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Le Triathlon du français | Franc-parler

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31 octobre 2010

UNE CLASSE À PART Accusés de dénaturer la langue et bannis par nombre d’écoles, les médias sociaux n’en demeurent pas moins utilisés par une forte proportion de jeunes Québécois. Alors qu’on cherche désespérément à raccrocher les adolescents à l’école, les médias sociaux pourraient bien être la poignée à saisir par les enseignants. Jamais les jeunes n’ont passé tant de temps à lire et à écrire. Facebook et Twitter peuvent-ils servir le milieu de l’éducation ?

L

e sport a fait ses preuves. Les arts et la musique ont donné de bons résultats. Mais à l’heure où elle tente par tous les moyens de favoriser la persévérance et la réussite scolaire de ses élèves, la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe (CSSH) envisage de susciter l’intérêt des jeunes là où ils ne sont pas prêts de décrocher: sur les médias sociaux. « Le monde de l’éducation est en plein questionnement. On ne se demande plus vraiment si l’on doit utiliser Facebook, mais plutôt comment le faire adéquatement dans un contexte pédagogique », résume la directrice des services éducatifs de la CSSH, Caroline Dupré. Pour elle, comme pour plusieurs de ses collègues du monde de l’éducation, le traitement réservé au français sur Facebook suscite des craintes. Or, le site constitue un lieu commun où les enfants lisent et écrivent plus

qu’ils ne l’ont jamais fait auparavant. Il s’agit donc d’un terreau fertile pour favoriser la littératie, cet ensemble d’habiletés en lecture et en écriture qui est à la base même de la réussite scolaire. « On entend constamment que les jeunes n’écrivent plus en dehors de l’école, mais c’est complètement faux », s’exclame Gaétan Dion, le directeur de l’école primaire au Coeur-des-Monts, à Saint-Pie. Son établissement propose depuis septembre le projet Pédagotic, un programme scolaire résolument tourné vers les nouvelles technologies de la communication (TIC). À la lumière d’un ensemble d’études qui ont démontré que l’utilisation des TIC favorisait la réussite scolaire des élèves, l’école a équipé ses classes de tableaux interactifs. D’ici cinq ans, la direction espère même fournir un ordinateur portable à chacun de ses élèves de quatrième, cinquième et sixième année.

Si l’exploitation d’un compte Facebook n’apparaît pas encore au programme, les blogues eux sont au coeur des apprentissages, notamment dans les cours d’éthique et culture religieuse qui tend soulever les débats. « Les jeunes n’ont jamais écrit autant. Ils écrivent mal, mais au moins, ils écrivent! Les médias sociaux, ce sont des petits trésors pour nous si l’on parvient à les exploiter à bon escient, à profiter de leur popularité pour développer les compétences en français d’une façon autrement plus attrayante pour les jeunes que les classes magistrales habituelles », poursuit M. Dion. Après avoir réalisé ses premiers pas dans l’univers des nouveaux médias au primaire, la commission scolaire pourrait donc poursuivre l’expérience au niveau secondaire. Après tout, Facebook interdit aux enfants de moins de 13 ans de se créer un profil... du moins, en principe.

Ainsi, un programme qui emboîterait le pas au projet Pédagotic de l’école au Coeurdes-Monts est en préparation à l’école secondaire Casavant. Pour ne pas perdre l’intérêt des élèves qui auront pris l’habitude de naviguer sur le Web à travers leur projet scolaire, le nouveau profil d’étudiant offrirait la possibilité de développer des connaissances en robotique, en graphisme et en nouveaux médias. « Les enseignants sont préoccupés de voir comment les adolescents démolissent le français dans un soi-disant souci d’efficacité et de spontanéité, relève Mme Dupré. D’un autre côté, c’est notre travail de nous intéresser à un outil qui encourage les élèves à écrire comme jamais. Si c’est sur Facebook que ça se passe, on n’aura pas le choix de suivre nous aussi. »

C pour communication 19 heures : moyenne d’heures passées sur Internet chaque semaine par les 12-24 ans. 63 % : pourcentage des 12-24 ans qui utilisent Internet durant trois heures ou plus chaque semaine pour leurs études.

58 % : pourcentage des 12-24 ans qui considèrent qu’Internet les aide « beaucoup » dans leurs travaux scolaires. 38 % : pourcentage des 12-24 ans qui aimeraient que l’école les aide à se familiariser avec les nouveaux logiciels informatiques

Source : Enquête Génération C, Centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO)

Le Centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO) compile des statistiques éloquentes sur l’utilisation du Web par les jeunes dans son enquête sur la Génération C. Il ne fait pas de doute que cette génération, qui englobe les jeunes de 12 à 24 ans, est très présente sur le Web; on constate toutefois qu’une partie de son utilisation d’Internet est à des fins scolaires. Plus du tiers d’entre eux souhaiteraient même que l’école les aide à se familiariser avec les nouvelles technologies.


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Craintes 2.0 Or, le chemin vers une utilisation concertée des médias sociaux ne se fait pas sans heurt; il est loin le jour où les jeunes Maskoutains pourront accéder à leur profil Facebook dans leur classe, où sont pour le moment

Récemment, la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe a mis en place un « Comité Facebook » chargé d’analyser la portée pédagogique d’un tel outil, mais aussi d’encadrer son utilisation chez son personnel. En fait foi le premier man-

enseignants. Dans ce contexte, quelles informations peuventils publier? Quel ton adopter lorsque les jeunes les interpellent? Ça soulève des questions d’éthique et de confidentialité. » Mêmes préoccupations au niveau de la sécurité des élèves

bannis les médias sociaux. « Les premiers pas sont faits. On voit la vague passer et on ne veut pas la manquer, mais le simple fait d’éduquer nos enseignants à ces technologies constitue un défi en soi », note Mme Dupré. Parce qu’au-delà des inquiétudes des institutions scolaires quant à l’utilisation du français sur Facebook, des craintes quant aux éventuels problèmes de sécurité et de confidentialité éveillent leur part de doutes chez plusieurs enseignants.

dat confié au comité, soit celui de produire des capsules d’informations à l’intention des enseignants pour les mettre en garde quant aux dangers que représente le réseau social par excellence. « Avant même de penser à introduire Facebook dans nos programmes scolaires, il faut que nos enseignants en comprennent toutes les possibilités : les meilleures comme les pires, explique Mme Dupré. Sur le réseau social, les élèves côtoient leurs

qui seraient encouragés à migrer vers Facebook. Si la CSSH veut s’aventurer sur ce terrain, elle le sait déjà glissant et sans merci. « Si Facebook entre dans nos écoles, il n’y aura pas de marge d’erreur. Nous ne pourrons nous permettre aucun dérapage si l’on veut donner à cette initiative toute la crédibilité qu’elle mérite. »

Facebook : un taux de pénétration pour le moins... étonnant! Population du Québec âgée de 13-18 ans :

570 962

Utilisateurs de Facebook âgés de 13 à 18 ans :

517 140

Taux de pénétration :

90,57 %

Selon ses propres statistiques, le site Facebook serait utilisé par 90,57% des jeunes Québécois âgés de 13 à 18 ans. Cependant, ces données doivent être prises avec un grain de sel; un certain nombre de profils sont dédoublés, inactifs, ou même carrément faux. Comme le site est interdit aux moins de 13 ans, certains jeunes peuvent mentir sur leur âge afin de se créer un profil, car aucune vérification n’est possible. Ainsi, alors que Facebook compte 123 980 utilisateurs âgés de 18 ans au Québec, l’Institut de la statistique du Québec ne recense que 103 087 jeunes fraîchement majeurs... pour un taux de pénétration de 120 %!

La société des poètes retrouvés Les jeunes qui bloguent ou qui possèdent un profil sur le réseau social Facebook seraient plus confiants lorsque vient le temps de rédiger un texte et présenteraient un niveau de littératie plus élevé. C’est du moins la conclusion d’une étude menée sur 3 000 jeunes Anglais et Écossais par le National Literacy Trust de Londres, un organisme voué à la promotion de la lecture et de l’écriture à travers la Grande-Bretagne. Les résultats de l’enquête, publiés en décembre 2009, proposent que les activités des jeunes sur les médias sociaux les encouragent à écrire davantage au quotidien. Les enfants qui possèdent un profil en ligne seraient « significativement plus enclins » à écrire de façon plus « traditionnelle », notamment en rédigeant de courtes histoires, des lettres, des paroles de chansons et des journaux personnels. Bien que 49 % des jeunes répondants croient que l’écriture, c’est ennuyant, 57 % de ceux qui sont actifs sur les médias sociaux disent plutôt prendre plaisir à écrire. « L’ère du numérique a souvent mauvaise presse, mais les conclusions de ce rapport démontrent que les sites de réseautage social et les blogues sont directement reliés aux dispositions les plus positives des jeunes envers l’écriture », avait résumé le directeur de l’organisme, Jonathan Douglas, au lendemain de la publication du rapport. www.literacytrust.org.uk


Fecbook et le milieu de l'éducation