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trois

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Rip le rap - la vie d’adèle - LARS VON TRIER hale tenger - LA Douce Imposture Jean-Pierre Bertrand - Marianne Maric ECCE DONNA - MAMO - Austin Psych fest


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Juin/août MMXIII - numéro 3

Sommaire 05

ÉDITO de Laurent Dubarry

09 MUSIQUE R.I.P le rap 13 CINÉMA La vie d’Adèle 16 CINÉMA Lars von Trier est-il un salaud ou un enfoiré ? 23 ART Hale Tenger, une artiste turque 26 ART Oh douce imposture 31 ART Jean-Pierre Bertrand 34 LIVRES De la mégalomanie d’adapter une œuvre littéraire au cinéma 40

QUESTIONNAIRE Jean-Charles de Castelbajac

43 PORTFOLIO Marianne Maric 64 ARTICLE Ecce Donna 75 REPORTAGE MaMographique 84 REPORTAGE Austin Psych Fest 94

QUESTIONNAIRE Gérald Cohen

99 COMICS par Alizée de Pin 105 NOUVELLE par Joey Burger 111 REMERCIEMENTS

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Juin/août MMXIII - numéro 3

ÉDITO keep on the sunny side

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our ce numéro 3 de branded, on a envoyé nos reporters là où il y a du soleil. Austin, Texas et Marseille, Paca, parce que faut pas déconner, on est en été, et si en plus on peut se rincer la dalle, on va pas s’en priver. du coup, Branded grandit, s’internationalise et a fait sa première boum. On en refera d’autres, promis. En attendant on vous parle de plein de trucs biens, sur tous les sujets, parce qu’à Branded on parle aussi bien du quattrocento que du catenaccio.

Laurent dubarry

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Juin/août MMXIII - numéro 3

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www.branded.fr

Fondateur et directeur de publication : Laurent Dubarry laurent.dubarry@branded.fr Rubrique Musique : Stéphane Cador Rubrique Cinéma Pier-Alexis Vial pier-alexis.vial@branded.fr Rubrique Art Pauline Daniez pauline.daniez@branded.fr Rubrique Livre Ahlam Lajili-Djalaï ahlam.lajili.djalai@branded.fr Rédacteurs : Florence Bellaiche, Ricard Burton, Stéphanie Gousset, Madeleine Filippi, François Truffer, Antonin Amy, Pauline Von Kunssberg, Ludovic Derwatt, Marie Medeiros, Mathieu Telinhos, Chloé Dewevre, Ema Lou Lev, Jen Salavador, Julie Creen Contributeurs : Alizée de Pin, Joey Burger

COPYRIGHTS

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EN COUVERTURE MARIANNE MARIC Tito, Sarajevo, 2012 photographie argentique 6 BRANDED


et ils disent

qu’il s’est

enfui

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Musique

r.i.p le

RAP ema lou lev

Peut-être est-ce la razia de cocaïne, ou bien plutôt le trop plein de booty-shake, le point de butée est difficile à saisir. Mais après 30 ans de montée en flèche, le rap américain stagne à plat dans son coin dans les bacs, et les critiques des médias sur l’influence de cette musique sur la société se font sévères. Parti de la révolution de la cause afro-américaine, le rap revendique, dit tout haut ce que personne ne veut entendre, la misère, la drogue, la violence. Tupac Shakur invente même le terme Thug Life qui contrairement à ce que l’on peut en tirer au premier coup d’œil est un acronyme pour « THate U Give Little Infants Fucks Everybody », message à envoyer aux quartiers défavorisés comme le Bronx, pour les non anglophones, la haine que vous transmettez aux enfants se retourne contre nous tous.

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Musique

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nfin ça c’était avant, force est de constater que désormais on peut réussir avec « l’handicap » conventionnellement accepté de sa couleur de peau. Si on est malin, marketé, éduqué, on peut même, oh surprise, devenir président of the USA. Le rappeur Nas, la crème de la crème, propose de relancer cet art perdu et nomme son dernier album « HipHop is dead ». Dans les années 70, les Mc’s parlaient de drogues, de violence, mais n’étaient pas eux mêmes des criminels en puissance, ils envoyaient un message d’espoir à la prochaine génération. Aujourd’hui les rappeur les plus populaires auprès de la jeunesse, comme Lil Wayne, envoient des mots crus, d’autobiographie, le nombre de personnes qu’ils ont fait tuer, les putes qu’ils fréquentent, ravis de leur vies ils en font un but pour tous ceux qui les écoutent. On peut même entendre la progression de la consommation de weed de Wiz Khalifa, qui arrive toujours à placer, il nous en faut plus dans ses chansons. Ils parlent de crime comme d’autres parlent d’amour. La culture rap perd de son intensité, car les revendications ne sont plus les mêmes, le droit à l’évolution sociale est possible et atteignable, les crédits pour payer ses très chères études supérieures sont autant à la mode chez les blancs que les noirs-américains. On ne parle plus d’esclaves, c’est le credo basique américain « you can do it ». Tout le monde peut tout faire s’il s’en donne les moyens, surtout tout le monde peut faire ce qu’il veut, comme il le veut. Le développement des médias, internet, télévision et tutti quanti donne envie aux rappeurs de s’adapter à la masse potentielle du public, un discours élargi s’installe, pour séduire aussi ceux qui n’ont rien à demander. Vendre plus, gagner plus, l’art devient de l’or. Le branding se développe, les rappeurs mondialement

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connus, prônent le capitalisme, la dépense, les magnums de champagne en boite, les filles en minijupe, ils en deviennent presque des oneboy-band. Le public attend des artistes de rap, qu’ils choquent, mais les critiques leur demandent via papiers interposés, procès et autres, de ne pas dire toute l’histoire. Le jugement du Hip-Hop n’est pas une nouveauté, cela fait autant partie de cette culture que les beats ou les rimes. Mais ces pensées viennent maintenant directement du public lui même qui est fatigué de voir un cliché se rigidifier, la flemmardise et la sexualité exacerbée. Avec le bling-bling et les Lamborghini, le rap évolue aussi au niveau de la dite musique. Pour remplir le central stadium de New York, il faut toucher à tout, à tous, à écouter Jay Z influencé par sa chère et tendre, on croit presque entendre de la pop-électro. Ils s’érigent en idoles, embarquant dans leur voyage sans but des filles soul comme Alicia Keys, qui chantent en chorus gloire aux Mc’s. Accompagné par son collègue narcissique Kanye, plus de place pour les beats aux basses qui dépotent, l’intérêt est dans les paroles futiles. Dans Niggas in Paris en plein milieu de la chanson, après avoir cité Margiela comme une référence qui semble pas coller aux standards Hip-Hop connus, une voix se fait entendre «  nobody knows what that means, but it’s provocative ». formatageest partout, il existerait aujourd’hui une recette pour faire un single à en croire les maisons de disque. Ainsi la plupart des rappeurs sont obligés, ou ravis (au choix du lecteur de faire la part des choses), de faire des morceaux légers dit «commerciaux», pour vendre, encore, plus de disques. La tendance est complètement inversée, et de but de décoffrage on passe à roudoudou. Il fut un temps ou les chanteurs faisaient ap-


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pel aux Mc’s pour donner une touche sèche à leurs sons, aujourd’hui les Mc’s font appel à la scène rnb, ou s’y fondent carrément, pour des refrains mielleux à souhait plus accessibles au grand public. La forme a pris la place du fond. Pharrell nous le confirme, tout en surfant plutôt sur la vibe électro, celui qui posait un petit rap sur Harder Better Faster Stronger, se dandine désormais langoureusement sur Get Lucky sans répartie possible, « we’ve come so far to give up who we are » trop tard en effet, il n’est plus rap. Passons sur l’infâme, mais dansant Robin Thicke, qui se fait des featuring de malade, par exemple Lil Wayne qui nous invente le flow le plus cheesy de l’histoire sur Pretty Lil’Heart. Même ceux qui sont resté hard deviennent mous au contact de la pub de Rémi Martin présente dans tous ses clips, Pharrell nous refait de la pop, pendant que T.I le Pitbull des temps passés ne fait que danser patiemment à côtés de mannequins dénudées.

Oh surprise, Snoop Dogg devient Snoop Lion, l’acolyte de Dre s’efface de la scène rap, est ce un oracle qui prédit la fin définitive du rap old school ? Les «  anciens  » changent carrément de style, fuyant les nouveaux qui eux surfent sur la vague «  on a de la thune et on gère  », comme Mac Miller qui se prend pour the shit. Pourtant Wu Tang et Eminem, remplissent leurs salles en un clin d’œil, le public répond présent, mais personne ne prend la relève. Rap is Dead, vive le rap.

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Cinéma

la vie

D’adèle mathieu Telinhos

La vie d’Adèle est plutôt belle, le long-métrage est soutenu par la critique à l’unanimité, et fraîchement récompensé d’une Palme d’or au dernier festival de Cannes. Au risque de me faire pendre par les pieds par les défenseurs du dernier Kechiche, après l’avoir été récemment par le cou par la manif anti mariage gay, je dois avouer mes réserves sur le film.

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a vie d’Adèle est efficace. Le sujet involontairement d’actualité. Les actrices talentueuses. Incontestablement. Mais voilà, le film traite d’un amour fort entre Adèle (Adèle Exarchopoulos) et Emma (Léa Seydoux), sans jamais atteindre dans sa construction, les prouesses, pour ne pas dire les sommets, de ces jeunes actrices principales. Si le duo fait la force et la beauté du film, que nous reste-t-il ensuite ? Le cinéma ne peut pas se réduire qu’aux jeux des acteurs, alors envisageons le ici, dans son sens le plus large et le plus ouvert. Abdelatif Kechiche est un portraitiste et manie l’art du gros plan, mais dès qu’il se risque à des changements d’échelle, il semble perdre en qualité ; les compositions sont généralement pauvres. Une des faiblesses perceptibles dans La vie d’Adèle.

© Wild Bunch Distribution

Il faut souligner l’importance de la couleur, qui n’aura échappé à personne : un travail du bleu qui vient traverser le film comme dans la bande dessinée, Le Bleu est une Couleur Chaude de Julie Maroh, dont il est inspiré.

Néanmoins, cette tentative louable n’apporte guère l’effet escompté. La bonne idée finit par être mauvaise tant elle est surexploitée. La symbolique du bleu rend le propos prévisible. Adèle a commencé avec des petites boucles d’oreilles bleues et finira dans les mêmes tons de la tête au pied, parfois même entre quatre murs (la scène entre autre des « retrouvailles » dans un café). Si nombreux sont ceux qui se réjouiront de ce jeu de la couleur, d’autres en seront possiblement moins enthousiastes. Puisqu’à cet exercice chromatique fragile s’ajoute des choix de mise en scène poncifs, pour ne pas dire des stéréotypes, qui ponctuent le film. En témoigne, la séquence de la visite au musée, où Emma (étudiante aux Beaux-arts, attention !) et Adèle regardent des nus féminins. Une mise en scène chargée en métaphore ; faussement subtil. S’ajoutent à ça, l’étudiante devenue artiste qui refuse d’être corrompue, l’inévitable débat Schiele/ Klimt, Adèle squattant en larmes après la rupture, le banc de leur rencontre. La liste est longue mais je m’abstiens de la rendre exhaustive. Ici du moins.

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© Wild Bunch Distribution

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Les ponts permanents que s’autorise le cinéaste avec la culture -littéraire principalement- finissent par agacer tant ils nous forcent, d’une certaine manière, à adhérer au propos. Qui remettrait en cause les auteurs mentionnés ? Jamais nous ne dépassons le premier niveau de la citation. Il n’y a pas dans La vie d’Adèle une réappropriation d’une pensée ou si tel est le cas, elle est sans cesse appuyée par son référent rendant le propos lourd, frôlant le discours pompeux et un poil démago. L’une des réussites du film est d’avoir su faire passer les années de la vie d’Adèle, sans chercher à grimer les personnages. Bien que là encore, le talent des actrices y soit pour

beaucoup. Abdelatif Kechiche a su dresser le portrait d’une jeune adolescente amoureuse devenue femme sans faire de l’orientation sexuelle de son héroïne son propos et encore moins pour en tirer les rançons de la gloire qu’il connait aujourd’hui. Au risque d’en déplaire aux saintes nitouches, les gays ne sont pas à la mode, pas plus qu’ils ne sont un sujet d’étude dans ce film. La vie d’Adèle n’est pas mauvais pas plus qu’il n’est le chef d’œuvre décrit par la presse cannoise depuis quelques jours, mais plutôt un film d’actrices. De belles et bonnes actrices.

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Lars von Trier - photo par Christian GeisnĂŚs


LARS VON

TRIER

EST-IL UN SALAUD

OU UN ENFOIRÉ ? Pier-Alexis Vial

Maintenant que Cannes est enfin terminé, parlons un peu de celui qui n’y était pas. L’homme par qui le scandale arrive, et dont on aurait eu bien besoin pour secouer un peu tout ça. Je veux parler de Lars von Trier. Son nouveau film Nymphomaniac arrivant cette année pour les fêtes de Noël (ça ne s’invente pas), il serait de bon ton de faire le tour de tout ce qu’on lui a souvent reproché, reproche, et reprochera sûrement encore. Accusé levez-vous !

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vant de commencer cette chronique, je tenais à vous prévenir que son auteur assume la parfaite subjectivité de son propos, ayant côtoyé cette œuvre durant de longues années d’études. Libre à vous de ne pas être d’accord, du moment que j’ai raison. Quant aux fous qui voudraient déclamer leur sympathie pour moi lors d’une horrible conférence de presse ou autre, c’est à vos risques et périls, et je nierais avoir eu connaissance de vos agissements.

Lars von Trier est-il misogyne ? Un reproche rabâché jusqu’à l’écœurement provenant de la rumeur selon laquelle il maltraiterai non seulement ses personnages féminins, mais aussi les actrices qui vont avec. Pas totalement vrai, pas totalement faux. Le Lars est une espèce assez peu commune dans le cinéma, qui demande aux gens de bosser beaucoup et bien, il est donc logique que cela puisse rebuter les divas. Ça ne l’a pas empêché de rendre Charlotte Gainsbourg accro, de sublimer Kidman dans un rôle quasi sadomaso, de rendre Bjork plus fréquentable (encore que là...) ou de transformer Kirsten Dunst en prêtresse de l’Apocalypse. Cependant si on y regarde bien, quel cinéaste peut se targuer de ne donner qu’à des femmes les premiers rôles dans plus de 50 % de sa filmographie ? On pourra toujours lui reprocher de ne pas présenter de belles minettes en mode superhéros et collant moulant pour coller au « Girl Power ». Pourtant, de Breaking the Waves à Dogville, sans oublier Antichrist ou Melancholia, le Lars redonne ses lettres de noblesse au principe du grand rôle tragique. On peut trouver ça larmoyant. N’empêche que ses films ont certainement

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plus à voir avec les grandes tragédies Grecs que la bibliothèque rose. Et puis pas besoin de faire de manifeste féministe pour montrer artificiellement du respect aux femmes, parce que question propagande, ce serait pas mieux que les héros en collant, non ?

Lars von Trier est il un enfoiré de nazi ? NON, NON et NON. J’ai dû entendre ce refrain des millions de fois du temps de mes études, lorsque cet idiot a balancé sa petite phrase. Je l’ai maudit à ce moment-là, mais je ne tomberais pas dans le panneau pour autant. Lars von Trier est un provocateur né. Seulement quand on provoque, ce n’est pas toujours pour le meilleur : même Gainsbourg, pourtant doué dans cet exercice, s’est parfois ramassé. Premièrement, quasiment personne n’a eu l’audace de voir la conférence en entier, ce qui ne rend pas la même impression. Les journalistes connaissaient le client, et ont cherché la petite bête. Cela dit, l’artiste n’avait qu’a passer son tour, mais quand on a une grande gueule... Deuxièmement, il ne faut pas confondre noirceur de l’œuvre et proximité avec le mal. Une des soi- disant «  pièces à conviction  » fut un court-métrage qu’il réalisa lorsqu’il était encore étudiant à la Danish Film School. Ça parlait d’un officier allemand tentant d’échapper à la mort dans un Danemark ravagé. Ce dernier, tentant de retrouver son amour de danoise, Esther, finira par être trahi par celle-ci, provoquant sa mort. Conscient du caractère-choc de son sujet, manifestement moins politiquement correct qu’une bonne vieille liste de Schindler ou encore un Valkyrie, Lars s’en est expliqué : «  Je n’ai pas pris le point de vue de l’officier


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allemand parce que c’était un nazi mais parce qu’il est le perdant... je me suis permis d’être fasciné par ce qui a toujours fasciné les gens : […] la mort ». Peut-on vraiment lui reprocher de ne pas choisir sa morale d’avance ? Si l’on prend cela dans un autre sens, les Américains ont été des libérateurs, cela excuse-t-il les viols et autres exactions de certains G.I. ? (Je n’ose pas imaginer les réactions s’il avait fait un film là-dessus...). Troisièmement, si on examine sa filmo de plus près on se rendra vite compte qu’elle comporte un nombre incroyable de salopards de tous poils, qui en prennent tous pour leur grade. En fait, Lars, c’est le cinéaste des perdants. Des looser. Parce qu’il n’ignore pas que la morale établie correspond toujours à celle des gagnants  : les Allemands étaient mauvais, les Danois bons, et la résistance héroïque. Tout le monde est content. Chacun pourra se faire son avis définitif en creusant un

peu sa biographie. Mon avis reste cependant le même : une provocation minable, rien de plus, rien de moins. Ce que j’aurais envie de lui dire ? Garde l’œil ouvert et la bouche fermée.

Lars von Trier est il un imposteur ? Voilà encore une sentence risible émanant certainement du cerveau de quelques critiques mal intentionnés ne pouvant supporter les constants changements de style de notre homme. Pour la bonne et simple raison que ça les fait travailler plus, en loupant des cocktails et petits fours parce qu’ils ne peuvent pas écrire les phrases cent fois remâchées qu’ils sortent pour tous les films d’auteur. C’est aussi vieux que la querelle des Anciens et des Modernes : puisque tu ne fais pas comme tout le monde,

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© Magnolia Pictures

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c’est de la merde. Cela dit, ce n’est pas parce que c’est différent que c’est forcément génial. Sauf que la réciproque marche aussi. Il va falloir s’y faire, ce réalisateur a la bougeotte mentale, inventant presque à chaque cycle (environ tous les trois films) une nouvelle manière de filmer ou de mettre en scène. Des cent caméras de Dancer in the Dark au style reportage des Idiots, Lars se réinvente en permanence, et c’est qui en fait un cinéma terriblement vivant, quoique se finissant toujours par une ou plu-

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sieurs morts. On peut aimer ou détester, mais rien que le fait d’en parler ravive cette flamme que l’on ne connaît que dans les bars, accoudés au comptoir en train de refaire le film avec passion. Même dans la série télé il était en avance le petit Lars, et je conseille à tous ceux qui la connaissent pas encore de se ruer sur l’Hôpital et ses fantômes, une production aussi barrée que Twin Peaks, voire plus (si si, je vous assure), qui a scotché les Danois à leurs téléviseurs l’année de sa diffusion. Pourtant, on le dit aujourd’hui


Cinéma un peu dépassé, vieillissant, supplanté par la nouvelle jeune garde danoise et son meilleur représentant, l’ «  enfant terrible  » Nicolas Winding Refn. Il est bon, c’est vrai. Seulement quand on voit qu’il envoie à Cannes un film aussi vide que Only God Forgives après avoir pondu un opus aussi jouissif que Drive, on se demande qui est l’imposteur.

Lars von Trier peut-il me permettre de briller en société ?

Bref, si avec tout ça vous n’êtes toujours pas convaincu, je ne peux plus rien pour vous. Pour tous les autres, rendez-vous donc le 25 décembre pour voir Charlotte Gainsbourg faire des choses crades et dire des trucs cochons. D’ici là, profitez de l’été pour faire un plein de noirceur et de tragique en révisant toute sa filmographie. Ce serait dommage de gâcher ce si beau temps. Et puis après tout, ce bon Lars nous a prévenus : « Il n’y aura plus de happy-end ». PS : Mais au fait, y’en a-t-il jamais eu ?

Enfin LA question. La seule intéressante pour les amateurs de dîners mondains et/ou de soirées arrosées. Autant vous prévenir, voilà le best of des réactions auquel j’ai eu droit quand je parlais aux gens de mon sujet d’étude sur le bonhomme : 1 : « Ah von Trier ! C’est pas celui qui fait les trucs caméra à l’épaule ? » 2 : « C’est qui ? » 3 : « Aaaaah, oui... » suivie d’une mine condescendante que l’on réserve en général à la famille pour les enterrements ou aux grands invalides de guerre. Bref, en dehors d’un certain cercle, difficile de briller. Mais ne perdez pas espoir ! La seule recette quand on aime c’est d’en parler avec passion, et si on vous répond « qu’à l’occasion j’en regarderai bien un », c’est déjà gagné. Pour ma part, il reste assez incompréhensible qu’aucun ouvrage de référence vraiment intéressant n’ait été publié en France alors qu’outre-Manche des livres passionnants (pour les anglophones en tout cas) ont été écrits. A croire qu’ici, on serait snob... (Voir question n°3).

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HalE

Tenger UNE ARTISTE TURQUE

Ville bien connue pour son agitation permanente et son tissu de cultures diverses, Istanbul – entre quartiers islamiques voilés de noir et lumières aveuglantes des bars d’Istiklal, prend bien des allures, dont un versant art contemporain qu’il serait dommage de manquer.

Pauline Daniez

I

l est bon de le découvrir après les ruades touristiques des grandes mosquées et la beauté lumineuse des mosaïques byzantines de Saint-Sauveur In Chora, quand on est rassasié de Constantinople.

L’art contemporain apparaît à la fois comme un havre de paix (il n’y a jamais grand monde dans les galeries et les musées d’art contemporain, vérité universelle) et comme une plongée nécessaire dans un des plus intenses viviers de création actuelle, comme en témoigne la Biennale d’Istanbul.

Au-delà de la vue assez hypnotisante de la danse des « vapeurs  » haletants et des cargos balourds sur le Bosphore, le musée « Istanbul Modern  » présente une collection d’art turc des XXème et XIXème siècles. Les influences occidentales et orientales se croisent souvent, conduisant à des toiles turco-impressionnistes ou expressionnistes intéressantes même si parfois un peu empâtées. Et puis on s’essaye aux vidéos, dans les petites antres obscures des bords de salles.

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Art Loris Gréaud, The Snorks: a concert for creatures, 2012

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n s’installe, et on observe attentivement. Les vidéos d’art contemporain se laissent rarement apprivoiser de prime abord. Il faut accepter de se poser, de laisser le temps filer. On est face à une barre d’immeuble assez moche et quelconque, attendons de voir ce qui va surgir. Tout doucement, les rideaux blancs des fenêtres se gonflent, comme par un souffle commun venu de l’intérieur, et c’est miraculeusement beau. On se prend à observer la délicatesse du mouvement unique de chaque rideau, de son inclinaison et sa chorégraphie légère. Sans qu’on y prenne garde, avec la grâce de la discrétion, les voiles retombent, la musique aérienne cesse.

Puis, furieusement, c’est le noir et le rugissement ébranlant de bombardements, quelques secondes seulement. Et recommence la danse fantomatique des rideaux blancs, dans un cycle perçu comme infini. Sortant de la salle de projection, on découvre que l’artiste, Hâle Tanger, a filmé en secret un hôtel désaffecté et sous protection de l’ONU depuis l’attentat contre Rafik Hariri dans une voiture en 2005. Les bombardements sont ceux des attaques israéliennes au Liban en 2007, autre archive de cette histoire entre saignante. C’est émouvant de poésie, de délicatesse et de cruauté.

Hale Tenger, Strange Fruit, 2009. Installation, techniques mixtes

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Hale Tenger, Balloons on the sea, 2011

On apprend que l’artiste, Hâle Tanger, est née à Izmir en 1960 et qu’elle fait beaucoup de vidéos et d’installations, partout dans le monde, sur des thèmes souvent marqués de références « socio-politiques » et « psychosociales ». Hale Tenger, Strange Fruit, 2009. Installation, techniques mixtes. Deux globes en polyéthylène, chacun 100 cm de diamètre, recouverts de papier et laqués, entrée en plumes de boa 70 cm de profondeur, rideaux automatiques de plumes de boa, vidéo et son. Plus loin, dans une exposition temporaire, on rencontre une autre de ses œuvres. Une installation qui se pénètre par un rideau constitué d’une très grande densité de longs boas de plumes chatouillantes dignes de l’entrée des artistes chez Michou. La pièce s’organise autour de deux énormes globes terrestres entou-

rés de projections d’un vaste ciel nocturne. On s’aperçoit vite que, sur un globe, les continents sont inversés, le Nord est au Sud, alors que le texte est toujours dans le bon sens. Par cette inversion, la terre devient un autre monde, celui des pays du sud au nord. Et si le théâtre du monde repartait sur cette nouvelle donne ? En sortant du musée d’art moderne, se promenant le long du Bosphore, on aperçoit des ballons gonflés colorés flottants en ligne sur la mer, vision pittoresque assez charmante. Le touriste occidental ne se doute pas qu’un des jeux favoris des turques est d’installer ces ballons pour ensuite essayer de les faire exploser. C’est bien plus tard qu’on apprend que Hale Tenger a filmé des lignes de ballons, ondoyer joyeusement sur leurs reflets colorés, avec l’inquiétude croissante du spectateur de les voir soudainement exploser, comme les rideaux blancs de l’hôtel de Beirut. Boom.

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Oh, douce IMPOSTURE Jen Salvador

Quelle douce sensation, quelle exquise saveur, quelle jouissance lorsque ton nom vient caresser mes oreilles. Je t’imagine, je te fantasme, je te guette partout où je passe. Tu fais naître en moi une créativité enfouie et inavouée, je suis en phase avec toi, toujours.

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h toi, l’art urbain, quel plaisir je prends à jeter vulgairement ton nom dans les conversations que je tiens, fier comme un paon, adossé nonchalamment à la chaise de la terrasse du bar même pas en happy hour du Marais. J’ai depuis longtemps déserré ma cravate et ouvert le premier bouton de mon col, et c’est avec audace et dédain que je raille mes coworkers qui n’ont pas vu la dernière expo de telle galerie minable qui présente LA nouvelle génération d’artistes issue de la rue. Je n’hésite même plus, depuis que j’ai lu un article dans le 20 minutes et que j’ai reconnu les photos, à balancer les mots qui font tilt, mais qui t’agace, comme « gros lettrage de bâtard  » ou même «  iconographie vandale ». J’emploie constamment ton homonyme anglais, street art, une jolie valise dans laquelle je glisse, soigneusement rangée, toute mon ignorance. Mais moi, je m’en fous. Je suis content de voir des graffitis, sauf si c’est sur la façade de mon immeuble. J’aime bien les tags aussi, même si je ne connais pas trop la différence entre les deux. De toute façon je me sens jeune parce que je n’ai pas encore trente ans et

je revendique la peinture en bombe comme la façon la plus libre de peindre. D’ailleurs depuis quelques mois je n’utilise même plus le mot peindre, mais bomber. Ca fait plus graffiti et je le sens mieux. Je n’arrive pas à lire ce que les graffeurs écrivent sur les murs mais je peux sentir, contrairement à mes amis qui ne sont pas du tout dans le milieu, la puissance qui se dégage des couleurs et le mouvement plein d’une angoisse sociale contemporaine qui émane de la violence de l’action. J’aime bien aussi les affiches et les pochoirs, je trouve ça drôle. Un jour, j’ai moi même fabriqué un petit pochoir d’une photo de ma copine et moi que j’ai complètement retravaillée sur Paint. Je l’ai bombé sur une toile mais c’était pourri. Elle est malgré tout accrochée dans mon salon. Trêve de charabia, voilà que je tombe le masque de mon personnage grotesque comme un matador abaisserait fièrement son drap rouge après le dernier râle du taureau. J’abandonne donc ce triste bougre trentenaire qui aime l’art urbain pour parler de cette mode, si excitante soit elle, d’aimer et d’investir les murs. Voilà maintenant quelques années que

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tout le monde connait Space Invader, que tout le monde à vu le film de Banksy, et que les imposteurs agissent impunément. Quand je dis aimer, c’est aimer l’image. L’avoir en fond d’écran sur son téléphone, acheter les produit dérivés, éventuellement un petit livre, mais pas trop cher alors. Mais quel mal y a-t-il à être néophyte et à aimer les belles images? Aucun. L’art n’est-il pas qu’une succession d’images qui ont traversées le temps? Certainement. Seulement voilà, l’art urbain est un peu plus compliqué que ça. Ce que je me demande c’est pourquoi tout le monde aime ça maintenant ? Pourquoi l’art urbain provoque tant de passion, pourquoi maintenant toutes ces personnes, qui ne sont pas artistes, sortent de l’ombre et se mettent à faire des pochoirs dans la rue ? Car la rue c’est la base fondamentale de cette pratique. Mais avant tout, replaçons les choses dans leur contexte : nous avons d’une part tout un panel d’artistes, de tous les âges et de tous les pays, qui ont une vraie démarche artistique personnelle, et qui cherchent, qui travaillent, qui questionnent leur environnement. On peut citer Sten & Lex, ces deux italiens qui ont créé leur technique alliant pochoir et graffiti, mais aussi ThomThom et ses découpes d’affiches à même les panneaux publicitaires qui viennent provoquer des situations urbaines symptomatiques et uniques, ou encore Lek et Sowat, qui avec le Mausolée ont franchi un nouveau cap dans la transformation de la pratique du graffiti. Les liens entre ces artistes et l’art contemporain sont de plus en plus étroits, et on assiste à la création d’influences mutuelles entre les deux. A l’image de Rubbish, cet artiste français qui découpe minutieusement d’immenses images symboliques et mystiques pour les offrir à la rue et au regard des passants. Une centaine d’heures de travail pour finalement un don désintéressé. Le travail de ces artistes est évidemment réfléchi et

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rien n’est laissé au hasard. Chaque image qu’ils créent est inspirée, et intelligemment ancrée dans un contexte artistique et historique bien défini. L’apparente facilité et l’aspect séduisant de ces oeuvres, découpées, peintes, ou collées sur les murs de la ville, ont engendré toute une série de suiveurs de moyenne qualité qui bafouent et souillent la sensibilité de leurs maîtres à tous. L’art n’est pas une compétition et il est difficile de dire que tel artiste est moins bon que tel autre sans utiliser des arguments purement arbitraires et subjectifs. Néanmoins, il est nécessaire d’être arbitraire et subjectif pour dépeindre cette création d’imposteur. De tous les artistes qui sont montés très vite en popularité, notamment grâce aux réseaux sociaux, et qui ont une production importante, Diamant (ou Le Diamantaire, il semblerait qu’il ne se soit pas décidé sur son pseudonyme) est de loin le champion. Celui qui découpe des miroirs trouvés dans la rue en forme de diamant, pour ensuite les peindre et les coller dans la rue manque clairement de recul sur ce qu’il fait, et sur les images qu’il produit. Comment ne pas penser à Space Invader lorsqu’on voit des diamants collés sur un mur, tous quasiment identiques, et qui sont ensuite soigneusement numérotés et affichés sur internet de façon à établir une sorte d’énorme collection ? Diamant à tout de Space Invader, sauf la subtilité. Lorsqu’il numérote et qu’il indique chaque pièce sur sa fanpage, il enlève tout le plaisir de les découvrir par soi même au gré d’une balade. Les quelques galeries qui ont essayé de récupérer le phénomène en l’exposant enlèvent elles aussi tout l’intérêt en dé-contextualisant proprement tout son travail. Récemment, lors d’un événement qui recréait « l’atelier du Diamantaire », tous les clichés et le mauvais goût qui tournent autour de l’art urbain ont été montrés, en passant du fauteuil fait en bombes de peinture vides jusqu’à la fresque ratée sur


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le mur. La difficulté pour Diamant de se détacher de son sujet pour le rendre intelligent se retrouve dans les entretiens qu’il donne à des blogs, en expliquant qu’il ne fait pas du street art, mais de la « street déco », et ça, ça n’a aucun sens. Le côté manufacturé du travail du miroir reste intéressant et pourrait prendre de l’envergure, là où d’autres protagonistes urbains se moquent clairement de la technique. Il est maintenant impossible de passer dans le Marais ou le XIXème et XXème arrondissement de Paris sans voir les collages de Fred Le Chevalier. Ces petits personnages en noir et blanc, bardés de coeurs et de couronnes s’affichent sous diverses formes avec souvent des petites phrases qui les accompagnent. Outre la simplicité graphique et l’absence d’un vrai discours artistique, c’est bien techniquement que le bas blesse. En s’approchant des grands formats on peut observer que ce ne sont pas des pièces originales, mais bel et bien des reproductions numériques. Une mise à l’échelle très approximative imprimée avec une résolution médiocre, qui donne évidemment un rendu pauvre. A cela, on peut voir un découpage bâclé du dessin qui donne un tout vraiment triste. Quitte à vouloir faire des grands formats et à les afficher aux yeux du peuple, pourquoi ne pas montrer son talent et les faire manuellement ? Surtout si par la suite on vante la pièce unique. Loin de moi l’idée de critiquer l’initiative, simplement j’essaie de comprendre pourquoi ces deux personnes, parmi tant d’autres, choisissent de s’exposer dans la rue. Et surtout, quel est l’intérêt de tout cela?

tions et choisit d’être porteur d’un vrai message. Parmi toutes les personnes qui agissent de près ou de loin avec la rue et le milieu urbain, et qui y trouvent une inspiration, un leitmotiv, ou simplement un moyen d’avoir une bonne promo, il devient de plus en plus difficile de discerner le bon du moins bon et de faire le tri dans la forêt d’images produites. Pour conclure ces quelques lignes je vais amoureusement graver « nik sarkozy » avec un cutter dans ma cage d’escalier, signe fort de ma créativité contestataire, car comme disait Banksy : « Le graffiti n’est pas le parent pauvre de l’art. Certes, il faut se faufiler la nuit et mentir à sa mère, mais à part ça, c’est l’expression artistique la plus honnête qui soit. Il n’est pas élitiste, ni branché, il se donne à voir sur les plus beaux murs qu’une ville ait à offrir, et le prix d’entrée ne rebute personne. »

Au contraire, d’autres initiatives marquent une profonde compréhension des enjeux urbains. Le graffiti propre de Zevs, ou certaines actions du green street art, exposent les évolutions et la métamorphose de la vie urbaine. L’art devient le moyen de donner une visibilité à ces ques-

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Jean Pierre

BERTRAND Un artiste singulier, un éditeur rare … Florence Bellaïche

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L

e livre sur Jean-Pierre Bertrand que publie Didier Morin aux éditions Mettray est plus qu’un livre, c’est un objet, voire une œuvre en ellemême. Un tout. L’ouvrage est très beau dans son format carré, blanc, sobre et élégant, le titre JEAN PIERRE BERTRAND de couleur champagne très raffiné. Beaucoup d’éléments dans le travail de Bertrand ramènent à ce qui pourrait être une quête de l’oeuvre totale. Construite, et complexe, l’œuvre peut paraître inatteignable à celui qui ne saura pas aller y puiser sa dimension poétique. Matières mêlées avec papier, miel et citron, monochromes rouges, calculs mathématiques implacables, référence littéraire à Robinson Crusoe, récurrence du nombre 54, films, recherches qui semblent liées à un absolu entre science et métaphysique, tout, en fait, nous mène au sein d’un monde éloigné dont on peut avoir comme une intuition mais aucune .. certitude  . La dimension humaine de la source chez Bertrand s’estompe au profit d’une dimension mystique, et par là même nous incite à aller creuser au fin fond de cet univers, comme on le ferait d’un poème . Pas étonnant qu’il ait rencontré Borgès à un moment de sa vie…Pas étonnant non plus qu’on fasse appel à lui pour la réalisation de vitraux

(comme au Pantheon à Paris). Son travail de recherche entre le calcul précis d’un espace et la lumière a parfaitement trouvé sa place en ces lieux hors du temps. Le livre qui démarre sur un texte subtil de Catherine Millet nous permet d’avancer pas à pas vers une compréhension de l’oeuvre. Une introduction synthétique et juste qui pourrait aussi venir en conclusion, après le « voyage » auquel nous convie l’artiste lui-même –et l’homme si singulier- nous ouvrant une à une les portes, au fil de photos, dessins, témoignages, écrits, notes, calculs, de ce travail extrême et sophistiqué. D’autres textes plus spécifiques de Philippe-Alain Michaud et d’Hélène Meisel éclairent quelques points comme le film, ou le corps du texte et précisent l’utilisation de certains thèmes et termes récurrents de l’œuvre. Textes et photos sont admirablement agencés. Rassemblées, les différentes pièces , -qu’ils s’agissent de dessins, de grands ou de petits formats, d’extraits visuels de films, de gros plans d’œuvres ou de vues d’ensemble d’expositions, de photos évoquant toutes les thématiques qui sont à la base de l’œuvre , -concrétisent ce Tout : LE livre, qui constitue le point de départ de l’œuvre de Jean Pierre Bertrand, devient CE livre.

METTRAY éditions Mai 2013 Textes : Catherine Millet, Hélène Meisel et Philippe-Alain Michaud. Edition bilingue français-anglais. Traduction de Ela Kotkowska. Couverture blanche 300 gr. avec impression gaufrage champagne. Format 24 x 28 cm, 336 pages, 200 reproductions noir et banc, couleur. ISBN 978-2-9544096-0-3 Prix public : 53 €

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© Warner Bros.

The Great Gatsby

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De la mégalomanie

d’adapter une

œuvre littéraire

au cinéma Ahlam Lajili-Djalaï

Ces derniers mois ont vu fleurir nombre d’adaptations cinématographiques d’œuvres littéraires, et non des moindres, telles que Anna Karénine, les Misérables, The Great Gatsby, l’Ecume des Jours, jusque cette semaine (infamie suprême !) Belle du Seigneur.

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Livre

U

n bon roman est-il la garantie d’un bon film ? Certes non, mais il est au moins l’assurance d’un bon rendement, d’un nombre d’entrées assurées, d’un succès à plus ou moins grande échelle dépendant en premier lieu de la popularité de base du livre adapté, puis de la renommée des acteurs, du réalisateur, des moyens budgétaires investis dans le tournage du film, enfin de la communication et la publicité faites autour du produit fini. Adapter un bon roman est l’assurance de toucher une grande partie de ses lecteurs, du moins de les mener vers les salles obscures. Pour ma part, c’est toujours précédée d’un a-priori négatif que j’entre dans les salles de cinéma pour voir une adaptation. Je pourrais me retenir, conserver ma vision intacte, mais je me sens comme rongée par une curiosité malsaine et poussée par une pulsion masochiste qui m’entraîne vers la déception, systématique. J’ai une trop haute estime de l’œuvre littéraire pour aborder avec bienveillance la version cinématographique, car après s’être forgé sa propre mythologie autour du livre, l’on peine à la voir dénaturée. Il existe évidemment des contre exemples, de même que certains films ont pris le pas sur le roman dont ils s’inspirent et se sont élevés au rang de chef-d’œuvres alors que le livre est resté confidentiel (qui a lu ou se souvient simplement de Psycho de Robert Bloch ? Quelques spécialistes peut-être ...). Mais ce n’est pas mon propos, il s’agit plutôt ici de traiter du sort réservé à des œuvres d’exception, des classiques, des monuments littéraires ayant eu un succès avéré sur des décennies, et n’ayant pas eu besoin du cinéma pour trouver ne serait-ce qu’un premier souffle. Car évidemment le cas des écrivains vivants est différent, même si l’attente du spectateur et son ressenti face à la version grand écran reste la même, le travail sur l’œuvre peut se faire de concert avec l’auteur, qui ne peut être totalement exclu du processus de création, et qui, même si c’est le

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cas, a lui-même en son âme et conscience cédé ses droits d’auteur et laissé son récit prendre une autre dimension. De nombreux auteurs du XXe siècle savaient leur travail inadaptable, tel Albert Cohen avec son chef-d’œuvre ultime Belle du Seigneur pour lequel il avait toujours refusé toute adaptation. Pourquoi alors aller contre leur volonté et vouloir assouvir un désir de l’ordre du caprice en faisant sienne une œuvre qui n’en sortira évidemment pas grandie. Qu’est ce qui pousse un réalisateur à s’attaquer à la mise en scène d’une œuvre d’envergure ? La passion, le profit, la mégalomanie ? Car oui, ils sont assurément animés par ce sentiment, ne serait-ce qu’une fraction de seconde au moment où l’idée lumineuse de mettre en image un roman leur traverse l’esprit. Au moment où ils décident de s’approprier une œuvre achevée se rattachant au domaine public, à l’universel. Au moment où rien ne leur semble plus parfait que d’imposer aux avertis ou non (et c’est sans doute encore pire) leur vision partiale et limitée d’une histoire écrite. Où sont les scénaristes, les auteurs de cinéma ? Se sont-ils tous transformés en charognards, en pilleurs de tombes ? Certes non, alors pourquoi leur talent n’est-il pas plus exploité, la crise s’attaque-t-elle également à l’imagination, y a -t-il un tarissement du romanesque ? Trois ou quatre films sur dix sortis en France sont adaptés de romans, le reste étant partagé entre suites et productions originales. Peu de place pour la nouveauté et la créativité donc. L’auteur est seul maître de son œuvre, il a tout pouvoir. Il l’a livrée à l’imagination à la fois collective et individuelle. Il ne l’a pas jetée en pâture aux ambitions prétentieuses d’un être se croyant suffisamment digne et compétent pour se l’approprier et le recracher à la face du monde à travers une vision forcément diminuée. La version cinématographique ne retient que l’essence du livre et la dépouille en vérité


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Belle du Seigneur

de l’essentiel, de ce qui fait qu’elle est unique et impérissable. Au moment du passage de l’écrit à l’image, l’anecdotique n’est plus ce que l’on croit, il ne s’agit pas des détails qui, au contraire, forgent l’œuvre et la définissent. Au moment de la transformation, du changement de support, l’anecdotique est l’histoire générale, somme toute assez banale, qui est ce qui fait surface dans l’adaptation. Elle ne peut garder, car il s’agit de moyens différents, que les grandes lignes, la trame narrative et descriptive, alors que le plus souvent le génie de ces œuvres se situe dans ce que l’on ne peut retranscrire visuellement, les états d’âme, les pensées, les sentiments, la psychologie, et surtout la prose ! Qu’en est-il du verbe, de l’art littéraire, de la voix de l’auteur ? Le style est la couleur, la patte, le geste de l’écrivain, un travail établi du premier au dernier mot, roulé et déroulé au gré de phrases construites au service de la langue, de mots choisis méticuleu-

sement. Le cinéma, contraint par ses propres limites, aspire le fond de l’œuvre sans pouvoir jamais rendre hommage à ce qui définit un auteur. L’adaptation cinématographique retient une situation, des faits, il s’agit la plupart du temps de faire de héros d’encre et de papier des personnages de chair et de sang, (des)incarnés par des acteurs mille fois vus et revus, souvent enchaînés au souvenir collectif d’un précédent rôle culte. Il n’y a rien de plus égoïste, intime et personnel que de lire un roman, c’est un tête à tête. Il y a autant de films possibles que de lecteurs, on peut faire mille adaptations d’un seul ouvrage qui restera caractéristique dans son unicité, sans en saisir la force, sans lui empoigner le cœur, en lui étant toujours infidèle. Sous-jacente il y a l’idée de prise en otage de l’imaginaire du spectateur, confronté à une, deux, plusieurs versions édulcorées d’un roman qu’il a lu et apprécié. De même, de manière certainement plus forte encore vis à vis

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Livre d’un spectateur lisant le livre après avoir vu le film, hanté inconsciemment par le parti pris du réalisateur, limitant ainsi ses propres vagabondages créatifs. Le côté commercial de ce procédé entre également en ligne de compte, et malheureusement souvent au premier plan. L’œuvre est transformé en produit, en vitrine publicitaire pour des marques exploitant la philosophie du donnantdonnant (des bijoux Chanel dans la Russie des années 1870, vraiment ? cf. Anna Karénine de Joe Wright), en phénomène de mode (merci Baz Luhrmann d’avoir permit de remettre au goût du jour les années 20, oubliées de tous ...), et devient le fruit d’une véritable industrie au sein de laquelle le processus de création artistique (n’est-ce pas le 7e Art dont il s’agit ?) est relégué au second plan. Quitte à désosser, dépouiller, disséquer un écrit, pourquoi ne pas juste s’en inspirer au lieu de prétendre adapter tel livre en donnant au film le même nom, en suivant de près ou de loin la même trame, en conservant les noms des personnages ? Plagiat ? Certainement pas car les

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écrivains se sont bien souvent appuyés sur des thèmes universels et peu originaux en somme ; l’amour, la mort, la douleur, la guerre, la déception, la solitude, etc. Je ne prétends pas que toutes les adaptations soient mauvaises, mais toujours risquées et encore plus exposées aux critiques, au regard d’une création originale. Ce qui élèvera ce genre de film n’est pas son intrigue, la plupart du temps plutôt bonne, mais déjà écrite, déjà connue, mais son esthétique. Il ne s’agit pas ici de condamner systématiquement la démarche, ni même de militer pour son interdiction et sa disparition mais plutôt de proposer une réflexion visant à l’envisager différemment, de trouver des moyens autres de traiter la littérature au cinéma. Qu’une histoire fictionnelle définie dans le temps et l’espace, établie au travers de personnages précis et identifiés, ne soit plus traitée en tant que telle mais soit élevée à la dimension de mythe.


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Questionnaire

JEAN-CHARLES

DE CASTELBAJAC Propos receuilliS Par Laurent Dubarry 1 - Que n’échangeriez-vous pour rien au monde ? J.C.D.C : Cet instant magique, sur le ponton, chez moi face aux Pyrénées, lorsque l’orage s’annonce à l’Ouest. Le vent se lève et je me sens faire partie du grand Tout. Tous les moments que je passe avec mes garçons et mes frères choisis, mes amis. 2 - Quelle profession rêviez-vous d’exercer lorsque vous étiez enfant ? J.C.D.C : Commando de Marine, T.V Watcher et Chasseur de fantômes. 3 - Quel cadeau aimeriez-vous recevoir ? J.C.D.C : Une paire de souliers ayant appartenu à Marie-Antoinette, un billet pour Pondichéry et un arc anglais. 4 - Le meilleur endroit où passer la nuit ? J.C.D.C : Dans un arbre, sur une plage, sur un toit, dans un lit nuage à Essaouira. Autrefois j’aurais répondu un champs de bataille ou la chambre du roi à Versailles. 5 - Une chose que vous aimeriez savoir faire ? J.C.D.C : Jouer Debussy et faire un copier-coller sur mon MAC. 6 - Un disque ? Un livre ? Un film ? J.C.D.C : Autobahn de Kraftwerk / Pat Garrett & Billy the Kid de Dylan / Paris de Malcolm McLaren Trois Contes de Flaubert / Lipstick Traces de Greil Marcus / Les Aventures d’Arthur Gordon Pym de Poe Les Sept Samouraïs de Kurosawa / Blow up de Antonioni / La Femme des sables de Hiroshi Teshigahara 7 - A quelle époque auriez-vous aimé vivre ? J.C.D.C : Demain 8 - Le plus bel homme, la plus belle femme de la terre ? J.C.D.C : Mon petit-fils Balthazar et celle que j’aime. 9 - Que faîtes-vous le dimanche ? J.C.D.C : Je flâne et trace des anges à la craie blanche sur les murs sombres.

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Jean-Charles de Castelbajac 10 - Votre syndrome de Stendhal ? J.C.D.C : La cristallisation sentimentale à répétition. 11 -Avec quelle personne morte aimeriez-vous pouvoir dîner ? J.C.D.C : Mon père, j’avais 14 ans lorsque c’est arrivé la dernière fois. 12 - Quel est votre alcool préféré ? J.C.D.C : Le 700, l’armagnac de mon fils Louis-Marie. La vodka Grey Goose dans les Vesper, cocktail du Harry’s bar. Le Château Margaux. 13 - Quelle est la personne que vous détestez le plus ? J.C.D.C : Je ne déteste personne, cela prend trop d’énergie 14 - Où aimeriez-vous vivre ? J.C.D.C : À Loubersan dans le Gers et sur une île en Bretagne 15 - Qu’est-ce qui attise votre désir chez l’autre ? J.C.D.C : Une mystérieuse imperfection, un accident troublant, les silences du trouble. 16 - Un personnage de fiction auquel vous vous identifiez ? J.C.D.C : Le comte de Monte-Cristo et Astro Boy : même combat. 17 - À combien évalueriez-vous votre corps pour une nuit ? J.C.D.C : Le prix d’un vaisseau spatial intergalactique. 18 - Un mot, une expression ou un tic de langage ? J.C.D.C : Mon p’tit loup. Les loustics. 19 - PSG ou OM ? J.C.D.C : Auch (Rugby) 20 - Si vous pouviez avoir la réponse à une question, quelle serait la question ? J.C.D.C : Que sont devenues les roses, les roses du temps qui passe ? 21 - Quelle serait la musique de votre enterrement ? J.C.D.C : Miss you de Trentemoller / Petite messe solennelle de Rossini / Anthem de Malcolm McLaren Lawrence d’Arabie de Jacno 22 - Votre menu du condamné ? J.C.D.C : Je reste à jeun 23 - Une dernière volonté ? J.C.D.C : Que l’on grave mon épitaphe : « Un passé spiritueux, un futur Spirituel »

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marianne

Portfolio

maric Julie Crenn

E

n 2012, Marianne Maric s’installe à Sarajevo pour une résidence pas comme les autres. Si elle n’a plus aucun souvenir de la ville, du pays, des paysages, elle partage pourtant un lien douloureux avec l’Ex-Yougoslavie. Avec la complicité de Pierre Courtin, directeur de la galerie Duplex / 10m² à Sarajevo, elle apprivoise une histoire complexe. Elle a souhaité se rendre se place pour se confronter à son histoire, celle de sa famille (son père est né à Kupres, un village serbe de Bosnie) et plus particulièrement celle de Yéléna, sa sœur. À 16 ans, Yéléna quitte l’Alsace et sa famille pour tenter sa chance à Paris. Elle est grande, brune, les yeux verts, on lui propose de devenir mannequin. Huit ans plus tard elle meurt violemment. Sa perte engendre un silence que l’artiste a voulu briser par l’image, le voyage et la rencontre. Elle marche sur un fil, celui de son histoire pour tenter de recoller les morceaux avec elle-même. En Bosnie, elle rencontre des jeunes femmes qu’elle photographie. Au départ, de sont des femmes sans têtes,

sans identité. Elle poursuit le non-souvenir de Yéléna. Aujourd’hui, les visages apparaissent, l’apaisement se produit. Ainsi, Marianne Maric associe la femme-objet, la marche (mannequin, militaire, mémorielle) et la cicatrice en télescopant son histoire avec celle d’une région traumatisée par des décennies de dictature et par une guerre fratricide. Elle photographie les filles, l’architecture, la nature, la ville marquée par la violence (les obus tombés du ciel ont imprimé sur l’asphalte des empreintes en forme de fleurs que les habitants ont peint en rouge, les Roses de Sarajevo). L’artiste observe les traces d’un passage violent sur un pays en reconstruction, tout en recherchant les fondations de sa propre histoire. Les mémoires sont morcelées, il s’agit alors, par la production d’images, de réconcilier les histoires et les êtres, de combler les fissures. En activant une marche à la fois initiatique et libératrice, l’artiste part se confronte aux souvenirs pour créer sa propre histoire, ses images empreintes de fragilité, d’insolence et d’innocence en sont les nouvelles traces.

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Fleurs du Mal, Sarajevo, photographie argentique, 2012

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Jardin d’Haggadah, Sarajevo, 2012, photographie argentique, 2012

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Roses de Sarajevo, Sarajevo, photographie argentique, 2012

Nardina, Sarajevo ou La Pudique Insolente, Sarajevo, photographie argentique, 2012

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Rousse de Sarajevo, Sarajevo, photographie argentique, 2012

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Bosnian Coffee, Sarajevo, photographie argentique, 2012

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Les Escaliers de la Galerie #1, Quai Obala, Sarajevo, photographie argentique, 2012

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Les Escaliers de la Galerie #2, Quai Obala, Sarajevo, photographie argentique, 2012

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MusĂŠe National, The Natural History Department, Sarajevo, photographie argentique, 2012

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L’œil de Tito, Sarajevo, photographie argentique, 2012

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Lorine / Le collier d’épices, Sarajevo, photographie argentique, 2012


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Kino Bosnia, Sarajevo, photographie argentique, 2012

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Dogs’kiss hurts, Sarajevo, photographie argentique, 2012

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Bobsleighs’track #1, Pistes de Bobsleigh des Jeux Olympiques de 1984 Trebević, Sarajevo, photographie argentique, 2012

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Bobsleighs’track #2, Pistes de Bobsleigh des Jeux Olympiques de 1984 Trebević, Sarajevo, photographie argentique, 2012

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Bobsleighs’track #3, Pistes de Bobsleigh des Jeux Olympiques de 1984 Trebević, Sarajevo, photographie argentique, 2012

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Bobsleighs’track #4, Pistes de Bobsleigh des Jeux Olympiques de 1984 Trebević, Sarajevo, photographie argentique, 2012

avec le soutien de Pierre Courtin, la galerie Duplex 10m2, et de Pierre Bal-Blanc, le CAC de Brétigny-sur-Orge www.duplex10m2.com www.cacbretigny.com BRANDED 61


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DONNA Torino, la ville des âmes tourmentées Florence Bellaïche

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our ma première visite à Turin, je prends le train, j’y suis en cinq heures… le temps de dormir et de lire un peu… Fini les compartiments un peu secrets et les couloirs aux fenêtres baissées, et les cheveux qui voltigent et les mouchoirs qui s’agitent… moins poétique que les trains de mon enfance…Je retrouve à la gare Porta Susa mon amie de Naples , Susanna… Un chantier bruyant et poussiéreux de ruines et de grues nous accueille, mémorable première vision de la ville, repoussante. Le prétexte de ce voyage, c’est Artissima, la foire d’Art contemporain, pour une de ses premières éditions, qui m’a agréablement surprise il faut bien le reconnaitre. Les Italiens aiment l’art, authentiquement…la bourgeoisie argentée italienne a une éducation artistique que les français vaniteux pourraient largement lui envier … En réalité la culture en Italie appartient (appartenait?) à tous les milieux …

Mais la raison cachée, je voulais en réalité visiter cette ville- dont j’avais connu enfant, pour une fracture à la jambe, l’hôpital , dont les infirmières étaient des bonnes soeurs, et dont j’avais gardé un souvenir terriblement austère- où le philosophe qui m’accompagne depuis mon adolescence, Frederic Nietzsche a décidé qu’il s’y sentait bien…enfin bien… Pourquoi a-t-il choisi cette ville, je voulais le savoir… La surprise est immense…Cette ville que précèdent tous les préjugés possibles d’une ville industrielle qui abritait Fiat et d’autres usines automobiles, une ville qu’on imagine grise, peuplée d’ouvriers harassés, poussiéreuse, pluvieuse, triste en somme…cette ville a un charme tout à fait inattendu.

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J’arpente les rues, et je découvre peu à peu sa géographie organisée. Des rues à angle droit qui aboutissent sur d’immenses et belles places chacune avec sa singularité…Nietzsche a vécu sur l’une d’entre elles, la piazza Carlo Alberto…On se croirait dans un tableau de Giorgio de Chirico , lui aussi Turinois, le peintre des villes imaginaires et mélancoliques a vécu à la source même de son inspiration… Au troisième étage d’un immeuble d’angle, si ce que m’a dit une habitante est juste, il y a un petit balcon…-il y a beaucoup de balcons à Turin, c’est une des particularités de ses immeubles- …Nietzsche aurait écrit Ecce Homo dans cet appartement…se serait posté sur ce balcon pour regarder la ville…quelle émotion…

Veneto. Au bout, le fleuve, derrière le fleuve la colline…Peu de villes proposent une colline ou une montagne au bout d’une rue, et cette perspective est très particulière…comme si soudain la ville n’était plus une ville bordée de ses horribles périphéries, mais une vraie ville animée isolée dans un berceau de nature.

Cependant un jour, sur cette place, il est pris d’une sorte de colère violente vis à vis d’un cocher qui d’après lui maltraitait son cheval. Il se précipite vers l’animal et l’étreint …Ici commence sa première crise de folie, celle qui le coupe une fois pour toutes de sa vie solitaire, difficile certes, pourtant dans laquelle il semble avoir trouvé enfin une forme de paix…ici, à Turin. La suite est tourmentée, il est aux prises d’une soeur possessive et malfaisante, qui l’empêche de poursuivre le cours de son existence de philosophe. Sous prétexte de le protéger, elle le séquestre….

Un peu plus loin, une autre place abrite le célèbre hôtel Roma…là aussi tragique destin, celui de Cesare Pavese, magnifique écrivain de saisons d’été et de femmes fragiles…blessées… Il se donna la mort dans cet hôtel…après avoir écrit “la mort viendra et elle aura tes yeux” . Il était Turinois Pavese…Antonioni a choisi d’adapter une de ses nouvelles dans son film «Femmes entre elles», où l’atmosphère de la ville secrète et grise est bien rendue…La mélancolie qui la cerne de toute part, celle qui nous prend nous aussi au cours de nos déambulations…la nuit comme le jour…Soudain on realise que Turin n’est pas une ville multicolore, rouge jaune de Naples et vert comme la plupart des villes italiennes. Mais une ville blanche, et grise, élégante, spacieuse, fière…

Pourtant Turin l’a rendu heureux, un temps… Ces longues avenues sous arcades propices à la promenade ouvrent des perspectives au marcheur que la ville fait de chacun d’entre nous…une ballade qui nous mène de rue en rue, de voûtes qui s’écartent soudainement pour s’ouvrir sur une place grandiose comme un théâtre comme celle qui s’étale sous la colline au bout de la Via Po, la piazza Vittorio

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Je suis dans un état émotif très fort en passant sur la place Carlo Alberto, j’imagine fouler ses pas, je regarde ce qu’il a regardé lui aussi, je l’imagine dans sa solitude douloureuse et dans ses pensées vertigineuses..Ecce Homo…Une effigie est accolée à l’immeuble, mais c’est bien le seul hommage que la ville lui rend, c’en est même étonnant. Rien de rien sur Nietzsche. Turin s’en fout de l’avoir hébergé…

Turin abrite de nombreuses librairies, de livres contemporains et de livres anciens…la via Po, proche des universités, abrite toute une série de vitrines magnifiques accolées aux voutes , datant des années 30 sans doute, dont la plupart exposent des livres…des bouquinistes en


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somme…quelle poésie encore ici lorsque les bars voisins accueillent des jeunes gens gais et sérieux tour à tour, vivant leur vie d’étudiants entre deux époques…La vivent-ils vraiment ainsi ou seulement dans mes yeux de mélancolique, à la recherche de traces du passé et totalement dans son temps en même temps? Mes incartades dans l’histoire encore bien visible de Turin, seule ville qui me fait encore cet effet d’avoir conservé tous les «symptômes « de l’Italie qu’on aime ou a aimé passionnément (là je remercie mes parents de m’y avoir emmenée tant de fois en vacances l’été, ou au retour de Grèce, remontant du port de Bari ou de Brindisi , l’Italie magique dont nous rentrions ma soeur et moi avec de belles chaussures et des cahiers italiens pour la rentrée des classes)…ne m’empêchent cependant pas de vivre avec mon temps… je vois tous les jours au sortir de ma petite pension désuète cette jolie Fiat 500 rouge dont j’ai toujours rêvé et que je n’aurai jamais (je n’ai pas le permis) , dont je publie la photo sur facebook pour mes amis…. Je suis moins sensible aux vitrines de tee-shirts et drapeaux de la Juventus, fierté locale,mais je m’arrête pour essayer de jolies bagues chez un vieux monsieur à lunettes dont la minuscule boutique se faufile entre deux magasins d’objets de sport. Mon deuxième voyage à Turin a eu pour prétexte l’exposition de ma soeur Carole, célèbre portraitiste, au sein du fabuleux musée du Cinema de Turin, le plus grand d’Europe… Il est installé dans la Mole Antoniellana, le monument emblématique de Turin, avec sa pointe haute…Cet édifice qui aurait du être une synagogue, et ne l’a jamais été, abrite une très jolie collection de photos, mais aussi de caméras et de décors reconstitués…Les photos de Carole sont affichées tout autour du musée, sur les grilles, et dans les espaces en escargot à l’intérieur du musée…c’est magique, et les

portraits de ces acteurs et de ces réalisateurs trouvent tout naturellement leur place dans cet environnement à la fois historique et ultra moderne…le bar du musée est un endroit magnifique, logé de très longues tables blanches où à chaque place est incrusté un écran, et recouvertes de lampes dont la couleur se modifie à chaque instant, passant du bleu au rouge au vert, donnant un aspect très particulier à ce beau lieu de rendez vous de cinéphiles… Un ascenseur mène au sommet de la Mole, pour une vue éblouie, qu’il fasse beau ou qu’il fasse gris sur la ville et la vallée… Turin… Au cours de ce voyage court, trop court, -mais jusqu’ici tous mes voyages à Turin ont été trop courts- j’ai visité le musée Egyptien…fabuleuse collection dans des murs majestueux… Turin est une ville secrète, et aussi discrète, et discréditée, à tort…elle est jusqu’ici boudée des voyageurs, et même des amoureux, nombreux, de l’Italie… Je me trouve presque jalouse de cette ville que j’aimerais adopter, si cela était possible, pour un temps de ma vie…j’aimerais ne pas en parler, ne pas la raconter, la garder pour moi, jusqu’ici ce discrédit l’a aussi protégée-en partie toutefois- de l’invasion de la mondialisation. Certes un Mac Do s’est encastré dans les murs de la piazza Castello, c’est inévitable apparemment. Certes les plus grandes enseignes du luxe ont leurs boutiques sous les hautes arcades des belles avenues, mais rien d’ostentatoire…C’est beau, ça s’intègre sous les voûtes, ça ne gêne personne, ça donne du prestige à la ville, ça rassure tout le monde donc…mais cela ne perturbe en rien la beauté et le mystère de cette ville jusqu’ici imprenable… Je ne vous ai encore rien dit sur les enseignes

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à Turin…beaucoup de négoces ont conservé leurs enseignes des années 30. Magnifique calligraphie, or et noir souvent, qui revient régulièrement sur les façades des bars, des restaurants, des boutiques, des librairies, des pharmacies (splendides pharmacies à Turin, ayons toujours besoin de quelque chose dans une pharmacie turinoise)…Mais ma préférence va aux bureaux de tabac, ils ont un charme particulier en Italie, pas accolés forcément à un bar ou une brasserie, ce sont de petites boutiques autonomes, ou bien sûr acheter des cigarettes (ils nous donnent envie de fumer), mais aussi de jolis paquets de petits bonbons délicieux dans des boites vieillottes, comme nos vieux «cachous» par exemple…à la rose et à la violette. Les plus connus et désormais exportés en France sont les Leone… Je rapporte chaque fois des réglisses, des briquets, des allumettes, des stylos…une fois de retour à Paris je me réjouis et me réconforte de ces petits objets sans importance qui redonnent un peu de poésie à mon quotidien… Pour ce dernier voyage éclair à Turin, dont je suis rentrée il y a peu de temps, aucun prétexte particulier, il s’agit juste d’aller saluer la ville, en manque d’Italie…A peine 3 jours, trop peu et assez pour «saisir» la ville…la reconnaitre. La pensione qui m’accueille est en fait un vieil appartement magnifique et spacieux sous une des arcades de la Via Po, choisie par hasard en plein centre du quadrilatère romain, d’où tout est facile…La chambre est immense, avec de beaux meubles de bois anciens, armoire à miroirs, commode aux tiroirs réticents, et grande télé que nous n’allumerons pas…et la Wi-Fi , quand même…Un des murs est peint dans un bleu fort, comme les couvre-lits…classique et audacieuse cette aimable logeuse… Et pourtant nous y dormons bien mal…l’ave-

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nue déserte- la ville est calme la nuit- résonne dans l’immeuble et sous les arcades dès qu’une voiture s’y hasarde.Au petit matin, trop tôt pour nous, ces bus et tramways dans lesquels nous sautons plusieurs fois au cours de nos journées nous empoisonnent la fin de nuit et le sommeil est perturbé, ne répare rien de nos longues marches de la veille, et rendent l’humeur maussade….J’achète dans une de ces belles pharmacies sur la place Vittorio Veneto les «ear» de mousse qui vont m’aider les prochaines nuits…mais au moins j’aurais regardé des fenêtres de la chambre la ville se réveiller et les trams avancer comme des jouets sonores. Les tramways de Turin sont toujours anciens …aux sieges de bois patiné et chrome, magnifiques…la petite sonnerie me rappelle celle des tramways musicaux de Budapest… La journée me mène vers le célèbre marché de la ville, un des plus grands d’Europe (je connais aussi le plus grand, c’est celui de Riga en Lettonie)….Les légumes ont l’air délicieux, petits, charnus, odorants…mais je n’ai pas où les cuisiner. Les asperges coûtent 2 euros, quatre fois moins cher qu’en bas de chez moi, au marché à Paris…tout est bon et abordable…les réjouissances turinoises auront lieu dans les restaurants et les trattoria de la ville..Il fait beau, j’achète des lunettes de soleil, nous sommes en mai, est-ce le seul endroit au monde où il fait beau ces jours-ci? Très beau même. Les musées sont fermés le lundi, ça tombe bien, je n’ai pas envie de m’y enfermer… Je retourne voir la plus spectaculaire église de la ville…La Miracolata… Ici, on remercie la vierge d’avoir sauvé des vies, ou soigné des maladies…L’église est somptueuse, immense, fraiche et haute, de marbre coloré et de bois dorés…mais la surprise la plus étourdissante de cette église (l’Italie est


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parsemée d’églises spectaculaires, ce n’est pas un secret ) , vient d’une collection incroyable d’ex-voto très particuliers. Sur un des murs ceux d’argent et de métal en forme de coeur, m’évoquent la ravissante chapelle de San Angelo à Venise, mais dans un renfoncement de l’église - qu’on peut facilement louper- figurent sur plusieurs murs les dessins encadrés des voeux ou des remerciements , des dessins naïfs, rien ne dit qui les exécutaient, les fidèles euxmêmes ou quelqu’un affilié à restituer leurs souhaits? Une Vespa renversée par un bus, un malade sur son lit d’hôpital , mais aussi Paris, la tour Eiffel sous les bombes…je n’ai encore jamais rien vu de pareil dans un lieu sacré en Europe…moi qui suis athée, je suis à chaque fois émue devant ces dessins…qui évoquent plus une pensée intime , une angoisse bien trop humaine, qu’un voeu pieux tout compte fait… Et puis au fil de ces jours, la ville continue de me surprendre. Mon enthousiasme calme les accès de spleen auxquels on n’échappe pas devant la beauté d’un site, ou cette sensation indistincte que quelque chose du temps arrêté nous échappe…sans cesse la ville évoque un passé proche pourtant et une époque révolue. Les commerces de luxe et les plus ordinaires envahissent toutes les cites du monde, l’une après l’autre, et Turin semble à la fois dans le coup et un peu à la traine. Une sensation rassurante tout compte fait d’avoir le choix de vivre avec son temps et aussi de le prendre pour se poser un peu. S’arrêter de courir, penser, jouir de chaque instant, se laisser aller à rêvasser, à Turin cela semble encore possible. Après un long chemin en bus, je rejoins la Fondation Mario Merz située dans le quartier industriel de Borgo San Paolo, dans une ancienne fabrique Lancia datant des années 30.

Peu de visiteurs égarés . Une jeune femme m’ accueille avec enthousiasme et m’explique dans le détail le projet de Merz et des artistes que la Fondation choisit de presenter en resonnance avec son oeuvre. En sortant, je croise un fleuriste dans son triporteur bleu…j’adorerais avoir un tel engin à Paris moi! Et pourquoi pas vendre des fleurs… Au cours de l’après midi sur le conseil d’un sympathique chauffeur de bus , je prends au départ de la rive du Po, un autre bus pour la colline «royale»…le voyage est un peu triste le long de l’autre rive dans des quartiers sans charme et monotones pour nous les vagabonds qui ont envie de ville, de cafés turinois, de tramways, d’arcades et de palais …un funiculaire sur roues nous hisse dans les hauteurs de Superga où sont nichées sous la verdure de riches maisons d’où la vue doit être splendide et la vie rythmée par le vacarme trop régulier, toutes les demi-heures, de ce train de bois qui monte en s’essouflant…Je respire le bon air de la colline sans visiter la cathédrale et redescends aussitôt vers la ville et ses tumultes, tour à tour joyeuse , sévere et si digne …. L’heure de l’aperitivo approche …un verre et des dizaines de «tapas» locales pour la modique somme de 7 ou 10 euros…font office ,largement de diner…avec un Spritz ou un Martini , assis sur cette belle place Vittorio Veneto qui regarde la colline, les Turinois profitent avec moi du soleil si rare récemment , ont arpenté comme moi sous les voûtes et dégusté leurs glaces en déambulant de places en places, jetant un oeil distrait aux boutiques encore ouvertes, et aux échoppes des bouquinistes . Mes pas m’ont conduite la veille de mon retour dans un quartier que jusqu’ici je n’avais pas vi-

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sité…des ruelles étroites, des galeries d’art, des boutiques de créateurs, ici nous pourrions être dans une autre ville d’Italie, ou même d’Espagne…C’est ici que Turin rejoint le monde avec un grand M..c’est la jeunesse qui s’est accaparé le coin la nuit parait-il…. Vous l’aurez compris, il n’y a pas encore de pièges à touristes à Turin, ou si peu qu’on ne les voit pas- on peut déjeuner d’un menu délicieux et copieux, de «primo piatto» et de «secondo» et son «contorno» pour 8,50 euros… la ville est pleine de petits restaurants très bon marché où les travailleurs des alentours discutent gaiement , comme à la cantine. Les produits sont bons, les pâtes al dente, les agnolotti, spécialité de la région, les fromages, les vins…un plaisir simple mais certain… Dehors la pluie s’abat, les parapluies voltigent, premières secousses de mauvais temps, mais ça ne dure pas… Je repars, seule dans les rues de la ville, je m’égare, je visite des galeries, des boutiques, je rentre dans une grande papeterie - l’Italie est le berceau de Moleskine, vous le saviez?- j’essaie des chaussures, je prends un café, puis un autre, juste pour le bon goût du café,ristretto, pour bavarder avec les gens si gentils et prévenants.

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Je tombe par hasard sur la place de la Mairie où Daniel Buren a suspendu son Tapis Volant tricolore dans le contexte de “Luci d’Artista “ et c’est assez réussi , je prends des rues longues et plus étroites, où s’aventurent toujours les bus et les tramways cahotant, je retombe sur la piazza Castello, je respire l’odeur du chocolat et du Bicerin dans les belles confiseries Art Nouveau, je ne résiste pas à me reposer un moment chez Baratti e Milano, pour le déguster , j’achète des confiseries aux noisettes piémontaises dans de jolis paquets désuets pour les amis parisiens .Et ensuite sur la droite un superbe passage couvert Art Nouveau cache un cinema, -tiens j’irais bien au cinema à Turin, histoire de vérifier que les Italiens parlent toujours pendant les films (il faut bien qu’ils aient un défaut),un antiquaire qui vend des merveilles vintage en toute connaissance de cause (un beau Kelly en croco noir…), des boutiques de deco, et je ressors sur un grand café en terrasse sous les fenêtres de Frederic Nietzsche… L’éternel retour… Hommage à Frédéric Pajak


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VIV DAN


VRE NS LA


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Reportage

MAMO GRAPHIQUE texte Ludovic Derwatt

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Reportage

R

endez vous était pris à 14 heures, gare de Lyon. Je retrouvais Sylvia et Mark pour prendre notre TGV en direction de Marseille. Installés dans un carré en première classe, une pinte de 1664 à la main, j’écoute Mark m’exposer sa théorie selon laquelle les réseaux sociaux fatiguent, le nombre de publications baisse, et lui de prophétiser l’avènement d’un social network de luxe. C’est intéressant. Et plus je bois plus je trouve ça intéressant. Puis on parle de la soirée de ce soir, des invités, de tout et de rien, des curators omniprésents et omnipotents, « aujourd’hui les petites filles ne veulent plus être princesses elles veulent être curatrices» explique Mark. Pas faux. Plus précisément, le monde se divise en deux catégories, ceux qui prétendent être curator, et ceux qui prétendent être DJ. Certains trous du cul arrivent à faire les deux, autant dire qu’au dessus c’est le soleil.

Le temps passe vite avec ces deux la. Faut dire aussi que le wagon bar est juste à coté, mais je me préserve pour ce soir, open bar oblige. Globalement j’éprouvais alors une sensation proche du bien être en enchainant les bières hors de prix dans un train à grande vitesse, en première classe qui plus est, c’était plutôt bon signe pour la suite de la soirée. la seule incertitude venait de la météo. Un contact sur place m’avait envoyé un texto pour me dire qu’il pleuvait, ce qui m’emmerdait un peu vu que la soirée se passe sur une terrasse, et que j’étais sapé un peu léger, logique vu notre destination. Arrivé à St Charles, un type en costard de maitre de cérémonie funéraire nous attend avec une pancarte. c’est notre chauffeur qui vient nous chercher avec une audi (une ahaudi comme dirait un mec rencontré pendant la soirée) sponsor de l’événement. Décidément, c’est royal. Ca roule plutôt pas mal à Marseille,

Cité Radieuse Le Corbusier - Léo Dorfner

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Reportage le paysage défile, Sylvia et Mark compare les milieux de la mode et de l’art, je comprend pas tout à la conclusion mais bon. On passe devant le vélodrome, et je réalise que ce stade est d’une laideur sans nom, à l’image de l’équipe qu’il accueille. Puis on arrive à la cité radieuse. Grosse claque. Lieu historique. Là, on nous donne des bracelets, et la clef de la chambre, qui est en fait l’appart des proprios du restaurant situé un étage en dessous, qui nous le prêtent le temps de la soirée. Merci à eux. Le couloir menant aux différents appartements, tous des duplex, est étonnant bas de plafond, et sombre, ambiance shinning. Une fois la porte passée, changement d’ambiance, c’est méga lumineux, puisqu’une grande baie vitrée nous fait face. le rez de chaussé est assez petit, encore dans son jus, cuisine d’époque, placards assez rigolos, etc. Au premier, en revanche, c’est immense, il y a 3 ou 4 chambres, bref on ne sera pas les uns sur les autres. On

pose nos affaires, on fume une clope en regardant le paysage, et on se dirige vers la terrasse de la cité radieuse, le MaMo. Le soleil est là, le vent aussi d’ailleurs, mais on va pas se plaindre. Je me dégote un whisky (servi généreusement d’ailleurs, merci à toi le barman) à une des 5 ou 6 tables faisant office de bar, tout autour de la terrasse, et je vais écouter le discours d’Ora-Ïto. Touchant, on dirait un môme. Il remercie le soleil, Xavier Veilhan, papa, maman, des potes, et le maire, JeanClaude Gaudin, qui à l’air de s’emmerder sec à coté. Vient le discours de Xavier Veilhan, dont les oeuvres sont exposées sur la terrasse, torché en 30 secondes, net, sans bavure. Et là c’est le drame. Un mec de chez audi prend la parole, et bim, c’est la sortie de route, gros crash de bagnole. En moins d’une minute, le mec à réussi à faire fuir la moitié de l’assistance, l’autre restant à discuter entre elle. J’en profite pour faire un refill.

La vue de la chambre - Léo Dorfner

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Reportage

Discours d’Ora-Ïto - Léo Dorfner

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Reportage

L’assaut du bar - Léo Dorfner

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Reportage

Manifestement, Ora-Ïto a l’air content de la soirée - Léo Dorfner

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Reportage C’est à peu près à ce moment que je croise Gérald, qui comme à son habitude, arbore une chemise ouverte jusqu’au nombril, la différence c’est qu’il semble avoir pris 10 kg depuis la dernière fois que je l’ai vu. Une allergie dûe à la bouillabaisse de ce midi parait il… On fait le tour de la terrasse, je ne comprends pas à quoi tout ça sert mais bon. Les oeuvres de Xavier Veilhan sont posées là, ni vraiment nulles, ni franchement géniales. Du Xavier Veilhan quoi. Manifestement, dans la France de l’art, on ne change pas une équipe qui ne perd pas. Il y a beaucoup de monde, d’ailleurs la queue aux bars et aux stands de tapas est interminable. Il y a des officiels, des «stars du show biz», beaucoup de personnes de la mode, et un peu du milieu de l’art. Je croise notamment la fratrie, toujours dans les bons coups pour du champagne gratos, et Timothée, le régional de l’étape.

La nuit tombe sur la terrasse, commence alors le DJ set du duo art Kolkhoze. Autant le dire tout de suite, c’est pas ma came du tout, et ça ne le sera jamais. Les gens dansent. Un type très bizarre fait des grands gestes à la manière d’une drag queen à la gay pride, les photographes shootent à gogo ce bon client pour alimenter les sites internet à tendance fascisante, qui nous expliquent à quel point nous sommes des losers, tandis que quelques happy few, triés selon des critères comme la beauté ou la jeunesse, ont la classe puisqu’ils écoutent de la musique binaire et répétitive. Bref, je conchie le clubbing et la techno. Mais faut bien faire plaisir aux gens…Je partage mes idées avec une journaliste, Sarah, qui semble d’accord. Je décide alors d’aller me chercher un verre pour trinquer avec ma nouvelle amie, et là, horreur, il n’y a plus rien à boire.

Boing Boom Tchak - Léo Dorfner

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Reportage Informée de la terrible nouvelle, Sylvia décide d’aller acheter des bouteilles de vin au restaurant, juste en dessous ne notre appart. Riche idée, merci à toi Sylvia. S’organise alors une sorte d’after dans notre chambre, avec le mec qui prononce audi avec un accent allemand, et Sarah, entre autres. On devait bien être pas loin de 15 personnes. Ca parle de plein de trucs, souvent un peu cons, faut dire qu’on commence tous à être sérieusement avinés. On écoute de la musique avec un iphone placé dans un vase en guise d’enceinte. Système D. Au bout d’un certain temps, on décide quand même de faire un dernier tour sur la terrasse, voir où les gens en sont. Bad idea. Le groupe se sépare. Il n’y a plus que les puristes. Je me retrouve seul, tel une biche blessée, et me fait draguer par une milf marseillaise. Heureusement, Sylvia me sauve la vie. Merci à elle. Ça commence à sentir la fin. D’ailleurs, la terrasse se vide petit à petit. Décision est prise d’aller se pieuter, il est pas si tard, mais bon, j’en ai

ma claque. Le lendemain, accompagné de Sylvia, je foule le sol de Marseille pour la première fois. Juste le temps de faire 100 mètres, on assiste à une scène que j’imagine assez typique. Alors qu’on traverse une petite rue, un scooter avec deux mecs dessus fonce, et frôle un vieux juste derrière moi, lequel à la mauvaise idée de se défendre. Le scooter freine, et le passager descend pour en coller une au vieux en l’insultant. Ambiance. Ce n’était donc pas une légende. Je tire du fric en serrant les fesses. Finalement on se paume à moitié, croise les fratries qui nous raconte leur fin de soirée au One again, ça ne s’invente pas. On sentait la déception dans leurs voix. Le mieux à faire restait d’aller bronzer à une terrasse du vieux port. Je commençais à avoir le mal du pays. On descend quelques verres, puis direction la gare, pour avancer notre retour, parce que quand même, faut pas déconner. On avale un jambon beurre et voila

Le calme après la tempête - Léo Dorfner

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Reportage notre train. Toujours en première. Et toujours à coté du wagon bar. Donc bière. Bis repetita. Bref on se met bien.

un sandwich vietnamien et une bière locale, une tsingtao, faut bien ça pour me remettre de mes émotions.

Arrivé à Paris, on se sépare, et je prends le métro. sur le quai de la 14 je croise un des deux kolkhoze avec des cernes jusqu’au genoux. Apparemment lui a apprécié l’after au one again. La vie est cruelle parfois. Le métro arrive, j’ai l’impression de sentir la mort, je rêve d’une douche. Je laisse le dj sur le quai, nos chemins se séparent ici l’ami. Sur le chemin, je prends

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AUSTIN

Reportage

PSYCH fest - mmxiii texte stéphane cador

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Reportage

A

ustin Psych Fest édition 2013, 6ème du nom. La pré-soirée, jeudi soir était divisée en deux lieux, accueillant chacun huit groupes, la démesure texane. A 10 pm, l’heure était venue de faire un choix. J’ai fait celui de A Place To Bury Strangers, tête d’affiche de la soirée du Mohawk, club rock’n’roll Downtown réputé pour sa programmation exigeante et sa scène extérieure en contrebas d’une vaste terrasse qui surplombe le toit des demeures environnantes. Il se trouve à deux pas, deux blocks en fait, du second club le Red 7. Arrivant pour la fin de Metz, pas un mal, j’ai pu profiter pleinement du show encore une fois intense et sévère des Brooklynniens. Une dizaine de cordes et un manche de basse ont fait les frais de leur fascination pour la destruction de matos, qui admettons-le colle parfaitement avec l’ambiance de chaos, avec la sauvagerie de leur noisy-rock chargé de déflagrations de riffs distordus qui résonnent sans interruption. Des morceaux des deux derniers albums surtout, où les garçons ont passablement délaissé les boîtes à rythmes au profit d’un ensemble plus organique, moins cold-wave, plus pop si l’on peut dire. Un brin éprouvé par la performance, on me conseille de me rendre à l’intérieur du club où le projet du nouveau membre de Black

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Angels vient de commencer. Pénétrant dans la pièce après avoir commandé la Lone Star Beer locale, c’est le riff de Little Red Book qui me saute aux oreilles. Je me souviens alors que sur le flyer de la soirée était annoncé un groupe mystérieusement nommé Forever Changes. Ce sera donc ça, un tribute band. Eh ben mes colons, ça valait la peine de s’aventurer ici. Super voix du mec, une fidélité dans les structures et dans le son, une interprétation idéale sans être scolaire. Tout l’album ou presque y passe, A House Is not A Motel, Daily Planet me tire une larme, Maybe The People… avec un trompettiste et deux charmantes violonistes. Pour moi qui avais loupé la tournée de Free Arthur Lee il y a dix ans de cela, c’est une bien belle session de rattrapage. Le groupe finit sur 7 and 7 is. Intro et conclusion sur les deux tubes qui ne figurent pas sur le chef d’œuvre des californiens. Pas mieux. Fin de soirée avec deux groupes de l’édition précédente, les suédois d’Orange Revival d’abord et les californiens de Cosmonauts. Des gamins obsédés par BJM pour les premiers, par Roky Eriksson et Spacemen 3 pour les seconds, avec l’attitude Cool Kids loin de faire tache dans la capitale Texane, devenue depuis la création du festival capitale mondiale incontestée de la cause psychédélique actuelle.


Reportage Carson Creek Ranch, le lendemain. Je cours pour ne pas louper mon nouveau crush, Kay Leotard. Un groupe de kids passés chez Buffalo Exchange avant d’acheter leur première Fender Mustang, maitrisant peu ou prou leurs références Twee, New Wave et Indie circa Nirvana, certes, mais en plus de ça, ils ont des morceaux, des gimmicks, des accroches. J’avais leur titre When I Call depuis une semaine dans la tête, ils ont fini là-dessus, proprement et avec fouge. On pense aux Vivian Girls - pas seulement parce que la chanteuse est rousse – à Paulie-Jean. Me voilà satisfait, dès le premier concert. Je suis un garçon facile. Bière, merch’ et voilà que débute Bass Drum Of Death, rapide comme l’éclair, concis, sans concession. Clairement, ces jeunes filous du Mississippi se positionnent du côté Ty Segal avec un accent White Stripes des débuts. Un set brutal, sans blabla et avec de la sueur. Changement de génération, là arrive un groupe confirmé, d’adultes posés, Besnard Lakes. Le post RockProg des Canadiens passe bien en cette fin d’après-midi grisâtre et moite, même si un peu mou de genoux après quelques morceaux. Un rapide coup d’oeil aux Touaregs de Tinariwen et leur Rock sub-saharien-Kraut. Deux

membres ne sont présents que pour taper dans les mains et danser, des Bez à l’africaine. De la chaleur du désert africain, on passe à la froideur arctique de Soft Moon, les garçons-glaçons de San Francisco. Déjà vu l’an passé avec un son pas au top, mauvais mixe qui manquait cruellement de guitare, ce soir il n’en est rien. Le son est prodigieux et le public ne s’y pas trompe pas. Un bon nombre de titres de l’album Zeros, peut-être encore plus cold que ceux du premier. Les morceaux n’excèdent que rarement les trois minutes et assomment tel un coup de matraque. Ca frôle le génie malsain, empeste le Warsaw Division industriel. La claque est mise. Ils sont définitivement l’un des groupes de la scène revival 80’s/postpunk les plus saisissant des 2010’s. Quand Vasquez, le guitariste se vautre sur la scène et rejette son instrument tel un A Place To Bury Strangers, vient s’affaler sur ses bongos le temps d’un Repetition épique et diabolique, le bassiste reste lui imperturbable et stoïque, avec sa gueule de CRS – à propos de matraque justement – prêt à en découdre seul avec une horde de manifestants. Ils quittent la tente sous une pluie d’applaudissements plus que méritée.

Colorado River - Photo Stéphane Cador

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Reportage

The Raveonettes - Photo de Jake Clifford

22 heures, The Raveonettes. Passant à travers les gros coups de pub qu’ont connu les autres duos early 2000’s, l’honnêteté a su rester la même dans la prise de risque et sans jamais perdre de vue leurs marottes Spector/Suicide/ J&MC. Un sentiment me traverse tout de même, celui de voir un groupe faire le minimum syndical avec une réelle bonne volonté. La set liste est un mélange de morceaux de In and Out Of Control et de Observator avec quelques titres, pour mon plus grand bonheur de leur fougueux premier EP. C’est un peu la course à l’échalote si on veut se tenir au programme prévu. J’ai l’impression que Papy Oscillation a déjà commencé son barouf. Oui, il est là, Simeon, seul sur scène avec ses samplers, claviers, beat boxes et oscillateurs of course. Même si quelques pistes manquent un peu de volume par moment, la demi-pomme d’argent remplie parfaitement le contrat.“Oscillations”, “I Don’t Care What The People Say”, la magie Silver Apples opère, la voix traverse les guts de

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toute l’audience, tout le monde salue le patriarche de la scène famille Weird Psych. Ovation à l’oscillateur. Ovation qui prend fin plus tard quand invité par Acid Mothers Temple Simeon réapparait pour un final apocalyptique du groupe nippon. Assis au bord de la Colorado River, un brin fatigué, j’oublie totalement que B.R.M.C. est en train de faire un vacarme de tous les diables dans mon dos. Les brutes. La soirée se termine sur une explosion de guitare sous la Levitation Tent et des boucles ronronnantes de KrautRock à la sauce Samouraï. Il fait beau, il fait chaud, il fait moite. LSD and The Search For God, efficace groupe noisy-shoegazer irrépressiblement marqué par Lush et MBV. C’est effrayant de constater les ravages causés par Kevin Shields sur l’ensemble de l’indie-Rock actuel. Direction l’amphithéâtre pour voir un barbu, californien, nous faire du psych-kraut répétitif avec une pédale loop, une guitare, une basse et un batteur.


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Reportage

Golden Animals - Photo de Mark Reitz

Jjuujjuu n’est pas sans rappeler le projet de Ripley Johnson, Moon Duo, dans une version un peu moins puissant et plus hardrock/hippie. S’en suit le jeune Scott Jacson, en provenance de North Carolina. Le frère jumeau maléfique de Jacco Gardener. Une véritable tête à claque, des vétements de zoulou blanc, trois fois trop grand pour lui. Même si le gamin se prend pour une diva-trash, la formation s’en tire pas mal dans cette fornication post-ado de Syd Barrett et Billy Corgan. La balance penche d’ailleurs nettement plus pour Smashing. D’autres jeunes pousses se préparent derrière nous. Je file. Wall Of Death. Sous un soleil masqué par les nuages, les parisiens livrent un set droit et carré, un peu raide de timidité peut être, mais quand même puissant. Le public texan apprécie et dit “Bwavo”. Anton Newcombe dans le public, sourit. Des barbus, Woodsman, encore un barbu, Golden Animals dont je ne vois que le morceau final, une très bonne reprise de Fire Of Love de Jody Reynolds, avant de lais-

ser la place à l’attraction garage du jour, Night Beats. Beaucoup de nouveaux morceaux visiblement, tous à un tempo assez rapide. Une énergie cinglante et un son parfaitement réglé, y’a du Monks, du Other Half dans leur son. Lee Blackwell, le guitariste au regard de déjanté ne baisse jamais d’intensité pendant tout le set et frappe ses cordes pour en sortir des riffs de sociopathe, Maximum R’n’B Psychedelic, du pur Freakbeat ricain. Puppet in The Strings vient mettre un point final à un set tout en tension. Kaleidoscope va commencer, mais presque arrivé devant leur scène Black Mountain entame les premières notes de Mary Lou, meilleur morceau de leur album BO du film Year Zero. Ce titre est tout simplement la plus belle chose qui soit arrivée au prog-pschedelique-stoner depuis Brainstorm d’Hawkwind en 1972. C’est lourd et puissant, sans pour atteindre le niveau de Space Rituals pour rester dans la comparaison hawkwindienne. Enchaînent sur Wucanl, plus planante et sur d’autres

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Reportage titres d’In The Future. Back To Kaleidoscope juste à temps pour Dive Into Yesterday. Deuxième groupe des sixties de l’édition, les deux membres restant ont encore le look, futal multicolor et chemise à pois, et le chanteur n’a rien perdu ou presque de son grain. The Sky Children est un grand moment de communion et pendant les 8 minutes du morceaux, une sorte de long refrain qui recommence sans cesse, le public semble complètement absorbé et admiratif aussi. Groupe anglais oblige, la pluie se pointe, nous tombe dessus comme la misère sur le pauvre monde. L’orage arrive. J’attends la fin du déluge, tapi dans ma tente avec en fond sonore A Minha Menina des Os Mutantes qui s’exécutent sur la scène principale. Après le couac météorologique, c’est reparti, le Phoenix renait de ses cendres avec le drone sound des Warlocks qui servent un concert magistral, tous les hits sont balancés. Un sérieux à toute épreuve et une classe monstrueuse sur scène, qui nous rappelle juste que ces Warlocks là font partie des anciens de la scène psych et que ce sont des groupes comme ça qui tiennent la baraque, et la casse également. Sur les promesses d’un nouvel album à venir, les californiens laissent la place sous la Levitation Tent au patron du revival psychédélique des années 1980, le co-fondateur de Sound Of Confusion ou The Perfect Prescription, Pete Kember et son groupe Spectrum. Rejoint par Will Carruthers à la basse (à la basse sur Playing With Fire en 1989), le set des vieux comparses est sensiblement toujours le même depuis plusieurs années, avec Mary, Revolution, When Tomorrow Hits et le final sur Suicide et ses 10 minutes de bourdonnement et de larsens aux rythme du batteur qui reste seul sur scène. Entre chaque titre, le tyran Sonicboom panique allant d’ampli en ampli pour vérifier que tout est bien comme il le veut et l’exige, pendant que les autres le regardent faire, détendus, décontractes. Après la pluie le beau temps sur le Car-

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son Creek Ranch. Un ciel bleu gendarme, traversé régulièrement par les avions. L’aéroport d’Austin se trouve à deux minutes du site. Un soleil idéal pour se rendre à l’Elevation Amphitheater pour apprécier les Shivas, énergique quatuor de Portland. Un gros poil plus garage en live que sur leur premier effort, les jeunes gens se tirent avec les honneurs d’une prestation intense et électrique. Le chant est assuré alternativement par le guitariste et la batteuse, jeune fille bâtie comme un déménageur, déménageuse en mini-short en Jean. Ah oui j’ai déjà oublié que les Laurels ont ouvert sur la scène principale. Très bon concert des australiens, là aussi une fille derrière les fûts, une bonne partie de l’excellent dernier album “Plains” y passe, le public est parfaitement échauffé pour une journée qui réserve de bien belles surprises. Il est cinq heures, j’ai loupé Holy Wave, rage, j’ai loupé le merchandising de Holy Wave, re-rage. Qu’importe. L’heure est venue de voir White Fence. Des albums, j’avais retenu un garage-folky sous influence Madcap Laughs et The Piper At The... . Sur scène, c’est un véritable groupe de garage foutraque, plus psyché que les Night Beats la veille à la même heure, mais avec une énergie comparable et un son fidèle au delirium fuzz ‘67. Certainement l’une des plus grandes surprises des trois jours. C’est musclé, carré, et les oreilles en prennent un sacré coup. Bien joué. Petite esquive de King Khan & BBQ Show, même si ce que j’aperçois une fois aux côtés de la batteuse des Shivas - vraiment impressionnante - m’a l’air entrainant et détendu du sarouel. No Joy? Yes. Trois nanas aux instruments à cordes, un mec à la castagne. Beaucoup de drone sound encore, un ensemble shoegaze et grunge. Un bourdonnement permanent vrombit sous la tente depuis vendredi après-midi et chaque groupe l’un après l’autre remet de l’huile sur le feu. Et les trois jeunes filles de No Joy, leur nom se lit sur leurs visages, en rajoute une sérieuse couche. Sur la Reverberation Stage, la scène principale, est en train de jouer un grand


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Reportage

No Joy - Photo de Tom Gilmore

bonhomme. Avant de monter au 99th floor dans quelques heures, prenons l’ascenseur qui mène au 13ème étage avec la légende locale, Mr Roky Erickson. Même si la légende donne de sa personne pour entrainer la foule dans son univers psyché-rock, le résultat manque cruellement de punch et même les tubes du 13th Floor Elevator joués en fin de set, Fire Engines, Rollercoaster, You’re Gonna Miss Me n’ont pas la pêche d’antan. Un honneur quoi qu’il en soit de voir l’homme en action, chez lui. L’un des derniers grands moments du festival, le concert des Islandais de Dead Skeletons. Une tête connue à la basse, encore Will Carruthers, une guest-star au tambourin pour les deux derniers morceaux que l’on avait déjà vu prêter main forte hier sur la même scène à Kaleidoscope, l’incomparable Joel Gion. Une heure de psychédélisme lourd et de cold wave lancinante. Des salves de fuzz sortant des moniteurs comme sortent les gey-

sers du sol. Des beats synthétiques donnent la cadence macabre avant que le batteur vienne muscler le tout, tambour battant. Les têtes de mort du groupe passent sur l’écran devant eux. Les bâtons d’encens prennent feu sur le stand micro du chanteur. La messe est dite, Edith. Les icebergs d’Islande ont jeté un froid sur le Texas et le public s’est amassé en nombre dans l’amphithéâtre pour voir ça. Le Show/froid va même faire de l’ombre au début du concert des locaux de l’étape, ceux qui chaque année ici y vont de leur petite prestation, ceux qui viennent de sortir un quatrième album, peutêtre leur meilleur, ceux sans qui il n’y aurait pas de Austin Psych Fest, Black Angels. Étant resté jusqu’à la dernière goutte de Dead Skeletons., j’arrive au milieu du film, pendant Indigo Meadow, titre inaugural du dernier album éponyme. You’re So Fine, Young Men Dead, Bad Vibrations et j’en passe, Christian Blandt et ses compères enfilent les perles et asseyent définitivement leur notoriété, en ter-

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Reportage rain conquis certes. Excellent concert combiné à leur excellent dernier album font de Black Angels une valeur sûre de la scène. Chance de les voir à domicile, le denier morceau est joué avec leur sitariste. La communion est totale. Dur pour les Growlers sous la tente et pour Moving ZZ Top Sidewalks d’assurer derrière. Les Growlers livrent pourtant un set honnête, gai et fleuri de leur folk/country rock/tex-mex. Même si la voix nasillarde du chanteur use sur la longueur, la fraîcheur de leur chansons agit comme un brumisateur sous la tente qui attend le clou du festival, Clinic. Un dernier détour vers la Reverberation Stage, pour un petit 99th Floor des familles, un peu mou du zizi,

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un peu trop boogie bluesy, même s’il est très divertissant de voir sur scène l’homme de “La Grange”, Billy Gibbons, aujourd’hui VRP de guacamole à la T.V. texane. Un Bloody Mary à midi le lendemain, downtown sur Dirty Sixth, en compagnie d’un inconnu fort sympatique qui me ramène en ville faute de navette, et voilà la sixième édition du Austin Psych Fest bel et bien finie.


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Reportage

Photo de Mark Reitz

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Questionnaire

Gérald cohen Propos receuilliS Par Laurent Dubarry

Publiciste, il accompagné dans leur communication et leur développement , souvent depuis leur création, des marques aujourd’hui mondiales: Tod’s, Hogan, Hugo Boss, L’Eclaireur, Moschino, Superga, Géox,Tumi, Mandarina Duck, Zadig & Voltaire …

www.geraldcohen.com

1 - Que n’échangeriez-vous pour rien au monde ? G.C. : Mes parents 2 - Quelle profession rêviez-vous d’exercer lorsque vous étiez enfant ? G.C. : Agronome ou flic, pour sauver le monde 3 - Quel cadeau aimeriez-vous recevoir ? G.C. : J’aimerais que la femme que j’aime vienne vers moi pour reprendre nos promenades et notre conversation là où elle les avait laissées 4 - Le meilleur endroit où passer la nuit ? G.C. : J’aime me réveiller à Paris dans un quartier nouveau par semaine, quand j’ai de la chance. Quand je peux j’apporte mon oreiller pour me sentir un peu chez moi 5 - Une chose que vous aimeriez savoir faire ? G.C. : L’amour 6 - Un disque ? Un livre ? Un film ? G.C. : Tout The Clash /Les souffrances de jeune Werther de Goethe et Salammbô de Flaubert. Ils annoncent les changement les plus radicaux du monde d’aujourd’hui / The Long Goodbye de Robert Altman avec Elliot Gould 7 - A quelle époque auriez-vous aimé vivre ? G.C. : Demain 8 - Le plus bel homme, la plus belle femme de la terre ? G.C. : Ma mère bien sur et bien sur Laure 9 - Que faîtes-vous le dimanche ? G.C. : Le dimanche je ris, je ris, je ris. Parce que je sais que demain c’est lundi 10 - Votre syndrome de Stendhal ? G.C. : Dans un musée , ou une galerie, je suis toujours atteint de priapisme . 94 BRANDED


Gérald Cohen 11 -Avec quelle personne morte aimeriez-vous pouvoir dîner ? G.C. : Avec un ami, mourir est pourtant le seul sale coup qu’il m’ait fait 12 - Quel est votre alcool préféré ? G.C. : J’ai un alcool préféré par décennie. Avant c’était la Vodka Jet 27 et depuis quelques mois les Whisky Japonais 13 - Quelle est la personne que vous détestez le plus ? G.C. : Moi, de détester cette personne au lieu de l’ignorer 14 - Où aimeriez-vous vivre ? G.C. : A Port au Prince, en Haïti 15 - Qu’est-ce qui attise votre désir chez l’autre ? G.C. : De savoir tromper mon impatience pour que je la découvre à son heure 16 - Un personnage de fiction auquel vous vous identifiez ? G.C. : Philip Marlowe 17 - A combien évalueriez-vous votre corps pour une nuit ? G.C. : 10.000 € H.T. 18 - Un mot, une expression ou un tic de langage ? G.C. : «Bonjour,Je suis Gérald COHEN» 19 - PSG ou OM ? G.C. : PSG , pour me faire croire un instant que je suis chauvin . En réalité je suis toujours pour le gagnant. 20 - Si vous pouviez avoir la réponse à une question, quelle serait la question ? G.C. : «T OU» en général quand je reçois ce texto je ne sais plus où je suis. 21 - Quelle serait la musique de votre enterrement ? G.C. : Le crépitement des flammes de mon bucher sur l’embarcation qui m’emmènera la nuit 22 - Votre menu du condamné ? G.C. : Du cyanure, pour ne pas mourir idiot 23 - Une dernière volonté ? G.C. : ENCORE !

Depuis un an il s’intéresse aux marques naissantes dans les domaines FASHION-ARTFOOD-TECHNOLOGY il les nomme BABYBRAND , il organise un concours qui a pour objet de repérer et valoriser les marques de demain . Le 11 septembre 2013 sera nommée la troisième lauréate du concours doté de prix d’une valeur totale de 30.000 €. Mardi 4 juin sera mis en ligne le site marchand BABYBRAND.FR Gérald COHEN est également l’auteur du E-Book WILD WIL BABY - La mode comme observatoire du monde qui change, illustré par Léo Dorfner - Wildwildbaby.com

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ce matin, sous mon lit

j’ai retrouvé une culotte

« ce qu’elle était jolie, cette fille rigolotte »

ce trésor de mélancholie est si beau que je sanglotte.


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Fiction

COMICS PAR ALIZÉE DE PIN

Alizée de Pin est une dessinatrice française qui vit et travaille à Paris depuis peu. Le rendez-vous du moi(s) fait partie du recueil Made in France. Journal pseudo autobiographique, Made in France est une plateforme narrative des aventures et déboires liés à sa relocalisation parisienne. Ponctuellement rythmé par les souvenirs et anecdotes de son séjour antérieur aux Etats-Unis, le rendez-vous du moi(s) raconte sur le ton tragi-comique les difficultés et l’irrégularité d’être soi-même lorsque soumis à trop de changements, trop de mouvements et trop de pertes affectives ; une satyre de l’errance et de la perdition.

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Fiction

RODÉO PAR Joey Burger

Joey B.Burger - auteur non américain de romans et de poésies né(e) le 18 aout 1982. Conduit une Motobecane SP93, boit de la bière en quantité respectable, n’est pas tout fait respectable, sort de son silence depuis le 6 janvier 2013. Rodeo, roman en cours d’écriture dont les extraits peuvent être lu ici : www.facebook.com/RODEO.ROMAN

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J

e voudrais dire combien c’est cool quand j’attends Ana à la terrasse d’un café en buvant une bière presque froide par trente cinq degrés mais je mentirais. C’est dur comme tout ce qu’il y a dans mon ventre sombre dans le silence quand tout ce qui m’entoure s’étale dans le bruit et dans le mouvement. VOS GUEULES je dirais, si j’étais vraiment honnête. Au lieu de ça je regarde ce type debout devant moi qui me regarde lui aussi, comme si je devais partir ou quelque chose du genre et je vous le dis, j’étais content d’attendre Ana avant de l’attendre, le gras du bide de ce type à quelques centimètres de mon visage. Depuis combien de temps n’avait-il pas vu sa bite en allant pisser ? Je pense à ça et tout de suite je m’en veux et tout de suite mon regard tombe sur cette fille dont le cou est tatoué de roses et je pense qu’il existe dans le monde tout un tas

de végétaux moins merdiques et que les filles se tatouent toujours la même chose quand il s’agit d’être ridicule. Ouais je sais : je suis méchant méchant MECHANT. J’attends Ana et ça ne me rend pas très sympathique. Je pense : quand t’arriveras Ana, je te gueulerai dessus comme pas possible, je t’engueulerai bien fort en te disant tout un tas de trucs qui n’auront aucun sens, juste parce que t’auras mis cette robe qui m’aura rendu dingue et que ça ne pourra que m’achever – tu prendras pour tout l’univers avant toi. Bien sûr, rien ne se passera comme prévu, elle me dira un truc qui me foutra en l’air moi et tout le reste, je crois que j’ai l’habitude. Puis je me dirais – je me demanderais plutôt en regardant son alliance : lorsqu’il fait l’amour, estce que Gras du Bide voit sa bite faire quelque

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chose ? Quel est le degré de confiance qu’il accorde à sa femme quant à la qualité de son érection ? La bière à demie chaude que je bois à grande vitesse, me fait penser à des conneries grosses comme l’Amérique toute entière. Ana était arrivée au milieu des palmiers et des Chevrolet Impala et ça n’avait pas loupé : elle m’avait engueulé comme si j’avais fait un truc horrible, alors que pour une fois j’étais en avance et que comme toujours, je n’avais rien compris à ses horaires de travail. Je souriais comme un imbécile, je souriais comme un imbécile pendant qu’elle m’expliquait que tout le monde à part moi connaissait ses horaires et que TOUT CE MONDE LA pouvait la retrouver et elle dit, elle dit pendant que je souriais derrière mes lunettes de soleil : «il n’y a que toi au monde» et je m’empressais d’approuver. Je dis un sourire gigantesque dans Miami : «IL N’Y A QUE MOI AU MONDE» et je hurlais presque de satisfaction quand elle ajouta : ‘il n’y a que toi

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au monde qui ne comprend rien.» Moi je regardais ses jambes et ma main invisible sous sa robe. Je pensais à des trucs du futur, alors que nous étions dans le soleil j’imaginais la nuit, l’odeur de la mer sur sa peau, ma bouche sur ses seins. J’écris tous ces trucs romantiques qui ne sont pas vraiment ce à quoi je pense. Je pense à sa jambe entre mes cuisses, à sa langue dans mon ventre – je suis presque sûr qu’elle pense à la sienne dans ma bouche. Ana dit des trucs que je n’écoute pas tout à fait et elle est ok avec ça. Elle est ok avec ça depuis le début. Je lui dis : «et si je te disais : c’est de la connerie de faire l’amour sur la plage, tu dirais quoi ? » Je regarde Ana qui regarde en l’air – le ciel ou quelque chose d’autre sans y réfléchir. Elle est assise sur mon sweatshirt et j’attends sa réponse. Elle dit : « je te dirais : file moi la serviette j’ai du sable dans la bouche. »


« On rentre ? » Je demande. « Si tu veux » elle répond. Puis elle ajoute : « à pied ou en bus ? » Je regarde mes trois bières enfoncées dans le sable et sa bouteille d’eau en plastique. «  A pied » je dis, « je suis bourré. » Il y a ce truc de l’ivresse quand je me relève et que je regarde la mer, une ivresse qui me prend de très loin c’est presque très beau et je pense rapidement, très vite dans ma tête, que je n’ai jamais vomis dans le sable. On marche. Ana sourit. Quand Ana sourit on pourrait croire qu’il ne se passe pas grand chose mais moi je sais bien – je sais tout je lui dis souvent, je sais bien que le temps passe très vite et que très vite nous serons dans mon appartement et que très vite, je regarderai Ana comme si nous devions faire l’amour et que je ne ferai rien qui ira dans ce sens, car la beauté du désir, je dis à Ana pendant que nous marchons sur Ocean drive : « la beauté du désir, c’est quand tu attends qu’il cesse d’exister. » Je regarde Ana qui dit rien et j’ajoute : « moi ce que j’aime, c’est pas forcé-

ment de baiser – bien sûr j’aime baiser mais le truc d’avant, le DÉSIR je dis, en insistant bien, quand tu commences à me tripoter c’est plus pareil tu vois ? » « Tu sais que quand je suis ivre et que je finis toujours par dire tout un tas de conneries – qui ont du sens quelque part hein, on marche toujours sur Ocean Drive ? » Ana marche assez vite et j’ai du mal à la suivre. « On marche toujours quelque part » je dis, comme à moimême. Dans mon appartement, Ana se vautre dans mon canapé et à ce moment précis, alors que je regarde son ventre sur mon canapé et son cul quelque part au-dessus de tout le reste qui remplirait mon salon, je dis – je dis en regardant ses jambes qui se balancent dans le vide et qui remontent sa robe sur ses hanches : « je les aime tes fesses. Et tes cuisses aussi. Et tes seins. Mets toi à genoux. »

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Juin/août MMXIII - numéro 3

REMERCI

EMENTS LES PLUS SINCÈRES

à sylvia pour tout ce qu’elle a fait, à marianne maric pour sa patience et sa confiance, à julie crenn, Florence pour son amitié, la galerie Anouk le bourdiec pour son soutien, le tigre club pour la soirée, mon epicier pour les tsingtao, mon tatoueur, le psg pour le titre de champion, les rédacteurs pour leur super travail, ceux que j’oublie, bref tout ceux qui font de ce magazine un truc bien. Merci à vous tous et merde aux autres. à bientot

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BRA

NDED Magazine BRANDED

Branded #3 JUIN/AOÛT MMXIII  

Branded est un magazine/revue gratuit, virtuel, fondé en septembre MMXII à Paris par Laurent Dubarry. C'est une publication trimestrielle cu...

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