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J'aimerais remercier Dina, Angela, Eman, Agathe, Shun Wen, Laura, Shanelle, Carrie, Louise, Laura, Rachel, Rebecca, Lujain, Zarina, Sofia et Daisy pour avoir été de merveilleuses modèles ainsi que des interlocutrices passionnantes. Je remercie aussi particulièrement Pauline pour son soutien indéfectible, son optimisme et pour avoir été ma correctrice; Sona pour son aide continue and son intelligence; ma maman et mon papa (qui me soutiennent toujours), mon frère, ma famille et mes ami(e)s pour toujours avoir été là et avoir cru en moi. Des remerciements à mes camarades de classe, mes professeurs et tous ceux et celles qui m'ont aidée tout au long de ce projet. J'aimerais aussi remercier Laura Bates et son projet, et livre du même nom, Everyday Sexism, pour avoir été une importante source d'inspiration. Et enfin d'immenses remerciements à toutes les femmes et filles qui montrent réellement ce que sont les femmes aujourd'hui.


sexisme \sɛ.ksism\ nom masculin

Préjugé, stéréoytype, attitude discriminatoire envers une personne, en raison de son sexe Par définition, le sexisme peut affecter tout genre, ainsi les hommes aussi bien que les femmes peuvent en faire l'expérience. Cependant, c'est un phénomène que les femmes et les filles en particulier doivent affronter chaque jour, dans les médias, au travail, à l'école, ou tout simplement dans la rue. Ces discriminations traditionnelles de genre englobent le harcèlement de rue. Difficile à définir de part sa nature controversée, le harcèlement de rue implique tout type "d'insulte concuspicente, sexiste, homophobe ou transphobe, toute demande persistante sur le nom d'une personne, son numéro de téléphone, sa destination, après que cette même personne ait clairement refusé de répondre, toute appellation à caractère sexuel, tout commentaire et requête forcée, toute tentative de harcèlement en suivant une personne, d'exhibitionnisme, de masturbation en public, d'attouchement, d'agression sexuelle, et de viol [...] infligés sur des inconnu(e)s dans l'espace public, sans leur consentement, et en raison de leur genre apparent et/ou de leur orientation sexuelle" (définition extraite du site web http://www.stopstreetharassement.org). Le harcèlement de rue n'est pas quelque chose d'inhabituel, et cela concerne plus de la moitié des femmes dans de nombreux pays. Par exemple, en 2014, le mouvement Stop Street Harassment et le groupe GfK ont mené une enquête parmi 2 000 sondées aux Etats-Unis, qui a conclu que 65% des femmes interrogées ont fait face au harcèlement de rue. Parmi elles, 23% ont connu des attouchements sexuels et 20% ont été suivies par un inconnu.

Bien que la prise de conscience de ce problème soit en hausse


aujourd'hui, le harcèlement de rue reste une expérience banalisée qui peut affecter grandement la vie d'une femme, et qui prouve que le sexisme est écrasant dans de nombreuses sociétés. Beaucoup de femmes ne signalent pas ou ne parlent pas de ce genre d'expérience, et quand elles le font, elles peuvent être rejetées ou ne pas être prises au sérieux. Après avoir interviewé et discuté avec plusieurs femmes, j'ai décidé de concevoir un livre afin de partager leurs histoires, de montrer comment le sexisme de tous les jours peut les bouleverser, de mettre en avant la dignité avec laquelle elles y font face et/ou y répondent, et de comprendre l'interaction qu'elles construisent entre leur personnalité en privé et celle qu'elles affichent en public. Mon intention avec ce projet est de reproduire des images qui témoignent de la réalité à laquelle ces femmes font face chaque jour, et de la comparer avec les discours et commentaires habituels qui rendent compte de la banalisation et du déni du harcèlement de rue comme étant un problème contemporain. Puisque les discriminations de genre sont aisément absorbées dans d'autres problèmes de société plus larges, je ne me suis pas seulement concentrée dans ce livre sur le harcèlement de rue, mais j'ai aussi essayé de soulever plusieurs questionnements sur le sexisme en général, ainsi que sur le rôle contemporain des femmes et leurs opinions: Qu'est-ce que c'est que d'être une femme aujourd'hui? Comment les femmes définissent et perçoivent-elles leur féminité? Comment se comportent-elles dans l'espace public et en privé? Quelle est leur relation avec cet espace public? Comment gèrent-elles le sexisme quotidien tel que le harcèlement de rue, plutôt banalisé aujourd'hui? En sont-elles affectées? Si oui, comment? Comment y font-elles face?


LE SE N'EXIS


XISME TE PAS


« C'était la nuit. Je rentrais chez moi, et j'attendais à un arrêt de bus quand il s'est approchée de moi et m'a demandée: "Toi et moi, pour 40 balles?" [...] J'étais tellement énervée quand c'est arrivé. Mais ensuite, je me suis sentie sale. Comme s'il avait déversé un seau de boue sur moi. J'étais dégoûtée par l'idée qu'il ait pu me considérer comme cela et qu'il ait dit ça sans ressentir une seule émotion. Il ne m'a pas regardée comme si j'étais un être hmuain, mais comme quelque chose qu'il pouvait tout simplement obtenir. C'était vraiment étrange et humiliant de ne pas avoir été traitée en tant que personne [mais en tant qu'objet]. »


CA N' QU' FEM PROVOC


ARRIVE AUX MES ANTES


« Je m'habille selon les lieux où je vais, les situations dans lesquelles je me trouve, si c'est pour un travail ou pas... Mais pas en fonction de ce que les gens vont penser de moi. Donc si je veux porter un jean ou une robe, je le fais tout simplement. Parce qu'en fait, ça [le harcèlement] peut arriver à tout moment, n'importe où, et les habits n'ont pas vraiment d'importance dans ce cas. Et c'est ça qui est ennuyant en fait. Parce que les gens te font te sentir coupable à cause de ce que tu portes, mais tu peux te faire importuner par n'importe qui dans la rue, même quand tu es vêtue d'un pantalon tout simple. [...} Si je porte telle ou telle chose, c'est simplement parce que je l'aime bien. Pas parce que je veux attirer l'attention sur moi. Et d'ailleurs, je n'aime pas attirer l'attention. Et je ne supporte pas les gens qui jugent les autres sur leur apparence. »


LES F SONT LES H SONT DES


EMMES BELLES OMMES HOMMES


« Ce n'est pas à propos des hommes, c'est à propos de l'éducation. Pourquoi dit-on aux filles de ne pas porter de jupes courtes, mais ne dit-on pas aux garçons de ne pas harceler, par exemple? C'est simplement du respect, et ça devrait être enseigné! Je pense que les stéréotypes sont fortement ancrés dans les mentalités. Beaucoup perçoivent les femmes comme plus faibles que les hommes, et les hommes comme plus forts que les femmes. Mais, être fort ou sensible, ça dépend de ta personnalité, pas de ton genre. Et on case toujours les gens dans des catégories. Des catégories de genre. Les hommes sont plus comme ça, donc ils appartiennent à cette catégorie. Les femmes sont plus comme ça, donc elles appartiennent à cette autre catégorie. Mais c'est plus compliqué que ça. Nous tous sommes des individus plus compliqués. Dans mon cas, je ne pense pas appartenir à aucune de ces catégories. [...] Depuis que je me suis coupée les cheveux et que j'ai commencé à porter des vêtements dits "plus masculins", j'ai remarqué que ça [le harcèlement de rue] avait stoppé. Quand les hommes ne t'identifient plus comme une femme dès le premier regard, ils n'essaient pas de t'interpeller/de te siffler. Encore une fois, le problème ce sont les stéréotypes, et comment les gens perçoivent les femmes, et comment les femmes sont supposées se comporter et être. »


CERT FEM AIME FAIRE S


AINES MES NT SE IFFLER


« Les gens disent "C'est ce que tu portes ou la façon dont tu agis qui t'amène à te faire harceler". Ils disent aux femmes qui portent des jupes courtes ou qui se maquillent beaucoup qu'elles veulent se faire siffler ou interpeller dans la rue, et qu'elles aiment ça. Mais ce n'est pas une invitation à faire ça! Je n'ai jamais vu une femme apprécier de se faire interpeller comme ça et d'y répondre positivement. Je n'ai vu aucun cas pour lequel ça avait fonctionné sur une femme. [...] Pour ce qui est de mon propre cas, je me fiche de ce que les gens et les mecs peuvent dire de moi [dans la rue]. Je porte ce que je veux. Je me maquille si je veux. Et quand ça [le harcèlement de rue] arrive, soit je leur réponds, soit je les ignore. C'est un peu ma façon d'être. »


LES M EN FON HISTO POUR


EDIAS T DES IRES RIEN


« En Egypte, ça [le harcèlement de rue] arrive chaque jour. J'ai donc appris à devenir une personne différente en public. Je me transforme en une personne méchante dans la rue. Je ne souris pas, je parle de manière agressive aux gens, et j'essaye d'éviter le plus d'interactions possibles. Je m'habille avec des couches et des couches de vêtements, même quand il fait 45 degrés dehors. Je ne porte pas de bijoux, de couleurs trop vives et de maquillage. Si je dois en mettre un peu, pour le travail par exemple, je prends juste le nécessaire avec moi. J'attache aussi toujours mes cheveux. Les cheveux d'une femme sont considérés comme un symbole sexuel là-bas. Le truc c'est que personne ne veut attirer l'attention. Quand tu es une femme dans l'espace public, en Egypte, la stratégie la plus sécurisante, c'est de devenir invisible. [...] A Londres, c'est différent. Je ne dis pas que rien n'arrive ici! Mais la différence entre ma personnalité chez moi, en privé, et mon comportement en public, n'est pas aussi importante ici [comparé à l'Egypte]. Je peux porter ce que je veux, des robes, des leggings, des bijoux. Je peux me maquiller et lâcher mes cheveux. Je ne suis pas constamment sur le qui-vive, à regarder autour de moi, à faire attention à avoir un mur derrière moi quand je m'arrête dans la rue. Et même si, ici, je suis inquiète quand je prends le bus de nuit par exemple, la peur de me faire agresser physiquement n'est pas la première pensée qui me vient à l'esprit le matin quand je me réveille. »


NE T' PAS, JUSTE BLA


ENERVE C'EST UNE GUE


« Ca s'est passé lors d'une sortie nocturne. Nous dançions dans une boîte de nuit. Je portais ma jupe fourreau blanche. Tout allait bien au début. Rachel et moi, nous dançions et nous amusions. Mais ensuite c'est arrivé très vite. Il y avait un groupe de garçons près de nous et l'un d'eux m'a attrapée par derrière, touchant mon entrejambe. J'étais tellement énervée! [...] Je ne savais pas vraiment comment réagir. Mais maintenant je me rends compte que j'aurais pu aller trouver la police, parce que ce que ce gars avait fait était illégal. Et j'aime à penser que si le mec avait réellement pris conscience que ce qu'il avait fait était illégal et que ça m'avait bouleversée, il ne l'aurait sûrement pas fait. »


« C'était la pire nuit de toutes. Je me souviens que nous avions parlé au manager de la boîte de nuit pour lui demander de mettre les garçons responsables dehors. Mais ensuite ils ont réussi à revenir, et personne n'a pris la peine de les dégager une fois de plus. Finalement, Laura et moi sommes sortis du club. Le retour chez nous a été horrible. Il était trop tard pour prendre le métro. Alors nous avons pris le bus et avons été harcelées là aussi. Plusieurs hommes ont essayé d'attirer notre attention, nous ont hélées et sifflées. Quand nous leur avons dit de dégager, ils se sont montrés encore plus hostiles envers nous et nous ont insultées. Nous sommes donc descendues du bus sans savoir où nous étions. D'autres mecs dans la rue nous ont apostrophées encore et nous ont demandées si nous voulions venir avec eux. Nous les avons ignorés et avons essayé d'entrer dans un hôtel afin d'appeler un taxi à la réception, but le réceptioniste nous a chassées. Quand finalement nous avons réussi à dénicher un taxi, nous étions en larmes. C'était affreux! Tout est arrivé en même temps. En une seule nuit, nous avions été en colère, bouleversées, terrifiées, etc. Nous nous sentions tellement vides quand nous arrivâmes chez nous. Laura et moi avons dormi dans le même lit cette nuit-là, parce que nous n'avions pas vraiment envie de rester seules, séparées dans nos chambres individuelles, après tout ce qui s'était passé. »


TU DE APPREN APPREC COMPL


VRAIS DRE A IER UN IMENT


« Se faire siffler et héler [dans la rue] n'est pas un compliment. Tout simplement parce que généralement ça met la personne mal à l'aise. J'ai déjà croisé des hommes qui m'ont complimentée dans la rue, et c'était cool. Parce qu'ils me parlaient, en-face-à-face, sans élever la voix, comme les personnes normales font, et que nous avions eu une vraie conversation, à propos de lui, de moi, du temps, sans aucun commentaire inapproprié, lubrique, sexuel ou méprisant. Beaucoup de gens pensent "Les femmes ne savent juste pas apprécier un compliment". Mais j'aime bien les compliments! Ce que je n'aime pas en revanche c'est qu'on m'aboye dessus dans la rue, c'est qu'on me lance des commentaires sur mon corps, mes formes, mon apparence, mes vêtements, comme ça. Ca, ce n'est pas un compliment! C'est juste très intimidant. [...] Non je ne pense pas que c'est de la flatterie quand des inconnus, au hasard, postés à un bar, ne cessent de nous demander, à mon amie et moi, de venir avec eux. Ou quand des mecs, qui me sont étrangers, profitent de mes habits ou mes accessoires, tels que mes lunettes d'aviateur que je mets parfois, comme une raison pour m'invectiver et devenir trop insistant ou entreprenant. C'est juste inapproprié et effrayant! Et si je me maquille ou que je m'habille d'une manière particulière, c'est parce que j'aime bien le look que ça me donne, pas parce que j'ai besoin que quelqu'un m'offre quelques 'compliments' qui n'en sont pas du tout. »


C'EST N CA AR FAIS


NORMAL RIVE AVEC


« La dernière fois, ça m'est arrivé dans un supermarché. Un homme n'a pas cessé de me demander où je vivais et s'il pouvait m'accompagner et venir chez moi. Il devenait très insistant. J'ai refusé et je lui ai demandé d'un geste de la main de me laisser tranquille, et il est parti. La plupart du temps je les ignore et ne réponds pas. Mais si un jour je vois que certains s'approchent de trop ou me mettent mal à l'aise ou ne me rassurent pas, j'élève la voix et je les dévisage d'un air dur. Ca c'est mon truc. Si ce sont juste des mots, j'ignore. Si ça va plus loin, je réagis et je crie en retour. [...] Que ce soit ici à Londres ou en Egypte, ça arrive. Mais en Egypte, le harcèlement verbal, dans la rue, c'est devenu normal. Tout le monde le fait, et les gens pensent que c'est normal, même si bien sûr ça ne devrait pas. Il y a une sorte de banalisation de la provocation verbale et des commentaires libidineux adressés aux femmes dans l'espace public: comme si chaque homme était considéré comme ayant le droit de faire ça. Cependant je ne vais pas changer mon style de vie à cause de ça. J'aime bien être une femme. J'aime me maquiller, porter de longues jupes élégantes et des talons. »


NE SO LE SOIR NE TE PAS HA


RS PAS ET TU FERAS RCELER


« Rien de vraiment grave ne m'est arrivée. Mais j'ai déjà été importunée et interpellée, arrêtée et bloquée par des mecs insistants, et même une fois suivie dans la rue. Ca s'est toujours passé en journée, parce que je ne sors pas vraiment tard très souvent. [...] Cependant je ne veux pas me sentir en danger dans la rue, que ce soit ici à Londres ou en France. C'est un espace public et je pense que ça devrait appartenir à tout le monde. Donc j'essaye toujours de passer du temps à l'extérieur pendant la journée afin d'être un peu plus habituée avec mon environnement, de me sentir plus chez moi. Aujourd'hui, je suis confiante dans la rue parce que j'ai trouvé des manières de "l'adopter" et de bien la connaître. Quand je sors quelque part ou que je décide de me promener dans le quartier, je regarde les cartes locales que j'ai accrochées dans ma chambre pour me rappeler des directions, des quartiers, des lieux, etc. Quand je sors, je prends aussi souvent mon vélo. Ca me permet de me sentir plus confiante. Et moins atteignable. C'est pourquoi je ne me sens pas en danger. Parce que j'essaye de me garantir une place dans l'espace public, comme tout le monde. »


LES F SONT F ET T SENSI


EMMES AIBLES ROP BLES


« Au Zimbabwe, le harcèlement de rue arrive très souvent. Les gens essayent d'attirer ton attention, t'appellent "sexy" ou "bébé" quand tu passes à côté d'eux, ou ils essayent de t'arrêter. Le pire aspect de ce problème là-bas, c'est quand ça va jusqu'à l'agression physique. Ca n'arrive pas si souvent que ça, mais ça peut toucher aussi bien les femmes que les hommes. La plupart du temps, la police en est responsable. J'ai déjà fait l'expérience de telles agressions alors que je travaillais en tant que photo-journaliste pour le Zimbabwe Mail. J'ai été férocement frappée et arrêtée par des policiers lors d'un mouvement de protestation du MDC-T [Mouvement pour le Changement Démocratique-Tsvangirai, le principal mouvement d'opposition au Zimbabwe], parce que je me tenais à côté des activistes, à prendre des photos, à faire mon boulot tout simplement. Je suis sûre, néanmoins, qu'ils ont profité du fait que j'étais une femme. Ils n'auraient jamais été aussi loin si j'avais été un grand mec musclé. [...] C'est pourquoi j'ai appris à devenir coriace. Quand je marche dans la rue, je marche vite et avec assurance. Parce qu'ainsi, les gens ne te prennent pas pour cible si tu parais confiante et déterminée. Et même, un jour, j'ai décidé de porter de hauts talons et une longue et belle jupe alors que je me rendais sur un lieu de reportage. Tandis que je marchais d'un air assuré dans la rue, personne ne m'a arrêtée ou aboyée dessus. »


« Le problème, c'est qu'à la fin de la journée, nous avons toutes nos histoires à raconter. »


Woman beings (français)  
Woman beings (français)  

Projet photo-documentaire sur le harcèlement de rue, le sexisme ordinaire, le rôle des femmes en société, et la construction de leur féminit...

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