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HOMMAGE À NELSON MANDELA

APPEL AU PEUPLE DE FRANCE

le réveil Déc. 2013 - Janv. 2014 - N°799 - 5 e www.le-reveil-des-combattants.fr

RENDRE JUSTICE AU PEUPLE ALLEMAND

des combattants

Pour l’amitié, la solidarité, la mémoire, l’antifascisme et la paix

Le journal des droits de tous les anciens combattants et victimes de guerre


LE RÉVEIL ACTUALITÉS

Nelson L Mandela Un homme qui n’a jamais plié

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LE RÉVEIL - N°799 - DÉC. 2013 - JANV. 2014

a vie des femmes et des hommes de notre pays a été ponctuée tout au long de leur jeunesse, de leur vie d’adulte, du nom de Mandela. Pour sa lutte, pour sa libération, pour ce qu’il a construit, Mandela est l’image, pour les combattants que nous sommes, de l’homme intègre, engagé et déterminé à servir la liberté, l’éman­ cipation de son peuple. Mandela est devenu le symbole des luttes pour la paix et pour la liberté dans le monde. Son combat, ses convictions, son engagement lui ont valu 27 ans d’emprisonnement. Il est de « ces hommes qui font accom­ plir des pas de géant à l’humanité tout entière », nous ne lui en serons jamais assez reconnaissants. C’est un homme qui jusqu’au bout se sera mis au service de son idéal, de son engagement, de la liberté.

Nous appelons les Françaises et les Français, nos amis, les militants de l’ARAC, tous ceux qui sont épris de « Liberté, d’Égalité et de Fraternité » à participer à tous les hommages rendus à Nelson Mandela. Un hommage qui concerne toutes les générations : « J’ai défendu l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle tous les individus vivraient ensemble en harmonie et bénéficieraient de chances égales. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et que j’espère voir se réaliser. Mais c’est un idéal aussi pour lequel, s’il le faut, je suis prêt à mourir. » Mandela restera à tout jamais une réfé­ rence pour tous ceux qui ont engagé le combat de l’émancipation humaine. Déclaration du Bureau national de l’ARAC – Villejuif, le 7 décembre 2013


ÉDITO LE RÉVEIL

« NE VOUS TAISEZ PAS ! COMBATTEZ, LUTTEZ ! NE LAISSEZ PAS FAIRE CETTE CLASSE DOMINANTE QUI ESSAIE DE NOUS METTRE À TERRE »*

SOMMAIRE Actualités p. 4 Des ouvriers polonais pas chers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 Tout ce que vous consommez appartient à 10 groupes . . . . . . . . . . . . . . 4 L’inacceptable dumping social . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 Six millions d’adultes victimes « d’insécurité alimentaire » . . . . . 6 La France des inégalités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7 Hommage à Nelson Mandela. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30

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International p. 8 Netanyahu sèche les obsèques de Mandela . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 États­Unis. Une pauvreté exponentielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 Mer de Chine. Duel dans le Pacifique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 Loi de programmation militaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 Centrafrique. Un chef de guerre à l’Élysée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 Souscription nationale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 Vie de l’ARAC p. 21 La vie des comités. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21 Vos droits p. 26 ONAC. Ne pas accepter aujourd’hui ce que nous dénoncions hier ! . . 26 L’ARAC et sa mutuelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29 Écoles de rééducation professionnelle de l’ONAC . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29 LE CAHI ER MÉMO IRE

P. 13 D O S S I E R

le réveil

N° 799

DÉCEMBRE 2013

des combattants , l’antifascisme et la paix

Pour l’amitié, la solidarité, la mémoire

ÉDITO Par Paul Markidès

RENDRE JUSTICE AU PEUPLE ALLEMAND

RENDRE JUSTICE AU PEUPLE ALLEMAND

les Ce Cahier mémoire révèle à la fois atrocités du pouvoir hitlérien, le fait les que ses premières victimes ont été de Allemands eux-mêmes, le courage ces hommes, femmes et enfants qui ont subi cette sauvagerie et l’insuffisance à des réactions extérieures en réponse leur appel au secours et à la vigilance auxquels d’ailleurs, il faut le dire, notre Barbusse président fondateur Henri avait répondu en allant défendre luimême, devant le tribunal nazi, le communiste Dimitrov qui pu ainsi retrouver la liberté.

Édité par le Réveil des combattants

Et ce martyr du peuple allemand appelle de notre part une observation très le importante. En agissant ainsi avec peuple allemand, le gouvernement nazi préparait ses agressions sur d’autres sa peuples car il n’aurait pu réaliser « mise au pas » sur eux s’il avait du faire face à une opposition intérieure. Nous en savons quelque chose nous, peuple français, qui a bien souvent subi la mise en place de lois liberticides chaque fois que le gouvernement d’une époque mefit nait des guerres colonialistes. Ce qui dire à l’un de nos élus populaires : « Un

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- Tél. 01 42 11 11 12

peuple qui en opprime un autre ne peut être un peuple libre ». Aujourd’hui nous tenons à rendre hommage à ces martyrs allemands comme aux nôtres qui se sont sacrifiés pour notre liberté et nous tenons aussi à faire obstacle à toute initiative qui porterait atteinte à nos libertés fondamentales. En publiant ce cahier, nous entendons contribuer non seulement à réhabiliter la mémoire de tous ces héros, connus ou anonymes, mais encore rendre jusle tice au peuple allemand qui a payé premier le prix fort. LE RÉVEIL - N°799 - DÉCEMBRE 2013

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www.le-reveil-des-combattants.fr LE RÉVEIL DES COMBATTANTS Fondé en 1931 par Henri-Barbusse Mensuel de l’Association républicaine des anciens combattants et victimes de guerre. Commission paritaire n° 0713-A 06545 Édité par les Éditions du Réveil des Combattants SARL au capital de 45 734,41 - Siret: 572 052 991 000 39 2, place du Méridien, 94807 Villejuif cedex Téléphone : 01 42 11 11 12 Télécopie : 01 42 11 11 10 reveil-des-combattants@wanadoo.fr

nal et El Mundo • Impression : RIVET P.E. - 24 rue

Tirage : 60 000 exemplaires

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Gérant Directeur de la publication : Raphaël Vahé • Directeur délégué - Rédacteur en chef : Patrick Staat • Comité de Rédaction : Brigitte Canévêt, Hervé Corzani, Jean-Pierre Delahaye, André Fillère, Laurence Gorain• Service photos : JeanClaude Fèvre • Administratrice : Annick Chevalier • Secrétariat de rédaction, conception graphique : Escalier D Communication • Illustration de Une : © Ajubel - Paru dans Courrier Internatio-

n ce début d’année, présenter ses vœux aux amis, à la fa­ mille, aux enfants, fait partie des gestes simples, amicaux, indis­ pensables pour ensemble affronter les difficultés. Présenter ses vœux, c’est porter l’espoir, c’est se rassem­ bler, c’est se regrouper pour gagner, engager l’action pour une vie correcte où chacun aurait le droit de vivre dignement. Cette période importante est un moment de convivialité, d’échange, de rapprochement, un moment d’union, de clairvoyance devant la réalité trop dure, trop injuste qui frappe des millions de femmes, d’hommes dans notre pays. Pourquoi dans un pays comme la France, si riche, existe­t­il tant de misère, tant de difficul­ tés ? De l’argent il y en a. Entre 1982 et 2012, en 30 ans, les réserves financières ont été multipliées par 7. En 10 ans, les dividendes (rémunérations des actionnaires) ont été multipliés par 5. Ils atteignent 230 milliards d’euros en 2012. Alors que 20 milliards suffiraient au financement des retraites en 2020. La vérité c’est qu’un véritable com­ plot est imposé par ceux qui s’approprient la richesse du pays, qui s’approprient le fruit du travail de millions de salariés, d’ouvriers de notre pays. Ce sont les mêmes, ces riches, une classe ultra­minoritaire, qui sont mobilisés pour défendre leurs seuls intérêts. Ils nous disent « C’est la crise », mais ils touchent les dividendes, dirigent les banques, les conseils d’administration. Vous en doutez ? Mais sachez que le CAC 40 n’est pas qu’un indice bour­ sier, c’est un espace social. Seules 445 personnes font partie des conseils d’administration des entreprises du CAC 40. Et 98 d’entre eux détiennent au total 43 % des droits de vote. Leur comportement, leur violence, brise des vies, des familles. Leur violence ce sont 10 millions de gens qui vivent sous le seuil de pauvreté, 2 millions qui vivent avec moins de 656 euros par mois, 3,5 millions de bénéficiaires de l’aide alimentaire, 3,7 millions sont allocataires des minima sociaux, 3,6 millions de mal lo­ gés, 1,8 million qui ne prennent qu’un repas complet par jour… Cette violence est inacceptable. Alors faisons un vœu, un vœu collectif ; celui de se rassembler, celui de nous opposer à cette caste qui dicte ses choix pour le plus grand malheur de tous, celui de retrouver notre dignité, celui de plus de justice. Faisons le vœu de réha­ biliter en 2014 les symboles de la République « Liberté, Égalité, Fraternité », ce vœu porte l’avenir de la France, le bonheur de son peuple. * Jean Jaurès

Patrick Staat LE RÉVEIL - N°799 - DÉC. 2013 - JANV. 2014

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LE RÉVEIL ACTUALITÉS

Des ouvriers polonais pas chers, proposés à des patrons charentais Une « agence » prospecte actuellement les entreprises charentaises. Elle leur propose des intérimaires roumains et polonais « souples ». Ça se présente comme un plan facile. Comme une aubaine que les patrons futés ne devraient surtout pas louper. Un fax circule ces tempsci dans les entreprises, avec un titre racoleur. Et toujours la même musique. « Vous recherchez souplesse, faibles coûts, qualité et légalité ? La solution pour vos recrutements : les travailleurs polonais et roumains ». Serge Hitier, l’un des dirigeants d’Uni­ kalo, l’entreprise de peinture de la zone industrielle n° 3, à L’Isle­d’Espagnac (Charente), a reçu ce qu’il a d’abord pris pour une sorte de spam, version télécopie, « ces fax de pub qu’on ne lit même plus et qu’on transforme illico en brouillon ». Sauf que plusieurs de ses clients sont tombés dessus et l’ont aler­ té. Il n’en croit pas ses yeux : « Ce genre de pratique nous fait bondir. On sait tous très bien quelle réalité cela recouvre : c’est de l’exploitation ». Au nom de la « simpli-

fication » absolue, l’expéditeur du mail, la prétendue agence LM Intérim basée quelque part en Pologne, vante « aucune formalité à accomplir : pas de bulletin de salaire, pas de déclaration Urssaf, pas de cotisation sociale. Les règlements se font sur la base d’une facture hebdomadaire ».

Les heures sup’ pas facturées Pour en savoir plus, il faut appeler un interlocuteur français sur un numéro polonais ou le contacter via une adresse courriel pas très pro. Au téléphone,

l’homme répond. Il assure disposer d’un réseau « de cinq à sept mille personnes, en Pologne et en Roumanie, prêtes à venir travailler en France ». En une semaine à peine, une équipe peut débar­ quer dans l’hexagone. « On s’occupe de tout, dit­il, seul l’hébergement est à votre charge .» Le logement et le salaire : le Smic. Pas versé directement aux employés, donc, mais à cette obscure agence qui ne dif­ fuse aucune mention légale. Pour cou­ ronner le tout, l’entremetteur déploie l’argument choc : « Nous ne vous facturons pas les heures supplémentaires, nous les prenons à notre charge, mais essayez de ne pas dépasser les 170 heures mensuelles par salarié ». La subtilité est là : « Au final, les employés ne sont payés qu’au tarif minimum dans leur pays, alors qu’ils sont ici, en France », éclaire Serge Hitier. Le phénomène, qui flirte avec les limites de la légalité, est connu. De nombreuses agences fleu­ rissent. Des entreprises comme Uni­ kalo déclinent sans détour leur offre. D’autres, non.

Benoît Caurette (La Charente Libre)

Tout ce que vous consommez au quotidien appartient à seulement 10 groupes Coca­Cola, Kraft, Nestlé, Procter & Gamble, Pepsico, Unilever, Mars, Kel­ logg’s, Johnson & Johnson et General Mills sont les dix grands groupes qui ont la main sur quasiment toute l’in­ dustrie de la consommation. Ils ont 4-

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des participations financières majori­ taires ou minoritaires dans plusieurs centaines de marques proposées aux consommateurs dans leurs achats quotidiens. Toute l’industrie de la consommation se tiendrait­elle par la barbichette ?

Un graphique surprenant qui permet de prendre un peu de recul et d’y voir un peu plus clair en ce qui concerne les liaisons et participations croisées entre tous les acteurs de l’industrie de la consommation. Et surtout, de voir qui est vraiment aux manettes.


ACTUALITÉS LE RÉVEIL

L’inacceptable dumping social Interview de Martin Schulz, président du Parlement européen

La situation actuelle conduit à la destruction du modèle économique et social dans chaque pays membre. C’est pourquoi le président du Parlement européen plaide pour revoir, d’urgence, la directive des travailleurs détachés. Des abattoirs bretons concurrencés par des opérateurs allemands qui paient des travailleurs venus de l’Est entre 3 et 7 euros de l’heure. Que faire pour en finir avec cette concurrence déloyale au sein de l’Europe ? Martin Schulz : Là, il y a une bonne nouvelle. L’Allemagne a maintenant, dans le cadre des négociations sur le nouveau gouvernement, un accord sur un salaire minimum outre­Rhin, à 8,50 euros l’heure. Autre progrès : lundi à Berlin, le gouvernement fédéral a dé­ cidé de prendre des initiatives au niveau européen afin de garantir l’égalité des droits sociaux inscrits dans la charte des droits fondamentaux de l’UE en lien avec les libertés dans le marché in­ térieur. Une vraie nouveauté. Vous venez de rencontrer des syndicalistes au sujet des travailleurs détachés. Que leur avez-vous dit ? M. S. : Que nous sommes en train de négocier au Parlement européen la directive d’application de la directive des travailleurs détachés. Et que nous essayons d’améliorer la chose considé­ rablement. Le problème du détachement ne se limite pas à une bataille franco-allemande dans l’agroalimentaire. En France, le phénomène est en forte hausse dans le BTP, les transports et l’agriculture, autant de secteurs à protéger ? M. S. : C’est difficile car il en va du prin­ cipe de la libre circulation en Europe et nous devons respecter la combinaison entre les droits nationaux et le droit eu­

ropéen. Reste qu’il faut combiner les libertés des marchés intérieurs avec les droits sociaux. Et obliger les États membres à garantir l’égalité de ces droits. C’est pourquoi, il faut remettre la directive de 1996 au goût du jour, alors que pas mal de pays, à l’image du Royaume­Uni, plaident pour la libre concurrence sur les marchés intérieurs et y voient une opportunité de profit. La France est à l’avant-garde pour trouver des garde-fous ? M. S. : Oui et j’espère que l’Allemagne va la rejoindre dans cette lutte. Ce dum­ ping est dommageable pour les salariés du pays d’accueil, les travailleurs exploi­ tés et constitue une vraie menace pour les PME… C’est exact. Il s’agit là de la destruction du mod��le économique et social dans chaque pays sur la base d’une dictature du prix bas qui favorise le recours à ces travailleurs low cost. Moi je préfère une politique qui met la justice sociale au premier rang. À sa­ laire égal, travail égal. C’est pourquoi il y a un besoin de règles.

Plus largement, l’Europe peut-elle jouer les gendarmes pour stopper les fraudes ? M. S. : L’abus dans le monde du travail mène à une sorte d’esclavage partiel en Europe et il faut le condamner. Les gens qui paient leurs travailleurs 2,50 euros de l’heure les obligent à s’assurer eux­ mêmes, à régler un loyer pour disposer d’un… cachot : tout cela a beaucoup à voir avec l’esclavage et l’exploitation. Il faut pénaliser les gens qui le font. L’UE n’est pas un État fédéral. L’application des règles dépend de la volonté des États membres et de leurs autorités. À eux d’intervenir directement en cas d’abus. L’Europe doit toutefois aider à faire le ménage… M. S. : L’objectif de l’UE n’est pas de créer une classe ouvrière ambulante à l’intérieur de ses frontières. La mo­ bilité des travailleurs est un privilège, mais ne doit pas devenir une obligation pour survivre. Nous sommes le conti­ nent le plus riche du monde, mais la répartition de notre richesse n’est pas juste. Il faut équilibrer la répartition des chances et de la justice sociale pour tous les États européens. Et c’est l’objectif et le devoir des institutions européennes. Si on n’engage pas l’Europe dans une telle direction, la perte de notre crédibi­ lité va s’amplifier.

Paru dans Ouest FranCe du 12 novemBre

Que faire ? M. S. : Exercer, via les confédérations par exemple, des pressions sur les grandes entre­ prises qui ont pour objectif le seul profit et qui emploient des tra­ vailleurs détachés à des conditions lamentables en faisant appel à des sous­traitants qui ne sont que des exploiteurs. LE RÉVEIL - N°799 - DÉC. 2013 - JANV. 2014

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LE RÉVEIL ACTUALITÉS

Six millions d’adultes

victimes « d’insécurité alimentaire » C’est la France des frigos vides. Celle des produits discount et des petits paniers, celle aussi qui peine à frapper aux portes des associations caritatives pour se faire aider. Alors que s’est ouvert, lundi 25 novembre, la 29e campagne des Restos du cœur, qui risque cette année d’atteindre le chiffre record de 1 million de personnes accueillies, de plus en plus de familles vivent en « insécurité alimentaire ». Une population en marge de la distribution alimentaire Pourtant, de l’avis de Nicole Darmon, directrice de recherche à l’Institut na­ tional de la recherche agronomique (INRA), qui a étudié les comporte­ ments alimentaires des personnes défavorisées, 12,2 % des adultes ap­ partiendraient à un foyer en « situation d’insécurité alimentaire pour raisons financières », soit plus de 6 millions de personnes, un chiffre bien supérieur à la population qui a recours à l’aide ali­ mentaire.

Les femmes et les personnes seules souvent visées «Ce phénomène, même s’il est trois fois plus fréquent parmi les ménages défavorisés, ne se résume pas à la pauvreté monétaire », explique Mme Darmon. « On estime ainsi que 22 % des personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté sont en situation d’insécurité alimentaire. Bien que plus faible, cette proportion atteint près de 8 % parmi les personnes vivant au-dessus de ce seuil. » Plus jeunes que la moyenne de la popu­ lation, plus souvent des femmes ou des personnes seules, les victimes de la pré­ carité alimentaire sont aussi celles qui ont les déséquilibres nutritifs les plus importants. Elles consomment ainsi encore moins de fruits et de légumes que les plus pauvres mais aussi beau­ coup plus de produits sucrés et de plats cuisinés, alors que les plus modestes se tournent plutôt vers les féculents raffi­ nés (pâtes, riz, pain…) 6-

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Par isolement, par manque d’informa­ tion ou par pudeur… une grande part de cette population se tient souvent en marge de la distribution alimentaire. Ainsi Laurent Leroy, 50 ans, ouvrier au chômage depuis quatre ans à la suite d’un licenciement économique, a essayé pendant longtemps de « faire avec ». Au fur et à mesure de la baisse de ses indem­ nités chômage, la question de l’alimen­ tation pour cet habitant de Montdidier (Somme) se résumait à une équation simple : « Manger ce que je pouvais m’acheter », en gros des conserves à bas prix, avalées sans plaisir, sur un coin de table. Et de temps en temps de la viande. Il y a quelques mois, en fin de droits, « au fond du trou », avec 485 euros mensuels, il s’est finalement décidé à demander de l’aide à la Croix rouge, qui lui distribue deux fois par mois un colis de nourriture. Pour utiliser au mieux les 80 euros men­ suels qu’il consacre à son alimentation, il suit aussi un atelier cuisine proposé par l’association caritative une fois par mois. « J’ai retrouvé le goût de la cuisine, des repas équilibrés, même si je dois tout calculer », explique Laurent Leroy qui, chaque ma­ tin, traque les rabais et promotions dans son supermarché et rêve de manger des huîtres, « une envie qui remonte à 2007, quand [il] travaillait encore ». Au Secours populaire, c’est un peu indirectement que l’association cari­ tative a touché du doigt l’existence de ces « invisibles », pour qui les repas ont un goût de plus en plus amer. « L’année dernière », raconte Jean­Louis Callens,

secrétaire national chargé de l’aide alimentaire, « nous avons constaté deux phénomènes inquiétants. Au niveau national, le nombre de personnes qui recevait des colis alimentaires avait augmenté de 13,2 %. Parallèlement, nous accusions une baisse de 8 % de nos donateurs fidèles, un socle fait d’ouvriers ou d’employés qui donnaient entre 50 et 100 euros par an ».

L’alimentation est devenue une variable d’ajustement L’association a alors mené une enquête pour comprendre les raisons de ce dé­ sengagement. « Une grande partie de ces contributeurs modestes était en but à des difficultés, à la suite d’une perte d’emploi ou d’une mise à la retraite. À notre grande surprise, nous avons découvert des situations très difficiles, avec des gens qui rognaient de plus en plus leur budget alimentation et qui ne voulaient pas se retrouver de l’autre côté de la barrière, en quelque sorte, et demander à bénéficier d’une aide alimentaire. » Pour le seul département du Nord­Pas­de­Calais, 1 600 anciens donateurs en difficulté ont finalement accepté un coup de pouce, après l’inter­ vention de l’association caritative. Un constat corroboré par l’enquête de l’Insee, parue en juillet, sur les compor­ tements de consommation en 2011. À la question : « Si vos ressources actuelles augmentaient de 10 %, que feriez-vous en priorité avec cet argent ? », 16 % des ménages modestes ont répondu qu’ils consacreraient leur argent à l’alimenta­ tion contre 11 % en 2005. Le MOnde – 23 novemBre 2013


ACTUALITÉS LE RÉVEIL

La France des inégalités Nous portons à votre connaissance une interview de Christophe Guilluy, paru dans Le Courrier des maires. Ce chercheur produit des études auprès des collectivités et des bailleurs sociaux. Ce qui est étonnant mais surtout né­ cessaire d’éclairer, ce sont les 60 % de la population qui se trouvent marginali­ sés, voire invisibles aux yeux de ceux qui se succèdent au pouvoir depuis 30 ans. Cette France dite « invisible » constitue la masse des abstentionnistes et porte les résultats du FN en France. Ce sont eux qui souffrent, qui subissent de plein fouet les licenciements, les pertes d’em­ ploi, la désertification rurale, la crise po­ litique et financière, la mondialisation, les choix de la Commission européenne. Ce sont eux qui voient la misère s’instal­ ler, la précarité s’imposer. Ce sont eux qui cherchent un logement digne, un emploi. Ce sont eux qui, de plus en plus souvent, franchissent la porte des asso­ ciations caritatives comme le Secours populaire français, les Restos du cœur, le Secours catholique. Ce sont eux qui ont, plus que jamais, besoin d’un véritable service public (mairie, département). Car, avec les services et les politiques municipales/ départementales, un peu d’humanité, un peu de redistribution de la richesse nationale se fait à travers les quotients familiaux, la restauration scolaire, les centres de santé… Courrierdesmaires.fr : Vous travaillez sur la géographie sociale et en particulier les classes populaires. Quel est votre constat ? Christophe Guilluy : Pour la première fois de l’histoire, les classes populaires ne sont pas intégrées au projet écono­ mique et social des dirigeants. Contrai­ rement à ce qui a prévalu jusque­là, elles ne résident plus dans les territoires où se crée la richesse, mais dans une France périphérique, à l’écart des grandes mé­ tropoles. Celle des territoires ruraux, des

petites villes moyennes, et d’une partie du périurbain. Ouvriers, employés, les jeunes et les retraités issus de ces caté­ gories, les petits paysans constituent ce qu’on peut appeler les nouvelles classes populaires. Elles habitent désormais dans des territoires éloignés du marché de l’emploi. La France périphérique re­ présente 60 % de la population, mais elle est invisible aux yeux des élites.

Pourquoi cette invisibilité ? C. G. : Elles le sont d’une part parce qu’on a abandonné « la question sociale » dans les années 80, mais aussi parce que ces catégories vivent dans cette France périphérique éloignée des métropoles d’où proviennent les élites. Loin de Paris, mais aussi des grandes villes qui sont les premières bénéficiaires de l’économie mondialisée et d’une société ouverte. Mécaniquement, les politiques pu­ bliques se sont de plus en plus concen­ trées sur les grandes villes, qui rassem­ blent désormais 40 % de la population, en délaissant la nouvelle question sociale naissante dans la France périphérique. Outre son invisibilité, quelles sont les caractéristiques de cette population ? C. G. : On ne peut pas dire qu’elle ait une conscience de classe. Mais cette France périphérique représente désormais un continuum socioculturel où les nou­ velles classes populaires sont surrepré­ sentées. Elles ont en commun d’être des victimes de la mondialisation. Elles habitent loin des territoires qui comp­ tent et qui produisent le PIB national. Si les ouvriers étaient au cœur du sys­ tème productif et donc dans les villes, aujourd’hui, les nouvelles classes popu­ laires sont au cœur d’un système redis­ tributif de moins en moins performant.

Dans vos travaux, vous parlez de France intégrée et de France fragile. La crise que traverse la Bretagne peut-elle s’expliquer à l’aune des deux France ? C. G. : Oui. Regardez, la crise en Bretagne ne se déroule pas à Rennes, Brest, ou Nantes, ce que j’appelle la France inté­ grée. Mais bien dans les périphéries, dans les petites villes, les zones rurales où se cumulent les effets de la récession mais aussi la raréfaction de l’argent public. Cela aura-t-il des conséquences pour les élections municipales de mars 2014 ? C. G. : La défiance des classes populaires vis­à­vis des responsables politiques gagne maintenant les maires, qui sont considérés comme impuissants face au délitement du territoire et eux­mêmes victimes des décisions et des représen­ tations portées par les élites. Politique­ ment, ces nouvelles classes populaires sont désormais très éloignées des grands partis, c’est pourquoi elles constituent l’essentiel des abstentionnistes et des électeurs du Front national. Une partie de la France fragile vit également dans les métropoles, et notamment dans les banlieues. Vous écrivez que la société est « sur le chemin d’un modèle communautaire »… C. G. : Oui, bien que les élus refusent de l’admettre publiquement, les grandes métropoles sont les territoires les plus inégalitaires où cohabitent des classes populaires immigrées et des classes supérieures dominantes. La diversité culturelle participe au brouillage des différences entre classes. La lutte des classes pour l’égalité sociale laisse ainsi la place à un combat pour la diversité qui quelque part légitime les inégali­ tés. La question sociale se déplace vers la question ethnoculturelle sans être toutefois assumée par les élus qui ont tendance à laisser aux fonctionnaires de terrain le soin de gérer les tensions communautaires. Jean-Michel Verneuil

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INTERNATIONAL LE RÉVEIL

Netanyahu sèche les obsèques de Mandela Selon la presse israélienne, le Premier Ministre, Benyamin Netanyahu (Bibi), a décidé de ne pas se rendre aux funé­ railles de Nelson Mandela à cause du coût du voyage en Afrique du Sud. Les frais à engager s’élevant à 7 millions de shekels soit 1,45 million d’euros pour son transport et sa sécurité. Trop chère pour honorer la mémoire de Madiba ! Il faut dire que Netanyahu a récemment essuyé le feu des critiques des médias. Elles ont révélé des malversations à hauteur de 700 000 euros pour finan­ cer l’entretien de ses trois résidences et une note d’eau de 17 000 euros pour sa villa personnelle, équipée d’une pis­ cine, à Césarée, dans le nord du pays… Ainsi Bibi serait soudain devenu soucieux de ne pas dilapider les deniers publics, d’où cette décision de dernière minute ! Nous rappellerons toutefois que pen­ dant de nombreuses années, Tel­Aviv a entretenu des relations très étroites avec le régime de l’apartheid. Au point de pousser les États­Unis – qui eux aus­ si, avec la Grande­Bretagne, la France et bien d’autres, ont mis longtemps à lâcher le régime blanc – à menacer de remettre en cause leur généreuse aide militaire annuelle à Israël, notamment sous le gouvernement de droite de Yitzhak Shamir (1986­1992). Ces pratiques de l’apartheid trouvent aujourd’hui écho dans les territoires pa­ lestiniens occupés (les laisser­passer, le mur de séparation, les autorisations de circulation, de travailler, etc.). Après sa libération, Nelson Mandela lui­même avait fait comprendre aux Israéliens que la nouvelle Afrique du Sud souhaitait qu’ils accordent aux Palestiniens « leur droit à la liberté », a rappelé le quotidien Yediot Aharonot, dimanche 8 décembre. J.-P. D.

États-Unis Une pauvreté exponentielle Alors que Wall-Street bat de nouveaux records, la paupérisation de la population américaine atteint, selon les experts, un niveau jamais vu depuis les années 1960. La pauvreté connaît une croissance explosive aux États­Unis et la classe moyenne se rétrécit comme une peau de chagrin. Beaucoup d’Américains basculent dans la pauvreté. Les chiffres du Bureau américain du recensement sont accablants. Il dénombre plus de 146 millions d’Étatsuniens en grande détresse financière. Au pays de « l’en­ fant roi », environ 57 % vivent dans des foyers « pauvres » ou à « faible revenu ». 2,8 millions disposent de 2 $ ou moins par jour, soit une augmentation de 130 % depuis 1996. Plus d’un million d’élèves des écoles publiques sont sans abri. La pauvreté est pire dans les grands centres urbains et chez les familles « mixtes ». Actuellement, 29,2 % des ménages afro­américains avec enfants souffrent d’insécurité ali­ mentaire. Une étude universitaire es­ time que la pauvreté des enfants coûte à l’économie américaine 500 milliards de dollars chaque année. Autres signes, environ 20,2 millions des ménages US consacrent plus de la moi­ tié de leur revenu au logement, ce qui

a des conséquences importantes sur les autres postes budgétaires de la famille. Le nombre de sans­abri dans la région de Washington DC (l’une des régions les plus riches de tout le pays) est en hausse de 23 % depuis la crise des subprimes. Du côté de l’emploi, cela n’est pas plus reluisant. Environ 40 % de tous les chômeurs ont été sans emploi pendant au moins une demi-année. Un salarié sur quatre perçoit 10 $ de l’heure ou moins. Cette situation a entraîné l’explosion du nombre de « travailleurs pauvres » au cours des dernières années. Aujourd’hui, environ un salarié sur quatre perçoit un salaire au niveau ou en dessous du seuil de pauvreté. Plus de 100 millions d’Américains sont inscrits à un programme social (parfois plusieurs), géré par le gouvernement fédéral. Et ce chiffre n’inclut même pas la sécurité sociale ou l’assurance-maladie. Record de tous les temps, 47,79 millions d’Américains reçoivent des bons alimentaires. Lorsque Barack Obama a accédé au pouvoir, ce nombre était d’environ 32 millions. J.-P. D.

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LE RÉVEIL INTERNATIONAL

MER DE CHINE

Démonstration de force

non armés). Ses alliés japonais et sud­ coréens ont dépêché eux aussi, à trois reprises, des avions militaires dans cette zone controversée. Avant que la Chine ne réplique en faisant décoller d’urgence plusieurs appareils de com­ bat pour vérifier l’« identité » des intrus. « Désormais la défense aérienne chinoise pourra abattre tout avion étranger qui pénétrera dans la zone d’identification », a averti un général de l’armée de l’air chinoise après « l’intrusion ». Fort heureusement ces démonstrations de force n’ont pas dégénéré, mais elles montrent à quel point cette région du monde, l’Asie­Pacifique, est devenue un enjeu crucial pour Washington et Pékin. Aux ambitions chinoises répondent les prétentions du chef de la Maison­ Blanche qui dès son élection déclarait : « Je suis le premier président américain du Pacifique. »

En représailles, l’US Army a fait survo­ ler la zone par deux B52 (prétendument

Jean-Pierre Delahaye

Duel dans le Pacifique La bataille entre les deux grandes puissances est engagée pour s’assurer la domination de la région, au mépris de l’équilibre international et de la paix. De graves incidents se multiplient dans le Pacifique et particulièrement en mer de Chine où, tour à tour, la Chine, les États­Unis (première puissance navale de la région) et leurs alliés ne cessent de se provoquer. Depuis des mois, l’on ne compte plus les incidents, provocations et intimidations. Les récents événements sont à prendre très au sérieux et montrent à quel point cette escalade n’est pas que verbale et pourrait à terme représenter un danger pour la paix et la sécurité dans la région et peut­être au­delà… Le 23 novembre dernier, le gouverne­ ment chinois décrétait unilatéralement une « zone aérienne d’identification » (ZAI) en mer de Chine orientale où se situe notamment le petit archipel, tant convoité, des îles Senkaku, aujourd’hui sous administration japonaise et re­ vendiqué par Pékin. Cet îlot désert a une importance symbolique et straté­ gique, car il permet un accès exclusif à certaines ressources pétrolières, des sources de minerais et des zones de pêches importantes. Or la Chine exige, désormais, que tout appareil s’aventu­ rant dans cette ZAI fournisse au pré­ alable son plan de vol précis, affiche 10 -

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clairement sa nationalité et maintienne des communications radios permettant de « répondre de façon rapide et appro­ priée aux requêtes d’identification » des autorités chinoises, sous peine d’inter­ vention militaire !

Loi de programmation militaire Inquiétude de la filière numérique française Plusieurs acteurs de la filière numé­ rique ont exprimé leur inquiétude à la suite de l’adoption en première lecture par l’Assemblée nationale de l’article 13 de la loi de programmation militaire (LPM), qui permet un plus grand accès aux données personnelles. Ce projet comprend une série d’articles destinés à renforcer l’accès – aux services de renseignements intérieurs, de police et de gendarmerie – des données té­ léphoniques et informatiques dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée. « Ce n’est pas parce qu’une loi s’appelle “programmation militaire” qu’elle doit mettre tout le monde au garde-à-vous ! », s’est indigné Renaissance Numérique (composé de grands chefs d’entre­ prises de l’Internet, de chercheurs et intellectuels experts du numérique et de représentants de la société civile). Elle dénonce un texte qui « permet une surveillance accrue et généralisée des ci-

toyens » et « réduit Internet à une zone où sont foulés aux pieds les principes démocratiques et la vie privée de chacun ». De son côté, l’IAB France (Interactive Advertising Bureau) considère que « cet article porte à la fois atteinte à la protection de la vie privée et à la liberté du commerce et d’entreprendre, également à la compétitivité des entreprises du digital en permettant à l’autorité publique d’accéder aux données de connexion et de géolocalisation de tout internaute en temps réel ». L’IAB France compte 130 sociétés membres, représentant l’ensemble des acteurs de la chaîne de la communication interac­ tive (éditeurs, régies, agences, annon­ ceurs, instituts d’études, fournisseurs de technologies, etc.) Fin novembre, la Commission natio­ nale de l’informatique et des libertés (Cnil) avait elle­même « déploré » de ne pas avoir été saisie des disposi­ tions relatives à l’accès aux données de connexion contenu. (Avec APF)


INTERNATIONAL LE RÉVEIL

CENTRAFRIQUE Un chef de guerre à l’Élysée La présidence française multiplie les interventions militaires extérieures, avec en ligne de mire la défense de ses propres intérêts, ceux des puissances occidentales et joue les supplétifs de Washington. Jeudi 5 décembre, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté à l’unanimité la résolution autorisant la France à s’en­ gager militairement en Centrafrique. Trois heures à peine après, François Hollande annonçait aux Français le dé­ but de l’opération « Sangaris ». Au total près de 1 200 hommes (les chiffres ont évolué depuis et atteindraient 1 600) pour une intervention « éclair » d’une durée de 6 mois, précisait l’Élysée. Ce qui ne correspond pas à l’avis de nom­ breux experts ! Face au chaos « qui pourrait devenir le théâtre d’un génocide » selon l’ONU, Paris pressait, depuis plusieurs semaines, la communauté internatio­ nale d’intervenir sans délai pour rétablir l’ordre dans son ancienne colonie… Depuis le renversement, le 24 mars, du régime de François Bozizé par Michel Djotodia, le pays est en proie aux règle­ ments de compte et aux pillages. Il y a quelques mois, la fracture entre chré­ tiens, largement majoritaires, et mu­ sulmans, n’existait pas encore dans ce pays où les deux communautés ont tou­ jours vécu en bonne intelligence. Mais, les exactions à répétition de l’ex­rébel­ lion Séléka, à majorité musulmane, qui a porté Michel Djotodia au pouvoir, ont rapidement généré des tensions, poussant des populations chrétiennes à former des groupes d’autodéfense pour s’en prendre aux musulmans. À suivi un cycle de représailles et contre représailles meurtrières entre milices d’autodéfense et ex­rebelles entraînant

l’exode de dizaines de milliers de villa­ geois chrétiens et musulmans.

Paris supplétif de Washington Il n’empêche que, pour la deuxième fois en moins d’un an, les troupes fran­ çaises sont sur le pied de guerre. Et, il y a quelques semaines, le chef des armées était prêt à bombarder Damas pour pu­ nir le dictateur El Assad ! François Hol­ lande revêt sa tenue de chef de guerre avec un plaisir non dissimulé, dès qu’il le peut. Il est vrai que ces initiatives mi­ litaires, bien relayées par les médias, peuvent contribuer à redorer une cote de popularité en chute libre et à faire momentanément oublier chômage, austérité, promesses non tenues. Pour l’heure, il perpétue la tradition française de gendarme de l’Afrique comme l’ont remarqué de nombreux observateurs et la presse de l’Hexagone. Pour ne citer que lui, le quotidien Libération ne titrait­ il pas, jeudi 5 décembre, en Une et sous la photo du président de la République : « Un gendarme en Afrique ! » Paris a beau invoquer une « urgence humanitaire », au demeurant bien réelle, et prétendre vouloir favoriser l’africanisation de la sécurité dans cette région du monde, nul n’est dupe. « Il y va aussi de la protection des intérêts économiques de la France […] Jamais, sans doute, la France n’a fait preuve d’un tel activisme militaire sur un temps aussi court pendant que d’autres pays (la Chine, l’Inde, la Turquie) investissent à tout-va », a souligné Libération.

L’ancien ministre Hubert Védrine s’est également inquiété de cette situa­ tion. Dans un récent rap­ port, il écrit notamment : « La France ne semble pas avoir pris la mesure de la bataille économique qu’elle doit livrer sur le continent noir ». Le PIB africain devrait pro­ gresser de 6,1 % en 2014. « En doublant ses exportations vers l’Afrique, la France peut gagner au moins 200 000 emplois dans les cinq prochaines années ». Sur France Culture, Antoine Glaser, un spécialiste des relations franco­afri­ caines a, quant à lui, rappelé les liens historiques de Paris avec le continent africain. Il s’est interrogé : « D’où vient notre pétrole, d’où vient notre uranium ? » Mais a également envisagé une autre hypothèse déjà avancée par notre jour­ nal dans les précédents numéros. Pour lui (et pour nous), cette situation « est aussi le résultat du partage des tâches dans le monde post-11 septembre et plus récemment de la doctrine Obama qui délègue à chaque puissance qui compte, un rôle de gendarme dans sa zone d’influence ». D’ailleurs, le locataire de la Maison­ Blanche s’est empressé de féliciter Hollande pour le succès de l’opération Serval au Mali. Dans le même temps, Paris veille à la protection de ses intérêts économiques comme Total pour le pé­ trole où Areva pour l’uranium… La France, avec ses bases pré­position­ nées et plus de 6 000 soldats déployés au Mali, en Côte d’Ivoire, au Tchad, dans le golfe de Guinée, d’Aden, au Ga­ bon, à Djibouti, au Sénégal et au Cap Vert, en Centrafrique etc., dispose de tous les atouts pour intervenir rapide­ ment. Cette force militaire constitue un véritable bras armé du libéralisme sur le continent africain. L’Élysée prend acte de la volonté d’Obama de se recen­ trer sur l’Asie­Pacifique et joue les sup­ plétifs de Washington sur un territoire qu’il connaît, de par son passé colonial, particulièrement bien. Jean-Pierre Delahaye LE RÉVEIL - N°799 - DÉC. 2013 - JANV. 2014

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SOUSCRIPTION NATIONALE LE RÉVEIL INTERNATIONAL INTERNATIONAL

LISTE DES SOUSCRIPTEURS

Calvados (14) : Entraide Intercommunale – 30 € Côtes-du-Nord (22) : Daniel Hecquet – 100 € Dordogne (24) : Henri Hardy – 50 € Finistère (29) : Edouard Ryckeboer – 100 € Gard (30) : Michel André – 80 € Haute-Garonne (31) : Jean Larrieu – 100 € Loire-Atlantique (44) : Maurice Bonnet – 105 € Nièvre (58) : Raymond Humbert – 200 €, Gisèle Quagliotti – 50 € Nord (59) : Marie­Danièle Caty – 30 € Orne (61) : Paul Delpierre – 50 € Saône-et-Loire (71) : André Marquis – 50 €,

8e liste (3 décembre 2013) Arac départementale de l’Yonne (89) : 100 € Arac section de Saint-Étienne (42) : 50 € Arac section Morieres-les-Avignon (84) : 500 € Abonnés Réveil : René Jeault – 50 € Aisne (02) : Robert Ducamp – 50 € Alpes-Maritimes (06) : Guy Bottero – 50 € Aube (10) : Jean Richard – 50 € Bouches-du-Rhône (13) : Michel Carpentier – 15 €, Claude Richard – 50 €, Enzo Villani – 30 €

MERCI DE PRÉCISER LE MODE DE RÈGLEMENT :

Émile Mazoyer – 30 € Sarthe (72) : Pierrette Chauffour – 50 €, Gaétan Davis – 50 €, Gaston Lethielleux – 50 €, Guy Petit – 100 €, Guy Reversat – 50 € Savoie (73) : Gérard Jupin – 30 € Paris (75) : Claude Brabant – 50 €, Jacqueline Thabeault­Alcandre – 50 €, Georges Vukas – 50 € Seine-Maritime (76) : Charles Cramoisan – 50 € Tarn (81) : Jean Cassan – 10 € Tarn-et-Garonne (82) : Bruno Campanini – 100 € Vaucluse (84) : Martin Jean – 50 € Vendée (85) : Georges Guérin – 30 €

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À retourner à : ARAC - 2 place du Méridien - 94800 Villejuif

NOS PEINES DÉCEMBRE 2013 Le Réveil des Combattants adresse aux familles et aux amis de nos camarades décédés ses sincères condoléances. ALPES-MARITIMES (06)

la paix. Claudius PERRET, combattant pour la paix.

RHÔNE (69)

HAUTE-SAVOIE (74) Rumilly : Marcel ROULLET, AC 39­45, ancien président de la section. Seyssel : Armand MARECHAL, AC ATM, ancien président de la section et secrétaire départemental. Thonon­les­Bains : Léon BORDET, 92 ans, AC 39­45, Croix de guerre, Chevalier de la Légion d’honneur, Médaille militaire. André BOCCARD, AC Indochine. Camille DESCOMBES, 94 ans, AC 39­45. Paul GRIVEL, 94 ans, AC 39­45. Jean Jacques MACHETO, 84 ans, AC Indochine.

Île­d’Oléron : René FOIRET, 101 ans.

Nevers : Michel RAGOUGNEAU.

Chavanay : Gilbert DUMAS, 81 ans, AC ATM. Oullins : Simon LORENZI, 90 ans, AC 39­45. René MANDON, 76 ans, AC ATM. Lyon 17e : Emile CROZIER, 73 ans, AC ATM. Vénissieux : Charles JEANNIN, 87 ans, AC 39­45.

HAUTE-GARONNE (31)

NORD (59)

SAÔNE-ET-LOIRE (71)

Launaguet : André LAFARGE, AC ATM. Georges MILLER, AC ATM.

Fenain : Roland MARQUE, AC ATM.

Chagny : Jean­Claude FLEURY, 74 ans.

SAVOIE (73)

LOIRE (42)

PYRÉNÉES-ORIENTALES (66)

Saint­Chamond : Joseph DESARMEAUX, AC Indochine. Ludovic DUMAS, combattant pour

Perpignan : Maurice DEBRUYNE, AC ATM. Francis SENTIS, 90 ans, Résistant, AC 39­45.

Menton : Pierre GOERGEN, AC ATM.

CHARENTE (16)

LOT-ET-GARONNE (47)

Saint­Michel : Jean RAYNAUD, AC 39­45.

Fourques­sur­Garonne : Jean CASTAGNET, 88 ans, AC 39­ 45, vice­président de la section.

CHARENTE-MARITIME (17)

NIÈVRE (58)

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Argentine : Roger FALQUET, AC ATM. Marthod : Gaston BELLON, AC 39­45. Louis PEPIN, AC ATM.

SEINE MARITIME (76) Le Havre : Bernard LHOMME, AC ATM.

YVELINES (78) Mantes : Claude BOUILLAUD, 74 ans, AC ATM. Guyancourt : Marcel LE BRONNEC, 77 ans, AC ATM.

DEUX- SÈVRES (79) Niort : Paul VANDE, 75 ans, AC ATM, – Trésorier départemental.

SEINE-SAINT-DENIS (93) Villepinte : Henri VOUILLOT, 79 ans.

VAL-d’OISE (95) Bezons : Mme Jeanne LE JOSEPH, 87 ans, combattante pour la paix.


LE CAHIER MÉMOIRE

le réveil

N° 799 DÉC. 2013 - JANV. 2014

des combattants

Pour l’amitié, la solidarité, la mémoire, l’antifascisme et la paix

ÉDITO

RENDRE JUSTICE AU PEUPLE ALLEMAND

Par Paul Markidès

Ce Cahier mémoire révèle à la fois les atrocités du pouvoir hitlérien, le fait que ses premières victimes ont été les Allemands eux­mêmes, le courage de ces hommes, femmes et enfants qui ont subi cette sauvagerie et l’insuffisance des réactions extérieures en réponse à leur appel au secours et à la vigilance auxquels d’ailleurs, il faut le dire, notre président fondateur Henri Barbusse avait répondu en allant défendre lui­ même, devant le tribunal nazi, le com­ muniste Dimitrov qui pu ainsi retrou­ ver la liberté.

Et ce martyr du peuple allemand ap­ pelle de notre part une observation très importante. En agissant ainsi avec le peuple allemand, le gouvernement nazi préparait ses agressions sur d’autres peuples car il n’aurait pu réaliser sa « mise au pas » sur eux s’il avait dû faire face à une opposition intérieure. Nous en savons quelque chose nous, peuple français, qui avons bien souvent subi la mise en place de lois liberticides chaque fois que le gouvernement d’une époque menait des guerres colonialistes. Ce qui fit dire à l’un de nos élus populaires :

Édité par le Réveil des combattants - 2 place du Méridien - 94807 Villejuif - Tél. 01 42 11 11 12

« Un peuple qui en opprime un autre ne peut être un peuple libre ». Aujourd’hui nous tenons à rendre hom­ mage à ces martyrs allemands comme aux nôtres qui se sont sacrifiés pour notre liberté et nous tenons aussi à faire obstacle à toute initiative qui porterait atteinte à nos libertés fondamentales. En publiant ce cahier, nous entendons contribuer non seulement à réhabiliter la mémoire de tous ces héros, connus ou anonymes, mais encore rendre jus­ tice au peuple allemand qui a payé le premier le prix fort. LE RÉVEIL - N°799 - DÉC. 2013 - JANV. 2014

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LE RÉVEIL DOSSIER

D’après le Schwarze Korps, le travail dans les camps de concentration est une véritable idylle…

Le peuple allemand sous la tyrannie* Sous le gouvernement hitlérien, des hommes et des femmes allemands sont, sans jugement, incarcérés, maltraités et assassinés en masse dans les camps de concentration. Les 112 camps de concentration, établis en Allemagne par le gou­ vernement hitlérien pendant son règne, et ceux récemment établis en Autriche, ne sont pas compa­ rables aux camps d’internement de la Grande Guerre. Aux prison­ niers de guerre et aux étrangers in­ ternés, les divers gouvernements ont donné une certaine liberté de déplacement dans l’enceinte du camp et d’une vie intellectuelle, bref, une existence toutefois un peu humaine. Mais les camps de concentration du troisième Reich, en temps de paix, sont des enfers de tortures, d’un sadisme savant, qui mènent à la folie et à la mort. Des crimes historiques comme l’affaire Dreyfus, l’assassinat de Jaurès, l’exécution de Sacco et Vanzetti, sont dépassés mille fois

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par l’ignominie et la cruauté des camps de concentration nazis. Chaque citoyen allemand peut être détenu, sans arrêt du tri­ bunal, sans instruction et sans jugement, pendant des mois et des années, derrière les haies de fils barbelés ou les murs épais des camps de concentration, sur une simple dénonciation. Le 18 mai 1934, Goebbels lui­même a révélé le délit suffisant pour en­ courir les horreurs des camps de concentration ! Son journal L’Angriff, écrivait : « Qu’il critique, celui qui ne craint pas d’aller dans un camp de concentration ! » Sous le mot « critique », le régime com­ prend chaque manifestation de mécontentement, même la plus insignifiante. Le régime hitlé­ rien a établi les fameux camps

* Extraits du livre Le peuple allemand accuse

de concentration comme lieux de séjour obligatoires pour tous ceux dont les sentiments, l’idéo­ logie et la morale lui déplaisent. Il créa ces camps d’horreur dans des anciennes usines, dans des casemates lugubres, dans des prisons malsaines et destinées, depuis longtemps, à être rasées et dans des baraquements légè­ rement construits, dans lesquels d’innombrables amis de la paix sont battus jusqu’à devenir in­ firmes, ou rendent leur vie. Ça et là, la presse hitlérienne, en quelques lignes, publie des in­ formations qui induisent en er­ reur l’opinion sur les camps de concentration. En mai 1934, cependant, le minis­ tère de Propagande de Goebbels était obligé de reconnaître toute une série de brutalités et d’assas­ sinats des plus horribles, commis par les SA surveillants dans le camp de concentration de Bredow près de Stettin. Que s’était­il pas­


DOSSIER LE RÉVEIL

sé ? Dans une propriété agricole, près de Stettin, vit le vieux général des hussards Von Mackensen. Il apprit un jour que quelques­uns de ses amis nationaux­allemands se trouvaient parmi les torturés des SA. Il partit pour Berlin et exigea de Goering la punition des coupables. Ces événements étant connus même à l’étranger, Goe­ ring se décida de faire envoyer les tortionnaires devant le tribunal pour donner à l’étranger l’illusion d’équité. Un procès eut lieu qui, seulement par ce hasard et grâce à cet exemple exceptionnel, rendit notoire les horreurs des camps de concentration. Qu’est­ce qu’on a dévoilé ?

L’enfer de Stettin Pendant des mois, la population de Stettin entendit des cris et des gémissements, provenant de la maison, 10 rue de Schiller (Schillerstrasse). Les SA dis­ persaient à coups de crosse les rassemblements des curieux et des gens effrayés devant cette maison. Dans cet enfer, le mar­ chand de journaux communiste Schulz, un homme gravement malade, fut torturé par les SA pendant des journées entières et frappé presque jusqu’à la mort.

Un rédacteur, Braun, fut telle­ ment martyrisé que, trois jours après son arrivée, les journaux pouvaient annoncer qu’il s’était « suicidé ». Un journaliste social­ démocrate, Stern, fut torturé de telle façon qu’il sauta, pendant un interrogatoire, d’une fenêtre du deuxième étage dans la cour. Il tomba sur le sol cimenté, le crâne et les membres brisés. On voulait faire trahir par un jeune ouvrier, Walter Porsch, ses camarades. Il garda un silence héroïque. Ses bourreaux lui brisèrent la mâ­ choire, lui blessèrent les organes sexuels. Durant des journées, il gisait sans aide sur sa couche, puis il fut transporté à l’hôpital. Le préfet de police Bork, national­ allemand, adressa une plainte à Goering ; la réponse de Goering était la destitution immédiate de Bork. Le successeur de celui­ci fut le chef de district des SA, Engel. Et cet homme établit sur le terrain de la « Vulcanwerft » une sorte de camp de concentration privé. Il fit enchaîner des prisonniers sans défense et les fit jeter dans les eaux de l’Oder. Cinq cadavres dé­ composés de détenus assassinés, du reste, furent retirés. Parmi les prisonniers martyrisés se trou­ vait un Wilhelm Kunstmann, ar­

… Mais la réalité est tout autre ! (Des prisonniers poli­ tiques du camp de Dachau au travail).

mateur, âgé de 80 ans, père d’un consul espagnol républicain. Le crime du vieillard était d’être juif. Le commandant Engel fit torturer le vieillard presque jusqu’à la mort. Puis on traîna le mourant chez lui ; là, quelques jours plus tard, il ren­ dit l’esprit. Le gérant Heimann, juif, fut tellement battu dans le « Vulcanalager » qu’il perdit la vue. Sous la pression du général von Mackensen, l’ami de quelques hommes torturés, Goering fit condamner plusieurs tortion­ naires à des peines de travaux forcés de 13 ans, de 5 ans et à de graves peines de prison. Dans les attendus, il était dit qu’ils avaient maltraité des détenus confiés à leur protection. C’était destiné à l’opinion publique. En vérité, ce jugement n’était qu’une honteuse duperie vis­à­vis de l’étranger, car Goering fit féliciter quelques se­ maines après le jugement, les assassins, en réduisant la peine à cinq semaines de prison. Cette peine fut considérée comme ac­ complie au moment de la grâce. Les assassins furent mis en li­ berté. Encore quelques semaines plus tard, ils avaient fait une brillante carrière comme inspec­ teurs de la Sûreté au service de la Gestapo.

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LE RÉVEIL DOSSIER

Le peuple allemand accuse romain ROLLAND

Le peuple allemand fut la première victime du nazisme. Dès l’arrivée au pouvoir d’Adolphe Hitler, des camps de concentration ont été ouverts où furent incarcérés des milliers de citoyennes et de citoyens allemands terrorisés et torturés. En 1936, un groupe d’exilés allemands a rédigé un livre dénonciateur qui fut traduit et édité en 1938, titré Le peuple allemand accuse. L’écrivain Romain Rolland en écrivit la préface, en voici la partie essentielle. « Aujourd’hui, le monde se tait, devant un peuple mis au tombeau. Les “honnêtes gens” détournent les yeux et font sem­ blant de n’avoir rien vu. Même notre grand Alain écrivait, il y a trois ans (je ne pense pas qu’il le redirait aujourd’hui !) : “J’ai peu réagi devant la crise hitlérienne. Les choses éloignées ne me remuent guère”… » Les « choses éloignées » sont à notre porte ; elles ont passé le seuil de notre porte. Le crime et le malheur fussent­ils au bout du monde, le bout du monde n’est plus que le bout de notre chambre ; même si nous les fuyons, le crime et le malheur viendront nous chercher. Tout le bien et tout le mal des hommes est nôtre. Si nous sommes ten­ tés de l’oublier, les pires oppres­ seurs des peuples sauront nous les rappeler. Certes, l’hitlérisme ne se désintéresse pas de ce qui se passe en Espagne ! Et nous le voyons aujourd’hui, en France, qui s’essaie à refaire chez nous ce qui lui a bien réussi chez lui !… Eh bien, il faut que « les honnêtes gens » en France, que tous ceux qui n’ont pas le cœur assez large pour y faire tenir les souffrances des autres peuples, il faut qu’ils voient ce qui les attendra en 16 -

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France, s’ils laissent l’hitlérisme s’y installer. Qu’ils se convainquent que l’as­ servissement de l’Allemagne, que le crucifiement de ses meilleurs hommes, n’est que le premier pas vers la réalisation des vastes plans de domination et d’asservissement du monde par le Troisième Reich. En l’es­ pace de trois ans, plus d’un mil­ lion d’hommes arrêtés, 225 000 hommes condamnés, la valeur de cinq corps d’armée. « Les corps d’armée des défenseurs de la paix et de la liberté », enfermés, réduits au silence, et leur élite livrée aux

violences, outragée, torturée, as­ sassinée : condition préalable à la mobilisation d’un peuple privé de ses guides moraux, intellectuels et politiques, et que l’hitlérisme veut lancer contre les démocra­ ties d’Occident, contre nos Fronts populaires, et contre la grande Union des Républiques socia­ listes de l’Est de l’Europe. Ce livre nous apprendra aussi ce que nous avons été trop tentés d’oublier : l’admirable héroïsme de ces Allemands persécutés, qui, depuis des années, délaissés par le reste du monde, livrent, mal­ gré la terreur, un combat inégal, dans l’ombre, sans se lasser. Nous admirons justement l’intrépide peuple d’Espagne, qui en ces jours se sacrifie pour la défense de ses libertés. Les milliers d’Allemands opprimés, vaincus et invincibles, ne sont pas moins dignes de notre respect. Honneur à la vraie Alle­ magne étouffée ! Quand pourra­t­ elle s’unir à nous, pour le progrès humain et afin d’édifier ensemble un monde nouveau !


DOSSIER LE RÉVEIL

Allemands en camp de concentration* Le gouvernement hitlérien a ouvert très rapidement, dès 1933, des camps de concentration : 112 au total. Ayant d’abord arrêté un million de citoyennes et citoyens allemands : juifs, communistes, socialistes, catholiques, protestants, orthodoxes, démocrates, femmes avec enfants dont ils n’arrivaient pas à mettre la main sur les époux, dans le but de les faire sortir de l’ombre, il interna 225 800 hommes, femmes et enfants. Il nous est impossible, dans ce cahier mémoire, de publier des témoignages sur tous les camps. Nous vous en relatons deux si­ gnificatifs : Dachau, Hohenstein où étaient internées des femmes. Ces témoignages sont extraits du livre Le peuple allemand accuse.

Le camp de concentration de Dachau Dans le camp de Dachau, l’enfer de tortures le plus odieux en Ba­ vière, les adversaires du régime assassinés par les gardes noires se chiffrent à plusieurs centaines. Nous ne citons que quelques­uns : Franz Stenzer, ancien député au Reichstag, Léonard Hauss­ mann, conseiller municipal d’Augsbourg, Fritz Dressel, an­ cien député à la Diète, l’étudiant Wickelmeier, le major de police Hunglinger, le Dr Katz, méde­

Ernst Thaelmann, leader du Parti communiste allemand.

* Témoignages extraits du livre Le peuple allemand accuse.

cin de Nuremberg, Goldmann et Benarion de Furth en Bavière, Schloss de Nuremberg, l’ancien secrétaire du parti communiste de Munich, Joseph Goetz, etc. Les principaux tortionnaires et sadiques de Dachau étaient ou sont : le chef de section Waeckerle, les nationaux­socialistes Stein­ brenner, Lutz, Iwan, Dall­Armi, Kannschuster, Unterhuber, Dam­ bach et le commandant du camp Eicke, dès 1936, chef de tous les camps de concentration.

Indications fournies sur la libération d’un prisonnier « Le 12 juin 1935, le prisonnier en détention de protection Kukowitsch, Johan, né le 30.3.1911 à Faulensee, était détenu jusqu’à ce jour au camp de concentration de Dachau. Par arrêt de la police politique bavaroise à Munich, la détention de protec-

Dr Carl Mierendorff, écrivain et député socialiste au Reichstag.

Edgar André, décapité le 4 novembre 1936.

tion a été levée – Le Commandant du camp. » Le prisonnier politique Johann Kukowitsch, de Faulensee, libéré du camp de Dachau le 7 juin 1935, a, sur le carnage du 30 juin 1934, révélé ceci : « Le 30 juin 1934, des scènes horribles se déroulèrent au camp de Dachau. Devant les yeux des prisonniers, quatre SA partisans de Roehm, furent fusillés, parmi eux le chauffeur et le secrétaire de Roehm, ainsi qu’un jeune homme de 18 ans, le fils du préfet de police Schneidhuber, fusillé lui-même à Munich. Sous les ordres du commandant Eicke, le 30 juin, furent en outre fusillés, au seul camp de Dachau, environ 75 hommes et une femme. Les assassinats au camp de Dachau furent si nombreux qu’un cimetière spécial a dû être aménagé au camp. Lorsqu’au printemps 1935 quelques prisonniers durent creuser une fosse pour un détenu assassiné, ils tombèrent sur le cadavre décomposé d’un homme qui avait déjà été mis en terre à cette place. En plus, un grand nombre d’assassinés sont enterrés ça et là dans les environs de Dachau. D’autres furent brûlés dans un four immense, par les SA, dans ce bagne de Dachau. » Pour démoraliser et aussi pour espionner les détenus de Da­ chau, ainsi que pour faire croire au monde que les prisonniers politiques sont des éléments so­ cialement inadmissibles, les na­ tionaux­socialistes transfèrent, depuis quelque temps, dans ce camp, outre les prisonniers poli­ tiques, des homosexuels et des cri­ minels de droit commun. Un clas­ sement en sept groupes fut créé parmi les prisonniers : 1° prison­ niers politiques ; 2° juifs ; 3° émi­ grés juifs revenus dans le Reich ;

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4° émigrés « aryens » revenus ; détenus dits « arrêtés par mesure préventive » ; 6° homosexuels ; 7° criminels de droit commun. On emploie au camp de Dachau de préférence les méthodes de torture suivantes : la fustigation avec le nerf de bœuf, des coups de baïonnette, le marquage de dessins sur le corps avec des ci­ gares allumés ; on introduit de l’eau dans le corps du prisonnier par l’anus au moyen d’un tuyau fixé au robinet ; on l’attache à un arbre avant la fustigation : on le fait ramper sur les genoux jusqu’à l’évanouissement. Même les homosexuels ma­ lades, transférés dans le camp, sont « éduqués » par les mêmes moyens. À Dachau, se trouvait un employé de la Chambre de culture du Reich, un homosexuel. Il se livrait continuellement à ses habitudes devant les prisonniers et les SS ; il aurait dû être trans­ porté dans un sanatorium. Mais les SS le traitèrent de la façon sui­ vante : deux sadiques le conduisi­ rent au baraquement des arrêts. Une demi­heure plus tard, le « Voelkischer Beobachter » pu­ blia deux annonces de décès de cet homme, une d’elles émanant de la Chambre de culture du Reich. Les annonces passaient sous si­ lence le lieu et les circonstances de la mort. Encore le Voelkischer Beobachter du 31 mars 1934 publia un rap­ port d’une visite du président du Conseil de Bavière dans le camp de concentration de Da­ chau. L’organe central du parti

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national­socialiste reproduisit le texte d’une lettre, adressée par le président, enthousiasmé, à M. Himmler, chef des SS du Reich : « Je ne voudrais pas manquer de vous exprimer ma satisfaction particulière sur la façon tout à fait heureuse dont a été transformé le camp. Entre-temps – je le peux dire en toute conscience – on lui a donné le caractère d’un camp modèle. J’ai pu m’assurer également de l’état de santé des prisonniers. »

Des femmes dans le camp de concentration de Hohenstein Le camp de concentration de Ho­ henstein est établi pour hommes et femmes. Ce camp situé sur une hauteur dans la Suisse saxonne, au­dessus de la vallée de Polenz ; de trois côtés, des roches descen­ dent à pic sur une hauteur de 80 à 100 mètres. Kaethe Kenta fait ce rapport, fin janvier 1936, sur la situation dans le camp des femmes : « Une femme, à qui on voulait faire dire le lieu de séjour de son mari, fut tellement frappée que le médecin constata ultérieurement une commotion cérébrale. La peine de la “soute” est également employée vis-à-vis des femmes. La “soute” est un trou sombre dans lequel on doit se tenir debout sans pouvoir bouger. La jeune fille de 22 ans qui m’a donné des détails sur le camp de Hohenstein, a elle-même passé six jours dans la “soute”. Là, les prisonniers ne reçoivent que de l’eau et du pain. Des jeunes gens national-socialistes distribuent des gifles et des coups et ne reculent même pas lorsqu’il s’agit

À gauche. L’avocat Hans Litten, arrêté le 28 février 33 et assassiné dans les camps de concentrations, pour avoir pris la défense d’ouvriers persécutés. Au milieu. Carl von Ossietzky, pris Nobel de la Paix, en camp de concentration. À droite. Rudolph Claus : « Pour une idéologie, on peut supporter tout. »

de battre des femmes âgées. Mais les jeunes filles craignent moins les coups que les tendresses des SA qui les pincent, les saisissent sous la jupe et leur envoient des injures grossières. » D’après le même rapport de Mme Kenta, une jeune prison­ nière, appelée Hélène, fut violée et rendue enceinte par le lieute­ nant commandant. Toutes les femmes du camp, aussi bien que les gardiens étaient au courant de cette affaire. Un jour, on est venu chercher la détenue enceinte et on l’a transportée du camp de concentration « à la prison ». On n’a jamais plus entendu parler d’elle. Le lieutenant conserva son poste en tout honneur. Otto Urban, dans un chapitre du livre Konzentrationslager (Éditions Gra­ phia, Karlovy­Vara), confirme les violations et les terribles brutali­ tés vis­à­vis des prisonnières. Il écrivit entre autres : « En prenant le café un après-midi, le chef de secteur des SA Hainicker se vantait devant plusieurs chefs des SA de la brigade 33 qui visitaient le camp, le chef des SA Schupp étant également présent, dans des termes obscènes des joies obtenues par la violence sur une jeune prisonnière. Son attitude bouleversée et exaspérée me confirma le bien-fondé des détails que j’ai eus sur cette affaire d’autres sources encore que par le récit de Hainicker. » On voit également, par le récit d’un autre prisonnier, à quelles tortures obscènes et répugnantes les SA du camp Hohenstein se livraient sur des prisonnières sans défense : « Les femmes aussi recevaient des coups de poing dans la figure. Lorsqu’elles couraient vers la cour supérieure du château, les SA leur faisaient des crocs-en-jambe et s’amusaient à les voir tomber. Souvent les SA leur retroussaient les jupes qu’ils attachaient au-dessus de la tête. Puis, ils les pourchassaient dans la cour. »


DOSSIER LE RÉVEIL

Des milliers de femmes et d’hommes stérilisés* Le gouvernement hitlérien a promulgué une loi de stérilisation en vertu de laquelle des centaines de milliers de femmes et d’hommes allemands et, parmi eux, les adversaires politiques du régime, devaient être stérilisés. Le Dr Dietrich, secrétaire d’État du gouvernement hitlérien, chef du service de presse du Reich, s’expri­ ma ainsi lors de sa visite au camp de concentration de Dachau : « La majeure partie des prisonniers ne doit pas mourir, mais doit s’éteindre… » Voyons concrètement comment agit le gouvernement hitlérien. Il prétend que la « loi du 14 juillet 1933 pour empêcher une progéniture atteinte de maladies héréditaires » n’est dirigée que contre les mala­ dies héréditaires. C’est un men­ songe. La loi légalise la mutila­ tion de malades qui, d’après les résultats de la science moderne, ne peuvent pas être considérés comme atteints d’une maladie héréditaire. La loi autorise des actes arbitraires par lesquels des gens atteints d’une maladie pas­ sagère, sont déclarés « malades héréditaires » et mutilés. La loi est, entre les mains des nationaux­socialistes, un instru­ ment pour stériliser et mutiler les adversaires politiques du ré­ gime et des gens tout à fait bien portants, mais pauvres. La science internationale a condamné nettement, devant l’opinion publique, cette loi : M. St Podolensky, le savant polonais bien connu, a déclaré tout claire­ ment : « Au point de vue biologique et médical, nous devons caractériser la loi allemande de stérilisation comme prématurée. Elle ne mène pas au but. L’état actuel des sciences

n’autorise pas à établir cette loi ; il est souvent impossible de reconnaître si une maladie est vraiment héréditaire, et il est encore moins possible de prévoir si et en quelle quantité des enfants, dans un cas concret, naîtront avec une tare héréditaire. » (Przeglad Powscechny, Cracovie, janvier 1934). Un des savants les plus connus dans le domaine de l’hérédité, feu le Dr Magnus Hirschfeld, a peu de temps avant sa mort dévoilé la loi national­socialiste, article par article, comme une charlatanerie dangereuse. Hirschfeld déclare entre autres : « La moitié au moins des cas particuliers, dont parle la loi,

* Ces informa­ tions sont extraites du livre Le peuple allemand accuse, rédigé par des antifascistes alle­ mands en 1936 et publié en 1938.

se rapporte à des troubles mentaux, qui ne sont nullement définis, mais qui, au point de vue diagnostique, ne sont éclairés que d’une manière bien vague, ou en partie restant tout à faire douteux… Où cela nous mènera-t-il, quand on voudra stériliser des épileptiques du rang d’un Mahomed, d’un Napoléon ou d’un Dostoïevsky dont l’histoire, de la médecine rapporte l’épilepsie plus ou moins authentique ? » (Die Sammlung, février 1934). Autant les bases de cette loi sont anti­scientifiques, autant son application est brutale. Celui qui « veut être stérilisé » peut en faire la demande. Mais, comme, dit­on, « … il faut compter avec la résistance des récalcitrants, le représentant légal, le médecin légiste ou le directeur médical d’une maison de santé ou d’une clinique ou d’un établissement pénitencier doivent avoir le droit de faire une demande, et il faut prévoir la possibilité d’une contrainte ! » (Voelkischer Beobachter, 31 1 1934).

La stérilisation des adversaires politiques Les prisonniers politiques, adver­ saires du régime, peuvent être

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traités comme « héréditairement » malades, au sens de la loi. La loi dit textuellement : « Peut demander également la stérilisation… pour les résidents d’une maison de santé ou d’une clinique ou d’un établissement pénitencier, le directeur de l’établissement. Le Tribunal de santé héréditaire est composé d’un juge de première instance comme président, d’un médecin légiste et d’un autre médecin, agréé dans le domaine de l’État allemand, qui est particulièrement versé dans la doctrine de la santé héréditaire… La procédure devant le Tribunal de la santé héréditaire n’est pas publique. Les personnes ayant participé à la procédure ou à l’exécution de l’opération chirurgicale sont tenues au secret absolu. » D’après cette définition, le di­ recteur national­socialiste d’un établissement quelconque fait la demande de stérilisation. Trois personnes « particulièrement versées dans la doctrine de santé héréditaire », c’est­à­dire trois nationaux­ socialistes avérés, font fonction de juges. Le huis clos est garanti, et le silence est imposé à tous les participants, même à la victime.

De cette façon, tout contrôle pu­ blic de la procédure devant ces tribunaux secrets est impossible. D’après ces définitions, parmi les dizaines de milliers de détenus dans les camps de concentration, les prisons et les maisons de ré­ clusion, n’importe quel détenu et tout adversaire du régime peut être stérilisé de force. Ce n’est pas une hypothèse. La stérilisation pour des raisons poli­ tiques est une réalité. Plus encore, les chefs nationaux­socialistes n’ont pas honte de la reconnaître publiquement. M. Dietrich, chef du service de presse du Reich et, dès le mois de janvier 1938, se­ crétaire d’État, a, en juillet 1933, prononcé un discours dans le­ quel il a prétendu qu’environ 80 % des deux mille détenus du camp de concentration de Dachau sont, au point de vue raciste, des « bâtards », des « mélanges ju­ daïques », etc., que les hommes qui, au point de vue raciste, ne sont pas germaniques, devraient être stérilisés et que la majeure partie devrait, non pas mourir, mais s’éteindre sans progéniture.

Il doit s’éteindre sans progéni­ ture ! Il doit être stérilisé ! Il doit être mutilé, même s’il est complè­ tement sain. On le déclare comme héréditairement malade, cela suf­ fit. Le récit suivant nous renseigne sur la manière dont on procède. Dans la Wiener Klinische Wochenschrift, Albert Niedermeyer, chef du service des Renseignements au mariage de la ville de Vienne, rap­ porte un cas particulièrement ré­ voltant : « Le Tribunal de santé héréditaire avait ordonné la stérilisation d’un homme de 40 ans pour faiblesse d’esprit. Quand on lit les résultats de l’examen de l’intelligence, on doutera pourtant si effectivement l’homme était faible d’esprit. Contentons-nous de relever seulement quelques-unes des réponses enregistrées : Qui était Luther ? “Le grand réformateur et fondateur de l’Église évangélique luthérienne.” Qui était Bismark ? “Le fondateur de l’Empire allemand 1870-1871.” Pourquoi y a-t-il le jour et la nuit ? “Parce que la terre tourne autour du soleil. Le soleil est une étoile fixe, c’està-dire qui reste sur place.” Quelle est la différence entre une erreur et un mensonge ? “L’erreur est une méprise, le mensonge par contre, une affirmation consciente de fausses choses. Un mensonge devant le tribunal, prononcé sous la foi du serment, est un parjure.” “Le faible d’esprit” pouvait résoudre correctement tous les problèmes de calcul, de multiplication, de division, de calcul des intérêts, des équations à une inconnue, etc. Il donnait également des réponses suffisantes à des questions sur la morale. Le Tribunal de santé héréditaire a donc déclaré faible d’esprit un homme qu’il n’a pu juger faible d’esprit, mais qu’il a voulu stériliser pour d’autres raisons insoutenables au point de vue légal. » (National-Zeitung, Bâle, 8­1­1936)

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VIE DE L’ARAC LE RÉVEIL

Rennes (35)

Tout Rennes cultive la paix

Dans le cadre de « Tout Rennes cultive la paix », l’ARAC 35 a organisé une initiative mémoire sur un quartier dit « sensible » de Rennes. Parmi les nom­ breux participants, certains ont sou­ haité connaître les activités de notre association.

ARAC Bouches-du-Rhône (13)

Le 7 novembre, Michel Caciotti, prési­ dent d’honneur de l’ARAC des Bouches­ du­Rhône, a remis la médaille militaire

à Jacques Rousset, secrétaire général de la section de Fos­sur­Mer.

ARAC Cher (18)

Le 7 novembre, Patrick Saintenoy, prési­ dent départemental délégué de l’ARAC, a remis l’ORMCM, Étoile de bronze à

Mario Molino, maire de Septèmes­les­ Vallons.

Cérémonie de remise de l’ORMCM à Maurice Renaudat, en présence de Raphaël Vahé, président de l’ARAC, Pierre Bussonne, secrétaire national, Mme Despaux, directrice de l’ONAC, Mme Ferdonnet, Les Amis de la fon­ dation pour la mémoire de la déporta­ tion, M. Guerineau, vice­président du Conseil général du Cher.

Le 16 novembre, inauguration de la stèle Barbusse à Berre­l’Étang, en pré­

sence du maire Serge Andréoni et de nombreux élus et associations.

ARAC Bagnolet (93)

Vente du calendrier du Réveil des Combattants consacré à Nelson Mandela, sur le marché de Bagnolet.

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VIE DE L’ARAC LE RÉVEIL

ARAC Var (83)

Arac Gironde (33)

Notre fidèle adhérent Christian Les­ trade a été décoré de la Légion d’hon­ neur le 11 novembre, lors de la cérémo­ nie. Pour notre village de Gongaron, c’est un événement important. Chris­ tian Lestrade (75 ans) a été en Algérie de 1958 à 1962 où il a été blessé (perte d’un œil). Sous­officier instructeur jusqu’en 1967, il reprendra la vie civile après for­ mation dans un emploi de programma­ teur IMB. Il terminera sa carrière civile comme ingénieur informaticien. C’est pour ses faits de guerre et son enga­ gement héroïque dans les opérations pendant la guerre d’Algérie qu’il sera décoré. Citations : valeur militaire, carte du combattant, médaille militaire et le 7 mai, nominé pour la Légion d’honneur pour service rendu à la nation.

Le 10 novembre, l’ARAC 33 a participé à un rassemblement, place Jean­Jaurès à

Bordeaux, pour demander la réhabilita­ tion de tous les fusillés pour l’exemple.

ARAC Vigneux (91)

ARAC Essonne (91)

Cérémonie au mémorial Manouchian à Évry (91), le 17 novembre dernier.

L’exposition 14­18, réalisée par l’ARAC, a été présentée du 12 au 16 novembre 2013 au foyer du Lac de Vigneux­sur­ Seine, avec une projection­débat le mercredi 13 novembre animé par Paul Markidès, vice­président de l’ARAC.

TOMBOLA M. Ernest Risacher de Malmerspach (68), l’heureux gagnant d’une télévision grand écran, a décidé dé l’offrir à l’ARAC. Nous le remercions.

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LE RÉVEIL VIE DE L’ARAC

Aniane (34)

Fusillés pour l’exemple : pour une réhabilitation collective Le dimanche 17 novembre a eu lieu, à Aniane, le rassemblement pour la ré­ habilitation collective des fusillés pour l’exemple. Environ 250 personnes ont écouté la lecture des noms des Héraul­ tais fusillés pour l’exemple, avant d’ob­ server une minute de silence devant le monument aux morts. On notait la présence du conseiller général du can­ ton, M. Diaz, d’un adjoint au maire de Montpellier, M. Thinès, du maire de la localité, des représentants de l’ARAC, du Mouvement de la paix, de la Libre pensée, des Amis de l’école laïque. L’intervention de Maurice Moréno, Président départemental fut très ap­ plaudie.

ARAC Villejuif (94)

Exposition du centenaire de 14-18

Du 5 au 11 novembre, l’ARAC Villejuif a présenté l’exposition Centenaire de la guerre 1914­1918, ses causes, ses conséquences humaines et politiques et organisé un débat. Lors du vernis­ sage de l’exposition, Patrick Staat, se­ crétaire national, rappelait : « …Ce sont les causes de la guerre, ses enjeux qui ont conduit à un tel désastre. Cette guerre a pour base l’accumulation de tensions, de frustrations des peuples mais surtout la volonté, au travers de la colonisation, 24 -

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du partage du monde, de l’appropriation de ses richesses, et de ses ressources… Les leçons de l’histoire ne sont jamais suffisamment comprises et la mémoire reste fragile. La soif de pouvoir ou d’argent aveugle trop souvent les hommes au point de recommencer sans cesse les mêmes erreurs… Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent, affirmait Jean-Paul Sartre. Et cette affirmation se vérifie depuis, et plus particulièrement aujourd’hui où la démarche guerrière de

l’OTAN sème le trouble et la mort aux quatre coins de la planète… Le mensonge sert de prétexte au déclenchement des hostilités et les soldats qui meurent dans ces guerres ne tombent que pour défendre les intérêts des grandes compagnies pétrolières, financières et autres multinationales que la reconstruction de ces pays va enrichir, plus encore… Histoire, mémoire mais réflexion sur aujourd’hui, car face à la crise économique et financière du capital, toute mise en concurrence des régions, mise en concurrence des peuples, ne peuvent que conduire à des tensions. Le capitalisme a toujours utilisé la guerre pour sortir des crises qu’il a lui-même engendrées… Depuis sa création, en 1917, l’ARAC, une association d’anciens combattants créée pour combattre durablement la guerre, n’a jamais cessé d’évoquer les causes comme les effets et les conséquences de cette guerre. Le combat de l’ARAC rejoint celui de ceux qui s’opposent à la marchandisation… La force de l’ARAC, c’est de mettre en avant les idéaux républicains, plus modernes que jamais de liberté, d’égalité, de fraternité. »


LE RÉVEIL VIE DE L’ARAC

ARAC Ille-et-Vilaine (35)

Bassens (33) Lundi 11 novembre à Bassens, près de 150 personnes et 6 porte­drapeaux ont assisté à la commémoration de l’armis­ tice de la fin de la guerre de 1914­1918. Après les allocutions de l’ARAC et des personnalités locales, nous avons dé­

posé nos gerbes devant le monument aux morts et décoré notre camarade Paul Pétrilli de la Croix du combattant. Nous avons apprécié la présence plus importante que les autres années de jeunes, accompagnés de leurs parents ou enseignants. Hugues Dominguez.

ARAC Corrèze (19)

La Grande Guerre : une quarantaine de personnes s’étaient déplacées pour l’évocation de la guerre des tranchées, organisée par l’ARAC le 3 novembre. À travers la présentation des Carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, Michel Agnoux et Fernand Desaguiller pour l’ARAC, Jean­Marie Tronche pour l’Amicale laïque et Manou Geneste

pour la Libre Pensée ont proposé un éclairage différent de celui véhiculé par les manuels d’histoire ou les discours officiels. Nombreux sont ceux qui ont manifesté le désir de se procurer l’ou­ vrage en question qui a amplement mérité sa réédition dans le cadre du centenaire de ce qu’il faut bien quali­ fier de boucherie.

Le 11 novembre, l’ARAC d’Ille­et­ Vilaine était présente lors des cérémo­ nies officielles. Une délégation départementale par­ ticipait également au rassemblement dans le cimetière de Le Ferré, près de Fougères, avec les représentants de la Libre pensée, de la Ligue des droits de l’homme et de différents partis et organisations politiques. Une plaque rappelle la mémoire de Lechat, un gar­ çon du pays qui fut l’un des « quatre caporaux de Souain » fusillés pour l’exemple. En montrant que la de­ mande de réhabilitation totale des fusillés pour l’exemple s’élargissait en France et dans le département, le représentait de l’ARAC 35 décla­ rait : « Comme pour les autres guerres et conflits, nous ne voulons pas nous contenter d’observer des faits, mais tenter de réfléchir sur les conséquences, mais aussi et surtout sur les causes profondes qui engendrèrent cette Première Guerre mondiale. Car nous ne voulons pas rester à pleurer seulement sur le passé, nous disons qu’aujourd’hui, il faut tout mettre en œuvre pour que conflits et guerres ne puissent se reproduire. »

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LE RÉVEIL VOS DROITS

ONAC Ne pas accepter aujourd’hui ce que nous dénoncions hier ! Le Conseil d’administration de l’ONACVG s’est réuni le 30 octobre 2013 dans le grand auditorium de la préfecture de Paris et d’Île-de-France, 5 rue Leblanc, Paris 15e. André Fillère a assisté à cette longue séance qui vota la suppression des crédits sociaux versés aux associations et s’efforça, mais en vain pour l’heure, de faire accepter le départ des ERP et des maisons de retraite de l’ONAC. Coincés derrière une tablette, dans un siège d’où l’on ne voit que ses deux voi­ sins proches et la nuque du rang pré­ cédent, les administrateurs ont tout d’abord attendu plus d’une demi­heure le ministre délégué qui, à peine installé, a quitté la séance pour s’envoler vers le Mali. Que de respect pour le CA de l’ONAC et les ACVG qu’il représente ! Mais avant de partir, M. Kader Arif avait eu le temps de se féliciter du contenu du projet de budget 2014 (sans rire !), de se déclarer très « choqué » des critiques faites à l’encontre du décret « rabotant » la subvention d’État des rentes mutua­ listes AC, mesure que – selon lui – il n’a cessé de présenter aux présidents d’associations d’ACVG depuis un an (c’est faux !) sans qu’ils protestent… Et de se déclarer satisfait (bien sûr !) de la suppression des subventions sociales aux associations et du départ des ERP et des maisons de retraite de l’ONAC… Le cadre du débat était ainsi officielle­ ment fixé.

L’ordre du jour L’ordre du jour comptait 15 points (dont 14 avec vote) et 6 communications écrites sans débat. Mais seuls trois de ces points donnèrent l’occasion à débat. • La suppression des subventions sociales versées aux associations par l’ONAC Depuis des décennies, l’ONAC accor­ dait une subvention aux associations pratiquant une aide sociale consé­ quente : 460 000 euros en 2013, dont 26 -

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70 000 pour l’ARAC. Mais brusque­ ment, arguant de la Cour des comptes (muette à ce sujet), l’ONAC reprend ses billes et décide de pratiquer cette aide sociale en directe par le canal de ses ser­ vices départementaux… ce qui se fait déjà, chacun le sait. Si les deux rapporteurs des Commis­ sions solidarité et finances (Serge Drouot, FNACA et Yves Doury, Fils de tués) approuvèrent cette suppression, André Fillère, s’appuyant sur la lettre du Président de l’ARAC contestant cette mesure, se déclara surpris, étonné et appela à voter contre : « [extraits] Je suis surpris parce que cette mesure était reconduite depuis des années et n’avait jamais été remise en cause, dans son principe, j’en parle en connaissance de cause ayant siégé longtemps au sein de la Commission d’at-

tribution […] Je suis étonné, parce que durant de nombreuses années cette commission a présenté au CA de l’ONAC le vœu unanime que soit augmentée l’enveloppe de cette subvention, car les associations, pardelà ces crédits, financent elles-mêmes bien plus au plan des aides sociales, le Président Goujat peut en témoigner, lui qui le présentait régulièrement au CA de l’ONAC qui d’ailleurs l’adoptait. Or, c’est l’inverse qui se produit aujourd’hui et, à travers cela, existe une remise en cause du rôle des associations, une marginalisation de cellesci en les effaçant de fait de cette démarche sociale. Certes, on nous affirme le contraire. À moins qu’il ne s’agisse, en l’occasion, de récupérer les 460 000 euros en question, en cette période de chasse effrénée aux crédits. Car, n’en doutons pas, le système proposé va bouleverser les pratiques directes et allonger


VOS DROITS LE RÉVEIL

les délais d’aide sociale en transitant par les SD/ONAC (déjà bien surchargés !) où il serait question d’une caisse d’urgence. Mais un tel système n’était-il pas censé exister déjà dans les SD, les directeurs ne devaientils pas être dotés d’une carte bleue sur un compte spécial pour répondre à ces urgences ? Ne va-t-on pas vers une baisse prévisible de l’action sociale exercée jusqu’ici quasiment “en direct” ? Alors comment ne pas s’interroger quant aux motivations réelles de cette suppression des 460 000 euros de ces subventions, alors que nous nous trouvons face à une politique qui n’hésite pas à porter atteinte au droit mutualiste en rabotant de 20 % la subvention d’État ? L’ARAC a adressé un courrier au ministre à ce sujet. Elle y rejette la mesure en question. Vous comprendrez donc qu’ici, je vote contre. » Après quelques interventions s’in­ terrogeant ou dénonçant la mesure (Darmanin, FNACA, Attar­Bayrou, OPEX, Clere, Maginot), le vote à main levé donna le résultat suivant : 20 pour, 6 contre, 10 abstentions. Sans doute

n’est­il pas inutile de souligner que tous les membres de la Commission permanente dirigeant l’ONAC entre les CA (les vice­présidents, dont Jacques Goujat, les 2 présidents et les 2 rappor­ teurs des commissions) ainsi que les 10 généraux présents (nommés admi­ nistrateurs par le gouvernement Fillon) ont voté cette suppression de crédits so­ ciaux… Comme un seul homme. • Le devenir des écoles de réinsertion professionnelle et des maisons de retraite de l’ONAC À partir d’une communication de M. Charlet, conseiller de Mme Antoine, di­ rectrice générale de l’ONCA, le devenir de ces établissements fut abordé dans l’optique affirmée de l’« externalisa­ tion », c’est­à­dire de la vente des ERP (et sans doute des maisons de retraite de l’ONAC) à un repreneur public (?) ou plus assurément privé ! Une exper­ tise (de plus) est en cours, des résultats devraient être connus avant fin 2013 et Jacques Goujat, 1er vice­président de

l’ONAC, a annoncé la vraisemblable te­ nue d’un CA extraordinaire de l’ONAC sur cette « expulsion » des établisse­ ments médicaux sociaux.

Un patrimoine exceptionnel Nous allons entrer dans le cycle commé­ moratif du centenaire de la guerre 1914­ 1918, dont l’un des événements non né­ gligeables fut la création, il y aura cent ans en 2014, des écoles de réinsertion professionnelle de l’ONAC, la première à Lyon sous l’impulsion du maire de la ville, Édouard Herriot, le 16 décembre 1914, au 41 rue Rachais. À la réinsertion sociale des mutilés de guerre s’adjoignirent celle des mutilés du travail (1924), des travailleurs han­ dicapés (1962), des agriculteurs en re­ conversion (1965), des enfants de harkis (1999), des militaires en reconversion (1995). À l’heure actuelle les écoles de l’ONAC représentent 10 % des centres de réin­ sertion professionnelle et 25 % du po­ tentiel de la rééducation professionnelle LE RÉVEIL - N°799 - DÉC. 2013 - JANV. 2014

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en France. C’est dire leur poids et leur importance, mais aussi la qualité de leur formation et les résultats en ma­ tière d’emploi. Elles forment un tout et relève de la politique nationale de santé, un tout que l’on va céder au privé (avide des bâtiments et des parcs) au risque de perdre nos valeurs et de sacrifier les enseignants. De plus, ces ERP sont les seuls établis­ sements en France à former prioritai­ rement les stagiaires aux diplômes de l’éducation nationale (CAP, BEP, Bac pro, BTS, Licences, etc.).

Mises au point Pour sa part, le syndicat CGT appelait les administrateurs, dans une déclara­ tion, à s’interroger sur le fond : « Dans quelle fonction publique les établissements publics que sont les établissements de l’ONAC, pourront-ils remplir au mieux leurs missions ? » FO, par l’intervention de M. Milano (administrateur) manifes­ tait son inquiétude et réclamait de par­ ticiper aux réunions d’expertise. Quant à la CFDT, lors de sa rencontre la veille avec l’ARAC, son attachement au main­ tien dans le secteur public est flagrant.

L’ARAC pour le maintien des ERP dans l’ONAC André Fillère, dans son intervention, exprimait avec force cette position : « Ce sont des fruits extraordinaires du patrimoine de l’ONAC, même si aujourd’hui des ERP n’accueillent que 5 % de militaires, alors que tant d’OPEX sortent de leur contrat court sans formation professionnelle, voire sans logement. Il faut s’interroger sur ce blocage qui révèle une absence réelle de volonté politique d’obliger l’armée à prendre en compte les ERP, même s’il faut, avec les OPEX eux-mêmes, déterminer précisément leurs besoins et, à partir de là, adapter les ERP aux attentes des OPEX, ce que nous savons faire. Or, votre intention est de “sortir” de l’ONAC ces établissements alors qu’ils s’inscrivent déjà dans le processus de santé nationale de notre pays dans le cadre de leur spécificité. Le prétexte, c’est le coût des ERP, leur déficit récurrent nous dit-on. Mais, si

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on lit le rapport d’expertise officielle consacré aux prestations en faveur des ACVG, que constate-t-on ? – Que leur coût est inférieur d’un tiers à celui des autres centres de réinsertion professionnelle. – Que ni l’ONAC, ni le ministre de la Défense n’ont de politique, ni de stratégie pour les ERP. Alors qu’attend-on pour le faire ? – Que le retour à l’équilibre financier est possible à court terme ce qui est contradictoire avec l’accusation déficitaire. Ces neuf écoles forment un tout indissociable, ce sont des lieux de rencontres et de mémoire entre handicapés et ACVG et nous tenons à vous faire savoir notre volonté de voir ces établissements demeurer dans le cadre de l’ONAC, et de n’accepter en aucun cas le chantage “pour sauver l’ONAC, il faut l’amputation de ses établissements”. Et si, au contraire, pour sauver l’ONAC il fallait donner plus d’ampleur, plus de visibilité publique et politique à ces ERP ? »

Une esquisse de recul Manifestement consciente de l’impact de la position de l’ARAC, la direction de l’ONAC présentait – en contre­feu – par l’intermédiaire du vice­président Gou­ jat, un projet de motion – que nul n’avait entre les mains ! – lequel « mettait des barrières » aux « dérives possibles » évo­ quées : maintien dans les sites, main­ tien de la situation des enseignants, etc. André Fillère soulignait que ce texte s’inscrivait déjà dans un processus de cession et demandait, en vain, à ce que soit introduit pour le moins le condi­ tionnel : « Au cas où aucune autre solution que l’externalisation ne pourrait être envisagée, il faudrait que soient maintenues… » Ce qui était refusé. Quant à ce texte, il montre en fait que rien n’est joué et que tout va dépendre de l’action unie des personnels des ERP, de leurs syndicats et du mouvement ACVG que l’ARAC ne manquera pas d’animer.

• Le contrat d’objectifs et de performances Présenté par la directrice de l’ONAC, il se veut « outil de pilotage » pour la transformation et la consolidation de l’OPNAC. Comme à chaque début de contrat, on nous dit « avec ça, l’ONAC est sauvé pour 4 ans ». En fait, il officialise l’arrivée de nouvelles missions (harkis, rapatriés, mémorielles 14­18 et 1944­1945) sans personnels en plus. Travaillez plus et mieux ! À ma question sur de nouvelles compressions de personnels (150 postes au moins de 2009 à 2013) la réponse officielle est négative : « On pourra tout faire à effectif constant. » Sauf que les ERP et les maisons de retraite, ce sont 600 personnels… dont l’ONAC envisage bel et bien de se séparer. La directrice géné­ rale de l’ONAC n’a­t­elle pas déclaré à l’ARAC : « Pour sauver l’ONAC, il faut se séparer de ces établissements. » Alors onze groupes de travail vont être créés aux­ quels les administrateurs de l’ONAC sont invités à participer. • Reste cet enjeu national En l’année du centenaire de 14­18, du centenaire de la création des ERP, va­ t­on assister à leur disparition ? Attaque contre le droit à réparation que sont les rentes mutualistes AC, suppression des subventions d’action sociale aux associations, vente au privé des ERP et du patrimoine de l’ONAC, ce gouvernement « de gauche » n’en finit pas de porter des atteintes que même le précédent sarkozyste n’avait pas osé mettre en œuvre ! André Fillère


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L’ARAC et sa Mutuelle Comme il se doit, la Mutuelle de l’ARAC était présente au Conseil national de l’ARAC qui s’est tenu à Créteil les 22 et 23 novembre dernier. Largement représentée par les adhérent(e)s mutualistes, membres du Conseil national, avec une intervention, très appréciée, de notre président André Fillère qui a fait le bilan de l’inacceptable politique budgétaire du gouvernement contraire au droit à réparation, en ré­ duisant sans concertation, de 20 % la subvention de l’État sur les rentes mu­ tualistes anciens combattants. Il a également rappelé le bilan des ac­ tions communes de l’ARAC et de sa Mu­ tuelle, en particulier auprès du Président de la République, François Hollande, du Premier Ministre, Jean­Marc Ayrault, et du ministre des Anciens Combattants, Kader Arif, sans oublier nos multiples démarches et nos rencontres avec nos élus, députés et sénateurs (voir article dans le Réveil sur les droits). Il a exposé, avec clarté, les difficultés financières rencontrées par la Mutuelle, dues à la politique néfaste du gouvernement. En remerciant le Conseil national de l’ARAC, il a tenu à mettre à l’honneur le militantisme, le dévouement, l’action de tous les adhérent(e)s de l’ARAC et de sa Mutuelle unis et décidés à ne rien lâcher pour la défense de nos droits légitimes. C’est pourquoi, très natu­ rellement et à l’unanimité, les mutua­ listes, membres du Conseil national de l’ARAC, ont voté L’Appel de l’ARAC aux Françaises et aux Français : Ensemble, refusons de conduire la France au dé­ sastre. Ce fut un bon Conseil national, porteur de nos valeurs républicaines « Liberté, Égalité, Fraternité », raisons de notre fierté, de nos actions. Ensemble, renforçons­nous et agis­ sons. Jacques Goutorbe Vice-président de la Mutuelle, membre du Bureau national de l’ARAC

ÉCOLES DE RÉÉDUCATION PROFESSIONNELLE DE L’ONAC Manifestation des professeurs, personnels et stagiaires À l’appel des syndicats CGT, FO et CFDT de l’ONAC, les professeurs, les personnels et les stagiaires des écoles de rééducation professionnelle de l’ONAC ont entamé, le 23 novembre dernier, une série de mouvements et manifes­ tations devant les préfectures des neuf départements concernés. Créées dès 1914 dans le cadre de la Pre­ mière Guerre mondiale, dont le gou­ vernement nous invite à commémorer le centenaire, les écoles de réinsertion professionnelle de l’ONAC représen­ tent 25 % du potentiel de rééducation professionnelle en France ; elles sont les seules à décerner des diplômes de l’Éducation nationale (CAP, BEP, Bac Pro, BTS, licences, etc.) Moins chères que les établissements privés, elles attei­ gnent des taux de réussite et de reclas­ sement dans la vie active extrêmement remarquables. C’est pourtant au nom de la RGPP mise en place par Sarko et prolongée par la MAP de gauche (« La MAP, c’est la RGPP en tenue de camouflage » disent les syndicats) que le gouvernement exige de l’ONAC leur « sortie » de celle­ci pour voguer vers quoi ? Le secteur public (?)… le privé… la Croix rouge… bref la sup­ pression de 600 emplois et la casse du patrimoine de l’ONAC.

Les ERP manifestent À Bordeaux, à Muret, à Limoges, ils ont manifesté par centaines contre le désen­ gagement de l’État dans le cadre de la « Modernisation de l’action publique »,

belle modernisation qui s’attaque aux travailleurs handicapés, dans le même temps où la session des sites au « privé » risque de satisfaire la faim des ogres de l’immobilier lorgnant depuis long­ temps sur ces magnifiques terrains « à bâtir ». Dans les 5 autres, le mouvement se met en place et s’accentue : • À Évry, c’est avec les associations d’ACVG que l’ERP manifeste. Le président de l’UDAC Essonne, celui de l’ARAC (André Fillère), de la FNA­ CA (Guy Le Saut) et leurs drapeaux sont là pour soutenir celles et ceux (stagiaires et enseignants de l’ERP Malleterre à Soisy­sur­Seine) qui ont conçu, créé et réalisé avec eux le site départemental à la mémoire des AC tombés en Algérie, Tunisie et Maroc. • Une union et une lutte qui s’imposent pour empêcher que demain ces ERP et les Maisons de retraite soient cédées au privé, et que l’ONAC, dépossédée de son patrimoine, de ses derniers fleurons, ne soit plus qu’une coquille vide dont il sera aisé de se débarrasser d’un revers de main… en 1917 ! Camarades de l’ARAC, renforcez vos liens avec les ERP et les maisons de retraite de l’ONAC. Veillez et alertez le mouvement ACVG, les sections locales et départementales ; faites qu’aux côtés de l’ARAC, l’ANCAC et de quelques autres, la sauvegarde des ERP et des maisons de retraite dans l’ONAC de­ vienne le souci permanent des associa­ tions nationales… UFAC comprise ! LE RÉVEIL - N°799 - DÉC. 2013 - JANV. 2014

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LE RÉVEIL ACTUALITÉS

SON PARCOURS

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1

18 juillet 1918

Naissance dans une famille royale de l’ethnie Xhosa. Son arrière-grand-père était roi du peuple Thembu. Études d’anglais et d’histoire des civilisations occidentales.

1 6 7

2

1944

Rejoint le Congrès national africain (ANC) opposé à la politique de ségrégation raciale. Mène plusieurs actions de résistance non-violente.

3

1951

Devient l’un des deux premiers avocats noirs de Johannesbourg.

1964

4

1960

Après le massacre de Sharpeville, l’ANC est interdit. Nelson Mandela fonde alors la branche militaire de l’organisation, prônant l’action armée.

Après 17 mois de clandestinité, il est emprisonné au fort de Johannesbourg.

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Hôpital Volks : première rencontre secrète avec les autorités pour poser les bases de futures négociations. Celles-ci s’accélèrent à partir de 1989 (de Klerk président).

1992 5

6

La Haute Cour de Pretoria le condamne à la perpétuité. Il passe 27 ans en prison dont 18 à Robben Island avant d’être libéré définitivement en 1990.

1985

1962

10

3 5 11

Se sépare de sa seconde épouse, Winnie, célèbre et très engagée dans l’ANC, condamnée par la justice pour enlèvement.

1993

9

1994-1999

10

Reçoit le prix Nobel de la Paix pour avoir travaillé avec le président De Klerk à la fin de l’apartheid. L’ANC est légalisée et suspend la lutte armée.

Lors des premières élections multiraciales, Nelson Mandela devient Président de la République d’Afrique du Sud et prône la réconciliation nationale.

8

Depuis 1999

11

Se met en retrait de la vie politique mais s’implique dans des projets caritatifs.


ACTUALITÉS LE RÉVEIL

el

son Rolihlahla Mandela, très exactement. Né le 18 juillet 1918 dans l’ancien Bantoustan du Transkei à l’est de la province du Cap Oriental. Son père, Gadla Henry Mphakanyiswa, était un chef des Thembu, un sousgroupe de l’ethnie Xhosa, la deuxième en importance, après les Zoulous. Il obtient un diplôme en droit en 1942 à l’université de Witwatersrand de Johannesbourg et rejoint le Congrès national africain (ANC, parti à l’époque modéré de la bourgeoisie noire, créé en 1912). Il crée, avec Oliver Tambo qu’il avait rencontré à l’université de Fort Hare, le premier cabinet d’avocats noirs d’Afrique du Sud. En mars 1944, avec Oliver Tambo et Walter Sisulu, homme d’affaires de Johannesbourg, ils créent la Ligue de la jeunesse de l’ANC (Youth League), histoire de dynamiser le mouvement. L’apartheid n’est pas encore « officialisé ». Il le sera en 1948, avec l’arrivée au pouvoir de Daniel Malan. Mais à la même époque, les « jeunes » de la Youth League, Mandela et Tambo en tête, s’emparent de la direction de l’ANC. La longue lutte peut commencer. 1950 manifestation contre l’assassinat de 18 Noirs et contre la loi qui bannit le communisme. 1951 l’ANC lance officiellement une Campagne de défiance contre les lois iniques. En 1952, 1re arrestation et 1re condamnation à 9 mois de prison de Mandela pour non-respect des lois de l’apar-

theid et pour communisme. Il est finalement placé en liberté surveillée. La même année, il devient l’un des quatre vice-présidents de l’ANC. 1955 une année clef : le 9 février, le gouvernement fait raser le quartier de Sophiatown dans la banlieue de Johannesbourg, qualifié de foyer de « rebelles anti-apartheid ». Les habitants sont déportés vers une nouvelle ville, Soweto. En juin, en congrès, l’ANC adopte sa Charte de la liberté, manifeste politique anti-apartheid. Le 5 décembre 1956, Mandela et 150 de ses compagnons sont accusés de trahison (un crime pouvant être sanctionné par la peine de mort), mais seront tous acquittés à l’issue d’un procès fleuve en… 1961. Entre-temps, le 21 mars 1960, a eu lieu le massacre de Sharpeville. La police sud-africaine tire sur les manifestants : 79 morts. L’ANC et le Congrès panafricain sont interdits par les autorités. Après Sharpeville, l’ANC et Mandela abandonnent la non-violence et fondent une organisation militaire, Umkhonto we Sizwe (« Lance de la nation »), pour mener la lutte armée contre le pouvoir. Mandela est à nouveau arrêté en 1962, de retour d’un périple à l’étranger et condamné à 5 ans de prison pour incitation à la grève et déplacement illégal. En 1963, il est cette fois inculpé avec d’autres leaders, de sabotage, trahison et complot. En mai 1964, s’ouvre le procès : « J’ai condamné le racisme toute ma vie, je le combats aujourd’hui et je le combattrai

jusqu’à mon dernier souffle », déclare Mandela qui est condamné avec sept compagnons à la prison à vie. Il passe 17 ans à la prison de l’île de Robben au large du Cap, où il attrape la tuberculose. Il est transféré en 1982 à la prison Pollsmoor. Au cours de ses années de détention, il refusera toujours sa libération contre le renoncement public à la lutte contre l’apartheid. En 1986, commence toute une série de rencontres avec les autorités, jusqu’à celle avec le président Pieter Botha en personne, le 5 juillet 1989. À partir de 1988, il avait été placé en résidence surveillée, aux abords de la prison Victor Verster de Paarl. La liberté arrive enfin le 11 février 1990. L’ANC et le Parti communiste sont légalisés. Mandela aura passé 27 ans et 190 jours en détention. Il est élu président de l’ANC en 1991, reçoit le prix Nobel de la paix conjointement avec le président De Klerk en 1993. Il devient le premier président noir élu par le Parlement après les élections générales multiraciales et pluralistes du 27 avril 1994 remportées à une écrasante majorité par l’ANC. Il est investi « président » le 10 mai de cette même année devant un parterre de 150 000 personnes et 5 000 invités, dont 42 chefs d’État. Il quitte la présidence de l’ANC en 1997 pour mettre sur orbite celui qui sera son successeur à la tête de l’État en 1999, Thabo Mbeki. Déchargé de fonction politique, il crée en 1999 la Fondation Nelson Mandela. LE RÉVEIL - N°799 - DÉC. 2013 - JANV. 2014

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le réveil Mensuel de l’ARAC

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des combattants

2 Place du Méridien 94807 Villejuif cedex Tél. 01 42 11 11 11 Fax. 01 42 11 11 10 reveil-des-combattants@wanadoo.fr

Créteil, le 23 novembre 2013

Appel au peuple de France Ensemble, refusons de conduire la France au désastre ! • • • • •

Chaque jour 1 000 emplois disparaissent en France Le chômage touche des millions de salariés 14 % des familles vivent sous le seuil de pauvreté 950 000 enfants de notre pays n’ont qu’un repas par jour Les salaires et les retraites sont bloqués

Cette situation sociale particulièrement désastreuse résulte des choix identiques de nos gouvernements successifs depuis 30 ans : favoriser systématiquement les profits au détriment des salariés, accepter la délocalisation des emplois et transférer un maximum de services publics dans la sphère privée. On le constate avec l’élaboration du budget de l’État pour 2014. Une caste qui dicte ainsi au peuple sa politique avec l’assentiment du gouvernement. Politique qui impose les difficultés à l’immense majorité, tandis que les grands patrons européens voient leurs rémunérations augmenter de 25 % en un an. • C’est la mise au pas de la France selon la volonté de la Commission européenne. C’est cette Europe des inégalités et de la finance que refusent les peuples du continent. Ainsi s’explique que 60 % des Européens pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. L’ensemble des droits qui font la spécificité française sont remis en cause, dont les droits à réparation des anciens combattants. • La poursuite de cette politique conduit la France au désastre, l’ARAC ne l’accepte pas car les moyens d’en changer existent. Elle appelle les citoyennes et citoyens à se rassembler pour mener ensemble l’action. Nous sommes les héritiers de la Révolution de 1789 qui a donné naissance à la République et ouvert la voie à la démocratie, de la Commune de Paris au Front populaire et au Conseil National de la Résistance. Cette politique de régression sociale est la négation de tous ces mouvements de progrès qui ont déterminé l’histoire, c’est la négation de la Révolution française elle-même et de la République. Cette négation fait le jeu du front national. Ensemble les Français ont construit la République. Aujourd’hui, ils défendent et défendront ses valeurs. C’est pourquoi, l’enjeu est de reconquérir la souveraineté de la Nation. À l’instar de l’Union sacrée en 1914, l’union sacrée que l’on nous propose pour 2014, année du centenaire de la guerre 1914-1918, c’est d’accepter le recul de civilisation dans lequel nous sommes plongés aujourd’hui. Nous ne tomberons pas dans ce piège. Nous agissons et agirons pour en sortir notre pays. Nous appelons nos adhérents, nos amis, les Françaises et les Français à être présents dans toutes les actions, dans toutes les luttes, dans le combat pour un monde de solidarité, de liberté, d’égalité et de fraternité. Défendons les valeurs de la République pour construire une société démocratique, un monde de paix.

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LE RÉVEIL - N°799 - DÉCEMBRE 2013


Le Réveil des combattants numéro décembre/janvier 2014