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CAMILLE ARNOULD WALACHOWSKI Carnet de travail ♦ PHOTOGRAPHIQUE

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Découvertes La ville dans laquelle je vis ne correspond pas à mes envies esthétiques. Je préfère l’industriel au patrimoine urbain. Je préfère la terre au bitume. Ma vie n'est pas très intéressante, et je suis très timide. Ce qui exclu toute forme de reportage sociologique. La mise en scène est plus intuitive pour moi. Et l'archivage confortable, ce qui est une mauvaise chose : l'absence de découvertes est signe d'emprisonnement à l'intérieur de soi. J'ai longtemps pensé, dans un jeu de mots facile, que le numérique – en rapport de force avec l'argentique – était insensible. On comprendra cela en tant que la photographie argentique est une écriture photosensible de la lumière. J'ai pu constater que l'image numérique était une image plate, ce qui pour moi affadissait totalement la dimension émotionnelle. En rapport avec les préoccupations plastiques de mon travail en général, soit une approche du monde d'un point de vue mystique, dans le filon esthétique du magico-religieux et du rite, la magie du laboratoire argentique avec sa position rituelle de fabrication et de révélation s'imposait presque comme une évidence.

1 / 2 Une fascination pour le prisme en tant que forme mais aussi en tant que matière m’a conduit à faire quelques recherches sur la spectrophotographie, ce qui ne s’est pas avéré aussi excitant que ce que je m’étais imaginé. Cependant, j’ai quand même tenu à faire quelques expériences en laboratoire avec un prisme multifacettes appartenant à mon luminaire de salon, ce qui fut tout aussi décevant. Prisme – décomposition. « Tu es mon prisme, je ne vois qu'à travers toi. » Laszlo Moholy Nagy professeur de lumière. Erwin Olaf / Gregory crewdson / candida Hofer – Architectures du vide Alec Soth / Hiroshi Sugimoto Robert Adams Mariage de la lumière et de l'architecture = la présence sans l'homme // la présence du vide.


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Dans le monde numérique, ce qu’offre la discrétisation, ce n’est pas tant de nouvelles formes d’images ou de sons (puisque le numérique calque souvent ses formes sur d’anciennes formes de présentation ou de représentation), c’est surtout une extraordinaire capacité à faire circuler des objets à rematérialiser. « Avec l’image numérique (l’« image discrète » pour reprendre le titre de Bernard Stiegler) la restitution d’une image originale (son empreinte lumineuse) n’est plus certaine. Discrétisée, l’image devient un simple code permettant toutes les manipulations. Elle n’a plus de forme. Elle peut subir un nombre infini de transformations sur un nombre infini de supports. L’image numérique n’est plus la trace d’un événement lumineux, elle n’est plus son empreinte, elle devient son spectre ou son monstre. Contrairement à l’image analogique dont le propre était la fidélité, le propre de l’image numérique c’est sa malléabilité. » Pourquoi faire des images ? La photographie arrache un aspect de la chose à la série infinie de perspectives à travers lesquelles les choses réelles apparaissent à notre conscience. Elle s'inscrit dans un horizon d'irréalité, entouré d'un néant « a parte ante » et d'une néant « a parte post ». Dans ma fascination pour la lumière, je me suis un peu laissée emporter dans les joies de l'abstraction. A ce gribouillage, ce raturage du réel par la lumière. Une écriture à la main tremblante, des oscillations aux motifs plus ou moins réguliers, on entendrait presque le bip du moniteur dans la chambre d'un patient d'hôpital mais c'est le beat de la route. Dit comme cela on pourrait se laisser aller à penser à Kerouac et la beat generation sur la route. Il y a comme une énergie urgente, pressante. Il n'est pas question ici de Light painting à proprement parler car l'objet photographié est fixe, c'est le dispositif photographique qui est mobile. Mise en scène du paysage par le mouvement ?


SĂŠrie Les Energies


Je n'arrive pas à savoir si c'est intéressant. Visuellement je suis séduite mais cela ne m'apporte rien. La part d'ombre a son importance. La lumière ne suffit pas. Forme physique de l'objet photographie : le jeu des contours. John Hilliard (8,9,10) Les formes de la destruction : altération de l'image et altération de la réalité. Christian Boltanski Eric Rondepierre (4, 5) et Paolo Gioli (3,6,7) : la figure-fracture. Antoine d'Agata. Souillures. Habitation de l'espace noir ou de l'espace blanc. Habitation de l'espace par la trace. Essaim de météores, trajectoire sinueuse Réflexion diffuse / ombre Interaction lumière / matière Transmission, fluorescence, réémission Intensité des flux / quantité de lumière voyageant Formation de l’image par la luminance Les météores (les traces lumineuses et les anomalies) Le cosmique et le spirituel. Barthes : « certificat de présence ». Constellations : Enseignes commerciales ou industrielles des zones d'activités vues depuis l'autoroute. Comètes : Panneaux de signalisation sous l'effet de la vitesse.


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Série Les NOCTURNES


Luminances La conquête de la nuit par la lumière artificiel. Elle hâle nos villes d'un brouillard ocre, ce sont des ténèbres d'or. C'est tout un paysage aux limites diffuses qui s'étend et prolifère là où l'homme des masses s'est établi. Cette tricherie de l'homme avec la nuit est l'affirmation exaltée de sa peur du noir et de sa peur du silence. Ces nouvelles étoiles du berger guident la route de l'homme dans la nuit et accompagne ses activités nocturnes. Cependant, cet apprivoisement offre l' avantage de la noirceur : l'affichage brillant de l'égo capitaliste ou du délire de l'illumination : ces néons commerciaux et publicitaires qui bordent les routes. Cette lumière englobante berce de son éclat l'homme perdu. Elle applique sa fonction de révélation. Révélation des présences physiques, révélation qui prend corps dans l'impact. La lumière comme transformation, devient substance dévorée et dévorante dans un échange poreux¹; elle célèbre les noces de l'homme avec la nuit. Ces photographies prises à 130 km/h sous la faible luminosité des phares de voiture découvrent un conte nocturne et fantomatique. Sous l'emprise de la vitesse, la lumière résonne et s'étale. Elle laisse sa trace de son passage furtif dans un décor opprimé par la nuit. La souveraineté de la lumière prend possession de son sujet. Ici l'objet tend vers un avorton de réalité, on sent la percée pénible. Le grain grésillant et la


réalité piquée, griffée, déformée et diffuse perse du halo quasi opaque de la nuit. A moins que ce ne soit celui de la lumière ? La réalité alentour et l'environnement sont « nettoyés » de l'image par la nuit. L'essentiel est dévoilé par cet îlot lumineux. Les vides chromatiques, noirs, s'ouvrent sur le néant ou sur le caché, la lumière occultant par contraste. De cette béance s'extrait le sujet, d'où germent les ombres planantes et la lourdeur sombre. La trainée qui résulte du mouvement s'estompe dans le noir. Cette forme informe, cette forme non contenue et non maitrisée s'échappe. Est-ce les limites de la machine qui ne peut témoigner de l'entièreté de l'instant, les limites du réel qui se dévoilent dans le ralentit extrême ou les limites de notre perception qui font tendre l'image vers l'abstraction ? Cette métamorphose du réel résulte-t-elle d'une transformation visuelle ou d'une transformation cognitive ? Les surfaces en décomposition, les surfaces partielles et fragmentées contiennent les signes de l'altération. Le grain, le bruit, s'organisent en cosmologie. Comme si la machine tentait de recréer cette ouverture sur le cosmos que la lumière artificielle a fait disparaître dans son aveuglement. ¹ Levaillant Jean. Paul Valéry et la lumière. In: Cahiers de l'Association internationale des études françaises, 1968, N°20. pp. 179-189.


Trinity


Jumping Trees


Le passage


Ci-avant : Ghost


L’Êchelle de bain


Sur la route, 1


Sur la route, 2


Météores


Constellations


Fractures


Propositions scenographiques * pour caissons lumineux


Constellations


Météores



METEORE