Issuu on Google+

Modes d'habiter et types collectifs au sein de l'urbain dispersé _ Habiter le collectif à la Côtière Recherche par le projet, Lauranne Millet, Mars 2014 Enseignante responsable : Flora Pescador, enseignants encadrants : Joan Casanelles, Pierre Gras, Vicente Mirallave, Christophe Widerski


Modes d'habiter et types collectifs au sein de l'urbain dispersé _ Habiter le collectif à la Côtière Recherche par le projet, Lauranne Millet, Mars 2014 Enseignante responsable : Flora Pescador, enseignants encadrants : Joan Casanelles, Pierre Gras, Vicente Mirallave, Christophe Widerski


4


Sommaire 05

Abstract

07

Sujet de recherche

09

Objectifs de la recherche

10

01_Conceptualisation du sujet

12

011 Habiter les urbanisations dispersées

12

0111_Maillage et distances

13

0112_Global, local et ‘hyper contexte’

15

0113_Enchevêtrement d’échelles

18

012 Individus et collectif de l’urbain dispersé

18

0121_Evolution des pratiques urbaines

20

0122_L’espace collectif contemporain

23

0123_Alternatives collectives d’habiter

26

013 Collectif contemporain : projets de référence

26

0131_Spittelhof Housing

26

0132_Brunenhof Housing

26

0133_Residenza RoSa

26

0134_Wohnsiedlung, Leimbachstrasse

32

014 Cadre conceptuel d’élaboration propre

34

02_Contexte

36

021 Contexte élargi

36

022 Données

39

023 "hypercontexte"

39

024 Générique, spécifique

39

025 Echelles d’urbanité dispersée

50

03_La demarche de recherche-creation

52

031 Méthodologie de recherche-création

54

032 De l’échelle urbaine à l’échelle locale

54

0321_Rapport au contexte élargi

59

0322_Morphologie de l’édifice

59

0323_Définition de trois scénarios morphologiques

68

0314_Synthèse

70

0315_Applicabilité au projet

76

033 De l’individualité du logement au collectif

76

0331_Multiplicité des modes d’habiter

76

0332_Dispositif spatial ouvert

79

0333_Apropriabilité du logement contemporain

82

0334_Exprérimentation en projet

93

04_Conclusions

96

Bibliographie

5


6


Abstract

La ville européenne condensée et concentrée comme agencement spatial principal de nos sociétés est aujourd’hui dépassée. La configuration spatiale et temporelle de l’urbain contemporain permet et induit la mise à distance des objets sociaux et physiques les uns des autres. Après le modèle de la coprésence de la ville traditionnelle, l’organisation spatiale et sociétale de l’urbain actuel se base sur une certaine mise à distance. La liberté de choix dans les implantations urbaines que cette mise à distance permet est tempérée par la dépendance aux infrastructures de transport physique et d’échange virtuel. Le projet porte sur un territoire historiquement habité, la Côtière, près de Lyon, dont les transformations de l’urbain de la seconde moitié du XXe siècle ont modifié à la fois la configuration spatiale et les pratiques d’habiter. La dispersion des activités commerciales et industrielles dans la plaine du Rhône, les dynamiques qui l’animent et la prolifération de l’habitat pavillonnaire en font un territoire de l’urbanisation dispersée. La maison individuelle, souvent implantée en lotissement, est le mode caractéristique d’habitat de ces territoires ; pourtant, le rêve de ce mode d’habiter pâlit. La transformation des groupes familiaux durant ces trente dernières années, la crise économique, environnementale et industrielle que connaît notre société, la recherche d’un retour à des formes de proximité et d’urbanité remettent en question ce modèle. Dans des pays européens comme la Suisse, il existe une recherche et un intérêt démontré pour l’habitat collectif ou l’habitat groupé dans ces territoires urbanisés. En France, les constructions de logement collectif dans ces zones sont pauvres et ne suscitent guère d’intérêt, ni architectural, ni dans la qualité de vie qu’ils proposent. Pourtant, réfléchir aux manières d’habiter ces territoires est une question cruciale : ils rassemblent la majorité de la population urbaine européenne et ne cessent de croître. Dans cette recherche, en se fondant sur les études actuelles sur l’urbanisation dispersée, les modes d’habiter qu’elle porte, le sens des notions d’individu et de collectif aujourd’hui, on souhaite décrire et comprendre la manière d’habiter ces territoires aujourd’hui et les potentialités qu’ils portent. En interrogeant les projets d’habitat collectif construits récemment en milieu urbain, on souhaite interroger la place du collectif dans un territoire d’urbanisation dispersée tel que celui de la Côtière. Comment construire l’édifice collectif aujourd’hui, quelle forme prend-il ? Avec quelle dimension contextuelle peut-il entrer en résonance dans ces territoires en perpétuelle évolution ? Comment l’architecture peut permettre de conjuguer le collectif avec le singulier ?

7


LA FACE CACHÉE DE LA CÔTIERE

VIDE, FORCE DU PÉRIURBAIN, ENJEU DE SON DÉVELOPPEMENT

8


Sujet de recherche

nisation dispersée est plus présent et de meilleure qualité. Dans ces territoires de “l’urbanisation sans urbanisme2” (GROSJEAN, 2010), il faut envisager de partir du particulier, du projet ponctuel pour dégager des méthodologies et une conception contemporaine du projet d’habitat.

Le logement collectif est au cœur des thématiques contemporaines de l’architecture : la crise sociale et environnementale orientent vers la recherche d’une plus grande compacité et d’une densité de qualité dans l’habitat. Dans une société où l’individu est valorisé et où l’intimité, l’espace de représentation personnelle ou familiale sont recherchés dans l’habitat, tout l’enjeu est de conjuguer le collectif avec le singulier.

On s’intéresse ici au territoire de la Côtière et de la plaine de l’Ain. Dans cette vallée aux abords de la ville de Lyon qui la connecte à Bourg-en-Bresse et à Genève, parcourue par le Rhône, le territoire est parsemé d’objets urbains (agglomérations, habitat pavillonnaire, entreprises, industries, centres commerciaux) connectés par le train, l’autoroute et la nationale qu’est la route de Genève. Il s’agit ici d’interroger la place de l’habitat collectif dans un milieu de l’individuation extrême, matérialisé par un tissu fragmenté et épars.

Le dépassement de la ville traditionnelle et le passage à l’urbain contemporain ont fait l’objet d’une prise de conscience tardive. Les problèmes d’étalement, d’occupation extensive des sols, par le bâti ou par le développement de nouvelles infrastructures touchent aujourd’hui une grande partie du territoire de l’Europe occidentale. La dispersion des objets urbains (activités, habitat, loisir, commerce) sur le territoire est avancée. L’espace urbanisé connaît une dilatation et une expansion extrême. Aujourd’hui, l’échange social et matériel n’est plus permis par la seule proximité. Françoise Choay, pour parler de la fin de la ville précisait qu’il s’agit de la "disparition d’une certaine manière locale de vivre institutionnellement ensemble, qui fut propre à ces entités douées d’une identité que nous appelions les villes1" (CHOAY, 1994). C’est certes la fin d’une certaine forme d’urbanité citadine, mais également le commencement de nouvelles formes d’échanges, d’une urbanité plus choisie qui peinent à trouver ses espaces dans les villes traditionnelles (ASCHER, 1995). La déconcentration de la ville n’est donc pas seulement un bouleversement spatial : elle est fortement liée à un changement profond de la société et des modes de vie. Ce sont les territoires de la mise à distance individuelle, où chaque individu ou groupe d’individus semble faire le choix du pavillonnaire.

Ce contexte d’urbain diffus, ni ville ni campagne est récent. Il est complexe à appréhender, décrire, représenter. La prise en considération de ce phénomène est en France récente dans la pratique architecturale. Il présente toutefois certaines potentialités pour les modes d’habiter contemporains ainsi que pour la pratique architecturale. Le dépassement des dogmes de la ville traditionnelle dans ces territoires où elle est obsolète permet une plus grande liberté de référencement architectural. Quelles morphologies peuvent inspirer l’édifice collectif contemporain en milieu dispersé ? Comment l’architecture peut-elle autoriser la multiplicité dans l’édifice collectif des modes d’habiter des individus actuels ? Images : la Côtière, dessin, élaboration propre

Au-delà des problèmes environnementaux, architecturaux, paysagers, de qualité constructive posés par le pavillonnaire, il y a une question sociétale et culturelle. Ce choix typologique correspond-il plus à un “désir d’habiter” du siècle dernier, fondé sur la privacité, la “personnalisation”, la volonté d’habiter “au grand air” qu’au désir d’un modèle d’habitat en particulier? La multiplication des individualités et des modes de vie remet en cause cette omniprésence. Dans d’autres pays où l’occupation des sols a atteint un seuil plus important, ou des pays où la volonté de conservation du patrimoine territorial est plus forte, l’habitat collectif ou semi-collectif en milieu d’urbaFrançoise Choay, 1994, ‘La france au delà du siècle’, Paris

Béatrice Grosjean, 2010, ‘Urbanisation sans urbanisme’, une histoire de la ville diffuse, ed. Mardaga

1

2

9


10


Objectifs de la recherche Le sujet de la dispersion de l’urbain commence à être étudié, notamment parce que les dimensions qu’il prend inquiètent. Les interprétations et discours sur ce nouvel ordre urbain sont toutefois trop souvent orientés soit par une nostalgie forte de la ‘ville européenne concentrée’ et un "conformisme (prolonger les modèles urbains du XVIIIe et XIXe siècle)"1, soit guidées par une "posture plutôt cynique ("sublimer le chaos")"2 sur l’état actuel de l’urbain (MANGIN, 2004). David Mangin, dans son livre sur la "Ville franchisée" regrette cette absence d’objectivité dans l’interprétation du phénomène ainsi que le manque de description de fond du territoire.

territoires qui changent rapidement ? Dans ce sens, il s’agit aussi de questionner le collectif : qu’est-ce qui fait le “collectif”, quel est son intérêt dans ces aires dont on dit que l’individualisme y est roi ? Quelle forme, quelle mise en tension avec l’environnement existant la dimension collective peut-elle apporter par sa morphologie ? Comment l’architecture va nous permettre de construire le singulier dans le collectif ? Image : Levittown, PA, 1958 used in “Learning from Levittown” studio.© Denise Scott Brown (1)

Le premier objectif de cette recherche est de mettre en avant ces territoires avec l’intention de les appréhender sans a priori, en utilisant le projet d’architecture comme outil pour les questionner. La contemporanéité de ce sujet réside en ce que ce sont les zones dans lesquels une majorité de la population urbaine européenne vit actuellement. C’est le lieu de prédilection des constructeurs privés, c’est un lieu qui échappe à la planification urbaine classique. L’urbanisme n’y a que peu de prises, et l’architecture semble donc y être la seule échelle d’intervention efficace possible. Il faut en acquérir une connaissance suffisante pour en faire une matière de projet pour demain. Le second objectif est questionner le mode d’habiter des territoires de l’urbanisation dispersée et de trouver des réponses alternatives aux besoins, aux envies d’habiter que la maison pavillonnaire. Le fait que l’on n’habite pas seulement son logement, le dépassement actuel progressif de la séparation travail-logement établi à la révolution industrielle et enfin l’évolution sociale de la famille font que la maison individuelle est loin d’être la solution pour tous. Dans ses dispositions actuelles (qualités, position urbaine, l’intégration paysagère, prix, qualité constructive et énergétique) qu’elle offre le plus souvent, elle est une solution individuelle d’habiter qui ne doit pas empêcher le plus grand nombre de pouvoir vivre dans ces territoires demain. Les réponses à apporter au collectif ne sont pas à trouver dans le contexte immédiat : dans ces territoires au contexte bâti générique, qu’est-ce qui est contextuel aujourd’hui? Quelles permanences trouver dans ces D. MANGIN, La ville franchisée, formes et structures de la ville contemporaine, ed. de la Vilette, 2004, 398 p. 1,2

11


Cette conceptualisation du sujet consiste en une contextualisation théorique de l’habiter en milieu dispersé. Appuyée par les théories contemporaine de François Ascher et Michel Lussault sur l’urbain, et les contributions philosophiques et sociologique sur la notion d’individu et de collectif aujourd’hui, il s’agit de donner un cadre conceptuel à la question de l’habitat collectif en milieu dispersé. Dans d’autres pays européens, notamment en Suisse, de nombreux exemple de collectif contemporain en milieu dispersées existent. On donnera un aperçu de quelques uns des projets utilisés comme référence dans le processus de recherche et de projet, permettant de s’intégrer dans une démarche existante d’intégration de collectif dans les milieux diffus. Le projet consiste en le développement de 150 logements dans un territoire urbanisé, la Côtière, au nordest lyonnais. Interroger ce qu’est ‘habiter’ collectivement dans les milieux dispersé permettra de définir le cadre conceptuel de cette recherche par le projet. Image ci-dessus : appropriation singulière spontanée dans un immeuble où la standardisation fait loi (source : Aurore Valade)

12


01 Conceptualisation du sujet

13


Habiter les urbanisations dispersées - 011 0111 Maillage et distances Les urbanisations dispersées sont les aires où la majorité de la population européenne urbaine réside. Ce desserrement de l’espace de l’urbain est conjoint à une modification des pratiques spatiales, où la multiplication des polarités urbaines et l’accroissement des distances est corrélée à une augmentation de la mobilité individuelle. Les progrès techniques et leur rôle déspatialisant ont autorisée après les années 60 cette dispersion de l’urbanisation sans précédents. L’agencement spatial des urbanisations dispersées est donc fortement lié au maillage du territoire. La forme des réseaux de flux de mobilité détermine beaucoup les implantations1 (ASCHER, 2000). C’est un empilement et un croisement de réseaux qui strient le territoire, des mailles territoriales qui conduisent l’urbain. "Parce qu’il y a de la distance, l’espace est une dimension fondamentale de la société et les acteurs ont élaboré des stratégies permettant de concilier la distance, d’en déjouer les contraintes et d’en jouer les atouts, tant il est vrai qu’il est parfois fondamental pour une individu et/ou un groupe de savoir et de pouvoir se distancier." LUSSAULT, LEVY, 2003 La distance et son corollaire la vitesse, le temps et l’accessibilité sont les composantes de la pratique contemporaine d’un urbain qui se compose en réseaux. Au delà du fait d’être connecté ou non, la vitesse et l’accessibilité rapprochent ou éloignent les lieux. La métrique de l’espace dépasse les simples distances kilométriques. La connexité a remplacé pour bonne part la proximité. Cette notion désigne le lien entre des composantes d’un réseau dont les emplacements ne sont pas dans une proximité physique directe (LUSSAULT, LEVY, 2003). Elle met en relation les ‘lieux’ de l’urbain dispersé dans une dimension spatio-temporelle qui va au delà des configurations spatiales. "Nous sommes à une époque où l’urbain se donne à nous sous forme de relations d’emplacements." FOUCAULT, 1967 F. ASCHER, Habitat et villes : l’avenir en jeu, 2000, L’Harmattan, 1996

1

14


Aux flux physiques s’ajoutent les flux de communication. Ces "flux relationnels"2 (ASCHER, 2000), bien que demandant des supports techniques physiques semblent dans la pratique s’affranchir des contraintes spatiales. Ils sont déterminants dans la réticularisation globalisée de l’urbain. Les implantations humaines, désengagées d’une partie des contraintes spatiales qui régissaient la ville traditionnelle peuvent se faire plus librement, en fonction des accessibilités permises par les infrastructures. "Nous habitons aujourd’hui des territoires métropolitains, dont on a de la peine à définir les limites, qui contiennent toutes les villes ainsi que des friches en tout genre : urbaines, agricoles, industrielles, un grand nombre d’hétérotopies, de restes de nature artialisée. Nous habitons des paysages hybrides dont les parties qui les composent sont connectées par des réseaux techniques et de mobilité toujours plus complexes"3 DAGHINI, 1999 Dans les urbanisations dispersées, régies par les principes de connexité et distanciation, l’accessibilité compte plus que la proximité. L’espace métropolitain s’offre à nous sous la forme de mise en relation de faits et d’entités souvent sans contiguïté spatiale4(LAMUNIERE, 2004). "L’interconnexion devient une notion clef du développement. Les axes perdent de leur importance : seules les mises en relation comptent." ASCHER, 2000 Il faut alors s’implanter à proximité des nœuds ou entre plusieurs nœuds pour avoir un accès au maximum de réseaux rapides. Cette complexification du maillage urbain en même temps que la simplification des accès aux lieux éloignés indique un affaiblissement global des hiérarchies qui plaçaient la ville au sommet de tout. Cette mise en réseau de l’urbain propose une forme de ‘concentration décentralisée’ (LAMUNIERE, 2004). Les interfaces de transports nombreuses, en démultipliant les centralités. Les flux de mobilité comme principe fondateur de l’urbain contemporain et non seulement comme une conséquence ont donc un impact fort sur les choix d’implantation des individus. Ils habitent dans la mobilité. L’hétérogénéité des espaces urbains est plus ou moins accessible en fonction des flux physiques de mobilité. Le flux comme mode d’habiter et de pratiquer l’urbain engage une nouvelle perception F. ASCHER, Habitat et villes, op. cité G. DAGHINI, "Le devenir des villes", extrait de FACES n° 46, été 1999 4 LAMUNIÈRE, Fo(u)r cities: Milan, Paris, Londres, New York, 2004, Presses Polytechniques Romandes, 188 p.

de l’environnement, du milieu urbain. La vision et la perception sont fragmentées, en mouvement5. La diversification des vitesses de mobilité entraîne une représentation nouvelle des espaces. Cela questionne la matérialisation de la ville et les modes d’habiter. Dans cette pratique de la mobilité, la voiture continue à jouer un rôle prépondérant. Ces espaces où la déconcentration de l’urbain est le maître-mot sont très difficiles à équiper en transports en commun, et les alternatives à la mobilité individualisées sont compliquées à mettre en place. Les individus n’ayant pas accès à la voiture pour des raisons financières ou physiques connaissent des difficultés pour accéder aux potentialités urbaines. La question de la territorialisation de l’habitat est donc fondamentale : l’implantation à proximité de flux de mobilité diversifiés offre un accès à l’urbain virtuellement illimité.

0112 Global, local et ‘hyper contexte’ L’urbain dispersé européen suit un "mode à la fois unique et polymorphe d’investir l’espace habitable"6. L’apparent chaos de ces urbanisations dispersées possède une logique globale mais leurs agencements spatiaux peuvent changer localement. Un univers autre se met en place : "empilement de réseaux, d’espaces spécialisés, de redéploiement de centralités, de parties de lieux déconnectés, de restes de villes" qui forment des villes territoires, des ‘territoires métropolitains’7 (DAGHINI, 1999). La ville-territoire se met en place à l’échelle de la région. Ses limites sont floues ; la recomposition des villes dans un maillage de l’urbain dispersé dépasse les frontières administratives. La connexité ne supprime ni les distances matérielles ni les spécificités locales. Tout ce qui ne se télé-communique ou ne se transporte pas prend une importance croissante8 (ASCHER, 1995), renforçant une nouvelle polarisation différenciée cet urbain européen. La fragmentation globale de l’urbain fait resurgir le sens et la demande de lieux localisés. « De manière inattendue, la ville au sens fort d’une association de gens liés par leur citoyenneté et par le lieu réapparaît quand la cohésion qui soude des territoires hétérogènes, des cultures multiformes est cassée. Les territoires divisés, les villes déchiquetées font resurgir dans notre présent le sens et la demande de liens et d’espaces d’association qui on constitué LAMUNIÈRE, Fo(u)r cities, op. cité  G. DAGHINI, “Le devenir des villes”, op. cité 7 G. DAGHINI, “Le devenir des villes”, op. cité   8 F.ASCHER, Métapolis ou l’avenir des villes, ed. Odile Jacob, 1995, 346 p.

2

5

3

6

15


la ville dans l’histoire. Ils font resurgir aujourd’hui des liens apparemment très relâchés entre les individus qui habitent la métropole De nos jours, quels sont les motifs ont en effet les homes de s’associer dans les régions et les territoires métropolitains ?» DAGHINI, 1999 Ces urbanisations dispersées se forment par la juxtaposition d’éléments souvent monofonctionnels dont l’interdépendance est permise par le maillage du territoire. La force d’attraction des lieux dépend de plus en plus nettement de leur “degré de connexion aux systèmes internationaux de transports et de communication mais également de [leur] capacité à générer des synergies locales“9 (ASCHER, 2000). Les points qui réunissent les différents flux et qui ont donc un fort potentiel de connexité prennent une valeur croissante.

Nouvelles formes de territorialisation La localisation des individus et des entreprises se fait en fonction d’une ou plusieurs ressources principales non normalisable ou transférables10. Le logement demeure une stabilité à partir de laquelle on se déplace dans les lieux de l’urbain contemporain11 (ASCHER, 2000). La territorialisation de l’habitat, lorsqu’elle est choisie dépend toujours de facteurs locaux. Ils peuvent être climatiques, paysagers, historiques et culturels, liés à la population habitant le lieu, aux activités implantées et enfin à la qualité des infrastructures urbaines présentes12 (ASCHER, 2000). Le logement devient plus important que le quartier dans la localisation de son habiter ; les interactions sociales dépassent cette échelle spatiales et peuvent aussi intégrées au logement, virtuellement ou physiquement. Pour certains individus toutefois, le niveau local demeure prépondérant ; captifs, ils ne peuvent pour de raison financières, culturelles accéder aux réseaux globaux de l’urbain (ASCHER, 1995).

‘Hyper-contexte’ “Actuellement, nous nous trouvons dans un monde où notre réalité est construite par une hybridation complexe entre les territoires de proximité (local) et les réseaux globalisants.” STRATIS, 2001

F.ASCHER, Métapolis ou l’avenir des villes, op.cité F. ASCHER, "Habitat et villes", op. cité 11 S. STRATIS, Stratégie de projet à l’échelle urbano-architecturale in A. CHARRE (sous la direction de), 2001, Les nouvelles conditions du projet urbain, ed. Mardaga, Liège, 160 p. 12 F. ASCHER, “Habitat et villes”, op. cité 9

10

16


Les urbanisations s’établissent dans un réseau globalisé tout en continuant à être localisées. Ces situations d’hybridation entre le local, l’implantation dans un lieu et les réseaux globalisants changent les dynamiques de territorialisation. “La question qui se pose, actuellement, est de savoir quelles sont les nouvelles pratiques de projet qui sont inscrites dans une dynamique local/global, autrement dit quelles sont ces nouvelles pratiques de projet qui pourront d’une par assurer et mettre en valeur les ressources contextualisées et d’autre part assurer un rôle dans un contexte globalisant, en évitant les tendances de fragmentation et d’isolation. [...] Quelles sont les nouvelles pratiques de projet qui établissent à la fois un ancrage territorial et un branchement aux réseaux globalisants ?” STRATIS, 2001 Il devient impossible de rester dans la seule proximité ou la seule relation avec les réseaux globalisants. Le choix des localisations et de manières de projeter l’habitat, les activités dépendent désormais d’une hybridation forte entre le local et le global : l’hyper-contexte concerne l’hybridation dans la contextualisation d’un projet du réseau urbain global et du local.

0113 Enchevêtrement d’échelles Dans l’urbain européen, de nouvelles échelles apparaissent, dépassant l’importance dans la pratique de l’urbain celles de la ville : le territoire métropolitain, la prise d’importance d’une échelle globale, la micro-échelle du logement ou de l’équipement. Les pratiques urbaines quotidiennes s’effectuent à plusieurs échelles du territoire ; les interactions sociales également.

Nouvelles échelles La discontinuité physique des espaces urbains et leurs réticularisation floutent les limites des territoires métropolitains. Le modèle de Christaler, parfois mis en avant pour expliquer la métropolisation des territoires est dépassé ; basé sur un système réticulé mais ou l’influence et les relations entre les pôles dépendent de leurs tailles, il est inapte à décrire l’urbain de l’enchevêtrement des échelles. La réticularisation se fait à toutes les échelles, et est moins centrées autour des villes. Lussault donne trois dimensions de l’espace urbain contemporain. Le lieu est la «plus petite unité spatiale complexe». L’aire est surface plus grande que le lieu

et divisible, dont l’idéal-type est le territoire. Enfin, le réseau, qui est caractérisé par la non-contiguïté et la connexité13 (LUSSAULT, 2007). Au-delà des réseaux de mobilité matériels, la superposition d’un ‘urbain dématerialisé’ de la communication et de l’information influe les modes de vie de la société quaternaire, axée sur l’information, la formation, la culture, la recherche, la communication14 (SIEVERTS, 2004). Les interactions sociales sont démultipliées et délocalisées. L’appartenance à des communautés d’intérêts, les proximités dans les relations sociales ne sont pas soumises à la proximité spatiale ou à la densité démographique. Les pratiques urbaines se diffusent dans toute la société occidentale : on parle de "genre urbain diffus"15 (DAGHINI, 1999), permis par les réseaux de communications, la diffusion et le stockage des informations ainsi que l’individuation des pratiques urbaines. La culture, qu’elle soit populaire ou très pointue est accessible partout. Par exemple, la mode, le cinéma ou la musique grâce au e-commerce et au flux d’information en streaming. On assiste à un double processus de spécialisation des intérêts individuels insérés dans un réseau d’échange global. "Les relations entre formes et modes de vie dans la métropole contemporaine s’étendent à une dimension spatiale beaucoup plus vaste que celles habituellement conférée à la ville. L’étendue des territorialisations en cours ces dernières décennies ne correspond plus à des mouvements dans lesquels la ville se fait et se défait en elle-même, mais à des processus de déterritorialisation et de reterritorialisation de l’espace ou la ‘ville’ est présente comme un ‘genre urbain diffus’. Mais aussi, dans maints cas, comme un simulacre" DAGHINI, 1999 Les sociabilités, l’urbanité ne sont plus obligatoirement déterminés par le lieu de résidence ou le lieu de travail. Le maillage technique permet une nouvelle forme d’urbanité et une échelle sociale virtuellement mondiale. Dans la juxtaposition des éléments qui caractérisent les urbanisations dispersées, les éléments qui renvoient à la très petite échelle (l’habitat individuel) côtoient les équipements d’échelle métropolitaine. Ces contiguïtés, à l’échelle du piéton ne signifient pourtant pas mixité : les éléments hétérogènes de l’urbain dispersé sont très hermétiques les uns aux autres. M.LUSSAULT, L’homme spatial, La construction sociale de l’espace humain, ed. du Seuil, 2007, 363 p. 14 T.SIEVERTS, Entre-ville : Une lecture de la Zwischenstadt, ed. Eupalinos, 2004, 188 p. 15 G. DAGHINI, "Le devenir des villes", op. cité 13

17


Enchevêtrement

sociales étaient influencés fortement par ce système concentrique. Aujourd’hui, l’enchevêtrement et le modèle de la connexité complexifient le système tout en simplifiant les pratiques par des connexions courtes. La vie quotidienne des individus n’est plus organisées en "cercles concentriques : maison - cour - rue - quartier - ville - pays" où «toutes les petites choses indispensables à la vie se trouvaient à proximité immédiate"20 (SIEVERTS, 2004).

Il n’y a plus d’emboîtement clair entre les échelles ; "juxtaposition, irruption, superposition, mélange, coexistance, densité, vides, mis en connexion par un réseau"16 (DAGHINI, 1999). Les pratiques urbaines ne s’effectuent plus dans les mêmes échelles. L’urbanité contemporaine n’est pas définie par la seule proximité, elle est comprise comme un "cadre social et physique qui, en maximisant la liberté de chacun, ouvre la possibilité pour des voisins de partager des lieux, et de partager ou non des pratiques, des opinions"17 (ASCHER 2009). Les déplacements sont plus fréquents et plus diversifiés, se font quotidiennement dans plusieurs dimensions d’un territoire, proches et lointaines. Les distances parcourues augmentent et les déplacements s’accélèrent. Les individus ont la possibilité, voir la nécessité de sortir de la proximité pour le travail ou les loisirs. Cela réduit de fait les opportunité et les occasions de relations sociales dans les espaces proches qui formaient les quartiers18 (LUSSAULT, 2007).

On fait face à une ‘insularisation’ progressive de la vie quotidienne ; la dispersion des lieux urbains et leur différenciation, leur spécialisation organise la vie autour de ces ‘îles’ spatiales et temporelles. De ces constructions d’espaces et de champs sociaux à plusieurs échelles spatiales, François Ascher file la métaphore d’une société ‘hypertexte’21 (ASCHER, 2009). Dans cette société de l’ ‘hypertexte’, la pratique de l’urbain et de l’ ‘hypermobilité’ permettraient une appartenance simultanée à des champs d’échelles divers et le passage de l’un à l’autre serait facilité.

Les individus sont pluriels et multi-appartenant, se déplacent dans des territoires géographiques et sociaux distincts, dans des cercles sociaux multiples. Ces déplacements, réels ou virtuels entre des champs différents à des échelles différentes semblent vouloir tendre vers une impossible ubiquité19 (ASCHER, 1995). Selon les temporalités, les âges, les possibilités, les individus pratiquent et commutent les différentes échelles de l’urbain. Ces potentialités sont plus difficilement accessibles par les groupes sociaux ayant peu accès à la mobilité. Certaines dimensions prennent le dessus : le logement, la ville-territoire, le global. Les échelles se croisent de par l’intervention des techniques de communications et de déplacement : les sphères publiques et privées en sont d’ailleurs redéfinies.

Disparition de l’articulation à l’échelle locale L’enchevêtrement des échelles de l’urbain est une potentialité forte pour les modes d’habiter les urbanisations dispersées et la pratiques de projet : il autorise la possibilité de choisir les lieux pour leur qualités, de travailler sur un lien au local en accédant au global. Cependant, il se pose des problèmes, notamment ceux de gouvernance et le manque de prise en considération de cet enchevêtrement dans la pratique de projet. Aujourd’hui, il semblerait également que le grand maillage urbain qui réticule les territoires métropolisés pousse d’autres échelles urbaines à disparaître, notamment celles de la proximité, du voisinage. Au début de l’âge industriel, l’espace de la circulation a pris de l’importance dans la régulation des distances de la ville. La mobilité s’adjoint à la proximité, mais les deux échelles (la ville et son espace extra-urbain, le quartier) coexistent. Les travaux d’Haussmann à Paris consistent en la mise en place d’un grand système de circulation qui dépasse les limites de la ville telles que perçues jusqu’alors. Cependant, dans les mailles du système subsistent des fragments antérieurs de diverses échelles22 (CHOAY, 2006).

"Les transformations métapolitaines continuent de faire évoluer les distinctions et relations public-privé, dégagent trois principaux types de circonstances sociospatiales : le ‘chez-soi’, qui n’est pas seulement le logis, mais l’espace de pratiques sociales individuelles et collectives variées ; l’urbain, qui est le territoire des sociabilités externes, de chacun ‘au milieu des autres’ ; et le ‘communautaire’, qui est l’espace-temps de l’ ‘entre-nous’." ASCHER, 1995

«L’un des déficits importants de cette ville est que, intégrant la grande échelle du territoire dans sa structure, elle oublie l’échelle urbaine. Ne misant que sur la connexion topologique, le topographique a été délaissé. Or il est un des constituants même de l’urbain. Le contact topographique n’a lieu à aucune des échelles

Avant, le modèle urbain était hiérarchisé de la grande à la petite échelle : village, bourg, petite ville, ville moyenne, grande ville, métropole. La fréquentation des commerces, les activités, l’emploi et les interactions G. DAGHINI, "Le devenir des villes", op. cité  F. ASCHER, "L’âge des métapoles", ed. Odile Jacob, 2009, l’Aube ed., 392 p.  18 M.LUSSAULT, "L’homme spatial", op. cité 19 F. ASCHER, "L’âge des métapoles", op. cité 16

T.SIEVERTS, "Entre-ville", op. cité F. ASCHER, "L’âge des métapoles", op. cité 22 F. CHOAY, Pour une anthropologie de l’espace, 2006, ed. du Seuil, Paris, 417 p.

17

20 21

18


su territoire. Les zones se jouxtent mais dressent des barrières et les capsules monofonctionnelles bâties qui s’y trouvent ne se mettent à aucun moment des populations différentes en relation. Or la performance de la ville mise sur ces deux échelles. La ville doit disposer de lieux qui attirent des gens différents et pour des raisons distinctes. Il n’est pas nécessaire que la mixité fonctionnelle et sociale soit permanente mais il faut des attracteurs multifonctionnels et multisociaux» ASCHER, 2009

l’urbain dispersé interrogent les modes d’habiter et la standardisation des constructions offertes. Recréer des tissus anciens de villages ou de ville dense dans les espaces diffus n’est pas viables : d’une part, on ne peut pas imposer l’urbanité de proximité et d’autre part ces morphologie semblent par trop éloignées des modes de vie de ces territoires. Le projet d’habitat collectif semble être une échelle intéressant pour travailler l’articulation des échelles de l’urbain dispersé.

Le maillage des territoires et la prépondérance d’une échelle d’aménagement territoriale créent un urbain formé de pièces autonomes trop souvent monofonctionnelles, sectorisés23 (MANGIN, 2004).

Hybridation L’accessibilité, liée à la notion de connexité sont des données importante dans la pratique de projet contemporaine mais tendent à effacer l’articulation au proche à l’échelle locale. Cette articulation doit se faire dans les différentes échelles, pour les usages et les espaces, les qualités architecturales et paysagères des lieux. Il faudrait penser à plusieurs échelles, et non pas seulement à l’échelle de la ville-territoire (pensée moderne du branchement d’objets autonomes sur un réseau) ou en terme d’emboîtement des échelles (du logement au quartier puis à la ville) mais envisager que ces échelles se croisent, interfèrent. Il faudrait questionner l’éclatement des espaces urbains, en proposant des mixités d’usages et l’articulation à plusieurs échelles d’un même projet. Il ne s’agit pas de chercher à mélanger toutes les pratiques urbaines en un seul lieu ; cela irait à l’encontre d’une urbanité liée à l’hétérogénéité des espaces qui est le propre des urbanisations dispersées. Toutefois, interroger la compatibilité de certaines pratiques aux seins de mêmes espaces peut permettre d’offrir la possibilité à l’habitant d’entretenir des relations de proximité. Les images hisoricistes ou localistes de la ville anciennes et du village, si elles peuvent inspirer des usages et des échelles ne sont pas à pasticher. «Si la figure de l’habitant lui-même peut s’inscrire dans cette perspective du local fermé sur lui-même, celle du citadin ne peut se comprendre que dans une combinaison du local et d’une perspective plus large, ‘enracinement et liaison à la fois’» BOUBEKER, 2005 La mutation des espaces urbains et des pratiques sociétales qui y sont liées interrogent les types de 23

D. MANGIN, La ville franchisée, op. cité

19


Individu, collectif de l’urbain dispersé - 012 0121 Evolution des pratiques urbaines La dispersion et la fragmentation spatiale et temporelle des urbanisations dispersées sont corrélées à la spécificité des mutations de la société contemporaine (emplois, habitat, mobilité culture). Il en résulte une complexification et une diversification sociétale et spatiale ainsi qu’une diversité de plus en plus grande des comportements individuels. "Capacité de différenciation des individus, non seulement par rapport aux individus appartenant à d’autres groupes sociaux de la même ville, mais aussi par rapport aux autres membres d’un même groupe social, voire d’une même famille1." F. ASCHER, 1995 Les moyens de mobilité et de communications, sont de plus en plus individualisés (téléphone cellulaire, voiture), plus rapides et plus performants. Cela permet une multiplication des échelles des pratiques urbaines et des sociabilités mais également une singularisation de ces pratiques. Ainsi les interactions sociales se délocalisent et se relocalisent, se désynchronisent et se resynchronisent2, se détachant de certains lieux anciens et en créant de nouveaux. Les interdépendances spatiales et sociales se développent, mais aussi le degré de liberté et de choix individuel. De nombreuses activités s’externalisent et se fragmentent. Elles récupèrent la ville historique et investissent des lieux nouveaux : loisirs, commerces, restaurations, sports, évènements festifs plus ponctuels. Les individus multi localisés n’habitent pas seulement l’espace du logement, mais aussi celui du travail, des loisirs spatialement et temporellement distincts. Dans les mutations sociales qui influent les implantations spatiales, les nouvelles configurations familiales prennent une part importante. Elles ne signifient pas une dislocation des liens sociaux mais une recomposition et une diversification, un élargissement de ces groupes. Elle s’accompagne d’une autonomie croissante des individus : le travail des femmes, la mobilité 1 2

20

F.ASCHER, Métapolis, op. cité ibidem


de plus en plus précoce des enfants. Le choix d’un lieu de vie n’est pas forcément à proximité topographique du lieu de l’emploi et donc plus libre. Ce qui devient prépondérant, c’est le potentiel d’accessibilité : les urbanisations plus fortes près des nœuds de mobilités, elles permettent aux individus des accessibilités différenciées. Ce qui est une liberté pour certains devient ségrégation et contraintes pour d’autres : le risque pour les plus démunis est de faire face à de faibles accessibilité aux pratiques urbaines contemporaines.

de l’urbanité6” (SIEVERTS, 2004) est inadaptable à notre culture occidentale en tant que cadre d’une vie quotidienne tant elle est liée à un niveau de confort individuel bas. Le principe de coprésence, basée sur une distance idéale nulle entre les individus et les éléments urbains, est un élément fondateur de cette image de l’urbanité. Or, au-delà d’une certaine concentrations de personnes et d’objets, l’agencement spatial de la proximité devient extrêmement complexe7 (LEVY, LUSSAULT, 2003).

"Les transformations métapolitaines continuent de faire évoluer les distinctions et relations public/privé, dégageant trois principaux types de circonstances socio-spatiales : le chez-soi, qui n’est pas seulement le logis mais l’espace de pratiques sociales individuelles et collectives variées ; l’urbain, qui est le territoire des sociabilités externes, de chacun «au milieu des autres» ; et le communautaire, qui est l’espace-temps de ‘l’entre-nous’3." ASCHER, 1995

L’augmentation des niveaux de vie a émancipé l’individu de toutes sortes de contraintes, faisant de la dispersion de l’urbanisation la démonstration spatiale du libre-arbitre.

Par ailleurs, ces configurations spatiales et les mutations sociétales permettent une internalisation de certaines pratiques individuelles ou collective. Cela questionne, à une autre échelle, la configuration spatiale des logements. L’économie de l’information et de la communication remet en cause les séparations de certaines fonctions (habitat, travail, loisirs). Le logement ne sert plus qu’à la vie privée, tout en devant permettre une individuation plus grande des espaces.

Permanence de formes d’urbanités La vision de l’urbanité fondée sur cette “image idéalisée de la ville bourgeoise européenne à l’articulation des XVIIIe et XIXe siècles4” (SIEVERTS, 2004) est marquée par le mythe de la ville européenne condensée. La ‘ville européenne’ est porteuse d’une représentation et d’un imaginaire forts, construits tout au long de son histoire. Elle figure les qualités de densité et diversité, "la concentration sur une surface minimale d’un maximum d’objets ayant des fonctions diverses et des sujets sociaux hétéroclites5" (BARATTUCCI, 2006). L’urbanité comme ‘vie intense de la rue’ était aussi liée au caractère insuffisant des logements populaires de l’époque en termes d’espaces, d’air, de lumière. Si on peut la retrouver aujourd’hui dans certains pays en voie de développement, cette “forme préindustrielle

F.ASCHER, ‘Métapolis’, op. cité T.SIEVERTS, ‘Entre-ville’, op. cité 5 C.BARATTUCCI ‘Urbanisations dispersées. Interprétations / Actions, France et Italie, 1950-2000’, 2006, presses universitaires de Rennes, 320 p.

"L’évolution de l’urbanité n’est rien d’autre que la conséquence directe de l’amélioration significative des conditions de logement et de travail, conditions qui nous permettent aujourd’hui de mener dans nos logements, nos ateliers, nos bureaux, nombre des activités qui ne pouvaient, auparavant, trouver place que dans les espaces publics ou semi-publics8.” SIEVERTS, 2004 L’éclatement spatial de l’urbain permet à l’individu de s’offrir le choix de l’isolement et de choisir le temps et l’espace dans lesquels il veut “être en société”. Le choix laissé à l’individu dans ses pratiques notamment spatiales, l’autorise à décider des temps et des espaces dans lesquels il veut “s’impliquer socialement”. Le logement dans les milieux diffus est un lieu fortement investi, qui sert aussi la sociabilité. La séparation spatiale et temporelle du logement et des lieux de travail, de loisirs et de commerce explique cet investissement accru de la sphère privée du logement qui, en accueillant des activités plus publique tend à se confondre avec la sphère collective en des temporalités choisies. Le e-commerce, la télécommunication, les professions libérales, le télétravail sont autant de pratiques sociales qui peuvent se localiser dans le lieu de l’habitat. Les espaces collectifs de vie publique n’ont pas pour autant disparus des espaces de l’urbanisation dispersés, mais ils sont pour la plupart très éloignés de ceux de la ville traditionnelle. Ces territoires d’urbanisations dispersées, n’étant pas homogènes, présentent de nouvelles formes de centralités, généralement liées aux infrastructures routières. Il s’agit ici en grande majorité d’espaces commerciaux ou de loisir. Ce lien à la motorisation individuelle confère une importance majeure aux inT.SIEVERTS, ‘Entre-ville’, op. cité J. LEVY, M. LUSSAULT, ‘Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés’, 2013 (première édition en 2003), ed. Belin, 1034 p. 8 T.SIEVERTS, ‘Entre-ville’, op. cité

3

6

4

7

21


frastructures routières. Espaces publics ou collectifs, en ce qu’elles sont gérées par l’Etat ou un groupe d’individu, elles ne sont que les vecteurs de l’urbain actuel. Ce lien à la voiture fait que des éléments comme les parkings deviennent des lieux où “le cumul d’habitudes de consommation crée des interactions avec les autres9” (DEVOLDERE, LELOUTRE, 2008).

Il convient de ne pas considérer l’urbanité comme un concept absolu et propre à la ville traditionnelle mais relativement aux échelles et aux configurations spatiales abordées. La liberté des pratiques sociales est établie selon le principe de connexité ; la nécessité de proximité se réduit. Le statut des espaces publics, peu présents au sein des urbanisations dispersées s’en trouve questionnées. Sans remettre en cause leur importance, il convient de s’interroger sur la mixité d’usage et l’appropriabilité singulière de ces espaces.

Les parkings, liés à la mobilité individuelle, sont très présents dans ces territoires, souvent associés à des zones commerciales. A ceux-ci s’ajoutent les gares et plus généralement les points d’accès aux transports en communs. Espaces d’accès à d’autres espaces urbains, ils sont condensateurs d’une population importante et variée et en cela demeurent des espaces de forte sociabilité.Il faut s’intéresser également aux zones commerciales et aux zones d’activités considérées comme des “non-lieux” de part leur caractère générique. Vastes, souvent accessibles uniquement par la voiture, proche des sortie d’autoroute ou des routes assumant un transit important, elles drainent quotidiennement une importante population. Leur déficience en termes de conception et d’intégration au territoire renforce leur aspect ‘insulaire’ d’objets urbains éloignés du territoire proche. Les centres de sport ou de loisir payants (bowling, squash, salles de gymnastiques) qui leurs sont souvent spatialement proches présentent une forme de socialisation comparable.

L’urbanité des urbanisations dispersées peut donc être individuée et singularisée : la mobilité et la communication permettent une sociabilité élargie, localement et temporellement choisie. "L’urbanité est à la fois un état d’esprit et un mode de vie, un code de conduite et un cadre architectural et urbain. C’est une urbanité qui rend possible l’anonymat et qui pourtant est le fondement d’une sociabilité élargie et renouvelée, éventuellement discontinue et épisodique. C’est une urbanité qui alimente et nécessite une plasticité de la ville et son adaptabilité à des modes de vie multiples." ASCHER, 1995 L’urbanité est plus complexe mais également plus libre. Elle peut être discontinue, spatialement et temporellement12. Il convient d’interroger l’architecture, la morphologie, l’échelle des espaces qui permettent à cette urbanité choisie de prendre place.

Ces territoires sont en grande majorité privatisés ; pourtant, en lien avec les infrastructures de la mobilité et les structures commerciales, on voit survivre des formes d’espaces de vie collective. Dans ces territoires, quels lieux peuvent devenir les supports d’une urbanité choisie?

0122 L’espace collectif contemporain

L’urbanité choisie

Le statut des espaces publics de proximité, parce qu’ils sont peu présents au sein des urbanisations dispersées s’en trouve questionné. Dans la société de la connexité, ils ne sont pas nécessaires. L’internalisation dans les espaces de logements, de travail ou dans des espaces de statut juridique privé comme les malls bouleverse leur statut.

Elle est entendue ici comme la qualité et l’intensité des pratiques urbaines. Elle dépend de la densité et de la diversité des objets sociaux dans un espace, mais pas seulement. Elle dépend aussi de la "configuration spatiale de celui-ci10". L’urbanité n’est pas un caractère invariant dans le temps et dans l’espace, et pour deux espaces aux caractères de densité et de diversité équivalents, on peut observer des urbanités différentes. Il existe un "gradient d’urbanité". Les agencements spatiaux peuvent donc pallier au seul couplage diversité/densité : par exemple, "un déficit de diversité par une spatialisation efficace de la densité et des accessibilités et contacts qu’elle autorise11".

Transformation de la notion d’espace public «Nowdays, the relation between property and use has disappeared. Private property is used publicly (shopping centers, airports, etc.) and vice versa. Public space is absorbed by private use. A new reality is created in wich the collective, an ample group of individuals is the only constant characteristic.» GAUDA, 2003

DEVOLDERE S., LELOUTRE G., 2008, “Les routes habitées : de la description d’un territoire à un projet durable pour la ville contemporaine”, Les cahiers de l’urbanisme, n°67 10 M.LUSSAULT, L’homme spatial, op. cité 11 F.ASCHER, Métapolis, op. cité 9

Le terme ‘d’espace public’ est très récent. Il date des 12

22

F.ASCHER, Métapolis, op. cité


années 197013 (ASCHER, 2009). Il a été tant utilisé ces dernières décennies que de façon concomitante aux mutations des pratiques urbaines, son sens est devenu extrêmement flou. "La problématique des espaces publics résulte d’une transformation des pratiques urbaines, et des usages et statuts des divers espaces métapolitains. Les notions de public et de privé se transforment, les partages spatiaux et juridiques se redéfinissent. Les distinctions établies public/privé, extérieur/intérieur, collectif/individuel, communautaire/urbain, sont redéfinies par la désagrégation sociale et fonctionnelle des quartiers, le développement de nouvelles centralités, les nouvelles sociabilités fondées plus sur des affinités que sur des proximités physiques, l’intégration par l’habitat de nouvelles fonctions autrefois extérieures, le développement des transports rapides, la quasi-généralisation de l’usage de l’automobile, etc14." ASCHER, 1995 On ne peut pas dessiner l’urbanité, programmer la sociabilité ; cependant, on peut la permettre par des espaces appropriables par les habitants. Actuellement, peu d’espaces sont présents dans les milieux diffus qui permettraient des usages communs choisis en des temps choisis. Parce que l’urbanité est plus riche lorsqu’elle couple la connexité (le choix) à la proximité (le hasard), il convient de s’interroger sur l’intérêt et le sens du collectif contemporain.

Usages différents

Rapport entre qualité spatiale et sociabilité

La conception des espaces publics est trop souvent biaisée par une vision de la ville ancienne qui hiérarchiserait l’espace de la place citadine à l’espace du logement. Aujourd’hui, l’habitant est connecté à l’urbain dès son habitat privés. Le changement de hiérarchie des espaces et des échelles de l’urbain remet en cause cette suprématie des espaces publics de la ville centre dans les pratiques urbaines.

L’augmentation des activités collectives choisies permise par un environnement spatial adéquat entraînera d’autres sociabilités spontanées (‘resultant’) GEHL, 2011, Life between buildings

Jan Gehl définit trois raisons poussant à l’investissement du collectif par les habitants : un passage obligé, un intérêt personnel ou de groupe à utiliser un tel espace et enfin la résultante des deux premiers. Selon lui, si l’environnement est de qualité médiocre, dans le premier cas l’espace sera pratiqué par défaut mais pas dans le second. Si la qualité de l’espace est bonne, alors non seulement l’espace collectif sera beaucoup plus investi dans le seconde cas de l’im13  F. ASCHER, L’âge des métapoles, ed. Odile Jacob, 2009, 392 p 14  F.ASCHER, Métapolis ou l’avenir des villes, ed. Odile Jacob, 1995, 346 p.

23


plication individuelle choisie mais ces pratiques collectives en entraîneront d’autres. Dans le logement collectif, le passage de l’habitat, point stable dans l’urbain dispersé vers les autres localisations de la vie quotidiennes, les espaces communs sont le lieu de la transition. Le dessin des espaces collectifs de l’ensemble construit, son attache au sol, son rapport à l’environnement immédiat est primordial. "The residential project links the home space with the city through communal space where exchange and socializing can take place15." ACTAR, 2010 Dans les grands ensembles modernes et l’habitat collectif de banlieue des années 60-70, c’était là un des défauts majeurs des projets. C’est la métaphore des “objets disposés librement sur fond neutre16” (FRANK, 2012). Dans les projets récents, un soin particulier est parfois accordé à ces espaces, ainsi qu’à la façon dont on rentre dans le logement, son accessibilité et son seuil. «These activities [necessary activities] will take place throughout the year, under nearly all conditions, and are more or less indepependant of the exterior environment. The participants have no choice17." GEHL, 2011 Ce passage et ces usages obligés ne doivent pas pour autant être négligé. Au contraire, les espaces de distribution des logements, les espaces extérieurs communs, les espaces de la voiture, pratiqués quotidiennement nécessitent d’être d’une grande habitabilité et appropriabilité. Les espaces communs de l’habitat collectif contemporain doivent permettre la prolongation de l’habiter au delà du seuil du logement.

Ample groupe d’individualité Les groupes et affinités sociales sont plus libres et plus complexes, et plus indépendantes des localisations. L’individuation et le libre-arbitre dans les choix des relations n’indique pas leur dislocation : au contraire, le ‘commun’ aujourd’hui peut justement s’établir en fonction d’intérêts partagés. Deux types de pratiques collectives de l’espace existent. La première, ‘collectif 1’ n’engage pas d’interdépendance entre les acteurs. Elle peut s’apparenter Hazarja Salij T., Actar, 2010, Total Housing: Alternatives to Urban Sprawl, Actar, Barcelone - New York, 396 p. 16 FRANK F., 2012, Suburbanité, des théories urbaines au logement collectif contemporain, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 176 p. 17 GEHL J., 2011, Life Between Buildings, using public spaces, Island press, 200 . 15

24


aux pratiques collectives ‘nécessaires’ de Gehl18. (GEHL, 2011). La seconde, ‘collectif 2’ inclut le choix de l’interaction avec d’autres individus au travers du partage choisi d’un espace. Elle s’apparente aux pratiques collectives choisies par rapport à un intérêt commun. Collectif 1 : groupe d’individu effectuant une même activité dans une certaine proximité spatiale. L’interaction entre les acteurs est rendue possible mais n’est pas obligatoire. Habiter un même lieu de qualité, ensemble mais séparément s’apparente à cette première catégorie de collectif. Les espaces communs participant de cet habiter doivent être ouvert aux usages. Aux stimulations, aux surprises ; à l’activité. Ce n’est plus un espace d’ arredo urbano, monumental, de mise en scène, au dessin fermé et fini. Ce sont des espaces informels, ouverts aux usages19 (ACTAR, 2003). Collectif 2 : activité effectuée dans un cadre spatial partagé en co-dépendance avec d’autres acteurs. On aborde alors l’idée de mutualisation d’espace et de moyens entre des individus partageant des intérêts. Le co-working, le co-housing sont des développements récents de nouveaux types d’espace collectif, basé sur un intérêt commun à partager un espace. De nouvelles forme de gardiennage d’enfants s’organisent également face aux difficultés de trouver des places en crèches et au travail croissant des femmes. Ici, la proximité joue un rôle important ; elle est un moyen plus qu’une cause de ces regroupements. C’est un intérêt commun qui fait d’un groupe d’individu le collectif contemporain. Ces partages d’espaces et pratiques collectives choisies demandent des lieux adaptés pour se développer20 (ASCHER, 1995) ; des espaces suffisamment flexibles pour pouvoir accueillir dans le temps plusieurs usages, plusieurs individualités. Dans l’espace également, cette flexibilité est importante : un même édifice doit pouvoir accueillir les pratiques choisies de ces habitants ; le travail à domicile en est un exemple. La qualité spatiale est une condition nécessaire mais pas suffisante à la formation de ces collectif, qui dépendent avant tout des usagers.

GEHL J., 2011, Life Between Buildings, op. cité  GAUDA M., GUALLART V., MÜLLER W., SORIANO F., PORRAS F., MORALES J., 2003, The metapolis dictionary of advanced architecture, Actar, Barcelone, 688 p. 20 F.ASCHER, Métapolis ou l’avenir des villes, ed. Odile Jacob, 1995, 346 p. 18

0123_Alternatives collectives Insoutenabilité du pavillonnaire L’habitation et la ville changent avec la société et les modes de production des richesses. Les relations entre les pratiques sociales et l’habiter changent entre proximité et distance. Le type d’habitat pavillonnaire est lié à la société industrielle et correspond au désir d’un mode d’habiter plus que d’un type d’habitat. Les changements sociaux, économiques, culturels que notre société connait aujourd’hui ainsi que les changements environnementaux remettent en cause l’adéquation entre la maison individuelle et la pratique d’habiter et le noyau familial traditionnel qui lui étaient associés. Le fait d’habiter ne doit pas rendre inhabitable nos territoires pour le plus grand nombre. La représentation et la projection de l’individualité sont une composante contemporaine de l’habiter ; l’indifférence au reste du monde est une dérive possible du repli absolu sur la sphère privée. La culture de l’habitation pavillonnaire fut façonnée à la fois par des déterminismes sociaux et par des choix individuels, faisant du culte de ce mode d’habiter la caractéristique d’une société circonscrite dans une période historique et pouvant évoluer. Il importe de comprendre ce que les individus recherchent dans l’habiter aujourd’hui mais aussi de suggérer, par la recherche architecturale, des modes alternatifs de répondre aux désirs d’habiter. Depuis les années 1960, on constate un lent dépassement du modèle familial tel que conçu au début du XXe siècle et des modes de vie liés à l’habitat : “diminution nette du nombre de familles nombreuses, et une augmentation lente mais constante des familles à composition variable en fonction des divorces et des remariages, comme, par exemple, les familles monoparentales21” (LEVY, 2008). Les mutations des pratiques sociétales et urbaines poussent en Europe à la recherche d’un nouvel habitat collectif, revisitant les modèles morphologiques traditionnel et la classification typologique connue pour s’adapter à ces changements urbains spatiaux et sociaux : “le modèle résidentiel de la maison individuelle se trouve de plus en plus remis en question par de nouveaux modes de vie à la fois contextuels et rationnels”. Le parcours résidentiel se modifie et la maison individuelle n’est plus vue par une partie de la population comme l’apogée de ce parcours : “vivre en maison périurbaine n’est plus forcément l’étape finale de la trajectoire résidentielle22” (Agence d’urbanisme

19

LEVY J., 2008, Echelles de l’habiter, Paris, éd. PUCA, 2008, p.11 22 Agence d’urbanisme de Lyon, 2012, Habitat et modes de vie, Tome 1, Un état des savoirs théoriques et des pistes 21

25


5 10

1

5 10

1

5 10

1

5 10

1

5 10

1

5 10

1

5 10

1

5 10

1

5

1

10

Plans et coupes du b창timent collectif source : Gaetan Donnet

26


de Lyon, 2012) ; “ces évolutions s’opèrent dans un climat d’augmentation générale de l’espérance de vie, ce qui allonge de manière significative les parcours résidentiels et contribue à la diversification des profils23”. On constate la recherche d’un type d’habitat alternatif, guidé par le “besoin d’une sociabilité libre, typiquement urbaine, hors du confinement domestique24”. Ces changements dans les désirs d’habiter correspondent “d’une part au séquençage des cycles de vie, fortement impactés par l’arrivée des enfants, mais également aux nouveaux besoins fondamentaux propre au XXIe siècle de mobilité et d’accessibilité25”. D’autres cultures européennes qui n’ont pas connu le même développement de la maison individuelle en tant que parachèvement de la vie sociale et individuelle acceptent et mettent en avant le logement collectif comme un logement de qualité. En Suisse par exemple, la construction de logements collectifs ou d’habitats groupés de qualité et en grand nombre a dépassé le rapport exclusif entre logement individuel et milieu ‘suburbain’ (voir 013_Projets de références). L’habitat collectif en milieu diffus peut et doit prendre en compte cette évolution par la remise en question des typologies classique et une plus grande flexibilité des logements. Il doit aussi accueillir une grande variété d’usages, liés au lent dépassement de la séparation travail/habitat, vie privé/vie publique. La densité qu’il peut implanter peut permettre le développement d’une mixité de fonctions, avec le développement de lieux de travail pour les professions libérales ou de jardins d’enfants.

Collectif d’individualités “Le joyeux défi d’une architecture des milieux et l’épreuve du politique serait de tirer parti de l’hétérogène, de ménager les altérités, d’établir des rapports, sans postuler d’illusoires unités ou de tristes mixtures mais au contraire en favorisant des passages entre pluralités et singularités26 ” YOUNES, 2008 L’individu humain est un être doué de sentiment et de raison. C’est la “molécule de base de la pratique sociale, source d’énergie qui génèrent les espaces et les temporalités à travers lesquels il passe ou qu’il habite” (YOUNES, 2008). Dans notre société post-industrielle, les logements sont construits selon des de réflexion appliquées 23 ibidem 24 ibidem 25 ibidem 26 ARC EN REVE (direction de l’ouvrage), BEGOUT B, LUSSAULT M., STEINWEG M., VINCENT J.-D., YOUNES C., 2008, Collectif, Arc en rêve, Bordeaux, 296 p.

standards imposés alors que “aucun habitant n’est le même qu’un autre. Aucun habitant ne devrait être le même qu’un autre.27”. Cela pose la question des types contemporains : doivent-ils être tous différents, ou tous les mêmes mais neutres et appropriables à l’envie pour que chaque individu puisse s’y projeter, et que “des milliers de personnes puisse accéder à un niveau minimum de vie28” ? (ARC EN REVE, 2008) Collecter, c’est “parcourir le désordre qu’est le réel pour y dégager un minimum d’ordre, en commençant par regrouper ses éléments29”. Or, dans l’hétérogénéité de la société actuelle, le collectif est un construction éminemment fragile en ce qu’il rassemble des individus et des groupes d’individus d’une grande diversité ; on ne peut pas construire l’habitat collectif en sélectionnant des personnes d’une communauté existante ou en les choisissant selon des critères de similarité. Le collectif aujourd’hui, “c’est la communauté de ceux qui n’ont rien en commun, au sens où cette communauté ne peut se fier à aucun autre lien que celui de l’absence de lien30”. Le collectif, c’est toutefois également la condition du singulier accompli. Si les individus sont tous différents, “l’individu est le personnage principal des situations sociales, qui consiste en lui se regardant dans les miroir tendu par les autres individus31”. La condition du collectif, dans la société actuelle devrait être celle de vivre ensemble, séparément. “L’homme est certes un animal, mais un animal politique et culturel, et son habitat n’est pas réductible à un “territoire” éthologiques”, “l’être-au-monde est toujours un être-aux-autres, de sorte que l’habitation s’installe en même temps au sein du monde et au cœur d’une collectivité” LUSSAULT, 2008

Architecture contemporaine et ‘type suburbain’ collectif Les logements des territoires de l’urbanisation dispersée présente une certaine homogénéité en ce que les maisons pavillonnaires sont souvent proposées par des promoteurs immobiliers et présentent une certaine forme de standardisation, particulièrement dans le cas des lotissements où les maisons et leurs parcelles peuvent être toutes similaires. Les logements collectifs français présentent également le défaut de la recherche de la standardisation des logements. On voit émerger dans des pays comme la Suisse des ibidem ibidem 29 ibidem  30 ibidem  31 ibidem  27 28

27


logements collectifs de grande qualité en milieu diffus. B. Marchand et F. Frank pose la question dans leur livre Suburbanité (FRANK, MARCHAND, 2012) : existe-t-il une architecture ‘suburbaine’ du logement ? Morphologiquement en tous cas, on voit se développer une grande diversité. Hors du milieu urbain dense, une certaine liberté peut être prise : moins de règle, réponse au paysage, recherche de la qualité du logement et des espaces collectifs extérieurs. En milieu diffus, la liberté est plus grande et les choix formels peuvent être pris selon des critères tels que vues, accessibilité, typologie des logements, typologie de la distribution, rapport aux objets présents sur le site. L’immeuble collectif en milieu diffus semble donc plus disponible pour des expérimentations spatiales et typologiques, offrant la possibilité de proposer des formes alternatives de l’habiter. De plus, “la disparition d’un certain dogmatisme architectural permet d’ailleurs d’avantage de liberté aux architectes, indépendamment de la position des parcelles investies dans l’agglomération.32” (FRANK, 2012). La géométrie du bâtiment est donc peu contrainte, et contrairement aux constructions de milieu urbain ne suit pas forcément celle de la voirie ou de la parcelle. En milieu diffus, la rentabilité ne réclame pas l’occupation de la parcelle entière ou un nombre de niveaux obligatoirement élevé ; une certaine liberté est donc accessible quand à la forme que doit prendre la densité de la construction. La morphologie peut se mettre en rupture morphologique avec l’environnement immédiat ; c’est souvent le cas des nouveaux collectifs ‘suburbains’ développés en Suisse. Cette rupture rend extraordinaire le lieu de l’habitat et les espaces de vie collective qu’il dessine. Le logement, entre autres formes typologiques gagnées par la recherche morphologique et la non-hiérarchisation des façades gagne aussi dans ses rapports à l’extérieur. Le dialogue entre individuel et collectif est une question centrale dans le logement en milieu diffus. Si le choix du collectif, pour l’alternative qu’il propose et ses qualités différentes de celles de la maison individuelle a été effectué dans d’autres territoires européens par les habitants, la question de la singularité et de la diversité des individus est incontournable. Cela questionne la standardisation des logements en France mais également le manque de diversité des types que l’on rencontre encore dans de nombreux projets collectifs contemporains.

FRANK F., 2012, Suburbanité, des théories urbaines au logement collectif contemporain  32

28


Collectif contemporain : projets de référence - 013 0131_Spittelhof Housing Zumthor, 1996, Basel, Suisse Contexte urbain : urbain dispersé Si Zumthor considère que l’on est immédiatement frappé par la beauté brute d’un paysage naturel de montagne, que les territoires transformés par l’homme par l’agriculture ont la marque de la ‘dépendance de l’homme à la terre’ qui en fait la beauté, il qualifie les territoires de l’urbanisation diffuse comme ‘en manque de lien avec le paysage’, comme étant là pour le faire disparaître. Dans ce projet, trouvant de façon intuitive1 la juste mesure de l’ensemble, se fiant à l’ ‘expérience sensorielle’ du projet, il fait lieu dans un site où le mitage du territoire est amorcé. Selon lui, il faut un ‘geste essentiel’ immédiatement appréhendable. Le rapport entre individualité est particulièrement intéressant dans cette ensemble. Chaque habitation a sa propre porte palière. Le seuil, l’entré et le rapport à la voiture, traité dans le bâtiment est par un décrochage confère à l’habiter une transition entre collectif et privé. L’espace entre les formes bâtis, ouvert et pourtant délimité permet une autre forme de seuil et de lieu, entre l’espace extérieur périurbain et l’urbanité intérieur du projet. L’individuation des accès fait que le projet de Zumthor n’est collectif que par son architecture et les espaces exterieurs communs.

0132_Brunnenhof Housing Complex Gigon et Guyer, 2007, Zurich, Suisse Contexte urbain : périphérie zurichoise Deux fines barres allongée de différentes hauteurs bordent le Buchegg Park. La bâtiment de 6 étages sur la Hofwiesenstrasse est orienté sur le parc et suit la rue. Il protège le parc du bruit. Un jardin d’enfant et une nursey sont situés aux éxtremités des deux bâtiments, entre rue et parc. Les entrées lient les rues au parc et offrent des espaces pour les poussettes, scooters, vélos et jouets d’enfants. Au rez-de-chaussée, les appartements donnant sur le parc sont réhaussés d’un demi-étage pour autoriser l’inclusion de jardins et d’aires de jeux entre le bâtiment et le parc. La richesse du rez de chaussée, par la variété des usages qu’il offre et son rapport au parc est particulièrement intéressante. Les deux édifices sont conçus comme

des ‘emplilement’ de plateaux horizontaux avec des déccrochements de la façade de différentes tailles. Faisant front sur le parc, ils forment de généreux balcons ; sur la routes ce sont les escaliers et des loggias. Si les typologies qu’ils abritent sont différentes, le traitement des materiaux et de la construction de la façade conserve une unité sur le projet. Pour le bruit sur la Hofwiesenstrasse, l’accès aux logements se fait dans dans la longueur par les escaliers et une loggia. Les loggias sont en relation avec la cuisine et servent d’espaces protégés de l’extérieur tournés vers le soleil de l’ouest. Toutes les chambres sont tournées vers le parc. Le séjour traverse l’appartement d’est en ouest. Au contraire, dans le bâtiment sur la Brunnenhofstrasse, le sséjours sont positionés en longueur et sont orientés vers le parc et le sud-sud-est. Des balcons les prolongent. Tous les appartements sont spacieux ; la flexibilité d’usage est garantie par une multiplicité de parcours possible dans les appartements.

0133_Residenza RoSa Guidotti architetti, 2013, Monte Carasso, Suisse Contexte urbain : urbain dispersé Le projet vient s’articuler avec des édifices existant pour former un espace public d’appropriation collective. Le plan d’étage montre une typologie basée sur le principe du plan neutre, ou les pièces ont des dimensions équivalentes. La circulation collective, ouverte sur l’extérieur mais dans le maintien de l’ordre des ouvertures s’intègre dans le mme dispositif spatial que celui du logement. La façade prend une expression architecturale se référençant hors du contexte proche.

0134_ Wohnsiedlung Leimbachstrasse Pool architekten, 2005, Zürich-Leimbach Contexte urbain : urbain dispersé Cette intervention marque une rupture radicale avec le contexte environnant de basse densité. C’est un exemple éloquent de projet résidentiel de l’urbain dispersé se mettant en relation à la dimension du territoire plutôt qu’à celle du contexte proche. Les volumes sont mis en rapport à la topographie du site. Ils forment un espaces communs, ouvert sur les montagnes. Des services, un centre médical et une laverie sont intégrés à l’édifice pour permettre de limiter quelques déplacements. Une grande variété de types est développée. Beaucoup sont des duplex, tous sont traversant, dans des corps de bâtiments épais, donnant une profondeur au logement.

29


Brunenhof housing compex, Gigon et Guyer, 2007

30


Plan type

Residenza RoSa, Guidotti architetti, 2013

31


Residenza RoSa, plan de masse, (ĂŠlaboration propre)

32


Residenza RoSa, coupe et plan, (ĂŠlaboration propre)

33


Cadre conceptuel d’élaboration propre - 014 "Parce qu’il y a de la distance, l’espace est une dimension fondamentale de la société et les acteurs ont élaboré des stratégies permettant de concilier la distance, d’en déjouer les contraintes et d’en jouer les atouts, tant il est vrai qu’il est parfois fondamental pour une individu et/ou un groupe de savoir et de pouvoir se distancier." LUSSAULT, LEVY, 2003 L’urbain dispersé, agencement spatial basé sur le choix de la distance correspondant à une réalité sociétale contemporaine. Choisir de pouvoir se distancer ne signifie pas forcément vivre dans l’isolement spatial et en tous temps. Pour pouvoir conjuguer la connexité à la coprésence, la singularité et la privacité à la problématique de la densité, il faut réfléchir à comment développer, dans l’habitat collectif, la possibilité pour l’individu de se mettre à distance des autres et de choisir les moments de vie en société. Dans l’urbain dispersé, les statuts de privé ou de public sont des concepts dépassés par l’enchevêtrement des échelles de la vie quotidienne ; des espaces appropriables collectivements sont une piste de réflexions pour la spatialisation choisié des nouvelles formes d’urbanité. Le collectif, ce sont aussi les espaces nécessaires d’accès au logement, de parking qui peuvent présenter un certaines habitabilité. Dans ce travail, on se concentrera sur l’architecture comme support d’un collectif choisi. La question des usages collectifs d’un espace pour un intérêt partagé (2), est prise en compte dans le projet mais n’est pas développée par la recherche. Les questions sociétales du collectif enrichissent la recherche architecturale et permettent d’effectuer des choix ; c’est cependant sur un processus de choix architecturaux, prenant en compte les usages, que se développe le projet. Appuyée par les théories de François Ascher et de Michel Lussault sur les pratiques de l’urbain dispersé, celle de Chris Younès sur l’individu et le collectif contemporains, et les références architecturales de logement contemporain en milieu dispersé (théorisées par Frédéric Frank), la recherche questionnera par le projet le collectif contemporain comme articulation entre les différentes échelles des modes de vie de l’urbain contemporain (1), à travers la morphologie de l’édifice. Cette recherche sur la morphologie du collectif est un des points du projet d’habitat collectif à la Côtière. Un projet pour habiter le collectif, c’est la recherche d’une architecture en adéquation avec les modes de vie urbains contemporains, entre collectif choisi et singularité. Les autres éléments de ce questionnement sont explorés à travers le projet. Image à gauche : Wohnsiedlung Leimbachstrasse, Pool architekten, 2005

34


pratique de l’urbain dispersé maillages et distance connexité et liberté dans le choix du lieu de vie ‘hyper contexte’ connexion au global, situation locale multiscalairité des pratiques quotidiennes des habitants, des entités de l’urbain dipersé

complexification et singularisation des pratiques des habitants

insoutenabilité du pavillonnaire environnementale, sociale, architecturale

collectif contemporain de la proximité à la distance : d’une urbanité liée à la diversité et la densité à une urbanité choisie fragmentée spatialement et temporellement de l’espace public à l’espace collectif relationnel perte de signification du terme public pratique de la sociabilité dans l’espace collectif dépendante des choix individuels dimensions, formes

singularités et diversification de habitants recherche de nouveaux types de logements, plus flexibles et plus diversifiés mutation des parcours résidentiels recherche d’alternatives à la maison individuel pauvreté du choix actuel nouvelle demande d’espaces collectifs liées aux relations sociales choisies liés à des intérêts partagés

habiter les potentalités de l’urbain dispersé : ce que permet le collectif contemporain (1) le collectif comme dimension d’articulation entre la macro échelle urbain et l’échelle du logement Habiter entre la connexité et la coprésence, articuler les échelles entre la dimension urbaine et la dimension locale, et la micro échelle du logement Faire écho à un contexte urbain et paysager élargi

(2) le collectif comme une collaboration entre des individus partageant des intérêts communs Hobbies, co-working, co-housing, crèche : multiscalairité, mixité des usages

(3) le collectif comme un ample groupe d’individualités diverses partageant un territoire Édifice collective, entre cohérence et singularités des logements : permettre des interactions collectives choisies Lieu et édifices spécifiques partagés pour leurs qualités propres et leur connexité à l’urbain.

35


Saint-Maurice de Beynost, territoire de la C么t猫re dans la m茅tropole lyonnaise Rh么ne-Alpes

36


02 Contexte

37


Contexte élargi

Données

- 021

- 022

Dans un milieu fragmenté où les interactions s’établissent par le biais de la connexité, être contextuel ne signifie pas forcément s’intégrer dans un rapport avec l’environnement physique immédiat. Plus qu’un simple cadre spatial, on entend par contexte le processus élargi aboutissant à un «événement spatial», un agencement quelconque. Pas seulement physique, il est donc aussi théorique, sociétal, idéel. Il ne s’arrête pas à une certaine zone matérielle proche d’un site donné mais peut s’étendre, dans la mesure où les éléments de l’urbain contemporain sont interconnectés. Le ‘genre urbain diffus’ (DAGHINI, 1999) permet qu’une même culture, que des même références soient partagée par des individus physiquement éloignés.

L’étude et le projet prennent placent sur le territoire de la Côtière, dans la métropole lyonnaise. Le site choisi est à Saint-Maurice de Beynost, sur un plateau intermédiaire entre la plaine de Rhône et de l’Ain et le plateau des Dombes. Si le site immédiat est l’espace d’un tissu pavillonnaire générique, le plateau intermédiaire présente également un tissu stratifié plus ancien. Sur le territoire se juxtaposent également des entités urbaines multiscalaires ; industries, zones commerciales, réseaux, habitat collectif. Le territoire est maillé d’un réseau d’infrastructures routières et ferrées. Dans ce réseau global, le territoire de projet est connecté étroitement à Lyon, aux autres communes de la Côtière mais aussi à Genève, Bourg-en-Bresse ou Paris.

"The context of a project -the place, its environment- is much larger than the city or piece of earth upon which it will sit. It is greater than the historic discipline, larger than the traditional composite methodology. For us, there exists an amplified concept of context, in the same way that we understand that a work of architecture is not only found in its construction. A text, a critique, or a magazine are solid objects, tangibles, a project analyzed in the studio as if it were a real program." Frederico SORARIO, 2003

Habitat et démographie Le plateau intermédiaire est presque entièrement recouvert d’habitat individuel. Dans la plaine, de l’habitat collectif est présent ; il s’agit principalement de grands ensembles. La communauté de communes de Miribel estime que le besoin de logement collectif ou groupé sur le territoire est de 160 à 200 par an1. Entre 1600 et 2300 nouveaux habitants sont prévus sur la communauté de communes d’ici à 20162.

Les modèles s’exportent et les échanges entre les différentes cultures sont nombreux. Cela ne signifie pas une refonte des différentes cultures en une indifférenciation globale. Au contraire, (cf Global, local) ce qui est localisé et non transférable prend de l’importance. Toutefois, de façons parfois positives, les différentes cultures peuvent échanger et s’enrichir mutuellement.

"Les simulations réalisées dans le diagnostic ont montré que le projet d’accession à la propriété était quasiment impossible pour un jeune ménage gagnant moins de 3000 € par mois (références février 2008), compte tenu des prix d’acquisition sur le marché libre et de la faiblesse des dispositifs destinés à favoriser la primo-accession (pas de location accession, notamment)." Plan local d’habitat de la communauté de communes de Miribel

Le dépassement des dogmes sur la constitution de la ville, l’historicité, sur l’urbanité comme uniquement propre aux villes européennes condensées, sur l’opposition ville-campagne et centre-périphérie autorisent et encouragent une plus grande liberté de référenciation architecturale.

Une partie importante de la population ne dispose pas des moyens financiers suffisants ou ne souhaite pas acquérir de maison individuelle. Le nombre de logements sociaux et leur construction sont insuffisants. D’autre part, une frange importante de la population se situe dans un entre-deux sans solution : en difficulté pour acquérir un logement sans aides, trop ‘riches’ pour avoir droit au logement social. Plan local d’habitat de la communauté de communes de Miribel 2 ibidem 1

38


Dessin des caractéristiqies du territoire, à petite et à grande échelles

39


Gare de Beynost, 10 min Gare, 12 min

n, Lyo

Par Lyon

eu, t-Di

26

min

in

11 m

47 se,

n

mi

es -Br

-en urg

Bo

in

, 1h25 m

Genève 22 Lyon,

min

500M Dessin du rapport du site au contexte ĂŠlargi

40


"Ces ménages ne sont pas nécessairement en difficultés d’insertion sociale mais, du fait de leur situation, ne disposent que de faibles ressources. Il peut notamment s’agir de familles avec un seul emploi, de personnes à temps partiel, de jeunes en début de parcours professionnel mais aussi de personnes divorcées devant assumer un logement familial ou encore de retraités… L’accès de ces ménages à un logement est de plus en plus problématique compte tenu du niveau élevé et croissant des loyers. Les solutions de logement proposées à ces ménages sont insuffisantes, qu’il s’agisse du parc existant ou de la production neuve." Plan local d’habitat de la communauté de communes de Miribel Enfin, le plan souligne l’absence de solution de logements temporaires.

«Hyper-contexte» - 023 "Toutes les entités et les lieux peuvent supporter différents itinéraires ; l’origine et la destination de chacun est spécifique et personnelle : ma maison est ici, mon école est ici, mon lieu de travail est là, et ici, à un endroit bien différent se situe celui de ma femme. Le cinéma, le tennis, la gym où je vais sont dans des endroits différents de la ville, dans d’autres municipalités. Pendant le week-end chaque individu se déplace dans un territoire encore plus grand, et pendant les vacances ce territoire s’étend encore et devient continent, etc. Ce réseau de relations entre différents lieux est complètement différent de celui de mes voisins, de mes collègues, ou encore de mon fils.3" SECCHI, 1993 Le projet se positionne dans une articulation entre l’échelle du réseau urbain et l’échelle locale. Il s’agit de se placer en écho avec les entités de l’urbain discontinues spatialement. Du logement, on se déplace, par les différentes connexions au réseau qu’offre le site. Le collectif permet à une certaine densité habitée de profiter des qualités localisées du site : paysagères, accessibilité aux réseaux, entités urbaines proches. Il s’agit de s’interconnecter avec le réseau urbain global, en s’implantant par rapport à des qualités localisées

Générique, spécifique - 024 Motif bâti Le territoire disparaît sous un motif bâti hétéroclite. La majorité du bâti du plateau est résidentiel, composé de maison individuelles. Homogènes à force d’hétérogénéité, elles forment tissu expansif d’édifices juxtaposés. La partie basse du site, la plaine du Rhône est le lieu d’implantation des principaux éléments d’échelle métapolitaine -industries, activités tertiaires, grands ensemble. Le contexte bâti immédiat du projet est composé d’un habitat de basse densité, individuel. En grande partie du nouveau pavillonnaire, il subsiste un bâti épars plus ancien, de plus grande taille.

Permanences Ensemble des qualités et éléments propre au site permettant la territorialisation d’un espace collectif spécifique. L’intérêt du site réside dans sa topographie dont les qualités se développent dans la transversalité : la Côtière au nord, la plaine du Rhône au sud. La qualité d’habiter puise dans sa relation au milieu géographique spécifique environnant. Ce qui est directement autour du site est un. Le territoire immédiat, tissu pavillonnaire générique, ne présente pas de qualités localisées.

Echelles d’urbanité présentes - 026 Le territoire urbanisé de la Côtière ne présenta pas ou très peu d’espaces publics traditionnels; dans des entités urbaines fragmentées, juxtaposées, chacun choisit les moments et les espaces dans lesquels être en collectif. Ces pratiques liées à la connexité entraînent l’obsolescence des espaces urbains de la ville traditionnelle. Des éléments sont présents sur le territoire, marqueurs des nouvelles formes d’urbanité liées à la connexité, et d’autres liés aux relations de coprésence. éléments de coprésence : quartiers denses stratifiés, grands ensembles, rue-village, immeubles, maisons partagées, lotissements, cité-jardin

SECCHI, 1993, «un urbanisme des espaces ouverts / for a town planning of open spaces» Casabelle n°597-98) 3

entités connectées : zones d’activités tertiaire, parkings, zones commerciales, gares, usines, piscine, stade

41


Dessin du motif pavillonnaire

42


Dessin des qualitĂŠs propres au territoire

43


Dessin du maillage du territoire

44


Dessin des entitĂŠs urbaines

45


Pente, ruissellement (Thomas Roche) Plateau intermédiaire, Côtière (Chloé Viallefond)

46


Contexte immédiat, bâti, plateau intermédiaire (photo personnelle) Panoramas (Gaëtan Donnet)

47


Echelles d’urbanité présentes #1

48


Echelles d’urbanité présentes #2

49


Situations de proximité présentes #1

50


Situations de proximité présentes #2

51


52


03 La dĂŠmarche de recherche crĂŠation

53


Méthodologie de recherche-création - 031 Le processus de recherche-création interroge, dans un dialogue entre théorie et pratique la notion de collectif en milieu dispersé. Ce travail est dirigé dans un processus génératif pouvant définir des solutions de logements collectif alternatives au pavillonnaire et articulant les différentes échelles de l’urbain dispersée, la macro-échelle urbaine, l’échelle locale et la dimension collective, l’échelle du logement. Ces échelles différentes, qui dans la hiérarchie de la ville traditionnelle s’emboîtaient de la plus petite à la plus grande, dans l’urbain dispersé s’entrecroisent. Les points abordés et les différentes solutions envisagées sont développés pour proposer une réponse théorique et formelle à la complexité de l’hybridation dans le projet de ces différentes échelles. Dans le travail de projet, la dimension collective est interrogée à plusieurs niveaux : dans son rapport à l’échelle urbaine et au territoire, dans son rapport à l’échelle du logement, dans son rapport à l’échelle individuelle. Ces réflexions construisent l’architecture du projet ; sa morphologie, les choix spatiaux et structurels, l’écriture architecturale des façades. Tous les points du projet ne sont pas abordés dans la démarche de recherche, mais celle-ci enrichit le projet à tous ces niveaux. Dans la démarche de recherche-création qui suit, on étudiera la question de la morphologie de l’édifice collectif dans un contexte dispersé, son rapport à un contexte théorique et référentiel élargi, la rupture formelle et typologique avec le contexte bâti proche. La mise en place d’alternatives, enrichie par des références théoriques et bâties répondant de manière différentes à ces question permet, dans un processus opératoire, d’enrichir les décisions de projet. En retour, ce questionnement théorique et pratique sur la morphologie du collectif a été nourri par le travail de projet. Cette ambivalence du projet entre collectif et singulier a donné lieu à un processus itératif entre les échelles de projet, ainsi qu’entre la recherche et la création.

54


Recherche

Création

Expérimentation dans le projet de la morphologie des espaces bâtis et non bâtis

Articulation de échelle globale, échelle locale par la morphologie collective de l’édifice

étude de dispositifs spatiaux permettant une qualité et une diversité de l’habiter, entre cohérence d’un ensemble et variété des types

Développement dans le projet de différentes dimensions intermédiaires, entre l’échelle de l’édifice et l’échelle du logement, participant de la domesticité du collectif

Orientations génératrices de projet, recul critique sur la création

Expérimentations de solutions, prise de positions, apport théoriques

Solution de projet, réponse possible à une problématique théorique Retour critique sur un projet et des références théoriques

55


De l’échelle urbaine à l’échelle locale : dimension collective - 032 Les architectures résidentielles les plus couramment présentes sur le site sont de l’habitat de basse densité, individuel. En partie du nouveau pavillonnaire, il subsiste un bâti épars plus ancien, de plus grande taille. Le principe de juxtaposition, de fragmentation de l’urbain dispersé permet de convoquer des échelles morphologiques en ruptures avec celles présente, de venir bousculer le contexte bâti. La perception du collectif, par rapport à l’environnant peut en être enrichie. Cette juxtaposition d’éléments d’échelles diverses crée une tension entre les éléments qui peut permettre de rendre extraordinaire tant les édifices que, par réaction, le contexte générique immédiat.

0321 Rapport au contexte élargi Rapport aux permanences du territoire Les contextes dispersé ne présentent généralement que peu d’accroches La dimension collective d’un édifice dans de tels milieux se met dans certains exemples en rapport avec la dimension topographique du lieu dans lequel elle s’inscrit. La condition de l’urbain dispersé traduit la possibilité de connecter espaces intérieurs et extérieurs, le bâti et le non-bâti, et de comprendre le projet d’habitat lui-même comme la construction d’un paysage1 (ACTAR, 2003). “Les éléments sculpturaux sont comme des baromètres pour lire le paysage” SERRA, 1970-1989 “La disposition des élément sculpturaux dans le champs ouvert attire l’attention du spectateur sur la topographie du paysage quand il le parcourt”. SERRA, 1982 Dans le travail de Serra, le paysage et cette œuvre qui deviennent indissociables ne peuvent être regardés que comme un tout. En conséquence, aucun n’a de valeur GAUDA M., GUALLART V., MÜLLER W., SORIANO F., PORRAS F., MORALES J., 2003, ‘The metapolis dictionary’, op. cité 1

56


prédominante. On peut dans l’urbain dispersé le bâti et le non-bâti sur un même plan en tant que matière de projet. Sieverts parle d’une nature presque entièrement anthropisée2 qui devient "nature construite" (SIEVERTS, 2004). Les projets de l’urbain dispersé, en rupture avec le contexte bâti immédiat se placent parfois en écho avec des permanences du territoire, typographie ou hydrographie. C’est cette échelle qui est recherchée dans le projet ; la morphologie, la dimension de l’édifice fait écho à la grande échelle du milieu topographique. Son placement dans le territoire, transversalement au plateau rappelle cette transversalité, portée par le ruissellement des eaux, mettant en lien la Côtière à la plaine du Rhône.

Recherche d’une cohérence interne Dans le dessin d’une architecture collective, ce que l’on maitrise c’est la forme. L’usage peut être permis et qualifié par l’espace, les interactions sociales non ; l’architecture n’est pas un outil de production de sociabilité. Dans cette recherche du collectif en milieu dispersé, l’architecture permet le dessin des espaces, de l’édifice. Elle peut former un support fort pour l’imprévisible formation d’interactions sociales. Selon le concept de la Grossform de Ungers, c’est la définition formelle de l’architecture (comme un tout auto-contenu) qui en fait la cohérence collective3. Ce modèle sert à la reconstruction de Berlin comme un archipelago, différent des dogmes de la ville traditionnelle constituée (SCHRIJVER, 2006). Dans les contextes dispersés, les éléments de tailles, de fonctions diverses juxtaposés sont autonomes les uns des autres et ne fonctionnent que par leur connexion aux réseaux de l’urbain. Le concept de la Grossform interroge le projet d’habitat collectif dans sa capacité à trouver une cohérence dans un tissu hétéroclite de l’intérieur. La cohérence de cet édifice est à trouver pas seulement dans sa rupture d’échelle avec le contexte immédiat mais aussi dans sa forme et sa qualité propre. La liberté prise par rapport au milieu ne peut pas être gratuite; elle trouve son intérêt dans la qualité qu’elle peut apporter à l’habiter. L’idée de la Grossform est d’être dans une tension continuelle entre la forme et l’échelle. La rupture avec le contexte immédiat n’est donc pas seulement dans l’échelle, mais surtout dans la morphologie du bâti et des espaces qu’il dessine. Le rapport spécifique au territoire, sa capacité à s’articuler au contexte proche, la place des individualités dans le collectif ne se trouvent pas dans le contexte T.SIEVERTS, 2004, ‘Entre-ville’, op. cité Lara Schrijver, 2006, “The archipelago city: piecing together collectivities”, n°71, OASE

bâti générique du milieu immédiat. La spécificité de cette forme respectivement à son contexte peut en faire la qualité urbaine et rendre la perception du collectif comme d’un élément extraordinaire.

Référenciation à des modèles collectifs divers Les références employées pour la conceptualisation du sujet montrent la variété de la production d’édifices de logement collectif en milieu dispersé. Cette variété montre que la morphologie de ces édifices n’est "pas conditionnée par une forme urbain ou un contexte préexistant4" (FRANK, 2012). Le dépassement des dogmes sur la constitution de la ville, l’historicité, sur l’urbanité comme uniquement propre aux villes européennes condensées, sur l’opposition ville-campagne et centre-périphérie permettent cette plus grande liberté de référenciation architecturales (FRANK 2012). Elle autorise l’emploi de modèles de différentes périodes de l’histoire comme de différents contextes urbains et géographiques. Les modèles réinterprétés sont issus de différents moments de l’histoire de l’édifice collectif, assez récente dans l’histoire de l’architecture, de l’immeuble de rapport au mouvement moderne. Le ‘genre urbain diffus5’ (DAGHINI, 1999) permet qu’une même culture, que des même références soient partagées par des individus physiquement éloignés. Cela ne signifie pas que l’articulation à l’échelle locale, dans le traitement de la forme n’est pas pris en compte, mais que les édifices sont des libres réinterprétations de formes urbaines. Issues de la ville dense, de la ville moderne voire de formes vernaculaires du milieu rural, ces modèles sont librement déformés et adaptés à un contexte territorial spécifique. L’îlot à vaste cour du XIXè siècles, les grandes formes, les plots, des formes plus denses issues de la ville médiévale, sont autant de morphologies que l’on voit se multiplier dans les concours de logement en Suisse. On peut aussi y rencontrer des formes hybrides entre ces différents modèles (FRANK, 2012). Le rapport d’échelle et le décalage morphologique produit par l’insertion de ces formes en contexte diffus participent de la construction de l’édifice collectif. Il peut apparaître ainsi dans sa cohérence interne comme une entité sortant de la banalité ordinaire du motif bâti dispersé. Images de gauche : O.M. Ungers, Block 1 IBA, Berlin, Germany, 1981-1987 (source : relationalthought.wordpress.com) SERRA, Shift, 1972, King city, Ontario

2 3

4 5

57

FRANK F., 2012, Suburbanité, op. cité G. DAGHINI, 1999 «Le devenir des villes», op. cité


SIZA, 1977, Social housing Quinta da Malagueira, Evora, Portugal SNOZZI, 1989-1994, Quartier ‘Morenal’, Monte-Carasso, Suisse

58


POOL ARCHITEKTEN, 2005, Wohnsiedlung Leimbachstrasse, Z端rich-Leimbach ZUMTHOR, 1996, Spittelhof Housing, Basel, Suisse

59


60


0322 Morphologie du collectif Définition d’un espace autre, d’appropriation collective Définir par le bâti un espace appartenant aux habitant, d’interactions sociales contrôlées. Partage d’un lieu subi mais qualitatif. Choix d’y interagir socialement ou non. Ce que l’on maitrise c’est la forme. L’usage peut être encouragé fortement (les usages nécessaires). Les interactions sociales non. La morphologie du bâti vient dessiner le degré de séparation des espaces, le caractère collectif, les mise en rapport des différents espaces. Espaces d’accès, de parking, espace libre entre le bâti et espaces d’usages collectif qui peuvent être intégrés à l’édifice sont le support de ces interactions choisies6(BAHAMON, 2008). La morphologie de l’édifice définit l’ouverture de ces espaces sur le milieu immédiat, les rapports de proximité ou de distance en les logements, les formes des espaces communs extérieurs.

situations urbaines et historiques (l’îlot, la barre, les éléments isolés répétés) permettent de définir trois scénarios de morphologie d’un édifice collectif. Ces trois scénarios ont en commun qu’ils répondent à une même question sur le caractère et la dimension collective d’un édifice d’habitation en milieu dispersé. Comment l’insertion d’une morphologie en rupture avec l’environnement immédiat peut-elle, par la cohérence qu’elle construit de l’intérieur et le rapport de tension et d’articulation avec l’environnement proche permet d’articuler par sa dimension collective la macro échelle de l’urbain dispersé et la micro échelle du logement ? Quels sont les différentes qualités, en terme d’appropriabilité et de différenciation des espaces commun, de lien au milieu proche et d’intériorisation d’un espace collectif propre de ces trois propositions ? Comment ces morphologies permettent des interactions collectives choisies en garantissant l’individuation de l’habitant dans le logement? Quelles sont les limite de l’approche par la morphologie ? Image : Chriesimatt, Graber et Pulver

Il s’agit d’articuler par les espaces non bâtis dessinés les échelles locales, collectives et urbaines. Créer un seuil entre l’échelle urbaine et la micro échelle du logement, où diverses activités, nécessaire ou choisie peuvent prendre place. Indétermination et ouverture, flexibilité de l’espace7 (ACTAR, Met). Des espaces mutualisés pour des intérêts communs peuvent prendre place, par exemple en rez-de-chaussée. Des interactions collectives choisies peuvent s’y développer. La morphologie de l’édifice peut également participer de la variété des types proposés dans l’édifice. Les accidents de la formes, les différentes orientations, les différents rapports entre collectif, logement, milieu proche sont autant d’éléments permettant de créer des situations d’habiter singulières.

0323 Définition de trois scénarios morphologiques Ces éléments théoriques et cette référenciation à des modèles d’habitat collectifs issus de différentes A. BAHAMON, 2008, Haute densité : Habitat contemporain, ed. l’Inédite 7 GAUDA M., GUALLART V., MÜLLER W., SORIANO F., PORRAS F., MORALES J., 2003, The metapolis dictionary, op. cité 6

61


POOL ARCHITEKTEN, Leimbach strasse Housing Complex (Source : pool architekten)

62


GUIDOTTI ARCHITETTI, Residenza RoSa (ĂŠlaboration personnelle)

63


Scénario 1 Référence : Triemli Housing Complex, 2011, von Ballmoos Krucker Architekten, Zurich, Suisse

La morphologie du modèle de l’ilôt définit un environnement intérieur circonscrit par le bâti. L’espace collectif extérieur créé est clairement séparé et différencié du contexte immédiat. L’articulation et l’espace collectif se fait par le cadre du bâti. Les situations de logements possibles sont assez similaires dans leur morphologies mais permettent d’offrir différentes orientations et des positions en angle. Les logements, dans la mesure où ils sont traversants sont tous en rapport avec un paysage intérieur construit par l’édifice et en contact direct avec le milieu immédiat. L’espace commun dessiné par le modèle de l’îlot est unique et indivisible même si le dessin des espaces extérieurs peut créer des espaces différenciés Dans son intégration au contexte diffus, la prise de distance avec le modèle offre des libertés différentes de l’îlot de la ville dense. Le complexe de Triemli se pose dans une réinterprétation du grand ensemble, dans l’écriture de l’édifice sous la forme de l’îlot. Les dimensions prises sont plus vastes que celles de l’îlot classique. La rupture en deux éléments permet une ouverture sur le contexte immédiat.

(1) Plan de masse (élaboration propre) (2) Accès direct aux espaces de logements (3) Pratique de l’espace collectif (4) Coupe schématique (élaboration personnelle

64


(1)

(2)

(3)

65


Scénario 2 Référence : Katzenbach Housing Complex, 2007, Zita Cotti, Zurich, Suisse

Le scénario 2 interroge l’implantation de formes ouvertes. L’environnement construit par le bâti collectif est plus flou que dans le cas de l’îlot mais également beaucoup plus ouverts sur le contexte immédiat et lointain. L’articulation entre l’échelle urbain et le logement est plus souple, plus libre. Les situations de logements offertes potentiellement par ce modèle sont assez peut variées dans l’absolu. Si, comme c’est le cas dans l’exemple choisi du complexe de Katzenbach l’épaisseur des éléments varie, qu’ils se déforment, la variété situations de logements proposée peut augmenter. Les logements sont tous dans un rapport plus ou moins directe, suivant la proximité des éléments et les déformations qu’ils prennent avec les autres éléments bâtis. Le rapport avec le contexte immédiat et plus lointain est indirect, cadré par le bâti et possible depuis toutes les façades des éléments bâtis. Les espaces communs dessinés par le bâti sont mutlples et en relation les un avec les autres. Leurs morphologies sont similaires mais leur multiplicité laisse envisager une variété possible. Ces objets disposés sur un sol ouvert rappelle le modèle collectif du grand ensemble. Les rapports de proximité créés entre les éléments, le traitement du lien au sol et des accès extérieurs enrichit la mise à distance du modèle.

(1) Plan de masse (élaboration propre) (2) Emprise du complexe large (élaboration propre) (3) Multiplicité des espaces collectifs (élaboration propre) (4) Coupe volumétrique schématique source : winoground.com

66


(1)

(2)

(3)

67


Scénario 3 Référence : Brunnenhof Housing Complex, Gigon et Guyer, 2007, Zurich, Suisse

Ce troisième scénario interroge la déformation d’une ou deux barres de grande taille. Dans ce type de morphologie, la définition de l’espace collectif par le bâti est faible. Celui-ci est très ouvert sur son milieu proche. Suivant les déformations subies par la barre, la variété possible des situations de logements peut être d’assez faible à très importante. Dans l’exemple choisi, les deux éléments bâtis ne sont pas exactement les mêmes et présentent donc deux situations différentes. La première est plus épaisse que la seconde, et l’épaisseur des espaces de balcons sont différentes. Dans cet exemple, deux fines barres allongées de différentes hauteurs bordent le Buchegg Park. La bâtiment de 6 étages sur la Hofwiesenstrasse est orienté sur le parc et suit la rue. Il protège le parc du bruit. Un jardin d’enfant et une nursery sont situés aux extrémités des deux bâtiments, entre rue et parc. Les entrées lient les rues au parc et offrent des espaces pour les poussettes, scooters, vélos et jouets d’enfants. Au rez-dechaussée, les appartements donnant sur le parc sont rehaussés d’un demi-étage pour autoriser l’inclusion de jardins et d’aires de jeux entre le bâtiment et le parc. Les espaces communs n’étant définis que dans leur rapport de perception au bâti, ils peuvent présenter une certaine variété dans leur dessin.

(1) Plan de masse (élaboration propre) (2) Définition de l’espace collectif par le bâti et par le milieu existant (élaboration propre) (3) Pratique de l’espace collectif (élaboration propre) (4) Coupe schématique (élaboration propre)

68


(1)

(2)

(3)

69


0324 Synthèse scénario 1 Lecture de l’espace collectif

Variété potentielles des espaces collectifs 1

Richesse du rapport au milieu proche (direct, indirect)

Diversité des situations d’habitat (orientation, accidents, rapport à l’espace collectif)

Rapport et individuation entre les différents logements (vis à vis, indirect)

Rapport entre réseau urbain global, espace commun et édifice

70


scénario 2

scénario 3

1’

2 1

1

71


0315_Applicabilité au projet Articulation du global au local Le projet d’habitat collectif permet de lier le logement à l’échelle de l’urbain au travers des espaces collectifs ou les interactions sociales peuvent prendre place. Il convient de s’interroger sur l’articulation au proche, l’échelle humaine d’un projet qui s’installe dans l’ ‘hyper-contexte’. Le collectif en se plaçant dans une rupture d’échelle avec le contexte pavillonnaire bouscule l’environnement proche. Un premier point est de rechercher la mesure juste à cette rupture morphologique.

Convocation de types collectifs Dans la recherche d’une forme de rupture avec l’environnement immédiat, on travaille l’insertion de forme et de types externes au contexte immédiat. Cette rupture rend extraordinaire le lieu de l’habitat et les espaces de vie collective qu’il dessine. Elle permet une perception accrue du collectif. On étudie ici la qualité de Collage City de l’urbain dispersé. La juxtaposition d’une morphologie collective à des habitats individuels, en travaillant l’articulation au territoire local par la déformation d’un type collectif de grande taille. On teste ici dans le projet la déformation de plusieurs modèles d’habitat collectif (la barre, l’îlot) pour étudier la réaction produite avec le contexte immédiat et les espaces collectifs créés.

Echelle collective On s’interroge également dans cette recherche d’une morphologie d’échelle urbano-architecturale sur le collectif comme articulation entre la macro échelle de l’urbain dispersé et la micro échelle du logement. Quels espaces communs le volume vient-il dessiner, permettant dans la perception de l’édifice et dans l’usage cette articulation ? Comment la morphologie des espaces collectifs accueille les usages des habitants liés à la mobilité ? A l’accès au logement individuel ?

Espaces partagés Des espaces mutualisés pour des intérêts communs peuvent prendre place, par exemple en rez-de-chaussée. Des interactions collectives choisies peuvent s’y développer.

72


Étude en maquettes

73


Scénario 4 : hybridation L’hybridation dans le projet des différents scénarios développés permet de proposer une réponse à l’articulation de l’échelle du réseau urbain à la dimension collective et à l’échelle du logement. Un édifice de cette taille dans le contexte de la Côtière se met en rapport avec la topographie du territoire et se met en tension avec le bâti épars immédiat. Il est à l’échelle du territoire métropolitain. La rupture ne se fait pas tant par la hauteur de l’édifice que par la morphologie la dimension des espaces créés. Employer le modèle de l’îlot et de la barre pliée permet à la fois de créer une diversité de situations de logements et des espaces collectifs définis. La création de trois espaces différents favorise l’appropriation singulière des espaces extérieurs. Ces espaces permettent d’articuler les moyens de mobilités différents (piétons, vélos, voiture) avec le logement. Les espaces extérieurs crées peuvent accueillir, par exemple, des espaces de parking en extérieur. Ainsi, le passage des différents lieux de l’urbain au logement privé se fait par différents espaces collectifs habitables et appropriables. Images à doite : modèles de maquettes développés pour l’étude de la morphologie choisie

74


75


Maquette d’étude des proportions et de la rupture au contexte immédiat

76


Maquette d’étude des espaces collectifs, parkings/espaces extérieurs, matérialités

77


De l’individualité du logement au collectif - 033

0332 Dispositif spatial ouvert Recherche d’une cohérence dans la diversité La complexification des groupes familiaux et la diversification des pratiques individuelles nous interrogent sur la capacité de l’habitat collectif à l’accueillir un ample groupe d’individualités. Doit-on proposer le même logement, neutre à tous ou au contraire des logements tous différents ?

Ce travail sur la morphologie, développé selon des méthodes de recherche par la mise en place d’alternatives et de critères d’analyse ne résume pas la réflexion portée sur le collectif contemporain; c’est un des points d’entrée dans le projet. Cette recherche a permis de développer une morphologie appuyée par la théorie et d’enrichir la question morphologique du projet d’habitat collectif.

“Today we may think of housing as a system of combinatory growth based upon initial elemental structures made op of fixed nuclei. Housing in which the always initial purchase investments is dedicated to obtaining an adequate urban location, the greatest possible footage an better common elements.2” ARANGUREN, GONZALES, 1999, Habitar la caja

Cependant, cette question du collectif contemporain a été abordée à toutes les échelles par le projet. Il semble intéressant de questionner en retour ce que le projet a apporté à ce questionnement sur la dimension collective d’un édifice.

Cette recherche d’un système spatial ouvert est un aller-retour entre la recherche d’un mode d’habiter, spécifique au site et nourri par des références extérieures, et les modalités pour le faire varier.

0331 Multiplicité des modes d’habiter

Permanence et variations

“In children’s drawings, primitive huts, vernacular constructions, the house remains the universal iconic referent defining a common way of inhabiting. Underlaying the form, the house holds a more essential value : that of a territorial settlement of a belonging that defines what is specifically dwelling, that circumscribes its peculiarity and that anchors the value of individual identity.1" F. MIGAYROU, 2003

Ce qui est commun aux logements, qui définit une architecture de l’habiter et ce qui varie, qui permet la singularisation des types. Les éléments communs aux différents logements varient selon les projets. Chez Sanaa, dans le projet de logements à Gifu, c’est la pièce qui est l’élément commun à tous les logements. Elle peut devenir une pièce extérieure, accueillir un point d’eau mais ses dimensions restent les mêmes. Le nombre de pièces accordées au logement, la façon dont elles s’agencent en duplex ou non, avec la possibilité d’une double hauteur, la façon dont les espaces communiquent entre eux sont les éléments variant.

Les individus de l’urbain dispersé contemporains partagent un genre urbain diffus et une culture commune mais dans un même temps se différencient les uns des autres. Une grande variété des modes d’habiter se développe. Les groupes familiaux perdurent en se transformant et en se diversifiant. A l’intérieur de ceuxci, les comportements s’individualisent tendant à une indépendance des différents individus les composants.

Dans le projet de Abalos y Herreros, la structure et les proportions des logements sont les même dans l’édifice. Des éléments de mobilier viennent ensuite partitionner l’espace de façons différentes d’un logement à l’autre.

Le stéréotype du logement collectif normé contenant le «salon-salle à manger-cuisine-salle de bains-toiletteschambres», héritage fonctionnaliste de l’après-guerre est obsolète face à la diversité des modes d’habiter. Ce n’est pas aux habitants de forcer les usages dans des espaces trop définis et passéistes. L’édifice collectif doit sortir d’une standardisation des modes d’habiter, et l’habitat doit pouvoir être le réceptacle d’usages variés.

1

Domesticité du collectif La distribution collective peut prendre prend place dans des espaces similaires à ceux du logement. La qualité et la qualification de l’espace de distribution collective, seuil du logement individué ne doit pas être minorée mais ne doit pas obligatoirement non plus être plus

GAUDA M., The metapolis dictionary, op. cité

2

78

ibidem


(1)

(2)

(1) Salle de bains, coiffure (2) Salon, repos (3) Bureau, couture

(3)

Photographies d’Aurore Valade, IntÊrieurs avec figures, 2005

79


80


prégnante que celle de l’habitat individuel. On essaie ici diverses solutions pour l’intégrer au sein du système spatial du logement. L’escalier, les paliers, plutôt que d’être dissimulés dans une cage sordide peuvent prendre place dans des espaces ayant des qualités d’habitabilité comparables (lumière, proportions) à celle du logement. Si ces conditions n’induisent pas de fait une appropriation collective ou individuée, elles l’autorisent3 (BOUBEKER, 2005).

Etre en collectif, être seul L’individuation des modes de vie implique de pouvoir choisir les moments ou l’on est en présence des autres ou non. Ce choix doit pouvoir être fait au sein de l’édifice collectif comme à l’intérieur même du logement. En effet, au sein d’un groupe d’habitant partageant un habitat, l’individuation des rythmes et des modes de vie évolue. Cela ne signifie pas une dislocation du groupe familial mais la nécessité de pouvoir comme à l’échelle de l’édifice choisir les temps et les spatialités où l’on veut être en collectif. A l’échelle du bâti et des espaces collectifs intérieur, le système spatial ouvert peut aussi permettre de produire différents espaces collectif pouvant être spatialement comparable à ceux du logement destinés à un usage collectif. Ces espaces ne définissent pas une fonction obligée mais qui sont ouverts à des usages partagés ; co-working, espaces associatifs. Les espaces de distribution, peuvent aussi prendre place dans un même dispositif spatial que celui du logement (voir Residenza RoSa, 013_Projets de référence).

0333 Appropriabilité du logement contemporain Dans la production de logement contemporaine et des dernières décennies, les architectes s’interrogent sur la façon d’accueillir une pluralité d’individus au sein d’un même édifice collectif. Cette adéquation des types et de la pluralité de notre société contemporaine ne se traduit pas que par une certaine variété des types proposés dans un même édifice. L’organisation spatiale du logement, dans le plan et la coupe doit permettre aux individus choisissant d’y habiter d’y projeter leurs usages et leurs modes de vies. Différents choix sont faits permettant tous une certaine flexibilité du logement mais apportant différentes réponses architecturales, d’autonomisation et d’indiB. HAUMONT et A. MOREL (sous la direction de), 2005, La société des voisins, ed. de la Maison des sciences de l’homme 3

viduation des espaces au sein des groupes habitant le logement, de liberté de mouvement, de rapports à l’extérieur, aux espaces collectifs.

Plan ouvert "Openeness : space is endowed with flexibility through the removal of traditionnal association between functions and rooms in favor of indetermination of fluid space"(ACTAR, 2010). Dans la recherche d’une ouverture de l’espace, ce qui compte c’est l’espace ; pour des architectes comme Lacaton et Vassal, la surface ou le volume d’espace disponible font la qualité d’appropriabilité du logement. Ces considérations sont souvent guidées par une économie de projet : utiliser l’argent de la construction pour offrir le plus d’espace possible en ne dessinant qu’une enveloppe, une structure du logement. "Spaciousness : the real luxury (and the platform for the effective development of multiple activities) is space" (ACTAR, 2010). La fluidité maximale de l’espace, héritage moderne, rassemble des usages qui dans un appartement standard pourraient être séparés. On peut rencontrer des systèmes de rideaux, de parois légères qui viennent structurer des zones ; des changements de niveau, des séparations par des blocs fermés de service. La structure et l’espace sont souvent séparés, selon des systèmes se rapportant au plan libre des modernes. Le plan ouvert s’érige contre une partition forte jugée contraignante de l’espace. Kempe et Thill mettent en place dans leur projet une forme d’adaptation des préceptes modernes sur l’espace ; ils parlent de l’espace ouvert pour faire le logement comme d’un la possibilité d’un «mix of private and public ; it can be home office or both» (ATELIER KEMPE THILL, 2004). Ils décrivent le logement du futur comme «a single empty room without anything except a cable shaft and a meter » (ATELIER KEMPE THILL, 2004). Pour eux, ce qui compte c’est le nombre de mètres carrés disponibles et l’emplacement du logement. Ensuite, l’individu ou le groupe d’individu habitant le logement «neutre» viennent spatialiser leurs propres usages, aménager l’espace selon leurs modes de vie et leur budget.

Plan flexible Le plan flexible, adaptable ou perfectible entend les plans offrant la possibilité de modifications des espaces aisées pour s’adapter aux usages des différents habitants. Cette flexibilité peut s’appliquer par des modulations légères, à l’aide de cloisons coulissantes ou pivotantes, ou de larges ouvertures d’un espace sur un

81


autre. Elle peut aussi s’entendre comme une transformation plus lourde possible au fil des ans de la partition de l’espace par une modification du second œuvre -rarement réalisée. Le plan flexible autorise la fermeture ou l’ouverture de l’espace, selon les besoins des usagers. La structure est généralement séparée des éléments de partition de l’espace.

Plan neutre Le plan neutre répond à une neutralité d’usage et "ne sont pas seulement appropriés pour différents types de ménages, mais également pour des bureaux et des cabinets destinés à l’exercice de professions libérales4" (ALBERS, HENZ, JAKOB, 1989). S’il est apparu à la fin du XIXè siècle, on le voit aujourd’hui renaître sous différents formes. Il diffère à la fois du plan flexible ou libre en ce qu’il dessine des espaces clairement dessinées mais aussi du plan fonctionnaliste, caractérisé "par des pièces de tailles différentes, petites chambres d’enfants, grande chambre des parents […], grand séjour, petite cuisine. La taille et la distribution des pièces leur attribuaient un usage monofonctionnel réservé à une ‘famille normale’ qui correspondait peut-être à une réalité de l’époque mais qui ne saurait répondre aux besoins de l’habitant d’aujourd’hui qui peut être aussi bien famille monoparentale, communauté d’habitants, personnes âgées, une famille de différentes cultures5" (GUEISSAZ, 1991). La neutralité des usages se manifeste dans le plan par les dessins d’espaces de dimensions comparables, souvent desservies par un couloir permettant l’autonomie de desserte de chaque pièce, ou tous les espaces présentent les proportions et les qualités suffisantes pour accueillir une diversité d’usages. Dans le plan neutre, la structure et la partition des espaces peuvent être concomitantes puisque l’adaptabilité du plan est intrinsèque au dispositif spatial construit. Cette absence de hiérarchie entre la structure et l’espace renforce la définition et l’importance, le caractère autonome et total des pièces.

(2)

Non-hiérarchie Les usages des pièces traditionnelles au sein du logement se multiplient : le salon-bureau, la chambre-boudoir, la loggia-atelier. Certains habitants passeront un court laps de temps quotidien dans leur logement quand d’autres souhaiteront pouvoir en faire leur lieu de travail. M. ALBERS, A. HENZ, U. JAKOB, « Des habitations pour différents types de ménages », Bulletin du logement. Volume 43, Office fédéral du logement, Berne, 1989, p. 50. 5 PH. GUEISSAZ, 1991, « Un prisme rouge, Construction de logements collectifs à Bâle », Faces n° 28, p. 11. 4

(3)

82


(3) (1) Steven Holl, Housing in Fukoaka, 1991 (2) M. Alder, Housing in Worb (3) Kempe Thill, ÂŤconstruire sa maison dans sa maisonÂť (Source : Densidad : nueva vivienda colectiva, A+t)

83


Faire de chaque pièce un «living-room» est la solution expérimenté par SANAA dans plusieurs de leurs projets d’habitation, comme le projet de Nishizawa à Funabashi ou de Sejima à Kitagata. Ainsi chaque espace peut être habité selon les choix des habitants, accueillir plusieurs fonctions simultanément. L’équivalence entre les pièces permet une non-hiérarchie entre les espaces à habiter. Un mouvement plus libre est ainsi permis entre les pièces. Au delà de la non-hiérarchie entre les usages, on peut rencontrer une non-hiérarchie entre les espaces, comme dans le cas du plan sans couloir. Les espaces du logement voir de tout l’édifice collectif, comme dans le projet de Funabashi connaissent des proportions similaires permettant leur habitabilité sans distinction. Le rapport entre les pièces de ce type de projet autorise souvent une multiplicité de parcours.

0334 Expérimentations en projet Au cours du développement de projets, plusieurs dispositifs spatiaux ont été testés. Il s’agissait de développer une spatialité de l’habiter commune au logements, tout en offrant une diversité des types et à l’intérieur du logement une liberté d’usages. Ainsi, différents degrés d’ouverture de l’espace ont été développé, afin de permettre le rapport de choix entre les interactions collective et l’individuation de l’espace. Il s’agissait également d’intégrer l’ensemble des espaces habitables dans ce dispositif pour leur donner une même valeur d’appropriation d’usage et des qualités spatiales (dimensionnement, lumière comparable). Toutefois, pour que l’espace devienne réceptacle d’usage, il est apparu intéressant de proposer des qualification différentes des espaces du logement, notamment dans ses rapports à l’extérieur et dans les rapports aux autres espaces du logement. Le travail de morphologie développé par la recherche participe de cette variété de situations.

Étude par le projet de dispositifs spatiaux capable de générer de la diversité dans la cohérence de l’édifice collectif, pp 86-87

84


(1) Steven Holl, Housing in Fukoaka, 1991 (2) M. Alder, Housing in Worb

85


86


1

2

4

5

6

7

(2) Habitabilité des espaces et propriétés communes, non-hiérarchie ( par exemple servant/servi), (3) Intégration des espaces collectifs d’accès au logement dans le systèle spatial, (4) Diversité de types et des dimensions des logements, (5) Intégration des espaces extérieurs dans le système spatiel, (6) Relations transversales indirectes, (7) Juxtaposition d’espaces non hiérarchisés

87


Travail de maquette #1

Travail de maquette #2

88


Permanences, variations #1

Permanences, variations #2

89


Dispositif spatial 1

90


Dispositif spatial 2

91


Essais en maquette

92


Extrait de plan premier niveau, 1.100

10 m Extrait de plan, premier nivea

Extrait de plan du premier niveau, épaisseur et espace à habiter

1

Extrait de plan de rez-de-chau

2

espace collectif #1

espace collectif #2

3 (1) Deux éléments porteurs centraux, deux façades menuisées (2) Un coeur de logements, épaisseurs intermédiaires (3) Trois espaces différenciés par leurs rapports à l’environnement et à l’internalité du logement (diagrammes, élaboration propre)

93


94


04 Conclusions

95


96


Architecture collective en milieu dispersé Cette recherche sur la notion de collectif aux sein des urbanisations dispersées comme une alternative au logement pavillonnaire a permis de questionner les choix de projets et d’enrichir les réponses proposés. En retour, l’intégration des scénarios développés par la recherche dans le projet a permis de prendre du recul sur les orientations possibles dégagées. La réponse morphologique choisie et développée d’après les alternatives étudiée dans la recherche est une hybridation de différentes références à des modèles urbains d’habitat collectif. Elle permet de combiner différentes qualités de définition des espaces collectifs, d’articulation entre l’échelle de l’urbain et l’échelle du logement, de rapport de rupture au contexte immédiat. Si l’intégration d’une forme en rupture avec le motif bâti générique immédiat semble être une réponse à la définition d’une dimension collective dans l’habiter de l’urbain dispersé, la démarche de projet permet de questionner l’approche morphologique et d’en trouver les limites. Celle-ci n’épuise pas la question du collectif et doit être enrichie en retour par la dimension du logement, le dispositif spatial de l’édifice, son écriture architecturale. Les décisions morphologiques prises découlent aussi de la recherche d’un mode d’habiter, défini par différents éléments du contexte contemporain du projet, sociétal et géographique.

quée à la démarche de recherche comme à celle de création. Le processus de recherche, par le développement de solutions alternatives appuyées par la théorie ne résume pas la démarche de projet. Les décisions de projet, dans la complexité du traitement des différentes échelles, des questions soulevées par les réponses trouvées par la recherche sont influencées par de multiples facteurs ; culture personnelle, intuitions, parfois même au hasard d’une erreur, ou en cherchant à répondre à d’autres questions. S’il paraît difficile de dégager des réponses théoriques en conclusion d’un travail de recherche par le projet, le travail de mémoire permet de dégager un cadre de travail à la question posée, un champ de possibilités ; la solution de projet offre une réponse possible mais pas absolue à cette même question. Ce travail de recherche par le projet à été l’hybridation d’un processus «top-down» et «bottom-up», de la recherche vers le projet et du projet vers la recherche. Tous les aspects du projet, au-delà ce ceux développés dans ce mémoire ont été fortement influencé par les apports théoriques ce travail de recherche. Images, page de gauche et page précédente : cohérence et diversité du collectif: écriture architecturale, échelle domestique

Ce travail a permis de questionner la notion de contexte dans des milieux où le contexte urbain est justement fragmenté. Dans des environnements bâtis tendant à une forme de généricité, il convient d’élargir cette notion et de se référencer à des échelles plus larges que la simple zone géographique entourant le site. Pour travailler avec la matière de ces milieux, où les solutions aux problèmes architecturaux, environnementaux et sociétaux manquent encore dans la région explorée en projet, il convient d’explorer les solutions adoptées dans d’autres pays, d’autres cultures et d’interroger leur potentiel dans un autre contexte.

Echanges entre recherche et projet Il semblait intéressant d’aborder deux entrées de l’architecture de l’édifice d’habitat collectif, le collectif comme dimension d’articulation entre la macro échelle urbain et l’échelle du logement et le collectif comme un ample groupe d’individualités diverses partageant un même lieu. Cette approche itérative, à différentes échelles et par différentes entrées de l’architecture du collectif a été appli-

97


Bibliographie Arc en reve (direction de l’ouvrge), Bégout B, Lussault M., Steinweg M., Vincent J.-D., Younès C., 2008, Collectif, Arc en rêve, Bordeaux, 296 p. C. ARAGAU, M. POULOT, «Habiter en périurbain ou réinventer la qualité de la ville», revue Historiens&Géographes, N°419 (2012) p. 119-126 F.ASCHER, Métapolis ou l’avenir des villes, ed. Odile Jacob, 1995, 346 p. F.ASCHER, J-C. DRIANT, Habitat et villes : l’avenir en jeu, 2000, L’Harmattan, 162p. F.ASCHER, L’âge des métapoles, ed. Odile Jacob, 2009, l’Aube ed., 392 p. C.BARATTUCCI, 2006, Urbanisations dispersées. Interprétations / Actions, France et Italie, 1950-2000», presses universitaires de Rennes, 320 p. S.CHARLOT, M.HILAL ET B.SCHMITT, « La périurbanisation renforce-t-elle la ségrégation résidentielle urbaine en France ? », revue Espace populations sociétés, 2009 A. CHARRE (sous la direction de), 2001, Les nouvelles conditions du projet urbain, ed. Mardaga, Liège, 160 p. A.CORBOZ, conférence «Suburbanisme et paysage », 1997, organisée par la Société française des architectes J.DONZELOT, «La ville à trois vitesses : gentrification, relégation, périurbanisation.», revue Esprit (3-4),2004 Devoldère S., Leloutre G., 2008, “Les routes habitées : de la description d’un territoire à un projet durable pour la ville contemporaine”, Les cahiers de l’urbanisme, n°67 EBNER P., HERMANN E., HOLBACHER R., KUNTSCHER M., WIETZORREK U., 2010, Typology +, Birckhäuser, Bâle, 432 p. FRANK F., 2012, Suburbanité, des théories urbaines au logement collectif contemporain, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 176 p. GEHL J., 2011, Life Between Buildings, using public spaces, Island press, 200 p.

98


FRENCH H., 2009, 100 logements collectifs du XXe siècle, Groupe Moniteur, Paris, 240 p. GAUDA M., GUALLART V., Müller w., soriano f., porras f., morales j., 2003, The metapolis dictionary of advanced architecture, Actar, Barcelone, 688 p.

Zurbuchen B., Lucan j., Marchand B., Steinmann M., 2000, Construire des logements. L’habitat collectif suisse 1950-2000, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 128p.

B.GROSJEAN, Urbanisation sans urbanisme, une histoire de la ville diffuse, ed. Mardaga, 2010, 350 p. Hazarja Salij T., Actar, 2010, Total Housing: Alternatives to Urban Sprawl, Actar, Barcelone - New York, 396 p. HERTZBERGER H., 1991 (première édition), Leçons d’architecture, Infolio, 518 p. J. LEVY, M. LUSSAULT, Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, 2013 (première édition en 2003), ed. Belin, 1034 p. M.LUSSAULT , L’homme spatial, La construction sociale de l’espace humain , ed. du Seuil, 2007, 363 p. D. MANGIN, « La ville franchisée, formes et structures de la ville contemporaine », ed. de la Vilette, 2004, 398 p. M.MEMOLI, F.GOVERNA, Geografia dell’urbano. Spazi, politiche, pratiche della città, 2011, Rome, 309p. MERCIER P.-A., 2001,“Tout contre...”, Annales de la recherche urbaine n°90 MONEO R., 2013 (ed.), Intranquilité théorique et stratégie du projet dans l’oeuvre de huit architectes contemporains, Editions Paranthèses, 253 p. SECCHI B., 2005, Première leçon d’urbanisme, Parenthèses, Paris, 155 p. SIEVERTS T., 2004, Entre-ville : Une lecture de la Zwischenstadt, Parenthèses, Paris, 188p. VON MEISS P., FRAMPTON K., 2013 (3è ed.), De la forme au lieu + de la tectonique, Presses polytechiques et universitaires romandes, Lausanne, 384 p. Katsakou A., MARCHAND B., 2008, Concevoir des logements: concours en Suisse 2000-2005, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne ZUMTHOR P., 2010, Penser l’Architecture, ed. Birckhäuser, Bâle, 112p.

99


Recherche par le projet, 2014 Master 2 Lauranne Millet Architecte D.E.


Mode d'habiter et types collectifs au sein de l'urbain dispersé