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!tilt! Textes et illustrations Marie Leclercq


LA BOITE À LUNCH


1950

Jusqu’ en 1950, Maman nous tendait avec son grand sourire un joli sac de papier contenant nos tartines. Nous allions plein d’entrain à l’école, attendant patiemment l’heure du déjeuner pour se délecter de toutes ces merveilles. Mais ballottées dans le cartable, les denrées avaient tendance à terminer en miettes. La société Alladin de Nashville flaira le filon et inventa en 1950 la « Boite à lunch » en métal. Si la boite japonaise Bento refait son apparition et devient un objet à la mode aux couleurs tendances, son ancêtre de 1950 proposait comme coloris le rouge et le bleu avec un décalque du cowboy Hopalong Cassidy, un thermos inclus, le tout fabriqué dans un bon métal bien solide. Une révolution pour nos petits écoliers! En plus de bien conserver le repas, elle fit une parfaite arme de défense pendant les bagarres. À tel point qu’en 1970, Alladin dû revoir la fabrication de ses boites a Lunch, et remplacer le métal par le plastique. Le plastique, c’est fantastique, c’est plus économique et ça fait moins mal.


LE NUTELLA


1950

En 1946, le chocolat devenait une denrée rare et coûteuse. Pietro Ferrero, chocolatier et pâtissier à Alba, un village du Piémont, se trouvait peiné de voir tout les bambins privés de chocolat au goûter. Il chercha donc comment remplacer le cacao et opta pour la noisette du Piémont, abondante dans la région. Après tout, n’est-elle pas considérée comme la meilleure au monde? Pietro créa donc une délicieuse recette de pain à la noisette et au lait, avec une pointe de cacao (tout de même!) qu’il baptisa « Giandujot », pour le plus grand bonheur des enfants d’Alba. Mais au cours de l’été 1949, Pietro oublia son « Giandujot » en plein soleil. Ce dernier pris une étrange texture crémeuse Pietro eu un éclair de génie et adapta sa recette pour qu’elle conserve cette texture onctueuse même au frais dans un placard (mais surtout pas dans le réfrigérateur !). En 1950 la recette fut au point, et le « SuperCrema », ancien nom du « Nutella », était né pour ne plus jamais quitter nos tables de petits déjeuners.


LE VELCRO


1951

Dans ce beau pays de Suisse chassaient vaillamment Monsieur Georges de Mestral et son fidèle ami canin. Mais quelle corvée après chaque battue de détacher une à une les fleurs de bardane suspendue au pelage de son chien et de son pull over ! Décidément, certaines plantes ne servent à rien... Ou plutôt pas encore ! Ingénieur, Georges n’aime pas les mystères. Ces fleurs collantes, qui s’accrochent aux surfaces pelucheuse, quel est leur secret? Georges découvrît alors qu’elles étaient constituée de milliers de petits crochets qui s’agrippaient à toute surface constituée de fibres... Alors il réfléchit à une application dans la vie quotidienne. Il mis au point un formidable dispositif pour faire adhérer deux matériaux de façon simple et réversible qu’il baptisa « Velcro », diminutif de «V elours et Crochets ». Et depuis les cosmonautes accrochent leurs affaires bien plus haut que les sommets Alpins !


LE LIQUID PAPER


1951

Bette Nesmith Graham est secrétaire à New York. Elle a une jolie écriture, et prend des notes à longueur de journée. Mais à la fin de chaque longue liste manuscrite, elle se rend compte qu’il y a toujours une erreur, une faute ou une rature. Que faire alors cinquante ans avant le CTRL+Z ? Recommencer bien sûr! Mais Bette en a assez, et décide de tricher en appliquant juste ce qu’il faut de peinture blanche sur la petite erreur, et gagner ainsi de précieuse heures et éviter bien des ampoules aux doigts ! Le « Liquid Paper » était né. Bette cessa le secrétariat pour fonder sa propre société de fabrication de liquide correcteur, et cinq ans plus tard elle la vendit au groupe « Gillette » pour la modique somme de 47 millions de dollars... Faire des fautes, ça paye !


LE DISQUE DUR


1954

En 1948, IBM sort son premier ordinateur composé de plusieurs systèmes de stockage : 8 tubes à vide, 150 mots sur une mémoire à relais et 66 boucles de bandes papier pouvant stocker au total 20000 mots de 20 digits au format DCB. Mais en 1956, Ramac 305, le tout premier disque dur, avec sa capacité de 8 Mégaoctets (tout de même), pesait une tonne. Avec son ensemble de 50 disques de 61 centimètres de diamètre, il révolutionnait le stockage de données informatique. Si de nos jours, notre ordinateur ne peut se séparer de son fidèle disque dur externe glissé dans une poche de notre attaché case, avec le Ramac 305 grand comme deux frigos américains, on ne risquait pas de perdre ses données.


LA POêLE ANTI-ADHéSIVE


1954

Marc Gregoire est passionné de pêche à la ligne, et grand amateur de la cuisine de sa maman. Ingénieur de son état, il décida un jour de se fabriquer lui-même une belle canne à pêche. Il conçu donc un moule en argile pour y couler du plastique ! Mais le plastique s’obstinait à rester collé au moule et Marc fut incapable de récupérer sa canne sans la casser... Il trouva la solution dans les valves de réacteurs nucléaires, recouvert de tetrafuloroéthyléne, imperméable à l’eau et aux graisses, et anti-adhésif par dessus le marché ! Si il recouvrait son moule de Teflon, le tour était joué et il aurait enfin sa canne à pêche! Mais Madame Gregoire, la maman de Marc, trouva l’idée tellement lumineuse qu’elle supplia son fiston de lui fabriquer une poêle en aluminium qui n’accrocherait plus et qui mettrait fin aux steaks baignant dans l’huile et aux vaisselles interminables. Ainsi naquit la toute première poêle Tefal en 1954. Depuis ce jour, Marc pu partir à la pêche sa canne en plastique sur l’épaule, un bon repas sans matière grasse dans le ventre et la satisfaction de faciliter la vie de milliers de ménagères.


LA COCOTTE MINUTE


1954

L’idée traînait dans les tiroirs depuis 1860… Mais la révolution fut bourguignonne, et ce fut Frédérique Lescure et sa « Société d’Emboutissement de Bourgogne » (alors fabrique d’arrosoir) qui révolutionna la cuisine en 1963 ! Conscient que son idée ferait gagner un temps précieux à la ménagère en pleine crise d’émancipation, Monsieur Lescure se pointa au salon des Arts Ménagers pour dévoiler au monde sa Cocotte Minute SEB. Hélas, le directeur, effrayé par autant de modernité, le refusa. Mais Monsieur Lescure a la tête aussi dure que son fait-tout en métal et construisit un mur de cocotte minute devant l’entrée du salon ! Ce fut un succès monstre: la première année, 130 000 cocottes vinrent équiper les ménages français et en 1960, prés d’un demi-million…


LES PORTES AUTOMATIQUES


1954

Ce jour de 1954, le vent soufflait particulièrement fort au Texas. Et les portes battantes battaient bien mal ! Pour entrer, pas de problème, mais pour sortir… Lew Harit et Dee Horton, agacés par cette fatalité de la nature, proposèrent alors au monde un nouveau concept: la porte coulissante à ouverture automatique ! Qu’il pleuve ou qu’il vente, entrée et sortie ne sont plus un problème depuis 1960, date à laquelle fut posée la première porte dans un vieil hôtel de Discroll, au Texas. L’entreprise Horton distribue encore ses portes partout dans le monde. Un coup de vent pour un coup de génie !


LE FRIZBEE


1957

Walker Frederick Morrison avait 17 ans, et pour la première fois invita sa fiancée Lucile à venir fêter Thanksgiving à Santa Monica en Californie. Plus par ennui profond que pour une scène de ménage, Lucile et Walter commencèrent à s’envoyer l’un l’autre une boite de pop-corn en attendant le repas. Au bout de quelques échanges, ils passèrent au niveau supérieur et firent voler des moules à tartes, qui partaient beaucoup plus loin au demeurant. Quelques années plus tard, Walter revint de la guerre après avoir acquis quelques rudiments d’aéronautique dans l’US Air Force et profita de l’engouement nouveau pour les OVNI pour créer le Whirlo-Way, une sorte de soucoupe volante annonçant le futur disque en matière plastique légèrement bombé dont on date l’invention officielle en 1957. Mais le nom « frizbee » vient de « Frisbie Pie Co », nom d’une boulangerie qui fournissait des plats à tartes à des étudiants de la côte Est qui imitait Walker et Lucile. Depuis le ballon, aucun autre objet aussi simple n’a donné lieu à autant de jeux et de sports de compétition.


LE JEU VIDÉO


1958

1958, en pleine guerre froide, Willy s’ennuie au Bookhaven National Laboratory d’Okland (centre de recherche nucléaire gouvernemental). Quand soudain, il réveille ses collègues : « Eh les gars, si on branchait le calculateur à l’oscilloscope, on pourrait jouer au tennis à la pause ! » Aussitôt dit, aussitôt fait, «   Tennis for Two », le premier jeu vidéo, était né de l’union d’un oscilloscope et d’un calculateur de trajectoire de missile en pleine guerre froide. Un point rebondissait sur une ligne horizontale figurant le court, on pouvait y jouer à plusieurs, et Willy et ses collègues ne s’ennuyèrent plus jamais pendant les pauses cafés. Mais Willy ne breveta jamais son idée, selon lui tout juste bonne à amuser les physiciens. Mais en 1966, Ralf Baer, travaillant alors à Loral Electronics, un fabricant de télévision, réalisa son rêve de trouver un autre rôle à cette dernière et inventa les deux premiers jeux jouables à la télé. Il déposa le brevet en 1968, et devint l’inventeur de la console de jeux.


!TILT! Quel peut être le rapport entre la pêche à la ligne et une poêle anti-adhésive, entre un arrosoir et une cocotte minute, entre un missile et un jeu vidéo? e Le XX siècle est riche d’inventions en tous genres devenues indispensables à notre quotidien. Chaque livret de la collection !TILT! vous fera remonter aux origines improbables de ces idées révolutionnaires.


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