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RUDIMENTS

DE

NOTATION MUSICALE Présentés d'une façon simple et nouvelle afin que très peu de règles puissent suffire. In gratiam hujus artis à l’usage des débutants de l’illustre MAÎTRISE de l’ACADÉMIE Bâloise. par

J O .J ACOB W OLLEB V. D. M. Traduit du latin en français par A.Pièce & N.Wolleb

à Bâle, chez Georg Decker, Acad. Typogr. An. 1642.


AU LECTEUR près que notre Maître autrefois admiré, l'illustre musicien Samuel Mareschall, m'ait confié, au seuil de sa mort, sa succession dans le poste de Professeur de musique1; après avoir beaucoup et longtemps réfléchi pourquoi soutenir cette Déesse chancelante en lui offrant un nouveau socle, j'ai décidé de m'atteler à cette tâche, à la condition cependant de connaître cet art (après avoir travaillé d'une discipline spartiate) par quelques règles qui se retrouvent dans les Psaumes, Motets, Fugues et autres compositions2 d'illustres compositeurs. Cher Lecteur, même si, contrairement à tes attentes, je te donne l'impression de m'éloigner parfois de la méthode ordinaire d'enseigner puisque j'invente des Voces3 nouvelles et inhabituelles pour ces anciennes règles ardues de Mutations4 maintenant oubliées; ne pense pas que je demande de procéder ainsi par audace et hardiesse, mais plutôt par bonne volonté, pour mener aussi les autres hommes libres à un meilleur exercice de cet art ; je suis convaincu qu'en suivant cette manière (qui n'est pas si différente de l'ancienne), l'on obtiendra des progrès et non pas des peines : je donnerai ceci prochainement avec le bon DIEU, et avec comme seul but sa louange.  Salut. M. Johann Jakob Wolleb

A

!3


RUDIMENTS

DE NOTATION MUSICALE. Dans lesquels seront expliqués : le Système, les Claves, les Voces, les intervalles, les valeurs des notes et des silences, le Tactus simple et proportionnel, et les autres signes que l'on rencontre souvent dans les Compositions. CHAPITRE I. Le Système. Le Système musical, sur lequel l'on note les mélodies, est composé de cinq lignes équidistantes : sur les lignes et interlignes sont placées les notes et autres signes.

5 4 3 2 1

espaces

lignes

On l'appelle aussi petit système, à la différence du Grand système qui est composé de 10 lignes et qui sert principalement pour les compositions5.

4 3 2 1

Schéma.

CHAPITRE II. Les Claves. Le Système compte sept Claves, A, B, C, D, E, F, G, qui se suivent ainsi en montant chaque fois qu'il en est question ; ou aussi en descendant, dans l'ordre inverse. Les chants commencent par ces trois lettres : F, C, G5: et la première distingue le chant par b mol du chant par Bécarre. Le Chant par bémol demande la lettre b, contrairement au Chant par bécarre.6

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CHAPITRE III. Les Voces. Sept Voces musicales correspondent aux Claves, de cette façon : En B. Carre BI. En B. Mol BA. LA SOL ou

FA MI RE UT

En montant

En descendant

ut, re, mi, fa, sol, la, ba, ut, bi, la, sol, fa, mi, re, ut.

NOTE. Ces Voces (BA comme b.fa et BI comme b.mi), recouvrent l'octave entière, de telle sorte qu'elles enlèvent non seulement toutes les difficultés des Mutations qui tourmentent souvent la plupart des jeunes gens, mais qu'elles permettent aussi à bon escient de distinguer le Chant par bémol du Chant par Bécarre et qu'elles indiquent exactement et définitivement à quelle Vox correspond quelle Clavis : enfin, il n'y a là rien de différent par rapport à l'ancienne règle qui apprend à chanter au dessous b.la et au dessous de b.ut. Rien n'empêche cependant , si l'on préfère, de chanter fa au lieu BA et mi au lieu de BI.

CHAPITRE IV. Les intervalles. L'espace entre les voix engendre des Intervalles, ou distance entre les sons.

Unisson, seconde, tierce,

quarte,

quinte,

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sixte,

septième, octave.


Avertissement. Si l'on aura déjà mémorisé, sous la direction d'un professeur, les intervalles les plus simples comme les Secondes, Tierces, Quartes, Quintes et Octaves, on trouvera sans peine des intervalles plus difficiles comme les Sixtes et les Septièmes. Quand viendra le moment de chercher des Sixtes ou Septièmes, l'on comptera d'abord une quarte ou une quinte depuis la note, puis en y collant une tierce ou une quarte, on trouvera une Sixte ou une Septième. On peut faire la même chose en comptant à rebours à l'aide de l’Octave. Tous ces points font ceci dans le schéma.

CHAPITRE V. Les Notes, Silences, et Points. Les signes (qui sont dirigés par le Tactus) sont soit des Silences et des Pauses, soit des Voces. Ou encore, soit des Notes, soit des liaisons, soit des points.

Observations. I. La valeur, la notation et le nom des Notes et des Silences.

Valeur

8.

4.

2.

1.

Notation Nom

Maxime.

1/2

Minime.

Longue.

1/4

Semiminime. Fuse.

Brève.

1/8

1/16

Semifuse.

II. Un point placé à côté de la note augmente sa valeur de  moitié. v.g.

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Semibrève.


III. Une Brève ou une Semibrève toute colorée perd un quart de sa valeur, que la  note suivante récupère ; et l'on fait la même chose qu'avec le point.

IV. Le principe des ligatures est environ le suivant : 1. Une brève liée avec la note qui suit par une hampe ascendante vaut un tactus ; si elle n'a pas de hampe, elle reste une brève. 2. Une brève ascendante sans hampe reste une brève : en descendant, c'est une longue, à l'exception des notes intermédiaires et des finales obliques.

NOTE. À la place des ligatures (qui sont maintenant presque désuètes), quelques personnes plus modernes se servent d'un demi-cercle qui entoure toutes les notes, de façon à les insérer dans une seule syllabe du texte.

A -

-

men.

CHAPITRE VI. Le Tactus simple. Comme il sera dit plus loin, le Tactus peut être soit simple, soit Proportionnel. Le simple (et le plus utilisé) est celui qui monte sur une minime et descend sur l'autre autre, régulièrement, par l'élévation et l'abaissement de la main.

EXEMPLE. Abaissement. Elévation.

Abaissement.

Elévation.

Abaissement.

Elévation.

[lI existe aussi un Tactus plus rapide qui se note avec un demi-cercle barré : il est plus lent quand on l'écrit sans ligne]

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Avertissement. Pour enseigner, je ne distingue pas sans raison la mesure (MENSURA) du Tactus, et je fais seulement cette partie, le tactus, avec l'abaissement et l'élévation (de la main); [je l'enseigne] à la fin, afin que les plus jeunes, qui d'ailleurs prêtent moins d'attention au Tactus et aux silences (PAUSAE), apprennent à distinguer soigneusement l'abaissement de l'élévation.  Ainsi il sera en effet plus sûr et facile (le tactus ordinaire n'étant en rien changé) d'observer deux Semiminimes séparément dans un mouvement descendant ou ascendant de la main que quatre ensemble dans un seul Tactus. On ne peut dire combien cet avantage a d'importance dans l'énumération des silences : ainsi, tu pourras compter plus exactement si tu dis que la longue vaut 4 mesures, la semibrève en vaut 2, la minime 1 et la Semiminime une moitié, et ainsi de suite, etc.

CHAPITRE VII. Le Tactus proportionnel. Le Tactus Proportionnel, ou irrégulier, est celui qui divise un Tactus en trois parties, et  qui fait compter deux abaissements et troisièmement l'élévation. On obtient ce tactus dans la Tripla, Sesquialtera, et Hémiole. Tripla.

3 2

3 2 Sesquialtera.

3 2

Hemiola major.

3 2

3 2 Hemiola minor.

3 2

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Observations. I. Les signes initiaux de proportion varient selon les auteurs : Certains mettent seulement un signe ternaire : d'autres écrivent une Sesquialtera tout en blanc, d'autres encore rajoutent avant chaque tactus décoloré un 3 ou un 6. Généralement ces signes se trouvent cependant comme elles sont notées dans le schéma suivant, c’est-à-dire: pour la Tripla, pour la Sesquialtera. II. Les règles à respecter pour les proportions des notes sont les suivantes : 1. Dans une Tripla, trois Semibrèves font un tactus. Dans la Sesquialtera, trois minimes. Le principe des Hémioles est le même ; sauf qu'elles changent par leur couleur et sont d'un tactus plus rapide. 2. Lorsque, dans une Tripla, deux ou plusieurs brèves se suivent directement, la première est parfaite : c'est ainsi, elle vaut un tactus complet. Le principe est le même, si, dans une Sesquialtera, deux brèves se suivent directement. 3. Trois brèves colorées dans une Tripla ne sont pas rendues parfaites, mais sont réduites à deux Tactus, celle du milieu est divisée. Mais elles sont décolorées pour éviter une confusion du tactus. Exemples de la seconde et troisième règles.

III. La proportion des silences. 1. Dans la Tripla, les silences observent la moitié de leur valeur : par contre, dans une Sesquialtera, il n'y a pas de changement de la valeur. 2. Le principe des silences pour le reste, afin de compléter le Tactus est le même que pour les notes.

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CHAPITRE VIII. Les autres signes à part le Tactus. Les musiciens débutants, plutôt que de rien indiquer, ont voulu de plus d'autres signes, nécessaires pour leur compréhension, qui ne passeront pas sous silence : 1. Le signe de reprise. S 2.Le signe de rencontre (CONVENENTIA) ou de Pause. 3. Le et son contraire le qui est le même que le Semitonium ou Dièse.

NOTES. 1. Quand un bémol tombe par hasard sur un e ou mi, il descend la petite note d'un demi ton et la change en fa. 2. Au contraire, quand l'on trouve un bécarre ou un dièse sur un b, il le monte d'un demi-ton, et dans ce cas, on apprend à chanter bi ou mi. 4. Le guidon (CUSTOS), écrit à la fin du système, indique la place des notes du  début du système suivant. 5. Le silence général valable pour toutes les voix, de cette manière :

Dans le tactus simple.

Dans la Tripla.

Dans la Sesquialtera.

Voici donc ce qui suffit pour ceux qui doivent apprendre la musique de nos jours. Avec le temps, un Maître principal de cet Art apportera le profit de nombreux usages.


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1. 2.

3.

4. 5. 6.

Le poste de Professor Musices comprenait le poste d’organiste de la cathédrale de Bâle, ainsi que la formation musicale des élèves de l’université. Le terme latin « Cantiones » correspond à une mutitude de définitions, et il n’est guère facile de trouver l’équivalent en français. Ici, il est probable que Johann Jakob veuille dire « … et autre compositions. » Alors que les Claves (clés) sont les lettres qui donnent la hauteur fixe des sons (a b c d e f g), les Voces (voix) sont les syllabes (ut ré mi fa sol la) déplaçables sur les trois hexacordes, selon la théorie de la solmisation de l’époque. Mutation: changement d’hexacorde en solmisation. F, C, ou G, les clés encore en usage de nos jours, dont le dessin des lettres se devine encore aujourd’hui dans nos signes. Ce qui explique pourquoi nous parlons de bémol à la clé.


Rudiments de Notation Musicale, Johann Jakob Wolleb, 1642.