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assis-toi, ton paquet de clopes est vide et il reste trois pages avant la dernière ligne de ton bouquin, rien ne presse. il y aura des mains pour te serrer au fond de la nuit, d'autres pour t'arracher chacun de tes cheveux, rien ne presse.

LE NUMERO DE LA FIN


DECEMBRE 2014 - # 01


EN FINIR. Léa Curtis

N'est ni un échec, ni un drame, ni un rêve, ni une libération, ni un moment triste, ou même joyeux, ni décidé, ni inéluctable, ni aléatoire, ni violent, ni doux, ni même une fin en soi. En finir, c'est rien du tout.

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MOURIR JEUNE ET

FAIRE UN BEAU CADAVRE de Lised d'Eau douce

"L

e mec qui s'use les poumons et les cordes vocales au pied de mon immeuble ne doit pas être à moins de trois grammes. Assez saoul en tous cas pour ne pas se rendre compte que son pied est enfoncé dans une flaque depuis dix bonnes minutes. Ça, et il est sous la mauvaise fenêtre. -… - Je n'ai jamais vu la gueule de ce type, sûr qu'il ne connaît pas la mienne. - ... - Le double vitrage ne sauve pas des cons. " Anne prenait toujours de mes nouvelles au beau milieu de la nuit, comme pour vérifier que j'étais bien dans mon lit et pas occupé à arpenter les rues comme à mon habitude. Ou dans les draps d'une autre. Le téléphone sonnait et pourvu que minuit soit passé, j'étais certain de trouver sa voix fluette à l'autre bout du fil. Façon de parler, elle n'avait rien d'une meuf bavarde, plutôt du genre te respirer dans l'oreille jusqu'à ce que tu lâches le morceau. Toujours été comme ça. Eté 85, restée muette devant une demande en mariage, Anne s'était fait ramoner la gueule par son copain de l'époque. Elle avait vingt-trois ans, et l'altercation ne l'avait pas laissée avec grand chose de ses dents. C'est là qu'avaient commencé les emmerdes. C'était un mardi d'aôut, sur la grande place devant la mairie du village, le thermomètre indiquait trente et un degrés et une légère brise décoiffait les vieilles. Anne, deuxième prénom Marie, tronche contre le pavé, sentait bien le soleil dorer sa peau et chauffer ses cuisses à travers le coton de sa jupe bleue, tout comme elle sentait des mèches de ses cheveux, celles qui n'étaient pas collées à son crâne par le sang, s'agiter dans le vent. A dire vrai la seule chose qu'elle n'avait pas senti c'était qu'elle poussait

là son dernier souffle. Je vous coupe tout de suite le mythe de la belle lumière blanche et des chœurs de chérubins, si un encéphalogramme plat ouvrait les portes du paradis, mon téléphone se donnerait moins la peine de sonner. Anne n'avait même pas eu le droit au néant, tout au plus un vide grisâtre teinté d'ennui qu'elle était incapable de ponctuer de soupirs, elle avait le poumon en grève. « Vu comment il s'acharne, en voilà un autre qui aime pas qu'on lui résiste. » J'me marre. « … - Merde, dis-moi pas que je t'ai vexé. » Grésillements sur la ligne. Pour cette fois-ci je suis pardonné. Pour toutes les fois suivantes aussi je crois, faut pas m'en vouloir j'ai l'humour dérangeant. Ou dérangé. Je sais plus. Le vivant ne me va pas vraiment au teint alors je lui noirci les angles. De mémoire j'ai jamais eu besoin d'être mort pour me faire rudement chier. Pas que j'envie Anne de pouvoir se payer une telle excuse, mais tout de même, certains ont des facilités. J'hante à ma façon les bureaux miteux d'une petite entreprise française, j'y troque coups de balais sous des bureaux contre salaire à la pièce. Je bois, je fume, je traîne dans des bars crasseux histoire de lever de la meuf pas regardante, je bats le pavé de mes godasses pourries. Et chaque soir où je rentre, je fais l'outrage de ne pas appeler ma mère pour lui donner de mes nouvelles. De toute façon personne n'aime les histoires de fantômes.

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FROM HELL TO SWITZERLAND (WITH LOVE) La Fille Renne

Ces photos ont pour moi un goût particulier. De soleil et de fer peut-être. Parce que elle, mon amie. Parce que elle, son histoire. Elle est venue me voir pour qu'on réalise une série de photos, avec elle. Avec sa blondeur, ses robes, la Suisse, la chemise et trois tubes de faux sang. Il y avait six mois à conjurer, une transformation physique, une renaissance à mettre sur pellicule. Une fin à libérer, un cœur qui saigne à stopper. Un corps de femme à travestir, des attitudes d'homme pour exorciser.

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Le sang qui coule de l’annulaire gauche. La fin d’une histoire, six mois à brûler, pour permettre une renaissance, un nouveau corps, une nouvelle peau, une nouvelle vie, dans les cendres chaudes de l’été.


"Je ne sais pas si tu t'en souviendras, dans dix ans. De cette blessure, et de cette année 2014 qui n'en finissait pas." "Quand on gratte un peu, le sang n'a pas encore bien coagulé. J'en ai plein les ongles, les mains, les doigts. J'en ai plein la bouche, ça coule dans ma gorge à en suffoquer. C'est poisseux et ça me noie."


"Alors s'il te plait, même dix ans après, souviens-toi, de ce moment-là. Au creux de l'été de cette année qui s'étirait, et qui n'en finissait pas. La vie qui battait de nouveau, et tes mains qui ne tremblaient pas."

Fanny - Août 2014 / Matériel : Canon AE-1 Program (film Kodak G


"Cet été est déroutant. Déphasant. Déstabilisant. Il brûle tout ce qui le retient. Les jours, mes habitudes, mes chemins. (...) A la fin, il ne reste que moi, nue et noire de fumée. Ma maison brûlée sous mes orteils, le vent sur ma peau fragilisée. Je suis venue, j'ai vu, je suis invaincue."

Gold 200) & Semflex Standard 4.5 (film Fujifilm Superia X-tra 40)


A LA FIN

de Rémy Chabrolle

L

prendre son pied dans une machine infernale qui vous cogne la tête de tous les côtés et vous pend la tête en bas à des vitesses impossibles. En fait, si je suis ici, c'est juste histoire de partager un truc, entre père et fils. Pour une fois. Je sais ce que vous vous dites, comme si c'était possible d'avoir une relation père/ fils stable. C'est une connerie vieille comme le monde. On n'a pas attendu le XXI ème siècle pour que les enfants détestent leurs parents et vice-versa. Détester, c'est un bien grand mot. La relation qu'on partage avec nos parents est peut-être le plus grand paradoxe qui existe. On leur doit notre présence sur terre, le fait de ne pas être mort de faim pendant notre enfance (parce que oui, ils nous nourrissent, tout de même), et d'autres trucs, comme la possibilité d'avoir un pécule sympathique pour faire des études et s'en sortir pas trop mal dans la vie. Des trucs vilainement matériels, au final. Oh, je dis pas, certains enfants ont la chance d'obtenir en héritage une certaine culture, une vision de la vie, des valeurs pour lesquelles se battre. Pas moi. « T'es vraiment qu'une tapette. Écoute, je te propose un marché, je fais l'attraction le premier. Si je n'en reviens ni malade, ni blessé, tu y vas après moi. » C'est ainsi qu'un père d'une cinquantaine d'année, pour montrer l'exemple à son trouillard de fils, monte dans une attraction impressionnante, qui emmène ses passagers à plusieurs mètres de hauteurs dans plusieurs loopings à donner des sueurs à un cardiaque. Il s'installe sur son siège, jette à son fils quelques regards éloquents, de ceux qui disent « tu vois, c'est pas si horrible ! ». Le jeune, pendant ce temps là, observe autour de lui. C'est le parfait endroit pour craquer, partir en couille : le paradis de la crise d'angoisse. Des lumières clignotantes sur le fond noir du ciel nocturne, des hurlements stridents de jeunes filles pubères à la recherche de sensation forte, une foule dense et détestable qui vous bouscule et vous paralyse sans arrêt. L'entrave est la règle dans une fête foraine. Alors que mon père inculte et insupportable se pavane sur le siège de sa fameuse attraction, une gamine hurle comme une

'endroit parfait pour s'éclater, ressentir ce que nulle part ailleurs l'on ressent : le paradis de ceux qui tentent d'éviter la monotonie. Le tintement des machines à jetons, l'espoir grandissant d'attraper une énorme peluche à l'aide de ce grappin qui ne se serre foutrement jamais assez, la sensation de l'estomac qui se retourne tandis que tous les organes se déplacent dans notre ventre, pendant un looping. La joie, l'amusement, le partage en famille ou entre ami. Le loisir est la règle dans une fête foraine. « Mais vas-y, tu verras, la sensation que ça procure est inégalable ! » Mon fils a seize ans mais qu'est-ce qu'il peut être trouillard. Moi, à son âge, j'étais capable de tout. Ce que j'ai pu faire le con sur ma moto, ou avec mes potes. J'étais ce qu'on appelle un casse-cou, en témoignent mes nombreuses cicatrices. Ce qui me sert de fils est plutôt du genre casse-couille. Vous vous rendez compte, il me les a brisées pendant toutes les vacances pour qu'on vienne dans ce foutu parc d'attraction... Et pourtant ; on est là depuis une heure, et il n'ose pas monter dans le moindre petit manège. Ce qui effraie un enfant de huit ans l'effraie deux fois plus. Pitoyable. Il en vient à croire à la théorie des complots, comme si les forains étaient payés au nombre de personnes qu'ils faisaient vomir. « Mm... je sais pas. T'as vu comme ils hurlent là dedans ? Et puis regarde, le mec qui vient d'en descendre là, il est en train de cracher son estomac dans un coin. Les forains qui tiennent l'attraction l'ont caché derrière leur cabine, pour pas qu'il fasse fuir d'autres clients, ou plutôt d'autres victimes. C'est pas sécurisé ce truc, moi je te le dis. » Mon père est sans doute ce qu'on appelle un vieux con. Le genre de mec à donner de l'urticaire, que tu as envie d'insulter dès le moment où il ouvre la bouche. Il passe son temps à râler, se plaindre. Tout y passe, les gens sont trop paresseux, trop bruyants, trop existants. Rien n'est jamais assez bien pour son altesse. Alors voilà, je me suis dis qu'on pourrait venir dans cette foutue fête foraine, histoire de passer un moment... Pour vous dire la vérité, j'ai du mal à saisir comment on peut

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A LA FIN

de Rémy Chabrolle

possédée derrière moi. Je ne peux pas m'empêcher de l'observer. Elle n'a pas réussi à gagner la peluche qu'elle voulait. Dommage. Il lui suffisait pourtant de tirer une ficelle pour obtenir un lot, au hasard. Elle voulait cette énorme licorne rose. Mais à la place, elle a gagné un gros coquillage décoratif, plutôt moche. C'est tragique, non ? En réalité, les cris de la petite m'angoissent un peu. J'ai mal aux yeux : la lumière des attractions dans la nuit. Mes oreilles bourdonnent et j'ai comme l'impression d'avoir le vertige. Je lève la tête vers l'attraction qui s'est mise en marche, mon père doit prendre son pied, j'imagine. Mon corps semble gonfler sous l'impulsion d'une chaleur insupportable, du genre qui étouffe, qui transforme l'air en poison. Mes sourcils se froncent tandis que des idées noires pèsent sur mon esprit. Et si l'attraction partait en couille, si mon père crevait, là, devant moi. Ce serait une putain de leçon de vie, non ? Devrais-je être surpris en me rendant compte que cette idée ne m'est pas totalement désagréable ? Le genre humain est attiré par le tragique. Rien d'autre ne le transcende à ce point. Il n'y a qu'à regarder le nombre d’œuvres classiques qui baigne dans la tragédie. Elle est belle, l'histoire de celui qui a vu son père mourir, et qui peut s'en servir comme un tremplin vers la vie, la vraie : celle nourrie d'envie, nourrie de motivation, de soif de vivre, de soif d'aimer, du désir de bouffer tout ce qu'il est possible de bouffer. Il n'y a qu'un drame comme celui-là qui peut exagérer tout ce que ressent l'être humain. Il lui donne les désirs arides de se venger de la vie en suçant tout ce qui peut être sucer de son passage sur la Terre. Celui qui n'a rien vécu de dramatique, après tout, ne fait-il pas que survivre en espérant qu'un truc horrible se déroule devant lui ? Si j'avais ce truc un peu incroyable, je vivrais sans doute mieux, d'autant plus que je n'aurais plus ce vieux con sur le dos. D'une pierre : deux coups. Mais non, le voilà qu'il revient. Il est sorti indemne de l'attraction de la mort. Dommage. « Allez, à ton tour maintenant. Si t'y vas pas, tu vaux pas mieux que ces bougnoules là-bas. » Je regarde mon crétin de fils avancer les poings serrés vers l'attraction. Il prend place sur son siège. Il a l'air si maladroit, si gauche. C'est agaçant. Pourquoi ne pourrait-il pas être droit, sûr de lui, fort, viril ? J'ai l'impression de l'aimer par défaut. De

l'aimer parce que c'est mon fils (et quel père n'aime pas son fils ?) et pour rien d'autre. Après tout, s'il n'était pas la chair de ma chair, aurais-je éprouvé un quelconque intérêt pour lui ? Nous n'avons pas un seul point commun, pas un seul centre d'intérêt partagé. Il n'aime que prendre ces photos à la con, passer des heures devant son ordinateur à les retoucher. Il traîne avec des gars qui semblent sortis d'un film d'horreur, ou avec des filles percées et tatouées de partout. Encore heureux, lui ne tombe pas dans ce genre de choses dégueulasses. Les mains serrées autour de la barre de sécurité du manège, un gros boudin collé contre mes cuisses m'empêche de tomber lorsque le monstre de métal me renverse la tête en bas. A vrai dire, je suis trop énervé pour profiter de la moindre sensation qu'il procure. C'était aux « bougnoules » qu'il s'en prenait maintenant. L'altruisme, la compréhension, l'écoute. J'ai ce besoin incommensurable de devenir important pour les gens ; et ce désir mégalomane de devenir ce qu'on appelle « quelqu'un de bien ». Pour vous dire la vérité, j'ai l'impression d'être sur la bonne voie. Alors pourquoi je ne peux pas me comporter de la même façon avec le paternel ? Chacune de ses erreurs et chacun de ses défauts me font frissonner de dégoût. Les excuses que je trouve aux autres ne parviennent pas à émerger pour lui. Il m'inspire juste une pitié. J'ai pitié qu'un être puisse être ainsi rempli de préjugés, de stupidité. J'ai honte que la personne qui m'a engendré puisse commettre des erreurs de jugements aussi grossières. Je retrouve en lui toutes les horreurs que l'Histoire devrait avoir anéanties : la haine, la xénophobie, le racisme, l’intolérance envers toute forme de différence. Alors que je quitte l'attraction, je le cherche des yeux. Je le retrouve. Il me demande : « C'était génial, hein ? ». Et sans lui répondre, je me dirige vers la sortie, pour rejoindre la voiture. Il est impossible que je partage autre chose que mon ADN avec ce type. Regardez le, avancer droit devant lui, la tête baissée, les bras ballant le long de son corps. Comment ai-je pu faire de mon fils un tel raté ? Il n'y a rien qui puisse sortir d'un gars comme ça. Je ne peux pas m'empêcher d'envier ces autres pères et ces autres fils, autour de nous, qui ont en commun toutes les passions qu'un père et un fils partagent habituellement. Ah... je me prendrais bien un petit verre de whisky, tiens.

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SOUS LA CHUTE Théo Lecoq

Que ce soit de creuser son trou ou que l'on croit pouvoir voler quand on est un quadripède à long cou, il faut retenir qu'il y a un moment qui amène à ce genre de situations. Sous la chute signifie qu'il faut voir au delà de la chute. Elle souligne la raison qui amène une personne à ce point critque. Cette série de dessins suit cette idée. Elle se fixe sur un point, il y a un avant et un après, et c'est justement là où il faut porter son regard et que l'on peut s'interroger sur cette situation. Bon, les interprétations restent tout de même libres, ce qui reste intéressant c'est de comprendre, voir même d'imaginer tout ce cheminement qui arrive à une fin. Je ne vais pas donner d'exemple, pour éviter l'influence d'une interprétation. Sachez qu'il peut y avoir plusieurs raisons de chuter..

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APRES L'AMOUR Ortie

Après l'amour, chaque couple a son rituel, et pourtant, une fois mis à nu, nous nous ressemblons tous un peu. Au delà des différences qui ne sont pourtant pas toujours admises socialement, chaque personne se retrouve dans ce moment d'abandon à son simple statut d'être humain, et d'être humain aimant. Alors pourquoi restreindre l'expression de l'amour des autres lorsqu'elle ne rentre pas forcément dans les normes, alors qu'au final nous sommes tous un peu les mêmes lorsque nous sommes amoureux ? En suivant un protocole similaire pour chacun, j'ai pour volonté de sortir de leur contexte social tous les couples que j'ai pu rencontrer, et d'effacer les différences d'orientation, de genre ou de mode de vie, et de les présenter simplement comme amants.

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ESCHATOLOGIE CHRETIENN ou

Petit manuel de relation

Il faut bien le reconnaître, le Moyen-Âge n'a pas une très bonne image dans l'imaginaire collectif. Alors que l'on garde de l'Antiquité les philosophes, l'art et le début de la démocratie, on n'aura plus tendance à lier au MoyenÂge les guerres incessantes, l'Inquisition et les mauvaises odeurs. S'il convient de contrebalancer ces idées préconçues en rappelant que c'est également durant cette période que s'est développé le système des Universités, la diffusion de la littérature et la création de nombreuses inventions, il faut bien reconnaître qu'autour du XIVe siècle, c'était quand même un peu la misère. À la base, il y a ce que les historiens appellent poétiquement un retournement de conjecture. Pour résumer, la population augmente, les terres cultivables diminuent, la famine approche. On ajoute à ça des conditions climatiques désastreuses, des conflits incessants (coucou la Guerre de Cent Ans), et l'apparition d'un truc appelé la Peste Noire qui va tuer environ 2/3 de la population européenne. Dans une société où la religion chrétienne est omniprésente, on commence à se dire que ça sent le sapin et qu'il est possible que la fin des temps approche. Ce qui est intéressant, c'est qu'au lieu d'agir comme des lemmings ou de se tailler les veines en écoutant Joy Divison, les gens vont choisir d'apprendre à vivre avec la Mort, et vont développer une série de rituels allant dans ce sens.

Liste non exhaustive :

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Thibault H. Engrenage

NE AU MOYEN-AGE TARDIF u

ns cordiales avec la mort

Le dit des trois morts et des trois vifs (ou inversement) Il s'agit d'un conte provenant du XIIe siècle qui connait un certain regain de popularité au fur et à mesure que les cadavres s'empilent. La paternité pourrait en être attribuée à Baudoin de Condé, ménestrel à la cour de la duchesse de Flandres, Marguerite II. On en trouve par la suite de nombreuses versions mais le thème principal reste le même, il s'agit de trois nobles rencontrant trois morts, trois cadavres. Le premier noble veut fuir, le second considère qu'il s'agit d'un signe de Dieu et le troisième constate l'aspect dégoutant des cadavres. Face à eux, les morts leur rappellent qu'eux aussi furent beaux et nobles, que la mort est une conséquence du péché originel et qu'elle n'épargne personne, et que seule une vie loin du péché leur permettra le salut de leurs âmes. « Nous avons bien esté en chance Autrefoys, comme estes à présent; Mais vous viendrez à nostre dance Comme nous sommes maintenant. » Ces textes ont donné lieu par la suite à de nombreuses représentations picturales, sculptures, bas-reliefs ou vitraux. C'est la bibliothèque de l'Arsenal qui conserve la plus ancienne gravure française à ce sujet, datée de la fin du XIIIe siècle. Le but principal de ces œuvres est de rappeler à tous que la mort peut survenir à tout instant, et que si personne ne peut s'en protéger, il est toutefois possible de ne pas s'en inquiéter en menant une vie pieuse.

Les danses macabres Les danses macabres sont des représentations picturales montrant une foule de personnes de toutes classes sociales (on retrouve régulièrement le nombre 24, divisés en trois groupes de 7, les puissants, les bourgeois et le peuple) entrainée par la Mort ou bien des morts. Si l'on trouvait auparavant ces danses macabres sous forme de petites représentations théatrales, l'une des danses macabres sous forme picturale les plus anciennes est une peinture murale datée des années 1360, dans l'église de Lübeck, mais elle fut détruite durant la Seconde Guerre mondiale. Si le thème peut paraître sordide, les représentations le sont beaucoup moins puisque l'on peut voir morts et vivants mêlés, dansant ou jouant de la musique ensemble. Le but de ces œuvres est de démontrer que la mort n'a que faire des classes sociales, du sexe ou des richesses. Il s'agit encore une fois d'un avertissement quant à la possibilité de mourir dans l'instant et la nécessité de prévoir la vie après la mort. De façon contemporaine, on peut retrouver ce thème aussi bien dans le Viva la Muerte des nationalistes espagnols durant la guerre civile, l'Espagne ayant également produite de nombreuses danses macabres à la fin du Moyen-Âge, ainsi que dans des films plus ou moins récents comme Les noces funèbres de Tim Burton.

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La tenture de l'apocalypse Chauvinisme oblige, je me dois de finir par cette oeuvre conservée au château d'Angers. Le duc Louis 1er d'Anjou, amateur de tapisseries et désirant une œuvre monumentale, commanda en 1373 à des tisserands parisiens de l'atelier Robert Poinçon une illustration de l'Apocalypse de Jean. Ce texte prophétique est présenté comme une révélation de Jésus à Jean du « sens divin de son époque et comment le peuple de Dieu sera bientôt délivré ». Ce texte est le dernier livre du Nouveau Testament canonique, et raconte en détail les circonstances de la fin du monde, en particulier la lutte qui oppose Dieu, le Christ et son peuple à Satan et aux puissances terrestres inspirées par ce dernier. Le travail réalisé s'inspire des illustrations précédemment réalisées par Hennequin de Bruges, peintre attitré du roi Charles V, frère du duc. Il a fallu de nombreuses années pour réaliser cet ensemble, le tout faisant 140 mètres de long sur 6 de hauteur. Si ces chiffres peuvent paraître abstraits et qu'une partie a été détruite au fil du temps, le résultat reste tout de même impressionnant et montre encore une fois le rapport complexe, entre crainte et fascination, que les gens de l'époque entretiennent avec la mort.

L'Ars Moriendi Littéralement, l'art de bien mourir. La paternité de l'expression reviendrait au théologien Jean-Charlier de Greson, dans un ouvrage paru en 1408. Il explique que le clergé est soucieux d'accompagner les malades et les mourants, de plus en plus nombreux, et de les préparer à la mort à travers de petits textes pratiques. Ce souci nouveau peut venir du fait que les prêtres étant décimés comme tout un chacun, il est nécessaire de ne pas abandonner la communauté chrétienne, même avec une présence diminuée sur le terrain. Un premier texte, Tractatus artis bene moriendi, paraît en 1415 sous la plume d'un moine dominicain resté anonyme. On y trouve notamment les bons cotés du décès, les cinq tentations qui attendent le mourant (le manque de foi, le désespoir, l'impatience, l’orgueil et l'avarice) ou encore les prières à réciter au moment du décès. Ce livre sera un des premiers imprimés et sera diffusé dans toute l'Europe où il connait un large succès. Des gravures accompagnent également ces textes, on y voit en général le mourant alité entouré de ses proches, ainsi que des anges et des diables, seulement visibles par le mourant, preuve que le voile entre monde matériel et monde spirituel est pour lui déchiré.

Cette fascination pour la mort ne sera cependant pas limitée au Moyen-Âge, puisque l'on retrouvera durant la Renaissance de nombreux courants reprenant ce thème et inspirés par les créations antérieures, qu'il s'agisse par exemple des Memento Mori ou encore des Vanités.

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...

Gaël Palpacuer

Notre monde entraîne la fin de l’instinct. Notre quotidien est programmé. Notre esprit ne supporte plus le moindre imprévu. Naïf, on se laisse porter par la précision du temps. Sans plus se poser la bonne question. Nos yeux ne sont plus habitués à la spontanéité. Accepter la fatalité ?

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EPIPHENOMENES QUOTIDIENS DU Psylvia & Cahuate Milk

En fin de compte


CHAOS SPONTANE RENOUVELABLE

Voir le bout du tunnel


Etre au bout du rouleau


Faire un break


La faim justifie les moyens


Perdre la face


ILS DISPAR


RAISSENT Svet


BREATH Hel Ley

J’ai photographié la Fin au travers même de mon protocole de prise de vue, demandant au sujet photographié de vider l’air de ses poumons, parvenir à la Fin d’un souffle, la Fin d’une expiration, la présence d’un corps vide. C’est au moment où le sujet prend son inspiration que j’appuie sur le déclencheur. Cette série de quatre portraits fut réalisée avec une vitesse d’obturation lente, la façon dont j’ai souhaité interpréter ce thème de la Fin, confronte alors d’autres thématiques, celle de la capturation d’une respiration sur une image fixe, la Fin d’un souffle existant au travers d’un recommencement, d’une première inspiration.

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SANS TITRES

de Laurent Log Soula

finissais à peine de route, il faisait nuit et je ... Celui d'un été celui enir souv de tête donné par un j'étais là pour y entrer pas parti de celui-ci , mais cette route sinueuse. oir besoin de rien, autant que possible pour n'av Nous avions rempli la voiture on de campagne où nous aissait bien la route, la mais Laurène conduisait, elle conn sais donc emporter par lais me ais jamais vue, je l'av ne Je ne. sien la t étai allions inait, la route aussi ; s souvenirs ; la maison se dess les histoires de chacun, leur , nous étions seuls. avions tous connu pire, puis elle était longue mais nous ination s'était l'odeur avait changé, la fasc On se rapprochait du but, même mettaient à pétiller. renard, de biche, nos yeux se invitée, quant à traversée de moi étions derrière, cupait de la musique, Yann et Clara était devant, elle s'oc un peu partout ; on ires, qu'on avait entassées ensevelis sous toutes nos affa utile pour nos esprits et à regarder par la fenêtre, arrivait quand même à se voir ure en était remplie. voit la i, t, les souvenirs auss aien défil es arbr les ; urs  rêve qui menait aux portes de petit chemin escarpé, celui un sur ns étio nous AM, 0 01h3 lumière des phares, les chambres. Il n'y avait que la la forêt et aux confins de nos itent, nous aussi nous ses pupilles blanches qui palp arbres cachaient la Lune et la musique et nos voix chose avait changé en nous, étions en palpitation, quelque ure était en marche, elle obsc e au silence, une aura plac nt sère lais et t èren s'estomp ail, l'atmosphère l'avait la nature avait fait son trav était faite de compression ; payée. déterminés ; il était praticable, mais nous étions La route était difficilement jusqu'au bout... trop tard, il fallait aller e, il y avait toujours on se préciser à chaque mètr On voyait l'ombre de la mais de débarrasser la voiture e premier réflexe n'a pas été cette pesanteur étrange. Notr e elle pouvait, et nous comm t r. Laurène éclairai clai t étai tout si voir ler mais d'al sommes allés voir. déjà disparu, calcinée, e enfoncée, l'illusion avait port la ées, bris tres fenê Les n, disparus, plus liers, pièce maîtresse du salo l'intérieur dévasté, les esca sur les restes de is et des bouteilles de gaz d'étage, plus de toit, des débr r plus, mais elle permettait pas de nous aventure pavés... La lumière ne nous ario... suffisait pour se monter un scén souvenirs en fuite. avait le regard vide, tous ses On avait perdu Laurène, elle le plus proche. Ce age vill u'au , il fallait aller jusq mère sa r acte cont ait fall Il bruyante, le silence trop la musique est devenue trop ne fut pas le même trajet ; étouffant... a une frontière, ires, même l'émerveillement Les renards rythmaient nos sour donnant ce coup de fil, sa nous allions. Je pense qu'en sûrement celle du village où a pu entendre les  ; en plus de la nouvelle, elle nuit la de ir dorm pu pas mère n'a dû avoir un effet assez age où nous étions, ce qui a gens les plus bourrés du vill allions passer la nuit. tion était de savoir où nous rassurant. En repartant la ques on ne voulait plus était le lac, il était 02h30, L'idée qui nous séduisait tous ron 30 minutes, encore envi é encore mieux. On a roul lac un ait c'ét si et ir qu'attér ène sortit un « c'est pas l'endroit. En arrivant Laur une fois, je ne connaissais r un problème, et pas des x que nous, il devait y avoi là ?! », elle connaissait mieu moindres...

Nous étions quatre sur cette travailler. Parti sur un coup d'une jeunesse. Je ne faisais et découvrir, à commencer par

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SANS TITRE

de Laurent Log Soula Le lac n'existait plus.

Il fallait quand même trouver un point de chute, en somme nous n'avions plus le choix. C'est dans un silence tenace que nous débar rassions la voiture de notre amas d'affaires...nous investissions les lieux et les affaires inutiles prenaient désormais un sens.

C'était un endroit incohérent quand j'y pense : une fausse colline bordant un faux lac qui n'existait plus, et des tables de pique-nique un peu partout dans une pente. L'immobilité disant merde à la gravité ; pourtant ce grand trou de galets était une invitation, et la colline un toboggan ; le vide prend des côtés métaphysiques quand il se laisse absorber, surtout quand l'homme a le pied dedans, et il était présent partout ici.

Mais c'est nos ventres qui voulaient le combler les premiers, rien d'étonnant. Le temps de tout installer, de se voir et l'on pouvait enfin s'asseoir et mange r. Ce soir-là j'avais piqué une bouteille de vin rouge dans la cave de mes parents, elle fît tellement de bien que j'en arriv ais presque à boire sans culpabiliser, elle réchauffa nos poitrines et changea la paran oïa en énergie collective, je ne vous parle pas du repas ; il en fatigua certa ins, en motiva d'autres. Yann et moi n'avions pas dormi ; le lever du soleil dans ce lac et son exploratio n nous maintenait en éveil.

L'errance dans ce vide, nous donna du temps , c'était déjà le matin, et nous pouvions choisir notre fin. Vers 11h00 AM des gens commençaient à venir attirés par l'attraction de l'immobilité pour mange r et regarder un trou en travaux. Nous sommes partis dès que les regards devenaient oppre ssants.

Nos yeux en disaient long quand ils se croisaient pour charger la voiture, il était temps de partir, il était temps que la fin agisse, et en partant la voiture est allée droit devant.

Le hasard est circulaire et nous étion s à la fin de cette boucle : devant la maison ; à la porte de notre curiosité, et baignant dans la lumière . Les sensa tions étaient différentes, le bruit, l'odeur, même la maison paraissait nouvelle ; c'est avec le regard que chacun de nous s'est imprégné du lieu, en recherche. Le dernier regard persistait et après des aller-retours et des tours sur nousmêmes, nous pouvions y aller ; même si ce n'était pas tâche facile de quitter cet endroit parallèlement à la veille... Mais nous avions réussi à reprendre la route et reprendre le désir de rentrer et mettre une fin à cette soirée.

Sur la route, nous n'avions pas pris le même chemin, Clara avait remis la musiq ue et on rigolait déjà de ce cheminement sans fin, l'imprévisible nous faisait déjà rire et on en avait pris l'habitude. Grossière erreur.

Nous étions arrivés en face d'un lac.

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SANS TITRE

de Laurent Log Soula

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C'EST BEAU UNE VILLE LA NUIT Thibault H. Engrenage

J'espère que Bohringer ne me tiendra pas rigueur de lui emprunter son titre, bien qu'en en cherchant un autre ce sont toujours ses mots qui me reviennent en tête. J'ai toujours apprécié les villes. Parfois trop vivantes, parfois pas assez, certaines se dévoilant facilement et d'autres beaucoup moins. Les relations que l'on y nouent avec d'autres gens finissent par s'entremêler avec les relations que l'on tisse avec les villes elles-même, et ces dernières finissent souvent par perdurer au-delà de ce qu'on a pu y vivre ou de ce que l'on y vit. Parmi les moments durant lesquels je préfère arpenter les rues il y a la nuit noire, entre loup et loup. Toute activité humaine est terminée. Que je sois parfaitement sobre ou passablement éméché, j'apprécie de voir les places et les avenues désertes, ne croisant que rarement d'autres silhouettes ou quelques véhicules fugitifs. C'est cette ambiance que j'ai voulu capter. 3h du matin. 4h du matin. On peut ressentir une certaine sérénité, ou au contraire une forme d’oppression devant cette inanité. On se réapproprie l'espace public parce que l'on y est seul.

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LES NOUVEAUX SAINTS DE L'APOCALYPSE

Lised d'Eau douce

#1 dans leurs yeux rampaient des poussières d'argent et le seigneur laissa tomber à leurs pieds son ramage trompant jusqu'aux morts dormant des bois, sortit l'âme, celle d'orgueil et celle de rage, pour se déposer d'un voile sur ceux qui osaient respirer encore si l'on cru un instant à revoir naître l'herbe on se trompa plus rien ne bouge

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#2 celui qui oublie libère les autres des raisons d'exister il est le voleur de gibier et qui l'aide se perd, qui mange à sa table risquera la morsure au jour du dernier, sa bile nourrira les poissons par dessous les bateaux qui auraient pu le sauver


#3 aux malades la main sera tendue aux cœurs lourds la main sera tendue aux reclus la main sera tendue aux otages la main sera tendue aux oubliés la main sera tendue aux moribonds la main sera tendue aux étrangers la main sera tendue aux maladroits la main sera tendue aux psychotiques la main sera tendue aux maniaques la main sera tendue aux insomniaques la main sera tendue aux cadavres ambulants la main sera tendue à ceux qu'il reste la main sera tendue


THE END OF THE FUCKING WORLD

dix doigts. Elle l’aime, lui l’aime peut-être. Blasés de leur vie déprimante, une longue fugue plein d’embûches les attend. Il faut dire qu'Alyssa ignore que James est un sociopathe dont Charles Forsman les loisirs se résument à massacrer des animaux, de toutes L’employé du moi (original Fantagraphics) tailles, pour le plaisir. Ses pulsions meurtrières, avec l’âge sont de moins en moins contrôlées. Et sa nature profonde va leur Il est difficile de parler de la Fin pour une bande-dessinée. attirer un tas d'ennuis. Dans celle-ci, le déroulement du récit reste classique, en cinq temps : situation initiale, élément déclencheur, péripéties, Le découpage et la composition de l’auteur joue sur l'esthédénouement, situation finale. tique autant que sur l'écriture. Pas d’histoire qui reste sur C’est net, précis, léger. La senune fin continue. Certaines sibilité est transmise au lecteur commencent par le dénoueempathique par le biais des ment, mais le récit est au bout points de vue des deux protadu compte bien raconté dans gonistes, qui s'alternent d’un un ordre classique. chapitre à un autre, permettant au lecteur d’apprécier la pluraSi j’ai choisi de vous parlité des versions. Les dialogues ler de cet ouvrage c’est sans et les décors sont complètement doute pour son titre The end effacés, évitant tout remplissage of the fucking world. Au delà inutile, rendant la lecture fluide. de ça il est vraiment question Le graphisme épuré joue sur ici d'une fin, celle d’une adolescence incomprise et méprisée une naïveté brutale, la tension devient intense, la violence se (sujet ô combien rabâché). Charles Forsman nous conte l'esca- montre simplifiée et s’immisce progressivement dans le cœur pade, plus ou moins romanesque de James, garçon de 17 ans du récit. à huit doigts, et de Alyssa, jeune fille de 17 ans qui a bien ses Théo Lecoq

ONLY LOVERS LEFT ALIVE

Ouragan de jeunesse et d'énergie, Ava vient déranger le temps ralenti de leurs vies avec insolence, arrive, repart, et marque un point de non retour pour les protagonistes. Jim Jarmusch Les deux amants se voient contraint à changer d'air, sans pourtant que l'épuisante immortalité ne lâche leurs semelles. Quand on bataille dernièrement autour d'une image du vamLised d'Eau douce pire qui pue le sexe, incarnation du désir total, Jim Jarmusch s'occupe de leur qualité d'éternels. Il se paie même l'audace de prendre pour sujets Adam et Eve, amants culturels immémoriaux, pour faire la chronique étouffante de créatures dépourvues de fin. Deux faces d'une même pièce. Eve blachâtre et légère, erre dans les rues de Tanger, respire la nuit, prend le temps d'exister et de prendre la température des époques qu'elle traverse avec une douceur qui lui est toute caractéristique. Adam, tête enfouie dans un spleen d'artiste maudit, reclus dans sa baraque, entouré de ses instruments, se dégoûte de la modernité et de ces zombies d'humains qui viennent frapper à sa porte dans un costume de complet noir. On assiste à un temps qui se déroule au passé où le souvenir prend toute la place. La mort, absente du décor semble pourtant s'infiltrer partout, empoisonner avec une lenteur frustrante chacun de leurs mouvements. Seul le passage fracassant d'Ava, sœur d'Eve sonne le réveil qui les sort de leur torpeur. 78


DIABOLOGUM - #3

album culte (chez Ici d'ailleurs) pour parler d'un groupe français injustement méconnu. Diabologum, de quoi parle t-on ? D'un groupe toulousain des années 90 ayant produits deux albums très dispensables avant de sortir leur grand œuvre, le sobrement nommé #3. Maturité faisant, le trio passe radicalement d'un style pop-rock sous influencé par Indochine à un opus beaucoup plus novateur, mêlant guitares saturées et spoken word. Alors que la majorité des pré-adolescents parisiens se masturbent en écoutant Fauve, il ne fait aucun doute que #3 est une influence majeure de l'auto-proclamé collectif. Je putasse, mais où est la fin dans tout ça me reprochera t-on, à raison. On peut à la fois la trouver à travers les mélodies ou les textes, qu'il s'agisse de De la neige en été ou de À découvrir absolument, l'album entier transpire d'un sentiment d'urgence maitrisée et de prophéties post-apocalyptiques. Et au delà des détails techniques, #3 signe aussi la fin du groupe. Bataille d'égo entre les deux chanteurs du groupe, Diabologum se divisera en deux entités, Expérience menée par Michel Cloup, qui officie maintenant en solo (enfin en duo), et Programme sous la houlette d'Arnaud Michniak, chacun de ses groupes contiChoisir un album pour parler de la fin n'est pas chose aisée, nuant de poser la question des finalités de notre société. Thibault Engrenage et après mure réflexion, je profite de la réédition vinyle de cet

THE LEFTOVERS - HBO, 2014

Il s'agit de la fin du sens. On ne peut croire au contrôle de son destin dès lors qu'un phénomène inexpliqué ôte soudainement de la surface de la terre autant de corps. Le quotidien se pare Damon Lindelof et Tom Perrotta alors d'étrange, de merveilleux, de bizarre. Les comportements ne peuvent être que différents, les gens ne peuvent être tout à En un instant, bref et critique, l'équivalent de 2% de la po- fait les mêmes. pulation mondiale s'évanouit à l'unisson. 1 personne pour 50 autres disparaît instantanément, laissant derrière eux une Le monde de la science, comme celui de la religion, se trouve humanité en état de choc. Les mois passent et au bout de trois désemparé. Il n'y a aucune réponse appropriée à donner. Les ans nul ne connaît la cause de ce ravissement. hommes sont alors laissés à eux mêmes, souffrant de ne pouvoir faire le deuil de ce qu'ils La civilisation telle que nous ne comprennent pas, balayant la connaissons touche à sa toutes hypothèses excentriques, fin. Un événement d'une telle se limitant à mimer leur vie ampleur qui reste sans réponse d'avant-14-octobre. Rester réadoit rendre fou. Comment ne liste, rationnel, pragmatique. pas y penser tous les jours ? Garder une structure mentale Comment faire pour contistable quand le monde entier nuer  ? Certains essaient d'ous'écroule. Garder un environblier, d'avancer. C'est ce que les nement équilibré, s'accrocher à gens veulent n'est-ce pas ? Surdes repères, aux fantômes de ce monter la douleur, reprendre qui nous faisait vivre « normale rythme oublier, d'autres ne lement ». Jusqu'aux limites du préfèrent pas. Eux veulent se souvenir, que tout le monde se soutenable. souvienne. Vous connaissez ce genre d'ambiance, la sensation qu'une roulette russe se passe devant vous et que la détonation La fin du sens peut être le début de la folie. peut survenir à n'importe quel moment. Psylvia 79


STAFF Rédacteurs en Chef Lised d'Eau douce - Thibault Engrenage Graphiste Théo Lecoq Couverture La Fille Renne Equipe Cahuate Milk, Rémy Chabrolle, Léa Curtis, Hel Ley, Laurent Log Soula, Psylvia, Gaël Palpacuer, La Fille Renne, Svet Invité Ortie

NOTRE PROCHAIN THEME L'intime

Envoyez vos participations avant le 5 février à contactezlazare@gmail.com Notre Manifeste : http://lazaremag.blogspot.fr/p/notre-manifeste.html Lettre ouverte : http://lazaremag.blogspot.fr/2014/09/lettre-ouverte_29.html


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Lazare #1 La Fin  

Décembre 2014.

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