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N | PORTRAIT ■

artisan d’art

Mille vies vécues, une France parcourue de Cannes à Paris avec des bottes de sept lieues pour un savoir-faire unique. Le Nouveau est parti au pays des pierres dorées, à la rencontre de Jacques Antoine, maître Bottier du Bois d’Oingt.

JACQUES ANTOINE Dans l’atelier du maître Bottier

© LN pour la page

C

ette année encore, ils habilleront le pied du sapin. Ces souliers, qui chaque jour supportent un peu plus la pesanteur de nos pas, Jacques Antoine les magnifie. « Il faut de 30 à 300 heures de travail pour réaliser une paire » rappelle-t-il. Né en 1941, à l’Hôtel-Dieu de Lyon, Jacques-Antoine Chakmakian compte parmi les derniers des Mohicans de l’artisanat haut de gamme. Issu d’une famille de seize enfants, il décroche son certificat d’études avant de mettre un pied dans la botterie. Sur les conseils de son père, il pousse la porte de la boutique « À l’Étoile » tenue par Georges Basmadjian . Le maître d’apprentissage lui transmet la minutie, le savoir-faire et la passion. Après 30 mois de service militaire entre Fribourg, Mulhouse et Berlin, il retrouve sa terre lyonnaise et file à Villeurbanne blanchir sous la semelle. Embauché à la manufacture Bailly Camsat, Jacques Antoine s’imagine mal passer sa vie sur un poste de travail et sous la surveillance d’un chef d’atelier. « Je suis resté quelques mois avant d’ouvrir ma première boutique, rue du professeur Weill. » Son parcours

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Le célèbre peintre espagnol lui confiera même que « l’inspiration vient du pied » ! Jacques Antoine réalise également des chaussures pour la Comédie Française.

Au Bois d’Oingt, l’atelier des merveilles

lyonnais passera ensuite par la rue du Plat et la rue de Sèze. « Je suis un insatisfait » s’amuse-til à l’évocation de sa feuille de route. Une nature profonde chez ce personnage épris de liberté, à rebours des diktats du monde contemporain. Il aurait d’ailleurs pu pantoufler tranquille, dès le début de sa carrière, lorsqu’un financier lui propose de s’associer pour développer sa marque. Très peu pour lui. A la grisaille d’une normalisation de son activité, profondément artisanale, le bottier préfère prendre le soleil. Direction Cannes, « sur les conseils d’un ami » avant Ramatuelle puis Paris. La capitale de la mode est un terrain de jeu à la mesure de son art. Installé rue des Tournelles, à deux pas de la place des Vosges, il chausse les personnalités comme Johnny Hallyday, Barbara Hendrix, Carlos, Michaël Austin, Charles Aznavour ou Salvador Dali.

En 2009, Jacques Antoine s’installe au Bois d’Oingt. Dans son atelier, l’odeur du cuir vous saisit en premier. « La qualité d’une peau se reconnaît au toucher » explique-t-il. Chevreau, veau velours, requin, crocodile, serpent, pécari, autruche, buffle, cerf, alligator, galuchat... « Mes chaussures, exclusives, sont confectionnées comme autrefois... Coupées, mises en forme, collées, cousues intégralement dans mon atelier. La seule forme en bois est taillée à la main. A cet égard, la durée d'existence d'un soulier est très très longue. » Le processus de fabrication obéit à un rituel inamovible : prise des mesures, choix de la peausserie, création ou choix du modèle, de la hauteur de talon puis fabrication manuelle d’une première ébauche, « une fausse chaussure » avant la réalisation du modèle final. Au total, la fabrication d’une chaussure à la main nécessite près de 150 manipulations. Des souliers d’exception pour hommes et pour femmes qui portent la marque d'un savoir-faire unique en Beaujolais. ●

Jacques Antoine Bottier Réalisation de soulier sur-mesure et haute-mesure | Cordonnerie 88, Chemin de Font Pérou | Le Bois d’Oingt | 06 11 39 11 42

www.jacques-antoine.odexpo.com

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LE NOUVEAU #15 - DÉCEMBRE 2016  

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