique. Pour le vainqueur, le vaincu a toujours tort. Dans la bataille à l’Est, l’armée roumaine

A gauche : Automne 42 Contre-attaque dans les rues dévastées de la ville. Au milieu : Pour la défense de Stalingrad, les Soviétiques purent compter sur l’Armée rouge (ici, en tenue de neige - Janvier 43), mais aussi sur des miliciens, organisés en bataillon volontaires armés (à droite)

a été vaincue, et la Russie, encore aujourd’hui, lui reproche son rôle. Théoriquement, bien sûr, les événements du passé ne devraient pas encombrer le présent. La réalité est beaucoup plus complexe, compte tenu de la fragilité du dialogue politique entre la Roumanie et la Russie. Sachant que la Russie voit dans l’OTAN un bloc hostile, il est peu probable que les historiens russes acceptent le point de vue roumain sur la Seconde Guerre mondiale. Le temps du calme et du détachement n’est pas encore venu.

III e Reich - « Qu’on en finisse avec ce merdier ! » Christoph Dieckmann - Die Zeit (extraits) Hambourg Deux lettres de militaires allemands sur le front de l’Est résument à la fois l’aveuglement et la chute de l’Allemagne hitlérienne. Le 1er août 1942, le médecin capitaine Horts Rocholl écrit à son enfant : « Aujourd’hui nous avons attrapé un juif, un sous-lieutenant qui avait le visage type du criminel et mentait comme un arracheur de dents. Ses soldats, notamment l’un, d’une vingtaine d’années, voulaient qu’on le descende. Je t’embrasse bien tendrement. Ton vieux papa. » Le 4 décembre 1942, le caporal Wernfried Senkel écrivait de Stalingrad à ses parents : « Je n’espère plus qu’une chose, qu’on en finisse avec ce merdier. Qu’on quitte la Russie. Si seulement on pouvait vivre ça ! Tout le monde est tellement abattu ! » Le brigadier n’avait

pas le droit d’en dire plus. « C’est mieux comme ça. Vous vous inquiéteriez inutilement. » S’inquiéter utilement… Une semaine plus tard, le caporal Senkel était « porté disparu ». Ces deux lettres font partie d’une exposition, Stalingrad, inaugurée le 15 décembre au musée d’Histoire militaire de Dresde, en Allemagne et visible jusqu’au 30 avril. Elle propose un double regard sur cette bataille qui marqua un tournant dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. La moitié des 500 pièces présentées viennent de Russie. Sur place, nous rencontrons le colonel Matthias Rogg, directeur du musée, et son directeur scientifique, Gorch Pieken. Le regard vif derrière des lunettes fines, les cheveux atta-

chés, les deux hommes ont plutôt l’air de militants pacifistes. Ils nous parlent de cette exposition exceptionnelle. « Stalingrad, c’est un symbole », insiste Rogg. « Nous ne sommes pas un mémorial, mais un musée d’histoire, et donc critiques par essence », ajoute Pieken. Tout le monde s’accorde d’ordinaire à le reconnaître : c’est à Stalingrad que s’est jouée l’issue de la Seconde Guerre mondiale. « Faux ! » réplique Rogg. « Au plus tard, l’Allemagne a perdu la guerre le 22 juin 1941, quand elle a commencé à envahir l’Union soviétique. » Que représente donc Stalingrad  ? « Un paroxysme psychologique et un mythe. Le moment où Hitler a cessé de paraître invincible, y compris pour les Alliés. » Au cours de l’été 1942, Hitler LE RÉVEIL - N°791 - mars 2013

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décide d’étendre le front de l’Est et de mener l’offensive à la fois en direction du Caucase et de Bakou. Le Führer se dit en passant qu’il pourrait aussi prendre Stalingrad, grand centre de production d’armement où Staline s’était déjà fait une sanglante réputation pendant la guerre civile. Ce dernier ordonne alors à ses troupes de tenir cette ville symbole et leur interdit d’évacuer la population. Près de 40 000 civils périssent sous le feu allemand. Les neuf dixièmes de la ville sont conquis, maison après maison. Le dixième restant continue de se défendre, mais le 8 novembre Hitler annonce fièrement la chute de Stalingrad à la radio. Le lendemain, l’hiver arrive, et avec lui l’armée soviétique. Encerclés, les hommes de la VIe armée du général Paulus meurent de faim et de froid. Toutes les tentatives de percée ou d’envoi de renfort échouent, mais Hitler rejette toute idée de capitulation. Stalingrad, c’est à la fois 700 000 morts et la naissance de deux mythes : côté soviétique, c’est le point départ de la marche vers Berlin ; côté allemand, on parlera après la guerre du « sacrifice » de la VIe armée allemande. Soixantedix ans plus tard, nous nous trouvons dans un hangar entourés de chars, d’obusiers et autres équipements militaires, et nous sentons tout le poids de l’héritage de Stalingrad. Le visiteur devine la réalité à travers les témoignages de survivants. Sur les 230 000 soldats allemands de Stalingrad, seuls 5 000 sont revenus, les derniers en 1955. Le médecin capitaine Horst Rocholl se trouvait parmi eux. Après Stalingrad, « …plus rien n’a été comme avant, fait-il observer. Mais, surtout, j’étais devenu un autre homme. »

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« Nous avions les fascistes en face de nous » Berta Boukharina Moskovskaïa Pravda (extraits) Moscou

Les soldats de la VIIIe armée italienne battent en retraite. L’immense mouvement de repli créa de véritables embouteillages dans certains secteurs.

Soixante-dix ans se sont écoulés depuis la bataille de Stalingrad. Sur ce sujet, que savent aujourd’hui les jeunes nés plusieurs décennies après la fin de la Grande Guerre patriotique [Seconde Guerre mondiale], eux à qui l’Histoire est enseignée de manière très superficielle à l’école ? Les souvenirs d’Ivan Illitch Lioudnikov, commandant de la 138e Division d’infanterie, constituent l’un des récits les plus vivants et les plus réalistes de cette bataille qui a joué un rôle déterminant dans la guerre effroyable contre l’envahisseur germanofasciste [le terme « nazi » est rarement employé en russe, celui de « fasciste » est prédominant]. Les vérités qu’expose le témoin de ces événements doivent être connues et gardées en mémoire. En 1942-1943, les journaux étrangers ont beaucoup évoqué la bataille qui se déroulait sur la Volga. Voici par exemple ce qu’en disait, aux Etats-Unis, le New York

Herald Tribune : « Pareils combats échappent à tout calcul stratégique. Ils sont menés avec une haine féroce, avec une ardeur telle que même Londres n’en a pas connu de pareille aux pires journées des raids aériens allemands. » Autre citation, tirée cette fois d’un quotidien du parti fasciste allemand, la Berliner Bürsen-Zeïtung : « Pour la première fois dans l’Histoire, une ville moderne est tenue par des troupes jusqu’à la destruction de son dernier pan de mur. Bruxelles et Paris ont capitulé. Même Varsovie a accepté la capitulation. Mais cet ennemi-là n’a pas pitié de sa propre ville. Notre offensive, malgré notre supériorité numérique, n’est pas couronnée de succès… » Voici comment Ivan Lioudnikov réagit aux quelques lignes du Herald Tribune : « Avec tout le respect qui est dû à la résistance des Londoniens, les épreuves qu’ils ont subies sont sans commune mesure avec ce qu’ont eu à vivre les habitants et les défenseurs de Stalingrad. A Londres, une seule chose menaçait les


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rie avaient déployé leurs canons de façon à pouvoir déboucher à zéro sur le faubourg nord des Barricades. Pour l’occasion, c’est le général qui avait pris la place du pointeur. Après avoir vérifié les indications des instruments, il a lancé son ordre : « Sus à l’ennemi ! Feu ! » et il a ouvert le feu lui-même, aussitôt imité par tous les canons et mortiers. Mais les fantassins n’ont pas eu à monter à l’assaut, parce que des drapeaux blancs sont apparus en divers endroits du faubourg, attachés aux baïonnettes et aux armes automatiques. Les hitlériens se rendaient en masse. Les canons se sont tus. Des fusées de toutes les couleurs ont jailli, et, couvrant le vacarme des armes automatiques et fusils qui tiraient en l’air, nos hourras ont retenti. » La IIe armée hongroise se replie en abandonnant son matériel. Elle subit des pertes si lourdes (plus de 75 % de ses effectifs), qu’elle fut un temps surnommée «l’armée morte ».

hommes des batteries antiariennes : qu’une bombe leur tombe dessus. Tandis que nous, les combattants, nous avions les fascistes directement en face de nous. » Pour la division d’Ivan Lioudnikov, la ligne de front passait près de l’usine des Barricades, non loin de la rive abrupte de la Volga. Elle y a connu de farouches combats et a fait montre d’une résistance inflexible. A partir du 11 novembre 1942, et presque jusqu’à la fin de l’année, la division d’Ivan Lioudnikov s’est trouvée coupée des autres unités soviétiques. En face, comme sur les côtés, jusqu’à la Volga, se tenait l’ennemi. Derrière, le fleuve. Pour venir épauler la 138e division, il fallait avoir la bravoure de franchir les eaux sous les tirs croisés des mitrailleuses et armes automatiques allemandes. Les Allemands n’ont pas tardé à se rendre compte de la solidité de

la défense de la 138e division. Au bout de deux semaines de combats acharnés, l’ennemi avait perdu, sur le seul secteur où combattait la division de Lioudnikov, environ 3 000 soldats et officiers. Puis, peu à peu, en janvier, les Allemands [à leur tour encerclés après la contre-offensive de novembre 1942] ont commencé à se rendre par petits groupes. Le principal foyer de résistance s’est déplacé vers le faubourg nord des Barricades. C’est de là que l’ennemi avait lancé son offensive d’automne contre la division. Le 2 février, en coordination avec les divisions d’A. Gorichny et de V. Sokolov, les hommes de Liodnikov portaient le coup de grâce de l’ennemi. Voici les souvenirs que garde Ivan Lioudnikov de cette journée : « Tout laissait présager qu’il s’agirait d’une journée à part. Aux cadrans de nos montres, les aiguilles approchaient du chiffre 12. Les servants des pièces d’artilleLE RÉVEIL - N°791 - mars 2013

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« Nous avions le sentiment de nous battre pour notre pays »

ne pas avoir connu ne serait-ce qu’une minute de silence entre les murs de Stalingrad, dans ses rues et ses parcs.

Karl Borissenko - Ancien combattant - Ukraine (URSS) Den (extraits) Kiev

Je me souviens aussi d’instants inoubliables, comme le fait qu’avant le combat, avec d’autre Ukrainiens de mon unité sous les ordres du commandant Dotsenko, lui-même de Dnipropetrovsk (en Ukraine), nous chantions des chansons de chez nous. Nous étions des centaines à les entonner et avec tant de vigueur que, parfois, les tirs cessaient du côté allemand. Et nous, les Ukrainiens, ici, à Stalingrad, nous avions alors la chair de poule et nous avions le sentiment de nous battre pour notre Ukraine.

Quand je repense à la bataille de Stalingrad, c’est toujours avec des sentiments mitigés. Pour nous, jeunes soldats dans les tranchées, qui nous sommes battus dans la ville du début jusqu’à la fin, qui avons pris directement part à l’assaut final sur les derniers retranchements du maréchal Paulus

(qui avait mené la 6e armée allemande jusqu’à Stalingrad), il n’y avait qu’un seul mot d’ordre : pas un pas en arrière ! Je me souviens de bien des moments et de bien des événements au fil des cinq mois de cette bataille sans merci. Je me rappelle Les fantassins de l’Armée rouge furent les véritables héros anonymes de la bataille de Stalingrad. Deux soldats défendent l’usine Octobre rouge de Stalingrad.

En décembre 1942, dans les tranchées de Stalingrad, j’avais 18 ans. Dans les jours qui ont suivi la victoire, j’ai passé des nuits sur le plancher glacial d’une maison abandonnée et, en plein hiver, ce plancher a été pour moi le plus confortable des lits. Pour la première fois depuis des mois, nous dormions en toute tranquillité, sans nous inquiéter. Mais combien de nos gars avaient donné leur vie pour cette victoire ! Un prix terrible. A l’approche du printemps, pour éviter les épidémies, nous avons dû extraire des décombres les corps des défenseurs tués au combat pour les enterrer dans des fosses communes. Oui, la guerre est un sale boulot. Et nous avons survécu. A Stalingrad, mais aussi près de Moscou sur le Dniepr, à Koursk… Ce n’était pas la propagande qui nous inspirait et nous poussait à nous battre, mais autre chose. Une chose qui nous tenait éveillés la nuit : le désir de vaincre, mais surtout le destin de notre nation, le destin de notre pauvre Ukraine.

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Vos droits LE RÉVEIL

Après la Commission de la Défense nationale et le budget 2013, l’ARAC appelle à réagir sans attendre Invitée à s’exprimer sur le budget des ACVG, le 6 février, devant la Commission de la Défense nationale, l’ARAC a souligné la déception, la désillusion et l’amertume des anciens combattants et des victimes de guerre face au budget 2013, et leur volonté d’agir pour un budget 2014 répondant à leurs attentes légitimes. Rencontre avec la Commission de la Défense en géométrie restreinte : quatre députés et, parmi eux, aucun membre du bureau qui compte pourtant une présidente, quatre vice-présidents et quatre secrétaires. Quatre députés donc, Sylvie Pichot et Édith Gueugneau (PS et apparentée), ainsi que Michel Voisin et Marc Laffineur (UMP), l’ancien secrétaire d’État aux AC visiblement « démangé » par l’envie et le besoin d’assumer la présidence des travaux qu’il disputerait à Mme Pichot. Soit dit en passant, M. Laffineur semble avoir oublié bien des « détails » des droits à réparation depuis son départ de Bellechasse. Face à eux, des représentants des blessés de la face et des plus grands invalides, du Souvenir Français, de Maginot, de l’UNC, de l’UFAC (Jacques Goujat, président national), de la FNACA et de l’UF, l’ARAC étant représentée par Raphaël Vahé (président), Paul Markidès (vice-président) et André Fillère (vice-président honoraire). Avec un tel aréopage, où certains monopolisent la parole à leur profit, un certain nombre de vérités ont tout de même été rappelées, notament par l’ARAC, au plan de la carte du combattant en Algérie « à cheval » sur le 2 juillet 1962, les revendications des veuves de guerre et des veuves de grands invalides, les lenteurs et les délais trop longs pour l’obtention de pensions en première instance et les aggravations, etc.

Déception, désillusion et amertume, l’ARAC appelle à l’action La délégation a vivement critiqué le budget 2013, protesté contre les baisses de crédits déjà annoncées pour 2014 (- 3 %) et 2015 (- 4 %), ainsi que l’attitude cavalière du ministre délégué aux AC, écartant d’un revers de phrase l’indemnisa-

tion des orphelins (rapport Audouin), la campagne double (pas de rétroactivité des lois), la rente mutualiste (qualifiée de « niche fiscale »), etc. Elle dénonçait le rejet de tous les amendements proposés qui amènent, notamment, à exclure de l’aide différentielle (ADCS) 2013 des veuves qui la percevait en 2012. L’ARAC a dénoncé également le retard de 42 % de la valeur du point de pension, demandé sa revalorisation et réclamé la réunion d’une Commission tripartite pour recaler le « rapport constant ». Elle a proposé que le départ pour la campagne double s’appuie sur 1974, date d’attribution de la carte du combattant aux ATM, elle est intervenue en faveur des OPEX (renforcement des personnels des services chargés de définir les unités combattantes, prise en charge réelle des soins des psychotraumatisés de guerre et de leur famille, véritable politique de réinsertion professionnelle avec les ERP de l’ONAC dès la fin de contrat) et a exprimé ses craintes au plan de la « refonte » du code des pensions militaires et d’invalidité, qui se réalise sans la participation des associations d’ACVG et fera, à terme, l’objet d’une loi d’habilitation et de décrets sans

même que les parlementaires aient le droit de les examiner, de les voter ou de les amender.

Agir C’est l’appel qu’a lancé l’ARAC au mouvement ACVG et aux parlementaires pour qu’ensemble, nous imposions un budget 2014 sans recul de crédits, permettant des revendications légitimes telles que : valeur du point PMI, carte du combattant ATM et OPEX, campagne double, veuves, etc. Une prochaine réunion du même type (?) devrait avoir lieu sur la mémoire, non évoquée par manque de temps. Quant à nous, sans négliger « l’importance » de telles rencontres, mobilisons-nous afin d’unir et d’entraîner l’ensemble du mouvement ACVG pour que « le changement, c’est maintenant » se manifeste concrètement et non dans 5 ans ou aux… calendes grecques. Car il serait inadmissible que face à un budget 2014 vide de toute avancée nouvelle, la déception, la désillusion et l’amertume soient les seuls fruits de la Nation offerts aux anciens combattants et victimes de guerre de toutes les générations du feu.

Crédit d’impôt sur les cotisations syndicales (Source : Interliaisons N° 90 - Bulletin de l’Union confédérale des retraités - Février 2013)

La Loi de finances rectificative pour 2012, parue au Journal officiel le 30 décembre dernier, vient d’instaurer un crédit d’impôt sur les cotisations syndicales pour tous les salariés actifs et retraités non imposables. Tous les salariés, actifs et retraités, même non imposables, bénéficieront donc d’un crédit d’impôt pour les cotisations syndicales. Jusqu’alors, l’adhésion à une organisation syndicale donnait droit à 66 %

de réduction d’impôt, mais à condition d’être imposable. Cela rétablit donc une égalité de droit entre salariés. Ce crédit d’impôt, à hauteur de 66 % des cotisations, sera applicable dès la déclaration des revenus 2012. Son bénéfice est subordonné à la condition de joindre un reçu syndical à la déclaration des revenus « papier ». Ceux qui enverront leur déclaration par voie électronique en sont dispensés, mais devront le conserver en cas de contrôle. LE RÉVEIL - N°791 - mars 2013

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LE RÉVEIL Vos droits

Point de pension

Proposition de loi pour le rattrapage du retard de sa valeur Le 13 février dernier, une proposition de loi a été déposée par Mmes et MM. Jean-Jacques Candelier, François Asensi, Alain Bocquet, Marie-George Buffet, Patrice Carvalho, Gaby Charroux, André Chassaigne, Marc Dolez, Jacqueline Fraysse et Nicolas Sansu (Groupe communiste, républicain et citoyen). Elle vise à mener une réflexion sur le rattrapage des 42 % de retard de la valeur du point de pension militaire d’invalidité, et a été soumise à la Commission de la défense nationale. Dans son exposé des motifs, cette proposition rappelle que la valeur du point PMI (13,91 euros actuellement) devrait être de 19,725 euros si le « rapport constant » défini par les lois de 19481951 et 1953 avait été respecté. Rappelant également que l’équilibre retrouvé en 1985 avait été à nouveau faussé en 1989, le gouvernement ayant imposé un nouveau système sans vote du Parlement (article 49-3 de la Constitution), les parlementaires ci-dessus demandent : « non seulement la résorption du retard, mais également l’organisation d’une commission de travail sur le sujet entre les parties concernées : gouvernement, parlementaires et ACVG ».

Et l’article unique prévoit que, Suite à cette concertation avec la commission créée par décret (…)  « le gouvernement dépose, dans la limite de six mois à compter de l’adoption de la présente loi, un rapport d’information sur les modalités de rattrapages de la valeur du point de pension militaire d’invalidité, lequel ne respecte plus le rapport constant défini par les lois… »

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Nous applaudissons à cette démarche ! Aux ACVG de la soutenir avec force pour la faire aboutir ! Aussi proposons à nos lecteurs de reprendre cette démarche et de l’appuyer sous forme de pétition : - pas de baisse des crédits dans le budget 2014 des ACVG, - revalorisation du point PMI et concertation pour le recaler sur la grille de la fonction publique, - halte au gel des traitements de fonctionnaires qui gèle du même coup la

valeur du point PMI de tous les ACVG, OPEX compris, - revalorisation des pensions de veuves de guerre (dont les OPEX), des veuves de Grands Invalides et de l’aide différentielle aux conjoints survivants. Prenons notre défense en main et pesons avec force sur le gouvernement, c’est le seul moyen de voir enfin arriver le « changement » promis. Il ne suffit pas de rêver ni de « rallumer les étoiles », il faut vouloir et oser !

Rose-Marie Antoine Directrice générale de l’ONACVG Pour la première fois depuis sa création, l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre compte, depuis le 14 janvier dernier, une femme à sa direction. Une jeune et jolie femme, même, Rose-Marie Antoine. Titulaire d’une maîtrise de lettres modernes (1976), cette administratrice civile hors-classe fut successivement assistante parlementaire au Sénat, puis déléguée nationale à la Fondation France-Liberté, auprès de Danielle Mitterrand, avant d’être chargée de mission à la Présidence de la République. En 1989, elle intègre le corps préfectoral en tant que sous-préfète en Ile-deFrance. En 1995, elle rejoint le ministère de la Défense où elle occupera d’importantes fonctions au sein de la Direction centrale du service national (DCSN) et la Direction de la fonction militaire et du personnel civil (DFP). Devenue sous-directrice à la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives (DMPA), elle y développe l’action culturelle et éducative ainsi que la mise en œuvre d’actions de mémoire et de citoyenneté. Directrice du projet Affaires territoriales et emploi, elle est promue experte de haut niveau II et intègre le cabinet du Secrétaire général pour l’adminis-

tration (SGA) où elle est chargée de la tutelle et du pilotage stratégique des établissements publics du ministère de la Défense. Chevalier de l’Ordre national du mérite (2000) puis de la Légion d’honneur (2008), elle préside donc, depuis 2013, aux destinées de l’ONACVG. L’ARAC vous souhaite la bienvenue, Mme Rose-Marie Antoine et aura plaisir à vous rencontrer.


Vos droits LE RÉVEIL

ERP/ONAC de Soisy-sur-Seine

Cécile Duflot convoite le parc La France connaît un manque dramatique de logements sociaux, c’est une vérité insupportable. Il faut y remédier, c’est indispensable. Pour autant, faut-il faire n’importe quoi, n’importe comment, n’importe où ? On peut en effet s’étonner de découvrir, en lisant Le Parisien du 6 septembre dernier, que le projet de loi Duflot concernant la cession, éventuellement gratuite, de terrains de l’État aux collectivités locales pour favoriser la construction de logements sociaux, concerne 31 communes de l’Essonne dont « un terrain de l’ONAC que céderait le ministère de la défense » (à savoir le parc de l’école de réinsertion professionnelle de l’ONAC de Soisy-sur-Seine)… alors que personne ne se déclare informé de ce projet ! Le maire n’est pas pour (il a déjà plusieurs opérations en cours), les riverains sont contre (ils ont créé une association de défense), l’ERP n’y est pas favorable et les associations d’ACVG de l’Essonne sont tenues dans l’ignorance. Le conseil départemental de l’ONAC Essonne, réuni le 12 septembre dernier sous la présidence du préfet, a questionné ce dernier par la voix du vice-président du conseil, André Fillère. Réponse : « Il n’y a rien d’officiel ». Le directeur général de l’ONAC, le préfet Enfrun, interrogé par le directeur du service départemental de l’ONAC Essonne a fait la même réponse.

Alors, questions  Ce parc est propriété de l’ONAC. Seul le conseil d’administration national de l’ONAC peut donc en décider la cession. Qu’en pense M. Arif, ministre délégué aux Anciens Combattants et président du conseil d’administration de l’ONAC ? Le silence semble devenu la « règle d’or ». Nul ne sait quelque chose et les administrateurs nationaux du CA auront-ils ce point à l’ordre du jour de leur session du 13 octobre prochain ? Mystère…

Cette absence d’informations liée à des propos qui se veulent rassurants (« Mais non, la liste des sites a été enlevée »), cache pourtant des réalités inquiétantes. Ainsi, des contacts, sinon des tractations, sont déjà en cours. Une réunion pour visite du site de l’ONAC qui devait avoir lieu le 14 septembre a été reportée au 16 octobre. Y participeront, outre la directrice de l’ERP, Mme Cologea (adjointe à la direction des missions de l’ONAC), M. Vidalenc (adjoint chargé du patrimoine et des infrastructures de l’ONAC), Mmes Charvet (architecte-urbaniste) et Fanny

(paysagiste) désignées toutes deux pour la mission de conception du projet, Mmes Sztemtmann et Chifflet, chef de projet de l’AFTRP, lequel établissement public industriel et commercial est logé 195 rue de Bercy, Paris 12e.

A part ça rien d’officiel ? A part ça, rien d’officiel, rien de concret, et l’ONAC n’est au courant de rien ? Les membres de sa direction travailleraientils en cachette du préfet directeur général ? Allons, ne prenez pas les ACVG, leurs associations et les administrateurs pour des benêts… Une fois encore, et sous un autre angle, c’est une atteinte au patrimoine de l’ONAC qui est tentée. C’est une fois encore les ERP qui sont sur la sellette. Alors, vigilance !

Les ACVG solidaires de la fonction publique La ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, a confirmé qu’il n’était pas question de revaloriser le point d’indice servant de base à la rémunération des fonctionnaires. Le gel des salaires, décrété sous Nicolas Sarkozy en 2011, se poursuit donc pour la 3e année consécutive. Le gouvernement, chaussant les bottes de son prédécesseur UMP, estime qu’une hausse serait incompatible avec les 60 milliards d’euros qu’il veut économiser en cinq ans sur les dépenses publiques pour réduire les déficits. Outre qu’à ce rythme-là, 30 % des fonctionnaires seront smicards en 2014, selon les syndicats… ce gel de l’indice de la fonction publique gèle du même coup la valeur du point d’indice des pensions militaires d’invalidité, de la

retraite du combattant et du plafond majorable des rentes mutualistes anciens combattants, lequel indice PMI est lié à l’évolution des traitements de la fonction publique par le principe de « rapport constant ». Donc gel des fonctionnaires égale gel des ACVG… dont les pensions et retraites du combattant accusent un retard de près de 42 %. Le changement promis verrait donc les fonctionnaires smicards et les ACVG au RSA ou à l’ASPA ? Et bientôt, pourquoi pas, aux Restos du cœur ? ACVG et fonctionnaires même combat, pour le droit de vivre dignement dans le respect de la Nation ! Le Per’Sifleur

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LE RÉVEIL Vos droits

Les usagers handicapés et la gestion du service public Faut-il rappeler que l’ARAC revendique de longue date que les représentants des usagers soient associés à la gestion du service public. Si le discours gouvernemental semble bien sur cette ligne, il y a loin dans les faits, de la coupe aux lèvres.

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concertation. Le projet leur semble remettre en cause les principes fondateurs de la loi de 2005 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ». Les associations s’interrogent en particulier sur le devenir de la « participation », la mesure où le projet gou10:43 dans Page 1 vernemental envisage de supprimer les

Source : Fonction publique, n° 205 Décembre 2012

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commissions exécutives des MDPH, les CDAPH (Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées), privant ainsi les personnes en situation de handicap (et leurs familles) de leur droit de participer au fonctionnement de cette instance.  Quant à l’égalité des chances, aucun mécanisme de régulation des politiques départementales du handicap n’est proposé. Ainsi, le transfert des ESAT aux conseils généraux pourrait accentuer les inégalités de traitement d’un département à un autre, compte tenu notamment des difficultés financières qu’ils traversent, fragilisant une situation déjà précaire.

RC

*Dans le cas d’un capital réservé viagèrement.


LE RÉVEIL Vie de l’arac

Ensuite, séjour à Volgograd (ex Stalingrad) – 2 jours

Un voyage mémoire en Russie… réussi ! A l’occasion du 70e anniversaire du « grand tournant » de la bataille de Stalingrad… Début de notre périple russe par Saint-Pétersbourg (3 jours) Visite de la ville, qui s’étend sur une multitude d’îles reliées entre elles par plus de 360 ponts. Ensuite, le palais de l’Ermitage, célèbre musée, un des plus beaux d’Europe avec une collection de près de 3 millions d’œuvres d’art du monde entier. Une véritable merveille qui aurait mérité d’y rester plus longtemps. La cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul, la forteresse Pierre et Paul, fondée en 1703 par Pierre le Grand. Puis visite à 30 kilomètres de la ville de l’ancienne résidence d’été du tsar Paul 1er, le palais de Pavlovsk, qui date de 1732, transformé en musée et entouré d’un immense parc à l’anglaise. A 5 kilomètres de là, visite du magnifique palais Pouchkine, avec l’impressionnante façade d’une longueur de 300 m avec des colonnes bleues et blanches surmontées de bulbes dorés. Petites escapades, non prévues dans le programme, en allant près du port admirer le cuirassier Aurore, célèbre par son coup de canon déclenchant le début d’une grande épopée : la Révolution d’Octobre. Puis notre groupe ne pouvait manquer d’aller se recueillir au cimetière de la ville où sont enterrées près de 1,5 million de personnes civiles et militaires, victimes du blocus de la ville encerclée durant 900 jours. Émouvant moment de recueillement devant le monument

aux Morts où, avec notre camarade André Espi ancien combattant de 39/45 et résistant, nous déposons des fleurs.

Après une nuit en train, nous voici à Moscou pour 3 jours Visite panoramique de la ville, la place Rouge, le Goum, la rue Arbat... Visite du territoire du Kremlin avec la relève de la garde devant le monument aux Morts, la place des Cathédrales, etc. Musée des beaux arts Pouchkine, d’une très grande richesse. La visite du bunker de Staline fut une découverte de par son positionnement. Ceci fut une deuxième escapade. La troisième, également non prévue, fut d’aller se recueillir un instant devant la maison de la mission militaire française, siège du célèbre groupe Normandie Niemen durant la guerre, où nous avons fleurit la plaque commémorative. Le moment exceptionnel de ce voyage fut la visite de la Cité des Étoiles, lieu d’entraînement des astro-cosmonautes. Youri Gagarine y trône en maître des lieux avec sa statue. Durant deux heures nous avons pu voir la salle des Soyouz, la salle de la centrifugeuse et pour terminer, la piscine (5 000 m3) où s’entraînaient des plongeurs pour leur préparation dans l’espace. Ce fut un moment fabuleux.

Montée de la célèbre colline Mamaïev avec au sommet la « Mère Patrie », statue d’une hauteur de 85 m. Haut lieu de souvenir pour la population reconnaissante. Comme notre voyage était un séjour de détente, de mémoire et de découverte, nous n’avons pas manqué de faire des rencontres avec des anciens combattants russes et une classe de découverte. Puis recueillement et dépôt de fleurs au monument aux Morts. Et nous avons terminé notre séjour par la visite du musée de la guerre retraçant la terrible bataille avec une fresque murale en rond (impressionnante). Merci à l’ARAC d’avoir pu organiser ce voyage qui a permis à certains de découvrir ou revoir ce pays aux multiples facettes. Henri Evrard Bureau national de l’ARAC

Tombola du Réveil Remise de la voiture au gagnant

Le grand gagnant de la tombola du Réveil est venu, vendredi 1er mars, chercher son lot. Quel plaisir de recevoir au siège de notre association et du Réveil des Combattants M. et Mme Robert Genestier du Puy-de-Dôme. Venir le matin en train et repartir le soir avec une voiture neuve, c’est original ! Mais quel plaisir de voir un adhérent de l’ARAC, un lecteur de notre journal, resplendissant avec un tel sourire, c’est sûr que la joie est partagée. Bonne route et bonne conduite à vous deux, en attendant la tombola de Noël 2013 du Réveil pour de nouveaux gagnants.

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21 février 2013

Acte I de la formation à l’ARAC Le 21 février, une journée de formation de militants et de cadres de l’ARAC a été organisée à Villejuif, au siège de l’ARAC. Cette initiative a été pensée afin que les adhérents et responsables de l’association interviennent dans les lycées, collèges et les CM2 des écoles primaires, qu’ils se sentent à l’aise pour réaliser leurs interventions. Nous devons poursuivre ce travail de mémoire trop souvent contesté : refus d’exposer les causes de la guerre de 14/18, mise en cause du rôle, du courage, de l’engagement de la Résistance en France, silence sur le Conseil national de la Résistance et son programme. Même s’il n’y a plus d’anciens poilus, s’il reste peu de camarades issus de la Résistance, nous avons le devoir de faire

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connaître les raisons de ces guerres, les valeurs des engagements des résistants, ce travail est nécessaire pour préserver et défendre les valeurs de la République. C’est pourquoi cette première journée de formation de l’ARAC s’est tenue sur la guerre 14/18, sur ses causes, ses réalités et ses conséquences. Rappelons que cette guerre a été le premier découpage du monde entre les pays industriels développés d’Europe et des États-Unis dans le but de s’accaparer les richesses et les colonies d’Afrique et d’Asie. 54 pays ont participé à ce conflit, des millions d’hommes se sont affrontés, des millions sont morts, mutilés, il a produit des millions de veuves et d’orphelins. Voilà ce qu’a coûté la guerre impérialiste pour partager le monde. Cette formation a été un succès, 20 camarades de plusieurs comités départementaux ont travaillé et débattu avec Bruno Drweski, historien et spécialiste de 14/18, Paul Markidès, responsable de la Mémoire et Patrick Staat, directeur du Réveil. Cette première formation en appelle d’autres. Dans la période qui vient, nous axerons notre travail pour former des intervenants sur 14/18, centenaire oblige. De plus, nous sommes l’organisation la plus habilitée pour participer aux rencontres avec les collèges, lycées et écoles primaires, puisque née en 1917 au cœur du conflit pour s’attaquer aux

causes de la guerre et imposer la paix. Nos fondateurs, Barbusse, Couturier, Lefebvre, Bruyère, étaient dans les tranchées, blessés et mutilés pour certains. Leur courage leur a valu en cette période de guerre, contradictoirement, décorations mais aussi quelquefois intimidations voire sanctions. Notre intervention est importante, car la situation de cette époque et les causes de la guerre de 14/18 s’apparentent pour une grande partie à la situation du monde d’aujourd’hui. C’est pour cela que l’enjeu de la mémoire a tant d’importance. Connaître les causes et les enjeux des grands moments de notre histoire, c’est être mieux armé pour comprendre la situation et les risques d’aujourd’hui. Forts de ce succès, nous allons continuer ces formations, y compris au niveau des régions en concertation avec les comités qui le souhaitent pour élargir encore le nombre de participants. Si nous avons centré ces stages en 20132014 sur 14/18, d’autres thèmes seront abordés ensuite tels que la Résistance, les camps, la guerre d’Espagne, en clair toutes les questions qui se posent aujourd’hui en matière de transmission de la mémoire historique. La connaissance et la mémoire ont toujours été des enjeux de la bataille politique, car elles conditionnent les qualités de nos actions.


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OISE

37 Congrès départemental 16 et 17 février 2013 e

Nord (59) Assemblée générale de sections du département du Nord, le mardi 5 mars à Feignies. Un large et franc débat a marqué l’attachement de tous à notre association. S’est exprimée également la volonté commune de tous les participants

d’œuvrer à défendre et développer les valeurs de l’ARAC et d’assurer son évolution. Une nouvelle rencontre aura lieu après le Congrès national. Merci à tous les participants.

Bagnolet (93) 71e anniversaire des fusillés de Châteaubriant : une délégation bagnoletaise, emmenée par Michel Chaput, président de l’ARAC, et les élues Corinne Benabdallah et Josiane Chobert, s’est rendue le 21 octobre à Châteaubriant à

l’occasion du 71e anniversaire de l’assassinat des otages français fusillés, dans cette ville, par l’occupant allemand. Ils ont déposé une gerbe de fleurs devant la stèle du Bagnoletais Jules Vercruysse.

Une vingtaine de responsables des sections, soit plus de 50 adhérents, se sont réunis pour finaliser le travail de réflexion sur l’ARAC d’aujourd’hui et son avenir. Nos débats ont porté sur l’accueil des non-combattants. Cet accueil et le maintien de ces nouveaux adhérents non anciens combattants sont le résultat de l’ouverture de l’ARAC à la vie locale, à l’organisation d’activités culturelles et de solidarité. Cité en exemple, l’activité du Comité départemental pour le Village de l’amitié à Van Cahn est présent dans nombre de manifestations et mérite d’être développée pour faire connaître cette solidarité active et la lutte pour la paix. L’ARAC estime faire partie des forces vives de la Nation. À ce titre, non seulement elle défend les intérêts des anciens combattants, mais elle est aussi solidaire du monde du travail dont le capitalisme débridé fait de nombreuses victimes (chômeurs, endettés, etc.) Les anciens combattants constatent également une perte de pouvoir d’achat de leur retraite qui stagne. Plusieurs résolutions ont été approuvées, sur la reconnaissance du 19 mars et sur les demandes et revendications des anciens combattants.  Le Congrès approuve le texte qui souhaite que le 55e Congrès national prenne les bonnes décisions pour construire une ARAC rénovée, avec un fonctionnement adapté à l’époque, à ses moyens humains et financiers. Il souhaite que l’ARAC prenne davantage en compte les attentes et les aides à apporter aux adhérent(e)s, en particuliers à celles des non-combattants. Que Le Réveil des Combattants donne une place plus importante à l’information sur le fonctionnement de l’ARAC, de ses structures et de la vie des sections et de ses adhérents.

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Souscription nationale 9e liste de souscripteurs (20 février 2013) Sections - Comités départementaux

ARDECHE (07)

HAUTE-GARONNE (31)

NIEVRE (58)

VAUCLUSE (84)

Escouffier Raymond : 15 e

Viguier Claude : 20 e

Torterat Jacques : 10 e

Arac départementale du Val-d’Oise (95) : 800 e Section Arac Fouesnant (29) : 100 e

ARDENNES (08)

GIRONDE (33)

OISE (60) :

Clavetti Marie-Hélène : 50 e

Visse René : 60 e

Cambet Gabarra Jean : 5 e

Fauvel Bernard : 20 e

VIENNE (86)

BOUCHES-DU-RHÔNE (13)

HERAULT (34)

PAS-DE-CALAIS (62)

Terrasson Michel : 30 e

Mareschi Antoine : 20 e Todde Robert : 30 e Veran Guy : 60 e

Sinier Gérard : 50 e

Arthur Danel : 60 e

ESSONNE (91)

ILLE-ET-VILAINE (35)

PUY-DE-DÔME (63)

Verron Germaine : 100 e

Fillère André : 50 e Rouzic Raymond : 50 e

CHER (18)

INDRE (36)

Giry Solange : 30 e Salesse Elie : 15 e

Lelot Lucienne : 30 e

PYRÉNÉES ORIENTALES (66)

ISERE (38)

Evrard Robert : 50 e HAUT-RHIN (68)

CÔTE-D’OR (21)

Amprimo Nella : 50 e Lanfrey Josette : 10 e

Roussot Jacques : 15 e

LOIRE (42)

DRÔME (26)

Nevers Maurice : 25 e Paddeu Eugène : 20 e Thomas Bruno : 20 e

Abonnés Réveil Bouchiha Mahri : 10 e Delage Paul : 25 e Depierre Paul : 50 e Fonquergne Louis : 20 e Gurrera-Folch Augustin : 50 e Rollat Danièle : 100 e AIN (01)

Courtine Jean : 20 e ALPES-DE-HAUTE-PROVENCE (04)

Lavall Eugène : 10 e ALPES-MARITIMES (06)

Barucchi Jean-Paul : 50 e Macri Victor : 50 e Martin José : 20 e

Avice Maurice : 30 e CORREZE (19)

Reynal Roger : 20 e

Demauve Josette : 50 e Rival Roger : 100 e Tirant Georges : 20 e

Folzer Fernand : 50 e Keller Joseph : 20 e Loos Albin : 10 e

Ballot André : 50 e Fitoussi Jacques : 10 e Jouet Emile : 50 e Legendre Claude : 50 e Tambutte Georges : 50 e

SAÔNE-ET-LOIRE (71)

Sarazin André : 20 e

LOT-ET-GARONNE (47)

SEINE-ET-MARNE (77)

FINISTERE (29)

Roques Guy : 100 e

Demond Michel : 20 e

Hily Marie-Yvette : 20 e Rolland Jean : 150 e

MANCHE (50)

VAR (83)

Mauge Désiré : 40 e

Bianco Michel : 25 e

GARD (30)

MOSELLE (57)

Lauriol André : 20 e

CONSEIL NATIONAL (99) :

Vandewalle Marcel : 20 e

NOS PEINES février 2013 Le Réveil des Combattants adresse aux familles et aux amis de nos camarades décédés ses sincères condoléances. AISNE (02) Gauchy : Michel RIQUET, AC ATM. ALPES-MARITIMES (06) La Colle-sur-Loup : Mme Marie-Claire VOISIN, trésorière de la section. BOUCHES-DU-RHÔNE (13) Berre-l’Étang : Francis PAUL, AC 39-45. Fos-sur-Mer : Noël CONSTANTIN, AC ATM. Lambesc : Henri BLANC, Résistant. Vellutini-Saint-Just : Mme Marie MASSARD. CHARENTE (16) Fléac : François CHUNLEAU, 72 ans. CÔTES-D’ARMOR (22) Saint-Brieuc : François LE BARS, 88 ans, Résistant, Chevalier de la Légion

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d’honneur, Médaille Militaire. DORDOGNE (24) La Coquille : Roger LALOY. Lanouaille : René LAVAUD. Le Lardin : Adrien TAURISSON. Périgueux : Marcel PUJOL. Sarlande : Abel SEMANAUD. HAUTE-GARONNE (31) Launaguet : Jean-Pierre BAZZO, 72 ans, AC ATM. André COUTURIER, 95 ans, AC 39-45. Julien FORJA, 77 ans, AC ATM. Guy GAMBAZZA, 73 ans, AC ATM. Claude MOLLES, 76 ans, AC ATM. ILLE-ET-VILAINE (35) Rennes : Olivier SALAUN, AC Indochine. LOT-ET-GARONNE (47)

Fumel : TOGNI Siro. NORD (59) Solre-le-Chateau : Gilbert HOYAUX, 89 ans, Résistant, AC 39-45. BAS-RHIN (68) Mulhouse : André BANNWARTH, AC ATM. RHÔNE (69) Lyon 7e : Jean LAMY, 92 ans, AC 39-45. SARTHE (72) Le Mans : Raymond SOURSAS. HAUTE-SAVOIE (74) Thonon-les-Bains : Claude BAR, Résistant. Mme Alice BAUD, 100 ans, veuve. Paul BLANC, 90 ans, AC 39-45. Rémy DOMBRE, AC ATM. Charly DONATI, 74 ans. Maurice FONTY, 84 ans, combattant pour la

paix. Paulette PERGOUD, veuve. Paul PETRIGNIANI, AC ATM.

SEINE-SAINT-DENIS (93) Noisy-le-Grand : Mme Arlette VIARD, veuve .

SEINE-MARITIME (76) Le Havre : Michel CHOLIEU, 77 ans, AC ATM. Michel PROSPER, 76 ans, AC ATM. Isolés : Michel MAGNIN, AC ATM.

VAL-DE-MARNE (94) Villejuif : Vincent CESCUT, 88 ans, combattant pour la paix, porte-drapeau des Garibaldiens, membre du bureau local. Antoine DE SANTIS, 81 ans, AC ATM.

TARN-ET-GARONNE (82) Moissac : Gervais VAISSIERES, AC 39-45. VAR (83) La Seyne-sur-Mer : Louis BANON. Henri PAPINESCHI. Jean SAMMARTINO. VIENNE (86) Chatellerault : Albert LECOINTRE, 90 ans, Chevalier de la Légion d’honneur.

VAL-D’OISE (95) Bezons : Michel GUERIN, combattant pour la Paix.


Vie de l’arac LE RÉVEIL

ARAC 94

Fusillés pour l’exemple

A l’occasion de la campagne nationale de réhabilitation des fusillés pour l’exemple de la guerre de 14/18, Jacques Goutorbe, président de l’ARAC 94, lors de la projection du film Le Pantalon à Créteil en présence d’Yves Boisset, réalisateur, a notamment déclaré : « Quatre années de guerre, appelée postérieurement, avec espoir et innocence, la « der des der ». Résultat : 1 400 000 morts, 740 000 veuves et orphelins, 3 millions de blessés. Une guerre, selon les rumeurs de l’époque, « qui ne durerait que trois mois ». Mais c’était sans compter sur la folie des hommes et du pouvoir financier

sans foi ni loi. Une guerre de domination et de barbarie au point que, dans la boue des tranchées, les autorités militaires et civiles ont, sans scrupule, donné l’ordre de fusiller tous les soldats, y compris les gradés, qui osaient refuser cette boucherie. Appelés aujourd’hui « les fusillés pour l’exemple », en fait, le refus au citoyen de dire non, voilà l’histoire macabre si bien retracée dans ce beau film d’Yves Boisset. Je vous rappelle que cette action de mémoire a pour mission citoyenne d’agir avec vous et tous ceux qui veulent que la justice soit rendue, et que la réhabilitation de ces « fusillés pour l’exemple » (ou plus exactement des assassinés de 14-18) soit enfin reconnue, pour le respect des droits de l’homme. Nous ne répèterons jamais suffisamment « qu’un peuple sans mémoire est un peuple sans défense ». Vous pouvez compter sur l’ARAC, Association républicaine des anciens combattants et victimes de guerre, des combattants pour l’amitié, la solidarité, la mémoire, l’antifascisme et la paix, vous pouvez compter

sur ses militants, sur son journal Le Réveil des Combattants. Nous nous engageons à agir, tous ensemble, pour la défense de nos valeurs républicaines, pour le respect de la vérité, pour un authentique travail de mémoire, pour notre unité d’action. » Cette initiative a été organisée avec la participation de la Libre Pensée, le Mouvement de la paix et l’Union pacifiste.

ARAC Vaucluse (84) Manifestation du 5 mars 2013, dans les rues d’Avignon, contre l’accord du 11 janvier sur la flexibilité de l’emploi, embauche et débauche libre au gré des patrons, malheureusement signé par des syndicats minoritaires.

Finistère (29)

Hommage à Suzanne Jaminais-Groux Le 18 janvier, à l’assemblée de la section du Sud-Finistère à SaintEvarzec, un moment d’émotion et de joie a été marqué par la participation de Suzanne JaminaisGroux, 100 ans. Dès 1941, elle s’engage auprès de son mari Paul Tanguy, d’origine bretonne, dans la Résistance, celui-ci est instituteur à Antaing et secrétaire de mairie à Tressin dans la banlieue de Lille, département du Nord. C’est à ce titre qu’il établi de faux papiers que son épouse Suzanne remet à des résistants du secteur avec son petit vélo, comme elle le rappelle, en prenant de gros risques car

les troupes allemandes sont présentes partout. Suzanne a toujours en mémoire la tuerie d’Ascq, où 80 otages furent fusillés par les Allemands après un déraillement de train transportant des troupes et du matériel. Suzanne s’occupe aussi du transport et des soins aux blessés, elle aide son mari à s’évader de la prison de Saint-Andréles-Troyes, près de Troyes, où elle s’y rend en train grâce à un laissez-passer. A la libération, Paul Tanguy, capitaine dans la Résistance, reprend son métier d’instituteur et devient directeur de l’école de Roncq. Paul Tanguy reçoit la Légion d’honneur et une rue porte son nom à Roncq. Il meurt très jeune quelques années après la guerre. Su-

zanne a le titre de reconnaissance de la Nation. Elle se remarie en 1951 avec M. Jaminais.

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dossier LE RÉVEIL magazine

Aragon et la Russie Au moment où le trentième anniversaire de la mort d’Aragon est l’occasion de redécouvrir un des plus grands écrivains de la littérature française, un ouvrage très original (1) paraît en Russie, grâce aux efforts de Volf Sedykh. Celuici a été pendant longtemps à Moscou le directeur des Éditions du Progrès. C’est en tant qu’éditeur russe des œuvres d’Aragon qu’il a été amené à le rencontrer souvent. Il a choisi de publier une sorte d’anthologie bilingue couvrant tous les aspects de l’activité d’Aragon, en mettant toutefois l’accent sur la passion d’Aragon à l’endroit de la littérature russe, dont on sait qu’il fut pendant de longues années un des plus fervents défenseurs en France, avec Elsa Triolet. A eux deux, ils ont fait traduire une centaine d’ouvrages de haute qualité sans négliger les auteurs qui écrivaient dans des langues autres que le russe, ce qui est en soi-même la preuve d’une ouverture d’esprit rare. Ils sont aussi intervenus pour défendre les droits des écrivains, lorsqu’ils étaient foulés au pied pour des raisons politiques. L’intérêt d’Aragon pour les littératures de l’URSS l’a amené à découvrir les profondeurs de la société soviétique et ses problèmes qui ne pouvaient se réduire au regard hostile et simpliste qui était porté sur elle en Occident. Parce qu’il comprenait l’arrière-fond d’un roman et ses enjeux, parce qu’il avait tressé des liens multiples avec les écrivains soviétiques, parce qu’il leur apportait une aide en les faisant publier en France, parce qu’il écrivait des articles qui constituaient une défense et illustration des littératures de ce vaste pays, Aragon était un des Français les mieux informés sur ce qui se jouait à Moscou dans le domaine littéraire. L’ouvrage de Volf Sedykh vient rappeler avec justesse cette dimension de l’activité d’Aragon. On trouve donc dans ce volume tout aussi bien des poèmes, de la prose, des articles de critique littéraire, des textes politiques (dont certains touchent

l’histoire de l’URSS), des lettres, des dédicaces, et une riche iconographie qui, a elle seule, constitue une raison suffisante pour que les lecteurs français se tournent vers cet ouvrage. Pour présenter l’ensemble, Volf Sedykh a fait le choix d’un texte de Léon Robel, slavisant renommé, auteur d’un ouvrage sur l’image de la Russie dans la littérature française. Un fragment consacré à l’apport d’Aragon en ce domaine est repris en guise d’introduction. On ne pouvait mieux faire, étant donné la hauteur de vue de Léon Robel. Les dédicaces reproduites dans le livre sont autant de signes qu’un écrivain envoie à quelqu’un pour lui dire quelque chose, mais même quand il s’agit de banalités, c’est toujours intéressant et instructif. Ainsi cette dédicace à Lili Brik, la sœur d’Elsa : « Quelle différence y a-t-il entre rêver et se souvenir ? » ou

Juin 1940-Août 1944

La banlieue nord-est de Paris dans la Seconde Guerre mondiale Hervé Revel a dépouillé pendant trente ans des milliers de pièces d’archives relatives à la 2nde Guerre mondiale et interrogé des centaines de témoins ayant vécu au nord-est de Paris, de 1940 à 1944. Proviseur honoraire, chevalier des Arts et Lettres, officier des Palmes académiques, titulaire de la Croix du combattant, il est le président fondateur de la Société d’études historiques de Tremblay-en-France. Au moment où les Allemands entrent dans Paris, déclarée ville ouverte, la 29e Division d’infanterie, agissant sur ordre, interdit le franchissement du canal de l’Ourcq à l’ennemi, pour protéger la retraite des armées françaises vers la Loire. Bloquées pendant près de 24 heures dans le quartier du Vert-Galant, les troupes nazies, furieuses de leurs pertes, fusillent 15 civils, quelques heures avant

cette autre, sur un exemplaire de son livre consacré à Courbet : « A Lili et Vassia, de tout mon cœur, cette histoire d’un homme qu’on a toute sa vie martyrisé. » Le lecteur se demandera sans doute si cet homme martyrisé ne ressemble pas quelque peu au signataire de la dédicace. Il trouvera aussi beaucoup d’intérêt aux lettres qui sont présentées et qui témoignent de la vigueur des combats littéraires et politiques menés par Aragon. Cet ouvrage passionnant et inattendu met fort bien en relief certains aspects mal connus de la vie et de l’œuvre d’Aragon. Il est en même temps une contribution de premier plan à la connaissance des relations littéraires entre la France et la Russie. François Eychart (1) Si lyrique cyrillique de Louis Aragon - Éditions Autographe du siècle - Moscou, 2012 - 179 pages, bilingue.

leur défilé triomphal dans la capitale. Le courage dont font preuve les combattants du 13 juin 1940 préfigure les valeurs de la Résistance. Le martyre des otages fusillés le 14 juin 1940 révèle la capacité de nuisance du totalitarisme hitlérien. La banlieue nord-est, antichambre de la déportation avec le camp de Drancy, sera aussi territoire de la Résistance. Au terme de quatre ans de luttes, elle sera libérée par la Division Leclerc, porteuse de l’honneur retrouvé de la France. Elle a été appuyée par les résistants locaux de toutes sensibilités et par la 4e Division américaine du général Barton qui, de Utah Beach à Paris et sa banlieue, a suivi le même itinéraire que la 2e DB.

La banlieue nord-est de Paris dans la Seconde Guerre mondiale, Hervé Revel - Éditions FIACRE http://www.histoire-tremblay.org/

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Le réveil des combattants - mars 2013