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Mireben

MIREBEN


Le livre du rêveur Chant 1 : L’éveil

«Il s’était réveillé en sursaut. A condition, bien sur, que l’on puisse qualifier l’état dans lequel il se trouvait d’éveil. Il n’avait en effet aucune conscience de ce qui l’entourait : de sa chambre, des maigres rayons de lumière nocturne qui pénétraient timidement ça et là, des divers bruits de la vie citadine, du corps pourtant chaud allongé près du sien et même de l’heure qu’il était, il ne savait et ne percevait rien. Et ce qu’il avait su il ne le savait plus. Et ce qu’il ne savait pas encore il ne désirait pas le connaître. Cependant, il aurait été faux de déclarer qu’il dormait. Pour l’heure il était pleinement conscient, en ce sens où son cerveau bouillonnait. Poussées par le souvenir persistant d’un rêve, ses synapses étaient à un niveau d’activité élevé. Le contenu même du songe serait impossible à décrire, et la trace qu’elle avait laissée dans son esprit le serait presque autant. Le Rêveur lui même ne savait pas bien à quoi il avait eu affaire : s’il avait assisté à une expérience synesthète où parfums, couleurs et sons se confondent; ou s’il avait perçu par un sixième sens nou-

veau pour lui; ou encore si l’esprit qui s’était adressé à lui l’avait fait directement dans sa conscience. Ce dont il était certain, c’est que tout ce qu’il avait appris cette nuit là était vrai. Cette nuit là. L’Esprit c’était adressé à lui. L’Esprit n’avait pas encore de nom. Le Rêveur avait parfaitement compris qui il était et de quel concept il tenait : il n’avait donc pas besoin de le nommer. Mais par commodité, il songea qu’il pourrait être utile de savoir comment l’appeler. Ne parvenant pas à trouver un nom faisant suffisamment ressortir la grandeur de l’Esprit, il se résolut à le nommer Nathanaël en attendant que lui vienne une meilleure idée. Et puis le prénom Nathanaël lui était sympathique. Nathanaël, puisqu’on l’appellera ainsi, avait choisi de s’adresser au Rêveur pendant la nuit. Il lui raconta qu’il était omnipotent, omniscient, et ainsi qu’il en avait profité pour créer la Terre et l’Univers il y a de cela plusieurs milliards d’années.


Mais, hélas, il avait cette volonté propre aux dieux à se manifester tout en restant mystique et ténébreux : c’est pourquoi il ne narra que quelques grandes lignes de cette histoire, se réservant des détails éventuellement plus révélateurs pour ses prochaines apparitions. Le Rêveur n’apprit donc que de menus éléments sur la grande épopée de la genèse du monde, lors de son expérience psychique proche de ce que les spécialistes des paradis artificiels appellent « trips », ou « grosse hallu, man ». Nous nous contenterons donc de résumer ce qui fut dit, ou pensé, ou ressenti, cette nuit là. Tout d’abord, il ne faut pas croire qu’il n’y ait rien eu avant l’Univers. Quiconque aurait déjà assisté à un cours de physique ou même de chimie dans sa vie saurait qu’on ne peut pas faire quelque chose à partir de rien. Le Plein avait donc toujours existé, mais il était originellement à l’état de Chaos. Nathanaël s’était donc contenté d’organiser le tout selon l’énergie insufflée par le Flux, une sorte de force qui dirige l’harmonie de l’Univers. L’expression « se contenter » est bien entendu un euphémisme. Créer un Univers entier demande énormément de travail,

et le maintenir debout en demande encore plus. Car l’harmonie n’est pas un état constant, et le rôle de Nathanaël est également d’empêcher l’Univers de sombrer à nouveau dans le Chaos. Ces maigres informations, vous vous en doutez, ne satisfirent pas pleinement le Rêveur. Il manquait des réponses à certaines grandes questions de la philosophie, telles que « d’où vient la vie ? » ou « comment est née la conscience ». Cependant, il savait que les informations révélées cette nuit étaient toutes vraies.


Elle s’était levée. Et il ne l’avait pas remarqué. Elle lui avait baisé le crâne. Et il ne l’avait pas remarqué. Elle était partie prendre une douche. Et il ne l’avait pas remarqué. Elle s’était habillée rapidement. Et il ne l’avait pas remarqué. Elle était partie dans la cuisine préparer du café. Et il ne l’avait pas remarqué. Elle avait lancé quelques banalités à propos de son travail. Et il n’avait pas répondu. Elle était retournée dans la chambre. Et il ne l’avait pas remarqué. Elle lui avait demandé si il avait l’intention de se lever. Et il n’avait pas répondu. Elle lui avait rappelé légèrement irritée qu’il faudrait bien qu’il aille travailler s’il tenait à garder son emploi. Et il n’avait pas répondu. Elle entra dans une colère noire. Et il ne l’avait pas remarqué. Elle lui hurla un torrent de rage agrémenté de quelques insultes. Et il ne l’avait pas remarqué. Elle s’arrêta... puis fondit en larmes. Après une minute sans rien d’autres que ses pleurs, elle tourna les talons et sortit de l’appartement en claquant la porte. Les tasses étaient restées sur la table de la cuisine, l’une à moitié vide, l’autre tout à fait pleine de café encore chaud. Et il ne l’avait pas remarqué.

Quand il se leva, il faisait déjà grand jour. Il fit quelques pas dans l’appartement, et s’arrêta dans la cuisine lorsqu’il s’aperçut qu’il ne savait pas vraiment où aller, ni quoi faire. S’asseyant sur une chaise, près de la table où reposaient les tasses remplies du café désormais froid, il se mit à penser à quels pourraient être ses nouveaux objectifs pour l’avenir. Nathanaël lui avait donné durant son rêve quelques instructions : des commandements, pour ainsi dire. Deux pour être exact. Ce n’est pas tant que Nathanaël fut peu exigeant : c’est surtout que, comme toujours, il préférait en garder un peu pour la suite de l’histoire. Décidant de sauter les traditionnels « Tu ne tueras point » ou « Tu ne voleras point », si évidents qu’il les avait jugés inutiles, Nathanaël choisit pour premier commandement ce qui était la base de son enseignement propre : « Tu ne possèderas point d’objet dont l’utilisation n’est pas immédiate ». En gros, un vœu de pauvreté strict à l’extrême. Le Rêveur songea donc à tout ce à quoi il allait devoir renoncer : son domicile, son compte en banque, sa voiture, son téléphone portable ou encore ses vêtements...


Comme il fallait bien se couvrir, la nudité étant peu appréciée dans nos contrées, il décida de troquer ses fripes modernes pour une tenue plus basique. Il décrocha le rideau du salon et l’utilisa pour confectionner une toge. Puis il prit la tringle comme bâton de marche : il n’avait aucune difficulté à se déplacer, mais il avait la certitude que cela augmenterait son aura. Enfin, il récupéra dans un placard de vieilles tongs qui lui protégeraient efficacement les pieds. Le deuxième commandement donné par Nathanaël et : « tu répandra mon enseignement dans tout ton pays, et plus loin encore ». Le Rêveur était devenu le Prophète. Comme il n’avait plus aucun repère, et était convaincu de la justesse de Nathanaël, cela lui convint. D’un pas décidé, il sortit de l’appartement, et descendit les escaliers afin de pénétrer dans la rue, où il comptait bien répandre la bonne parole. A suivre...»

HEUDé


Mr Poulet


from director PANDORAX PANTOCRATOR

a DIRTY XENON MOTORBIKERS release starring BRUCE WILLIS QUENTIN TARANTINO MICHELLE RODRIGUEZ


JE UX

Jean Mich’ le piranha s’est levé à la bourre pile le jour de l’invasion de la terre. Aide le à rejoindre la bataille.

aide Jean Mich’ à rejoindre le garage et à récupérer ses vêtements sur le chemin.

réponse : demerde toi

Quelle ombre est celle de la soucoupe volante de Jean Mich’ ?

c

b

d

réponse : b. espèce de crétin

a


Pilipili


Lune


Chouf’

A BIENTÔT POUR LE PROCHAIN NUMéRO! Et n’oubliez pas que tout le monde peut participer. Si, même toi là-bas !

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